Hey ! Salut les rares lecteurs ! (vous devez être deux grand max à recevoir des notifs non ?) j'avais complètement oublié de poster la suite donc euh je passe en coup de vent déposer un nouveau chapitre - et il est trop cool. Hésitez pas à lâcher une review pour que j'oublie pas de poster la suite parce que là j'ai du boulot jusqu'aux yeux ! Donc j'ai tendance à oublier. Voilà !
Chapitre 10 : Shoukyaku
Le démon enflammé s'était tenu en hauteur pour que sa lumière ne le trahisse pas, puis s'était laissé tomber jusqu'à lui, comme s'il l'avait attendu ici. Mais Sora, lui, il n'avait prévu de voir personne, en fait. Il ne s'était pas du tout préparé à une telle rencontre et maintenant que le silence s'éternisait, il commençait vraiment à vouloir le casser avec un brin de causette. Qu'importe du moment qu'il brouillait un tant soit peu l'extrême tension dans cette situation.
« … euh… Salut ? »
Oui, il avait vraiment dit ça. Il avait vraiment dit "Salut" à un démon en flammes. Mais il s'en foutait, qu'on lui jette la pierre : il était terrorisé. Ce truc allait le brûler vivant.
« Je… m'appelle Sora… enfin Maxime, et… et oooon s'en fout… » balbutia-t-il alors que son trouillomètre montait encore plus haut en voyant le démon faire un pas dans sa direction. Ok-ok alors oui, il était dans la merde jusqu'aux yeux, mais encore ? Continuer de parler, bien ! Mais pour dire quoi ? Et accessoirement, il ne pourrait pas se trouver un plan B, peut-être ?!
« Est-ce que tu… gardes cet endroit ? Ou ce truc, derrière toi ?… est-ce que t'es fâché ou bien ?! Non parce que sinon je repars, hein ! »
Bizarrement quelques réflexes de monologue de jeu d'horreur lui revenaient. Son cerveau s'accrochait à ce qu'il savait à peu près faire, au bord de l'implosion alors que le démon continuait d'approcher.
Et enfin il la vit : son opportunité, son occasion, sa seule et unique possibilité.
En un instant, son esprit se clarifia. Il était toujours "au bout de sa vie" (littéralement) mais pour autant, il avait une chance. Une toute petite chance.
Le poignard qu'Inkyu lui avait appris à maintenir caché dans sa manche, prêt à servir.
Quand tu te serviras du poignard, plante-le de toutes tes forces. Si t'as une chance de frapper le premier, t'en auras qu'une seule.
Tout était là. Sa seule chance. Et le démon avançait de lui-même… il n'avait qu'à meubler, le distraire. Distrais-le.
« Ou sinon, on peut se tailler une bouffe ? »
Et non loin d'ici, même bâtiment, autre dimension ; Inkyu pensait à peu près la même chose.
Si seulement il avait un athamé.
« Je peux pas… » chuchota Sakyu, les yeux rivés au sol, incapable de lever la main sur les occultistes, comme l'exigeait le démon-araignée, et sentant son cœur se déchirer en s'entendant dire cela devant Inkyu.
« Arrête, c'est pas parce que t'as épuisé tes pouvoirs que tu ne peux pas les étrangler, n'importe. Active-toi un peu, ordonna le démon.
— …je peux pas, répéta Sakyu dans un souffle.
— Pff, entre toi et ce crétin… alors ! dit-elle à Inkyu. Pas trop déçu d'être relégué derrière un groupe de sacs de viande ? »
Inkyu ne répondit pas, il avait toujours une main prise par le monstre, maintenue dans son dos et son autre main serrée sur ses propres cheveux, tirés en arrière par leur preneur d'otage. Il avait fermé les yeux depuis que Sakyu avait renoncé à sacrifier les humains.
« Inkyu ? rappela le monstre derrière son oreille. Je t'ai posé une question. On t'a perdu ? »
Inkyu ne disait rien, les yeux et la bouche fermée. Impossible de savoir si le monstre souriait en regardant son visage, mais à son intonation, il se moquait clairement de Sakyu : « Je crois que tu l'as vexé ! »
Le monstre se prit à rire.
