Ce fut ainsi que se déroulèrent les semaines suivantes. Au moins un baiser par jour, c'était ce à quoi Newt avait droit. Incapable de résister à ce que Aurelius lui proposait, il prenait ce qu'il lui offrait. Ce qu'il était prêt à lui offrir. Même si, derrière, il ne pouvait que souffrir, vomissant du sang dès que le garçon était parti, son état se dégradant aussi rapidement à son départ qu'il s'améliorait à son retour. Il avait l'impression que Aurelius le savait parfois, mais qu'il ne savait pas quoi faire pour améliorer les choses. Il savait que le garçon se sentait coupable, mais aussi qu'il ne se sentait pas prêt. Ce fut un jour que Aurelius rentra contrarié de son déjeuner que tout changea.

Cela faisait maintenant presque un an qu'il travaillait avec Newt. Il avait commencé les cours avec son tuteur, qui se montrait ébahi par sa puissance. Au point que les cours que Aurelius recevait étaient surtout théoriques, car en termes de Magie, il était très instinctif, obtenant presque ce qu'il voulait de sa baguette. Ses cours s'étaient donc considérablement réduits en terme de durée, et n'avaient lieu que le matin. Il pouvait donc passer l'après-midi avec Newt, à s'occuper de ses Créatures. Et cet après-midi là, Newt avait observé le garçon poignarder la paille à coups de fourche, manquer de jeter les granulés à la figure des Veaudelune -il s'était, fort heureusement, retenu à temps, semblant se rappeler que ces petites Créatures adorables étaient absolument innocentes- et découper la viande pour les Grapcornes et quelques autres bestioles d'un air rageur. Il hésitait à demander lui demander ce qui le tracassait, il avait peur de se faire découper en petits morceaux…

Ce fut finalement le garçon qui vient à lui, au soir…

Il était en train d'examiner un l'un de ses animaux qu'il croyait malade, lorsque Aurelius l'appela.

-Newt ? Demanda-t-il.

-Oui ? Répondit le Vampire, se demandant si il devait lui accorder une attention soutenue ou si il risquait de se faire arracher les yeux…

-Je… Suis désolé d'avoir été d'une humeur si massacrante…

Incapable de s'en empêcher, Newt sourit. Au moins, il s'en était rendu compte…

-Ce n'est rien, répondit-il. Tout le monde à le droit d'être en colère. J'espère cependant que je ne suis pas ta cible…

Comprenant qu'il avait été d'une compagnie exécrable, Aurelius rougit.

-Non. Non, pas du tout, c'est… Je… Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis le début, je prends la plupart de mes repas chez Monsieur Kowalski…

-Vraiment ? Demanda Newt en se retournant vivement. Comment va Jacob ? Et Queenie ? Tina ?

-Jacob va bien. Sa boulangerie prospère, et dans les deux mondes ! Même si ses brioches ne bougent pas et qu'elles ne sautent pas dans les ventres… Queenie et lui vont bientôt se marier, ils hésitent à vous en parler… Et Tina…

Il vit Aurelius serrer les poings d'un air rageur. Il nota l'information sur Queenie et Jacob dans un coin de son esprit.

-C'est donc Tina qui t'a agacé ?

Aurelius serra un peu plus les poings. Newt entendit ses jointures qui craquaient.

-Oui… Depuis qu'elle sait que vous êtes un Vampire… Ça fait un an qu'elle ne cesse de me harceler ! Elle est persuadée que vous êtes une Créature Sombre, un être méchant, vil et dangereux, mais moi…

Newt haussa les épaules et soupira.

-Tu ne devrais pas t'en faire pour ça. Beaucoup de sorciers pensent ainsi.

-Je sais. Mais moi…

Soudain, Aurelius se tut, restant silencieux.

-Oui ? Finit-il par l'interroger Newt.

-Moi, j'adore passer du temps avec vous, murmura-t-il d'une petite voix.

Le garçon avait la tête basse, le regard planté sur ses pieds.

-Je… J'en ai assez, balbutia-t-il.

-De ? Demanda Newt.

Aurelius releva la tête et ses épaules se détendirent un peu.

