Bonjour à tous !

J'espère que votre confinement se passe convenablement et que vos proches vont bien.

De mon côté, comme un peu tout le monde, je m'ennuie pas mal (j'ai envie d'appeler des gens mais j'ai pas trop cette option-là...) et j'ai dû mal à me mettre au travail alors que je n'ai pourtant pas grand chose à faire. Les jours se ressemblent beaucoup, mon copain me manque et plus que jamais j'ai envie de partir en vacances.

Bref, voici le chapitre 15 et merci encore à kyomi-hime de commenter.

Bonne lecture !


(chapitre écrit entre avril et mai 2018)


Chapitre 15 : Déception

Après l'épisode du lac gelé, la neige et la glace avaient commencé à fondre. Il faisait encore très frais, en témoignaient mes mains gelées après mon cours avec Hagrid sur les licornes, où on avait passé deux heures à les observer, et au mieux pour les filles, à les caresser. Cela était très touchant pour moi de voir une licorne pour la première fois, étant un animal qui avait bercé mon enfance avec les contes que m'avait racontés ma marraine Luna ou ceux que j'avais lu plus jeune.

Et donc après ses mésaventures du début de l'année, je m'étais persuadée que dorénavant, aucun autre incident ne pouvait me tomber dessus pour les prochains mois, voire même pour le reste de l'année… J'avais eu tort, à l'instant même où Mme Provillier me rendit mon devoir.

- Un…D ?! m'exclamai-je la voix tremblante.

- Qu'est-ce qui s'est passé Miss Potter ? demanda ma professeure avec compassion. D'habitude, vous vous débrouillez bien avec vos rédactions. Votre idée est non seulement maladroite mais aussi vraiment hors sujet et un peu immature. Reprenez-vous pour le prochain devoir.

- Oui madame, répondis-je avec un effort immense pour ne pas fondre en larmes.

Je regardai avec envie le bel Effort Exceptionnel de Solange. Autour de moi, les élèves étaient plutôt satisfaits de leur note. Un rapide calcul me fit comprendre que j'avais la plus mauvaise note de la classe. Quelle honte ! Alors que c'était ma matière préférée…

Ce fut la tête basse et les joues rouges que je quittai la classe une fois le cours terminé. Je n'attendis même pas Solange et je partis d'un pas rapide sans trop savoir où aller. J'aimerais être toute petite pour me faufiler dans un coin ou sous un placard, ou même carrément disparaître ! Personne ne fit attention à moi, c'était l'heure du déjeuner et tout le monde se dirigeait vers les bonnes odeurs de la Grande Salle.

Á contrecœur, je m'installai dans notre salle de classe abandonnée…dans un placard. Tant pis si j'étouffai, je n'en avais plus rien à faire ! Et tant pis pour le repas, ce n'était pas ça qui allait me tuer si j'en loupais un. Presque dans le noir, je laissai mes larmes couler le long de mes joues, me traitant de tous les noms.

Je me sentais nulle ! Nulle, nulle, nulle ! Même pas capable de réussir un devoir de littérature ! Et une rédaction qui plus était ! Quelle idiote d'avoir mélangé le sujet avec mon histoire sur les vampires que j'avais écrit au début de l'année ! Je pensais que ça le rendrait encore plus réfléchi et original et au final, j'avais fait n'importe quoi ! Je n'étais qu'une grosse idiote ! J'avais cru que j'arriverais à avoir du talent dans l'écriture, car après tout j'adorais écrire, mais j'avais eu tort. Je n'avais même plus envie d'écrire quoi que ce soit maintenant, j'avais trop peur qu'on me juge à nouveau… Aucune volonté, aucun talent, aucun courage, aucune maturité… Quelle piètre Gryffondor je faisais…pire, quelle honteuse sorcière et quel pathétique humaine j'étais !

Pourquoi je n'avais pas ce petit talent qui me distinguait des autres ? Même Solange s'en sortait mieux que moi malgré sa timidité ! Elle était mignonne, très bonne élève, elle chantait très bien, aimait écouter ses proches… Mary était magnifique, intelligente, mature, protectrice et franche… Quant à Hugo, il était très drôle, mature, honnête, n'avait peur de rien, s'en sortait toujours, ne se préoccupait pas des autres… Enfin Jason, il avait beau faire son je-m'en-foutiste provocateur prétentieux insociable, il était très gentil et lui aussi il pouvait être drôle. Pourquoi j'étais la seule tâche dans le groupe ? Cette idiote même pas capable de prendre les bonnes décisions et être aussi forte que ses parents, ses frères ou n'importe quel membre de la famille ? J'avais failli me noyer dans un lac gelé en agissant comme une enfant de cinq ans, j'étais laide, complètement à la ramasse et je n'avais aucun réel talent ! Pourquoi j'existais ? J'aurais dû me noyer dans ce fichu lac, ce ne serait pas une perte pour l'humanité…

- Lily, sors de là, tu vas t'étouffer là-dedans.