Inkyu bouillait de l'intérieur.
« Au moins on sait où va ta préférence !…
— La ferme.
— Ah, t'as retrouvé ta langue, toi ?
— J'ai dit la ferme, répéta Inkyu.
— Sinon quoi ? Tu vas m'inonder de tes larmes de jalousie ? D'ailleurs, t'as toujours pas répondu à ma question ! Ça fait quoi de se faire remplacer par des humains ? Oh, attends ! Tu veux que je te laisse les tuer, peut-être ? Ça, ça peut s'arranger !
— Mais t'as rien compris ?! »
Dans le doute, le monstre ne répondit rien à cela, le laissant poursuivre :
« De la jalousie ?! Tu penses que je suis juste Jaloux ?! »
Sa voix vibrait de colère, ce qui allait concrètement à l'opposé de ce qu'il prétendait. Les occultistes reculaient d'un pas.
« Tu crois que je suis jaloux, à cet instant ?! Tu crois vraiment ce genre de conneries ?!
— Alors dis-moi… susurra le monstre, curieux.
— Je suis jaloux dès qu'elle pose les yeux ailleurs que sur moi, espèce de décérébrée ! Je suis jaloux quand elle regarde devant elle, quand elle regarde où elle met les pieds ! Je suis jaloux au moindre regard qu'elle croise, pauvre conne ! »
Le monstre était obligé de raffermir sa prise.
« Tu crois vraiment que tu peux me briser pour si peu ?! Tu crois vraiment que c'est la première fois que j'ai envie de tout défoncer parce que je la veux pour moi tout seul ?!
— Détends-toi… grommela le monstre d'un ton qui se voulait condescendant.
— NON ! Pas après avoir entendu autant de conneries ! T'as voulu jouer avec elle, t'as voulu la forcer à faire quelque chose qu'elle veut pas faire, ben tu sais quoi ? Je te remercie.
— Attends quoi ? Tu me remercies ?
— Je t'ai jamais autant haïe qu'à cette seconde. »
Un sourire aux dents pointues. Un regard d'une nouvelle couleur, aux pupilles verticales.
Et dans sa main, pour la première fois depuis de longues années : un athamé qu'Inkyu avait enfin réussi à convoquer, malgré la malédiction qui pesait sur lui.
Convoqué dans la main qu'il serrait au niveau de ses cheveux. Cheveux qu'il trancha net sans que le monstre n'aie le temps de comprendre qu'il se libérait.
Dans le même mouvement, Inkyu réussit presque à ouvrir en deux le visage de la créature. L'araignée hurlait et tentait de perforer tous ses organes en agitant ses pattes avec fureur. Mais elle avait lâché les mains d'Inkyu et désormais sa lame jaillissait en tous sens, à une vitesse ahurissante, bloquant immanquablement toute tentative de le tuer. La lame commença même à causer des dommages aux énormes pattes, Inkyu en profitait pour ne pas céder de terrain et fit même reculer son ennemie vers le mur.
C'était lui, maintenant, le prédateur.
Et au moment où il allait réussir un coup décisif, le monstre s'évanouit dans un nuage de fumée.
« PUTAIN, JE LA TENAIS ! »
Un poids lui tomba sur le dos, lorsque Sakyu le serra soudain dans ses bras. Ses réflexes étant ce qu'ils étaient, il garda sa lame, serrée dans son poing, mais son cœur étant aussi ce qu'il était : il pivota en souplesse au creux des bras de Sakyu pour la serrer contre lui à son tour.
« C'est fini, va. C'est fini. »
Au même moment, Sora dégainait sa propre lame pour attaquer.
Un geste vif, ample et même net : déchira le vêtement du démon sous le fil de la lame. Le démon, indemne mais de justesse, recula aussitôt, sa démarche trahissant sa surprise et ses mains produisirent aussitôt des flammes blanches dont la température fit onduler l'air aux alentours. Sora en lâcha son arme et s'accroupit : « Non-non-non c'est pas c'que tu crois ! »
Le démon des flammes resta en garde, continuant de générer les mêmes flammes blanches qui recouvraient son visage. Voyant dans son hésitation sa seule chance de s'expliquer, Sora poursuivit précipitamment :
« Le poignard, là, c'est un athamé démonique ! C'était pas pour toi, c'était pour le sceau ! Regarde ! »
Quelque chose laissait imaginer que le démon était perplexe, mais pas moins sur ses gardes. Pas moins furieux.
