Chapitre 16 - Mon monde à moi
Point de vue - Kim
Je déteste le froid. Enfin, je déteste le froid quand je suis dehors. Mais quand je suis blottie sous ma couette avec un film et un truc sucré (je souligne l'importance du mot sucré), ça ne me dérange plus du tout. Sauf que là, je viens de passer vingt minutes sur un vélo avec le vent qui me griffe le visage. Ah ben forcément, on n'est pas dans un film, sinon j'aurais eu droit à une petite brise fraîche qui ferait virevolter mes cheveux autour de moi, bla bla bla. Mais bon, on fait avec, même si on a une touffe sombre qui ressemble plus à un buisson qu'autre chose sur la tête. Désolée, je me suis égarée.
Donc, je venais d'arriver à la maison. On était vendredi soir, et ça me remplissais de joie.
Je poussai la porte d'entrée, enlevai mes vieilles Converses, et montai dans ma chambre. Je m'assis sur mon lit et attrapai mon ordinateur. Je l'ouvris. Puis je le refermai. Et le rouvris.
Vos voyez les gens qui savent exactement ce qu'ils veulent faire de leur vie ? Qui savent où ils veulent aller à l'université, ce qu'ils veulent étudier ? Les gens qui ont un plan ? Et bien... ce n'est pas moi. Et ça me désespère. Je suis en 1ère. Moi, je me dis qu'il me reste encore du temps pour prendre une décision aussi importante, mais tout le monde autour de moi semble penser le contraire. Mes parents veulent que je commence à regarde les facs où j'aimerais aller. La conseillère d'orientation me dit qu'il est temps de commencer mes dossiers d'inscription. Mes amis me demandent toujours ce que je veux faire. Eux, ils savent déjà. Lucy ira au Canada pour devenir pédiatre. Ça lui va bien, elle est la personne la plus douée avec les enfants que je connaisse ; elle a cette douceur et en même temps une force qui lui permettra de faire tout ce qu'elle veut. Albert vise le MIT, à Boston, pour devenir ingénieur. Il est brillant et tellement inventif. Et Anna veut faire des études de marketing. Avec son organisation à toute épreuve et son sens des responsabilité, ce sera la meilleure femme d'affaires que le monde ait connu, j'en porte garante.
Mais moi... moi je suis perdue.J'ai de bons résultats, mais j'ai toujours l'impression que ce n'est pas assez. J'aime mes petites habitudes et j'aime de tout mon coeur la réserve où sont mes racines, mais en même temps je rêve de voir le monde. Je suis renfermée sur moi-même, et pourtant je voudrais être capable de sortir de ma zone de confort. J'aime lire, et écrire, mais je me vois mal devenir écrivaine. Je crois que j'aurais trop honte de dévoiler au grand jour mes pensées les plus intimes. Pendant un temps, j'ai cru savoir exactement ce que je voulais -ouvrir un salon de thé ici- mais aujourd'hui je ne suis plus sûre de rien.
Enfin, c'est pas ce soir que je trouverais la réponse. Donc, pensons à autre chose. Par exemple... un Movie Marathon ! Tout le monde en a besoin de temps en temps. Et quand on stresse pour l'adulte qu'on va devenir, je vous présente ma solution personnelle : redevenir l'enfant qu'on a été. Et pour ça, quoi de mieux que Disney ? (C'était une question rhétorique, il n'y a rien de mieux qu'un Disney.)
Mais d'abord, le dîner. Je descendis au rez-de-chaussée, et me dirigeai vers la cuisine. Je fis un plat de pâtes (pas très original, je l'avoue), puis quand elles furent prêtes, j'enfonçai mes écouteurs dans mes oreilles, et mangeai en chantonnant. Une fois le lave-vaisselle parti et la cuisine rangée, je remontai. Je passai par la salle de bain, enfilai mon pyjama, puis je me glissai dans mon lit.
Sous ma couette, entourée de mes peluches (désolée, je resterai une enfant dans l'âme toute ma vie), je lançai Pocahontas. D'ailleurs, pour info, si vous me dites que vous n'avez jamais chanté L'air du vent ou Au détour de la rivière à plein poumon, je ne vous croirai pas. Puis j'enchaînais avec Mulan (le meilleur film de toute l'histoire cinématographique), puis La Belle et la Bête. Je sais que quand on grandit, beaucoup trouve ça ridicule de continuer à regarder des dessins animés, mais ces films c'est toute mon enfance. Je manque peut-être de confiance en moi à de nombreux sujets, mais je sais qui je suis, et j'en suis fière.
Je finis par m'endormir vers 1 heure du matin.
Le lendemain (enfin, techniquement, sept heures plus tard), j'aperçus un message de Jared en me réveillant. Il me demandait s'il pourrait passer chez moi un peu plus tard, parce que "je lui manquais trop". Non mais franchement, il est beaucoup trop mignon pour moi là. Je répondais oui, évidemment. On continua à discuter pendant une vingtaine de minutes, jusqu'à ce que je me lève pour me préparer. Je vous épargne les détails, c'est pas franchement le moment le plus palpitent de ma journée. Je travaillai un peu le matin, puis j'entendis la sonnette de la porte d'entrée retentir. Si je vous dis que je glissai dans le couloir parce que j'avais couru et que je réalisai que j'avais des chaussettes mauves avec des têtes de chaton dessus au moment où j'ouvrai la porte, vous me croyez ? Ceux qui ont dit non, je vous aime. Ceux qui ont dit oui, je vous tire la langue par la pensée mais vous me connaissez bien.
