Hello!

Je me suis dépêchée de terminer et de corriger ce chapitre, sachant que la plupart d'entre vous êtes confinés à la maison où l'ennui peut devenir rapidement mortel. Nous sommes solidaires et unis contre la propagation, courage les amis!

Charlie

xx

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CHAPITRE 19

Cette fois-ci, il était certain qu'il allait vomir pour de bon. Il marcha sans trop regarder où il allait, sans vraiment avoir conscience de ses pas, du sol sous ses pieds, du vent dans ses cheveux. Il ressentait encore ces pulsions effrénées dans son cœur, ce rythme trop rapide qui ne ralentissait plus, et il pensa qu'il s'agissait de la seule chose qui fonctionnait encore chez lui, ses poumons semblant paralysés et son cerveau complètement liquéfié.

Bordel. Putain.

Avec horreur, il se rappela soudainement de tous les moments intimes qu'il avait passés avec le blond. La fois où il s'était collé à lui sous la tente au plein milieu de la nuit parce qu'il était frigorifié après avoir nagé dans les canaux de Lestallum. Cet autre événement où ils s'étaient bataillés à la ferme et où Noctis avait dû couper court à leur jeu parce qu'il n'avait plus aucun contrôle sur son pantalon. Ou encore, ce moment passé sur la banquette arrière de la camionnette à Gralea, collés sous le manteau du tireur, le nez dans son cou et les bras contre sa poitrine.

Putain, à ce moment précis, Prompto était probablement en train de se remémorer les mêmes images et conclure avec effroi que Noctis en avait profité tout ce temps.

Il eut une pensée pour son père, qui lui avait dit de ne pas avoir peur de ses sentiments, mais maintenant que ceux-ci s'étaient enfin échappés de lui, il ne pouvait ressentir autre chose que de la terreur. Il se sentait comme s'il était perdu au centre d'un zoo dans lequel il savait qu'un tigre sauvage s'était libéré; il s'attendait à être attaqué à tout moment, se faire complètement démolir par un Prompto qui sortirait peut-être de la tente d'ici quelques secondes, lui lançant qu'il était un être absolument dégoûtant.

Ou peut-être bien qu'il se contenterait de filer en douce et ne plus jamais lui parler de toute sa vie. Il n'était pas non plus le genre de type à faire une scène.

Ou peut-être bien qu'il irait rejoindre brièvement Ignis et Gladio pour les avertir que leur roi était aux hommes et qu'ils devraient se méfier, avant de partir pour de bon. Il penserait certainement à eux.

Ou peut-être bien qu'il ne ferait rien de tout ça.

Noctis ne savait plus quoi penser.

– Noct, ça va?

La voix de Gladio le tira de sa bulle et il sursauta. Sans vraiment s'en rendre compte, il avait marché jusqu'au feu de camp où attendaient toujours ses deux camarades, maintenant accompagnés de quelques Glaives qui commençaient tranquillement à se rassembler.

Il fut incapable de parler et se contenta de hocher la tête. Ignis et Gladio lui lancèrent tous deux un regard inquiet et Noctis tenta de se reprendre :

– Ouais, ouais, ça va.

Mais sa voix sonnait horriblement fausse et il détourna le regard. Des Glaives le regardaient aussi étrangement et il eut envie de creuser un trou dans la terre rouge sous ses pieds pour s'y cacher éternellement. Il se racla la gorge bruyamment et les soldats se retournèrent précipitamment, feignant de reprendre leur conversation comme si de rien n'était.

Noctis regretta d'être retourné stupidement au point de ralliement. Il n'avait pas envie de voir qui que ce soit. Il avait envie d'être seul et de se morfondre allègrement.

– T'as retrouvé Prom?, lui demanda Gladio.

Justement celui dont Noctis ne voulait pas entendre parler.

– Oui. Non. Heu.. Ouais. Ouais, il est dans la tente du commandant.

– Il revient bientôt?

Noctis ne répondit pas. Il déglutit difficilement et évita son regard, mais les yeux de son bouclier restaient sur lui, lui perçant le crâne comme un foutu laser.

– Je… Je crois que oui, mentit-il d'une voix incertaine.

Il eut un moment de silence malaisant et Noctis ne savait plus trop quoi faire avec lui-même, comme si ses membres ne lui appartenaient plus : il croisa ses bras sur son torse et les décroisa aussitôt, inconfortable; il plaça son poids sur une jambe et ensuite sur l'autre; il leva les yeux puis les abaissa aussi vite, décidant qu'il préférait fuir le regard des autres.