-D'avoir peur du bonheur…

Newt se figea, sa créature dans la main, incapable de bouger. Il ne dut qu'à l'aide inopinée de Joshua de ne pas écraser brutalement son pauvre Boursouf qui n'avait rien demandé dans sa poigne de Vampire. Est ce qu'il avait bien entendu ?

-Pardon.. ? Tu... Tu es sûr de toi, Aurelius ? Je ne veux te forcer à rien…

-Je sais…

Newt se redressa et se retourna vers lui. Aurelius ne le regardait déjà plus. Il lâcha sa petite créature, ronde et duveteuse, qui allait bien. Elle avait juste trop mangé, comme à son habitude. Combien de fois lui en avait-il déjà parlé ? Mais il ne pouvait pas vraiment le lui reprocher : ce pauvre petit Boursouf avait été abandonné, et avait terriblement souffert de la faim, alors maintenant, il se gavait jusqu'à ne plus pouvoir faire autre chose que rouler…

Newt poussa un soupir. Aurelius semblait aussi terrorisé qu'au début de leur relation en cet instant. Pourtant, il pouvait sentir sa détermination. La nuit était déjà tombée depuis un moment. Ils approchaient de l'heure ou tout humain doit se coucher. Aurelius était venu ici en connaissance de cause…

Il allait lui laisser tout le loisir de s'enfuir, de refuser cette fois encore, mais il n'allait certainement pas laisser passer cette occasion. Lentement, il s'approcha du jeune garçon et le prit par la main. Aurelius le suivit et il le guida jusqu'à sa chambre. Sa chambre à lui. Aurelius n'y était jamais entré avant aujourd'hui, respectant docilement son intimité, comme il le lui avait demandé. Il l'avait agrandie magiquement, comme toutes les autres pièces. C'était un endroit confortable, aux murs tendus de vert, mais surtout, recouverts de bibliothèques, avec deux grandes armoires de bois sombre. Devant la cheminée où ronflait souvent un grand feu, bien qu'il ne souffre pas du froid, trônaient une table basse et de confortables fauteuils en velours, avec un canapé. Le lit n'occupait qu'une place mineure dans la pièce. Après tout, il ne dormait jamais. Mais il était quand même là, un grand lit à deux places aux draps d'une blancheur immaculée et toujours propres, avec des oreillers moelleux et un matelas ferme.

Ce lit n'était pas là pour qu'il s'étende dessus, ce qu'il ne faisait d'ailleurs jamais, mais plutôt parce qu'il n'avait jamais perdu espoir…

De rencontrer Aurelius.

Le jeune garçon sembla découvrir sa chambre d'un œil curieux, son œil s'arrêtant avec surprise sur les innombrables livres, et il sembla apprécier l'agréable chaleur qui régnait dans la pièce, bien que son principal occupant ne ressente pas le froid. Mais lorsque son regard se posa sur le lit, il se figea. Newt le tira par la main et le força à s'approcher du lit.

-Tu peux encore refuser, tu sais ? Tant que je ne t'aurais pas mordu, tu le pourra toujours. Après, par contre, il n'y aura plus de retour en arrière…

Aurelius frissonna, et acquiesça.

Newt le saisit par sa veste et le rapprocha doucement de lui. Il n'était pas question que son future calice soit aussi tendu pendant la morsure, il n'en ressortirait rien de bon ! Alors il allait le détendre, même contre son gré…

Toujours avec une extrême lenteur, il fit glisser la veste d'Aurelius sur ses épaules. S'assurant de regarder le garçon dans les yeux malgré sa tête toujours baissée, il fit sauter un à un les boutons de sa chemise. Ce n'était pas Aurelius qu'il avait devant lui en cet instant, c'était Credence Barebone. C'était incroyable comme Aurelius pouvait redevenir le fils de cette femme violente et puritaine qu'était Mary-Lou Barebone* dès que que les choses touchaient à la nudité où au sexe. Il n'aimait pas ça du tout. Et il allait s'assurer que Aurelius oublie tout de cette femme, de sa violence à ses interdictions multiples…

Lentement, il passa ses mains sur la peau nue de ses épaules et, passant sous la chemise, il la fit glisser sur le sol avec la veste, puis, il porta ses mains à la ceinture. Aurelius eût un mouvement de recul et ses mains se posèrent brusquement sur les siennes. Il sembla lutter un instant avec lui-même, se mettant à trembler sous le regard désolé de Newt, mais alors qu'il allait enlever ses mains et s'en aller, pour laisser le jeune homme se rhabiller, Aurelius retira les siennes, et sembla se faire violence pour rester…

-Tu n'es pas obligé, lui rappela Newt d'un murmure.

