Chapitre 19 : Se parler

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Trois mois plus tard,

Vacances de Pâques,

Quai 9 3/4,

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Charlus entendit le train avant de le voir. Le conducteur tirait sur le sifflet pour annoncer son arrivée avec un entrain peu commun.

Il tourna la tête pour demander à Dorea si elle était contente de revoir leur fils avant de se souvenir qu'elle était partie en Egypte faire des recherches. Elle l'avait fui, parce qu'elle ne supportait pas qu'il préfère boire un peu de Whiskey le soir pour se sentir mieux que de lui parler pour ne rien dire. Peut-être aussi savait-elle qu'il voyait quelqu'un d'autre ou… Non, si elle l'avait su, elle le lui aurait dit et serait partie depuis bien plus longtemps. Mais c'était mieux qu'elle soit en Egypte pour le moment. Il n'arrivait plus à la regarder dans les yeux de toute façon depuis qu'il l'avait trahie. Il avait bien trop peur qu'elle apprenne ce qu'il avait fait pour le lui avouer. Elle lui en voudrait et il perdrait sa confiance pour toujours.

Le train s'arrêta et il chercha la tête brune ébouriffée de son fils. Il l'aperçut un peu plus loin sur le quai, derrière une petite rousse qui l'écoutait patiemment mais avec un ennui visible. Il vit l'un des amis de James, Remus lui semblait-il, se faire une place entre James et la rouquine, ce qui sembla soulager la jeune fille et agacer son fils. La fille embrassa d'ailleurs Remus sur la joue, et tendit plutôt la main à son fils qui la serra sans entrain. Il oublia tout cela lorsque James l'aperçut et se précipita sur lui avec un bonheur évident. Charlus lui ouvrit le bras gauche qui ne tenait pas la canne, et James le serra brièvement contre lui.

« Comment vas-tu, Papa ? demanda James en fronçant les sourcils d'inquiétude. Maman m'a dit que ta jambe allait mieux, et que c'était pour cela qu'elle avait accepté de te laisser pour aller en Egypte. C'est vrai ?

-Bien sûr, fit-il en reconnaissant malgré lui qu'il souffrait moins que six mois plus tôt.

-Et donc quand partons-nous en Egypte voir Maman ? »

Charlus sentit sa canne lâcher sous lui. James le rattrapa à temps, et il l'assit sur un banc non loin de là.

« Papa ? Tu es sûr que ça va ? Tu es d'une pâleur de fantôme, s'inquiéta James.

-Tout va bien, c'est juste que… Nous n'allons pas en Egypte, James, répondit-il avec perplexité.

-Et pourquoi ? s'indigna son fils. Tu n'as pas envie de voir Maman ? Ce sont les vacances, le Ministère ralentit, c'est l'occasion d'aller la voir, non ? »

Ce raisonnement imparable fit sourire Charlus. Bien sûr qu'il avait envie de revoir sa Dorea tout en le redoutant plus que tout. Il avait envie de revoir son visage laiteux aux boucles d'un noir d'encre, sa taille fine ceinte d'une large ceinture tantôt d'un rouge pourpre, tantôt d'un vert émeraude. Et en même temps, il savait qu'il n'arriverait pas à tenir plus longtemps le mensonge de sa tromperie s'il revoyait ses yeux gris emplis d'amour. Or pour rien au monde, il ne voulait perdre cet amour. Mais l'envie de la revoir se fit plus forte, et il acquiesça.

« Allons chercher des billets de trains pour Marseille, nous partons demain, accepta-t-il en souriant. »

Le cri de joie de son fils lui fit plus de bien que tous les baisers d'Esméralda.

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Le lendemain, dès neuf heures, ils étaient de retour à King's Cross, attendant impatiemment l'arrivée de l'Occimagique Express. James, à moitié endormi, tenait leurs deux malles. Charlus n'était pas dans de meilleures dispositions, après la soirée qu'ils avaient passée à discuter, à rire et à jouer aux échecs. Il n'avait pas passé une aussi bonne soirée depuis des mois, depuis… Depuis les dernières vacances de James, autrement dit depuis Noël. Il n'y avait que son fils, la prunelle de ses yeux, qui parvenait à le faire sourire quelle que soit la situation. Peut-être aussi que voir son visage aux traits si proches de ceux de Dorea, lui permettait d'appréhender plus sereinement ses retrouvailles avec son épouse. Car en plus, il n'avait pas réussi à lui envoyer plus d'un courrier depuis son départ. Et cette lettre s'était résumée à quelques mots griffonnés sur un morceau de parchemin : « J'espère que tu es bien arrivée. J'ai trouvé ta lettre tout l'heure. Tu as bien fait de partir pour tes recherches si tu penses que cela est nécessaire, et tu n'aurais pas dû craindre ma réaction au point de partir comme une voleuse. Nous nous revoyons à ton retour. Prends soin de toi. Je… Charlus. » Il n'avait jamais réussi à écrire ce dernier mot qu'il pensait du plus profond de son cœur. Il ne s'en sentait plus digne.

« Voilà le train, soupira James en baillant. Je monte nos malles puis je t'aide. »

Il regarda son fils s'échiner à faire ce qu'en tant que père il aurait dû faire et se laissa aider à monter comme un vieillard. Ils trouvèrent leur compartiment et s'affalèrent sur les banquettes. Charlus sentit ses yeux se fermer d'eux-mêmes moins de dix minutes après le départ du train.

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Il se réveilla lorsqu'il entendit la voix de James. Son fils lui secouait l'épaule en le regardant avec son traditionnel sourire malin. Il lui désigna la fenêtre du train où l'on voyait au loin la mer.

« Nous arrivons à Marseille, pépia joyeusement James, tout pimpant dans son pantalon et sa chemise moldue. Nous devons gagner le port et trouver le bateau pour Alexandrie. J'ai retrouvé la carte qu'on nous a donnée au Ministère. Cela ne devrait pas être bien compliqué. »

Il leur fallut tout de même deux heures de marche avant de trouver le bon embarcadère. Une vingtaine de sorciers patientait avec eux. Ils parlaient tous des langues différentes ce qui donna le tournis à Charlus mais le sourire à James.

« Pourquoi ces gens n'arrêtent-ils pas de dire bite ? finit-il par demander à son père en explosant de rire. »

Si Dorea avait été là, pour sûr qu'elle aurait pris cet air outré adorable avant de rire en rougissant.

« C'est de l'allemand, James, s'amusa son père. Cela veut dire, s'il vous plaît.

-J'adore cette langue, je le dirai à Sirius ce soir, renchérit-il. A voilà le bateau ! »

Charlus porta son attention sur l'horizon où l'on voyait un immense trois-mâts s'approcher. Tous les sorciers soupirèrent de soulagement. La compagnie Magi-Med n'était pas réputée pour sa ponctualité. Comme on ne comptait qu'une heure et quart de retard, c'était fort réjouissant.

Ils montèrent dans le bateau et se trouvèrent une place sur le pont. Assis sur leurs malles, ils se régalèrent du spectacle de va-et-vient des bateaux moldus, et de la côte qui devenait de plus en plus petite. Le bateau fit une halte à Valence, à Malaga, à Tanger, à Oran, à Alger, à Tunis, à Tripoli, à Benghazi et enfin il s'arrêta à Alexandrie. Ils en furent quittes pour quatre bonnes heures de trajet. Fort heureusement, la compagnie proposait des Encas volants aux saucisses d'Allemagne et des Oranges blagueuses de Malte qui, lorsqu'elles étaient dans votre bouche vous racontaient des histoires drôles. Aussi, lorsqu'ils posèrent pied à terre à Alexandrie aux alentours de dix-huit heures, ils n'étaient pas morts de faim mais croyaient mourir de rire.