« Regarde j'te dis ! Ton sceau vient de se casser ! J'te promets ! »
Peu à peu, le démon se détendit, se redressa et plongea une main dans son col, fouillant près de sa poitrine. Il se figea.
Sora avait dit vrai.
Sora l'avait vu tout à l'heure. Le même anneau de fer autour de son cou, que celui du Démon de la Souffrance, presque entièrement caché par le col de sa veste et par les flammes éblouissantes. Sora avait dû tailler dans ses vêtements pour atteindre la cordelette cachée derrière les tissus. La chance avait bien voulu de lui et il avait réussi à la sectionner net sans blesser le démon brûlant… l'avoir eu aussi près de lui avait d'ailleurs faillit le brûler.
Le démon attrapa les deux morceaux du collier de fer qui venait de s'ouvrir et le contempla une seconde avant de le laisser tomber par terre. Il sembla ensuite fixer Sora une bonne dizaine de secondes.
« …Sō deska… »
Sora cligna des yeux, halluciné. Il ne s'était pas attendu à une voix aussi… normale. Il ne s'était même pas attendu à entendre du japonais. Et juste après, son SaiKom traduire « d'accord » comme si tout était normal.
« Et… en quoi ça m'empêche de te tuer ? »
Sora resta silencieux, incapable du moindre son.
Puis les mots sortirent tous seuls, comme si ça n'avait plus d'intérêt de réfléchir, de planifier. Il fut secoué d'un rire nerveux, les yeux piquants ; « Ben tu vois, ça, j'y avais pas pensé… » et alors qu'il riait doucement, alors qu'il entendait le SaiKom traduire enfin ses mots en japonais, étant donné qu'il avait identifié la langue du démon, chose que Sora trouvait stupide puisque l et qui ne fit pas non plus réagir l'entité. Sora appuya sa main sur son front, assis par terre.
Il avait affronté bien des choses éprouvantes dans sa vie. Mais pas ça. Pas ces absurdités de Limbes et de démons. Il n'avait même pas un quart de siècle et ses nerfs, qui n'étaient pas prêts pour ces conneries, le lui faisaient savoir.
Le démon resta debout devant lui, sans doute qu'il se fichait éperdument des états d'âme de l'être humain qui avait eu l'audace de venir jusqu'ici.
Sora secoua la tête, dépité. « Écoute… »
Entendant son SaiKom se remettre à traduire, il appuya sur les boutons pour désactiver la partie vocale. Le démon semblait très bien comprendre le français, Sora n'avait besoin que de se faire traduire le japonais vers le français. « Avant que tu me brûles vif, tu voudrais pas au moins me laisser m'occuper de ce truc ? »
Le démon se retourna pour voir qu'il pointait l'essence.
« Pourquoi ?
— Je dois le détruire.
— Pourquoi ? »
Sora soupira, fatigué. « J'ai promis à des amis de le faire. Une succube… Alrune, tu la connais : celle qui t'a mis ce collier : elle leur a pourri l'existence en se servant d'eux pour cultiver cette chose, dit-il en désignant l'essence. Et elle veut celle-là pour compléter un Cœur des Ténèbres et devenir la daronne des Limbes. Avant de monter jusqu'à notre monde. Donc du coup j'étais descendu pour trouver ce machin avant elle et le détruire… »
Il n'avait plus beaucoup d'espoir à cet instant, il essayait juste de ne pas trop penser à la nature de sa mort imminente…
« Montre.
— Quoi ?
— Comment tu vas faire pour détruire ça.
— …
— Je suis curieux. »
Sora resta figé quelques secondes avant de réaliser. Il avait le droit de détruire l'essence des ténèbres ? … ok, c'était toujours ça de pris !… Il se releva enfin et c'est en ouvrant son sac qu'il se souvint.
« Ah…
— Quoi ?
