« monsters are real. ghosts are real, too. they live inside us. and sometimes, they win. »

stephen king

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Mardi, 24 juillet 2005

Une dizaine de sorciers apparurent au fond d'une ruelle perpendiculaire à Sun Street, dans le Londres moldu. Cette rue n'avait jamais été particulièrement passante, malgré les quelques devantures de boutiques qui y figuraient. Parmi celles-ci, on pouvait apercevoir celle contenant les deux mannequins que pratiquement tous les sorciers du Royaume-Uni connaissaient : l'entrée des visiteurs de Ste-Mangouste.

Chaque sorcier qui avait transplané portait un masque de fer qui recouvrait entièrement leur visage, permettant ainsi qu'on ne les reconnaisse pas, sur lequel on avait gravé à l'endroit où se trouvait le front, un O traversé de trois lignes à l'horizontale. Ils portaient, également, de longues robes noires et amples. Il était impossible de connaître leur identité et c'était principalement le but de tout cet accoutrement. Peut-être, aussi, de montrer qu'il y avait une certaine appartenance aux idées, pas si révolues, de Lord Voldemort, étant donné la similarité de la tenue avec celles portées, anciennement, par les disciples du Seigneur des ténèbres.

L'une des personnes s'avança vers la sortie de la ruelle, dont le sol était parsemé de ridules d'eau, de laquelle dégageait une odeur nauséabonde. Une main s'abattit aussitôt à l'intérieur du coude de l'individu, l'empêchant de faire un geste vers l'avant.

« Hylias, tu dois attendre le signal. »

On pouvait entendre le soupir, malgré le masque de l'interpellé. Il hocha toutefois la tête.

Hylias Selwyn, fier descendant d'une famille de sang-pur qui avait été reconnu comme partisane à Voldemort, avait été enrôlé par Constantin Avery. Il regrettait toutefois cette impression de ne plus avoir de volonté propre depuis qu'il faisait partie de ce groupe. Les deux dirigeants du groupe avaient mis en place un puissant sort permettant de communiquer avec chacun(e)s de leurs sbires par la pensée, un peu de la même manière que la legilimencie. Chaque adepte avait dû, également, boire une potion sans qu'on leur explique l'utilité de celle-ci.

Il s'agissait, en réalité, d'un poison qui déclenchait son effet seulement au contact du veritaserum. Elias avait développé cette idée, après avoir vu comment la tollé médiatique chez les moldus lors du 11 septembre 2001. Des kamikazes. Après tout, aux yeux du Lestranges, leurs partisans n'étaient que de la vulgaire chair à canon.

Le 24 juillet 2005 serait le 11 septembre 2001 du Royaume-Uni sorcier.

Il pleuvait. Comme si le ciel savait, déjà, que cette journée amènerait son flot d'émotions négatives et tentait – déjà – de laver le monde de celles-ci. Inutile. Vain.

Chaque geste de cette opération avait été calculé.

Aujourd'hui, c'était presque Noël, en juillet pour Constantin Avery et Elias Lestranges : ils seraient, aux yeux de toute la communauté sorcière, la seule voie pour une paix possible. S'ensuivraient, ensuite, des décrets contre ces merdeux de sangs-de-bourbe. Adieu, la fraternité que Townsend – Garrett, de son prénom – tentait d'instaurer depuis 1998, en tant que ministre de la magie. Cet incapable, qui avait été le vice-ministre du court temps de Scrimgeour, avait pris les rênes du pouvoir dès que Shacklebolt avait annoncé se retirer pour prendre la direction du département de la justice magique. Celles-ci commençaient à lui échapper, particulièrement depuis le meurtre de Wendell.

Soudain, un élancement prit les dix sorciers à la tête. Le signe. Alastair Pull, le meneur du petit groupe s'avança et commença à donner ses ordres. Trois des sorciers s'éloignèrent rapidement dans la rue. Ils se lancèrent, chacun, un sort de dissimulation afin de ne pas être visibles par les moldus. Puis, ils s'approchèrent de la devanture de Ste-Mangouste, lançant une multitude de sortilèges à cet endroit afin qu'aucune personne ne puisse transplaner à cet endroit.

