Bonjour à tous et à toutes ! Je poste ce cinquième chapitre un peu en avance au vu de la situation actuelle. En espérant que tout va bien pour vous et pour vos proches, et que votre lecture vous extraie un peu de votre quotidien. Voici le cinquième chapitre, peut-être le plus central jusqu'à maintenant. Encore quelques scènes de bataille, et puis ensuite on va rassembler tout le gratin pour la fête du siècle. Je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 4
Jeanne l'Alliée
« Pourquoi votre étendard fut-il plus porté en l'église de Reims, au sacre, que les étendards
des autres capitaines? — Il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. »
(Procès de Jeanne d'Arc, 9ème interrogatoire, 17 mars 1431)
Voilà que depuis le 8 mai les voix l'assaillaient encore, comme pour la féliciter de son incroyable entreprise. Les mots valsaient dans son crâne et cognaient contre la pulpe de ses lèvres. Elle vit son bon Roi vêtu d'une dalmatique fleurdelisée. L'instant d'après, elle se vit couverte du sang poisseux de l'Anglais qu'elle avait égorgé et elle eut envie de vomir. Elle vit ensuite la couronne d'or, de velours et de perles enfin surmonter la tête de Charles et elle sentit un sourire se dessiner sur son visage pâle. Aussitôt les commissures de ses lèvres retombèrent, car elle visualisa certains de ses hommes agoniser dans la terre meuble des bords de Loire. C'était à la fois un délice et un supplice, une bénédiction et une malédiction, son plus grand honneur mais aussi plus grand malheur, d'avoir à jouer son rôle dans cette guerre.
Jeanne en appela immédiatement à marcher en Champagne pour le sacre du Dauphin et supplia que les combats cessent, mais les commandants de l'armée française ne furent pas de cet avis. On lui opposa en effet que le sacre de leur souverain pouvait bien attendre, car leurs positions sur la Loire étaient toujours compromises. Tout au plus, la marche sur Reims aurait mis leur souverain en grand danger. Son gentil duc tenta de la raisonner en lui expliquant qu'ils avaient gagné une bataille, mais pas la guerre. Mais comment aurait-elle pu lui rétorquer que la guerre excéderait les cent ans de naissance ? Bertrand de Poulengy la sermonna durement, arguant que si elle ne supportait pas le champ de bataille, il pouvait tout aussi bien la reconduire dans le duché du Bar. Elle secoua la tête, terriblement vexée, affirmant son envie de toujours plus en découdre. Elle saurait être une indéfectible alliée, elle l'avait juré devant son Roi et devant Dieu.
Ambroise de Loré et Étienne de Vignoles, qui avaient été missionnés pour se lancer à la suite des Anglais, revinrent avec des nouvelles contrastées. Si l'ennemi avait définitivement abandonné ses positions à Orléans et les forts alentour, nombre des cavaliers du comte de Suffolk étaient parvenus à rejoindre d'autres unités anglaises à Meung, Beaugency, et Jargeau.
Voilà qu'Orléans était libérée, mais que l'Orléanais attendait encore d'être reconquis.
Le siège et la bataille d'Orléans avaient été rudes. Dans les garnisons françaises, il se disait que depuis octobre de l'année passée ils avaient perdu pour près de deux mille hommes.
« Ne faites pas les effarouchés, vous avez vous aussi mis fin à la vie de bien des misérables », s'était gaussé Jean Poton devant les airs heurtés des enfants d'Arc.
Jeanne lui avait rétorqué sans chaleur qu'elle se fichait bien de la vie et de la mort des Anglais, mais que l'on parlait là de vies françaises.
« Nous n'avons pas perdu vingt hommes sur le dernier assaut, et nous avons aussi pu libérer nos prisonniers. Le jeune Antoine de Chabannes a enfin pu rejoindre nos rangs, encore un seigneur de plus pour défendre nos terres.