Il finit par se laisser tomber sur une chaise vide aux côtés de Gladio, tendu. Devant lui, le feu continuait de se consumer, les flammes dansant autour de braises rougeoyantes et il les fixa longuement d'un regard vide. Il avait vaguement conscience des yeux de Gladio et Ignis qui restaient posés sur lui, mais son esprit flottait dans un empiétement de réflexions disparates.

Il se demanda comment il réagirait si, à six heures trente, Prompto n'était toujours pas revenu. Il s'imagina marcher vers le front sans lui. Prendre part à la bataille sans le tireur pour le couvrir. Se battre sans le son des coups de feu si caractéristique de sa technique de combat.

Ne plus jamais le revoir, ne plus entendre sa voix, ses blagues ridicules, son rire franc.

Continuer, sans l'amitié de son meilleur ami.

Il sursauta quand la voix de Gladio se leva :

– Prêt pour le grand moment?, lui demanda son bouclier.

Non.

– Ouais... Bien sûr...

Il glissa une main nerveuse dans ses cheveux et Gladio lui lança un regard étrange. Le jeune roi pensa qu'il ne devait pas avoir convaincant et il se racla la gorge bruyamment, avant d'ajouter :

– Je me suis entraîné toute ma vie pour ce moment.

Un autre mensonge. En fait, il avait passé toute son adolescence à s'entraîner simplement parce qu'on le lui imposait. Il l'avait fait par obligation, presque par habitude, sans vraiment penser à l'avenir, protégé du danger par le mur d'Insomnia et le pouvoir du cristal. Il s'était allégé de toute responsabilité en l'abandonnant à son père et avait longtemps pensé, naïvement, que s'il avait besoin un jour de se battre, ce serait dans un avenir lointain.

Et le voilà, à vingt ans, roi, à la tête d'un bataillon et apparemment prêt à mener une guerre.

Sans Prompto.

Il regarda derrière lui en direction de la tente du commandant. Le camp commençait à se réveiller et, entre les habitations fragiles, des civils apparaissaient ici et là, s'étirant et se frottant les yeux, engourdis par le sommeil et la pénombre perpétuelle. Noctis les suivit du regard sans vraiment les voir, trop concentré à rechercher une tête blonde. Il en vit aucune et il ravala sa déception.

Autour de lui, les soldats commencèrent à se rassembler en une foule plus compacte. Ils parlaient calmement, dans un murmure uniforme et chuchoté, ajustant leurs habits et préparant leur stocks de potions calmement. Noctis avait l'impression d'être à mes milliers de kilomètres d'eux, comme s'il regardait un film sans en faire partie.

Il ne put s'empêcher de tourner la tête une nouvelle fois derrière lui. Toujours aucun signe de Prompto. Il soupira bruyamment en frottant d'un geste nerveux la main sur sa nuque. Il avait l'impression que chacun de ses nerfs étaient des mèches connectées à un énorme ensemble de dynamite au centre de sa poitrine et que les flammèches sur chacune d'entre elles brûlaient si vite qu'elles allaient tout faire sauter d'une seconde à l'autre.

Il se mordillait les lèvres, ses yeux fixés de nouveau sur les braises crépitantes devant lui, quand Ignis se pencha vers lui pour lui parler à voix basse :

– De quoi as-tu discuté avec Prompto?, demanda-t-il.

Noctis lui lança un regard noir. De quoi se mêlait-il putain.

– De rien du tout, mentit-il d'une voix glaciale.

Ignis ne répondit pas. Il se contenta de le fixer longuement, ses yeux verts perçants l'analysant lourdement et Noctis refusa de détourner le regard. Il détestait plus que tout au monde lorsque Ignis l'étudiait ainsi, comme s'il pouvait lire en lui tous ses secrets, et il en devint encore plus irrité. Il soutint son regard, une once de défi dans les yeux, jusqu'à ce que le conseiller abaisse les siens.

Malheureusement, ce dernier ne le laissa pas tranquille.

– Noct, chuchota Ignis en s'assurant que personne d'autre ne pouvait l'entendre. Il faut que tu te calmes. Tu rends tes soldats nerveux.

– Je suis calme, cracha-t-il.

Absolument rien dans sa voix ne sonna calme, mais il s'en foutait. Ignis ne pouvait pas comprendre. Il ne pouvait pas imaginer l'ampleur de la situation.

Cette fois-ci, le conseiller ne lâcha pas le morceau. Noctis aurait préféré qu'il le laisse tranquille.

– Je comprends que tu ne peux pas être paisible à la veille de ce combat, continua-t-il, le volume au toujours au minimum, mais tu dois montrer de la confiance si tu veux que tes Glaives se lancent dans cette bataille avec conviction.

