Chapitre 19
1
Nous nous dirigeâmes vers un autre endroit et prîmes l'ascenseur pour monter. Je m'appuyai contre le miroir, les bras chargés de mes affaires. De les porter, ça commençait à faire lourd alors j'essayais de trouver la bonne position pour les maintenir.
Remarquant mon inconfort, Poe décida de m'aider et d'en récupérer. Je le remerciai et nous retournâmes dans notre silence. Nous n'entendîmes plus que les bruits ambiants de l'ascenseur. Venait-il de comprendre le véritable problème avec Jessika et qu'il était dans une fâcheuse situation ?
Jusqu'à maintenant, il n'avait jamais songé une seule seconde que sa jeune coéquipière pouvait avoir des sentiments pour lui, mais toutes ses pensées semblaient s'emboiter une par une. Toutes les réactions de Jessika, mes querelles... il n'y avait plus aucun doute, tout était lié. Qu'est-ce qu'elles avaient toutes ?
Ajoutez à cela l'ancienne déclaration de Korr. Non, il n'avait pas oublié cette lettre qu'elle lui avait écrite avant de mourir lors de sa dernière mission.
Moi, j'étais gênée par la situation. Quand je vous disais que pour Poe et moi c'était impossible, ça n'était pas de la rigolade. Même si l'on m'offrait des petites miettes d'espoirs, je n'avais pas envie de me précipiter dedans. Souffrir à cause d'une histoire qui ne pourra pas durer ? Rien n'aidait au bon développement. L'une des raisons les plus plausibles : prendre le risque de perdre un être cher dans une mission. Je me demande si ça vaut vraiment le coup. A contrario, comment voulez-vous résister à de tels personnages ? Chaque être que je rencontrais dans cette compagnie est attachant.
C'est deux étages avant notre arrêt définitif, que le pilote se tourna vers moi et rompit le silence :
– Tu étais au courant pour Jessika n'est-ce pas, Clara ?
Je savais automatiquement de qui il parlait, c'était évident. Je finis par lâcher le soupir que je retenais depuis un moment et levais les yeux dans sa direction. Je me contentai d'acquiescer à sa question.
Les portes s'ouvrirent. Poe quitta les lieux en premier et j'emboitai le pas. Nous nous retrouvâmes dans un long couloir que je reconnus. Il était différent de celui des filles à cause de sa décoration particulière. C'était celui qui menait à la chambre des garçons. Je compris que ma résidence secondaire ce soir allait être où ses coéquipiers Asty et Temmin logeaient.
Je m'arrêtai brusquement de marcher. Poe s'en rendit compte et me fit face. Je lui fis part de mon désaccord à cause du lieu. Devant ma réaction négative, il restreint notre espace.
– Ce n'est que temporaire. En attendant que les tensions se calment entre toi et Jessika, tenta-t-il de me convaincre.
– Ne penses-tu pas que ça risque d'empirer si elle le découvre un jour ?
– Possible... mais elle doit apprendre à reconnaitre ses fautes. De plus, actuellement, tout le monde dort. Je ne peux pas me permettre de te laisser dans un X-Wing. Ce n'est pas parce qu'elle a des sentiments pour moi qu'elle doit te foutre dehors.
– Mais je…
– Ce n'est pas contestable, Clara… au moins pour ce soir ! Nous envisagerons d'autres solutions demain à tête reposée. Ce n'est pas toi qui disais plus tôt que tu devais apprendre à mettre ta fierté de côté ?
Comme ça, il m'avait entendue ? J'étais prise au piège. Je ne pouvais même plus parler seule visiblement.
– Très bien... mais n'aie pas cette idée par pitié.
Le visage de Poe s'assombrit à la fin de ma phrase.
– Je viens que ce soir. Demain, je chercherais une autre solution.
– D'accord, mais, si tu ne trouves pas, je serais obligée de te faire rester ici.
– Si tu veux…, soufflai-je de désespoir.
2
Poe ouvrit discrètement la porte. Comme prévu, ses colocataires pionçaient. Généralement, dès qu'ils dormaient, il était quasi impossible de les réveiller. Soit ils avaient le sommeil lourd, soit ils étaient épuisés. C'était les deux seules raisons concevables qui pouvaient les pousser à ne pas les entendre. Il n'avait pas envie de se justifier sur ma présence. Il en était soulagé.