— Nous avons tout de même perdu vingt hommes, avait grogné Pierre. Alors qu'un simple Avada sur Suffolk ou Talbot aurait…
— Parlez moins fort ! avait intimé Jean Poton en lançant des regards inquiets autour d'eux. Et cessez de débiter autant d'âneries à la seconde, si l'on pouvait mettre un terme à la guerre à coups de baguettes, cela se saurait ! N'oubliez pas qu'eux aussi ont des Magiciens dans leurs rangs. La guerre est une chose politique. Si nous nous mettions à déroger aux règles et à tuer les seigneurs anglais quand bon nous chante, nous serions promis au chaos. Gardez aussi à l'esprit que les nobles sont plus utiles vivants que morts. Un prisonnier peut servir de monnaie d'échange, pas une dépouille.
— Admettons. Cela reste tragique. On ne devrait jamais s'habituer aux pertes. Nous avons tout de même perdu vingt hommes », répéta Jean avec les mêmes mots que son cadet.
Jean Poton croisa les bras contre son torse d'un air mécontent et Jeanne serra les dents.
« Si au moins ils avaient pu être Bourguignons », avait conclu La Hire pour les dérider tous les quatre.
Après quelques semaines de repos et l'arrivée de nouveaux hommes et d'armes, Jeanne dépliait déjà de nouveau ses enseignes pour reprendre toute la Loire. Les renforts étaient nombreux, et voici que le 12, le 14, et le 16 juin, Jargeau, Meunq, et Beaugency tombaient tour à tour. Ce ne furent que de simples escarmouches.
Lorsqu'ils marchèrent sur Jargeau, fort heureusement rejoints par les troupes de Jean de Dunois et celles de Florent d'Illiers, ce fut étonnamment l'armée anglaise qui vint à leur rencontre. Contraints au combat, les compagnons de Jeanne dégainèrent tous leurs épées de leurs fourreaux. Elle fut satisfaite de constater que celui en cuir qu'elle avait fait faire sur mesure résistait à tous les assauts, et elle ne regretta pas l'originel fourreau en velours de Sainte Catherine. Enfonçant le fer de son épée dans le flanc des chevaux qui croisaient sa route et rivalisant d'ingéniosité pour étriper avec moults sortilèges les ennemis qui croyaient pouvoir lui tenir tête, Jeanne était désormais impassible, presque insensible. Nul n'aurait su dire où était passée la douce jeune fille qui jadis ramassait les baies de la ferme de Jacques d'Arc et pratiquait l'aumône une fois par semaine. Désormais, elle se concentrait sur une cible et ne la lâchait plus jusqu'à ce qu'elle soit au sol, morte. Confringo, Diffindo, Confringo, Diffindo… Elle alternait : tantôt elle faisait exploser les choses sur son passage, tantôt elle entaillait les peaux et les armures et déchirait les chairs de l'ennemi. Parfois, elle en revenait à ses premiers amours : les sortilèges de catapultage. Alors les Anglais étaient projetés loin, très loin, s'écrasant tantôt dans un bruit sourd, tantôt dans un grand craquement à vous glacer le sang. Lorsqu'elle fut enfin sur les remparts de la cité, elle se tourna vers ses combattants et s'époumona, comme pour les encourager dans le combat : « Agissez et Dieu agira ! ».