Noctis comprenait le principe, mais il trouvait le conseil ridicule. Il était incapable de produire de la confiance sur demande, alors à quoi bon insister.

– Fous-moi la paix Iggy, marmonna-t-il.

Quelque part au fond de lui, il savait que son drame avec Prompto était futile aux côtés d'un combat qui allait peut-être changer le sort de l'Eos. Que les livres d'histoire parleraient de la grande bataille d'Insomnia et non des histoires d'amour pathétiques d'un roi qui avait peu de contrôle sur lui-même. Qu'il ne mettait pas la priorité au bon endroit.

Mais bordel, pour lui, c'était aussi important que tout le reste. L'amitié de Prompto était aussi importante que le sort de ses citoyens, que la sécurité de ses amis, que la santé de ses Glaives, que l'avenir du monde.

– Noct...

– J'ai dit de me foutre la paix, putain!, lança-t-il.

Il sentait que les flammèches étaient maintenant à quelques secondes près d'atteindre les explosifs. Ignis le faisait royalement chier. Il ne pouvait pas comprendre, il ne savait rien de la situation et ses conseils étaient complètement inutiles. Noctis se leva d'un coup en échappant un son enragé et s'éloigna rapidement de quelques mètres.

Les Glaives étaient maintenant tous rassemblés et Noctis ne voyait Prompto nulle part. Un sentiment de panique enfla en vitesse dans son torse et il se retourna précipitamment vers un soldat.

– Il est quelle heure?

Le pauvre type le regarda avec des yeux ronds, peut-être surpris que le roi du Lucis en personne lui pose une question aussi banale, mais il se ressaisit et regarda sa montre sous le cuir de son uniforme.

– Heu… Il est six heures vingt-neuf minutes, votre altesse.

Une pierre tomba dans ses tripes d'un coup. Prompto ne viendrait pas. Il ne viendrait pas et Noctis devrait fonctionner sans lui, malgré la conviction que c'était complètement impossible.

Il ne pouvait pas y arriver. Pas sans lui. Il eut envie de tout laisser tomber, d'abandonner ses obligations de roi et de s'enfuir pour se laisser mourir quelque part dans le désert.

Pendant une seconde, il s'imagina annoncer à tous que le projet était annulé, qu'il était mieux d'oublier leur plan d'attaquer l'empire et de retourner à leurs familles sans risquer leurs vies. Que le jeu n'en valait pas la chandelle. Que c'était voué à l'échec de toute façon.

Hop, les gars, les filles, c'était une blague cette idée de bataille! Tous à la maison, maintenant!

L'esprit de Noctis ironisa que leurs maisons étaient en fait de l'autre côté des lignes ennemies et qu'ils ne pourraient plus jamais retourner chez eux si ce n'était que de cette offensive inespérée.

Il regarda de nouveau les soldats.

Prompto n'était pas là.

Il avait bien sûr imaginé la situation ainsi au moins cent fois dans les dernières semaines – Noctis avouant son amour à Prompto; Prompto, horrifié, ne voulant plus le voir – mais quelque part au fond de lui, une parcelle d'espoir tentait de le convaincre qu'il se trompait. Que Prompto ne l'abandonnerait pas pour ça, même si leur relation serait probablement changée à jamais.

Prompto n'était pas là.

Et les six heures trente étaient atteintes.

Il le sut lorsque Cor s'avança vers lui, lorsque le murmure des conversations se tut et que les Glaives se retournèrent vers eux.

– Noctis, êtes-vous prêt à transférer vos pouvoirs?

Le jeune roi hocha la tête. Il avait plus ou moins oublié qu'il devait partager ses pouvoirs avec tous les soldats pour leur permettre d'avoir accès à leurs arsenaux magiques. La veille, lorsqu'ils préparaient leur offensive, Cor lui avait demandé à quel point il pouvait partager sa magie et Noctis lui avait avoué timidement que, contrairement à son père, il n'arrivait pas à transférer sa capacité de téléportation à d'autres, mais qu'il pouvait leur donner accès à leur arsenal comme il le faisait déjà avec Gladio, Ignis et Prompto.

Il n'était cependant pas certain d'être en mesure de le faire à l'impressionnant nombre de quatre-vingt-dix-sept Glaives et il avait plus ou moins oublié de s'en inquiéter jusque-là, parce qu'il avait eut mille autres préoccupations plus urgentes. Il se racla la gorge bruyamment et se déplaça vers le centre du groupe, aux côtés du feu, pour regarder les hommes et les femmes devant lui.

Prompto n'était pas là.