Sans attendre, Pull, fit un geste perceptible de la tête qu'Hylias et les cinq autres adeptes comprirent aisément comme le début – enfin – de l'opération. Ils marchèrent d'un pas rapide et décidé et entrèrent, passant devant les trois sorciers dissimulés appliqués à leur tâche, qui les rejoindraient rapidement, dans Ste-Mangouste.

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La médicomage venait presque de sortir à l'instant de la chambre d'Hermione, quand une petite fille de quatre ans à la chevelure rousse entra en coup de vent dans celle-ci, habillée d'un imperméable jaune fluo.

« Céleste Weasley, je t'ai dis six fois de ne pas courir dans les corridors de l'hôpital! »

La voix retentissante de Lavande fit sourire la brune, qui avait déjà les bras de sa filleule autour de son cou. Celle-ci avait escaladé son lit avec hâte, ne se préoccupant pas des remontrances de sa mère et elle avait lâché un cri sonore de ravissement à la vue de sa tatie. L'épouse de Ron poussa un soupir, lorsqu'elle vit la scène et ne put retenir un soupir découragé. Sa fille n'était pas très douée pour suivre des consignes – même celles concises. Et, Hermione n'aidait en rien puisqu'elle avait un sourire sincère affiché sur ses lèvres.

La blonde secoua la tête et salua silencieusement Hermione, qui en fit de même, avant de s'asseoir sur l'une des chaises près du lit, tout en grommelant que sa fille devait posséder l'énergie de treize personnes – si ce n'est pas plus.

« Bonjour, Céleste, tu as l'air en forme. » rigola Hermione.

Les mains de la brune glissaient dans les boucles rousses de la petite fille qui hocha rapidement de la tête. Puis, la jeune femme s'arma de patience afin de détacher les boutons du manteau de la petite fille pour le lui enlever, ne se formalisant pas des gouttes d'eau qu'elle mettait sur les draps du lit.

« Oui! Z'avait hâte de te voir, tatie. »

« Moi aussi, ma puce. »

Céleste commença un long monologue sur le fait qu'elle était heureuse de voir Hermione. Elle lui raconte, également, ce que Ron avait bien voulu lui donner comme information – principalement que, non, sa chambre d'hôpital ne deviendrait pas sa nouvelle maison et que tatie Hermione avait besoin de dormir beaucoup. Le débit de la petite fille rendait la plupart de ses paroles incompréhensibles ainsi que ses difficultés au niveau de l'élocution de certains mots. Pourtant, Hermione l'écoutait attentivement, comme elle le faisait toujours.

Les difficultés de sa fille avaient inquiété Lavande – qui, en réalité, s'inquiétait depuis sa naissance de tout et de rien pour Céleste. Elle avait craint un retard sur le plan intellectuel et c'était Hermione, qui avait réussi à grandement la rassurer.

Si une médicomage – même si elle n'était pas du tout spécialisée en pédiatrie – disait que sa fille était normale, tout irait bien. Ça avait suffi pour rassurer la maman et avait consolidé la prémisse d'amitié qui se bâtissait entre les deux Gryffondors.

« Céleste, tatie était malade, alors que toi tu es en pleine santé. » soupira l'épouse de Ron face aux propos de sa fille. « En plus, si tu voulais dormir pendant quatre jours, tu serais incapable! On a toutes les misères du monde à ce que tu t'endormes! »

« MÊME PAS VRAI! »

Les deux jeunes femmes éclatèrent de rire, alors que la petite fille rousse se dressait sur le lit, prête à débattre avec sa mère qu'elle pourrait, elle aussi, dormir pendant quatre jours, sans aucun problème.

Pendant que Céleste, debout sur le lit, expliquait avec de grands gestes les raisons – du pourquoi et du comment – qu'elle pourrait maximiser son sommeil en quelques jours pour ensuite ne plus dormir, Charlie entra dans la chambre. Il salua rapidement sa belle-soeur, avant de sourire à Hermione qui eut de la difficulté à suivre les gesticulations de sa filleule.

Comptez sur Charlie Weasley pour donner subitement un trouble déficitaire d'attention à la jeune femme.