« Je n'ai pas eu le temps de prévenir ta mère, James, lui précisa-t-il. Mais j'ai l'adresse de l'ami chez qui elle loge. Nous devrions pouvoir nous y rendre sans trop de souci, fit-il en s'approchant d'une immense carte affichée dans le hall du bâtiment de la compagnie de bateaux Magi-Med.

-Euh… Papa, tout est écrit en arabe, fit son fils en grimaçant de perplexité.

-Euh… C'est exact, fit-il de la même manière en passant une main embarrassée dans ses cheveux. Tu crois que nous pourrions demander à quelqu'un ?

-Je crois même que nous n'avons pas tant le choix, fit James en se tournant vers une sorcière qui passait près d'eux. Excusez-moi, pourriez-vous nous dire où se trouve… Papa, quelle est la rue ?

- Hafsa et Haydar Ben Saraj, compléta-t-il en jetant un coup d'œil au papier qu'il tenait dans la main.

James lui prit le papier des mains pour le montrer à la fille qui leur fit signe de les suivre. Une fois dans la rue, ils eurent à peine le temps de découvrir le paysage urbain de la ville, qu'elle leur indiqua la grande rue à droite.

« Vous remontez la rue du port, et ce sera la troisième à gauche, bonne journée, conclut-elle avec un sourire avant de tourner les talons. »

Charlus vit le regard de James s'attarder sur les fesses de cette fille. Il le fixa avec amusement, attendant qu'il revienne à la situation présente. Comme rien n'évoluait dans l'attention de James, il leva la main pour lui ébouriffer les cheveux.

« Ne fais pas ça devant ta mère, James, le taquina-t-il sous les cris de protestation de son fils.

-Je n'ai rien fait !

-Tu as regardé cette jeune fille de façon insistante lorsqu'elle s'est retournée et…

-Papa ! J'ai seize ans maintenant ! s'outra-t-il en rougissant. »

James partit à grands pas dans la direction indiquée par la jeune fille en tirant bruyamment les malles derrière lui. Il ne se retourna qu'après plusieurs mètres parcourus lorsqu'il comprit que son père ne l'avait pas suivi.

« Papa, viens ! »

Charlus secoua la tête avec amusement. Il marcha à côté d'un James marmonnant une bonne dizaine de mètres avant d'entendre un soupir désappointé.

« Pourquoi les filles sont si compliquées ? se désespéra-t-il en ralentissant le pas.

-Les filles ne sont pas toutes compliquées, nuança son père.

-Oh si, elles le sont, reprit James avec tant de désespoir qu'il en devenait drôle. Tu leur dis qu'elles sont belles à cet instant, elles se vexent parce que tu aurais insinué qu'elles ne sont pas belles d'ordinaire. Sérieusement ? Elles te retournent le cerveau en trois mots, alors que tu as préparé ce que tu voulais leur dire pendant une heure ! Elles ne comprennent même pas les signes ! Quand je…

-James ? l'encouragea Charlus.

-Il y a cette fille, Lily Evans, elle… Elle me plaît, avoua-t-il en s'humidifiant les lèvres avec hésitation. Mais… Mais dès qu'elle est là, je perds mes moyens et je dis tout avec maladresse. »

Charlus sourit au vide en se rappelant sa première amie, Aileen MacAlister : une surdouée parmi les filles casse-pieds. Mais si Aileen avait l'inconvénient de parler pour ne rien dire, elle avait aussi l'avantage de l'embrasser, et même plus, sans chercher à s'en cacher.

« A cet âge-là, les filles…

-Non mais elle n'est pas comme les autres filles de notre âge, elle… protesta James en cherchant péniblement ses mots. Elle a un truc. Ne ris pas, je t'assure qu'elle a un truc, cette fille. Quand elle te regarde, tu as l'impression qu'elle connaît tout, toute ta vie, et tout le bordel… le désordre, pardon, qu'il peut y avoir sur la terre. Tu te sens juste tout petit sous ses yeux… Ses yeux qui sont d'un vert émeraude à couper le souffle d'ailleurs. Bref, tu te sens soit ridicule, soit la meilleure personne au monde suivant la manière dont elle te regarde, je t'assure. Le jour où je te la présenterai, je t'assure que tu comprendras ce que je veux dire, lui certifia James le rouge aux joues. Je veux dire, si j'arrive à ne pas m'humilier à chaque fois que j'essaie de l'inviter à sortir.

-Elle a toujours refusé ? s'étonna Charlus. »

Son fils savait être un véritable gentleman grâce à l'éducation que lui avait offerte Dorea. Et souvent à cet âge-là, il suffisait de faire croire à la jeune fille tant convoitée qu'elle était l'unique princesse dans son cœur pour la faire tomber dans ses bras. Surtout lorsqu'on était un Potter au cœur de Gryffondor et joueur de Quidditch qui plus est.

« Disons qu'à chaque fois que j'essaie d'orienter la conversation dans ce sens, soit elle trouve le moyen de se vexer parce que je dis quelque chose qu'il ne faut pas, soit elle ne comprend pas mes sous-entendus et j'en conclus que ce n'est pas la peine, avoua James en donnant un coup de pieds dans un caillou de la chaussée.

-Te dégonflerais-tu, James Potter ? le taquina son père.

-Mais non, mais… Argh ! soupira James en posant les valises pour s'ébouriffer les cheveux avec frénésie avant de repartir. Elle est impressionnante, je te jure. C'est une toute petite bonne femme de même pas un mètre cinquante, rousse carotte, et tu lui donnerais l'épée de Gryffondor avant de te mettre dos à elle tant elle semble inoffensive mais… Mais c'est une vraie lionne : fière, audacieuse et sûre de ses convictions. Je n'ai jamais vu quelqu'un tenir tête à qui que ce soit comme elle le fait.

-Au vu de ta description, on dirait une véritable Furie, commenta Charlus en riant.

-Non ! Non, elle est vraiment douce, et juste, protesta James en rougissant à nouveau ce qui fit rire un peu plus Charlus. Mais elle ne se laisse pas faire.

-Eh bien, il me tarde de la rencontrer, commenta-t-il mine de rien avec un sourire moqueur.

-Papa ! soupira James. Si tu te moques de moi, je ne te raconterai plus rien, bouda-t-il comme lorsqu'il avait cinq ans. »

Manque de chance, pour une fois, Charlus trouva cette situation encore plus drôle et il dut s'arrêter sur un banc pour rire sous le regard noir de son fils.

« Pardonne-moi mais… Je ne comprends pas comment tu peux perdre tes moyens devant une jeune fille, reprit Charlus en faisant signe à James de s'asseoir à côté de lui.

-Tu n'as jamais perdu tes moyens, comme tu dis, devant Maman ? dit son fils à moitié étonné, à moitié agacé. »

Le sourire de Charlus fondit d'un coup. Il n'avait pas eu le temps de perdre ses moyens devant Dorea lorsqu'ils étaient jeunes. Aujourd'hui, peut-être, qu'il perdrait ses moyens devant elle tout à l'heure.

« Pas vraiment, non, fit-il pour éluder le sujet.

-Sérieusement ? s'exclama James avec désespoir. Mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi dans ce cas ? Sirius ne me comprend pas sur ce coup, et Remus me dit qu'il faut que je me calme… Mais je n'y arrive pas ! C'est… C'est physique, conclut-il sous l'œil insistant de son père. C'est juste que… Quand je la vois dans ses petites jupes moldues, ou dans ses t-shirt moulant à la moldue, je vois… Je ne vois plus que ça. Et si en plus elle se met à parler, c'est comme si on m'empêchait de respirer et je dis tout ce que je pense pour remonter à la surface. Elle me met dans des états pas possibles, je t'assure. Parfois je dois me retenir de toucher son bras ou d'attraper sa main juste en sentant son parfum. Tu imagines ?