— Normalement mes potes doivent m'expliquer par téléphone, mais on a été coupés... »
Sora cherchait son téléphone et pendant qu'il mettait la main dessus, le démon penchait la tête sur le côté. Sora ne savait pas trop comment réagir :
« Quoi ? qu'est-ce qu'y'a ?
— J'ai pas compris. Qui a été coupé ? »
Sora cligna des yeux.
« … ben, l'appel…
— L'appel de qui ? »
Ils se regardèrent comme deux poules devant un couteau. Le démon baissa la tête vers le téléphone, le pointant du doigt : « Et c'est quoi, ça ? »
Et Sora comprit enfin que le démon ne connaissait pas le concept-même de téléphone.
« ….Aaaah ! Ça ! » et dans la foulée, il réalisa que le feu qui entourait la tête du démon aurait dû l'éblouir, mais ce n'était plus le cas… est-ce qu'il avait pris peur pour rien au début, ou… ? « C'est mon téléphone, on s'en sert pour se parler pendant que je suis dans les Limbes et eux, sur terre. »
Le démon continuait de fixer son téléphone, l'air moyennement convaincu. Sora commençait à être un peu moins au fond du trou mentalement ; le comportement du démon n'était plus tout à fait celui d'une créature prête à l'exécuter.
Et Sora réalisa autre chose ; ils étaient très proches : le démon regardait son téléphone dans sa main. Donc non seulement Sora aurait dû être ébloui par ses flammes, mais aussi sentir leur chaleur. Mais il n'en était rien.
Donc il ne rêvait pas. L'attitude du démon avait bien changé.
Il était resté figé un moment avant de se ressaisir et tenter un appel, mais encore une fois, celui-ci échoua. Non pas parce que personne ne décrochait, mais parce qu'il n'y avait plus de réseau. Comme si le système pourtant fiable du Ouijaphone avait pris fin, ou que le téléphone avait été retiré de la table.
« Oh c'est bon. » dit Sora sur un ton exaspéré pendant qu'il plongeait les mains dans son sac pour sortir un par un tous les ustensiles fournis par le club occulte.
« Tu ne les appelle pas ?
— J'essaye, mais ça capte pas. Maintenant ça va bien cinq minutes, j'ai pas le temps d'attendre. Je verrais bien si je peux pas trouver comment faire par moi-même. De toute façon ils finiront bien par rappeler.
— Et si tu tombes sur Alrune avant d'avoir réussi ?
— Je sais pas, rétorqua Sora, un peu impatient et toujours le nez dans son sac. Je courrais, je me cacherais, je prendrait l'essence avec moi… j'improviserai.
— Et si jamais tes amis ne rappellent pas parce qu'un démon à la botte d'Alrune s'est chargé d'eux ? »
Sora leva la tête vers lui, le regardant directement.
Ses flammes étaient d'un blanc bien clair, finalement, ça piquait un peu les yeux. Mais ce n'était pas éblouissant comme des flammes auraient dû l'être. Vraiment, il ne pouvait pas se voiler la face : le Démon enflammé était passé d'une attitude d'attaque à une attitude neutre envers lui. Mais Sora n'aimait vraiment pas sa façon de présenter les choses, il ne plaisantait pas avec ça.
« Si Alrune a envoyé un de ses chiens là-bas, je peux t'assurer qu'il aura reçu un accueil mémorable. »
Il laissa sa phrase en suspend, fouillant son sac en espérant avoir été un minimum convainquant, mais c'était le mieux qu'il puisse faire pour l'instant. Il n'avait aucune idée de leur situation, et à présent leur absence de réponse l'inquiétait plus que jamais.
« Range tes affaires.
— Quoi ?
— Range tes affaires, » répéta le démon qui s'était tourné derrière lui, levant paresseusement une main en direction de l'essence.
Celle-ci disparu dans une apparition de flammes blanches.
« … qu-qu'est-ce… qu'est-ce que t'as fait ? »
Sora osait à peine y croire.
« Visiblement avec ta méthode t'y serais encore demain matin. Ne me remercie pas.
— C'est pas vrai… » souffla Sora, hébété et réfrénant la bulle de joie qui montait.
« Donne tes mains, demanda le démon sans faire attention à cela.
