Chapitre 20 : Se défier

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Deux mois plus tard,

Mai 1976,

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Chère Dorea,

Avant de répondre à votre lettre précédente, j'aimerais vous faire part d'une rumeur qui court dans Godric's Hollow non pour semer la zizanie dans votre famille, mais en tant qu'amie qui veut que vous sachiez ce que l'on raconte sur votre compte et qui craint que cela ne parvienne aux oreilles de James. Depuis votre départ pour l'Egypte, suite à la découverte du port antique d'Alexandrie, mes parents et moi-même n'avons pas revu Charlus. Graham lui-même ne l'a vu que début avril, après qu'il fut venu vous voir avec James en Egypte. Il l'a trouvé changé : irritable et renfermé. J'espère que si vous avez des soucis, vous n'avez pas tout gardé pour vous, les amis sont là pour partager les moments de joie mais aussi les fardeaux. L'on raconte que vous êtes sur le point de vous séparer, que vous, vous fréquentez un cherchomage de votre entourage chez qui vous logez actuellement en Egypte, un certain Donkor Dahak, et que Charlus voit régulièrement cette vipère de pseudo-voyante Esméralda García. Tant que vous ne m'en parlerez pas vous-même, Dorea, je ne croirai rien. Je vous préviens seulement pour que vous en parliez à James et le mettiez en garde de croire ou non à ces rumeurs qui prennent de l'ampleur. […]

Gwendolyn McKinnon

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Chère Gweny,

Je ne sais qui a laissé se propager cette idée aberrante, mais je n'ai jamais eu l'intention de quitter Charlus. Mon départ pour l'Egypte est dû à mes recherches et mon ami Donkor, que je connais depuis des années, a seulement gracieusement accepté de m'héberger. Depuis le décès de sa femme, il vit seul avec sa fille, qui est en train de préparer son mariage. Je l'aide actuellement dans ses préparatifs, puisque je suis sa marraine. […]

Dorea POTTER

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Dorea,

Je t'ai déjà envoyé une dizaine de courriers pour te prier de rentrer chez nous. Tu me manques et j'ai besoin de toi pour ne pas plonger à nouveau. Je continue à sombrer progressivement, et je crains de ne pouvoir me passer de toi plus longtemps sans commettre une faute irréparable.

Je t'en prie, reviens-moi.

Charlus

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Charlus,

Je t'ai déjà expliqué en quoi je ne pouvais rentrer immédiatement en Angleterre. Je viens de trouver des manuscrits en grec ancien qui sont d'anciens traités sur le sortilège de la mort, exactement ce qu'il me fallait pour mes recherches. Des sortilèges qui s'y rapportent de près ou de loin sont encore actifs, et des épigraphies en parlent. Ce port est mon unique chance pour enfin avancer dans mes recherches. Tu me manques énormément toi aussi, c'est pourquoi je te le répète : viens me voir le week-end – si je te manque tant à toi aussi.

Bien à toi,

Dorea

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Dorea regardait le soleil disparaître à l'horizon. A présent, Charlus devait avoir reçu sa lettre depuis deux jours. Normalement s'il y avait répondu immédiatement, elle devrait recevoir la réponse le lendemain dans la journée.

Elle n'aurait jamais dû lui céder aussi facilement lorsqu'il était venu deux mois plus tôt avec James. Mais voir les deux hommes de sa vie, Charlus et James, devant elle sans avoir été prévenue lui avait fait tant plaisir, malgré la colère qu'elle avait pu éprouver contre son mari au premier abord, qu'elle avait cru que passer l'éponge leur permettrait un nouveau départ. Le voir si désespéré avait fait fondre la dernière étincelle de rancœur qu'elle avait contre lui. Il s'en voulait déjà assez lui-même de son comportement, et elle, elle voulait retrouver la relation qu'ils avaient toujours eue. Alors elle avait proposé une réconciliation.

Elle ne regrettait pas son pardon, elle regrettait seulement de le lui avoir accordé si rapidement et si facilement. Car quelle raison pouvait-il avoir de vouloir absolument rentrer en Angleterre autre que de retrouver sa stupide pseudo-voyante ? Sans les nuits qu'ils avaient passés et le regard plein de culpabilité qu'il lui lançait lorsqu'il pensait qu'elle ne le voyait pas, elle aurait douté de l'amour qu'il lui portait. Mais aimait-il aussi son Esméralda ? Si jamais elle lui en parlait, laquelle d'elles deux choisirait-il ? Elle avait James avec elle, et si James apprenait ce que son père avait fait, pour sûr qu'il la suivrait elle. Mais elle ne voulait pas garder Charlus en utilisant James, et elle ne voulait pas le garder s'il ne voulait plus d'elle et s'il continuait de voir sa voyante.

« Vous êtes prête, Dorea ? lui demanda Donkor.

-Allons-y, fit-elle avec un entrain forcé. »

Donkor ne s'y laissa pas prendre. Il posa sa main sur son épaule et la fixa avec un maigre sourire.

« C'est encore votre mari ? demanda-t-il.

-Je… Je sais qu'il a été infect avec moi, lui dit-elle. Je sais qu'il me trompe, je sais qu'il ne mérite pas mon pardon, mais… Mais il me manque tout de même. Vous comprenez ?

-J'ai quelques difficultés à comprendre comment vous pouvez encore espérer quoique ce soit de lui, mais j'essaie, avoua Donkor en fronçant les sourcils. J'imagine que ce n'est pas facile pour vous non plus.

-C'est loin d'être simple, en effet. J'aimerais… J'aurais aimé qu'il m'avoue tout lorsqu'il est venu, j'attendais même cela. S'il me l'avait dit à ce moment-là, je pense que je lui aurais tout pardonné pour toujours. Mais… Mais j'ai pris peur, j'ai pris peur de la vérité et j'ai préféré le faire taire alors qu'il semblait sur le point de me faire ses aveux, confessa-t-elle une énième fois. Le savoir est une chose, l'entendre de sa bouche en est une autre.

-Et si demain il vous avouait tout, que feriez-vous ? demanda son ami.

-Je ne sais, je lui pardonnerais, sûrement, s'il me laissait l'aider à aller mieux, imagina-t-elle.

-Ne le faites pas trop facilement, dans ce cas, la pria-t-il avec inquiétude. Je refuse de vous retrouver dans le même état que lors de votre arrivée en Egypte.

-J'essaierai, promit-elle. Allons-y à présent. »

Ils sortirent de la maison de Donkor pour rejoindre le port sorcier d'Alexandrie où leurs amis les attendaient. Quelques minutes plus tard, ils entraient dans un restaurant typiquement égyptien. Thabit Tabaizen, Ramsès Azus et Linda du Nil étaient déjà arrivés, installés à leur place habituelle. Abélard Pistus et Bohort Rosenberg étaient avec eux également. Donkor et elle étaient les derniers à arriver.

« Dorea ! Je voulais vous parler de la fête sorcière de demain ! s'exclama Linda avec un regard noir en direction de Bohort et Thabit. Ces deux sorciers ne veulent pas nous accompagner, Ramsès, Abélard et moi.