Lorsqu'ils se remirent en route après que Suffolk se soit rendu, ce fut au tour de John Talbot de céder Meung-sur-Loire puis Beaugency. A Meung, l'assaut fut plus frontal et la bataille plus brève encore car les Français s'étaient directement attaqués au pont. A Beaugency, le château fut vite bombardé par l'armée royale et les canonniers s'en donnèrent à cœur joie. Le connétable de Richemont se joignit d'ailleurs lui-même tardivement à la bataille avec ses hommes, venant grossir davantage les troupes françaises qui marchaient sur la Loire. Jeanne vit de ses propres yeux Bertrand de Poulengy enchanter une bonne dizaine d'armures afin qu'elles se déplacent et prennent part aux combats. La Lorraine regretta presque de ne pouvoir point occire davantage d'Anglais de sa propre baguette. Alors qu'elle croisait le regard de l'un des cavaliers ennemis, elle sentit des mains enserrer sa gorge fine. Paniquant, elle se débattit mais constata que l'emprise ne faiblissait pas. Pire, elle étouffait davantage. Nulle main n'enserrait son cou, mais elle était visiblement à la merci d'un Sorcier. Elle se vit mourir et, songeant tout ce qu'elle avait encore à accomplir, elle fut prise d'une rage sans pareille. Sous sa lourde armure, des stries violacées parcouraient désormais le haut de sa poitrine et le creux de son cou. Alors que son corps faiblissait et que la bride de sa monture menaçait de lui glisser entre les mains, son jeune frère surgit de nulle part en désarmant celui qui était visiblement son assaillant car la pression se relâcha immédiatement. Lui jetant un regard noir, elle le catapulta. Elle repartit ensuite dans la cohue. Les harangues qu'elle hurlait semblèrent porter les troupes : « Entrez hardiment parmi les Anglais ! », « Dieu premier servi ! », « Pour le Royaume de France ! ».
Voilà que le 18 juin l'armée française avec la Jouvencelle à sa tête arrivait au niveau de Patay. Voilà que les jambes de l'ennemi se remettaient à trembler… à raison. Sur la vieille route romaine, à quatorze heures très précisément, les rangs anglais furent pris au dépourvu par l'arrivée rapide des Français, et n'eurent le temps de finir leurs préparatifs et de se mettre en ordre de bataille. L'avant-garde française menée par La Hire, Jean Poton, Ambroise de Loré, ainsi que par le contesté Richemont prirent les archers par le flanc. Ce fut un véritable massacre, alors que les Français ne perdirent pas cinq hommes. Voilà qu'à la fin du mois de juin 1929 la route de Reims était enfin libérée, et toute la Loire avec elle. Il s'agissait maintenant de marcher sur la Champagne en évitant soigneusement les Bourguignons.
Voilà que le 16 juillet ils marchaient enfin sur la cité des rois, tandis que le Dauphin arrivait lui-même de Touraine pour son sacre tant attendu.
Dès son entrée dans les remparts et comme le voulait la tradition, il fit serment de protéger l'Église et la foi catholique, de conserver la paix, d'empêcher l'iniquité, d'observer la justice et la miséricorde, ainsi que d'exterminer les hérétiques. Jeanne sentit ses frères trembler à ses côtés, et elle les rassura d'un regard : de tous, ils étaient peut-être les plus dévoués à Dieu, qu'importent leurs pouvoirs.
Seuls trois seigneurs eurent l'honneur de porter la Sainte Ampoule de la basilique Saint-Remi jusqu'à la cathédrale de Reims. Le premier, sans surprise pour Jeanne, fut Gilles de Rais. Celui-ci venait juste d'être élevé au rang de maréchal de France pour l'ensemble de sa carrière militaire ainsi que pour son implication dans le commandement de la campagne de la Loire. Le second fut Jean de Brosse, déjà maréchal de France depuis quelques années, dont on lui avait pourtant soufflé de grandement se méfier au vu de ses rapports ambigus avec Richemont et qu'elle n'avait finalement que peu de fois croisé sur le champ de bataille. Le nom du dernier était encore inconnu de Jeanne, mais on lui répondit lorsqu'elle le demanda qu'il s'agissait de l'amiral de France Louis de Culant. Bien entendu, elle n'ignorait pas ses faits d'armes puisqu'il avait été l'un de ses compagnons à Orléans et qu'elle l'avait vu pourfendre bon nombre de misérables, mais ils n'avaient jamais eu l'occasion d'être présentés. Lorsqu'elle les vit tous les trois se saisir de l'Ampoule à l'intérieur de laquelle était disposé le Saint chrême destiné à l'extrême-onction du futur Roi, elle crut pour la première fois de sa vie mourir d'envie. Ce sentiment lui avait pourtant toujours été totalement étranger. Pour tous les Hommes, l'envie était la dérogation à la loi de l'amour du prochain. Elle se reprit instantanément, songeant que l'envie devait être l'un des pires pêchés, qu'il n'était décidément pas le rôle d'une femme de se distinguer de cette manière, et que ces trois hommes avaient de toute façon dédié leur vie entière à Dieu et au Royaume.
