Oui, je suis de retour. Grâce à des vacances bien méritées et la participation de Moongrim, j'ai pu clôturé ce chapitre. Comme toujours de la boue, du sang et des conspirations en vue et un peu/beaucoup de cul en plein milieu… Vous êtes prévenu.

Cara : Ah Fénide est quelqu'un de pragmatique avant tout XD... Elle a toujours deux ou trois soupirants dans son sac, prêts à lui rendre des petits services ;) Quand à Senyse, je l'ai vraiment écrite pour qu'elle soit son opposé (physique, caractère et moral). J'aimerai explorer plus leur rivalité dans d'autres chapitres et j'ai une vision bien précise de la fin que je veux apporter à chacune (qui pourrait surprendre, mais j'en dirais pas plus). Rey joue dans une catégorie à part. Elle n'est pas directement impliquée dans les intrigues des nobles, mais il va sans dire qu'ils vont avoir un impact important sur elle et son arc. Honnêtement, à l'heure actuelle, je ne sais pas si Kylo va découvrir qu'elle a délivré Poe. Mais ils auront d'autres sujets de discorde.

Ethel Crowley: Merci pour ton message. J'espère que tu me pardonneras, mais j'aime trop torturer Rey et Ben... XD

Saga d'Asynes : Moi aussi j'aimerais impliquer plus Rey. Mais là ça tourne beaucoup des intrigues politiques et comme elle est un peu à part sur l'échiqier, faut que je trouve un moyen de la mettre plus en avant.

NoChaDaiSAlamander : C'est-à-dire que jusqu'à présent, Kylo s'en est surtout pris à des gens qui attaquaient directement son pouvoir ou remettaient en cause son autorité. Voir, qui essayait de le tuer lui. De son point de vue, c'est de la légitime défense. Et Rey n'est pas forcément au courant de tout non plus.

Ah… Autant pour moi, je pensais que la relation entre Fénide et Lord Frak était assez transparente. Bon, après je reconnais que je suis lente pour publier, don si tu relis pas les chapitres entre temps, c'est normal que des détails t'échappent.

Le Reylo c'est la vie. ;)

Hela Stark : J'espère que ce chapitre ne te décevra pas. Reylo mis à part, la relation entre Fénide et Lord Frak est l'une de celles que je prend le plus de plaisir à développer.

Jessica meslage : Merci beaucoup pour le compliment =^^=

Nympha5951 : Et bien, je pense que tu vas être exaucée dans ce chapitre.


La Tempête

Perché sur son escarpement rocheux, Poe guettait anxieusement le chemin de chamois par lequel devait revenir Rose. Paige se tenait accroupie sous un pin, toute aussi inquiète et nerveuse que son chef. La jeune femme était en train d'attaquer le dernier ongle de sa main droite qu'elle n'avait pas encore rongé jusqu'au sang. Des messages leur étaient parvenus des quatre coins de la région orientale : les paysans désertaient les campagnes, les réserves de grains et le bétail avaient été réquisitionnés et soigneusement entreposés derrière les murs des forteresses. Les seigneurs Sith se préparaient pour la guerre.

Et d'expérience, les rebelles savaient que les premières victimes se compteraient d'abord parmi la population. Les armées de Ren allaient leur passer dessus comme une charrue. Et ceux qui auraient le temps de se réfugier sous la protection de leurs seigneurs et maîtres, devraient endurer les privations, le confinement puis la famine. En des moments aussi incertains, il était utopiste de miser sur la solidarité et la bonne volonté des paysans. Les renégats devaient eux-mêmes se replier s'ils ne voulaient pas devenir la proie des dénonciations et des purges internes.

Poe était particulièrement préoccupé par le sort de Finn. Le jeune homme était un informateur précieux au sein de la garde royale. Mais s'il devait tomber à cause des querelles entre les Sith, le chef renégat n'en guérirait jamais. Finn était pour lui plus qu'un ami, plus qu'un frère d'armes… Il ne perdrait pas seulement un des pivots de la Rébellion, mais aussi un membre de sa famille.