Avec sa main, il me demande de rentrer sans faire de bruit. J'obéis et allais vers son lit. Celui qui restait et était vide était celui de Poe. Il se trouvait en bas. Toutefois, il y avait un léger problème : qui allait dormir sur le sol ?
Je lui tire le manche de sa chemise et il me regarde intriguer. Je lui fis comprendre tant bien que mal par des signes qu'il était impossible de partager le même lit ou que monsieur soit sur le plancher. C'est de ma faute si je suis là. C'est donc à moi de rester lui céder le matelas. Néanmoins, Poe ne paraissait pas de cet avis.
Si Temmin et Asty nous attrapaient en flagrant délit de dispute, ils nous prendraient pour des personnages tout droit sortis d'un film muet. Je faisais de grands gestes sans parler, et, pourtant, ça ne semblait pas si clair puisque le jeune homme ne capitulait pas. Il dut se placer au creux de mon oreille pour me murmurer de vive voix ses intentions.
– Tu sais très bien que si je fais une couchette improvisée au sol, je vais devoir récupérer le matériel du placard et de ce fait : réveiller tout le monde.
Est-ce qu'à ce moment-là, sa réponse avait une réelle importance dans ma tête ? Le voir si proche de moi et de pouvoir sentir son souffle sur mon visage. Reprends-toi, Clara ! Reprends-toi ! J'essayais tant bien que mal d'analyser la situation en examinant le trajet que doit faire Poe pour se créer un lit à la dernière minute. Etait-ce judicieux d'être dans le même lit toute une nuit ? Apparemment, je n'ai pas encore retenu la leçon.
Je le repousse gentiment pour canaliser mes émotions qui se décuplaient à grande vitesse.
– OK, si seulement je prends le côté mûr. Et sache que je bouge beaucoup.
– Bon… très bien... As-tu un t-shirt convenable pour te changer ?
– Me changer ?
– Tu comptes dormir en uniforme ?
– Non... et toi ?
– J'en ai un second sur mon bureau, je peux te le prêter. J'utiliserais mes vêtements de sport qui est sur la chaise. Je n'en ai pas eu besoin.
Je n'avais pas pensé à prendre mon pyjama sur le coup. Pendant que Poe se change, je fais la même chose de mon côté en tentant d'aller vite afin qu'il ne regarde pas mon corps. De mon côté, j'essayais de ne pas trop profiter de la vue qui s'offre à moi quand je l'entends retirer son t-shirt et son pantalon. Je me retiens, c'est horrible ! J'aurais dû insister d'avantages pour avoir un autre endroit. Ne m'en veuillez pas si je ne résiste s'il vous plait, ou, si je craque, je vous autorise à me faire subir des évènements encore pires après.
Je gardais les yeux rivés sur les vêtements que je m'amusais à plier et à les ranger au pied du lit. C'est une fois que je n'entendais plus rien à part Asty et Temmin que je constatais qu'il me dévisageait de haut en bas. J'aperçus à mon tour que son pyjama était gris et large et que c'était en réalité un jogging puis un t-shirt blanc qui recouvrait son torse. Avait-il des yeux à rayons X pour visualiser à travers ce que je portais et qui me faisait office de chemise de nuit ?
A cette idée, mes joues devinrent écarlates, je devais me planquer. Mes jambes étaient dénudées, ce tissu ne les couvrait pas assez. Si je me souvenais bien, il ne les avait jamais vus. Poe venait d'avoir la même réflexion que moi à ce propos, c'était pour ça que son regard s'était déposé sur elles. Il se demandait s'il avait eu raison de m'inviter, il connaissait parfaitement les conséquences de cette proposition depuis le départ.
Pour lui exprimer ma timidité actuelle, je dus me réfugier rapidement sous la couette et me collais contre le mur de façon à ce qu'il aperçoive que mon dos. Face à ce comportement, il sourit et il s'installa dans le lit. Poe bénissait l'inventeur des objets. L'occasion d'avoir une fille dans son antre ne s'était pas souvent présentée, la fois dernière remontait quand il avait 18 et 20 ans.
Je maintenais mon désintérêt pour montrer cette gêne à cause de ce manque de place, je fus contrainte de me serrer plus contre cette cloison. Heureusement pour lui, je n'avais pas la même corpulence, sinon je serais morte écrasée.