-Assez, je suppose, dit Charlus en pensant au parfum citronné de Dorea.

-Tu n'as jamais… Ton… Ton corps ne t'a jamais dit… combien tu avais besoin de cette personne ? fit son fils en gardant le regard vissé sur l'horizon. Je veux dire, avec Maman par exemple, avant… Avant de vous marier tu n'as jamais… »

Le silence éloquent de James était la chose la plus amusante et la plus gênante que Charlus n'avait jamais vécue avec lui. Jamais à l'âge de James, il n'aurait osé parler de cela avec son père. Il en avait parlé avec Ignatus ou même son frère ou dans les dortoirs de Gryffondor, mais jamais avec ses parents. Peut-être que les camarades de Gryffondors de James n'étaient pas encore dans cette période, au vu du peu d'intérêt que semblait porter Sirius au monde si ce n'est ses trois amis. Peter ne semblait pas encore dans cet état d'esprit non plus, et Remus… Remus semblait si réservé.

« Ta mère est une femme respectable, James, fit Charlus en se forçant à sourire. »

Lui, il n'était pas respectable et en plus il trompait à présent sa femme. Il se leva, décidé à terminer cette conversation.

« Tu veux dire que… Mais quand vous étiez jeunes, tu n'as…

-Nous ne nous parlions pas à Poudlard, James, le coupa son père en essayant d'allonger le pas malgré sa canne.

-Mais comment as-tu fait pour séduire Maman ? fit James en s'arrêtant à nouveau. »

-Je ne te l'ai pas déjà raconté ? fit Charlus en regardant les maisons autour de lui pour fuir le visage de James.

-Tu me racontes toujours quelque chose de différent, soupira James en attrapant son bras pour l'arrêter. Raconte-moi la vraie version, s'il te plaît, insista-t-il et Charlus ferma les yeux. »

Un jour, lorsqu'il avait sept ans, James leur avait demandé comment ils s'étaient rencontrés. D'un accord tacite et sans en savoir la raison profonde, ils avaient commencé à inventer une histoire de dragons. James ne les avait pas crus, alors ils en avaient inventé une autre, et ces versions s'étaient enchaînées au fur et à mesure des années.

Il ferma les paupières un peu plus fortement et se rappela du visage pâle et froid de sa Dorea lorsqu'ils s'étaient fiancés.

« J'étais au Chaudron Baveur… avec les autres membres de l'équipe de Quidditch de Flaquemare, imagina-t-il en entendant son cœur se calmer. Nous avions un peu bu après un entraînement harassant que nous avions quitté en colère contre notre entraîneur. Nous regardions les filles passer dans le bar et puis deux superbes brunes sont entrées : ta mère et sa cousine.

-Laquelle ? Tante Callidora ou Tante Lucretia ? demanda James en ralentissant un peu plus leur vitesse de marche. »

Charlus faillit dire que Callidora était la sœur de Dorea puis se reprit.

-Lucretia, bien sûr, j'ai dit deux brunes, rappela-t-il. Porté par l'alcool, je les hèle, je leur dis quelque chose comme « Sublimes demoiselles, veuillez accepter un verre en compagnie de sept merveilleux joueurs de Quidditch ! » Ta mère soupire, mais ta tante rit. Manque de chance, la plus jolie était ta mère. Je m'approche alors qu'elles tentent de quitter le pub et je les pousse vers notre table. Ta mère essaie de protester mais ta tante, bénie soit-elle, la prie d'accepter. Je leur offre une Bièreaubeurre pendant que les gars de l'équipe se mettent à leur faire la discussion sous le regard las de ta mère. J'ai dû lui sortir le grand jeu, mais ça n'a pas fonctionné. Elle restait de marbre. Puis ta mère demande à ta tante si elles peuvent aller à la librairie, je saute sur l'occasion. « Quel livre vouliez-vous acheter ? » « Quelque chose que les joueurs de Quidditch ne sont pas assez subtils pour comprendre. » « Dites toujours. » « Un livre sur le sortilège de Salveo Maleficia, consent-elle à répondre. » « Il y a une conférence à Sainte-Mangouste à ce sujet le week-end prochain, je lui dis pour me rendre intéressant. » « Oui, mais il est réservé au personnel soignant, soupire-t-elle. » Je me rappelle les deux places que ma mère m'a fournies pour que j'y vienne accompagné. Je ne comptais pas m'y rendre à l'origine, mais je saute sur l'occasion. « J'ai deux places, mademoiselle, je pourrais vous inviter. » Elle me regarde comme si j'étais un porcelet volant – tu sais combien il est difficile de métamorphoser un cochon. Je lui donne rendez-vous pour la semaine prochaine devant Ste-Mangouste. Je patiente la semaine sans n'en parler à personne, et je rage de ne pas lui avoir demandé son prénom. Une semaine plus tard, elle est là-bas.

-Et ensuite ? demanda James tout à fait subjugué.

-Eh bien ensuite, reprit Charlus en revenant sur terre. Nous nous sommes revus à la conférence suivante à laquelle je l'emmenai aussi. Et ainsi de suite jusqu'à ce que je lui propose d'aller dîner après une conférence, puis une autre, puis une autre.

-Et ?

-Et puis le charme Potter a fait le reste, garnement ! Je ne vais pas te donner les détails, tenta d'esquiver Charlus.

-Allez, je suis ton fils préféré !

-Tu es mon fils unique, James.

-Raison de plus !

-Eh bien un soir en sortant d'un restaurant, je l'ai embrassée, et quelques mois plus tard nous nous fiancions.

-Aussi simple que cela ? soupira James. Ce ne sera jamais aussi simple avec Evans.

-Es-tu un Potter oui ou non ? Redresse-toi, lève la tête et carre les épaules, par Merlin ! Un Potter ne laisse jamais tomber ! s'entendit-il dire. »

C'était vrai ce qu'il disait, un Potter ne laissait jamais tomber l'affaire : sa jambe se réparerait, foi de Potter.

« Voilà la maison, s'arrêta-t-il. Selon mes souvenirs, rien n'a changé, commenta-t-il.

-Quand êtes-vous allés voir Donkor en Egypte la dernière fois ? demanda James.

-Ta mère a dû y aller il y a trois ans. Pour ma part, je n'ai pas dû y aller depuis dix ans.

-Moi, je ne m'en souviens plus du tout, fit James en regardant la maison. »

La maison égyptienne à l'antique ressemblait à toutes les autres sauf qu'elle était bien plus grande. Entourée de palmiers, la façade blanche et une immense terrasse sur le toit, elle donnait vraiment l'impression au Britannique que Charlus était, d'être en vacances.

« Cache-toi derrière-moi, nous allons la surprendre, souffla Charlus à son fils en avançant jusqu'à la porte.

-Bonne idée, souffla James en retour en posant leurs malles contre le mur avant de se mettre derrière son père. »

Charlus hésita. Il savait qu'il ne pouvait plus reculer, surtout avec James à ses côtés. Mais il craignait que sa femme ne lui en veuille non pour la tromper, puisqu'elle ne le savait pas, mais pour ne pas lui avoir envoyé plus de courrier. Et surtout, il avait honte de lui, honte de l'avoir évitée, honte de l'avoir fuie et honte d'être trop lâche pour assumer son forfait et tout lui avouer, quitte à perdre son amour et sa confiance pour toujours. Il avait honte de craindre cette honnêteté qu'il avait toujours prônée.