Paige bondit tout à coup de sous le pin et se pencha vers le ravin. Poe suivit son regard. Une silhouette, dissimulée sous un immense chapeau de paille, escaladait le sentier. Un renard gambadait à ses côtés. C'était Rose.

Poe et Paige dévalèrent ensemble l'escarpe rocheuse pour venir à sa rencontre. La jeune rebelle sauta au cou de sa sœur, tandis que Bibi vint lécher affectueusement les doigts ballants de Poe. Ce dernier jetait des regards derrière Rose, espérant voir quelqu'un d'autre apparaître à sa suite.

- Finn n'est pas venu, déclara Rose.

Son visage exprimait à la fois la déception et le regret.

- Il n'a pas voulu quitter ses camarades de la garde royale. Il a dit : « Un soldat n'abandonne pas son poste. Surtout quand la bataille est proche. »

- Quel imbécile ! s'exclama Paige.

- Est-ce que tu lui as bien expliqué la situation ? demanda Poe.

- Evidemment ! Qu'est-ce que tu t'imagines ?

- Je ne sais pas… dans l'euphorie des retrouvailles… Tu as pu oublier deux ou trois détails…

- Tu n'avais qu'à y aller à ma place, rétorqua Rose, si tu pensais être plus convaincant.

- C'est bon ! Arrêtez tous les deux !

Paige s'interposa entre les deux soupirants éconduits.

- Finn a fait son choix, asséna-t-elle. Et bien, qu'il assume ! On va avoir bien d'autres problèmes à gérer quand les Sith vont recommencer à s'entretuer…

- Ça a déjà commencé, répliqua Rose lugubre.

Elle leva vers Paige et Poe un regard sombre, embué de larmes amères.

- Quand Finn a refusé de me suivre, j'étais tellement vexée que j'ai quitté la ville le soir même. J'étais en chemin pour rentrer, mais…

Rose s'essuya les yeux d'un geste de manche rageur.

- Je n'avais pas fait le quart du chemin, que je me suis dit que c'était trop bête… Ma colère était redescendue et j'étais tellement inquiète… J'ai fait demi-tour en me jurant que j'allais le ramener par la peau du cou. Quitte à l'assommer et à le foutre dans une charrette ! Mais… le temps que je revienne aux portes de la ville, elles étaient verrouillées. Il y avait des garnisons qui montaient la garde. Ils arrêtaient tous les vagabonds et les rôdeurs qui traînaient leurs guêtres sur les grands chemins. Ils tiraient même à l'arbalète sur ceux qui tentaient de s'enfuir. J'ai compris qu'il n'y avait plus rien à faire, alors je suis repartie…

Un sanglot lui remonta le long de la gorge.

- Je ne sais même pas si Finn s'en est sorti…

Paige prit sa sœur dans ses bras pour tenter de la réconforter. Poe, de son côté peinait à masquer sa contrariété. Il avait la mine basse, les sourcils froncés et cilla à peine lorsque Bibi leva le museau et frotta sa tête contre son genou.

Les trois jeunes gens furent interrompus dans leurs ruminations par l'arrivée d'un quatrième larron. L'homme s'arrêta devant eux, se tenant les genoux, essoufflé par sa course.

- Poe ! interpella-t-il son chef. Y a du mouvement du côté de l'Ouest ! Des gars sont allés voir... L'armée royale a franchi le col… Les bannières Frak, Yama, Bane, Adanar et Voren les accompagnent... Ça sent le soufre !

D'un même mouvement, les quatre rebelles, escortés par Bibi, rejoignirent leur campement. Au-dessus de leurs têtes, le temps tournait à l'orage.


Accroupie dans les hautes herbes, tous ses sens en alerte, Rey était à l'affût du moindre frémissement, de la plus discrète vibration au sol ou d'un changement d'air. Elle avait pris soin de se placer face au vent et s'était même frottée le cou et les bras avec des champignons démon blanc1 afin de camoufler son odeur. Elle avait les doigts serrés sur son arme, tous ses membres tendus, prête à bondir au premier mouvement.