La petite fille cessa de parler lorsqu'elle vit son oncle pour l'observer et comme si elle avait décidé qu'elle voulait obtenir son attention, elle tendit les bras vers lui pour être prise, ce qu'il fit avec un sourire malicieux. Il prit place consciencieusement sur le lit de la marraine de Céleste, afin de prendre le moins de place possible, et cette dernière commença à babiller, sous le regard amusé d'Hermione et de Lavande.

« Je voulais te remercier Lavande pour ce que tu avais fait... Pour m'avoir amené à Ste-Mangouste. » s'empressa de mentionner Hermione, pendant que Céleste n'accaparait plus leur attention.

Les joues de son ancienne collègue de classe rosirent légèrement sous ces propos, alors que Charlie, qui écoutait distraitement la conversation, posa – comme si de rien n'était – sa main autour de sa cheville, comme pour lui faire un signe qu'il tentait de l'appuyer, malgré tout.

« Oh, tu sais, n'importe qui aurait agi comme ça... »

« J'en suis pas si sûre... Ron m'a dit qu'il avait figé, alors que toi, tu avais su comment réagir. »

« C'est vrai... » reconnu-t-elle, hésitante. « Je dois t'avouer que j'ai eu vraiment peur... »

La chaleur monta, encore, plus aux joues de Lavande. Elle n'avait jamais pensé, un jour, avouer cette peur tenace à celle qu'elle avait toujours considérée comme une rivale. Encore plus, aujourd'hui, surtout qu'elle savait que cette peur avait une part d'irréalisme et n'était pas fondée. D'autant plus, que Lavande n'avait pas eu l'envie particulière d'aborder le sujet en venant visiter Hermione, elle ignorait même pourquoi elle s'était lancée dans cette explication.

« Ron était vraiment pris au dépourvu. Je crois que je ne l'ai jamais vu comme ça. Et, je me suis vue projeter des années en arrière... Je n'ai rien d'héroïque... J'avais, soudain, la peur que si tu mourrais là, dans notre maison, que tu hanterais notre vie, que Ron se rendrait compte que tout ce temps-là, il t'aimait et pas moi. C'est peut-être saugrenu... Mais sur le coup, ça m'a frappé comme un coup de poing. »

Hermione ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais rien ne sortit, trop plombée par ce que la jeune femme venait de lui avouer. Elle refusait de considérer les raisons qui avaient poussé Lavande à amener la médicomage à Ste-Mangouste comme égoïste. Tout le monde avait peur.

Elle, la première. La brune avait l'impression d'être constamment effrayée par tout et n'importe quoi à la fois. Comment aurait-elle pu lui en vouloir? Comment pouvait-elle en vouloir à Lavande d'être incertaine face à la non-ambiguïté de sa relation avec son ex-petit-ami, qui était toujours resté son meilleur ami? Lavande avait réagi de la bonne manière. Chaque personne agissait pour assouvir des besoins personnels, non?

L'humain était profondément égoïste, après tout.

« Tu sais, Lavande, il n'y a que de l'amitié entre Ron et moi. » avança la jeune femme. « C'est fini depuis longtemps. »

« Oui, je sais. Mais tu ne l'as pas vu, Hermione. J'ai vraiment cru pendant un moment qu'il allait faire une syncope, ou quelque chose comme ça. »

« Ron a tendance à réagir exagérément... Mais Lavande, ne doute pas de l'amour qu'il te porte à toi et à Céleste... Ça l'anéantirait, s'il vous arrivait quelque chose. »

Lavande acquiesça, alors que Céleste venait de quitter les genoux de Charlie pour venir voir sa mère. Celle-ci la serra contre elle, en poussant un petit soupir, ne prenant pas la peine d'écouter les bruits qui provenaient du couloir.

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La pluie et les articles de Rita Skeeter avaient réussi à grandement diminuer l'achalandage sur le Chemin de Traverse – en réalité, de n'importe quel endroit public. Bien sûr, ce n'était pas comparable à la peur que toute la société avait ressentie lors du retour de Lord Voldemort. Cependant, ça s'y approchait grandement.

Et si. Deux mots qui avaient été sur toutes les lèvres et dans tous les esprits.