Il laissa sa main rebondir sur le bois tendre de la porte d'entrée. Il attendit, fébrile, qu'on vienne lui ouvrir.

« … doit être Ramsès ! J'y vais Donkor ! retentit la voix étouffée de son épouse. »

Cette voix douce n'avait pas vibré avec tant de sérénité aux oreilles de Charlus depuis des mois. Est-ce que… Est-ce qu'il l'avait rendue malheureuse ? A cause de cette jambe infâme qui ne pouvait que la dégoûter ? A cause de ses rentrées tardives qui ressemblaient à des fuites ? Est-ce que…

Ce n'était pas sa Dorea.

Enfin, si c'était indubitablement Dorea, mais ce n'était pas sa Dorea.

Sa peau diaphane avait doré sous les rayons de soleil. Ses cheveux n'étaient plus de ce noir profond qu'il aimait tant mais parcourus de reflets bronzes. Ce sourire si large ressemblait à celui qui fleurissait sur son visage à leurs vingt ans. Elle ne portait plus les petites boucles d'oreilles qu'il lui avait offertes, mais trois anneaux sur chacun de ses lobes. Ses yeux si purs étaient soulignés par des tâches de khôl. Il baissa les yeux sur sa robe d'une blancheur éclatante agrémentée de dentelles noires.

Et ses pieds étaient nus.

C'était Dorea, mais ce n'était pas sa Dorea.

Le pire fut le pli de contrariété qui barra son front à présent parsemé de taches de rousseurs. Elle n'avait jamais eu un tel regard pour lui depuis des mois voire des années.

« Dorea ? demanda-t-il avec hésitation. »

Il fut sur le point de tourner les talons en la voyant ouvrir la bouche tant il craignit une réaction qui serait en accord avec la nouvelle Dorea mais non avec celle dont il se souvenait.

James les sauva.

« Surprise ! s'exclama-t-il en passant devant lui. »

Le visage de Dorea se détendit d'un coup et ses yeux pétillèrent.

« Oh James ! Oh mon chéri ! s'exclama-t-elle en le serrant dans ses bras à l'en étouffer.

-Maman, protesta leur fils pour la forme.

-Je ne t'ai pas vu depuis des mois, laisse-moi t'embrasser convenablement, renchérit-elle en le couvrant de baisers.

-Tu n'as pas vu Papa depuis des mois non plus, dit son fils avec difficulté, coincé entre les bras de son épouse.

-Mais toi tu es mon fils unique, c'est différent, protesta-t-elle en le relâchant juste assez pour prendre son visage entre ses doigts.

-C'est gentil pour Papa, ça, fit James en riant.

-Merlin ! Tu as encore grandi ! dit-elle sans tenir compte de la remarque de James.

-Dorea ? retentit la voix grave de Donkor.

-C'est James ! s'exclama-t-elle vers l'intérieur de la maison. Regardez comme il a grandi depuis la dernière fois que vous l'avez vu ! »

Charlus ne s'était pas senti aussi mal depuis des années. Elle l'ignorait, purement et simplement. Il n'y avait que son fils qui comptait pour elle dorénavant. Il la regarda sans la reconnaître tout à fait.

« Il est venu seul ? s'exclama la voix de Donkor assez fort pour couvrir ses pas précipités.

-Mais non, il est venu avec Charlus, dit-elle en riant.

-Charlus ? Charlus est là ? »

Donkor apparut enfin. Il jeta un regard inquiet à Dorea qui attisa la suspicion de Charlus. Est-ce que Donkor et Dorea… Le regard aux iris noirs de leur ami Egyptien se fixa sur lui d'une manière indéchiffrable et Charlus sentit son âme être fouillée de fond en comble.

« Bonjour Donkor, dit-il finalement pour rompre le malaise dans lequel le mettait le regard de l'Egyptien.

-Bonjour Charlus, répondit Donkor avec quelque chose qui dérangea Charlus.

-Viens James, je vais te montrer ce que j'ai trouvé aujourd'hui, tu ne vas pas en revenir ! reprit Dorea lorsque son fils se fut dégagé de sa prise.

-Attends Maman, nos malles sont devant la maison, la coupa James en s'enfuyant pour les lui montrer. »

Dorea agita sa baguette pour les débarrasser de la couche de sable dont elles étaient couvertes et les mit en lévitation. Charlus et Donkor se dépêchèrent de rentrer avant de se faire bousculer par les deux malles.

« Enlève tes chaussures, James, lui indiqua-t-elle et Charlus prit cela aussi pour lui. »

Il aurait voulu lui laisser le bénéfice du doute quant au fait qu'elle l'ignorait, mais c'était si flagrant qu'il se sentit comme un ennemi dans cette maison.

« Oh mon petit James, raconte-moi tout ce que tu as fait à Poudlard ! Comment va Marlene ? Et Sirius ? Et Remus ? Et Peter ? Et le Quidditch, tu ne m'as pas raconté le match que tu as joué contre Serpentard !

-Mamaaan, la coupa-t-il en s'asseyant à côté d'elle sur le tapis. »

Charlus ne les avait pas vus sourire autant tous les deux depuis Noël. Ça lui fit mal d'être exclu de ce bonheur. James n'avait pas souri de cette manière avec lui, et Dorea… Dorea n'avait pas souri une seule fois lorsque James n'avait pas été chez eux de septembre à décembre.

« Le Patronus de Marlene est un poisson-chat, commença-t-il en frissonnant, et elle a réussi à me faire tomber par terre en le lançant sur moi. Franchement, un poisson-chat ? Je pensais qu'elle pourrait à peine effrayer une mouche avec ça, moi !

-James, et l'histoire d'Illyus et de son Patronus en forme de souris ? lui opposa sa mère en levant un sourcil.

-Je saaais ! soupira James. Mais c'est une légende !

-James…

-Bon, ensuite, Sirius. Sirius va bien, il est resté au château avec Peter pour les vacances. Ils vont explorer le sixième étage, précisa-t-il en baissant la voix. Remus est rentré chez ses parents, il a le mariage de sa cousine moldue à célébrer. Quant à ce match… Merlin, ça a été l'enfer, il a plu des trombes d'eau, le vent nous empêchait de voler correctement et à la fin, ça s'est transformé en tempête de neige. On y est resté jusqu'au soir. Et finalement, Dumbledore est allé jusqu'à suspendre le match. Nous étions à une maigre égalité de toute façon. Mais du coup, Poufsouffle nous est passé devant. Il faudrait qu'on gagne avec 340 points d'écart contre Serdaigle pour remonter.

-Rien n'est impossible, James, l'encouragea sa mère.

-C'est ce que je te disais, l'approuva Charlus. »

Son regard croisa enfin celui de son épouse. Elle plissait les yeux lorsqu'elle le regardait, comme si elle cherchait un sens caché à ses paroles.

« Je dirai même que tout est possible, insista-t-elle en le détaillant de la tête aux pieds. »

A nouveau, Charlus se sentit pris en faute sans en savoir la raison. Parlait-elle de sa jambe qui ne pouvait que se réparer ? Ou du fait qu'il la trompait ? Non, elle ne pouvait pas le savoir.

Charlus s'assit difficilement auprès d'eux. Donkor leur faisait face, silencieux. Il se contentait de couver sa femme d'un regard qui ne plaisait pas à Charlus.

« Tu ne voulais pas me montrer ce que tu as trouvé aujourd'hui ? lui rappela James.

-Si ! s'exclama-t-elle en sautant presque sur ses pieds. »

Elle prit un bocal en verre sur l'une des étagères et le mit sous le nez de James.