Mes larmes cessèrent aussitôt. Ce n'était pas une voix sévère d'un adulte ou grave d'un garçon, mais une voix plus calme et basse.

- Mary ?

Les portes de l'armoire s'ouvrirent et Mary apparut devant moi. Elle me tira aussitôt du meuble avant de me faire rasseoir par terre, à côté d'elle.

- Comment as-tu su que j'étais là ? demandai-je la voix cassée et en fixant mes chaussures.

- Une intuition. Et puis, tu pleurais un peu trop fort avant même que je sois arrivée dans la salle.

Je rougis et je frottai mes yeux pour enlever toute trace de mes larmes.

- Ça me rappelle une situation de l'an passé, mais avec les rôles inversés… Tu peux me dire ce qu'il se passe ? reprit Mary en mettant une main sur mon épaule.

- Rien ce n'est pas important…

- Lily, pas de ça avec moi.

- Non je…rhaaa c'est ridicule !

- Hé, bien sûr que non, me coupa Mary en abordant une voix plus douce. Tu t'enfermes dans une armoire pour pleurer toutes les larmes de ton corps, ne vas pas me faire croire que tout va bien ! N'aie pas peur de te confier, tu crois que moi, je vais te juger ?

- Bien sûr que non mais…je me sens nulle en fait ! craquai-je finalement. Nulle à cause de mon devoir de littérature parce que Mrs Provillier a dit qu'il était hors sujet et même immature ! J'ai la plus mauvaise note de la classe alors que j'aime écrire, c'est stupide et tellement nul !

- C'est pour ça que tu es dans cet état ?

- En partie, grognai-je, craignant d'être jugé malgré tout.

- C'était quoi ton récit ? insista Mary.

Je lui donnai ma copie, à moitié chiffonnée dans mon sac. Elle la lit attentivement avant de la rendre.

- De ce que j'ai lu de ton récit et de ces commentaires, Mrs Provillier a raison, c'est hors sujet. Mais pour autant, ça ne veut pas dire que ton histoire est nulle Lily, il n'est juste pas adapté au devoir.

- C'est mon histoire avec les vampires…même toi tu étais sceptique la première fois que tu l'as lu.

- Parce que ce n'est pas mon genre de lecture mais souviens-toi, Solange l'a beaucoup aimé ton histoire.

- Elle oui ! Mais pas tout le monde ! Tu te souviens également des avis que j'ai reçu quand j'ai montré mon idée de récit aux garçons et à toi ! Comment je peux continuer à être motivée si personne n'aime ce que je fais ? En plus du commentaire de Mrs Provillier, je n'ai plus envie d'écrire, je ne suis visiblement pas fait pour ça et je suis fait pour rien du tout !

Je recommençai à fondre en larmes, cette fois, Mary me tapota doucement l'épaule et je pleurai longuement, le visage caché dans mes mains.

- Je ne sers tellement à rien, sanglotai-je.

- Mais c'est faux ! Tu te dénigres mais tu n'es pas pire que les autres Lily, déclara Mary. Toi tu as une passion qui te rend vivante, moi je n'ai pas vraiment la même chose. Tu crois que d'autres personnes auraient osé présenter une vraie histoire écrite de leur main dans un devoir de rédaction ? J'ai parlé avec Solange de son devoir quelques jours plus tôt et elle n'a fait que suivre mot pour mot le sujet avec un peu de documentation. Peu de gens savent écrire des histoires et les préparer comme tu le fais.

- Mais regarde…j'ai échoué dans ce que j'aime le plus, contestai-je faiblement.

- Et ça te poussera à te dépasser davantage si c'est réellement ce que tu aimes. L'échec, c'est ce qui nous permet d'avancer, de constater nos erreurs pour ensuite progresser. Celui qui n'échoue jamais n'évolue pas.