Noctis avait l'impression d'être au plein centre d'un tsunami qui détruisait sa maison – sa vie – devant ses yeux sans qu'il ne puisse l'arrêter. Qu'il était forcé de garder un visage impassible, de prétendre que son monde n'était pas en train de s'écrouler pendant qu'il regardait, impuissant, les débris de son âme être projetées dans toutes les directions comme de vulgaires bouts de papier.

Il soupira, puis ferma les paupières, tentant d'oublier tous ses soucis et de se concentrer.

Il resta immobile pendant une bonne minute, cherchant désespérément la sérénité nécessaire pour retrouver sa magie, et, après un moment pénible et tourmenté, il réussit finalement à trouver ce qu'il cherchait.

Son pouvoir faisait partie de lui-même depuis toujours et il vivait en lui sans qu'il ne le remarque réellement, mais lorsqu'il se concentrait, il pouvait le ressentir, un peu comme lorsque l'on prenait conscience de sa respiration. Sa magie flottait en lui comme de faibles vagues paresseuses sur un grand lac calme.

Il se concentra sur cette énergie et la laissa l'envelopper, le recouvrir comme une couverture rassurante qui le réchauffait jusqu'au bout des doigts. Il se prépara à la partager à ses Glaives et ouvrit les paupières.

Ses soldats le regardaient tous intensément, la lueur des flammes du feu de camp reflétant dans leurs yeux, une étincelle furieuse, puissante et prête à tout. Parmi eux…

Prompto n'était pas là.

Sa concentration se fendit comme une glace et, tout à coup, il ne ressentit plus rien de positif. Le tsunami s'écrasa sur lui comme une vague d'encre noire et opaque qui l'étouffa subitement, et il perdit toute perception de sa magie, diluée instantanément.

Il secoua la tête, ferma les yeux de nouveau et serra les dents. Il devait y arriver. Il devait y arriver même si Prompto l'avait quitté. Peut-être que ce n'était plus le cas du tireur, mais ses soldats et ses citoyens, eux, comptaient toujours sur lui.

Il reprit le processus du début et chercha de nouveau en lui cette énergie qui vibrait faiblement pour la faire remonter à la surface. Elle résista plus fortement que la première fois et Noctis fronça des sourcils. Sa respiration devint plus lourde, plus difficile et il se concentra plus férocement, décidé à ne rien laisser l'empêcher de remplir ses devoirs de roi.

Quand il sentit enfin, après un long et difficile moment, que sa magie revenait à lui et qu'il était prêt à la distribuer de nouveau, il ouvrit les yeux.

La première chose qu'il vit dans la foule devant lui fut Prompto.

Son coeur s'emballa si vivement, soudainement euphorique à la vue du blond, que sa magie explosa d'un coup et se répandit sur les Glaives dans un grand fracas. L'énergie était si puissante et si soudaine que les soldats devant lui reculèrent tous d'un pas en échappant une exclamation de surprise. La lueur bleue les enveloppa tous sans exception, les aveuglant momentanément, puis elle se résorba. Les soldats se dévisagèrent pendant une seconde, incertains de ce qui venait de se passer, mais dès qu'une première femme leva le bras et fit apparaître un sabre dans un mouvement lumineux, ils comprirent qu'ils avaient enfin accès à leur arsenal : des cris de joie se levèrent et des armes bleutées apparurent de partout.

Mais Noctis ne vit rien d'autre que l'homme aux cheveux dorés, au nez couvert de taches de rousseurs et aux yeux brillants qui le regardait en souriant.

Prompto était là.

Prompto était là, et il lui souriait. Prompto était là, portant son uniforme Lucisien, et il était beau, putain, il était magnifique, sa peau enrobée en alternance entre la lueur jaune du feu et celle bleutée des armes que les soldats faisaient apparaître, et Noctis crut que son coeur s'était envolé comme un petit papillon, tournoyant au-dessus de sa tête et battant des ailes comme dans un dessin animé.

Prompto était resté et il portait son uniforme et Noctis n'avait jamais été aussi heureux de toute sa vie.

Il s'avança vers lui et le tireur leva la main pour le saluer d'un poing-à-poing, auquel Noctis, à la fois sidéré et extatique, répondit sans quitter son regard de yeux ronds.

– Tu n'y es pas allé de main morte, fit le blond, un sourire en coin.

– Je… Ouais, je...

Une partie de lui n'arrivait toujours pas à croire que Prompto était réellement là et il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il s'agissait d'un mirage.

–- Tu m'as fait peur…, murmura-t-il malgré lui. Je croyais que…

Le sourire de Prompto se fana.