— Hein ? »
Trop tard, le démon tenait déjà chacune de ses mains dans une des siennes. Sora baissa les yeux dessus au moment où il sentit une chaleur se propager de ses mains et qui continua à l'intérieur-même de ses bras.
« Oh bord- arrête ! ARRÊTE ! »
Sora s'était dégagé presque immédiatement et avait reculé de quelques pas, paniqué. Cette sensation n'avait rien de normal et de toute façon, il n'était jamais agréable de sentir quelque chose passer à travers sa chair sans y trouver de résistance. Mais la chaleur s'était équilibrée dans son corps, et tout semblait revenu à peu près à la normale.
« Qu'est-ce que tu m'as f- »
Sora resta bouche bée.
Devant lui, toujours à quelque pas, toujours aussi calme et immobile, le démon continuait de le regarder. Et cette fois Sora pouvait voir son visage.
Il était… anodin.
Japonais, les yeux en amande, de courts cheveux noirs.
Vu comme ça, il avait tout l'air d'un adolescent normal…
En s'attardant un peu, Sora réalisa qu'il voyait en fait parfaitement les flammes blanches qui nimbaient son visage, mais…
Les flammes ne pouvaient plus l'éblouir.
Il pouvait aussi bien voir les flammes, connaître leur intensité, toute la lumière qu'elles dégageaient, mais il parvenait malgré tout à voir parfaitement le visage qui se cachait derrière.
Toujours hébété, il dit malgré lui : « J'vois ta tête… »
Le démon fronça les sourcils : « Oui, bon, c'est un effet secondaire.
— Un effet secondaire à quoi ? »
··· ··· ··· ···
Oka courait, remerciant le ciel d'avoir une aussi bonne prof de sport. Pour l'instant elle avait semé le démon-araignée, cela faisait même un bon moment mais elle ne pouvait pas s'empêcher de vouloir toujours augmenter la distance et brouiller ses traces.
Elle trembla un peu, l'angoisse reprenant le dessus. Seule, aucun contact avec l'extérieur, qu'est-ce qu'elle allait faire ? Cette chose courait plus vite qu'elle. Pour s'enfuir, Oka l'avait désarçonnée en lui jetant de la cendre dans ses huit yeux, mais ça ne prendrait pas deux fois.
C'est alors que le démon réapparu dans un nuage de fumée terne, confirmant que ce jour-là Oka aurait mieux fait de ne pas se lever du lit. Ceci dit, chose étrange : le monstre était blessé au visage, et surtout dans une fureur mal contenue.
« Tes petits copains m'ont donné du fil à retordre… »
Oka vit rouge.
Cette chose était allée dans le club occulte. Elle les avait attaqués. Peut-être blessés. Peut-être…
Les images allaient et refluaient sans jamais se matérialiser dans son esprit. Elle s'interdisait de se laisser atteindre, mais elle refusait l'idée-même qu'on s'en prenne à eux. Qu'on touche à un seul de leurs cheveux.
L'idée-même qu'ils puissent être…
Oka cessa de réfléchir. Sous sa volonté : des bras poussaient partout dans le sol en essayant de tailler le monstre en pièces. Les ongles tranchant comme des lames de rasoir sifflaient dans l'air pendant que le rire railleur du démon résonnait dans toute la vallée.
Pendant ce temps, les occultistes avaient enfin fini de rassembler tous les morceaux de la table ouija, qu'ils avaient reconstituée aussi vite qu'ils avaient pu — ce qui n'avait pas été une partie de plaisir — et ils y avaient déposé un nouveau téléphone pour la FunGirl, qui appela aussitôt :
« Sora ?… Hé, les gars je capte ! Sora, ça va ?
— Pas l'temps ! »
Sora était trop occupé à courir à toute allure à travers les Limbes. Lui aussi remerciait intérieurement leur prof de sport : il laissait de grosses empreintes de pas là où ses pieds frappaient le sol, il filait entre les dunes et survolait les crevasses, se débrouillant pour ne jamais avoir à ralentir ; contrôlant son souffle et calculant chaque foulée : il sprintait avec détermination, ayant presque l'allure d'un coureur olympique.
