Chapitre 19 – En chemin

L'esplanade était tout simplement gigantesque et magnifique, avec ses mosaïques et ses sculptures. Marchant sur un chemin bordé de grandes colonnades en marbre, j'avais l'impression d'avoir voyagé dans le passé. Bien qu'il soit en piteux état, le temple dégageait encore une aura de majesté et de puissance, signes de sa grandeur passée. Je finis par arriver devant deux grandes portes sculptées dans un immense bloc de roche, et bloquant l'entrée. Au vu de leur taille, il allait être difficile de les déplacer je devais trouver un autre chemin. Alors que je commençais à faire demi-tour, une lueur s'éleva de ma main gauche. Réagissant à mon fragment de Triforce, les deux battants s'illuminèrent à leur tour, avant de commencer à s'ouvrir d'eux-mêmes.

Avançant prudemment à l'intérieur du temple, je ne pouvais m'empêcher de contempler les nombreuses fresques qui tapissaient le grand corridor. On pouvait y voir représenté une grande île flottante dans le ciel, où évoluaient de magnifiques oiseaux montés par des chevaliers. Et au centre de l'île se trouvait une immense statue de femme ailée, avec au sommet une jeune fille jouant de la lyre. Aussi étrange que cela puisse paraître, ces représentations me semblaient…vaguement familières. Comme si je les déjà vu auparavant… Cette énigme en tête, je continuais d'avancer le long de cet énorme couloir. Mais alors que j'approchais de la salle principale, une lumière apparue d'abord très faible, puis de plus en plus intense. Et au moment où elle m'aveugla, j'entendis une voix crier : « Debout là-dedans ! »

Ouvrant brusquement les yeux, je vis Impa devant moi, prête à me jeter un seau d'eau.

- Je vois que tu n'as pas perdu tes vieilles habitudes. Dommage, deux secondes de plus et tu aurais gagné du temps pour le bain.

Décidément, Impa n'avait pas perdu ses méthodes de réveil non plus. Ravalant un juron, je dû me résigner à abandonner ma couchette. En face de moi, Zelda et Médolie avaient apparemment bénéficié du même réveil brutal.

- On lève le camp d'ici une heure. Je te conseille de te préparer pour la suite du voyage, Linkle.

- Arrête de m'appeler ainsi ! C'est déjà assez humiliant comme ça !

Par les Saintes Déesses ! Jamais je n'aurais dû dire ça ! A ce signal, Zelda et Médolie ne purent s'empêcher d'enfoncer le clou.

- Pourquoi ? Je te trouve très mignonne comme ça ! commença Médolie

- Et puis, ta tenue met très bien en avant ton côté féminin ! surenchérit Zelda

J'étais complètement rouge tellement j'avais honte. Je ne rêvais que d'une chose, m'enterrer profondément pour disparaître. Non seulement elles ne m'appelaient plus que par ce surnom ridicule, mais en plus Impa avait coupé mes cheveux de façon à ce que l'on puisse faire des tresses avec. Et comme si cela ne suffisait pas, je devais porter une jupe ! Lorsqu'il avait vu le résultat la veille du départ, le Prince lui-même n'avait pu s'empêcher d'éclater de rire devant mon air mortifié. Essayez de m'imaginer avec une jupe marron qui descend jusqu'aux genoux, des bottes en cuir, une tunique beige courte et une immense cape verte dans laquelle j'essaie de cacher au maximum mon visage tant l'humiliation est grande. Et dire que je m'étais moqué de grand-père le jour où j'avais découvert son déguisement de Gerudo…

Laissant les filles se préparer, je rejoignis Impa, occupée à s'entraîner contre un ennemi imaginaire. Prenant mon arc, je me mis en tête de tirer sur le pommier en face du campement, histoire de passer mes nerfs.

- D'ici la fin de la journée, on arrivera au village Ecaraille, où on pourra se reposer. Après ça, le voyage va se compliquer.

Elle avait raison. Etant donné qu'Hyrule avait fermé ses frontières, l'accès au désert Gerudo était bien plus dangereux qu'avant. En plus de longer la côte, il allait falloir traverser le canyon de Faron pour rejoindre enfin l'entrée du désert. Le problème, c'est que cet endroit était devenu depuis des années le repaire de nombreux monstres et bandits. Il allait falloir redoubler de vigilance.

- Dis-moi Impa, penses-tu que….