Pendant plusieurs minutes, plus aucun de nous deux n'osa parler. La situation en cours était difficile à supporter, car il nous fallait un temps d'adaptation. Nous n'entendîmes plus que les ronflements de ses deux collègues. A l'évidence, il était impossible pour moi de trouver le sommeil dans l'immédiat.
3
Le jeune homme se mit à bouger et quitta précipitamment le lit. Je haussai un sourcil, et me raidis. Son corps avait réchauffé l'atmosphère et son absence se faisait ressentir puisque des courants d'air glaciaux se posaient sur ma peau et tout à coup, je grelottais. Il semblait fouiller quelque chose dans ses affaires, tout en restant dos à lui. Je pouvais distinguer d'après les bruits identifiables, qu'il cherchait dans les poches de sa veste, car les zips de ses fermetures éclair résonnaient.
Dès qu'il le localisa, la chaleur qui émanait de son enveloppe corporelle stoppa à nouveau ces légères brises.
Quelque chose tomba en face de mes yeux. Même un aveugle pouvait le reconnaitre.
Avec les derniers évènements, je l'avais oublié. Je ne me rappelais plus de ne pas l'avoir autour du cou. Je suis contrainte de me retourner pour le remercier.
– Merci beaucoup. Où l'as-tu trouvé ?
– Une des filles de ta chambre l'a récupéré. Tu l'avais laissé sur la table de chevet près de ton lit.
– J'ai presque failli l'oublier avec tout ça.
Je lui tendis la main et il me le donna. Je le serrais en guise de réconfort et fermais les yeux avant de les rouvrir. Je m'assis et fixais les siens. Je devrais en prendre plus soin de mes affaires sinon je risque de le perdre un jour où l'autre.
- Pourrais-tu me le mettre, s'il te plait ? demandai-je, avec anxiété.
Il acquiesça, récupéra mon précieux et me plaça derrière mon dos. Je ne sais pas ce qui me fait le plus frissonner : le contacte de sa peau contre à la mienne, ou alors celle de la chaine de mon collier ?
Posée autour de ma nuque, je baisse les yeux sur le pendentif avant de dévisager une dernière fois Poe. Ses mains n'avaient pas quitté mon corps. Ils n'étaient plus sur mon cou, néanmoins ils séjournaient sur mes épaules. Il ne semblait pas vouloir les retirer. Devait-il les enlever ou les laisser ? Mon regard pour lui n'était pas assez clair. Cela dit, il préféra les ôter par peur des représailles. Avec mon humeur changeante, il se préparait à tout.
– Ne le perd plus désormais. A la troisième fois, il ne te reviendra pas, prévint-il.
– Je le sais, je te promets d'y faire plus attention. Merci, sincèrement, de me l'avoir rendu.
Bien que nous discutions, cette ambiance autour de nous était à la fois pesante et réconfortante. Il nous était possible de se parler sans être agressifs. Malgré la trêve commencée, il était encore complexe de le faire.
J'étais obligée d'agir ainsi. Le repousser, même si je remarquais de plus en plus son attachement envers moi.
Frustration !
C'était le mot qui convenait parfaitement à la situation. Si je cédais à toutes les tentations ce soir, alors que tous les drapeaux étaient aux verts. Qu'allait-il se passer dans ce monde et aux personnages ? Je voyais bien dans son regard, qu'il avait énormément de questions à me poser sur mon comportement et ma vie. Malheureusement, je ne pourrais lui répondre que par des mensonges, phrases trier sur le volet ou au compte-gouttes. Qui souhaiterait avoir une relation commencée dans ces circonstances ? Je ne mérite pas cet homme, putain ! Ca me fout la haine !
Tout à coup, je soupirai et recouvrais mes yeux avec mes mains avant de lâcher une partie de cette frustration en larmes. Poe se sentit encore une fois désarmé.
– Pardon... pardon d'être si changeante. Ce n'est pas facile pour toi, j'en suis consciente. Ne m'en veux pas, balbutiai-je entre deux sanglots.
Il me prit dans ses bras et me cala la tête dans le creux de son épaule.
– Tu ne m'aides pas, Clara. Tu crois toujours que je fais tout ça par pitié ? Ce soir aussi ?