-Ils le veulent très bien et ne cherchent qu'à vous agacer, Linda, lui dit platement Dorea en s'installant à côté d'elle. Bohort m'a dit hier qu'il avait hâte de découvrir le ciel percé de lanternes.

-Est-ce vrai ? s'indigna Linda.

-Vielleicht, lui dit Bohort avec un amusement évident.

-Oh Bohort, vous êtes… Vous êtes impossible !

-Je suis Allemand surtout, la taquina Bohort.

-Vous… Argh !

-Il aime vous enrager, Linda, s'amusa Abélard. Il me l'a aussi dit hier. »

Le regard noir de son amie pour le malheureux Bohort redonna enfin un vrai sourire à Dorea.

« Quand mangeons-nous ? demanda-t-elle à Thabit qui regardait Linda avec amusement.

-Ils devraient nous apporter le repas d'un instant à l'autre, lui répondit-il. Ah ma chère Dorea, je ne sais quand est-ce que vous rentrerez en Angleterre avec ce chantier qui ne cesse de s'allonger !

-Je vais devoir y retourner pour la fin du mois de juin, Thabit. Mon fils rentrera de son école, et je veux le voir, lui apprit-elle. »

Il la regarda avec des yeux malheureux qui la firent rire doucement.

« Je vais emporter les manuscrits, et dès que je les aurais tous traduits, je reviendrai. Au plus tôt en septembre, au plus tard, qui sait ? précisa-t-elle en songeant à Charlus qu'elle n'avait pas encore prévenu et qu'elle ne comptait pas prévenir.

-Le chantier ne sera pas pareil sans votre présence paisible, renchérit Ramsès.

-Je ne suis pas encore partie, mes amis, les rassura-t-elle en riant. »

Dire qu'elle allait retrouver Charlus qui se souciait d'elle comme d'une chaussette trouée pour laisser des amis qui tenaient à elle… Où était passé sa fierté ? Enfin, elle ne rentrait pas pour lui mais pour James.

Le serveur apporta l'immense plat qu'ils dégustèrent avec appétit. Au cours de la soirée Linda parla de la fête sorcière des lanternes à laquelle elle voulait emmener Dorea le lendemain, Thabit l'embrassa sur les deux joues avec émotion quand elle lui donna son cadeau d'anniversaire, le regarda inquiet de Donkor ne cessa de la couver comme elle aurait aimé que celui de Charlus le fasse. Puis la nuit se fit noire, et chacun rentra chez soi, Thabit avec une bourse pleine de cadeau.

« Tu ne te sentiras pas trop seul lorsque je rentrerai ? demanda-t-elle à Donkor sur le trajet du retour. Maintenant que Doumia s'est mariée…

-Elle vient tous les soirs m'apporter à manger et discuter avec son vieux père, la rassura Donkor. Mais vous Dorea, si quoique ce soit se passe mal en Angleterre...

-J'irai chez ma cousine, il est temps que je discute avec elle, lui dit-elle. N'en parlons plus, s'il vous plaît.

-Dorea, vous avez perdu le sourire que vous aviez retrouvé. J'ai entendu vos sanglots hier soir. Je…

-S'il vous plaît, Donkor, j'aimerais que nous finissions notre partie d'échecs avant de dormir. Parler de Charlus n'avance à rien, soupira-t-elle en entrant chez lui. »

Donkor n'ajouta rien et la délesta de sa cape et de son chapeau pour les accrocher au porte-manteau. Ils s'assirent au sol où le plateau d'échecs les attendait. Donkor lui expliqua l'origine de la fête des lanternes pendant qu'ils jouaient.

Alors qu'elle annonçait avec un air triomphal à Donkor qu'il était échec et mat, le hibou de Charlus entra dans la maison. Dorea s'empressa de détacher la lettre accrochée à la patte du volatil et blanchit considérablement. Elle tendit le morceau de parchemin à son ami.

Prépare ta valise, j'arrive.

Le visage si peu expressif de Donkor en temps normal se contracta d'affolement. Il jeta un coup d'œil à la porte d'entrée puis la fixa avec inquiétude.

« Allez-vous le suivre ? demanda-t-il avec difficulté.

- S'il s'est décidé à venir me chercher c'est qu'il est sûr de lui.

- Allez-vous le suivre ? Après tout ce qu'il vous a fait endurer ? insista-t-il.

- Il est malade, et j'ai décidé depuis le départ que je l'attendrais, dit Dorea en tournant les talons. »

Mais Donkor la rejoignit en deux enjambées et attrapa son visage pour l'embrasser.

La surprise paralysa Dorea si bien qu'elle ne le repoussa pas. Elle le laissa même l'embrasser avec douceur et tendresse. Ses mains chaudes aux doigts longs et agiles reposaient délicatement de chaque côté de ses joues et sa bouche appuyait sur la sienne avec panique. Elle aurait pu le repousser, elle aurait pu. Mais elle ne le fit pas car cette surprenante tendresse l'apaisa immédiatement. Elle posa même ses mains dans le dos de son ami pour se rapprocher de lui. C'était étrange, c'était nouveau. Elle se sentait bien, paisible et sereine dans les bras de Donkor. Elle sentit ses doigts quitter son visage pour se perdre sur sa taille et frissonna. Depuis combien de temps la tension n'avait-elle pas quitté son corps de cette manière ? Depuis combien de temps n'avait-elle pas cessé de penser à des choses négatives pour se concentrer sur le plaisir qu'elle sentait naître en elle ?

« Dorea… souffla-t-il en quittant sa bouche pour se perdre dans son cou. »

Elle se sentit soupirer lorsqu'il parsema sa peau de baisers. Elle voulait plus. Elle voulait sentir sa peau chaude sur la sienne. Elle voulait…

La porte s'ouvrit à la volée et elle s'écarta de Donkor comme s'il l'avait brûlée en entendant son prénom dans la bouche de son mari.

« Charlus, s'affola-t-elle en le rattrapant avant qu'il ne tombe. »

Elle l'assit sur le banc de l'entrée et s'accroupit devant lui. Elle attrapa son visage entre ses mains pour pouvoir voir son expression. L'odeur acre de mandragore brûlée et d'alcool qui se dégageait de lui, lui donna la nausée.

« Charlus, réponds-moi, ordonna-t-elle.

-Tu vas me quitter, je… je t'aime mais tu vas me quitter, dit-il en l'attrapant pour la serrer contre lui. »

Merlin, Donkor l'avait embrassée, et elle lui avait répondu et elle avait voulu plus et… Est-ce qu'elle aurait pu ?...

« Charlus, je suis désolée, je…

-Pourquoi tu t'excuses, ma Dorea ? fit-il avec un ton torturé. Tu es parfaite, tu m'as attendu, et moi… Moi… Je t'ai trompée. »

Un coup de poing ne lui aurait pas fait plus de mal même si elle avait pu l'anticiper.

« Je sais, lui dit-elle la voix enrouée.

-Tu… Et tu me parles toujours ?

-Je t'aime, et c'est stupide l'amour, horriblement stupide, reconnut-elle.