Soudain, une gerbe d'herbes hautes se mit à onduler. Puis le mouvement contamina les plantes sauvages à côté, suivant une trajectoire oblique sur sa droite. Alors que le vent soufflait en sens contraire.

Sans hésiter, Rey se dressa sur ses jambes, l'arc tendu, sa flèche déjà encochée et tira. Le projectile alla se planter quatre mètres plus loin près d'un petit talus. Les plumes blanches ornant l'extrémité du tube se distinguaient nettement au milieu du paysage vert-brun de la steppe. La jeune femme marcha d'un pas décidé vers sa cible. Sa flèche avait traversé de part en part le ventre d'un lapin sauvage. La mort avait été instantanée. Parfait.

Elle s'empara de sa proie, retira la flèche, qu'elle remit dans son carquois et le lapin dans sa besace. Rey prit un instant pour faire l'inventaire de son butin : ça lui faisait donc un lapin, deux perdrix et quatre hérissons. Pas mal pour une journée.

Ça changerait de la purée de châtaigne et du ragout de viande séchée.

Elle aurait voulu attraper un canard, mais la présence des troupes les avait fait détaler depuis belle lurette. Pour trouver du plus gros gibier, il aurait fallu qu'elle s'aventure un peu plus vers les sous-bois et Ben lui avait formellement interdit de s'éloigner seule à plus de dix kilomètres du campement. Et elle devait impérativement être rentrée avant que le soleil se couche à l'horizon, sans quoi il enverrait des éclaireurs et une meute pour aller la chercher.

Pour revenir, Rey n'eut qu'à suivre les colonnes de fumée qui indiquaient les premiers feux de camp. Trente mille soldats faisaient le siège autour des murailles de la forteresse des Tulak.

Deux semaines auparavant, Imaze était arrivé à la tête d'une puissante armée composée des troupes des fiefs occidentaux. Lord Frak l'accompagnait, à la tête de ses propres bannerets. Les frères Fywre commandaient les garnisons envoyées par Lord Yama Usaï.

Rey n'avait pas sauté de joie en les voyant arriver. Mais Pyrcel semblait content de revoir son oncle et ses cousins. Après des jours isolés au milieu de la suite royale, on pouvait difficilement lui reprocher de voir enfin des visages familiers.

Le reste des bans des Maisons Voren, Adanar et Bane était commandé par des vassaux desdites familles. En soi, il n'y avait rien de très étonnant : les seigneurs Sith n'allaient pas quitter leurs foyers au premier grabuge causé par leur voisin. Surtout lorsqu'ils fournissaient des troupes conséquentes. Kylo Ren ne pouvait pas s'empêcher d'y voir un nouveau défi à son autorité. Les seigneurs suzerains doutaient de sa capacité à ramener l'ordre et la soumission dans la partie orientale et voulaient limiter les pertes en évitant de se déplacer en personne.

Heureusement, en plus d'Imaze, il pouvait aussi compter sur la présence du reste de ses chevaliers, réunis au grand complet : Cirii, Alvarr, Lothal, Kanan et Jarrus.

Entouré de tous ses frères d'armes, le Roi se sentait plus en sécurité et mieux soutenu. S'il ne pouvait se fier à personne parmi les seigneurs Sith, il pouvait au moins compter sur ses compagnons pour être ses yeux et ses oreilles.

A peine rassemblée devant les murs d'Aleema, Ren avait divisé son armée en deux. Les troupes de Yama, Frak et Muraka – commandées par Sir Isami -, iraient faire le siège de la forteresse de Lady Penza. Tandis que le reste de l'armée, irait prendre le fief des Tulak. L'idée était de barrer la route à l'ennemi et de déplacer progressivement la frontière qui divisait les territoires du Clan entre la partie occidentale et la partie orientale. Jusqu'à ce que les derniers seigneurs renégats se retrouvent complètement isolés et n'aient d'autre choix que de se rendre.