A ces mots, je me serrais un peu plus contre lui afin de lui faire comprendre au mieux que ça n'était pas le cas. Je respirais une grande bouffée d'air et l'expirai pour canaliser mes larmes et ne pas réveiller nos voisins de chambres.
– Alors, pourquoi ne craches-tu pas le morceau ? Ca fait plusieurs semaines que l'on se fréquente, Clara. Je ne suis plus une illustre inconnue pour toi. Pourquoi ne veux-tu pas te confier ?
– J'aimerais… mais… je ne peux pas…
– Tu me repousses, et je sais que tu as envie de te rapprocher de moi.
Vous voyez ce que je vous disais au début ? L'obligation de donner des informations aux compte-gouttes ?
Je tente de me redresser malgré mes tremblements qui se montraient plus forts. J'essuyai mes larmes et patientais quelques secondes pour reprendre mes esprits avant de répliquer à voix basse :
– Comment suis-je censée faire après être passée derrière Korr et Jessika ? Je me sens inutile.
Etais-je en train de me comparer à deux autres nanas ? A deux personnages fictifs ? Oui ! Etait-ce une erreur ? Certainement ! Elles avaient tellement plus que moi dans certains domaines.
Poe ne fut pas surpris. Il se doutait que ce genre de jugement allait arriver limite, il n'attendait que ça, qu'elle en parle depuis le début. A l'annonce de ces noms, il comprenait parfaitement qu'elle prenne peur, surtout depuis qu'ils étaient au courant pour les sentiments de Jessika. Lui aussi, ça l'avait effrayé.
Il avait été sympa, présent pour Jessika, mais à aucun moment, il n'avait pas songé à tomber amoureux de son amie. Et le fait qu'il le découvre aujourd'hui n'y changeait rien. Jamais il n'avait demandé à ce qu'elles soient éprises de lui.
Souvent, il se questionnait à ce sujet. Le voyaient-elles en tant qu'homme avec un cœur sensible ? Ou tout simplement parce qu'il avait un grade supérieur avec un corps muscler ? Il savait que beaucoup de ses camarades féminins, ici, pouvaient avoir un penchant sur ce genre de gars soit par égo mal placé, soit pour s'assurer une belle vie matérialiste.
Le jeune commandant était pourtant très loin d'être dans la deuxième case. Il avait avant tout des sentiments.
Depuis qu'il a appris à aimer, la seule femme qui fut un challenge pour lui, c'était Zori Bliss. Mais désormais, j'avais changé la donne. Je lui paraissais plus torturée derrière ma confiance abondante. Il était aussi certain d'une chose : je m'en foutais complètement de savoir comment il était ni quelle place il occupait dans ces lieux.
Cette vérité, une fois de plus absente, je n'ai pas en eu assez de cran pour tout lui raconter. Les sentiments qu'éprouvaient Jessika et Korr pour Poe étaient la seule partie que je pouvais assumer. Celle d'être au courant que cet homme en face de moi était irréel m'était impossible.
– Clara…, commença-t-il.
Le pilote prit une profonde inspiration et ajouta :
- Korr et Jessika ne sont que des amies, des partenaires de travail. Je m'en suis aperçue il y a longtemps, bien que je sache leurs attentions. Avec elles, tout a été question de mauvais timing. Ca aurait pu fonctionner avec Korr, mais nous étions trop différents
La phrase : "ça aurait pu marcher" même s'il avait complété par "nous étions trop opposés"... me serra le cœur. Pouvait-on réellement mettre tout sur le dos du "mauvais timing" ? Le pauvre, il n'avait rien fait.
- Je n'ai pas demandé à être un commandant ultra canon pour divertir la gent féminine. Ce que j'apprécie chez toi, c'est le fait que tu te fiches de ce que je suis. Tu sembles comprendre ce qu'il se passe en chacun de nous, en moi. Je ne sais pas comment, mais c'est un atout à ne pas négliger. Je ne leur ai jamais montré qu'elles avaient la chance de pouvoir sortir avec moi. Tu l'as bien vu depuis que tu es ici, non ?
Je tentais de rester lucide face aux déclarations émotionnelles légèrement hâtives et déraisonner de ce jeune homme.
– Comment peux-tu dire ça ? Tu connais ses filles depuis plus longtemps que moi. Je ne suis qu'une illustre inconnue qui débarque de nulle part. Vous avez vécu tellement plus tous les 3, c'est normal qu'elles finissent par développer des sentiments à ton égard.