– Je suis désolé, répondit-il. Je sais que je suis en retard. Je ne voulais pas que tu crois que je ne venais pas.

Noctis hocha la tête et sourit faiblement.

– C'est ce que j'ai cru. Mais c'est cool que tu sois là.

– Tu sais que je t'abandonnerais jamais.

Noctis déglutit difficilement. Entendre ces mots gonfla de bonheur le petit coeur qui virevoltait toujours au-dessus de sa tête. Il réussit difficilement à détacher son regard de ses iris azur, mais quand il réussit enfin, ce fut pour regarder son habillement.

– Tu portes ton uniforme, constata-t-il.

Prompto glissa une main sur sa nuque dans un mouvement timide.

– Ouais… Ouais, c'est pour ça que je suis en retard… Je n'arriverais pas à décider si… Enfin. Ouais, je le porte. Voilà.

– C'est cool, fit-il, à court de mots.

Il eut un silence. Noctis se demanda s'il devait ajouter autre chose, mais ce fut Prompto qui parla en premier.

– J'imagine qu'on devrait… en discuter?

Noctis n'eut pas besoin de demander de quoi son ami voulait discuter, car la réponse était évidente, mais la vérité était qu'il n'avait pas envie d'en parler plus longuement : faire ses aveux avait déjà été assez difficile. Il imagina cependant que Prompto avait des choses à dire. Probablement un fameux «Je comprends, mais tu sais que tu n'es qu'un ami à mes yeux» ou «Moi, il faut que tu saches, je ne suis pas aux mecs.» Peut-être qu'il aurait besoin d'imposer des limites : «Ok, mais je préférerais qu'on évite les accolades à partir de maintenant.»

– Ouais, ok..., répondit-il.

Il jeta un coup d'œil circulaire autour de lui.

– Seulement… Peut-on aller ailleurs? J'aimerais… J'aimerais que personne ne sache… Si c'est possible…

– Oui, bien sûr, répondit Prompto d'un ton compréhensif.

Noctis se retourna pour s'éloigner du groupe, mais Cor l'interrompit dans sa démarche. Il tenait dans ses mains trois paires d'épaulettes de Glaives.

– Pour vos gardes, expliqua-t-il.

Le jeune roi sourit immédiatement, oubliant momentanément sa discussion avec Prompto, pour se tourner vers ce dernier. Il savait déjà qu'il verrait des étoiles dans les yeux de son camarade et il n'eut pas tort, le tireur s'étant figé, le regard brillant et la bouche bée, en regardant le contenu des mains du commandant.

Les gardes royaux et les Glaives ne portaient habituellement pas le même uniforme, celui des soldats possédant une pièce de plus : une armure en cuir épais qui protégeait les épaules et la poitrine, sur laquelle était rattachée la fameuse capuche noire, dotée du masque aux branches métalliques destiné à protéger le visage. Lorsque Prompto était ado, il répétait sans cesse que «l'uniforme glaive était trop coooooollll et qu'ils avaient trop la classe avec leur capuche – putain je tuerais pour en porter une, je te le jure mec», et Noctis lui répétait en riant d'oublier le projet parce qu'il était trop imbécile pour être accepté chez les Glaives.

Prompto lui avait répondu une fois qu'en fait, il préférerait devenir garde et protéger la famille royale. Noctis s'était tut, surpris par le sérieux de son ami. Surpris… et touché.

Ce n'avait pas été des paroles en l'air. Deux ans plus tard, Prompto s'inscrivait à l'entraînement pour devenir garde, débutant un parcours difficile, exigeant tant physiquement que mentalement, qui durerait plusieurs années et qui le mènerait où il était aujourd'hui.

Aux côtés du prince devenu roi.

Noctis devina immédiatement en voyant son camarade ouvrir la bouche qu'il allait protester et il l'interrompit avant même qu'il ne puisse produire le moindre son :

– Tu le mérites, Prom, dit-il d'un ton catégorique.

Prompto ferma la bouche, désarmé, et n'osa plus rien dire. Ignis et Gladio le rejoignirent au même moment.

Noctis se retourna pour prendre une première armure des mains de Cor, soulevant les sourcils en constatant la taille des épaulettes.

– Putain, ce truc est grand comme une montgolfière, commenta Noctis en fronçant des sourcils.

– Au moins il est de la bonne taille pour Gladio, fit Ignis.

– Je crois qu'il a été conçu pour un cheval?

– Alors il sera un peu serré pour Gladio.

– Ok, allez vous faire foutre bande d'enfoirés, répondit du tac au tac le colosse.