En vérité, Kylo ne faisait que réappliquer la même stratégie qui lui avait permis de conquérir le trône. Sauf que cette fois, il devait le faire avec des troupes qui n'étaient qu'à moitié acquises à sa cause et des officiers en qui il n'avait aucune confiance.

Comme s'il n'était pas assez préoccupé comme cela, Imaze lui avait rapporté de Korriban les missives des différentes contrées prêtes à engager des relations diplomatiques avec le nouveau Roi des Sith.

Pourquoi fallait-il que cela tombe pile maintenant ?

Si Kylo tardait à fixer une rencontre, après avoir tant sollicité l'attention de ses puissants voisins, ceux-ci allaient comprendre que son emprise sur le Clan n'était pas aussi assurée que ce dont il s'était vanté dans ses lettres. Et si les ambassadeurs entraient sur le territoire des Sith, avant que Kylo ait réglé la situation, alors ils verraient de leurs yeux que non seulement le jeune Roi n'était qu'un fanfaron, mais que le Clan était plus instable que jamais.

- Il faudrait mettre au point une diversion, déclara-t-il pensif en détaillant le décor ciselé de sa coupe.

Il ne buvait que de l'eau pendant les campagnes militaires. Il devait impérativement garder les idées claires, s'il ne voulait pas commettre un faux-pas.

En face de lui, assis à sa table de travail, Imaze recopiait soigneusement les ordres qui devaient être transmis aux officiers pour le prochain assaut des murs de Tulak. Cela faisait trois jours qu'ils tenaient le siège et il était hors de question que ce derniers'éternise durant des mois.

- Leur jeter de la poudre aux yeux, continuait Kylo, toujours sur la même lancée.

Difficile de dire s'il s'adressait à son aide de camp ou à lui-même. Lors de leurs échanges, c'était plus souvent Ren qui faisait la conversation. Imaze se contentant de grogner pour marquer son approbation ou son désaccord. C'était comme ça depuis, qu'ils étaient padawans au Temple Jedi.

Un jour, des voyageurs s'étaient présentés accompagnés de cet adolescent Wookie hirsute et taciturne. Maître Luke s'était longuement entretenu avec eux. Le soir même, les voyageurs repartaient et le Wookie était resté. Luke l'avait présenté lors du repas comme un nouvel apprenti et exigé de tous qu'on lui réserve un accueil bienveillant.

Certes, les padawans, les Jedi et les Gardiennes s'étaient montrés courtois. Mais c'était difficile d'être chaleureux envers une montagne de poils géante qui aurait pu les assommer d'une pichenette. Sans un mot, Imaze était allé s'asseoir tout au fond de la salle de réfectoire, où la seule personne assise à table était Ben Solo. Sans demander la permission, le jeune Wookie s'était installé avec son bol de porridge, en face du jeune homme à la mine maussade. Ben avait seulement brièvement levé les yeux de son écuelle, pour voir qui venait troubler sa solitude, puis avait continué de manger sans appétit, sans accorder plus d'attention à son étrange compagnon.

Et à partir de ce jour, Imaze s'était mis à suivre Ben comme une ombre. Sans que ce dernier n'en paraisse ravi ou contrarié.

- Il faut du spectaculaire, affirmait Kylo. Il faut les étourdir, pour qu'ils oublient de poser des questions ou de voir ce qui se passe autour. Et il faut que ça soit à un endroit où je pourrais garder un œil sur ce qui se passe à l'est. Pour pouvoir intervenir rapidement si besoin.

Imaze planta sa plume dans l'encrier. Regarder ses énormes doigts velus manipuler un objet aussi fin, avec une telle délicatesse, était un spectacle fascinant. La calligraphie était une passion que Kylo et Imaze avaient en commun. Mais en ce moment, Ren avait le cerveau trop en ébullition pour pouvoir s'appliquer dans cette tâche. C'était donc à son aide de camp que revenait le devoir de mettre ses papiers en ordre.