-Tu pourrais me pardonner ? demanda-t-il avec un espoir visible.

-Non, non elle ne pourra pas vous pardonner, intervint Donkor en tirant Dorea vers lui. Dorea, vous n'allez pas rentrer avec un ivrogne alors que… Par Ptolémée ! Je vous aime, et vous avez répondu à cet amour ! On ne trouve pas une sorcière comme vous tous les jours. Si votre mari ne s'en est pas rendu compte, restez avec celui qui a toujours pris soin de vous, et vous a toujours respectée. »

Dorea regarda son ami sans savoir quoi faire, tétanisée.

« Nous sommes amis depuis plus de trente ans, ne trouva-t-elle qu'à dire.

-Par la force des choses nous n'avons pas pu obtenir plus, reconnut-il. Mais si j'avais su… Si j'avais su que votre père n'était pas Cygnus Black, ancien bourreau de la mère de Ramsès, nous aurions été fiancés dès notre rencontre. Deux esprits si passionnés de Défense que les nôtres sont faits pour se plaire, renchérit-il en caressant sa joue avec tendresse. Ces quelques semaines passées avec vous me l'ont mille fois prouvé.

-Donkor je… »

Elle répondit au second baiser qu'il lui offrit, oubliant Charlus dans le coin de la pièce. Seul un râle malheureux de son mari lui permit de repousser son ami. Elle baissa la voix.

« Je ne peux pas, avoua-t-elle assez bas pour que son époux ne l'entende pas. Charlus est mon mari, j'ai choisi de l'épouser.

-Vous ne dites même pas que vous l'aimez, dit-il avec désespoir.

-Je l'aime, se reprit-elle. Et j'aime mon fils. Et je ne veux pas démolir ma famille, alors même qu'elle semble déjà en morceaux. »

Il baissa les épaules puis secoua la tête.

« Dorea, vous méritez tellement mieux, insista-t-il.

-Je vais faire en sorte d'avoir le meilleur à présent, promit-elle.

-Si dans un an vous ne l'avez pas…

-Je l'aurai, je vous le jure, Donkor. »

Ils se fixèrent sans ciller.

« Je suis sincèrement désolée, Donkor. Si j'avais su… Si j'avais compris vos sentiments à mon égard plus tôt, je ne serais sûrement jamais venue, avoua-t-elle en montant faire sa malle.

-Ne dites pas cela, Dorea, lui répondit-il en la suivant. Nous avons passé d'excellents moments ensemble. Doumia était ravie de vous avoir près d'elle pour son mariage. Vous ne voudriez pas tout oublier ?

-Bien sûr que non, soupira-t-elle finalement en fermant sa malle pour s'asseoir à côté. »

Il en profita pour s'agenouiller devant elle et prendre ses mains.

« Je vais garder votre amour comme un rêve, mais je veux que notre amitié perdure, insista-t-il. Continuez de m'écrire, pour nos recherches mais aussi pour nous. Vous êtes la marraine de Doumia, et feu mon épouse Dina vous appréciait comme sa sœur. Ne vous détournez pas de moi et de ma fille parce que je n'ai pas su garder pour moi ces sentiments inconfortables, la pria-t-il. »

Elle se leva tout à fait chamboulée.

« Laissez-moi seulement un peu de temps.

-Bien sûr. »

Elle tira sur sa malle jusqu'à l'entrée. Charlus n'avait pas bougé et sanglotait silencieusement. Maintenant qu'il venait enfin chercher son aide, elle ne savait plus comment se conduire. Une semaine plus tôt, elle lui aurait sauté au cou. A présent… A présent qu'elle avait cédé à Donkor, elle se demandait jusqu'où aurait pu aller cette histoire. Aurait-elle pu partager un lit avec lui ?

Cette simple idée lui donnait des sueurs froides. N'avait-elle pas déjà trompé son mari rien qu'en répondant aux gestes de son ami ?

« Charlus, l'appela-t-elle en lui tendant la main.

-Tu viens vraiment avec moi ? souffla-t-il sans y croire.

-Bien sûr, dit-elle en se forçant au calme. Nous allons au port prendre le prochain bateau.

-Tu ne… Tu ne restes pas avec Donkor ? demanda-t-il en se saisissant de la canne que lui tendait Dorea.

-Pas pour cette fois, lui dit-elle. Au revoir Donkor, merci pour tout.

-Au revoir, Dorea, lui répondit-il depuis le fond de la pièce. »

Elle laissa Charlus passer devant elle, fixa l'ombre de son ami une dernière fois, puis disparut dans la nuit. Ni elle ni Charlus ne parlèrent sur le trajet menant au port. Lorsqu'ils parvinrent à l'embarcadère sorcier, il était aux alentours des quatre heures du matin. Le prochain trois-mâts passait dans une demi-heure.

Elle posa sa malle sur le sol et aida Charlus à s'asseoir dessus.

« Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu savais que je t'avais… commença-t-il.

-Dis-le.

-S'il te plaît…

-Dis-le.

-Que je t'avais trompée, finit-il en plongeant sa tête dans ses mains. Pourquoi… Pourquoi tu n'as pas crié ? Pourquoi tu n'as pas pleuré ? Pourquoi m'as-tu laissé recommencer ?

-Que voulais-tu que je fasse ? soupira-t-elle en frottant sa bouche encore humide du baiser de Donkor. Tu souffrais à cause de ta jambe, tu ne voulais même pas me laisser regarder ta blessure et y appliquer les crèmes. Les seuls moments où j'ai essayé de te montrer que le dégoût que ta jambe t'inspirait était stupide, tu te mettais en colère et tu me repoussais. J'ai cru… J'ai cru que la seule solution pour que tu ailles mieux c'était de te laisser aller voir ailleurs. J'ai cru que tu avais seulement besoin du regard d'une autre femme que moi pour te sentir encore homme.

-Il n'y a que ton regard qui me fait me sentir bien, la corrigea-t-il.

-Alors pourquoi m'as-tu repoussée ? Pourquoi ? lui demanda-t-elle en tournant la tête vers lui.

-J'avais… J'avais honte de moi et… Et je t'ai trompée et après… Et après je n'arrivais plus à te regarder dans les yeux sans penser à l'affront que je t'avais fait, avoua-t-il. »

Ils étaient à un carrefour de leur vie, assis sur cette malle, à attendre le bateau pour rentrer chez eux. Soit elle choisissait de lui pardonner. Soit elle restait ici et ne repartait pas avec lui. Mais elle aimait sa vie avant ce stupide accident. Elle s'était aussi aimée lorsqu'elle avait relevée la tête, ici en Egypte. Elle aurait voulu garder les deux : l'air fier et rieur que ses amis égyptiens lui avaient permis de retrouver, et la vie paisible et pleine d'esprit qu'elle avait eu avec Charlus et son fils.

« Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu savais que je t'avais trompée ? répéta Charlus.

-Je suis allée jusqu'à fuir en Egypte pour que tu te poses la question, Charlus, avoua-t-elle.