- Dis ça à ma tante Hermione, soupirai-je. Elle a toujours tout réussi.

- De ce que j'ai compris, Mrs Weasley s'est juste battue de toutes ses forces pour vouloir être la meilleure, ce n'est pas pareil. Et puis tu n'es pas seule Lily, on est là, Solange, Jason, Hugo, ta famille et moi pour te pousser à te battre et à avancer. N'aie pas peur d'échouer tant que d'autres seront là pour te relever. Continue à écrire, à imaginer, et peut-être qu'un jour, qui sait, tu auras ton livre en première page de la Gazette, et tous les sorciers du monde iront dans toutes les librairies pour se le procurer !

- Tu exagères, répondis-je avec un petit sourire. Mais c'est très gentil ce que tu as dit, merci Mary. Tu es bien plus courageuse et forte que moi, tu souffres de la perte de ta tante, tu as d'autres problèmes familiaux et tu ne t'effondres pas comme moi…

- Pas en public en tout cas, marmonna-t-elle.

Elle baissa la tête en silence et fixa un instant ses genoux.

- Mais bref ! reprit-elle sérieusement, soudainement. Arrête de te comparer aux autres, ça ne sert à rien et ça ne te fera pas évoluer. Et on est là pour toi, ok ?

Je secouai la tête, ce qui fit sourire Mary avant de me donner une grande tape sur l'épaule.

- Allez ! Bougeons de là, il faut manger pour reprendre de l'énergie ! déclara-t-elle en se relevant.

- On dirait Hugo…d'ailleurs Solange, Hugo et Jason savent que nous sommes là ? interrogeai-je.

- Non, Solange m'a juste prévenue qu'elle t'avait perdue de vue et que tu n'avais pas l'air bien. Je leur ai dit que je m'en occuperais donc ils m'ont laissé.

- Je vois…

Je soupirai et je me levai pour récupérer mes affaires.

- Mais vraiment Lily, t'es sûre qu'il n'y a rien d'autre ? On ne t'a pas de nouveau embêté récemment ?

- Bien sûr que non, rougis-je, un peu gênée du sujet. Je pense que j'ai eu une accumulation c'est tout…

- Pas de soucis, allez on sort de là ! Et n'hésite pas si tu veux en parler à moi ou à n'importe qui !

J'acquiesçai et nous quittions la salle, laissant derrière moi une partie de ma tristesse.


- Et Albus Potter attrape le vif d'or ! Serpentard gagne le match avec un score de deux cents contre cinquante !

J'applaudis à tout rompre. Sur leurs balais Scorpius et Albus se tapèrent dans la main, fiers d'eux. L'équipe de Serpentard semblait avoir repris du poil de la bête, en particulier Scorpius, lors du match les opposant à Serdaigle. Et c'était tant mieux, Serdaigle étant une très mauvaise équipe, cela aurait été une honte de perdre contre eux ! Bon Scorpius avait manqué cinq buts mais il semblait aller bien mieux que lors de son premier match de l'année.

Á côté de moi, Louis fit la moue, lui qui adorait le Quidditch, l'équipe de sa maison jouait comme des pieds, à l'exception de ma camarade de Serdaigle, Tracy Brett qui avait pu marquer quatre buts à elle seule. Un peu plus tard, nous rejoignions Jason, accompagné de Mary, ce dernier étant félicité par de nombreuses filles.

- Félicitations pour le match, dit Hugo en serrant la main à Jason. Les parieurs vont recommencer à miser sur Serpentard avec ce match.

- Mouais, répondit Jason amusé. Il faut juste qu'on défonce les Poufsouffle et on aura de nouveau le respect. Battre Serdaigle est un jeu d'enfant, ce n'est pas avec ça qu'on retrouvera notre popularité.

- Ça va les chevilles ? lui lançai-je en riant après l'avoir frappé à l'épaule.

- De toute façon, la coupe est à nous cette année, ricana Hugo. Vous vengerez l'année prochaine quand James sera parti.

Á ces mots, je sentis mon cœur faire un drôle de battement. Je frissonnai, j'oubliai encore que dans quelques mois, James allait quitter définitivement Poudlard. Ça m'avait fait la même chose à mes sept ans quand il allait quitter la maison pour le collège. Mais là…c'était différent, j'avais l'impression qu'en quittant Poudlard, il allait commencer à faire sa vie de son côté et devenir un adulte… Autant lorsque Molly et Domi avaient eu leurs ASPIC, vu la différence d'âge, ça ne m'avait pas vraiment marqué. Fred de son côté, ça m'avait fait bizarre mais seulement les premières semaines. Quant à Teddy et Victoire, ils avaient quitté Poudlard bien avant ma rentrée scolaire donc ils avaient toujours été « des grands » à mes yeux. Mais James…c'était mon grand frère…et c'était autre chose.