Jean II d'Alençon arma le Dauphin chevalier. Lorsque les rituels usuels de chevalerie furent réalisés, et que le Dauphin eut reçu l'épée qu'il posa ensuite entre les mains du sénéchal, l'archevêque s'avança finalement vers lui pour l'oindre. Avec son pouce, il préleva un peu de baume pour réaliser neuf onctions en forme de croix sur lui, tout en prononçant des phrases latines qui n'auraient su être obscure pour les lettrés ici présents. D'abord, le prélat commença par le haut de sa tête. Ensuite, il descendit vers sa poitrine, avant de se rendre entre les deux épaules. Quand ce fut fait, il alterna entre l'épaule droite et l'épaule gauche, avant de s'atteler à la jointure du bras droit, puis à celle du gauche. Lorsque Charles se fut revêtu, il termina par les paumes de ses mains. Cette cérémonie ne nécessitait nul sortilège, et pourtant Jeanne songea que c'était là une belle magie.
Voilà que l'onction touchait à sa fin et qu'on lui remettait les insignes royaux. Charles enfila une tunique, une dalmatique, ainsi qu'un manteau fleurdelisés, et Jeanne fut soulagée de voir enfin ses visions réalisées. A l'annulaire de sa main droite, l'archevêque lui glissa l'anneau qu'il venait tout juste de bénir. Ensuite, le sceptre royal ainsi que la main de la justice lui furent successivement confiés. Enfin, les douze principaux barons du royaume tinrent ensemble la couronne d'or au-dessus de sa tête. L'objet était un magnifique ouvrage, dont le métal aurait pu éblouir toute l'assemblée en ce jour-là présente dans la cathédrale de Reims. Le cercle d'or était surmonté de quatre grandes fleurs de lys, et était lui-même délicatement posé sur un bonnet en velours pourpre orné de perles pures. Après que tout le monde eût retenu son souffle, l'archevêque posa enfin la couronne sur sa chevelure de jais, tandis qu'une voix plus forte que toutes les autres s'imposait une fois encore dans l'esprit de Jeanne. Tous les Saints — ou tous les Mages, qu'importe ! — hurlaient, et pour la première fois elle s'autorisa à en être émue. Par la roture à Reims le Dauphin couronné… S'ils étaient là aujourd'hui, c'était en partie grâce à elle. La pieuse de Domrémy guidant nos armées… Elle se tenait droite et fière à ses côtés, son étendard déployé, le Christ en majesté. Feu de l'idolâtrie dans ses yeux pour que soit… Elle se retint de fondre en larmes, car c'était assurément le plus beau moment de son existence.
…pour que soit
Seul sur le trône de France enfin consacré
Charles, comte de Ponthieu, dauphin de Viennois
Voilà que soudain l'héritier des Valois était devenu le seul et l'unique héritier légitime de la couronne de France. Voilà que le Dauphin était devenu officiellement Charles VII, Roi de France.