-Mais… Mais je croyais que c'était parce que je te décevais à replonger dans l'alcool et…

-Charlus, cette conversation était à double sens, tu l'avais senti, non ? »

Il ne répondit pas.

« Je n'ai jamais voulu te tromper, souffla-t-il. Je n'ai jamais voulu boire mais... les potions antidouleurs embrumaient mon esprit et me brûlaient la gorge, et l'aspect mort de ma jambe me répugnait et… Un moment de faiblesse.

-Pourquoi elle ? Pourquoi Esméralda García, ton ancienne fiancée ? demanda Dorea la voix enrouée. Regrettes-tu de ne pas l'avoir épousée elle ? »

Cette crainte insidieuse se répétait en boucle dans sa tête depuis qu'elle avait appris le nom de la maîtresse de la Charlus.

« Non ! Non, jamais, s'empressa-t-il d'affirmer en s'emparant de ses mains. Tu… Tu es la seule que j'ai voulu avoir pour épouse, la seule à qui je voulais faire un enfant, et avec laquelle je m'y suis appliqué pendant des années. Ne doute jamais de cela, je t'en prie. Tu peux douter de tout, sauf de cela. C'était Esméralda, ça aurait pu être une autre.

-C'est de cela dont j'ai peur, reprit Dorea sans le regarder dans les yeux. Tu dis que tu m'aimes, que cette femme ne compte pas, mais tu n'as vu qu'elle et pendant des mois. »

-Tu aurais préféré que j'en voie plusieurs ? hallucina-t-il.

-Tu ne m'écoutes pas, s'agaça-t-elle. Tu dis que cette fille ne compte pas pour toi, mais tu lui es resté fidèle dans ton adultère et en plus ce n'était pas une courtisane.

-Mais je ne l'aime pas ! C'était…C'était seulement…

-Physique ? Tu es donc ce genre d'homme à me tromper pour quelque chose de seulement physique ? Tu…

-Je ne l'ai même pas vue dix fois ! la coupa-t-il. Je…

-Dix fois ? répéta-t-elle sans comprendre. Ne te moque pas de moi, je suis sur le chemin du pardon. Tu l'as vue pendant… Depuis octobre ! au moins sept mois !

-Je ne voulais pas y aller ! se désespéra-t-il. La première fois, c'était un hasard ! Je voulais voir Harfang mais je suis tombée sur elle et… Et voilà, ça s'est passé. J'ai eu l'impression de revenir dans le passé, quand j'étais encore joueur de Quidditch et que je la fréquentais, avec mes deux jambes valides et… Et le réveil a été rude. Je suis rentré chez nous et… Je pensais que tu t'en rendrais compte, je puais l'alcool et la mandragore ! Mais tu n'as rien vu et… Et j'ai essayé de faire comme si de rien été, je ne voulais pas te blesser et perdre ta confiance et ton amour et… Mon Dieu, Dorea, je m'en voulais et je m'en veux tellement ! Mais chaque jour je voyais ton visage inquiet, ça m'était insupportable que tu t'inquiètes pour moi alors que je t'avais trahi ! Et Esméralda qui ne cessait de m'inviter et… J'ai fini par craquer, je suis allé sur la tombe d'Ignatus et… Et puis je suis retourné la voir, juste pour me…

-Te prouver que malgré ta blessure, tu avais conservé des capacités sexuelles ! s'exclama-t-elle furieusement. »

Elle le toisait à présent, sur l'embarcadère au beau milieu de la nuit.

« Ne me regarde pas comme ça, répondit-il de la même manière en s'aidant de sa canne pour se relever. Tu étais on ne peut plus proche de Donkor tout à l'heure et…

-Tu n'as pas le droit ! hurla-t-elle en sentant des larmes de rage couler le long de tes joues. Tu n'as pas le droit de me reprocher d'avoir laissé ses bras me réconforter parce que toi, tu allais retrouver cette stupide voyante !

-Je n'y suis allé que…

-Que dix fois ? Ce sont dix fois de trop ! continua-t-elle sur le même ton. J'ai embrassé deux fois Donkor, si je dois tout te dire. Celle que tu as vue, et une fois juste avant que tu ne rentres ! Et si Donkor m'a embrassée, c'est simplement parce qu'il craignait que je ne rentre avec toi. Il a passé ces derniers mois à me consoler, à me redonner confiance en moi parce que ton comportement m'a fait douter de tout ! Je n'arrivais même plus à transplaner ! »

Elle vida l'air de ses poumons pour ne pas sangloter.

« Ma magie m'abandonnait, Charlus, quand je suis arrivée en Egypte, tu comprends cela ? La grande Dorea Potter ne parvenait plus à exécuter un simple sortilège d'attraction parce qu'elle se mourrait d'amour pour son ivrogne de mari, chuchota-t-elle furieusement. Alors peut-être que si tu étais arrivé une heure plus tard je t'aurais trompé, peut-être que je serais dans les bras de Donkor en train de te tromper et de m'en vouloir ou bien d'aimer ça. Peut-être. Je n'en sais rien, je l'avoue. Mais tu n'as pas le droit de m'en vouloir, et tu n'aurais pas le droit de m'en vouloir si je l'avais fait, parce que… Parce que tout ceci est de ta faute, martela-t-elle. Peut-être que j'aurais dû te dire que j'étais au courant, rester fière au lieu de penser à toi, mais toi, tu aurais dû rester honnête et m'avouer immédiatement ce que tu avais fait. J'aurais été blessée, mais bien moins qu'aujourd'hui. Dès que je t'ai vu étendu au sol, la jambe dans un angle qui était tout sauf naturel, j'ai su que tu allais te remettre à boire. Je ne pensais pas que tu irais jusqu'à chercher les bras d'une autre, mais je l'ai compris quand tu as cherché à voir Harfang. Et…

-Je t'en supplie, pardonne-moi, la coupa-t-il en tombant à genoux devant elle. »

Il se mit aussitôt à crier en se tordant de douleur. Elle le rassit sur sa malle et regarda d'autorité sa jambe. Elle était toujours emballée dans des bandes, mais l'attelle en bois avait disparu.

« Qu'as-tu fait de ton attelle ? demanda-t-elle dangereusement.

-J'ai dû oublier de la mettre ce matin, marmonna-t-il en essayant de cacher sa jambe mais un regard de sa femme l'en dissuada.

-Tu as oublié ? insista-t-elle.

-Je suis parti dès que…

-Charlus, le menaça-t-elle.

-Ta lettre m'a désespéré et j'ai fini la nuit chez Esméralda et ce matin quand je m'en suis rendu compte je suis directement allé à King's Cross parce que je n'en pouvais plus, acheva-t-il dans un souffle rauque en fuyant son regard. »

Elle le lâcha aussitôt et se redressa de toute sa hauteur.

« Tu es pathétique, l'acheva-t-elle. »

Elle s'approcha de la rive. Le trois-mâts pointait à l'horizon et les quelques autres usagers de la compagnie faisaient semblant de ne pas voir leur dispute. Elle paya leurs tickets, tendit le sien à Charlus, le regarda avec insistance pour qu'il se lève, et tira sa malle derrière elle jusque sur le pont. Elle chercha un coin tranquille sur l'une des paillasses et s'allongea dessus, décidée à ignorer son mari jusqu'à leur arrivée à Londres.