D'un autre côté, leur professeure était championne olympique.
« Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu cours ?
— J'ai trouvé Oka !
— Quoi ? Attends ! Tu risques de- Merde Ralentis ! »
Il ne ralentit pas, fonçant droit sur la créature hilare et hideuse qui se servait de son agilité et de ses longues pattes pour parer les attaques meurtrières d'Oka.
Sora s'arrêta d'un coup, les pieds dérapant un peu en se plantant dans le sol :
« CRÈVE ! »
Une lumière éblouissante aveugla Oka ainsi que la caméra du SaiKom, masquant tout à la FunGirl et aux occultistes, le temps que se fasse la mise au point.
Dans un hurlement déchirant, le démon-araignée se noya dans un torrent de flammes blanches. Les traits de Sora se durcirent en l'entendant continuer s'égosiller : sa main, tendue devant lui, se raidit encore. Les flammes redoublèrent d'intensité.
Les cris finirent par cesser. Il attendit encore quelques secondes avant de baisser le bras et cesser le feu, approchant d'un pas ou deux pour regarder avec une colère froide les restes de la créature calcinée.
Le ronronnement terrible des flammes ayant cessé, elles montraient enfin le spectacle des cendres noires du démon sur les cendres grises des Limbes. Par ailleurs, dans le silence qui retomba, on entendait enfin la respiration de Sora, qui finissait de reprendre son souffle. Plus calme.
Plus rien. Plus un mot.
Enfin, ça ne durait jamais longtemps, ça.
Surtout avec la grande fan d'occulte qu'était Funny.
«Mon dieu Maxime je crois que j'ai envie de te rouler une pelle. »
Sora ne se donna même pas la peine de relever la remarque, il fixait toujours obstinément les quelques morceaux de la carcasse de ce qui fut leur ennemie, qu'on aurait pu confondre avec les restes d'un feu de bois. Parfait. Il n'avait pas envie de pouvoir reconnaître quoi que ce soit de cette chose répugnante.
« Sora ? »
Ce fut la seule chose qui pu le tirer immédiatement de ses pensées : la voix sidérée d'Oka. Ses traits se détendirent enfin alors qu'il se tournait vers elle :
« Tu vas bien ? »
Au lieu de répondre, Oka cligna des yeux.
Est-ce que Sora venait sincèrement de lui demander, comme ça, tout gentiment, si elle allait bien, juste après avoir incinéré un démon par la seule force de la pensée ?!
« Ruto ça va ? » répéta-t-il, inquiet, en s'approchant rapidement, voyant qu'elle ne répondait pas.
« Oh mais sérieusement, foutez-vous à poil, qu'on en finisse ! railla Funny.
— Mais-de-Pardon ?! » lâcha Sora, à deux doigts de faire gicler son oreillette de sa tête pour ne plus entende pareilles stupidités et éviter de devenir rouge pétant. Oka ne l'aida pas forcément à reprendre son calme mais il fut bien obligé de se ressaisir un peu lorsqu'elle serra ses mains sur ses épaules.
« Sora, est-ce que tu viens de… la brûler… par pyrokynésie ?! »
Il y eu à nouveau un silence. Sora regarda sur le côté pendant une petite seconde, avant de reposer son regard sur Ruto :
« Ouaip.
— …
— … …c'est… c'est arrivé quand ?
— Bah, écoute, j'étais sur la route pour trouver l'essence des ténèbres et je suis tombé sur un démon du feu, en gros on a sympathisé, enfin je crois… Bref après il a détruit l'essence, y m'a fait une poignée de main et souhaité bonne chance pour crâmer Alrune.
— Qu-attends-attends-attends Quoi ?!
— Je répète tout ?…
— Non-non attends depuis Quand un démon te prête gratuitement son pouvoir ?!
— Bah, depuis que t'as eu celui des bras dégueu dans les toilettes !
— Nan mais là c'était différent ! s'écria-t-elle, hallucinée. Moi j'ai tranché son lien avec Alrune !
— Mais moi aussi ! » s'écria-t-il de même.
Il se regardèrent tous deux les bras ballants, avant d'éclater de rire, sidérés par l'absurdité de cette situation.
