Chapitre 20.
Quand Moira apprit la nouvelle que sa meilleure amie était enfin définitivement réveillée, elle se précipita dans sa chambre une fois l'accord de la guérisseuse obtenu. Cela faisait deux jours que les elfes avaient ramené une Elenor bien mal en point et en danger d'hypothermie à cause du froid hivernale auquel elle avait été exposé avec peu de protection, et Moira n'avait eu qu'une seule idée en tête depuis leur retour, pouvoir parler à la noiraude et s'assurer personnellement de son état de santé.
Ah, et éviter le plus possible aussi ce Taeral, l'elfe le plus désagréable et antipathique qu'elle ai pu rencontrer jusque-là. Mais cette prérogative était en deuxième position, celle de voir Elenor étant la première.
Lorsque la jeune mutante toqua contre la porte de la chambre qu'occuper la noiraude, elle fut soulagée d'entre la voix de cette dernière lui permettre d'entrer. Moira ne prit même pas la peine de refermer correctement la porte derrière elle et, sans hésitation, se précipita en direction du lit sur lequel Elenor était assise.
« - Moira !
- Elenor ! »
Les deux amies se prirent dans les bras, toutes deux faisant bien attention à ne pas faire mal aux côtes endommagées de la noiraude. Quelques secondes plus tard, la rose prit le visage de son amie dans ses mains et elle l'inspecta sous toutes les coutures, s'assurant qu'il n'y avait aucune trace de maladie ou alors d'un mal plus profond qui aurait été plus difficile à soigner. Un soupir de soulagement s'échappa des lèvres de Moira en voyant que son amie allait relativement bien.
Ces derniers jours sans elle, dans la magnifique cité de Thserion, lui avaient paru dès plus irréels. La rose ne pouvait pas se trouver ici sans Elenor à ses côtés. Des larmes de joie lui montèrent aux yeux alors que l'autre jeune femme l'attirait dans une nouvelle étreinte. Bien qu'ayant les cheveux roses de la mutante qui lui chatouillaient le nez et qui lui donner légèrement l'envie d'éternuer, Elenor ne bougea pas, trop heureuse de la voir saine et sauve.
Elle était bien consciente que Winfrey n'aurait jamais pu partir à la poursuite de Moira alors qu'il la pourchassait, elle, dans la forêt, mais la noiraude n'avait pas pu s'enlever l'inquiétude que son amie soit blessée de l'esprit.
« - Que Mère-Nature soit louée, tu es vivante ! fit Moira.
- Qu'est-ce que tu crois, je suis aussi solide qu'un rhinocéros ! Ce petit chasseur de pacotille n'aurait jamais pu m'avoir !
- Elenor... Tu as deux côtes cassées et plusieurs plaies qui ont du être recousues... »
À cet instant, si Elenor avait été transformée en louve géante, Moira était sûre qu'elle aurait pu voir ses oreilles s'abaisser. La noiraude baissa simplement les yeux tout en se passant une main dans ses cheveux désormais libérés de tout foulard. L'autre jeune femme la trouvait bien plus belle ainsi.
Les deux jeunes femmes passèrent toute leur matinée ensemble, se racontant tour à tour ce qu'il c'était passé. Elenor pu donc apprendre que sa meilleure amie bénéficiait du statu « d'honorable invité » qui n'avait plus été donné depuis la venue de Mesly, la mère de la noiraude, à Thserion.
« - Tu ne m'as jamais dit que ton père est le roi des elfes et que tu es leur princesse ! s'exclama la rose en prenant une expression outrée.
- Cela ne me semblait pas nécessaire et à l'époque de notre rencontre, mon père n'était que second sur la liste des prétendants au trône de Thserion... tenta de se justifier la noiraude. Le premier était mon oncle, mais les habitants de la Vallée l'on destitué et il a finalement disparu en mer avant que mon père ne l'apprenne... »
Moira écouta religieusement ce que la jeune femme aux tatouages de lotus était en train de lui raconter. C'était la première fois qu'elle entendait cela. Bien sûr, elle savait qu'Elenor avait de la famille à Thserion, mais cette dernière n'en avait jamais parlé, en dehors du fait qu'elle n'était pas en très bon terme avec eux.
« - Enfin, voilà... souffla Elenor. Quand je suis née, même si ma mère était une humaine, les habitants de la Vallée me considérait déjà comme leur princesse... Maintenant que je suis revenue, je ne vais plus pouvoir y échapper... Cela ne te gêne pas ?
- De quoi ? demanda Moira, véritablement perplexe.
- Que je sois une « princesse », dit la noiraude en mimant des guillemets avec ses doigts.