La mâchoire crispée, Aurelius hocha la tête, mais ne se recula pas. Encore plus lentement, Newt déboucla sa ceinture et la fit glisser des passants, la laissant tomber au sol avec le reste des vêtements. Il voulait vraiment laisser à Aurelius toute latitude pour refuser. Peut être qu'ainsi, il le torturait, mais il était hors de question qu'ils se lient contre son gré !

Toujours aussi lentement, il déboutonna le pantalon et le fit glisser sur les jambes du jeune homme avant de s'agenouiller devant lui sur le sol, non pour se retrouver dans une position tendancieuse, mais simplement pour délacer ses chaussures et les lui enlever, une à une, en même temps que son pantalon et ses chaussettes. Lorsque Newt eût fini, il se releva et posa son front contre celui d'Aurelius, portant doucement ses mains à sa taille, caressant sa peau d'un doigt de chaque main seulement, tous les autres reposant sur le tissu de son sous-vêtement. Voulait-il ? Ne voulait-il pas ? Ne recevant aucun signe du jeune homme, il lui retira aussi ce vêtement là, le laissant l'enlever seul cette fois, une fois qu'il fut tombé à ses pieds.

Newt prit la main d'Aurelius et lui appuya légèrement sur la poitrine, le poussant à s'allonger. Aussitôt que le dos d'Aurelius fut en contact avec la literie moelleuse, il se remonta le plus possible, s'éloignant de lui jusqu'à ce que sa tête ne puisse aller plus loin sur l'oreiller, serra les jambes et les ramena contre lui, masquant totalement son intimité, avant de croiser ses bras sur sa poitrine…

Newt regarda tendrement le garçon nu sur son lit, pudique et offert à la fois, et s'aperçut qu'il portait encore ses vêtements. Pas étonnant que Aurelius soit gêné. D'une façon toujours aussi lente, prêt à s'arrêter au moindre signe, Newt entreprit de les mettre à égalité, dévêtant son torse marqué par les coups de son oncle, que même sa transformation en vampire n'avait pas pu faire disparaître. La Magie peut effacer les coups infligés par le sort, mais pas ceux infligés par la haine. Aurelius portait les mêmes marques de la part de celle qu'il avait appelé sa mère. Ils étaient déjà égaux sur ce point.

Lorsqu'il fut nu, Newt vit distinctement le soulagement se refléter dans les pupilles sombres du garçon, alors qu'il avisait son sexe flasque. Merlin merci ! Il réussissait à contrôler ses instincts autant que son érection…

Il monta sur le lit devant lui et se retrouva devant les genoux verrouillés du garçon, qui ne semblait pas spécialement prêt à les ouvrir. Fort bien, il ferait avec.

Newt saisit les pieds d'Aurelius et les porta à ses lèvres. Il y déposa ses baisers, une myriade de baisers. Il en embrassa chaque orteil, puis la plante, le dessus, chaque centimètre carré. Puis, petit à petit, avec une extrême lenteur et autant de douceur que possible, il remonta le long des chevilles, des jambes parcourues de poils bruns, embrassa le creux des genoux, le dessus, les côtés…

Il passa aux cuisses, embrassa chaque parcelle de peau à sa portée, et petit à petit, Aurelius, frémissant, chaviré par autant de douceur, presque par inadvertance, sans paraître en être conscient, le laissa s'y glisser. Une fois Newt entre ses cuisses, il ne put plus les refermer, et n'eût pas d'autre choix que de laisser reposer ses pieds de chaque côté sur les draps.

Cependant, à peine les deux cuisses avaient-elles commencé à s'écarter que deux mains pudiques vinrent recouvrir l'intimité du jeune homme. Newt ne s'y intéressa même pas et tourna soigneusement autour. Alors que ses lèvres découvraient tendrement la peau soyeuse des hanches d'Aurelius, l'odeur sucrée qui parvint à ses narines de vampire le renseigna, et il s'efforça de ne pas montrer sa joie. Le garçon avait une légère érection et, comme à son habitude, en avait honte. Newt allait s'assurer que cela ne durerait pas. Il continua son œuvre, embrassant les hanches, le ventre, les bras qui le gênaient, le nombril, prenant bien soin de ne jamais laisser Aurelius sentir son érection de plus en plus dure contre lui et le laissant toujours maître de ses mouvements, ses bras de chaque côté de sa tête. Il ne voulait pas l'effrayer plus qu'il ne l'était déjà.