Ils s'étaient rencontrés en espérant être bons amis et faire prospérer le club, et ils étaient devenus des survivants de deux voyages dans les Limbes, et acquéreurs de pouvoirs surnaturels.
Merde alors. Les rencards habituels étaient plus calmes !
« Sora, tu peux… hésita Shin. Tu peux répéter la partie sur l'essence ?
— De quoi ?… Ah ! Oui, tranquille, c'est brûlé.
— Brûlé ?…
— Le démon des flammes l'a cramé, il n'en reste rien. On peut rentrer !
— Oh bon sang… »
Un membre du club s'était mis à pleurer de soulagement.
« Ça veut dire… réalisa lentement Oka : … Qu'on n'a plus qu'à sortir, elle pourra pas nous suivre, et-eeet ensuite trouver une méthode pour exorciser vos malédictions, et tout sera terminé ! Oh bon sang ! pépia-t-elle.
— Hé, Sora, appela Inkyu qui avait réussi à s'approcher de la table Ouija. Tu peux me remontrer la grosse araignée morte, là ?
— Elle ? fit-il en se tournant vers la cendre noire.
–- Oh ouiiiii… jubilait Inykyu.
— Ça, approuva Funny : tu l'as pas loupée !
— Tu m'étonnes ! Elle a pas fait long feu ! »
Et Sora commença à rire de sa propre blague. Le silence de Funny n'était pas un silence accablé puisqu'elle répondit ensuite : « On peut même dire que tu l'as refroidie!
— Ha-Ha-Ha-attends mais c'est normal, chuis arrivé, j'étais chaud patate, et quand je l'ai vue, j'ai trouvé qu'elle s'était un peu trop Enflammée !
— Mais c'est toi qu'était tout feu tout flammes ! »
Funny émit un rire étranglé, Sora s'étouffait aussi. Oka ne savait pas quoi faire.
« Euh, tout va bien ?…
— Attendez, remarqua Inkyu, je crois que ces blaireaux font des jeux de mots en français…
— Il a raison Sora, se reprit Funny, faut pas traîner ici, Alrune pourrait rappliquer.
— Ouais, ouais, je sais.
— J'comprends pas, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda quelqu'un du club.
— C'est rien ! assura Funny. On disait juste que le démon-araignée est m- pardon, le démon-araignée s'est éteint. »
Sora éclata de rire.
La faute aux nerfs et à l'adrénaline. Il n'avait pas eu de fou-rire pareil depuis…
Depuis une semaine.
« Bon allez, promis, j'arrête, il faut qu'on rentre maintenant ! clama-t-il avec enthousiasme.
— J'aimerai bien, les loulous… répondit Sakyu d'une voix faible. Mais je suis à bout. Je peux rien faire. Pas avant ce soir…
— Merde, ils passent dans les couloirs pour vider l'école… remarqua Kokuma.
— On vous rappelle ! promit Shin. Rapprochez-vous du point de départ ! »
Oka et Sora soupirèrent, à la fois fatigués et tout de même soulagés.
« Bon… au moins, t'es en un seul morceau ! » se réjouit-il. Et il se tût, trouvant que c'était plus approprié étant donné qu'elle venait de le serrer dans ses bras sans aucune raison.
« … j'ai cru que j'allais encore être toute seule. »
Elle avait l'air épuisée. Sora se souvint de la façon dont le démon-araignée l'avait ramenée de force dans les Limbes, et le temps qu'Oka avait dû passer seule, à nouveau, sans téléphone cette fois, le monstre sur ses talons et la peur de rester encore une fois démunie pendant plusieurs longues heures, à devoir se battre pour sa survie.
Il passa ses bras dans son dos, attendri. « T'es jamais toute seule, Ruto. T'as trop d'amis prêts à remuer ciel et terre pour te retrouver. »
Elle pouffa. « Hé, ça fait deux fois que tu vas en enfer pour moi. Je crois que tu peux m'appeler Oka, maintenant. »
Sora sourit, rougit un peu, et la serra un peu plus fort.
Note de l'autrice : Shoukyaku, terme que j'ai pris pour titre et que j'avais retenu grâce à One Punch Man, signifie « incinération » ! ^w^