– Penses-tu que j'ai encore le droit de décider avec qui je compte faire ma vie ? Qu'elle soit de mon équipe ou de l'extérieur ?
Sur ce point, il n'avait pas tort. Evidemment qu'il pouvait choisir la personne dont il pouvait tomber amoureux.
– C'est toi que je désire, Clara. Pas elles ! Est-ce bien clair ? Combien de fois dois-je te le répéter ? Je ne sais pas combien de temps je vais continuer à essuyer tes refus, Clara. Plus tu me repousseras, plus tu me perdras, peu importe la raison de ce comportement. Veux-tu réellement que je finisse par m'en aller ?
Ceci était un ultimatum très vache. S'il connaissait mon souci, jamais il ne me dirait ça.
C'est indéniable, je n'ai pas envie de le voir partir. Suis-je égoïste si je ne pense pas aux autres filles, sachant qu'il a dit clairement qu'il ne se passait rien ?
– Je ne suis pas ici pour te sauver. Je ne suis pas ta psy. Si c'était lors d'une mission ou un kidnapping, je le ferais sans hésiter. Tu es assez grande et libre de tes actes. Je ne l'ai jamais fait pour Korr et Jessika. Tu dois finir par comprendre que je suis là pour toi, pas pour le reste.
Il me prit les mains et il me fixa droit dans les yeux. Je n'ai pas le temps de mémoriser tout ça, qu'il continue son discours.
– Si tu as besoin que je te prouve par A+B que j'ai envie d'être avec toi par choix, je peux le faire, mais il faut que tu le veuilles aussi. J'ai également une seconde option. Une fois que nous finissons cette première mission, tu auras normalement la tête plus libre. Là, tu pourras me donner ta décision définitive. Cependant, tu ne pourras pas m'empêcher d'essayer de me rapprocher de toi. Ne l'oublie pas, je suis un homme avant tout.
Poe avait rarement autant parlé et justifié ses actes. Ca lui prenait une énergie considérable qu'il a dû récupérer sa respiration à la fin. Habituellement, lors de ses débriefings avec son équipe ou qu'il passait devant le Conseil des Anciens, ses paroles et sa gestuelle étaient différentes. Je dénotai cependant qu'il n'avait pas flanché des yeux une seule fois et qu'il semblait certain de ses propos.
Après plusieurs secondes sans qu'il lâche un mot, je compris alors qu'il avait terminé. Cette petite pause me permit de repositionner dans ma tête toutes ces informations ainsi que sa proposition finale.
– Je ne veux pas que tu sois déçu si j'accepte cette relation avec toi. De me promettre que s'il arrive quoi que ce soit, la mette en péril. Je n'en souffrirais rien que pour ça.
– Tu dis ça parce que tu as vécu des histoires amoureuses blessantes ?
– Non. Cela va bien au-delà !
– Je ne te fais aucune promesse. De toute façon, ici, tu ne peux pas en faire puisque du jour au lendemain tu peux ne plus faire partie de ce monde. Tant que tu ne me raconteras pas ce que tu caches, ça sera toujours difficile entre nous, mais je prends les inconvénients avec.
- Au risque de me perdre après les révélations ?
- Totalement !
- Tu ne sais pas dans quoi tu t'engages, Poe ! Tu es complètement fou.
- On me le dit souvent, oui, ricana-t-il. Plus sérieusement, Clara. Je peux te suggérer une seconde proposition, vu que la première n'a pas l'air de te plaire.
– Tu me mets sur le fait accompli, je n'ai pas le temps de réfléchir à tes options. J'essaie déjà de canaliser mes émotions depuis tout à l'heure.
– Je n'ai pas le choix avec toi, Clara ! Tu n'y arrives qu'avec la manière forte.
Touchée en plein dans le mile. Je ne le faisais pas exprès. J'y étais dedans bien avant qu'il débarque dans ma vie. Je soupirai. J'avais l'impression de ne faire que ça, comme pour les pleurs. Comme si tout le désespoir du monde s'abattait sur mes petites épaules.
– Dis-moi ton autre option.
– Si je t'embrasse maintenant, et que tu me refuses, ça sera un non et cela sera notre dernier baiser. Si tu le maintiens, je penserais que je ne fais pas ça pour rien.