Après le couronnement en lui-même, chaque baron vint lui rendre hommage par un baiser en lui glissant « Vive le roi éternellement », tandis que l'assemblée reprenait au son des trompettes : « Vive le roi éternellement ! ». Ensuite Marie d'Anjou fut élevée du rang de Dauphine au rang de Reine. Puis ce fut la messe, et enfin après cela les festivités commencèrent à Reims. Alors que chacun y allait de ses hommages et tournait autour du banquet pour attraper les meilleurs mets et les nobles les plus en vue, la Hire se pencha vers l'oreille de Jeanne lorsqu'elle cessa une de ses discussions avec Ambroise de Loré. L'odeur d'un alcool fort s'insuffla dans ses narines d'enfant alors qu'il approchait sa bouche d'elle. Si cela l'écœura, elle n'en laissa rien paraître. Elle semblait si petite à côté de lui qu'il se plia presque en deux pour lui souffler :
« On dit partout que Thibaut d'Armagnac est tombé devant vous en pâmoison. »
Ses yeux se levèrent au ciel. Lorsqu'il n'étripait pas férocement les soldats ennemis, son ami de Sorcier n'en avait décidément que pour les commérages et la boisson. Et dire qu'il avait plus du double de son âge…
« On dit aussi que les Anglais gagneront la guerre… répliqua-t-elle en claquant la langue comme si elle avait dans la bouche le goût d'un aliment particulièrement mauvais. Restez concentré, Étienne. »
Toujours dans son ombre, Minguet hocha la tête avec véhémence, son regard lançant des éclairs au capitaine. La jeune fille avait fini par apprécier le gamin, elle lui trouvait même parfois un certain humour qui ne lui déplaisait pas. Elle en serait presque venue à regretter leur séparation prochaine, car dès lors qu'elle serait anoblie, elle n'aurait plus besoin de lui. En effet, non seulement Domrémy avait obtenu une exemption d'impôts sur ordre express du Roi, mais Jeanne et toute sa famille recevraient bientôt leurs lettres d'anoblissement. Ses songes la menèrent à repenser à ce qu'elle avait confié à Jean de Dunois, le Bâtard d'Orléans, lors de leur première confrontation sur les bords de Loire : la bâtardise ou la roture ne pouvaient rien faire à leur noblesse de cœur. Nul besoin de titres pour servir le ciel et ses idéaux, elle en était toujours intimement convaincue. En revanche, la reconnaissance de son dévouement et de sa vaillance lui sembla être un véritable aboutissement personnel. C'était comme la propre consécration de sa vie.
« Voyons, seigneur de Xaintrailles, que faites-vous ici ? demanda-t-elle à Jean Poton qu'elle vit passer pour étreindre La Hire. J'ai le souvenir encore vivace de vous avoir quitté gravement blessé.
— Je n'ai pas vécu jusqu'ici pour me défiler le jour du sacre de notre Roi. Ç'aurait été faillir à mon devoir », déclama-t-il sur un air lyrique qu'elle ne lui connaissait pas.
Puis il glissa plus doucement, pour que seuls elle et Étienne puissent l'entendre :
« Rien qu'un bon Poussos ne puisse réparer. »
Jeanne eut envie de se frapper le front. Elle se sentit particulièrement stupide, car elle oubliait souvent de quel monde elle provenait. Si Étienne de Vignoles était autant marqué physiquement alors qu'il était lui-même Sorcier, c'est davantage parce qu'il voulait garder une marque de ses batailles. Elle-même avait refusé tout juste que l'on soignât totalement son pied suite à la libération d'Orléans, en souvenir de sa chute. Elle n'eut pas le temps de rebondir sur le Poussos que, déjà, Jean Poton continuait :
« Toutes mes félicitations pour votre anoblissement à venir. J'ai reçu moi-même des lettres de noblesse puisque c'est par mon fait que Talbot se trouve aujourd'hui être notre prisonni... »
Un homme d'une bonne vingtaine d'année s'avança soudain vers elle pour lui présenter ses hommages :
« Je tenais tout personnellement à vous féliciter, Madame, déclara-t-il en lui baisant la main. Vous savez, j'ai moi-même pris les armes très jeune, et on m'a narré votre extrême vaillance dans les combats.
— Je vous remercie pour l'honneur que vous me faites, Monseigneur... ?
— René d'Anjou, nous n'avons pas encore été présentés. Permettez que cela soit moi qui vous remercie, pour ce que vous avez entrepris pour notre Roi et notre royaume. Nous serons sans doute amenés à nous revoir, ajouta-t-il avec un clin d'œil. Je suis uni à Isabelle de Lorraine, aussi j'hériterai sans doute du duché du Bar dans les années à venir.