Alors que le Wookie repliait les plans de la bataille, il fit tomber une série de croquis et de relevés topographiques que les scribes avaient faitstandis qu'ils traversaient la région. Alors que Kylo se penchait pour les ramasser, son regard se posa sur un dessin rapidement tracé au fusain d'une forteresse plantée au-dessus d'une cascade. Il reconnut le château de Mustafar, devant lequel l'armée de Ren était passée alors qu'elle traversait la frontière du fief des Tulak. Kylo avait déjà eu le loisir d'apercevoir au loin, depuis le col qui séparait le Clan entre Est et Ouest, une tour austère, noire comme la porte de l'enfer et droite comme un épieu.

De près, l'édifice était peut-être moins intimidant, mais demeurait impressionnant : construit sur un escarpement rocheux, au bord d'une cascade, un grand complexe castral dominant une vallée verdoyante. Seul un immense pont de pierre, traversant la rivière d'une rive à l'autre, permettait d'accéder au château dressé au milieu du courant. Se trouvant pile à l'intersection entre les fiefs de Muraka, Penza et Tulak, la construction marquait une frontière nette entre les domaines. Ça ne pouvait pas être un hasard si Dark Vador avait choisi cet endroit précis et commandé un chantier aussi périlleux, pour planter son palais d'été en pleine partie orientale. L'autorité du Roi était ainsi physiquement établie au milieu des seigneurs Sith.

Bien sûr, il faudrait faire quelques rénovations. Si vraiment plus personne n'avait occupé les lieux depuis la naissance de Luke et Leia…

- Il me semble que Lord Frak est venu avec l'architecte royal… ?

Imaze grogna.

L'Intendant estimait que des experts en construction et maçonnerie ne seraient pas de trop s'il fallait prendre d'assaut des forteresses. Quelques ouvriers accompagnaient le cortège pour dresser les palissades et pourvoir au génie militaire.

Kylo tendit le dessin de Mustafar à son aide de camp et lui désigna l'emplacement sur la carte.

- Envoie une équipe là-bas pour faire des relevés et réparer ce qui peut l'être au besoin. J'y pense… les prisonniers qui ne sont pas de rang noble,… ils pourraient s'avérer utiles. Ce serait un bon moyen de faire amende honorable et de prouver leur allégeance.

Le Roi et le chevalier Wookie échangèrent un regard de connivence. Imaze hocha sa grosse tête velue, rassembla ses papiers et quitta la tente. Kylo s'accorda un instant de détente. Cela lui faisait un souci de moins. Certes, la bataille n'était pas encore gagnée. Mais il ne pouvait régler qu'un problème à la fois. Il faudrait attendre le lendemain matin, à l'aurore.

Pour être tout à fait serein jusqu'à demain, il ne lui manquait qu'une chose. Qui se présenta justement lorsque Rey franchit le seuil de la tente. La jeune femme brandissait comme un trophée un lapin grillé à la broche.

- Je l'ai attrapé moi-même, déclara-t-elle fièrement.

- Il y a des chasseurs dont c'est le travail, commenta placidement Kylo Ren.

- Je sais. Mais la chasse me manquait. Il y a quelque chose de savoureux à déguster une proie qu'on a traquée et capturée soi-même.

Ben sourit et tendit la main. Rey fit mine de lui donner un morceau du lapin, mais le Roi l'ignora. Il la saisit par l'avant-bras et l'attira sur ses genoux. La jeune femme rit, se cramponna à son gibier comme si elle craignait qu'il ne le lui vole et mordit dedans à pleines dents, pendant que son compagnon picorait sa nuque du bout des lèvres et glissait ses mains sous sa tunique.

- Il faudrait vraiment te faire tailler de nouveaux vêtements, dit-il en faisant l'inventaire des trous dans le tissu du bout des doigts. Une écuyère royale ne peut pas s'habiller comme une souillon.