– Si c'est le cas, et que je le fais perdurer, sache que le choix d'avant est envisageable. Si rien ne se passe, tout sera annulé.
– OK, ça me va. Si tu valides notre relation, quoi qu'il en soit, nous prendrons le temps qu'il faudra en ces cas où tu n'arrives pas à exprimer tes émotions.
Quelque part, un poids soulageait mon pauvre petit cœur. Cette frustration n'était pas totalement partie, mais elle était devenue moindre. D'entendre Poe me dévoiler ses sentiments, s'engager à ses risques pour moi bien qu'il ne connaisse pas la tournure de mon secret me confortait dans l'idée de me lancer. Je savais déjà plus ou moins qu'il était attiré, il l'avait à plusieurs reprises avoué. Mais j'avais peur de voir sa prochaine réaction s'il était amené à être informé de la vérité sur lui.
Cependant, rien ne pouvait arrêter cette peur.
Serait-il exactement comme Jessika ? Finirait-il par me détester ? Resterait-il toujours aussi compréhensif ? Je suis d'accord pour dire que chaque personne agit différemment, mais le sont-ils vraiment ? A ce stade, Poe n'était plus un fantasme pour moi. J'avais appris à le connaitre. Je me suis attachée à lui et je suis effrayée à l'idée de le perdre.
Je retirais mes mains et m'étirais les bras dans un long bâillement pas très discret.
– Je suis fatiguée, j'ai besoin de me reposer. Cette journée m'a mise à plat entre toi et le décès d'Han Solo,
– Un peu pareil. J'espère surtout que nous n'avons pas sorti du sommeil Temmin et Atsy, rappela-t-il en regardant Asty qui ne semblait pas avoir bougé d'un poil.
– C'est vrai, je les avais presque zappés. Tu penses qu'ils m'en voudront de me voir ici ?
– Si je leur explique la situation, ils comprendront. Au vu de la journée, ils ne se réveilleront peut-être pas avant nous. Et puis, c'est de gros dormeurs quand nous n'avons pas de mission.
– Je l'espère, je n'ai pas envie qu'on me porte de jugement et qu'on balance quoique ce soit aux filles. Je ne veux pas créer de nouvelles scènes de jalousies
– Ca n'arrivera pas, je les connais, ils sont incapables de dénoncer qui que ce soit.
– Je suppose que la Générale va probablement instaurer une journée de congé spéciale pour tout le monde ?
– En effet, elle va l'annoncer demain matin, elle m'a mise au courant ce soir. Mais j'ai encore beaucoup de boulot à faire à cause de mon rôle. Quand ce n'est pas la maintenance des vaisseaux ou les missions, c'est la paperasse.
– Tu dois faire des rapports ? Veux-tu que je t'aide ?
– Oui, des dossiers à remplir pour chaque fin de mission. Et…, non… tu dois te reposer, des jours sombres arrivent et nous devons garder toute l'énergie nécessaire pour ça.
Les tensions entre Poe et moi se dissipaient petit à petit, même si ce n'était pas une dispute à proprement parler. Cette fois, nous avons réussi à discuter au sujet de Korr sans pour autant avoir le cœur lourd de tristesse, à cause de son décès récent. C'était aussi une des raisons pour laquelle j'avais des remords à avouer mes sentiments à Poe sans passer pour une égoïste. Surtout après ce qu'elle a vécu. Mais le commandant ne paraissait pas être bousculé plus que ça. Il avait l'air d'avoir tourné la page. Où était-il peut-être dans le déni ? Qu'auriez-vous fait à ma place ?
Le jeune homme ouvrit ses grands bras musclés pour que je puisse m'y plonger dedans.
– Vient là..., me chuchota-t-il.
Etait-ce une bonne idée d'y aller ? D'accord, il allait continuer de me montrer son envie d'être avec moi, mais fallait-il le faire maintenant ? Une telle marque de tendresse était-elle signe d'engagement vers une relation plus qu'amicale ?
Rah…, je me fatiguais moi-même à me torturer l'esprit. D'ordinaire, je n'aurais rien fait, ou j'aurais cédé tout court. Ici, c'était presque impossible de trancher, tout était remis en question.
Après tout, je ne risquais rien pour un simple câlin ?
Je finis par m'y blottir, il resserra son étreinte avant de basculer en arrière tout en me protégeant la tête du mur. Nous nous retrouvâmes allongés. Poe attrapa le bord de la couette et la remonta jusqu'à nos épaules.