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Une fois arrivés à King's Cross, Dorea aida Charlus à descendre du train sans un mot. Elle ne lui avait pas parlé du trajet, et il n'avait sans doute pas trouvé le cran de relancer la conversation. Ils avaient tous les deux fait croire à l'autre qu'ils dormaient.

« Nous allons appeler le Magicobus devant la gare. Je ne tiens pas à ce que tu prennes la poudre de Cheminette sans ton attelle, dit-elle simplement en tirant sa malle à travers le mur de briques. »

Charlus lui répondit peut-être, elle n'y fit pas attention. Elle était épuisée et ne voulait pas déverser une nouvelle vague de colère sur lui. Retrouver le ciel couvert anglais lui retourna l'estomac. Elle était bel et bien rentrée. Elle avait donc décidé de lui pardonner apparemment.

Ils arrivèrent une heure plus tard devant leur maison. Elle s'y sentit comme une étrangère au premier pas. Il avait fallu cinq mois loin de chez elle pour tout lui paraisse différent. Seule l'apparition immédiate de Kitty la convainquit que rien n'avait changé en son absence.

« Maîtresse Dorea ! Kitty est ravie de vous revoir ! s'enthousiasma l'elfe en venant se prosterner devant elle. Que doit faire Kitty ?

-Bonjour Kitty. Monte ma valise dans l'ancienne chambre de Mrs Annabella, transfères-y toutes mes affaires et fais le lit, lui indiqua Dorea sous le regard désespéré de Charlus.

-Tout de suite Maîtresse Dorea. Maître Charlus ?

-Fais comme le veut Dorea, confirma-t-il avec abattement. »

Dorea se dirigea vers le vestiaire pour y ranger sa cape et son chapeau. Charlus l'y rejoignit.

« Dorea, commença-t-il en essayant de lui prendre le bras pour la tourner vers lui.

-Ne me touche pas ! s'exclama-t-elle furibonde. Tant que tu ne te seras pas douché et que tu n'auras pas fait clairement comprendre à ta stupide voyante qu'elle a intérêt à se tenir loin de toi, loin de moi et loin de James, loin de notre famille, ne me touche pas, répéta-t-elle en faisant un pas en arrière pour s'éloigner de lui. Préviens-moi quand ce sera fait. Je monte me coucher, et tu devrais en faire autant, tu as une tête épouvantable et par pitié, rase-toi proprement et brûle-moi ces vêtements. Il est quinze heures ? Je te laisse jusqu'à demain midi. »

Elle le contourna afin de monter les escaliers quatre à quatre pour ne pas qu'il la vît pleurer. Elle n'avait pas choisi la solution la plus facile en lui pardonnant car à chaque fois qu'elle voyait Charlus, elle pensait à ce qu'il avait fait, et elle n'arrivait plus à lui sourire.

Seulement couchée dans les draps propres de la chambre de sa belle-mère, elle put cesser de penser et s'endormir.

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Elle se réveilla bien plus tard. Plus aucun rayon de soleil ne passait à travers les volets. Le réveil matin indiquait quatre heures. Il y a un jour, vingt-quatre heures, elle était au port avec Charlus à attendre le bateau.

« Si tu n'étais pas là, mon petit James, je crois que je n'aurais même pas pris le risque d'essayer de revenir, avoua-t-elle au silence de la nuit. »

Elle se recroquevilla sur elle-même dans le lit. Comment allait-elle faire ? Comment allait-elle faire pour sortir à nouveau Charlus de la boisson ? Comment allait-elle faire pour lui refaire confiance ? Comment allait-elle faire pour tout cacher à James ? Car James n'avait pas besoin d'être au courant de leurs affaires. Il ne pourrait pas comprendre qu'elle se tourne à nouveau vers Charlus et qu'elle lui pardonne, il était trop jeune et spontané pour cela.

Elle se rendit compte au bout d'une heure qu'elle était restée immobile sans réfléchir. Avec un lourd soupir, elle se redressa pour s'asseoir sur le lit. Il fallait au moins qu'elle écrive à Donkor et ses amis pour leur donner un semblant d'explication et les assurer de son arrivée chez elle.

Elle se força à se lever et à chercher un morceau de papyrus vierge dans sa malle. Elle s'installa sur le secrétaire et improvisa :

Cher Donkor,

Je suis bien rentrée à Godric's Hollow.

Que pouvait-elle ajouter ?

Mon fils rentrera de son école d'ici un mois.

Et puis ?

Je vous tiens au courant de l'évolution de la situation.

Bien à vous,

Votre amie Dorea.

Elle n'avait pas la tête à s'épancher sur la discussion houleuse qu'elle avait eue avec Charlus. Même si elle l'avait fait durant tout son séjour en Egypte, à présent qu'elle connaissait ses sentiments à son égard, elle ne pouvait se résoudre à lui parler à nouveau de son mari, même si Donkor ne l'avait jamais pousser à le quitter. Et c'était pour cela qu'elle ne s'était jamais doutée de rien : jamais il n'avait insulté ou maudit Charlus. Il n'avait été qu'à son écoute.

Chère Linda,

Un concours de circonstance m'a poussé à repartir précipitamment en Angleterre. Rien de grave en ce qui me concerne. Un membre de ma famille a sollicité d'urgence ma présence. Nous nous revoyons en septembre, j'espère. Pouvez-vous faire tourner ce billet à nos amis ?

Bien à vous,

Dorea Potter

Elle plia les papyri et ajouta sur la tranche l'adresse de ses amis. Elle ouvrit la fenêtre et siffla. Le hibou des Potter arriva quelques instants plus tard, et elle put lui confier les deux billets.

« Je m'excuse de te faire parcourir autant de distance encore une fois, Hermès, mais ce sera sans doute la dernière, assura-t-elle au volatil. En Egypte, chez Donkor Dahak, lui souffla-t-elle à l'oreille. »

Après un petit cri, l'oiseau s'envola à tire d'ailes vers le sud. Elle referma la fenêtre en se sentant frissonner et s'approcha de sa valise pour la déballer.

Elle rangea ses robes dans l'armoire, puis tomba sur la grande caisse en bois qui contenait tous les papyri qu'elle avait retrouvés au port de l'Héracléion. Elle décida de s'y plonger, histoire de se changer les idées.

Elle en releva la tête lorsqu'elle se rendit compte que le soleil s'était bien levé. Elle jeta un coup d'œil au réveil matin. Il était treize heures. Elle n'avait même pas pris la peine de manger, et Charlus n'était pas venu toquer à sa porte. Elle lui avait donné jusqu'à midi pourtant.

Abattue, elle se dirigea vers la salle de bain pour se rafraîchir et se changer. S'il ne faisait pas le premier point qu'elle lui demandait, comment pouvait-elle espérer pouvoir lui refaire confiance ?

