Dimanche 30 juin
Grâce à Ochaco et son enthousiasme sans faille, du moins, pour la soirée, l'ambiance s'était peu à peu détendue et ils en étaient arrivés aux digestifs sans même y prendre garde.
Au bout de quatre verres, malgré les explications de Shôtô et son entrain, Izuku dû avouer ne plus rien sentir. Ses deux amis en sourire, et le repas s'arrêta là. Dans la douce joie de l'ivresse, ils allèrent à l'étage, en direction des chambres.
Ochaco et Izuku n'avaient pas prévu de dormir sur place, mais avec l'alcool ingurgité et la demande de Shôtô, ils se laissèrent convaincre facilement. Les risques étaient élevés, et la maison bien trop confortable pour décliner l'offre.
Aiko, exceptionnellement réveillée, prit en otage Ochaco pour qu'elle lui lise une histoire. Devant la requête de sa fille, Shôtô n'eut pas le courage de refuser.
– Très bien, mais pas longue, l'histoire. Je montre la chambre à Izuku et je viens chercher Ochaco ensuite.
Aiko grimaça, mais courut quand même jusqu'à son entre, suivit de près par la jeune femme, un sourire aux lèvres.
Tandis que la porte se refermait derrière elles, Shôtô s'avança. Ils dépassèrent la chambre d'Aiko, ainsi qu'une autre porte, avant de s'arrêter devant une troisième, sur la droite, cette fois.
– Je t'en prie, entre, fit-il en poussant le battant.
Le lit était énorme, tout comme la chambre. Il y avait même une cheminée, bien qu'éteinte, deux fauteuils et une table basse entre eux.
– Elle fait presque la taille de mon appartement, lança Izuku, joyeux, on pourrait dormir à quatre dans ce lit !
Shôtô le regarda étrangement avant de demander :
– C'est une proposition ?
Le rouge monta aux joues d'Izuku, gêné.
– Qu-qu-que-que veux-tu dire ? bégaya-t-il.
Lentement, un sourire fleurit sur le visage du maitre de maison, avant qu'il éclate de rire.
Alors c'était ça… Il se moquait de lui, pensa Izuku.
– Désolé, j'aime bien te taquiner, c'est assez facile. J'espère que je ne t'ai pas vexé ?
Tant bien que mal, Izuku tenta de rester impassible.
– Non, pas du tout… Enfin, un bel homme qui me propose ça, ce n'est pas tous les jours ! C'est difficilement crédible.
Le silence retomba, et Shôtô s'avança pour fermer les volets de la pièce. Une fois sa tache terminée, il soupira un grand coup.
– Izuku ?
Ce dernier, assis sur le lit, releva la tête.
– Oui ?
– Comment… Comment tu sais que tu es amoureux ?
Il tomba des nus. Son silence fut long, alors Shôtô ajouta :
– Je veux dire, je sais bien que pour certains, cela semble logique, mais pour d'autres, parfois, il ne le voit pas, n'est-ce pas ?
Décontenancé et ne sachant que répondre, Izuku se leva et marcha de quelques pas. Il avait très envie de tourner en rond, mais il n'en fit rien.
– Tu penses aimer quelqu'un et tu ne sais pas quoi faire ? demanda-t-il après quelques instants de silence.
– Je ne sais pas.
– Comment ça, tu ne sais pas ? Quelque chose ou quelqu'un t'a poussé à avoir un doute, non ?
Shôtô, les yeux cloués au sol, ne répondit pas immédiatement. À vrai dire, c'est lui-même qui se posait des questions, sans que qui que ce soit ne l'y aide, ou presque. Cependant, ses propres émotions et pensées le rendaient incertain. Comment pouvait-il exprimer ça ?
– Eh bien, je me suis rendu compte que je…
Il marqua une pause et prit une grande inspiration avant de continuer :
– Je crois que je suis très curieux de quelqu'un et je ne sais pas quoi en penser. Je ne sais pas si c'est de l'attirance, ou de la simple curiosité, ou encore des envies déplacées sans rien de fonder. Je n'y comprends rien.
Voilà. C'était dit. Et Shôtô se sentit extrêmement mal. Quant à Izuku, il ne sut pas quoi dire. Le silence s'installa, jusqu'à ce que le gendarme retourne s'asseoir, et encourage son ami à s'approcher.
Tout en gardant une certaine distance, Shôtô vint près de lui d'un pas hésitant.
– Je ne veux pas paraitre cru, commença Izuku, mais est-ce que tu as envie de coucher avec cette personne ?
Shôtô l'observa, embarrassé.
– Je pense que… Qu'elle m'attire assez pour que ce soit possible…
– Eh bien, si elle t'attire physiquement, déjà c'est qu'il est évident qu'elle t'attire ? Mais pourquoi tu penses que ça peut-être que de la curiosité ? Tu penses souvent à elle ?
La question méritait d'être posée, et la réponse réfléchit.