Aurelius haletait légèrement lorsqu'il arriva à sa gorge. Il retint un gémissement lorsque Newt l'embrassa derrière l'oreille, juste sous le lobe, mais le vampire l'entendit. Newt embrassa son visage, la ligne de sa mâchoire, son nez, son menton, ses joues, ses pommettes, ses paupières, son crâne…

Lorsqu'il redescendit vers ses lèvres, Aurelius accepta le baiser avec un soupir. Un baiser, ce n'était pas grand-chose, il connaissait cela. Et il aimait. Beaucoup. Plus qu'il ne voulait bien le dire. Et leur baiser fut sans doute plus passionné que ce à quoi Aurelius lui même s'attendait. Pourtant, même si le jeune homme ne s'en était peut être pas rendu compte, Newt n'avait rien dirigé, le laissant s'exprimer. Puis, lorsqu'ils se furent embrassés, il redescendit le long de sa gorge, l'embrassa de nouveau, de tous les côtés, de sous le menton au os du cou, en prenant bien soin de remonter régulièrement derrière l'oreille, suçotant le lobe, prenant parfois le cartilage entre ses lèvres. Toujours, il revenait, insistait sur le côté qu'il voulait. Et Aurelius, haletant, se mordillait la lèvre d'une façon délicieuse alors qu'il aspirait la peau tendre de sa gorge. Ses doigts et ses orteils crispés sur les draps menaçaient de les déchirer, mais Newt n'en avait cure. Seul comptait son calice, son bien être, son plaisir. Il était sa raison d'être, sa raison d'exister pour l'éternité, et il lui était entièrement dévoué…

Newt sentait l'odeur délicieuse qui émanait de tout son corps. Les phéromones qui émanaient de son sexe, qu'il avait cessé de cacher, lui tournaient la tête, et il ne savait comment il réussissait à garder autant de contrôle. L'odeur de son sang qui parcourait tout son corps, le bruit de ce sang qui pulsait de plus en plus rapidement dans ses veines, accéléré par le plaisir qui y courait, cette pulsation, infime, invisible pour n'importe quelle autre créature qu'un vampire, à sa gorge, là ou se trouvait la carotide, asséchaient sa gorge plus sûrement que des années de soif non contentée.

Pourtant, Newt restait calme. Son sexe pulsait douloureusement entre ses cuisses, ses canines menaçaient de transpercer ses lèvres, mais il n'était pas pressé. Aurelius était son calice. Le sien. A lui. A personne d'autre. Et il était là, sous son corps, haletant, son ventre se contractant à chaque inspiration précipitée, la tête roulant de tous côtés, gémissant sans même s'en rendre compte, alors qu'il ne faisait qu'embrasser son corps. Qu'il ne l'avait pas encore touché. Qu'ils avaient à peine échangé un baiser. Pouvait-il éprouver plus de plaisir encore ? Il allait s'en assurer, et il continua son œuvre, admirant la gorge maintenant couverte de traces rosées, d'un rose à peine plus marqué que la carnation du garçon, suçons délicats, qu'il s'empressa d'appuyer, là, juste là, à cet endroit de la gorge que la carotide marquait d'un léger battement, à cet endroit d'où s'échappait le plus fortement cette odeur de sang, à cet endroit où la peau était si fine, qu'il n'aurait qu'à y enfoncer le bout de ses dents…

Il fut récompensé par un long gémissement, qu'Aurelius n'eût même pas conscience de laisser échapper. Lorsqu'il enfonça ses canines dans la peau tendre de sa gorge, les bras d'Aurelius se refermèrent sur sa nuque, le serrant à lui briser le cou. Ses jambes se refermèrent sur ses reins, le corps du garçon se souleva, s'arqua contre le sien, alors que sa bouche s'ouvrait sur un cri silencieux.