- Et avec quel argent je paie le tissu et la couturière ? demanda Rey, effrontément. Mon maître est un avare. Il ne lui viendrait pas à l'esprit de faire de tels frais pour moi…

- Vraiment… Il ne veut pas te voir dans de beaux vêtements ?

- Je crois qu'il préfèrerait me voir toute nue…

Ben l'interrompit en lui volant un baiser. Il goûta sur ses lèvres la saveur du sel et des herbes dont elle avait assaisonné son lapin. Rey avait lâché son morceau parterre, dont il ne restait plus qu'un os nu, et enroulé ses bras autour de son cou. Elle sentait contre sa cuisse le renflement de son sexe tendu à travers les couches de vêtements. Imitant Ben, elle passa sa main sur le renflement de ses chausses. Le tissu était tendu sous ses doigts. A tâtons, elle chercha le laçage de la braguette.

Mais elle n'avait pas encore commencé à desserrer les liens que Ben l'arrêta, en empoignant sa main et la ramenant sur son épaule. Comme elle fronçait les sourcils d'incompréhension, il lui caressa la joue et continua de l'embrasser. Il ne s'interrompait que pour reprendre son souffle. Mais dès que Rey déplaçait ses mains vers son bas-ventre ou dans une zone un peu trop sensible, il s'en saisissait et les remontait vers ses épaules.

Au bout d'un moment, la jeune femme finit par s'écarter franchement et dévisagea son compagnon d'un air circonspect.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ben.

- Rien. A part que d'habitude, c'est plutôt moi qui doit chasser les mains baladeuses…

Ben soupira.

- Il vaut mieux s'en tenir à ça pour le moment, dit-il en l'attirant contre lui pour embrasser son cou.

Mais Rey se dégagea pour bien le regarder en face.

- Pourquoi ? J'ai pourtant l'impression que ton corps réclame plus…

Tout en parlant, elle posa franchement sa paume contre la raideur entre ses jambes, dont elle pouvait palper la dureté. Ben retira vivement sa main, mais la garda emprisonnée dans son poing serré.

- N'ouvre pas la cage du fauve…C'est un conseil.

- Comme vous vous vantez, Messire ! répliqua Rey, gouailleuse. J'aimerais en juger par moi-même…

- Ce n'est pas une bonne idée…

- Pourquoi ?

Ben la prit par les hanches et la fit glisser de ses genoux, pour pouvoir quitter son siège. Il se mit à arpenter l'intérieur de la tente comme un chien attaché à un piquet, qui ferait le tour en tirant sur sa laisse. Rey l'observait, dubitative. A en juger par le chapiteau dressé sous sa tunique, ce n'était pas le manque de désir qui l'empêchait de lui sauter de dessus, alors pourquoi tant de pruderie ?

- As-tu la moindre idée de ce à quoi tu t'exposes, si on découvre ce qu'il y a entre nous ?

- Si tu as peur d'entacher mon honneur ou ma réputation, c'est vraiment te faire du mauvais sang pour pas grand-chose…

- Il ne s'agit pas de cela…

- De quoi, alors ?

- Les Sith n'attendent qu'un seul faux-pas de ma part pour me renverser…

- Ils seraient bien hypocrites de te condamner pour ça. Ils ne doivent pas être les derniers à trousser leurs servantes quand ça les démange…

- Ils pourraient te faire du mal, dans le but de m'atteindre…

- Je suis assez grande pour me défendre…

- Et si tu tombes enceinte ?...

Rey sentit son sang se glacer dans ses veines.

- Y as-tu songé ?

Non, elle ne l'avait pas fait. Jusqu'à présent, elle avait été plus chanceuse que prudente avec ses autres amants. A vrai dire, elle pouvait compter sur les doigts d'une main ses anciennes relations. Quand elle vivait encore à Niima, elle n'était pas question pour elle d'être mère. Quand elle avait intégré l'Ordre Jedi, la question ne se posait pas. Même s'il y avait bien eu des jeux illicites à l'abri des regards. Mais ça n'avait jamais été plus loin.