« Vois-tu derrière le verre cet espèce de bout de ferraille ? demanda-t-elle avec passion.

-Euh…

-Un très vieux clou ! Tu te rends compte, James ? Ce clou a au moins 2000 ans ! »

Elle le regardait avec tant de bonheur dans ses yeux d'un gris pâle que Charlus ne parvint plus à être jaloux. Elle était heureuse comme elle ne l'avait pas été depuis longtemps. Elle semblait avoir à nouveau vingt ans, et tout l'entrain qui allait avec la jeunesse. Il aimait la Dorea qu'il avait eu avec lui depuis toujours, mais cette Dorea-là, avec cette espèce de joie folle en plus lui retournait la tête : il ne parvenait plus à détacher son regard d'elle. Il ne la reconnaissait plus tout à fait, mais il ne pouvait plus la lâcher des yeux.

Il fallait qu'il la retrouve. Il voulait la retrouver, elle et toute sa douceur et sa vivacité un peu brusque. Il voulait à nouveau pouvoir lui prendre la main sans se sentir coupable. Et surtout, il voulait découvrir cette nouvelle facette de sa personnalité.

« Maman, c'est un clou, fit James sans comprendre.

-James, aies un peu d'imagination ! Ce clou nous indique tant de choses ! D'abord, les sorciers savaient faire des clous à cette époque et ce, de cette forme, avec le bout aplati avant de l'enfoncer, regarde, on voit que le bout n'a pas été rabattu après insertion ! s'emballa-t-elle. Un motif a été gravé magiquement dessus. Le sort s'est affaibli avec le temps, mais si tu fais bien attention, tu verras que la feuille de laurier gravée bouge très légèrement. Là, tu vois ? Ce clou nous apprend aussi qu'ils maitrisaient déjà il y a deux millénaires les matériaux dont ce clou est fait, soit un alliage de fer et de zinc ! Sans compter…

-Dorea, vous allez bien trop vite pour ce jeune homme, la tempéra Donkor avec un sourire amusé dans sa direction.

-Pardonne-moi, James, s'amusa-t-elle, mais toute cette fouille est vraiment passionnante ! Dire qu'on pensait que ce port, l'Héracléion[1] se situait bien plus à l'est ! Finalement, il est au même endroit que Thonis. Il va nous falloir des années pour briser les sortilèges les plus dangereux avant de lever les sortilèges Repousse-Moldus de la partie la moins magique de ce port. C'est fantastique ! »

Elle rayonnait. Il ne l'avait jamais vue aussi vive et pleine d'entrain. Elle avait laissé se briser toute forme de retenue. Il avait sa spontanéité comme jamais sous les yeux.

Au moment même où Donkor posait une question à James sur son voyage, la porte de l'entrée s'ouvrit. Une jeune fille de l'âge de James entra. Elle s'étonna de les voir. En quelques mots arabes, Donkor lui expliqua sans doute qu'ils venaient d'arriver pour rejoindre Dorea. Charlus reconnut enfin Doumia, la fille unique de Donkor dont Dorea était la marraine. Il ne l'avait pas vue depuis deux ans, et ces deux années l'avaient considérablement changée. Elle n'avait plus aucune rondeur et ses cheveux scintillaient des mêmes reflets bronze que Dorea.

« Bonjour Charlus, dit-elle finalement. Bonjour James. Je vais préparer le dîner.

-Veux-tu de l'aide ? lui demanda aussitôt James sous le regard surpris de son père.

-Pas d'homme dans la cuisine, fit-elle en écarquillant les yeux sous le coup de l'horreur.

-Ce n'est pas Evans qui dirait ça, commenta-t-il alors qu'elle s'éloignait.

-Qui cela ? demanda Dorea.

-Lily Evans, précisa James en rougissant très légèrement.

-Et pourquoi cette jeune fille ne dirait pas cela ?

-Elle dit qu'elle défend les droits des femmes contre les types machos, dit-il.

-Voilà une jeune fille pleine de bon sens, approuva-t-elle en regardant Charlus avec insistance.

-Des types machos comme moi, précisa-t-il en grimaçant.

-Tu n'es pas misogyne, enfin, James, nia sa mère.

-Il parait que si, lorsque je lui tiens la porte à elle, parce qu'elle est derrière moi, mais pas à son ami crasseux Servilus, expliqua-t-il en soupirant.

-Ce n'est pas misogyne, c'est stupide, fit-elle en arquant un sourcil.

-Servilus est stupide, dit-il en haussant les épaules.

-Elle semble un peu extrême cette jeune fille, non ? se permit Donkor.

-Elle est extrêmement intéressante aussi, n'est-ce pas James ? intervint Charlus avec le même sourire malin que son fils.

-Papa ! protesta-t-il en l'assassinant du regard.

-Intéressante ? releva Dorea.

-Et si nous en parlions plus tard ? Ou mieux : jamais, proposa James avec humeur.

-Mais…

-Que faisons-nous demain ? s'enquit James.

-Vous pourriez remonter le Nil en famille, proposa Donkor. Vous savez Dorea, comme nous l'avons fait à votre arrivée.

-Mais, et les fouilles du port ? J'ai encore tant de manuscrits à traduire ! protesta sa mère.

-Vous n'avez pas arrêté depuis que vous êtes arrivée, Dorea. Personne ne vous en voudra de prendre quelques jours pour passer du temps avec votre fils, renchérit Donkor.

-Mais, Donkor, vous savez bien… commença-t-elle. »

Elle laissa sa phrase en suspens, mais Donkor sembla connaître la suite. Cette relation très fusionnelle effraya Charlus. Auparavant, c'était avec lui que Dorea avait ce genre de dialogue visuel. Que s'était-il passé ?

« C'est important de se retrouver en famille, lui assura-t-il.

-Bien, faisons cela dans ce cas, capitula-t-elle. »

Mais Charlus vit bien qu'elle n'était pas tranquille. Il s'en étonna une nouvelle fois. Peut-être que… Peut-être qu'elle et Donkor… Et qu'il la poussait à rester en famille pour qu'elle lui dise… Qu'elle lui annonce qu'elle le quittait ? Non, pas sa Dorea. Elle ne ferait jamais cela. Elle ne détruirait pas leur famille de la sorte. Non pas rapport à lui, mais à James : elle aimait trop son fils pour le laisser voir ses parents se séparer sur un coup de tête. Un coup de tête oui, parce que Dorea ne pouvait pas savoir qu'il voyait Esméralda, sinon elle le lui aurait fait savoir dès le départ.

Mais cette Dorea-là ? Cette Dorea si légère avec ce caractère si vif ?

Charlus détailla une nouvelle fois son visage au teint de caramel.

Que s'était-il passé ? Et ce qu'il s'était passé avait-il eu lieu avant ou après son départ pour l'Égypte ? Si cela avait eu lieu auparavant, cela avait-il un rapport avec lui ? Avait-il… Que s'était-il passé pour qu'elle disparaisse du jour au lendemain en ne lui laissant qu'une lettre d'explications étranges ? Parce que… Elle en avait peut-être eu assez qu'il rentre tard. Mais il n'arrivait plus à passer du temps avec elle sans penser à son infidélité. Il n'allait pas voir Esméralda tous les jours. Il n'en avait pas envie. Seuls quelques soirs, lorsqu'il avait été à bout, il s'était précipité chez elle. Mais il n'y avait été que trois fois avant son départ pour l'Egypte. Même si c'était trois fois de trop. La plupart du temps, il traînait au Ministère, au Chaudron Baveur, aux Trois Balais. Parfois accompagné, parfois seul. Si Harfang le suivait, ils allaient à la Cave du Détraqueur, même si Charlus n'accourait pas dans la pièce où Esméralda lisait l'avenir. Mais invariablement, une vingtaine de jours passaient, il n'arrivait toujours pas à regarder Dorea sans culpabiliser de lui mentir, et sa frustration due à ce sentiment d'impuissance le poussait dans les bras de la voyante et de ses amis dont les herbes magiques vous faisaient oublier un temps tous vos remords.