Noctis craqua un rire, mais il se tourna vers son bouclier et souleva la pièce de cuir devant lui. Autour d'eux, les lueurs bleutées s'étaient calmées et certains Glaives s'étaient arrêtés pour regarder la scène.

Gladio comprit immédiatement l'intention de son roi. Au Lucis, lorsque les élèves devenaient Glaives, un haut-gradé déposait lors d'une cérémonie les épaulettes sur chaque soldat, attachant les sangles et soulevant la capuche pour la poser sur leur tête, en signe de bienvenue dans les rangs.

Noctis tenait à ce que ses camarades aient droit au même traitement.

Gladio ne dit rien. Il se pencha solennellement vers l'avant et posa son poing sur son coeur. Noctis drapa la pièce sur ses épaules et attacha de gestes minutieux les sangles à l'avant. Une fois l'uniforme bien en place, il étira les bras sur chaque côté sur sa tête et attrapa le tissu qui pendait dans son dos pour le déposer sur sa tête.

Leurs regards se croisèrent. Celui de Gladio était enflammé, déterminé et vibrant de courage.

– Merci d'être là, Gladio, murmura Noctis. Merci de ne pas m'avoir abandonné, même au moment où je l'aurais mérité. Tu es le bouclier le plus fidèle que les rois du Lucis ont été donné de fréquenter.

Le moment devait être devenu trop sérieux pour le bouclier, car après quelques secondes, le visage de celui-ci se fendit d'un sourire et il offrit une bonne claque sympathique sur le bras du roi.

Une claque assez forte pour l'envoyer jusqu'à Gralea, en fait, et Noctis tituba de quelques pas, manquant de se casser la figure.

– Owww! Va chier!, échappa le roi en s'agrippant à son épaule endolorie.

– Arrête, c'était rien! Une petite claque de rien du tout!

– Ouais, c'est ça, va te faire foutre.

Les deux hommes s'échangèrent tout de même un sourire et lorsque Noctis se retourna vers Cor pour attraper la deuxième pièce d'armure, celui-ci souleva un sourcil à son attention. Il devait penser que l'échange entre le roi et le bouclier ne ressemblait en rien aux discours qui étaient normalement prononcés lors des cérémonies. Noctis se retint de rire.

Il se retourna, armure en main, vers son conseiller et celui-ci se pencha immédiatement comme l'avait fait Gladio avant lui. Noctis se pinça les lèvres. Il n'avait pas exactement traité Ignis de la meilleure des façons dans la dernière heure et il se sentit soudainement coupable.

Au moment où il déposait solennellement la capuche sur la tête de son conseiller, il se racla la gorge.

– Iggy…

Son camarade leva des yeux verts perçants vers lui.

– Désolé d'avoir eu la mèche aussi courte avec toi dernièrement, marmonna-t-il, gêné. Tu… Tu ne méritais certainement pas un traitement comme celui-là. Je sais que j'ai été un vrai connard.

– Je te connais depuis dix ans, Noct, répondit le conseiller. Je suis habitué. Ça fait dix ans que sa majesté est un vrai connard.

– Tu sais quoi? Va chier toi aussi.

Ignis éclata de rire. Noctis lui sourit. Il redevint un peu plus sérieux lorsqu'il ajouta :

– Honnêtement... Merci Iggy. Merci pour ces dix années.

Ignis répondit avec un hochement de tête et un sourire en coin. Noctis attrapa la dernière armure et se tourna vers Prompto, celui-ci fixant le sol sous ses pieds. Le jeune roi leva les épaulettes devant lui, comme il l'avait fait précédemment pour ces deux amis d'enfance, mais le tireur recula soudainement d'un pas.

– Noct… Je ne crois pas que je devrais…

Mais le jeune roi avait anticipé son geste et avant qu'il ne puisse reculer de nouveau, il avança d'un pas et lui rabattit l'uniforme sur les épaules.

– Prompto, fit le roi d'une voix assez forte pour que tous entendent autour d'eux, merci d'avoir traversé seul tout le Niflheim jusqu'à Gralea, d'avoir retrouvé ton roi dans la base militaire cachant le cristal et de lui avoir sauvé la vie alors qu'Ardyn l'avait capturé.

Son ton ne laissait pas de place à la moindre argumentation et Prompto dut se contenter de le regarder de yeux exorbités, le visage soudainement rouge cramoisi. Noctis profita de sa paralysie momentanée pour attacher de gestes lents les sangles sur le devant de son habit.

– Si tu n'avais pas été là, continua-t-il, le Lucis n'aurait aujourd'hui plus de roi. Tes actions ont changé le cours de cette guerre.