Jason ne rejoignit pas les élèves de sa maison pour les festivités dans leur salle commune et préféra se reposer avec nous tranquillement dans notre salle. J'avais donc félicité rapidement Albus (qui était à moitié noyé dans les bras de Judith) avant de rejoindre mon groupe, ainsi que la petite Alice qui avait décidé de squatter avec nous. Pendant ce temps, Mary était partie pour tenter de chiper de la nourriture dans les cuisines en même temps que quelques élèves de sa maison pour leur fête.

- Donc qui part l'année prochaine en termes de Quidditch ? résuma Hugo en s'allongeant sur une table, les bras croisés derrière la tête. Nous avons donc James, tu as Scarlett Origan notre attrapeuse donc tu as déjà deux membres à remplacer. MAIS tu as aussi Héloïse Dubois la commentatrice donc tu as déjà trois élèves en rapport avec le Quidditch qu'il faut remplacer.

- T'as aussi l'autre con qui joue avec moi comme batteur, ajouta Jason. Plus notre capitaine et poursuiveur. Ah, et tu as ma sœur aussi, qui fait sa dernière année mais elle ne fait pas de Quidditch.

- T'AS UNE SOEUR ?! m'exclamai-je, surprise.

Jason soupira, un peu exaspéré.

- Tu es parfois avec nous Lily ? Oui j'ai une sœur, Victoria, mais c'est une vraie peste. Elle est préfète aussi, elle adore se déchaîner sur les petits des autres maisons. Je suis sûr d'avoir parlé d'elle au moins une fois…

Je fis la moue et Solange me lança un regard compatissant. J'effectuai un grognement à Jason pour unique réponse, mais ce dernier m'ignora et repartit en débat avec Hugo.

- Ils ont d'autres sujets de conversation ? demanda Alice à sa sœur. J'adore le Quidditch mais je ne pourrais pas en parler autant !

- Laisse-les, lui répondis-je en levant les yeux au ciel. Quand ils auront fini, ils reviendront nous voir !

- N'empêche, j'aimerais bien faire partie de l'équipe un jour, avoua soudainement Alice. Mais pas toute suite, j'aimerais vraiment me perfectionner avant de passer les sélections.

- Tu voudrais postuler où ? interrogea sa sœur, curieuse.

- Je ne sais pas encore…mais pas gardienne, ça m'ennuie et je n'ai pas envie d'être…la remplaçante de mon frère, enfin vous voyez ce que je veux dire ? Et batteuse…non, trop dangereux ! Je ne sais pas comment Jason fait…

- Moi non plus, soupirai-je. Ni Fred et mes oncles ont fait…

- J'imagine qu'il ne faut pas avoir peur de la douleur, que ce soit la donner ou la recevoir, réfléchit Solange. C'est un grand risque d'être batteur…

Mais nous fûmes coupées par une Mary, triomphante, ramenant plusieurs plats enveloppés dans des torchons.

- J'ai eu le gros lot ! déclara-t-elle fièrement. Les préfets de Poufsouffle nous ont coincés dans les cuisines mais j'ai réussi à me cacher avant et de filer avec mes provisions ! Les autres sont rentrés bredouilles, c'est génial de voir leurs mines déconfites ! On a du sucré, du salé, j'ai même une bouteille de jus de citrouille !

- Et les couverts ? demanda Hugo après un instant d'observation.

Mary lui lança un regard appuyé, agacée.

- Tant pis ! On mangera avec les mains et on boira à la bouteille !

Ni une ni deux, on installa la garnison sur deux bureaux avant de s'asseoir en rond sur d'autres tables.

- Au fait, demanda Jason après s'être resservi trois fois. Dans deux semaines, on a un nouveau week-end à Pré-au-lard. Et ce sera la veille de la saint-valentin !

Il y eut un silence, il fallut que Mary termine de vider sa bouche avant qu'elle puisse répondre, déconcertée :

- Et donc ?

Jason soupira, nous regardant comme si nous étions des incultes.