Tous les commerçants avaient décidé de laisser leur boutique ouverte, tentant d'instaurer un climat de calme et rassurant. Quelques sorciers faisaient leurs emplettes, surtout parce qu'ils n'avaient pas le choix de le faire. Ainsi, des boutiques comme celle des jumeaux Weasley étaient boudées, n'étant pas un service essentiel.

Fred et George n'en étaient pas vraiment inquiets. Les gens avaient besoin de rire. Tôt ou tard, même avec une bombe atomique qui s'écraserait sur Poudlard, les gens viendraient dépenser des gallions dans des objets inutiles qui étaient amusants – même si personne ne souhaitait ce genre d'événement.

Luna descendit rapidement les escaliers qui faisaient office de passage entre l'appartement de Fred – qui occupait tout le haut du magasin, maintenant que George avait concédé à Angelina qu'un petit appartement sur le Chemin de Traverse n'était pas l'endroit idéal pour élever deux enfants – et de la boutique. La jeune femme aimait profiter du silence de l'appartement pour travailler de chez elle, de chez eux. Le brouhaha du Ministère et le sentiment de s'y sentir prisonnière, sous la terre, ne l'avaient jamais rendu confortable. C'était uniquement son désir de justice qui l'avait mené à son poste, elle aurait bien préféré quelque chose de plus concret, sur le terrain.

Elle ouvrit la porte qui menait à la boutique, ses grands yeux bleus observant le silence inhabituel qui s'en dégageait. Fred était derrière le comptoir et parlait avec sa mère, qui était passée avec Victoire et Dominique qui se faisaient une grande joie de tester les objets que George voulait bien leur donner – soit, qui n'était pas trop dangereux. Luna s'approcha, passa de l'autre côté du comptoir pour déposer un baiser sur la joue de son futur époux.

« Bonjour, Mme Weasley » salua Luna.

Celle-ci répondit à sa salutation, d'un mouvement de la tête.

« Tu vas au Ministère? » demanda Fred, en passant son bras autour de la taille menue de la jeune femme, qui hocha de la tête.

« Oui, j'ai besoin de voir Sohélia Fowls. » déclara la jeune femme de sa voix rêveuse. « J'ai l'impression d'avoir des joncheruines dans les oreilles, je ne suis plus capable de lire quoi que ce soit. »

Fred eut un sourire tendre, alors que Molly dut se tourner la langue sept fois pour ne pas répliquer que les joncheruines n'existaient pas, pas plus que les nargols ou une autre créature que la Serdaigle soutenait qui existait. Même si Luna était en couple depuis plus de six ans avec Fred, Molly ne s'y habituait pas.

« On se voit ce soir. » souffla Fred avec un sourire et embrassant les cheveux blonds. « Tu devrais mettre un imperméable, il pleut des cordes. »

« J'aime bien la pluie. Bonne journée, Mme Weasley. » dit-elle avant de se dégager de l'étreinte de son petit-ami et s'éloigner vers la porte de la boutique.

Elle poussa la porte, mais son geste resta en suspend, le battant de la porte retomba contre la paume de sa main tendue. Un cri à glacer le sang déchirait le calme plat du Chemin de Traverse. La jeune femme se retourna vers Fred et Molly, dont les deux avaient entendu le hurlement. Sans attendre, Luna s'élança pour voir de quoi il s'agissait.

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Pris par surprise. Du jamais vu.

Même en temps de guerre, jamais personne n'avait eu l'audace d'attaquer Ste-Mangouste. On pourrait penser qu'achever des personnes, déjà blessée ne récompensait personne. Pourtant, c'était là, le point faible de toute société. Qui serait assez vil pour tuer les plus vulnérables? Des sans-cœurs, des monstres.

Les premiers sorts offensifs qui furent lancés n'eurent aucune réponse : les sorciers blessés et malades qui se trouvaient dans la salle d'attente ne s'y attendaient tout simplement pas. Ni le personnel, d'ailleurs. Rapidement, plusieurs personnes tombèrent au sol, l'odeur du sang et de la peau calcinée envahit rapidement le premier étage de Ste-Mangouste. Des médicomages alertés furent stupéfaits du spectacle et tentèrent de leur mieux de protéger l'ensemble des personnes présentes : ceux-ci, au vu des raisons qui les amenaient à consulter le centre hospitalier, avaient toutes les difficultés du monde de se défendre.