Donc j'ouvrai la porte, et en face de moi, Jared. Je le laissai entrer, et nous nous dirigeâmes vers le salon. J'étais un peu gênée, et résultat, je restai dans l'encadrement de la porte à me balancer d'un pied sur l'autre. Je crois qu'il le remarqua, parce qu'il fouilla la pièce du regard, et s'arrêta sur le jeu Harry Potter. Il me lança un sourire espiègle, et haussa un sourcil. Je lui rendis son sourire, et lançai d'un ton enjoué :
-"Tu sais que j'ai lu chaque livre et j'ai vu tous les films au moins six fois, pas vrai ?"
Pour toute réponse, il me prit la main et m'emmena vers la table basse du salon. Il s'assit sur le tapis, et je me plaçai en face de lui (sur un coussin, j'ai les genoux sensibles moi !). Nous commençâmes à jouer.
Dix minutes plus tard, j'étais à mi-chemin, et il était quelque cases derrière moi. Il tira une carte au hasard :
-"Quel élève, autre que Harry, peut voir les Sombrals ?
-Luna Lovegood, répondis-je sans une hésitation.
-Pas ma, pas mal."
Il me dévisagea pendant quelques secondes, puis me demanda :
-"Est-ce que c'est ton personnage préféré ?"
Je baissai les yeux, un peu gênée. J'étais pas super à l'aise avec le fait de parler de moi (étonnant, pas vrai ?).
-"Luna ? Oui. La plupart des gens préfèrent Hermione ou Ginny, et je les adore aussi, mais Luna... c'est différent. Tout le monde voit Harry comme celui qui a le plus souffert, et c'est vrai que sa vie a été un véritable enfer sur Terre pendant des années, mais pour Luna non plus, ça n'a pas toujours été facile. Elle a perdu sa mère et elle s'est faite marginalisée simplement parce qu'elle était elle-même. En plus, c'est une personne tellement gentille. Et c'est rare, les gens véritablement bien intentionnés, qui veulent seulement le bonheur des autres sans rien attendre en retour."
À ce moment-là, il étendit sa main par-dessus la table, et pris la mienne.
-"Toi aussi, t'es quelqu'un de bien."
J'essayai de trouver quelque chose à répondre, quand je me rendis compte qu'il n'attendait pas de réponse. Il avait recommencé à jouer. Je souris.
Un quart d'heure après, on avait fini. J'avais gagné (je connais les livres et les films jusqu'au bout de mes ongles non-manucurés, vous vous attendiez à quoi ?). Jared prit un faux air bougon, et croisa les bras. Je ris franchement :
-"Promis, tu auras ta revanche."
Son visage se fendit d'un grand sourire. Il se leva d'un bond -pour sa carrure, il avait une agilité surprenante. Je dis ça parce que moi, du haut de mes 1m65, je dus m'agripper à l'accoudoir du canapé pour me relever. Les gens sans abdos comprendront de quoi je parle.
Il avisa l petite enceinte posée sur le comptoir de la cuisine, et s'en approcha. Il y brancha son téléphone, et lança Stereo Hearts.
Il retourna vers moi, et me prit la main. Il faut que je vous dise que je n'ai aucun sens du rythme. Aucune grâce non plus. Ni aucun talent pour la danse dans aucune de ses formes d'ailleurs. Bref, je ne sais pas danser. Et à cause de ça, je détestais danser en public. La seule personne que m'avait vu danser, c'était mon reflet dans le miroir avant de prendre ma douche. Mais là, c'était différent. Je me laissai guider. Je crois que lui non plus n'était pas un danseur-né, parce qu'on se contenta de faire des mouvements en plus bizarres et pas tellement en rythme partout dans le salon. Mais il riait, je riais, donc tout allait bien. Et pour une des premières fois de ma vie, je me laissai aller, et n'y pensai pas trop.
Un peu après, nous nous laissâmes tomber sur le canapé. J'avais la tête sur la poitrine de Jared, et j'entendais son coeur battre. Je me tournai de façon à pouvoir voir son visage. Le soleil qui entrait par la fenêtre se reflétait dans ses yeux chocolats, et les rendait magnifiques (enfin, encore plus que d'habitude). Je crois que j'aurais pu rester là toute ma vie (désolée, c'est très cliché -mais les clichés sont clichés pour une bonne raison, non ?).
Jared partit vers 13 heures. Juste avant de passer la porte, il se retourna et me dit :
-"Les garçons vont à une soirée ce soir. Hum... je pensais y aller, et euh... je voulais savoir si ça te tentait ? Oh, et tes amis sont les bienvenus aussi, évidemment."
Je me mordis la lèvre. Les soirées, ce n'est vraiment pas mon truc. Je ne suis pas très fan des trucs comme ça. Mais quand je relevai les yeux, je croisai ceux de Jared. Puis je me dis que s'il avait fait l'effort de venir dans mon monde, je pouvais bien essayer d'aller dans le sien.
-"O-Ok."
Il sourit, m'embrassa, me dis au revoir, et partit. Mais dans quoi est-ce que j'étais engagée, moi ?