- Á votre avis ? T'auras pleins de couples qui vont se donner rendez-vous ce jour-là, donc pleins de filles à attendre qu'un charmant et séduisant garçon vienne à leur rencontre ! Je ne compte pas perdre mon temps, j'ai des demoiselles qui espèrent que j'aille à leur rencontre !

Nous soupirions, lassés. Parfois j'oubliais vraiment que Jason se jouait dragueur professionnel. Il avait déjà eu quatre amourettes depuis que je le connaissais et je ne comptais même pas les flirtes ! Face à son discours, seule Alice pouffa et Jason l'entendit.

- Un problème, la petite ? demanda sèchement ce dernier.

- Aucun, essaya de se reprendre Alice. Juste…qui aurait envie de sortir avec toi ?

- Alice ! gronda Solange à voix basse.

- Mais c'est vrai ! riposta la plus jeune. Il change de conquête comme de chemise, il est froid, hautain, ne s'intéresse qu'à lui, qui voudrait d'un petit copain comme ça ?

- De vraies filles, pas des petites gamines pleurnichardes et stupides comme toi, siffla Jason avant de terminer par un clin d'œil provocateur.

Vexée, Alice se leva et partit de la pièce en claquant violemment la porte.

- Très mature, félicita ironiquement Mary. Utiliser la méchanceté gratuite, je te pensais supérieur à ce genre de remarque, Zabini.

- Elle m'a cherché, on ne démystifie pas mon charme légendaire, répondit Jason avec honneur.

Solange et moi échangions un regard fatigué avant de soupirer en cœur.

- Et donc, poursuivit Hugo pour changer de sujet, tu as déjà des filles en tête ?

- Une ou deux, mais je verrais sur le terrain… Et vous, vous n'avez pas quelqu'un à conquérir cette année ?

- Non ! s'exclamèrent en cœur Mary, Hugo, Solange et moi.

- Allez, ne faites pas les coincés ! insista Jason. J'ai quinze ans, et vous allez tous sur vos quatorze ans, il serait temps de vous pencher sur le sujet !

- Je croyais que ce n'était que les filles qui s'intéressaient aux histoires d'amour à cet âge, mais bon soit, soupira Hugo.

- Quel cliché ! Mais sérieusement, si vous deviez avoir un rendez-vous avec un gars ou une fille de Poudlard, ce serait qui ? Attention, j'ai dit un rendez-vous, un date, je ne vous demande pas de vous caser ou quoi !

Je rougis, il y avait bien Wilhem qui me plaisait (diantre, je l'avais presque oublié…) mais je n'oserais jamais prononcer son nom vu qu'il était dans la maison de Jason !

- Hmmm, réfléchit Hugo. J'admets que Mallory Gardiner de Poufsouffe, est mignonne. Elle est sportive, intrépide, grande gueule, mais de là à sortir avec…

- C'est déjà ça, félicita Jason. Mary ?

Mary lui lança un regard noir, on voyait bien qu'elle n'avait pas du tout envie de répondre.

- Pfff…Inoé Shane, un Serpentard de quatrième année qui est moins bête que les autres. Suivant.

- T'es pas drôle Mary, râla Jason. Et toi Lily ?

Je sursautai. Mais qu'est-ce que j'allais bien dire ? Je n'allais quand même pas dire que j'avais un faible pour Wilhem, ce serait la honte !

- De toute façon, ne faut pas chercher, ricana Mary en faisant un clin d'œil aux garçons. On sait tous que Scorpius est le grand amour secret de Lily.

- MARY ! protestai-je les joues rouges et la voix bien plus aiguë que la normale.

- Alors qui est-ce ? insista mon cousin avec un air moqueur.

- Euh…

Trouve un nom Lily, vite !

- Euh, Robb Matthews ! répondis-je précipitamment.

Tous, même Solange, froncèrent les sourcils.

- Celui qui est en littérature et philosophie culturelle avec nous ? osa timidement Solange.

- Le brun qui a un regard ténébreux, peu bavard et qui somnole en cours ? continua Jason, circonspect.

- C'est vrai qu'il n'est pas moche, admit Mary après un instant de réflexion.

- Mais ça m'étonne un peu de toi Lily, il est tellement discret, me dit Hugo. Et toi Solange, un crush ou juste un garçon que tu trouves mignon ?

Si j'avais déjà l'impression que mes joues étaient déjà bien rouges, celles de Solange explosaient le record. Complètement gênée, Solange était incapable d'aligner un seul mot.