Ce devait être cela. Elle en avait eu assez d'être seule du point du jour jusqu'au soir. Ses amis avaient tous été aux quatre coins du monde depuis la rentrée, il aurait dû se faire violence, prendre sur lui, et passer du temps avec elle. Sa jambe blessée n'était plus une véritable excuse. Il ne souffrait plus autant à présent, et même s'il ne pouvait toujours pas la bouger, même si les morceaux d'os ne s'étaient toujours pas ressoudés, il pouvait marcher sans se saouler aux potions antidouleurs. Seul le Whiskey-Pur-Feu lui tenait toujours compagnie pour supporter les regards insistants des enfants ou de leurs parents sur sa démarche claudicante. Mais il n'était pas resté auprès d'elle, et elle était partie. Il s'était senti perdu sans elle. Et après deux mois sans quitter sa maison, il était retourné au Ministère et voir Esméralda deux fois de plus malgré la culpabilité qui lui écrasait la poitrine.

« Papa ! s'exclama James. Cesse de mater Maman, veux-tu ? Et aide-moi à mettre ta malle dans la tente.

-James, comment oses-tu parler à ton père de la sorte ? s'étrangla Charlus en cherchant un meuble pour s'aider à se relever. »

Il ne vit rien d'adéquat. James était deux mètres plus loin en train de déplier le moins possible la tente que leur prêtait Donkor afin d'y glisser leurs malles et Dorea les regardait en riant. Donkor aidait James en jurant en arabe. Il aurait pu appeler Dorea, mais il n'y arriva pas. Il se sentit à nouveau infirme, incapable et tout à fait impuissant. A ces sentiments se mêlait une pointe de honte et d'humiliation qui le fit se saisir de sa canne avec brusquerie et tenter de se lever seul. Chose idiote, évidemment, puisqu'il manqua de tomber dès le premier essai et de se blesser à nouveau. Heureusement, deux mains le rattrapèrent et l'aidèrent à se hisser sur ses pieds. Il reconnut l'odeur de citron de Dorea avant de voir son visage soucieux. Un instant, il eut honte à nouveau, puis son cœur s'emballa.

Dorea l'avait retenu dans sa chute. Si elle avait eu le temps de le retenir, c'est qu'elle le regardait pendant qu'il se levait. Et si elle le regardait, c'est qu'elle se souciait encore un minimum de lui. Cette impression d'être ignoré et de susciter son agacement ne devait être qu'une impression. Peut-être n'avait-elle pas été agacée comme il avait cru le comprendre, mais plutôt surprise de les voir.

« Tout va bien ? demanda-t-elle doucement sans le lâcher.

-Mmmh, répondit-il en haussant les épaules, trop heureux pour parler.

-Je ne sais pas si c'est une bonne idée de te faire marcher le long du Nil, avoua-t-elle d'un ton inquiet.

-Ne t'inquiète pas pour ma jambe. Nous n'aurons qu'à y aller doucement, proposa-t-il. »

Elle le fixa intensément, comme si elle se retenait de lui dire quelque chose. Il en profita pour détailler une nouvelle fois son visage. Elle avait changé, mais cette assurance et ce sourire franc lui seyaient tout à fait.

« C'est bon, nous y sommes arrivés ! soupira James en serrant la main de manière vigoureuse à Donkor. Allons-y ! »

Ils tournèrent tous les deux la tête vers James et sa femme s'empressa de le rejoindre.

Il les suivit jusqu'à la porte. Dorea leur dit de s'avancer, qu'elle avait oublié quelque chose. Ils s'arrêtèrent, et Charlus la vit clairement à travers la fenêtre parler avec inquiétude à Donkor. A nouveau, il en fut maladivement jaloux.

Puis elle revint, le même large sourire qu'elle portait depuis leur arrivée plaqué au visage. Elle prit l'autre bras de James.

« Je suis contente de te… de vous voir, dit-elle en les regardant tour à tour. Je ne vois pas vraiment le temps passer ici, mais je me languissais de vous.

-Tu vois, Papa, que c'était une bonne idée de venir immédiatement en Egypte, dit James. »

Ils arrivèrent au port sorcier à nouveau, et entreprirent de remonter la rive du fleuve. Un moment, Dorea leur fit prendre un autocar moldu, sans manifester la moindre méfiance, ce qui étonna Charlus. Une heure plus tard, ils étaient sortis de la ville.

« Tu as vu comme c'est vert, James ? demanda-t-elle aussitôt en voyant les yeux ronds comme des soucoupes de son fils. Ce n'est pas le désert que tu avais en tête, n'est-ce pas ? »

Un moment, elle s'élança vers la berge, suivie de près par James, et Charlus les regarda de loin s'arroser et rire aux éclats. Il ne pouvait pas les rejoindre, même s'il en mourait d'envie.

Puis la nuit finit par tomber. Dorea leur indiqua un coin plus dans les terres où elle avait dû planter sa tente avec Donkor et Doumia lorsqu'elle était arrivée. Ils firent un feu pour réchauffer un bocal de petits pois.

« Et les cours ? demanda-t-elle finalement à James après qu'il eut parlé de ses amis durant tout le repas.

-Oh eh bien ils ont lieu, dit son fils en haussant les épaules.

-Ils ne t'intéressent pas ? s'étonna Dorea.

-J'aime bien la Métamorphose et la Défense. Mais bon sang, le prof de Défense est un véritable incapable cette année, soupira James. Si j'ai mes BUSE ce sera déjà un exploit. Mais pour les ASPIC, c'est foutu d'avance.

-Oh ne dis pas cela, je t'aiderai si tu en as besoin, l'assura Dorea.

-Mouais. Mais si ce n'était que cela… Le vieux Slug me déteste.

-Il ne m'appréciait pas beaucoup non plus, pointa Charlus.

-Non, moi il me déteste, leur assura-t-il. Tout ça parce que j'ai malencontreusement renversé la potion d'Evans, qui est la meilleure de ce cours.

-Comment t'y es-tu pris ? s'étonna sa mère en soufflant sur les braises avant de tendre les mains vers le feu pour les réchauffer.

-Je ne l'ai pas fait exprès en plus ! s'agaça James. J'ai juste… trébuché.

-Trébuché ?

-Oui, Marlene m'a parlé et j'ai tourné la tête trop tard, expliqua James en ronchonnant. Elle m'en a voulu d'ailleurs. Evans est sa meilleure amie.

-Ah tu parles de la meilleure amie de Marlene, comprit sa mère. Marlene me dit pourtant qu'elle n'est pas rancunière.

-Oh mais Evans a passé l'éponge plutôt rapidement, en convint James, alors qu'elle adore les potions et qu'elle déteste rendre un travail bâclé. C'est Marlene qui m'en a voulu. Elle me dit que je n'ai qu'à moins la regarder et à la laisser un peu tranquille.

-Attends, James, je ne comprends plus. Marlene ne veut plus te voir ? s'étonna sa mère. »

-Non, Marlene me dit de laisser sa copine Evans tranquille, parce que je ne serais pas discret.