Newt aspira le sang avec délice, savourant ce goût de sucre et d'épices, ce goût de jeunesse et ce goût de vie ! Il s'efforça de ne pas gémir trop fort, alors qu'il sentait Aurelius haleter, contre lui, le corps contracté de tous ses muscles, et qu'il le devinait, les paupières à demi fermées, les pommettes rosées, et le regard perdu. Lorsque Newt relâcha sa gorge, le corps d'Aurelius s'affaissa brusquement, comme si la bouche de Newt l'avait retenu. Il lécha sa plaie pour la faire cicatriser grâce à sa salive aux pouvoirs curatifs pour son calice uniquement, mais les bras du jeune homme refusèrent de le lâcher, et Newt, souriant, ravi, du bouger doucement pour le pousser à les écarter. Il se mordit le poignet et le présenta à la bouche d'Aurelius, qui le saisit vivement et y porta ses lèvres avec avidité, avalant avec un contentement certain le liquide rouge, épais et au goût de fer et de Magie. Newt gémit en le sentant qui aspirait sa peau froide, la léchait, comme pour en avoir plus, mais sa plaie devait déjà s'être refermée. Cela importait peu. Ce qu'il avait bu était largement suffisant, et bientôt, Aurelius retomba sur l'oreiller. Newt embrassa chastement ses lèvres, alors qu'il voyait ses paupières se fermer.

-Dort, murmura-t-il. Le lien fatigue. Nous nous reverrons demain…

Apparemment rassuré, Aurelius se laissa aller. Ses paupières lourdes scellèrent ses beaux yeux noirs, alors que Newt défaisait les draps déjà bien malmenés pour le glisser à l'intérieur. Avait-il seulement perçu ce moment où leurs érections étaient entrées en contact ? Avait-il seulement compris qu'il avait joui, au moment même où les dents de Newt avaient percé sa peau ? Son plaisir et son odeur, en plus du goût de son sang sur sa langue, entraînant instantanément celui de Newt ?

Si Aurelius avait ressenti ne serait-ce qu'une fraction de douleur, son sang se serait teinté d'amertume, même un court instant, et cette amertume, bien que légère, aurait été absolument immanquable pour le palais du vampire. Mais le sang d'Aurelius était resté invariablement doux et sucré, il n'avait ressenti que du plaisir, et leur lien allait être d'une puissance exceptionnelle ! Il ne restait plus à Newt qu'à lui faire ressentir autant de bien être lors de la finition du lien, et il se jura d'y arriver.

Incapable de résister, Newt se baissa sur le ventre de son futur calice pour lécher leurs deux semences mélangées. Le simple goût d'Aurelius sur sa langue suffit à lui donner une nouvelle érection, et il se résolu à la faire passer d'une main lente, sans hâte, admirant le visage du jeune homme endormi, son corps maintenant soigneusement caché par les draps pour qu'il ait chaud. Newt brûlait d'envie de le rejoindre dans le lit, mais il savait que tant que le lien ne serait pas fini, Aurelius serait incapable d'apprécier sa froideur. Et il était hors de question qu'il fasse quoi que ce soit qui lui serait désagréable, ou pire ! Qui pourrait le faire tomber malade.

Newt avait sans doute des créatures dont il pourrait s'occuper, mais leur ébauche de lien incomplet l'empêchait de s'éloigner. D'ailleurs, même après, ils devraient vivre très proches l'un de l'autre pour un temps. Le temps que cette partie de leurs Magies, maintenant commune, se stabilise. Cela pouvait prendre de quelques jours à quelques semaines, à toujours devoir être dans la même pièce ou avoir un contact physique. Ensuite, le Calice supportait plus ou moins bien l'éloignement, selon son caractère, son vécu, et tout un tas de choses.

Newt eût un léger sourire un peu triste. Connaissant Aurelius et ce qu'il avait vécu, cette période durerait sans doute quelques décennies. Et il n'avait absolument pas hâte de voir cette période se terminer. Est ce que ça faisait de lui une mauvaise personne ?