D'instinct, je me retournais vivement vers un buisson et bandais mon arc vers cette menace potentielle, les longues semaines de solitude m'ayant apprises à être attentif au moindre bruit suspect.

- Qui que vous soyez, sachez que je n'hésiterais pas à tirer si vous ne sortez pas immédiatement !

S'approchant de moi, Impa me fit baisser mon arc, avant de lancer :

- Je sais que c'est vous. Et si vous arrêtiez de vous cacher pour nous rejoindre ? Vous allez devoir expliquer tôt ou tard votre fugue, alors autant en finir maintenant non ?

Il y eu un moment de silence, puis je vis sortir lentement du buisson…

- Mais que fais-tu donc si loin du Domaine ? Tu es encore jeune pour partir toute seule à l'aventure.

Devant nous se trouvait une splendide jeune Zora émeraude. Elle devait nous avoir suivi sans se reposer, car elle tenait difficilement debout. Toute méfiance m'ayant quitté, je ne pus m'empêcher d'éprouver de la compassion pour cette enfant épuisée.

- Tu m'as l'air mal en point. Où sont donc tes parents ? Ils doivent s'inquiéter pour toi non ?

- Je voulais vous aider, cependant mon père n'était pas du même avis. Mais je refuse de rester les bras croisés, alors que les autres risquent leur vie. Je veux suivre le même chemin que ma grand-tante à son époque.

Malgré la fatigue, son regard montrait une farouche détermination, preuve qu'il allait être difficile de la raisonner. Ne sachant quoi faire, je me retournais vers Impa.

- Que faisons-nous ? On ne peut pas la laisser toute seule dans cet état, ni la ramener au Domaine cela prendrait trop de temps. Mais on ne peut pas non plus l'emmener avec nous, c'est bien trop dangereux.

- Je comprends ton envie de la protéger. Mais comme tu l'as signalé, nous prendrions trop de retard, or chaque jour compte. Mais quoi qu'il en soit, je pense que votre père sera furieux quand vous rentrerez votre Altesse.

Votre Altesse ? Mais pourquoi s'adressait-elle ainsi ?

- Impa, qui est-ce ? Vous la connaissez ?

- Amipha ? Mais que fais-tu ici ?

Alertées par le bruit Zelda et Médolie s'arrêtèrent en voyant qui nous avait rejoint. Cependant, j'avais l'impression d'être le seul à ignorer qui était notre invité surprise.

- Excusez-moi de vous déranger en pleines retrouvailles, mais est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer ce qu'il se passe ?

A leurs regards étonnés, je compris qu'elles pensaient que je la connaissais déjà. Heureusement, Zelda se ressaisit rapidement.

- Je suis désolé Linkle, nous avions cru que tu le savais. Permets-moi de te présenter Amipha, la fille du Prince.

Sa fille ? La situation allait être encore plus complexe à gérer. Et je doutais fort que le Prince apprécierait si sa fille venait à être blessée. Mais les autres options n'étaient guère mieux.

- Bon, comme nous l'avons dit avec Impa juste avant, nous n'avons pas le choix nous acceptons votre présence parmi nous. Cependant vous devrez suivre nos instructions à la lettre, car cela ne sera pas une promenade de santé loin de là Votre Altesse.

- Je comprends parfaitement la situation dans laquelle je vous ai mise, et je m'en excuse, mais il fallait que j'aide d'une manière ou une autre. Et puis, vu que vous êtes une délégation, il est normal que les Zoras soient aussi représenté non ?

Décidément, malgré son âge, Amipha était pleine de ressources. Cela pourrait sans aucun doute nous être utile. C'est Impa qui finit par nous rappeler notre objectif du jour.

- Bon ce n'est pas tout ça mais nous sommes en retard. Zelda et Médolie, je vous laisse vous occuper d'Amipha elle a plus que besoin de repos. Quant à toi Linkle, tu vas partir en éclaireur.

Ramassant mes affaires et mes armes en maugréant sur ce surnom, je m'apprêtais à rejoindre ma monture lorsqu'Amipha posa LA question que je souhaitais surtout ne jamais entendre.

- Dites-moi, où est passé Link au fait ? Il n'était pas censé partir avec vous ? Et au passage, qui est cette jolie jeune fille avec vous ?

Voyant les sourires commencer à apparaitre, je me dépêchais de partir avec le peu de dignité qu'il me restait…. Mais même à l'autre bout du camp j'entendis leurs éclats de rire. Et sans doute que là où il se trouvait, grand-père devait bien rire lui-aussi…