-Discret pour quoi ? s'étonna sa mère. »

Charlus s'amusa à nouveau de voir James s'emmêler pour parler de cette Lily Evans. Cela lui rappelait Ignatus cherchant tous les moyens pour éviter le sujet Lucretia lorsqu'ils avaient vingt ans.

« Et puis zut, Evans est aveugle là-dessus, c'est épuisant, ronchonna-t-il en conclusion.

-Ne t'inquiète pas, tu trouveras sûrement une autre fille bien plus gentille, tenta de le rassurer sa mère.

-Je ne sais pas, dit James. Bon, changeons de sujet. Demain, où allons-nous ?

-Vers le sud, nous nous arrêterons dans un temple sorcier antique, et nous verrons une vieille pyramide, lui expliqua sa mère.

-Nous pourrons entrer dans le temple ?

-Et même dans la pyramide !

-Vraiment ?

-Bien sûr, l'assura Dorea. Viens là que je te prenne dans mes bras. »

A nouveau, elle serra son fils contre elle sans tenir compte de ses protestations. Charlus finit par détourner le regard et contempler les étoiles. Il savait qu'elle aimait son fils. Mais elle n'avait jamais été si démonstrative avec lui qu'aujourd'hui. Elle n'avait jamais été aussi démonstrative tout court.

« Maman, je vais aller dormir si tu continues à m'étouffer, menaça-t-il.

-Oh non, je ne veux plus te quitter. »

Si seulement elle avait dit cela à Charlus.

« Mamaaan ! Il faut que j'appelle Sirius sur nos miroirs à double sens ! Il s'ennuie comme un rat mort chez ses parents !

-Juste encore un peu, le pria-t-elle. »

Il se laissa faire en soupirant. Elle lui embrassa le haut du crâne et passa sa main dans ses cheveux. Encore un cri d'agacement de James, et elle le laissa entrer dans la tente.

Le silence de la nuit reprit possession des lieux. Charlus ne savait plus quoi dire. Et Dorea fixait la tente dans laquelle son fils avait disparu.

« Laisse-le, tenta-t-il.

-Pourquoi n'es-tu pas venu me voir plus tôt ? embraya-t-elle en revenant planter ses yeux dans les siens avec colère.

-Je ne voulais pas que tu croies que j'étais contrarié par ton départ, répondit-il prudemment.

-Etais-tu content que je m'en aille, dans ce cas ? ironisa-t-elle avec cynisme.

-Quoi ? Bien sûr que non ! Comment…

-Je n'ai reçu qu'une lettre, une seule, de ta part, en trois mois, et elle n'était pas bien longue. Alors que je t'en ai répondu au moins quatre, lui reprocha-t-elle.

-Ecoute, tu fais ce que tu veux. Je ne vais pas t'empêcher de fouiller ce port antique si c'est ce que tu veux faire, fit-il précipitamment.

-Oh Charlus, le coupa-t-elle en riant jaune. Elle est bien trop facile, celle-là. Je ne te reproche pas de m'avoir laissée partir, je te reproche de t'en être soucié comme du premier caleçon de Merlin ! explosa-t-elle en se levant. »

Il la regarda rentrer dans la tente et soupira. Elle lui en voulait, et pas du tout pour les raisons qu'il avait sérieusement envisagées. Elle lui avait manqué comme pas possible mais elle, elle pensait…

Il se leva du rondin de bois sur lequel il s'était assis avec sa canne en soupirant. Il éteignit le feu à l'aide de sa baguette, observa encore un peu les étoiles puis rentra dans la tente. James avait sa chambre sur la gauche. Celle que partageaient Dorea et lui se trouvait sur la droite. Il hésita avant de tirer le rideau en entendant les jurons de sa femme.

Elle était déjà sous les draps, lui tournant résolument le dos. Il fit un détour par la salle de bain pour ôter tout le sable qu'il avait sur lui avant de la rejoindre.

C'était étrange de partager à nouveau un lit avec elle après trois mois de séparation. Il regarda son épaule nue, elle aussi dorée par les rayons du soleil, et y posa la main. La peau chaude de son épouse frissonna, la sienne, froide, se réchauffa d'un coup.

Il l'aimait. Merlin, il n'en avait jamais été aussi sûr. Et même s'il avait honte de l'avoir trompée, il voulait retrouver son épouse et tenter de recoller les morceaux qu'il avait brisés. Il devait lui avouer son infidélité, et il voulut vraiment le faire mais en la sentant déposer un baiser sur le dos de sa main, les mots restèrent coincés dans sa gorge. S'il le lui avouait, il la perdrait, il en était certain. Et c'était bien la dernière chose qu'il souhaitait.

« Dorea…

-Bonne nuit, Charlus.

-Dorea, mon amour, reprit-il. Je… Je n'ai pas été très présent avant ton départ, je le sais. J'avais… Je n'arrivais plus à… à me supporter. Ma jambe… Enfin, j'ai préféré m'éloigner un temps par peur de t'horrifier. Ton départ… Ton départ m'a foudroyé, tu m'as manqué tous les jours mais… »

Il n'arrivait pas à le lui avouer. Surtout lorsqu'il pensait à la présence de James, dans la chambre adjacente.

« Mais je n'arrivais pas te répondre. Et j'ai eu l'impression que tu partais pour tes recherches certes mais aussi parce que tu ne me souffrais plus, finit-il dans un souffle. »

Elle se retourna aussitôt, ses sourcils d'un noir profond froncés.

« Tu ne m'insupportes pas, Charlus. Tu me déçois, c'est différent. »

Si elle l'avait giflé, ç'aurait été la même chose. Ceci dut d'ailleurs se voir sur son visage puisqu'elle pinça les lèvres.

« Ne fais pas cette tête. Tu as été infect avec moi de septembre à décembre. Me demander de faire chambre à part a été la cerise sur le gâteau, continua-t-elle impitoyable.

-Infect…

-Tu rentrais à pas d'heure et si j'avais le malheur de te faire une remarque, tu partais au quart de tour alors que j'essayais seulement de t'aider à aller mieux. »

Il ne pouvait pas remettre toute la faute sur l'alcool, même si le Whiskey devait y être pour beaucoup. Il ne se souvenait même pas avoir été… Bon, d'accord, il n'avait pas été très aimable et patient.

« Je n'ai jamais voulu déraper de la sorte, avoua-t-il. »

Il pensait aussi à ses sorties avec Esméralda lorsqu'il disait cela, même si Dorea n'en savait rien.

« Je n'ai jamais voulu…

-Tu aurais au moins pu me laisser t'aider au lieu de faire n'importe quoi, asséna-t-elle à nouveau. Ne me prends pas pour une idiote, je sais très bien que… »

Elle chercha ses mots, et Charlus eut tout le temps de craindre qu'elle sache tout, tout. Mais elle secoua la tête avant de reprendre.

« Je sais très bien que tu allais mal, concéda-t-elle, que tu buvais plus que de raison pour faire passer le goût infect des potions, que tu traînais dans des bars louches avec Harfang ou Graham. Tes vêtements empestaient la Mandragore brûlée – n'essaie même pas de le nier. Mais par Merlin, Charlus ! Tu travailles au Ministère de la Magie !

-Je ne voulais pas…

-Mais tu l'as fait ! s'exclama-t-elle avec colère en se redressant tout à fait. Tu l'as fait, répéta-t-elle plus doucement mais non moins durement. »

C'était affreux, il avait l'impression qu'elle lui parlait du fait qu'il l'avait trompée sans pour autant le dire. Mais elle ne pouvait pas être au courant sinon elle ne se serait pas privée de le lui dire.