De toute façon, pour l'instant, il était hypnotisé par l'image de son compagnon endormi. Ses Créatures allaient devoir se passer de lui. Dans d'autres circonstances, il aurait espéré que son Boursouf allait bien, et que son plus faible Sombral n'allait pas encore se faire persécuter par sa Chimère, mais là, maintenant, tout de suite, il n'avait d'yeux que pour le léger frémissement des paupières d'Aurelius, n'entendait que son souffle délicat qui s'échappait de ses lèvres entrouvertes, et ne sentait que l'odeur de leurs essences mélangées qui restait sur sa peau…

Avant d'oublier, il agita la main et fit venir à lui la table basse d'un sort informulé. Il agita ensuite la main en direction de l'une des deux armoires. La première contenait ses vêtements de ville, ceux qu'il mettait lorsqu'il n'était pas en voyage et ne devait pas vivre dans sa valise. La deuxième était restée vide pendant des années, jusqu'à il y à très peu de temps, et n'existait presque que pour ce moment. Bardée de sorts préservations en tout genre, elle gardait de la nourriture au chaud et l'empêchait de pourrir. Lorsque la nourriture y restait suffisamment longtemps, -ce qui était le cas-, les plats finissaient par s'imprégner de ces mêmes sortilèges. En se réveillant, Aurelius allait avoir monstrueusement faim, et pendant toute une journée, le temps que sa Magie s'adapte au nouveaux changements et se prépare aux prochains, il n'allait faire que manger et dormir. Manger comme un ogre et dormir comme une souche. La Magie adapte le corps du Calice pour qu'il puisse fournir de grandes quantités de sang à son vampire. En conséquence, elle pousse le Calice à manger à peu près le tiers de son poids à chaque repas, mais comme elle empêchait aussi le vampire de s'éloigner de son Calice de plus de vingt centimètres tant que le lien n'était pas complété, Newt avait du trouver une solution…

Newt agita de nouveau la main et fit venir à lui tout un assortiment de petits pains, de brioches et de gâteaux qu'il avait commandé chez Jacob Kowalski. Newt avait été stupéfait la première fois, lorsqu'il était entré dans la boutique et s'était trouvé face à des brioches en forme d'Éruptif, de Niffleur ou de Demiguise. Queenie l'avait salué avec un sourire en percevant dans ses pensées de quoi il était question. Tina l'avait braqué de sa baguette et il l'avait royalement ignorée, tandis que Jacob se montrait ravi et surpris de le croiser, lui, Vampire, dans sa boulangerie. Il avait plaisanté sur le fait que les Vampires se mettaient au pain, maintenant, et qu'ils allaient sans doute apprécier les siens autant que le sang, mais Newt s'était contenté de sourire et de répondre que ce serait pour Aurelius, qui travaillait avec lui. Ils étaient de plus en plus proches, ces derniers temps, Aurelius était de plus en plus détendu en sa présence, et au cas où le meilleur arriverait, il ne souhaitait pas se trouver démuni…

Il était ensuite reparti avec un exemplaire de chaque brioche, gâteau ou petit pain, qu'il avait ensuite dupliqués pour en faire une montagne. Il y avait aussi du beurre, tout un assortiment de confitures, des œufs brouillés, au lard, des haricots blancs à la tomate, des saucisses, des champignons, et des litres de thé, café et chocolat. Tout réapparaîtrait au fur et à mesure qu'Aurelius se servirait, et non, Newt n'avait sans doute pas vu trop grand !

Bon, peut être un peu. Surtout avec le sort de Réapparition en fait. Autrement, il ne doutait pas que son futur Calice aurait tout dévoré. Il voulait surtout qu'il ne manque de rien…

Il se retourna vers lui et retomba automatiquement dans sa contemplation. Maintenant, il pouvait. Et il lui caressa le visage et les cheveux d'un air béat, alors qu'il sentait la Magie se réarranger entre eux…

Il était tard, mais il ne s'inquiétait pas. Il avait senti Joshua et Bellarionne quitter la pièce dès qu'il avait enfoncé ses dents dans la chair d'Aurelius. Sans doute, l'un d'entre eux était allé prévenir Dumbledore. L'autre était allé prévenir Enachos. Que « le Vampire-qui-ne-mord-jamais » avait mordu. Que « le Vampire-qui-allait-bientôt-mourir » allait survivre. Parce qu'il avait trouvé son Calice…

*Une grosse différence de signification, n'est ce pas, entre « Bellebosse » et « Barebone », littéralement « Os à nu »…