Le chargé de l'urgence dépêcha une infirmage pour alerter les autres étages de l'hôpital et une autre pour prévenir le bureau des aurors. Les blessures des usagers s'aggravaient dangereusement, d'autres mourraient.

Le groupe de sorciers se sépara pour marcher d'un pas rapide vers les escaliers, tout en lançant des sortilèges de magie noire sur leur passage. Des lumières vertes jaillirent de certaines baguettes, des hurlements de terreur se firent entendre, du sang tachait le carrelage blanc du plancher. On tenta de transplaner et on se rendit compte que c'était impossible d'y parvenir.

Ils étaient pris au piège. C'était eux ou ces monstres.

Comment faire pour ne pas en devenir, à notre tour?

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Ils étaient cinq, au milieu de la rue principale du Chemin de Traverse. Ils avaient revêtu, tous, des masques de fer ainsi que des robes noires longues. L'un tenait en joue une adolescente, qui avait le visage mangé par ses joues creuses et des cernes. Elle avait un aspect malade et trébuchait souvent contre l'irrégularité du chemin. Ils s'arrêtèrent à la hauteur de Slug et Jiggers, la boutique d'apothicaire, et l'adolescente fut poussée par terre, sans ménagement.

Elle se mit à pleurer, ses genoux en sang.

« Ta gueule, espèce de vermine. » cria l'une des sorcières, qui était cachée par un masque.

Les sanglots ne s'arrêtèrent pas, ce qui la fit soupirer. Plusieurs personnes s'approchaient d'eux, principalement des commerçants, d'autres étaient seulement des passants. Les cinq sorciers ricanèrent devant les propos des différentes personnes – les plus courageux – qui les enjoignait à cesser. La plupart se taisaient. La peur.

La sorcière perdit patience et lança un doloris sur l'adolescente qui lâcha un cri de douleur, qui fini par alerter le reste des personnes présentes dans les magasins à proximité.

« Je t'ai dis de te taire! » répéta-t-elle, en riant de la douleur qu'elle infligeait à l'adolescente. « Tu m'obliges à faire quelque chose que je ne souhaite pas, Phillys... Endoloris! »

Un autre cri.

« Arrêtez-vous! » cria une voix.

Une jeune femme dans la vingtaine jouait du coude dans la foule pour s'approcher rapidement de l'épicentre du groupe rassembler. Son cri eut l'effet d'un coup de fouet sur la foule. On entendit un brouhaha, certains sorciers transplanaient, déjà, par peur, d'autres brandissaient leur baguette.

Luna Lovegood se positionna face aux cinq sorciers masqués. Le visage fermé, baguette parée.

« Lâchez-la. » ordonna-t-elle, d'une voix dure que peu de personnes l'avaient entendue utiliser.

La sorcière masquée ricana, la baguette toujours posée sur l'adolescente. Son rire semblait aussi fou que celui de Bellatrix Lestranges et Luna ne put réprimer un frisson d'anticipation, se rappelant d'avoir entendu à plusieurs reprises ce putain de rire, lorsqu'elle était emprisonnée dans le manoir Malefoy. Malgré ce vif souvenir, la jeune femme ne montra aucun signe de faiblesse.

« Avec ou sans toi, Lovegood, cette misérable sang-de-bourbe va mourir. Choisis. »

Un autre sorcier avait parlé, scellant ainsi les intentions des cinq sorciers à l'endroit de l'adolescente. Les sourcils de la jeune femme froncèrent.

« Ça vaut pour tout le monde, d'ailleurs. » ajouta un autre sorcier masqué, en guise d'avertissement.

« Expelliarmus! » cria une voix.

Luna ne se retourna pas pour voir qui avait crié. Elle vit seulement l'éclat rouge passer à côté de son visage, sans la toucher, visant la sorcière qui avait lancé le sortilège du doloris sur l'adolescente. Fred. La blonde aurait pu reconnaître sa voix n'importe où. Il avait choisi l'option qu'elle-même aurait prise. Ça ne pouvait être autrement.

« Avada Kedavra. » lança un sorcier masqué, en guise de réponse.

Il avait visé un innocent. Un autre. Un vieillard, plutôt en retrait.