- B…Ce…Ah…Je…

- Ok calme-toi Solange, rassura Jason mi-paniqué, mi-amusé face à sa réaction. C'est bon, ça ira, ce n'est pas grave, c'était pour rire.

Solange reprit ses couleurs et cacha sa tête derrière ses genoux.

Je me demandais vraiment si elle aimait quelqu'un, vu sa réaction…


Albus avait mal à la tête. Était-ce le bruit constant du bar qui lui donnait cette migraine ou la situation ? Il était sûr d'une chose : les histoires d'amours lui prenaient vraiment trop la tête.

Rose, pleurant à chaudes larmes contre la table du bar des Trois Balais, Scorpius lui caressait le dos, en murmurant des mots réconfortants. Albus en face d'eux, soupirait d'ennui. Il avait de la peine pour sa cousine bien sûr, mais ça faisait une heure que le groupe n'avait pas bougé et que les pleurs de Rose étaient mêlés au bruit de fond du pub.

- C'est une salope ! rugit Rose en relevant la tête, les yeux baignés de larmes et un peu de morve coulant sur le coin de ses narines.

- Rose, calme-toi, tenta Scorpius doucement.

- Non je ne peux pas ! C'est une traîtresse, une connasse !

- Vous voulez quelque chose d'autre les enfants ? demanda une Rosmerta désormais soixantenaire mais avec toujours un certain charme, en s'approchant de la table.

- Euh oui, redonnez-nous une pinte de Bièraubeurre pour elle, s'il vous plaît, répondit Scorpius après avoir pris Rose dans ses bras.

Albus soupira et fixa un point dans le vide. Au moment où il pensait perdre définitivement espoir, la porte de la taverne s'ouvrit et quatre jeunes élèves entrèrent. Il s'agissait de sa sœur, son cousin, la fille du professeur Londubat et la cousine de Scorpius.

- Hé Albus ! Salut ! s'écrit Hugo en l'apercevant.

Le petit groupe s'approcha du trio mais eut un mouvement de recul en apercevant Rose contre Scorpius, pleurant toutes les larmes de son corps.

- Bah qu'est-ce qui se passe Rose ? s'exclama Lily un peu paniquée par la réaction de sa cousine.

- Willow l'a largué aujourd'hui, soupira Albus, voyant que le quatuor ne serait pas un prétexte pour le faire sortir d'ici en les voyant prêts à s'installer auprès d'eux.

- QUOI ?! s'écrit tout le groupe, même Solange la silencieuse.

- C'est une salope, recommença Rose en sortant des bras de Scorpius.

Elle prit la chope qui lui tendit Mme Rosmerta et vida, gorgée par gorgée, sous les regards à la fois craintifs et admiratifs de sa famille, son meilleur ami et ses connaissances.

- Tu comptes la rendre saoule ? interrogea doucement Mary à son cousin en lançant un drôle de regard aux deux autres verres déjà vides du côté de Rose contre seulement une chez les garçons.

- Laisse-la, si ça lui fait du bien, haussa les épaules le blond en ramenant la rousse contre lui.

- Mais…mais…qu'est-ce qui s'est passé ? reprit Lily toujours choquée de la nouvelle. Comment diable est-il possible que Willow l'ait larguée ?

- En fait, marmonna Albus tandis que Rose hoquetait contre l'épaule de son meilleur ami. Willow lui avait demandé de passer la sortie de Pré-au-lard ensemble. Vous connaissez Rose, elle n'est pas spécialement du genre romantique mais elle espérait qu'il se passerait quelque chose… Sauf que Willow lui a donné rendez-vous devant la Cabane Hurlante et l'a largué au bout de quelques minutes.

- Classe, grimaça Hugo.

- Et vous savez ce qu'elle m'a dit ?! renifla Rose. Qu'elle m'appréciait mais qu'on était…trop différentes et qu'on n'avait rien en commun !

- C'est ça son excuse ? demanda Lily, dégoûtée.

- Ouiiii...gémit Rose. Bien sûr qu'on n'a pas les mêmes centres d'intérêt…mais je l'aime…. Enfin merde quoi, il y a même deux mois, j'ai fait mon coming-out en disant qu'elle était avec moi… Et là elle me laaaaaaaargue !

Rose refondit en larmes et le petit groupe s'approcha près d'elle pour la consoler. Seul de son côté, Albus changea de coude pour soutenir sa tête.