– Parce que, je crois qu'il n'y a que cette personne qui me fait cet effet ? Je n'ai pas l'impression d'être attiré par d'autres, et bien… Même au travail, je pense à elle, de temps à autre, mais je suis quelqu'un de très minutieux alors j'essaie d'éviter.
Izuku se balança un peu, et leva les yeux au plafond. Il appréciait énormément Shôtô, plus que ce qu'il voulait l'avouer, même. Malgré cela, la conversation le gênait et il avait peur de se tromper quant aux intentions de son ami. Était-il vraiment perdu ou essayait-il de lui insinuer quelque chose ? Surtout, il ne devait pas espérer quoi que ce soit. Shôtô se confiait à lui, alors il ne devait pas en tirer parti. Le problème, c'est qu'il ne le connaissait pas tant que ça, personnellement.
Il se redressa subitement, sous les yeux étonnés de Shôtô.
Maintenant qu'Izuku y réfléchissait, il ne savait rien de la vie passée de son ami, ni au sujet de ses relations amoureuses, alors comment pourrait-il résoudre quoi que ce soit ? Enfin, à part ce qu'il avait lu dans la presse people.
– Shôtô, est-ce que tu as déjà aimé ?
– Ma femme, évidemment.
– Non, je veux dire, enfin, je comprends que tu es aimé ta femme, mais est-ce que tu as déjà aimé d'autres personnes, peut-être, avant ? Ou même depuis qu'elle… Depuis son départ ? Comment as-tu su que tu l'aimais, par exemple ? Tu as déjà eu des aventures ?
Justement, non.
– Je… Non. Je n'ai jamais eu personne d'autre à part elle. Nous nous connaissions depuis la naissance et nous savions que nos parents avaient se projet pour nous. Ce qui nous allait très bien. Du moins, je pense.
Shôtô prit une inspiration avant de continuer :
– Je… J'ai eu de très mauvaises relations avec mon père, et mes parents n'ont jamais connu le bonheur ensemble. Surtout ma mère et je me suis toujours juré de ne jamais faire ça à mon épouse. Comme je te l'ai dit, nous étions promis l'un à l'autre depuis l'enfance, mais je me suis rendu compte, vers mes quinze ans, à quel point cela compté pour moi qu'elle soit heureuse. Alors je lui ai juré de tout faire pour qu'elle le soit toute sa vie.
Il eut un doux sourire. Triste, mais sincère. Il ajouta, perdu dans ses pensées :
– Ce jour-là, il pleuvait, elle avait des soucis et on lui avait volé son parapluie, en plus. Nous avons donc partagé le mien, et c'est là que je lui ai déclaré que je ferais tout pour qu'elle soit heureuse. Juste après ça, elle m'a avoué qu'elle m'aimait, réellement. Et pas par force, ou par obligation. Pour moi, ça a sonné comme une évidence. Maladroitement, je l'ai prise dans mes bras, et nous avons été trempés par la pluie à cause de moi.
Soudainement, il éclata de rire.
– Pourtant, je n'ai pas eu dû tout froid, ce jour-là, mais je me suis fait sermonner un moment par la bonne de l'époque, et Momo est tombé malade par la suite, ce qui m'a valu de nouvelles réprimandes, atroces. C'était un sujet de plaisanterie récurrent, jusqu'à ce qu'elle… Jusqu'à l'accident.
Son sourire s'estompa peu à peu, puis il tourna la tête vers Izuku. Sa voix se perdit tandis que ses yeux s'arrondir de stupeur. Ce dernier, silencieusement, pleurait.
Ses yeux verts, foncés par le peu de lumière, brillaient magnifiquement. Il tourna rapidement la tête et renifla, mais ses larmes l'avaient déjà trahi. Le sachant, Izuku s'essuya tant bien que mal, tandis que son nez, toujours pris, menaçait de couler.
Shôtô se leva, sans un mot.
Ça y est, pensa Izuku, il devait le trouver stupide ou répugnant et il s'enfuyait loin.
Il renifla encore une fois et garda la tête basse, jusqu'à ce qu'un mouchoir en tissu soit mis dans son champ de vision. Il le prit, délicatement, le regard cloué au sol.
Shôtô s'assit à nouveau à côté de lui, plus proche que précédemment. Lentement, comme par peur ou par appréhension, il posa sa main dans son dos et la fit glisser doucement tout du long.
Ce geste, rassurant, mit du baume au cœur d'Izuku, et même un peu de courage. Assez, pour relever les yeux. Shôtô l'observait. C'était un homme splendide, Izuku le savait, mais, parfois, la beauté d'une personne vous frappe plus violemment dans des circonstances étranges. Et, le cas présent, ça le fut.
Ce qu'Izuku ne sut pas, c'est que Shôtô pensait la même chose.
Aux chiffres qui sont censés représenter des gens qui lisent cette ff régulièrement... Vous allez me dire ce que vous en pensez, merde ?! JE DÉPRIME MOI. Y'a bien des trucs qui doivent pas plaire, ou qui doivent être mal écrit, non ?! Ou l'inverse ?!