- Oh ! Bien sûr que non voyons ! Tu restes ma meilleure amie ! Et je dirais même plus, ma sœur de cœur ! »
Elenor la regarda, les yeux humides alors que Moira lui offrait un immense sourire. Le fait qu'elle soit une princesse lui pesait toujours un peu, mais elle était rassurée de voir que son statu dans la royauté des elfes n'était pas un frein à l'amitié qu'elles partageaient toutes les deux. Peut-être aurait-elle dû lui en parler plus tôt. Mais Elenor n'aimait pas bénéficier de traitement de faveur. C'est la raison pour laquelle sa vie à Fendrel lui plaisait tant. Subitement, le regard de la rose changea, devenant un peu plus malicieux.
En voyant cela, la noiraude commença à plisser les yeux, s'attendant à une moquerie, mais Moira n'eut pas l'occasion d'ouvrir la bouche. Quelqu'un toqua à la porte et il fallut quelques secondes à Elenor pour autoriser la personne à entrer. L'elfe qui s'était occupée d'elle à son réveil pénétra dans la chambre, tenant dans ses mains une pille de bandages et un pot d'onguent.
« - Pardonnez-moi de vous déranger, Princesse Elenor, mais vos bandages ont besoins d'être changés.
- Bien sûr, merci, fit Elenor. »
Depuis son premier réveil, la jeune femme n'y avait pas vraiment fait attention, mais son corps était en grande partie recouvert de bandages. Ses bras, ses jambes et surtout son ventre. Pas à cause d'une plaie, cette fois-ci, mais ses côtes n'étaient pas dans un très bon état et d'importants bleus étaient présents.
Une fois que ses bandages furent changés, la guérisseuse l'autorisa à se lever et à se changer. Elle proposa même à la jeune femme d'appeler une femme de chambre pour l'aider à s'habiller, mais Elenor avait poliment refusé, Moira s'étant presque instantanément proposé pour aider son amie.
La rose l'aida donc à se lever, lui prêtant son bras pour se maintenir debout les premières minutes. Puis, toutes deux cherchèrent dans l'armoire de la chambre à la recherche d'une tenue qui pourrait aller à la noiraude. Sans grande surprise, le contenu du meuble était quasiment uniquement constitué de robes, mais cela ne gêna pas Elenor.
Après une rapide toilette, qui constituait à lui laver les cheveux et à lui passer un coup de gant de toilette sur le visage et les parties non-bandés de son corps, la jeune femme enfila, avec un peu difficulté, une belle robe bleu ciel possédant de longues manches évasées et une jupe cintrée à la table.
« - Et toi, tu ne portes pas ta tenue habituellement ? s'enquit la noiraude en remarquant enfin que son amie était vêtue d'une robe d'un doux marron.
- Elle est au lavage, expliqua Moira en s'assurant que la robe ne lui comprimait pas les côtes. Voilà ! Tu es parfaite ! Tourne-toi, que je t'attache les cheveux.
- Moira...
- Tutututu ! fit la rose en lui plaquant un doigt sur la bouche pour la faire taire. Une princesse doit avoir une belle coiffure pour se montrer à son peuple après autant de temps. »
Elenor voulut rétorquer quelque chose, mais la jeune mutante ne lui laissa pas le temps de le faire, passant déjà la brosse dans ses cheveux pour ensuite les rassembler en partie vers l'arrière et les accrochés avec une broche en forme de flocon de neige. Le bijou était commun dans la Vallée et surtout pour la noiraude, dont le prénom était tiré du fait qu'elle était née dans la région la plus au nord de Pénian.
« - Tu sais, je ne suis pas une poupée, rigola Elenor.
- Non, tu es juste à demi-elfe et très certainement l'une des filles les plus unique et exceptionnelle de tout notre monde...
- Ah oui ? Et on parle de toi, qui est capable de contrôler la magie comme personne alors que tu n'as pas une seule goûte de sang elfique dans les veines ? répliqua du tac au tac l'elfe. Donc tu vois, je ne suis pas la seule fille unique et exceptionnelle. »
Moira éclata de rire, amusée et à la fois flattée de la comparaison de sa meilleure amie. Prise d'un fou rire, Elenor ne pu que la suivre dans son hilarité. Elles rires toutes les deux durant quelques minutes, avant de finalement se calmer et de s'apprêter à sortir de la chambre, lorsque deux coups discrets furent portés à la porte. Elenor et Moira s'échangèrent un regard perplexe, avant qu'une voix ne s'élève de derrière la porte.
« - Princesse, votre père m'envoie vous escorter jusqu'à la salle à manger... »
En entendant la voix, la noiraude se figea complètement, tournant brusquement la tête vers la porte à s'en faire craquer les vertèbres. Son cœur s'emballa, cognant dans sa cage thoracique comme s'il voulait en sortir.
« - Elenor, il y a un problème... ? s'inquiéta Moira en la voyant ainsi.
- Moira... Tu te souviens qu'en je te parlais d'un certain Vesryn ? chuchota la jeune femme aux tatouages de lotus.
- Oui, mais je ne vois pas le rapport.
- Eh bien, Vesryn, c'est la personne qui se trouve derrière la porte... »