Quand il trouva une position idéale pour son bras, car je l'empêchais d'être bien, il commença à me caresser avec douceur la joue droite.
De temps en temps, il s'amusait à remettre quelques mèches rebelles de mes cheveux derrière l'oreille. Tandis que son regard demeura plongé dans le mien.
C'était probablement mal de se laisser câliner par Poe. Seulement, de me sentir près de lui ainsi pendant plusieurs minutes bien que nos étreintes se resserrent petit à petit était tellement agréable. Jamais je ne pourrais les oublier.
C'était comme si nous étions des aimants et que l'on ne pouvait s'empêcher de s'attirer l'un à l'autre. L'alchimie entre lui et moi était bien trop puissante pour que je puisse la combattre éternellement. Pas faute de lutter de toutes mes forces. Lui qui demandait à ce que nous gardions notre énergie pour les prochains, c'était mal barré.
Rien que là, c'était un effort surhumain pour moi. Chaque fois que je tentais de ne pas flancher face à son regard, il faisait en sorte que je le fasse. Et vous savez ce qui était le plus grave dans tout ça ? C'était de me rendre à l'évidence que j'aimais ça. Nos comportements me stimulaient et me challengeaient tout comme lui.
Quelque part, je me sentais protégée et sereine à cet instant T. C'était difficile pour moi de voir un avenir sur le long terme. Certains auraient hurlé : «il faut vivre le moment présent», mais ce n'est pas si facile que ça à mettre en place.
4
Mes paupières me piquaient de plus en plus, la fatigue se ressentait en les faisant clignoter, mais ce con en avait décidé autrement. Son nez se colla au mien sans mon accord et il me montra de cette façon qu'il n'avait pas envie de se reposer tout de suite. J'étais dans un état second, lorsque je le vis se rapprocher. Je réalisais à peine que nos bouches fussent presque sur les miennes ce qui m'obligea à les contempler à nouveau. Son regard avait changé. Il était plus profond qu'il y a quelques minutes ou quand il m'avait embrassée dans ce couloir. Je ne pouvais plus décrocher cette fois.
Je le hais tellement de me faire subir ça. Comment puis-je y résister ? Ou être tranquille ? Vous pouvez le faire, vous, même si tout vous pousse à ne pas y aller ? Je vous rassure, ça n'était en rien du harcèlement, car j'étais consentante et que je le désirais au fond de moi. Je ne le rendais pas fou par vengeance ou pour X raisons. Je vous le promets ! Je n'ai qu'une seule envie, c'est de m'abandonner dans ses bras et de vivre cette histoire.
Le jeune commandant était particulièrement étonné de constater que je ne ripostais pas après sa tentative de rapprochement. Peut-être était-ce pour lui l'occasion de se lancer. Il n'en aura peut-être pas d'autres, ou pas des simples comme ici. Peut-être même que le temps allait leur manquer.
Sans plus attendre, il saisit cette aubaine qu'on lui offrait et il m'embrassa.
La sensation de ses lèvres sur les miennes était quelque chose d'indescriptible, bien plus incroyable que lorsqu'il me touchait auparavant.
Je savais que si je refusais cette demande, j'allais tout perdre. J'étais départagée entre la raison et le cœur. Ce moment fut l'un des choix les plus horribles à faire de ma vie, le retour à la réalité va être brutal.
Merde… Tant pis… je sais déjà que j'ai une place en enfer en l'embrassant actuellement. Je ne veux tout simplement pas le perdre à tout jamais. Vivre ça à fond quitte à m'y brûler les ailes plus tard, je devrais en assumer les conséquences. Je suis prête.
Finalement, c'est le cœur qui prit la main sur la raison. Je décidai de prolonger son baiser que je méritais moi aussi. Je suis surprise moi-même de voir la facilité dont mes lèvres faisaient part de leur sentiment présentement.
Poe était aux anges, il avait sa réponse. Au fur et à mesure que leur baiser continuait, il sentit des larmes couler sur mon visage. Il ne savait pas si c'était de joie ou de tristesse à cause de son secret, mais, pour lui montrer qu'ils allaient passer cette étape ensemble, il la serra un peu plus contre lui et entoura la moitié de mon bassin avec sa jambe.