- C'est la honte ! continua Rose en hoquetant de nouveau à cause de ses pleurs. La veille de la saint-Valentin ! Mon père, oncle Percy et même Molly vont se ficher de moi…et vont dire que je l'ai bien méritééééée !

- Mais non, tu dis des bêtises, contredit son petit frère. C'était ton premier amour, ils ne vont pas te juger là-dessus.

- Tu trouveras bien mieux qu'elle ! renchérit Lily, furieuse contre Willow.

- En plus je vais devoir le dire à James…et je n'ai pas envie qu'il ait un malaise dans son équipe maintenant, se moucha Rose après que Solange, très rougissante depuis son entrée dans le bar, lui tendit un mouchoir.

- T'inquiètes pas pour ça, rassura Scorpius. Je peux aller lui parler si tu veux.

Albus acquiesça, il n'avait aucune envie de parler à son frère. Et tandis que le groupe continuait de parler avec Rose, il profita pour marmonner une excuse telle que « Judith m'attend, je vous laisse » et quitta le bar. Dehors, le vent soufflait contre ses cheveux. Albus respira un bon coup cet air frais avant de poursuivre son chemin.

Plus il grandissait, plus Albus se rendait compte qu'il n'était pas attaché à grand monde. Que ce soit sa famille, sa copine ou parfois ses rares amis, ils étaient presque des figurants à ses yeux. Il ne les détestait pas bien sûr, mais il n'était pas très proche des personnes autour de lui.

Depuis toujours, Albus se sentait différent et à l'écart. Pas comme certains de ses cousins qui avaient leur petit univers, mais lui se sentait solitaire de nature. Á la maison, si tout petit, il admirait son grand frère, il finit par ne plus l'apprécier suite à leur trop grande différence. Sa petite sœur, bien que très mignonne, l'insupportait de plus en plus par ses gamineries, même aujourd'hui encore. Quant à ses parents, il avait du mal à déterminer comment il se sentait avec eux. Pour son père, il avait l'impression d'être qu'une simple autre version physique de lui, sans lunette et cicatrice évidemment. Il ne le considérait plus vraiment comme un modèle comme à l'âge de douze ans. Pour sa mère, leur relation était bien plus complexe : Ginny n'était pour lui sa génitrice, rien de plus, et à part leur passion pour le Quidditch, ils ne partageaient rien. Avec le temps, Albus la méprisait même. Le mot « parent » signifiait peu chez lui. Il ne pouvait pas les aimer aussi fort que Rose ou Scorpius aimait les siens. Il leur reprochait beaucoup trop de choses.

Á son entrée à Poudlard, il avait trouvé chez Scorpius un moyen de combler en partie ce vide qu'il ressentait en lui. Quant à Rose, leur même âge et leur parenté avaient aidé à leur amitié, mais hormis ça, Albus aurait mis sa main à couper que s'ils n'étaient pas de la même famille, ils ne seraient jamais devenus amis. Enfin pour Judith, plus le temps passait, plus il la trouvait fade et différente de ce qu'il pensait. Aujourd'hui, il attendait patiemment qu'elle se lasse de lui pour être largué. Hors de question qu'il le fasse, il avait autre chose à faire que se coltiner cette tâche !

Au final, voilà ce qu'était Albus : un être paumé, vaguant dans un monde qu'il regardait de haut, se forçait d'être social et proche des autres pour ne pas devenir un fantôme, bien qu'il n'aime en réalité pas grand monde. Á force, il se rendait compte qu'il jouait un double jeu avec tout le monde : il passait d'Albus le solitaire mais sympa et taquin en public à l'Albus froid, blasé et méprisant tout le monde. C'était de plus en plus fatigant de faire semblant d'être agréable, de jouer le Serpentard un peu rebelle et le cousin compréhensif avec tout le monde. Maintenant, il cherchait en vain, cette flamme, cette personne ou ce groupe qui donnerait enfin un sens à sa vie. Et ce n'était certainement pas sa famille qui allait le motiver.


J'espère que ce chapitre vous a plu ! On en est déjà à la moitié de la fic !

Le prochain sera posté le 12 avril et se nommera "Avoir un coup dans le nez et taper de l'œil"

PS : Etant donné que vous devez vous ennuyer en cette période de confinement, vous n'avez aucune excuse pour ne pas prendre quelques secondes afin de me laisser une review ;)