Elle rangea ses papyri dans la boîte en bois soumise à des sortilèges ignifugés, et descendit au rez-de-chaussée. Un instant, elle avait espéré y trouver Charlus, mais elle secoua la tête et se résolut à prendre la poudre de Cheminette pour se rendre chez sa cousine Lucretia.

Elle arriva dans la Chaumière aux Coquillages quelques instants plus tard. Sa cousine regardait l'horizon à travers la fenêtre.

« Dorea ? s'étonna-t-elle.

-Je… Je suis rentrée d'Egypte hier soir, commença-t-elle. Et… J'ai besoin de te parler, avoua-t-elle en allant s'asseoir sur le divan du salon. »

Sa cousine agita sa baguette pour faire chauffer la bouilloire en venant la rejoindre.

Dorea s'étonna elle-même de ne pas pleurer lorsqu'elle raconta les derniers mois de sa vie à sa cousine. Elle n'était même plus en colère, ni triste. C'était arrivé, tout s'était passé de cette manière. Elle l'avait accepté, et elle avait accepté l'idée de pardonner à Charlus à condition qu'il la laisse l'aider. Mais à présent, elle le cherchait et elle espérait qu'il n'était pas retourné dans les bras de García.

« Tu aurais dû venir me voir plus tôt, lui dit-aussitôt sa cousine en la prenant dans ses bras.

-Je ne pouvais pas me plaindre auprès de toi, lui expliqua Dorea au creux de l'oreille. Charlus est vivant, alors qu'Ignatus… »

Elle sentit les membres de sa cousine se crisper sous ses vêtements noirs.

« Charlus était le meilleur ami d'Ignatus, il n'aurait pas supporté de le voir ainsi, lui répondit sa cousine. Ignatus nous a quitté depuis plus d'un an maintenant, peu avant l'accident de Charlus. Et… C'est inadmissible ce qu'il a fait, je ne dirai pas le contraire. Et toi, tu as été bien trop gentille avec lui, en convint sa cousine, mais… Suis-moi. »

Dorea suivit Lucretia jusqu'à la fenêtre d'où elle regardait l'horizon avant qu'elle ne sorte de sa cheminée. Au loin, sur la tombe d'Ignatus, un sorcier était assis la tête basse et semblait pleurer. Ou prier.

« Depuis que tu es partie en Egypte, je sentais que quelque chose n'allait pas, lui expliqua Lucretia de sa voix douce. Depuis novembre, tous les matins avant d'aller au Ministère ou je ne sais où, tous les soirs en rentrant du travail, Charlus venait parler à la tombe d'Ignatus. Plusieurs fois, j'ai dû l'empêché d'y rester à cause de la violence de la mer. Je l'ai même trouvé endormi sur la pierre un matin. Je me suis fâchée. Je lui ai dit que ce n'était pas sérieux. Il s'est mis à pleurer. Il m'a dit, entre autre, que tu lui manquais mais qu'il n'osait pas aller te voir parce que sa jambe te répugnait et que tu l'avais fui. Tu penses bien que je lui ai vertement répondu que c'était faux. Il m'a dit que personne ne pouvait le comprendre maintenant qu'Ignatus était parti. Je l'ai fait rentrer pour discuter mais il ne m'en a pas dit plus. En revanche il a commencé à se calmer. Puis ce matin, il est arrivé paniqué et s'est précipité dehors. »

Dorea regarda Charlus, assis devant la tombe d'Ignatus en train de lui parler. La mort de leur ami avait été un coup dur, particulièrement pour lui. Mais Dorea ne pensait pas que c'était si profond.

« Ne lui pardonne pas parce que tu as pitié, Dorea, reprit Lucretia. Il a le droit d'être malheureux, mais cela ne lui donne pas le droit de plonger à nouveau dans l'alcool comme à la mort de son père, son grand-père et son frère trente ans plus tôt, et encore moins de te tromper.

-Il fait pitié pourtant, lui dit-elle.

-Assez, oui. Mais si tu choisis de rester à ses côtés et de continuer à l'aimer, tu ne peux pas lui pardonner par pitié, insista Lucretia. Tu ne pourras rien construire sur de la pitié.

-Et pourquoi devrais-je lui pardonner alors ? soupira Dorea.

-Là, cela te regarde. Mais j'imagine que tu l'aimes.

-Je ne sais même plus.

-Tu étais heureuse avec lui avant son accident alors. Et puis, James doit aussi entrer dans l'équation. Même si j'espère que tu ne cherches pas à reconstruire votre famille seulement pour lui.

-Je pense que c'est un tout, en convint Dorea.

-Je ne peux que te conseiller de prendre une décision et de t'y tenir, avoua Lucretia. Et cesse d'être fière comme ça et de tout garder pour toi, la rouspéta-t-elle gentiment. Si dès le départ tu étais venue me voir, tu n'aurais pas commencé à perdre ta magie, et j'aurais pu dire ses quatre vérités à Charlus au lieu de m'inquiéter pour lui. Parce que c'est facile de faire parler les morts mais je doute qu'Ignatus l'aurait encouragé dans ses… dans ses conneries !

-Lucretia, pourquoi te mets-tu à parler comme James ? s'amusa Dorea.

-Parce que ce gredin me manque à moi aussi, reconnut-elle. Je le vois à chacune de ses vacances normalement, mais là, il s'est précipité en Egypte pour te voir, oubliant tout à fait sa vieille Tante Lucretia.

-Il viendra te voir en juillet, lui assura Dorea.

-Je vais voir mes parents en Hongrie cette année, je le verrai seulement en août, soupira-t-elle. Enfin, ce n'est pas grave, il a d'autres préoccupations que moi ces temps-ci, je suppose.

-Il tourne autour d'une fille qui lui retourne le cerveau, lui apprit Dorea en pinçant les lèvres.

-En bien ou en mal ? s'enquit Lucretia.

-Il la trouve merveilleuse, mais j'ai l'impression qu'elle lui en fait voir de toutes les couleurs, soupira Dorea. J'espère que cette lubie lui passera. Enfin, tu n'as qu'à lui écrire et lui demander des détails, il t'en donnera volontiers, il ne faisait que nous parlait d'elle à Pâques.

-Oh oh, je vais m'empresser de le faire alors ! Je peux lui dire que tu es rentrée d'Egypte ?

-Je vais le faire en rentrant, tu peux patienter une heure avant d'envoyer ta lettre ?

-Tu es dure en affaire, Dorea. Me dire qu'il voit quelqu'un et retenir ma lettre ? se fâcha faussement Lucretia.

-Tu n'as pas changé, se réjouit Dorea en la prenant dans ses bras. Nous nous revoyons rapidement, je vais tout de suite écrire à James et réfléchir à ce que je vais dire à Charlus lorsqu'il rentrera. »

Elle reprit la poudre de Cheminette après avoir embrasser sa cousine une nouvelle fois. Elle eut à peine le temps d'écrire un bref papyrus à James avant d'entendre la cloche de la porte d'entrée sonner. Intriguée, elle pensa à Gweny, Callidora ou Zafrina avant de descendre au rez-de-chaussée et d'ouvrir la porte.

La mauvaise surprise la figea.