Mais Niima et Jakku étaient loin maintenant. Tout comme le Temple Jedi. Pour autant, était-elle prête à vouloir d'un enfant ? Surtout qu'en ferait-elle ?

- Je me suis bien juré, poursuivait Ben, que je n'engendrerai jamais de bâtard. Je sais ce que c'est d'être élevé dans le secret, l'enfant de la honte, dont on souhaite oublier jusqu'à l'existence. Je ne pourrai jamais imposer ça à un autre enfant, encore moins le mien…

En l'écoutant parler, Rey passa de l'effroi à la nausée. Une boule se forma dans le fond de sa gorge. Elle avait du mal à déglutir.

Un secret. Une honte.

C'était donc ainsi que Ben envisageait le fruit de leur amour. C'était ainsi qu'il voyait leur relation.

La voyant bouleversée, il se rapprocha d'elle et la serra dans ses bras.

- Je ne veux pas te mettre dans une situation délicate, murmura-t-il dans ses cheveux. Pas tant que je ne peux pas te donner de statut officiel. Pas pour l'instant du moins… Je dois d'abord m'assurer que ma mainmise sur le Clan est totale.

- Mais quand cela sera-t-il le cas ? Tu croyais déjà les avoir sous ta coupe après la mort de Snoke… Et maintenant, tu doutes de nouveau… Combien de temps te faudra-t-il pour reprendre la main ? Et moi ?... Devrais-je me dessécher en t'attendant ?

Ben se raidit contre elle. Ses doigts sur sa nuque s'étaient faits moins caressants.

- Tu n'auras pas à attendre éternellement, souffla-t-il contre ses cheveux.

- J'ai déjà entendu ça, gronda Rey dans les plis de sa chemise. Ma mère m'a dit la même chose, le jour où elle m'a amenée à Unkar Plutt. Mon père avait disparu et elle avait dépensé ses derniers deniers. Elle m'avait promis que ce serait provisoire et qu'elle reviendrait me chercher. Ça fait plus de quinze ans maintenant. Et je l'attends toujours.

- Tu n'es plus esclave, répliqua Ben après une longue hésitation. Si tu veux reprendre ta liberté, rien ne t'en empêche.

Mais tout en parlant, il avait resserré ses bras autour de ses hanches et de sa taille. Et elle ne bougea pas. Elle pouvait sentir contre son bas-ventre l'érection pas tout à fait apaisée du Roi. Son désir pour elle était évident. Et pourtant, des deux, c'était lui qui s'imposait le plus de restrictions.

Rey se trouva idiote.

Pourquoi se vexer qu'il ne veuille pas d'un hypothétique rejeton qu'elle ne portait même pas ? Qu'avait-elle à sacrifier pour être avec lui ? Retourner sur l'île d'Ach-To pour y prendre racine à côté de la tombe de Luke. Moisir dans les décombres du Temple Jedi, dans la forêt d'Endor…

Il faisait tellement plus chaud dans ses bras. C'était juste dommage qu'elle ne puisse pas en prendre plus…

- Même si je ne peux pas t'aimer comme je le voudrais, murmura Ben penchant son visage vers elle, je connais d'autres moyens de te donner du plaisir.

Rey parut à nouveau perplexe, mais cela eut l'air d'amuser son compagnon. Une lumière étrange était apparue au fond de ses yeux. Quand il la regardait de cette façon, la jeune femme perdait toute conscience d'elle-même pour se fondre dans un besoin impérieux de complétude.

Partagée entre curiosité et appréhension, elle le laissa la mener de l'autre côté de la toile de tente, qui isolait le lit de camp de l'entrée. Ben la poussa à s'étendre sur le matelas recouvert de couvertures en laine épaisse et de fourrures, le cul juste au bord du cadre.