Prompto était visiblement incapable de répondre quoi que ce soit et garda le silence, la bouche légèrement bée. Noctis termina de fixer les épaulettes de gestes contrôlés et, alors qu'il étirait les bras de chaque côté de sa tête de son camarade pour attraper la capuche, il perdit d'un coup toute assurance en prenant subitement conscience qu'il était très proche de Prompto – trop proche – et qu'il avait les bras presque autour de son cou et qu'il pouvait sentir la chaleur de ses joues rouges sur les siennes et son souffle sur ses lèvres et que cette position était affreusement intime et que – bordel, Prompto savait, il savait, maintenant, ce que son roi ressentait, oh seigneurs, il devait en être horrifié – et plutôt que de se dépêcher de retirer ses mains, Noctis figea stupidement, comme un con, comme le pire des crétins, et Prompto le regarda avec une telle intensité que le jeune roi ne put plus respirer.

Une seconde, deux, ou cent plus tard, les muscles de Noctis se remirent enfin à fonctionner de nouveau et il apposa la capuche sur la tête de Prompto, la visière métallique coupant le contact assez longtemps entre leurs yeux pour que le jeune roi puisse enfin sortir de sa stupeur.

Il se racla la gorge bruyamment et recula, abaissant brièvement son regard vers le sol. Il sentait que son visage devait maintenant être aussi rouge, sinon plus, que celui de son camarade.

– Tout ça pour dire… Merci Prom.

Un silence se posa entre les deux hommes, jusqu'à ce que Gladio ne le brise :

– Alors Iggy et moi, on se fait lancer des «va chier» mais le petit Prom, lui, a droit au discours du siècle?

Noctis pensa qu'il serait éternellement reconnaissant envers Gladio pour avoir interrompu le moment. Il eut un sourire en coin lorsqu'il ajouta, pour faire bonne mesure :

– C'est vrai, j'oubliais : va chier Prom.

Prompto éclata de rire en renversant la tête vers l'arrière et Noctis se réjouit d'entendre cette musique qu'il avait cru avoir perdue à tout jamais.

Le moment fut brisé brutalement lorsque Cor annonça d'une voix grave :

– Messieurs, il est l'heure.

Noctis ravala sa salive. Seigneurs, était-il possible qu'ils en étaient à ce moment précis où le monde allait changer? Le jeune roi se retourna vers Prompto, le regard paniqué. Il lui avait promis une discussion, mais, soudainement, il prit conscience qu'ils manquaient de temps. Le tireur sembla deviner immédiatement les pensées de son roi et, après un moment d'hésitation, lui fit un petit sourire.

– On en discutera plus tard, dit-il. On ne peut pas se permettre d'être en retard lorsque le soleil se lèvera.

Noctis pinça les lèvres, incertain pendant une seconde. Mais Prompto avait raison. Ils n'avaient qu'une seule chance d'attaquer et c'était au lever du soleil ; manquer ce rendez-vous aurait des répercussions absolument désastreuses. Il hocha donc la tête, se tourna vers Cor et espéra que sa voix ne trahirait pas sa nervosité lorsqu'il dit :

– Allons-y.

Mais il sentit une hésitation autour de lui et lorsqu'il leva les yeux vers ses soldats, il constata que la plupart d'entre eux semblaient avoir le trac. Certains se balançaient d'un pied à l'autre, le regard fuyant, ou joueraient nerveusement avec leur uniforme. Il croisa les yeux d'Ignis et leur brève conversation lui revint à l'esprit.

Ses soldats étaient effrayés.

Putain, ce n'était pas réellement surprenant. Ils se savaient en sous nombre, ils avaient perdu la capacité de se téléporter et ils faisaient face à un ennemi dont l'avantage technologique était de loin supérieur.

Par-dessus tout, leur roi, ce gamin de vingt ans qui n'avait jamais gouverné de sa vie, ne semblait probablement pas apte à les mener au combat. Il n'avait cessé de se morfondre depuis la veille, hésitant sur chaque question et ne cachant pas sa nervosité.

Noctis s'en voulut affreusement. Il n'avait jamais été doué pour contrôler ses émotions – encore moins pour les cacher – et il était à présent évident qu'il s'agissait d'un grave défaut chez un roi.

Il s'ennuya soudainement de son père.

Mais c'est Noctis qui portait la tunique royale aujourd'hui. Son père, le roi Regis, était resté là-bas, alors que son fils avait choisi de revenir pour se battre.

Se battre. Pour le Lucis. Pour l'Eos. Pour ses citoyens et leur liberté.

Il se racla la gorge et, prit d'une impulsion soudaine, il grimpa debout sur une bûche qui servait de siège devant le feu de camp.