— Je ne retournerai point à Domrémy, répondit-elle gentiment.
— Comment ? intervint Bertrand de Poulengy, surpris par ce qu'elle avançait là.
— Eh bien… elle jeta un coup d'œil incertain à Étienne de Vignoles ainsi qu'à Jean Poton. Je retourne sur le front. Mon bon duc a évoqué l'idée de marcher sur Paris, et ainsi reconquérir bientôt la Normandie.
— La Normandie ? Que vous êtes optimiste ! Nous n'y sommes pas encore, reposez-vous. Vous en avez bien le droit. »
Plusieurs remarques pour les féru.e.s d'Histoire
*Le comte (devenu duc en 1448) de Suffolk, William de la Pole, est l'un de ceux qui s'occupe des garnisons anglaises de l'Orléanais. C'est l'un des plus grands capitaines de la guerre de Cent Ans. Le 12 juin 1429, il est pris lors de l'assaut contre Jargeau et reste prisonnier de Charles VII pendant trois ans. Il sera nommé par la suite lord-chambellan, et amiral d'Angleterre.
*« Entrez hardiment parmi les Anglais ! » est une harangue de Patay, « Dieu premier servi ! » est simplement la devise de Jeanne d'Arc.
*Historiquement il y a quelques péripéties entre la victoire de Patay le 18 juin et l'arrivée à Reims le 16 juillet. Outre le repos des troupes, comme vous vous en doutez, traverser la Champagne en évitant les Bourguignons est une chose fort compliquée. D'abord, l'armée royale parvient à contourner Auxerre, mais ne peut éviter Troyes (où l'assaut aurait été lancé avant que la ville ne se rende). La même chose s'est déroulée juste après à Châlons (la ville s'est rendue et les Français ont donc pu continuer leur progression vers Reims).
*« Ainsi, pour tous les Hommes, l'envie comme beaucoup d'autres est la dérogation à la loi de l'amour du prochain » (Rom 13:9).
*Par rapport au supposé béguin de Thibaut d'Armagnac pour Jeanne, c'est un simplement arrangement de ma part. Initialement, il y a bien des rumeurs de cette teneur à propos de Guy XIV de Laval. Comme je n'évoque pas ce dernier dans cette fiction, je me suis dit que je pouvais au moins évoquer la question d'une éventuelle attirance de l'un de ses compagnons d'armes. Thibaut d'Armagnac reste historiquement un compagnon très fidèle à Jeanne, qui plus est très jeune, cela reste donc relativement plausible.
*Le brevet de noblesse pour la famille d'Arc est signé en décembre 1429. A ce moment là, Jeanne est cible de violentes cabales, mais je n'évoque pour l'instant pas le sujet.
*René d'Anjou ne devient duc de Bar que l'année suivante. Pourtant, du fait de son union avec Isabelle de Lorraine en 1420, il a déjà dans les faits la main mise sur le duché depuis cette même date. Il est d'ailleurs officiellement présent au sacre afin de rendre hommage au Roi au nom du duché de Lorraine et de Bar.
Notes de fin: Rien de particulier à vous dire, sinon que Jean Poton est devenu à plusieurs reprises dans mes brouillons "Jean Potins" (ce qui lui va, selon moi, plutôt bien).
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? De la continuation des batailles contre l'avis de Jeanne ? De la cérémonie du sacre ? Est-ce que ses lettres de noblesse vont lui être utiles ? Vous croyez qu'elle va repartir à Paris ? (...spoiler : ouvrez un manuel d'Histoire xD) (quoi que rien ne dise que je suive la trame historique tout du long) (oups) (j'ai dit quelque chose ?) (je n'ai rien dit !)
Dans le sixième chapitre, on renverse la tendance : Jeanne devient l'Ennemie.