« Je t'en prie, ne… ne me laisse pas, ne trouva-t-il qu'à dire en se sentant pitoyable. »

Il l'attrapa par les épaules pour la serrer contre lui et ne plus voir ses yeux gris accusateurs. Son corps tremblait déjà à l'idée de la voir lui tourner le dos définitivement et de perdre sa confiance, son amour et tout ce qu'il aimait dans sa vie.

« Je… Je… Je suis perdu quand tu n'es pas là et je fais tout de travers, avoua-t-il en sentant avec horreur sa gorge se bloquer sous l'afflux de sanglots de panique. Je ne fais pas déjà ce qu'il faut quand tu es avec moi mais quand tu n'es pas là… J'ai passé les deux premiers mois où tu étais partie à tourner en rond chez nous comme un fauve en cage et… Et je ne savais plus quoi faire, je…

-Charlus, calme-toi, le coupa-t-elle en caressant son dos. »

Il sentit cette boule d'angoisse due à ses mensonges s'effriter tout à fait. Il n'avait jamais su mentir, depuis tout petit. Et là, ne pas être découvert pendant ces cinq mois le rendait fou. Il aurait presque préféré que Dorea soit au courant pour être définitivement libéré de ce poids.

Il sentit sa bouche se poser sur sa joue, calmant légèrement ses pleurs emprunts de tourments. Elle l'aimait, sûrement plus encore que lui l'aimait puisqu'elle, elle ne l'avait pas trompé. Il devait le lui avouer, il le fallait, il ne pouvait plus fuir.

Il sentit ses mains remonter sur son torse et soupira d'aise. Son soupir se perdit sur la bouche de sa femme lorsqu'elle l'embrassa. Merlin, pourquoi avait-il attendu si longtemps avant de s'approcher à nouveau d'elle ? Il avait tout ce qu'il lui fallait là, dans cette tente, cette femme et son fils : sa famille.

« Montre-moi que tu as seulement dérapé, lui proposa-t-elle en caressant sa joue avec douceur. »

Il déglutit difficilement. Comment pouvait-il lui avouer son méfait à présent ? Alors qu'elle le regardait à nouveau avec cet amour et ce désir qu'il voulait tant ? Comment pourrait-il les repousser à nouveau ?

Il ne s'attendait pas à ce qu'elle le pousse pour qu'il s'allonge sur le lit et qu'elle lui monte dessus. Elle n'avait jamais fait cela spontanément, sans une proposition de sa part au préalable. Le sourire timide qui naquit sur les lèvres de Dorea lui enleva toute idée de discussion.

« Je suis tout à toi, ne trouva-t-il qu'à dire en la contemplant. »

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Le soleil le réveilla le lendemain matin. Dorea dormait encore, blottie dans ses bras. L'odeur citronnée de ses cheveux s'infiltra dans sa première respiration de la journée. Il souffla sur une mèche qui le chatouillait, ce qui la réveilla. Elle papillonna des yeux avant de se retourner vers lui. Il tâcha de ne pas la regarder avec trop de culpabilité.

« Bonjour, souffla-t-elle en posant ses lèvres sur les siennes.

-Bonjour, souffla-t-il en retour en saisissant l'une de ses mèches. »

Ils se regardèrent en souriant un instant.

« Qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? demanda-t-il.

-Doumia me les a teints au henné, c'est joli, non ?

-Assez, mais tu es différente.

-En bien ou en mal ? s'amusa-t-elle.

-En bien, toujours en bien. »

Il reporta son attention sur son teint caramel.

« Toujours en bien, répéta-t-il. »

A présent, elle lui souriait comme elle souriait à James la veille.

« Tu… commença-t-elle et il prit plaisir à la voir rougir. Tu as aimé, comme j'ai fait hier ? demanda-t-elle dans un murmure.

-Bien sûr, c'était... renversant. Tu es toujours renversante mais hier soir tu avais un truc en plus, précisa-t-il craignant de mal se faire comprendre. »

C'était étrange. Ils étaient mariés depuis presque trente ans, et c'était la première fois qu'elle lui demandait cela. C'était aussi la première fois qu'elle prenait les devants de la sorte.

« Qu'est-ce qui vous a pris, Mrs Potter ? s'amusa-t-il.

-Une envie, Mr Potter, fit-elle en rougissant à nouveau sans pour autant baisser les yeux. »

Il la dévora du regard comme il ne l'avait jamais fait.

« Lorsque nous serons rentrés en Angleterre, commença-t-il, nous irons nous promener dans la forêt de Merlin, à Flaglet-le-Haut. Je vais envoyer un hibou à l'hôtel du Chêne pour leur réserver une chambre dans trois semaines, nous pourrons…

-Dans trois semaines ? le coupa Dorea en fronçant les sourcils.

-Tu préfères dans deux semaines ?

-Mais Charlus, je n'ai pas fini mes recherches, protesta-t-elle.

-Tu… Tu veux quand même rester à Alexandrie ? balbutia-t-il sans comprendre. »

Il pensait qu'elle était partie parce qu'il avait été insupportable avec elle.

« Je ne suis pas partie à cause de toi, expliqua-t-elle doucement. Je voulais partir depuis des années, et disons que ton comportement m'a poussé à penser que c'était le bon moment. »

Elle était quand même partie à cause de lui dans ce cas.

« Mais toi, tu pourrais rester ici un moment, lui proposa-t-elle. Le Ministère te doit encore des congés. »

Elle voulait rester ici, avec ses recherches et ses amis cherchomages, avec Donkor.

« Que vais-je faire de mes journées ? plaida-t-il.

-Tu pourrais te reposer et chercher un autre Guérisseur.

-Et après cela ?

-Eh bien tu m'attendras, ou bien tu pourrais venir fouiller le port avec nous, proposa-t-elle les yeux pétillants.

-Je ne sais pas faire tout ce que tu fais, lui dit-il en sentant son cœur éclater de panique. Si nous restons ici, nous ne nous verrons pas plus que ces dernières semaines.

-Bien sûr que si, nous nous verrons le soir et le matin, nous passerons la nuit ensemble, sauf lors des fouilles nocturnes et…

-Dorea, nous devons rentrer en Angleterre.

-J'ai besoin de finir ces fouilles, Charlus ! C'est un des plus grands chantiers de ces dernières années ! s'agaça-t-elle. Que tiens-tu tant à retrouver en Angleterre ? Notre maison ? Tu la fuyais quand j'y étais ! Le Ministère ? Ne crois pas que je n'ai pas vu les lettres du président du Magenmagot qui reprochait tes absences répétées. Quoi ? Qui tiens-tu tant à retrouver en Angleterre ? »

Etait-elle au courant ?

« Harfang ? Graham ? Marcus ? »

Non, elle ne l'était pas.

« J'aime l'Angleterre, dit-il tout simplement.

-Et moi, j'ai besoin de faire ces recherches. »

Elle se leva du lit.

Et durant toutes ces vacances, ils fuirent cette conversation jusqu'à la veille du départ, où l'un rentra avec son fils, l'autre resta en Egypte. Il ne vint pas l'idée à Charlus de céder à sa femme pour ne plus avoir besoin de céder au chant des sirènes d'Esméralda.


[1] Héracléion, aussi connue sous son nom égyptien de Thonis, est une ancienne cité de l'Égypte antique, située près de l'actuelle Aboukir. Elle fut découverte en 2000, conjointement avec Canope, la ville voisine, fondées en -800 et englouties en 800 dans la baie d'Aboukir, lors des fouilles archéologiques sous-marines menées par Franck Goddio, président de l'Institut européen d'archéologie sous-marine en collaboration avec le Conseil suprême des antiquités en Égypte.

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NB : Relecture finie en avance alors chapitre mis en ligne en avance ! Bonne lecture !