Tout ce qui lui importait, c'était la preuve que je voulais construire quelque chose avec lui. C'était ce qui comptait le plus maintenant. Je n'avais plus aucune raison de le rejeter. Si je continuais ce jeu, il allait devoir y mettre fin de son côté et ce n'est pas ce qu'il recherche. Il me pensait assez mature pour ne pas être ainsi.
Mais une dernière question lui traversait l'esprit. Ne risque-t-il pas de s'ennuyer une fois qu'il aura obtenu ce qu'il voulait ? Il aimait l'aventure, néanmoins était-ce dans tous les domaines même s'il avait envie de stabilité ?
Zori Bliss lui avait donné tantôt le choix, il ne l'a pas saisi parce qu'elle était trop aventurière à son goût. Ici, on lui a appris à s'adapter aux personnes qu'il croisait. Etait-ce toujours valable ?
En tout cas, jamais il n'aurait pensé que Zori puisse se faire remplacer par quelqu'un. Et ce jour semble être arrivé. Peu importe le résultat, j'étais dans ses bras et je l'avais embrassé en retour. Personne ne pouvait savoir comment allait être écrit le prochain chapitre.
5
Nous continuâmes de nous embrasser pendant plusieurs minutes. Je n'arrivais plus à m'arrêter. Si ses colocataires n'étaient pas là, je n'osais même pas imaginer ce qu'il en serait devenu de la suite. Heureusement qu'il nous restait encore quelques principes, ce qui nous retenait dans nos élans. Je n'avais toutefois aucune certitude que ses deux partenaires nous entendaient.
Figurez-vous que c'était le cas. Nous avons fini par les réveiller, et ce, depuis un long moment, bien avant celui-là. Temmin et Asty se lançaient des regards et des sourires depuis leurs lits respectifs. Ils essayaient tant bien que mal de ne pas se faire griller.
6
A la fin, lorsque nous décidâmes d'un commun accord d'arrêter. Le manque d'air et la fatigue saisissaient, nous préférâmes nous écouter. Poe me déposa un bisou sur le front pour me montrer sa plus grande affection.
- Clara, quoiqu'il arrive, nous prendrons le temps de construire cette relation tous les deux, OK ?
Ces derniers mots me donnèrent du baume au cœur. Je lui répondis avec un sourire sincère et immense.
xxx
Hey les amis. Je suis heureuse de pouvoir enfin vous poster la suite de cette histoire. Je vous promets que je ne l'ai pas laissé tomber. Plusieurs soucis se sont mis en travers de mon chemin.
Problèmes d'ordinateur, tout était sur le fixe et pas sur le pc portable alors j'ai perdu tout ce que j'avais commencé sur le chapitre 19.
Puis ce que j'ai recommencé l'an dernier ne me plaisait pas. J'ai tenté à plusieurs reprises de continuer le chapitre, mais le début ne me plaisait pas assez pour vous le poster. Et celui-là me plait.
J'ai toujours autant d'imagination pour l'histoire, ça ne change rien. Je connais le résultat final, et même la suite, si vous êtes toujours de la partie.
Le boulot me fatiguait, j'avais du mal à prioriser mes activités. Donc le temps passe et maintenant que j'en ai avec le confinement et que, par magie, j'ai pu débloquer ce chapitre à l'écrit il est là.
Par rapport au chapitre 18, petite erreur de nom. Ce n'est pas KORR, que je voulais écrire, mais PAMICH. Sachant que Korr est décédée lors de sa dernière mission.
J'espère sincèrement que vous serez de retour, je souhaite la bienvenue aux futurs nouveaux. Si quelque chose ne vous a pas plu ou vous a plu, n'hésitez pas à me le faire savoir en reviens. Maintenant que je peux avancer sur les prochains chapitres, je pourrais vous répondre soit en MP soit en direct à la fin de chaque chapitre.
Je ne peux pas laisser tomber cette histoire, pas après tout ce que j'ai ressenti en écrivant Clara et sa relation avec Poe. Ils ont vraiment quelque chose de spécial je trouve. Enfin, après, peut-être parce que j'en suis l'auteur, mais bon.
Si tout se passe bien, le chapitre 20 devrait être dispo semaine prochaine ou maximum dans deux semaines.
En tout cas, faites attention à vous les amis. Prenez soin de vos proches.
Judy Oswald