Sur le pas de la porte, se tenait une femme d'à peu près son âge, la peau bronzée, de longs cheveux d'un noir d'encre et des yeux d'un noir profond emplis de désespoir. Elle déglutit difficilement en reconnaissant la voyante, Esméralda García.

« Est-ce que... Est-ce que je pourrais vous parler, Mrs Potter ? demanda-t-elle.

-Je ne crois pas que j'en ai envie, répondit-elle en sentant son rythme cardiaque s'accélérer.

-Je… C'est important, insista-t-elle.

-Je vous dis que je n'en ai pas envie, répéta-t-elle en sentant le rouge de la colère lui monter aux joues. »

Elle voulut refermer la porte mais le pied de la voyante la bloqua.

« Je suis enceinte, souffla García. »

Dorea laissa la porte s'ouvrir à nouveau en fixant la voyante. Son cœur maltraité explosa pour de bon, elle eut même mal à la poitrine et dut y passer la main. Elle lui aurait bien demandé de répéter son propos, mais elle eut peur que son corps entier la lâche. A la place elle laissa la porte ouverte et gagna le salon.

Enceinte ? Charlus n'avait même pas été capable de… Mais comment avait-il pu ? Comment avait-il pu l'oublier de la sorte ? Comment avait-il pu ne pas avoir conscience de ses actes ?

La voyante l'avait suivie. Elle regardait partout autour d'elle, comme si elle n'était jamais venue ici. Dorea lui désigna le fauteuil du salon.

« Nous allons attendre le retour de Charlus et voir ce qu'il compte faire, dit-elle d'une voix blanche en s'asseyant face à la cheminée. »

Elle ne bougea plus. Elle resta immobile à fixer l'âtre, la tête en ébullition. Comment avait-il pu ? Comment ? Lorsqu'il serait au courant du résultat de ses actions, elle monterait faire ses valises et irait chez Lucretia. Elle prendrait aussi les affaires de James. Si Charlus avait pu trahir sa propre femme et sa propre famille de la sorte, il ne saurait pas s'occuper de James. Et James ne devait pas avoir un modèle pareil sous les yeux.

La cheminée ne tarda pas à virer au vert et Charlus à passer la tête. Son regard jongla entre les deux femmes et il blanchit tant que Dorea crut qu'il allait s'évanouir.

« Que fais-tu là ? demanda-t-il à la voyante avec colère. Je t'ai dit que…

-Elle est enceinte, Mr Potter, la coupa Dorea sans émotions. Veuillez prendre vos responsabilités et…

-Mais Dorea, tu ne vas pas la croire ! s'emporta-t-il en faisant un pas vers elle mais elle le fit garder ses distances en sortant sa baguette. Elle… Elle ne peut pas avoir d'enfant ! Elle n'a jamais pu ! Elle ment !

-Mr Potter, le menaça-t-elle en se sentant partir.

-Mais Charlus, enfin…

-Tais-toi ! la coupa-t-il sans même la regarder. Il y a longtemps, bien avant de nous fréquenter et de nous marier, elle a cru qu'elle attendait un enfant mais… Mais elle ne peut pas, Sainte-Mangouste a été formel, une malformation…

-Mais enfin, Charlus…

-Tais-toi, Esméralda ! Je te jure Dorea ! Je n'aurais jamais… Mais fouille dans son esprit et tu verras ! »

L'incertitude paralysa Dorea. Elle ne lui faisait plus confiance, elle le comprenait à présent. Comment pouvait-elle espérer retrouver une relation saine et amoureuse avec lui ?

-Charlus, mais qu'est-ce qu'il te prend de raconter des histoires pareilles ! s'emporta la voyante. »

Dorea pointa sa baguette sur García, la fixa dans les yeux et sans avoir besoin de prononcer le Legilimens, les souvenirs de la voyante affluèrent, dont certains avec Charlus qui écrasèrent les morceaux du cœur brisés de Dorea. Ses cris de protestation n'y firent rien, Dorea était décidée à au moins accorder le bénéfice du doute à Charlus. La voyante avait l'habitude de pratiquer cette formule sur ses clients, mais jamais de le recevoir, et en quelques minutes, Dorea trouva le souvenir dont lui parlait Charlus.

« Pourquoi voulez-vous tant détruire notre famille ? Ne pouvez-vous penser à notre fils ? Moi, c'est peu de chose, mais James, que vous a-t-il fait ? demanda-t-elle dangereusement.

-Je t'aime, Charlus, je ne peux pas vivre sans toi, pleura-t-elle en s'approchant de lui mais il s'en dégagea aussitôt pour se rapprocher de Dorea.

-Si vous l'aimiez vraiment, vous ne l'auriez pas fait boire et drogué pendant des mois, protesta Dorea avec mépris.

-Charlus, viens avec moi, je t'en prie, il nous reste tellement de chose à vivre ensemble ! Charlus, si tu ne me suis pas, je… je vais tout raconter à ton fils !

-Oh, vous voulez jouer ? s'étonna Dorea d'un ton sarcastique en remontant ses manches. Charlus ne sait pas lancé le moindre Stupefix sans perdre l'équilibre mais moi… J'ai même lancé un Avada avec succès un jour.

-Vous… vous ne pouvez pas… bafouilla la voyante en perdant son teint coloré.

-Je ne peux pas ? Personne ne viendra me chercher des ennuis, expliqua-t-elle froidement. Je suis assez réputé en Défense pour qu'on ne puisse pas me soupçonner de faire de la Magie Noire. Et puis vous, une stupide Sang-Mêlée ? Si l'on retrouve votre corps, on pensera que vous êtes une victime de ce groupe extrémiste qui traque les Sangs-de-Bourbe. Et ne faites pas les gros yeux à ce mot, je suis une Black, j'ai le cœur aussi noir que celui de Charlus est d'or. Cela ne me ferait ni chaud, ni froid de supprimer une sorcière surtout si elle est de Sang Impur. Vous ne me croyez pas ? Suivez-moi ! Impero ! »

Dorea s'élança vers la cuisine, elle descendit le petit escalier abrupt menant à la cave, talonnée par García.

« Vous ne me croyez pas ? répéta-t-elle furieusement calme. »

Ce n'était pas pour elle qu'elle le faisait. Son cœur était déjà en miette, et Charlus ne pourrait jamais le réparer. C'était pour James. James admirait tant son père. Il ne pourrait pas comprendre comment il avait pu agir de la sorte. Cette voyante devait disparaître de leur vie une bonne fois pour toute. Elle ouvrit son atelier. Rien n'avait changé depuis son départ. Aucun des chaudrons n'avaient bougé, et ses potions longues fumaient encore. Elle réactiva le feu sous les dernières, qui se mirent à bouillir aussitôt et à laisser éclater de grosses bulles bruyamment. Le crâne du pendu, qu'elle avait déterré du cimetière de Godric's Hollow une nuit, se réveilla en entendant sa maîtresse et se mit à sourire et à rire en faisant claquer ses dents entres elles.