Luna ouvrit la bouche devant l'incongruité du geste, ne comprenant pas comment on pouvait être aussi insensible pour provoquer en tuant des innocents. Rapidement, elle fut prise dans un tourbillon. La bataille débutait.

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C'est les hurlements provenant des autres étages qui les alertèrent, en premier. Même Céleste devint silencieuse, observant tour à tour sa mère, Hermione et Charlie, devinant que ce n'était pas normal, d'entendre ce type de cris dans un hôpital – nulle part, d'ailleurs. Hermione tourna sa tête vers le dragonnier, fronçant des sourcils, lorsqu'ils entendirent les bruissements de matériel médical qui tombaient par terre ainsi que les pas de course.

La panique.

La brune articula silencieusement «ce n'est pas normal» et le rouquin hocha la tête, comprenant ce que voulait dire Hermione. Il se leva du lit pour vérifier par lui-même ce qui se passait et ne fut guère surpris de voir d'autres têtes émerger du cadre de la porte des autres chambres, l'imitant. Plusieurs infirmages passaient dans le couloir et leur sommait de respecter des règles de sécurité – plutôt basiques – et tentaient de convaincre les visiteurs de quitter l'hôpital rapidement. Lorsqu'il tourna la tête vers l'entrée du département, il put voir trois médicomages, baguettes devant eux, luttant contre une force invisible pour garder la porte fermée.

Rien qui vaille. Même s'il pouvait ignorer de quoi le personnel de l'hôpital avait si peur, Charlie n'avait aucune envie de le vérifier par lui-même.

Le dragonnier se recula, aussitôt, ferma et verrouilla la porte d'un collaporta. Il observa les deux jeunes femmes ainsi que sa nièce, l'inquiétude pulsant dans ses veines. Il refusait de vivre la peur de perdre Hermione, une fois de plus. Et, il n'était pas prêt d'expérimenter ce sentiment pour l'un des membres de sa famille.

L'instinct de survie. L'adrénaline traversa tout son corps.

« Je ne sais pas ce qui se passe, mais ce n'est vraiment pas net. Hermione, est-ce que tu te sens assez en forme pour transplaner? »

Le jeune homme avait marché vers elle et lui avait pris l'avant-bras, qui par chance, n'avait pas subi de blessures, abruptement comme pour la rapprocher de lui. Sa priorité était de la mettre en lieu sûr. Il se maudit de ne pas s'être écouté, la veille, et de l'avoir amené en Roumanie, contre son gré. Ils n'en seraient pas là.

« Quoi?... Oui, je crois. » répondit-elle, un peu désarçonnée par l'inquiétude du jeune homme. « Qu'est-ce qui se passe, Charlie? »

Elle leva le visage vers lui, alors que ce dernier poussa un soupir. Son cœur se serra devant l'inquiétude qu'il pouvait lire dans les yeux noisette d'Hermione. Sa mâchoire se contracta, se préparant mentalement à devoir repousser le sens du devoir, incroyablement élevé, de la jeune femme. Il avait l'intuition que le principal obstacle à la protéger serait elle-même.

Il ne permettrait pas de la perdre. Il l'aimait. Merde. Peut-être plus que les dragons pouvaient aimer la chaire et le sang des nombreux mammifères qui peuplaient la Terre. Ils venaient de se trouver, par Merlin. Était-il possible qu'on ne le lui arrache pas, sitôt sentiments avoués?

Charlie refoula la voix de sa conscience, narquoise, qui lui souffla qu'il était fort à parier que si Hermione ne s'était pas retrouvée dans le coma, jamais il ne le lui aurait avoué quoi que ce soit. Charlie et la peur. Elle semblait régenter sa vie.

« Je ne sais pas, ma belle. » Il avait chuchoté. « Mais tu ne vas pas rester ici pour le découvrir, certain. » Il parla plus fort. « Ni, Céleste. »

« On ne peut pas laisser toutes ces personnes en danger! Tu imagines si c'est... »

Elias. Elle n'avait pas besoin de prononcer son prénom pour que les deux autres sorciers le devine.