Il regarda la foule devant lui, cette mer d'uniformes noirs prêts à mourir pour leur patrie, et il ressentit une fierté indescriptible.

– Lucisiens!, fit-il d'une voix forte et claire.

Les soldats levèrent les yeux vers lui.

– Aujourd'hui, Insomnia se réveillera dans la lumière. Reprenons ce qui nous appartient! Ces maisons que nos grands-pères ont bâties, fit-il en pointant vers mur au loin, ces ruelles dans lesquelles nous avons passé nos enfances, reprenons-les! L'empire est convaincu de pouvoir nous marcher sur les pieds ; il nous croit faible et fragile, croyant à tort que nous plierons l'échine sous ses armes technologiques. Mais il a omis de considérer la force que nous possédons ici, dans nos poitrines.

Il pointa son propre coeur, gonflé à bloc.

– La force de la magie des Lucii! La protection de nos ancêtres, les rois du Lucis! Et la flamme, le brasier de ce désir de protéger nos foyers!

Devant lui, les regards se transformèrent. La peur, l'hésitation, firent place à une autre émotion. Plus puissante et plus vibrante.

– Je ne vous mentirai pas, continua-t-il d'un ton grave, car j'ai le plus grand des respects envers vous et je sais qu'aucun d'entre vous n'est stupide. Cette bataille sera la plus difficile de notre vie. Nous allons suer, souffrir, pleurer et saigner. Certains d'entre nous ne reviendrons peut-être pas. Mais nos familles, elles, reviendront. Nos enfants reviendront à la maison, nos femmes, nos maris, nos parents, nos frères et nos soeurs, retrouveront leurs chez soi, leurs souvenirs et leurs lits, et n'auront plus jamais à dormir sous une tente de leur vie! Ils retrouveront leur sécurité et le droit de vivre sans plus jamais devoir s'inquiéter des daemons! Sans jamais regarder derrière soi par peur des magiteks!

À ce point, plus un seul soldat n'était immobile. La peur qui les avaient paralysés jusque-là semblait s'être envolée : ils rugissaient, euphoriques, les poings levés et les pieds frappant durement le sol. Dans leurs yeux était née une fureur indomptable et Noctis laissa celle-ci venir à lui, perforer ses veines pour s'écouler dans son torse, comme de l'énergie liquide.

– Vous êtes des Glaives et, par ce fait, vous avez fait d'énormes sacrifices pour le Lucis. Je vous en serai éternellement reconnaissant. Mais aujourd'hui, vous les ferez pour vos familles! Plus jamais elles n'auront à souffrir!

Il dut hurler à plein poumons les derniers mots pour s'assurer que sa voix se rende bien jusqu'au dernier des Glaives devant lui, la fureur de la foule atteignant un volume assommant :

– Le Lucis survivra et vaincra! Aujourd'hui est le dernier jour de l'empire Niflhe et le premier d'Insomnia libérée!

Et puis ce fut le chaos total. Soudainement, la foule rugit puissamment et se rua sur lui. Des bras l'encerclèrent, des claques tapèrent son dos, des mains agrippèrent les siennes, et la foule sembla soudainement gigantesque, s'étendant infiniment devant lui. Il lui prit quelques secondes pour réaliser qu'aux Glaives s'étaient ajoutés ses citoyens, des hommes et des femmes probablement tirés du sommeil par le bruit à l'extérieur de leurs tentes. Ils claquaient des mains en poussant des cris de joie et ceux-ci s'engouffrèrent dans son coeur qui enfla instantanément.

Noctis descendit difficilement de son podium improvisé, souriant et se frayant un chemin entre les gens survoltés, pour rejoindre ses camarades.

– T'en as mis du temps, fit Gladio, un sourire en coin.

– À quoi?

– Devenir roi.

Noctis le dévisagea une seconde. Puis son sourire s'étira quand il répondit :

– Ton roi t'ordonne de défoncer la gueule à ce trou de cul d'Ardyn et ses connards d'impériaux.

Gladio éclata de rire, suivit par leurs deux camarades.

– À vos ordres votre altesse!

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Bon. J'admets que j'ai peut-être exagéré sur le crémage, mais je voulais, pour une fois, que Noctis soit honnête à propos de ses sentiments envers ses amis. Voilà c'est fait.

Aussi…. Prom, Iggy et Gladio en uniforme de Glaives… Wahhhhhhh! :D

Comme d'habitude, merci pour votre lecture et vos reviews! En ces temps difficiles, ils me font chaud au coeur!

Et finalement… Fuck le covid!