« Vous ne me croyez toujours pas ? s'écria-t-elle, échevelée mais ravie de retrouver son atelier en levant le sortilège de l'Imperium pour que García puisse recouvrer ses esprits. »

La voyante ne put que crier et Dorea la fixa avec mépris avant de la faire taire d'un sortilège de mutisme. García la regarda à nouveau avec horreur. Satisfaite, Dorea rangea sa baguette dans sa manche pour lui désigner son atelier de recherche d'un geste impérial.

« Je fais de la magie noire depuis que je sais tenir une baguette, se vanta-t-elle en plissant le nez de mépris. Avec une goutte de cette potion, vous pourriez cesser de respirer pour l'éternité. Mieux, expliqua-t-elle avec douceur, je pourrais vous laisser mourir dans cette cave pendant des années, des années, des années… finit-elle dans un souffle, avec passion. Et personne ne saurait jamais ce qu'il est advenu de vous… Voulez-vous offrir votre corps à la science magique ? proposa-t-elle en tirant sa baguette de sa large manche. Vous êtes trop aimable ! »

Elle envoya un éclair vert dans sa direction en l'entendant à nouveau crier. Puis, comprenant que ce n'était qu'un éclair vert, la voyante cessa de hurler et ouvrit les yeux.

« Vous y avez cru, n'est-ce pas ? Vous avez cru que j'allais vous tuer ? reprit-elle froidement. Garder bien ce souvenir dans votre tête, et tâchez de ne pas entrer en contact avec aucun membre de ma famille à l'avenir. Si j'apprends que vous tournez autour de James, ou si je vous revois, je ne vous promets pas de rester passive. »

La voyante continuait de pleurer. Charlus, derrière elle, ne bougeait pas. Elle le défia d'ajouter quoi que ce soit d'un simple regard.

« Dois-je vous raccompagner, ou vous saurez retrouver la sortie ? proposa aimablement Dorea. »

La voyante fila en pleurant. Charlus se tourna vers elle.

« Dorea, commença-t-il prudemment.

-Ne me fais pas la morale, le coupa-t-elle toujours furieuse qu'il n'ait pas su empêcher García de raconter de tels mensonges. Moi je protège véritablement James, et je la sauve de mon courroux. Toi, tu as profité d'elle pour te prouver que tu avais conservé je-ne-sais-quoi de viril. A moins que tu ne tiennes à elle, auquel cas, cours la rejoindre mais oublie-moi et James avec. Parce qu'il est hors de question que mon fils apprenne ce que tu as fait.

-La Magie Noire…

-Oh mais arrête avec cela, s'agaça-t-elle. Je ne fais pas de Magie Noire ! Je récupère des objets ou des animaux pourris par la Magie Noire et je les étudie !

-Ce crâne…

-Erec Hickernood, sorcier pendu en 1652 parce qu'il aurait vendu son âme au diable, expliqua-t-elle avec lassitude. Mais il a été victime de magie noire et son âme est bloquée dans ses os. Je le garde avec moi jusqu'à trouver un contre-sort. Voilà, es-tu satisfait ?

-L'Imperium

-N'a jamais tué personne sauf si le jeteur de sort force l'esprit à se soumettre. Mais elle était tout à fait consentante, sans doute espérait-elle que tu la sauverais.

-Mais Sang Impur et…

-Oh Charlus, il fallait bien que je la bouscule un peu, s'agaça-t-elle un peu plus. Tu ne m'as jamais fait confiance pour mes recherches, même encore aujourd'hui alors que toi… Je n'ai plus beaucoup confiance en toi, mais j'en ai quand même eu assez pour fouiller son esprit. »

Elle attendit qu'il réponde, mais à nouveau, il la regardait avec ces yeux pleins de culpabilité et pour une fois, au lieu d'avoir pitié, elle s'énerva un peu plus.

« Cesse de me regarder comme si tu m'avais tuée ! hurla-t-elle en le poussant hors de son atelier pour le fermer à clé derrière elle.

-Dorea… commença-t-il en essayant de lui prendre la main mais elle se dégagea pour monter les escaliers et gagner le jardin. »

Sa jambe devait le ralentir et heureusement, car ce court laps de temps seule lui permit de calmer ses esprits et de trouver une solution à leur impasse.

S'ils ne parvenaient plus à se faire confiance l'un et l'autre, il fallait qu'ils recommencent tout depuis le départ. Mais elle ne voulait pas que cela se passe de la même manière. Elle ne voulait pas qu'ils se fiancent à nouveau sans se connaître plus que de vue. Elle voulait… Si rien n'allait aujourd'hui, c'est parce que tout ne s'était pas passé et que même les évènements qui s'étaient produits n'avaient pas eu lieu dans l'ordre.

« Dorea ! S'il te plaît ! s'égosilla-t-il jusqu'à ce qu'elle se retourne vers lui. »

Il s'arrêta à un mètre d'elle en murmurant son prénom de façon continue.

« Tu as un an pour me séduire, lui dit-elle avec une voix qu'elle espéra douce. »

Il la regarda en clignant des paupières.

« Pardon ? bafouilla-t-il.

-Je disais que tu avais un an pour me prouver que j'ai fait le bon choix en revenant, le bon choix en t'épousant il y a trente ans. Tu as un an pour me prouver que tu m'aimes. Tu ne m'as jamais fait la cour avant nos fiançailles. Essaie. Nous verrons si tu y arrives.

-Dorea… soupira-t-il complètement dépassé.

-Un an, Charlus, à partir d'aujourd'hui, répéta Dorea sûre d'elle. Nous avons tout fait dans le désordre. Nous nous sommes mariés sans nous connaître. Tu m'as choisie pour contrarier mon asticot de cousin, et je t'ai choisi pour lui échapper. Nous avons perdu ta famille avant d'avoir la nôtre. Tu m'as aimée avant de me connaître. Et James, notre fils, est arrivé quand nous ne l'attendions plus. Nous ferons tout dans le désordre, mais nous ferons tout. Et peut-être, peut-être que nous pourrons comprendre notre vie de cette manière. »

Il la regarda assez longtemps sans réagir pour qu'elle craigne qu'il ne refuse. Puis elle le vit se redresser sur sa canne et reprit espoir.

« Un an, approuva-t-il en souriant de façon incertaine. »

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NB : J'ai écrit la rencontre de Dorea et Donkor et cherchomages égyptiens (Ramsès, Linda et Thabit) dans une autre fic Violetta BB au chapitre 11 dont le titre est (comme c'est original) l'Egypte. Si ça vous tente, ce qui est bien c'est que ce chapitre peut être lu tout seul et qu'il donne quelques explications sur pourquoi Donkor dit qu'il ne pouvait pas la demander en mariage entre autre. Le seul truc c'est que j'ai écrit cette histoire y a pas mal de temps et que je n'écris plus tout à fait de la même façon, mais bon, j'pense que ça passe quand même.

Ah et Gwendolyn McKinnon est la mère de Marlene qui est super amie avec Dorea (elle est vraiment gentille hein, et elle adore Dorea) donc sa lettre est pleine de bonnes intentions

Voili voilou. A très vite pour le dernier chapitre !