« Hermione, tu as de la difficulté à faire vingt pas! Tu ne défendras personne, comme ça. »

« Charlie! Si c'est lui, il vient sûrement pour achever son travail... Harry et Ron l'ont dit. » Une boule se forma dans sa gorge. « C'est, peut-être, à cause de moi... T-tout ça... »

« Raison de plus pour que tu ne restes pas ici. » lâcha Lavande, qui s'était levée, Céleste dans ses bras. « Tout le monde sait que tu es courageuse, Hermione. Mais sois, réaliste, tu viendras en aide à beaucoup plus de personnes en restant en vie qu'en te sacrifiant. »

Charlie remercia silencieusement sa belle-sœur. La brune finie par hocher de la tête, réalisant qu'ils avaient raison. Ils prirent la décision de transplaner vers la maison de Ron et de Lavande. Pourtant, dès que les trois sorciers s'efforcèrent de transplaner, cela n'eut aucun résultat. L'inquiétude monta abruptement. Ils étaient cernés.

Sans attendre, la médicomage brandie sa baguette vers la porte afin d'ajouter plusieurs sortilèges défensifs au vulgaire collaporta – devinant que ce ne serait pas ce sortilège qui les protégerait longtemps.

Pendant ce moment, Lavande sentit la peur ronger ses entrailles quand elle posa ses yeux sur sa fille. Elle s'efforça de calmer la cadence de sa respiration afin de paraître – au moins – en contrôle devant Céleste. Elle tourna celle-ci vers elle et la regarda longuement. Par Merlin, qu'est-ce qu'elle pouvait ressembler à Ron!

« Céleste, on va jouer à un jeu, d'accord? »

La voix de Lavande tremblait, mais elle s'efforça de paraître le plus calme possible. La petite fille, qui ne semblait pas du tout rassurée par la situation au vu des regards graves qu'échangeaient les trois adultes, hocha la tête.

« C'est le jeu du silence, d'accord? Tu dois te cacher dans le placard, vraiment très bien, d'accord? Et ne faire aucun bruit. »

« Ok, maman. »

« Je t'aime ma puce. » prononça Lavande, la voix étouffée, retenant avec difficulté les larmes qui montaient.

« T'aime aussi, maman. »

La blonde marcha vers le placard, qu'elle ouvrit et glissa la petite fille à l'intérieur. Lavande lui remit son ourson en peluche, qui la rassurait probablement – c'était toujours le cas, le pourquoi qu'elle le traînait partout, où elle allait. Quand elle referma la porte, Lavande appuya son front contre celle-ci, retenant difficilement le sanglot qui remplissait sa gorge.

Hermione s'était levée de son lit et avait terminé les incantations, tâchant de ne pas jeter un coup d'oeil vers l'épouse de Ron, sachant très bien que ça n'allait qu'augmenter son inquiétude. La famille de son meilleur ami était dans une chambre. La famille de son frère de coeur dépendait de ses sortilèges. Ce n'était plus seulement sa vie, à elle. C'était, aussi, celle de Ron. Elle releva la tête vers Charlie, s'efforçant de paraître – elle aussi – calme et l'observant avec tout l'amour qu'il pouvait lui inspirer. Il l'embrassa brièvement, tout en la maintenant contre lui. L'enfermant dans l'étau de ses bras.

« Je te jure que s'il t'arrive quelque chose... » Il avait chuchoté, l'impression que la peur bloquait sa gorge. Il se répétait. Il avait sans cesse l'impression de se répéter.

« Moi aussi je t'aime, Charlie. »

Il hocha de la tête et chacun se séparèrent, prêt à affronter l'inévitable. Chacun le coeur brisé par ce qui pourrait arrivé.

Rien n'allait plus.

Ils entendirent des cris provenant du couloir, puis plus rien. Une première onde de choc vint frapper la porte de la chambre. Puis, une deuxième. La porte allait bientôt céder.

Non, vraiment, rien n'allait plus.


NDA : Pour les prochaines semaines, je roulerai à deux chapitres publiés à la fois. Merci, encore, pour les reviews et j'espère que vous aimez toujours l'histoire! Alors, on a eu un petit intermède et l'action reprend... Les deux prochains chapitres seront plutôt lourds en action et, ensuite, viendra les conséquences de tout cela.

Bonne semaine! Big love!