Calmement, avec autant d'application que s'il dessellait une monture, il dénoua ses braies, puis les fit glisser le long de ses cuisses et ses jambes. Rey sentit son visage prendre feu, tandis qu'elle se tenait, jambes et fesses nues, face à Ben Solo agenouillé. Tendrement, ce dernier saisit ses mollets et l'invita à lever les genoux afin de les caler sur ses épaules. Les battements du cœur de Rey s'accéléraient, tandis qu'elle songeait à ce que Ben avait sous les yeux.

Elle ne se considérait pas comme quelqu'un de particulièrement pudibond, mais l'idée d'une confrontation aussi frontale entre son amant et l'endroit le plus secret de son anatomie, revêtait un caractère éminemment transgressif. Elle-même n'avait jamais vu cette partie de son corps. Elle s'était déjà touchée, caressée, dans l'intimité de ses draps. Elle avait déjà laissé des hommes la toucher à cet endroit, introduire leurs verges en elle. Mais jamais aucun ne s'était penché de la sorte entre ses cuisses.

Sa surprise ne fit que croître, lorsqu'il approcha son visage, jusqu'à ce qu'elle sente son souffle contre ses lèvres humides. Elle était déjà excitée, sans trop savoir de quoi. Du fait qu'il lui avait promis de lui donner du plaisir, qu'ils s'apprêtaient à faire quelque chose de totalement inédit pour elle…

Rey ne put empêcher un petit cri de jaillir de sa gorge lorsqu'elle sentit sur elle le contact de sa langue.

Elle ne rêvait pas ? Il venait vraiment de la lécher… là…

Elle gémit encore au deuxième coup de langue, puis aux suivants. Le monde autour d'elle se mit à tanguer. A moins que ce ne soit elle. Oh, elle ne savait pas ! Mais, il y avait une certitude cependant : elle ne voulait pas que cela s'arrête. Elle n'avait jamais connu de caresses aussi intimes. Elle ne s'imaginait même pas qu'on puisse l'embrasser à cet endroit, de cette façon.

Son bassin se cambra brutalement, quand la pointe de sa langue effleura le petit noyau juste au-dessus de sa fente.

Comment avait-il pu le trouver aussi vite ? Elle, il lui avait fallu longtemps pour découvrir ce minuscule bout de chair, très sensible, caché entre ses plis. Et lui, l'avait touché du premier coup…

Ses jambes s'agitèrent à un rythme spasmodique et désordonné, comme si elle était traversée par un courant d'énergie magnétique. Elle manqua peut-être à deux ou trois reprises lui écraser la tête contre son aine. Au point, qu'il dut enfoncer ses doigts dans le gras de ses cuisses pour la garder immobile, tandis qu'il s'appliquait à explorer toute l'étendue de ses plis et replis, allant même jusqu'à glisser sa langue entre ses lèvres.

Quand elle risqua un regard vers son bas-ventre, elle ne put voir que la partie haute de son visage, son grand à moitié enfoui dans sa toison, le reste invisible à ses yeux. Rey sentit alors une pression là : juste sous son ventre. Quelque chose en elle était sur le point de se rompre, elle en avait la certitude. Elle voulut prévenir Ben.

Elle tendit la main vers lui, alors qu'il avait les yeux mi-clos, l'air concentré sur sa tâche. Elleglissa ses doigts dans ses cheveux, essaya de tirer doucement pour tenter d'attirer son attention. Mais, il était trop appliqué à aspirer tout le jus qu'elle produisait maintenant en abondance et il ne s'interrompit pas.

Sa main droite avait relâché sa cuisse et disparut sous le cadre du lit, où Rey ne pouvait pas la voir. Mais au bruit de frottement humide et au mouvement caractéristique de son bras, elle devina qu'il était en train de se masturber. Et cela mit le comble à sa propre excitation : qu'il se donne du plaisir tout en lui en offrant…

Comme une outre qui se remplit d'eau, dont la peau se gonfle et se tend avant d'éclater, Rey se crut au seuil de la mort avant que la barrière ne se rompe.

Elle manqua d'air, se cambra comme un arc et retomba, inerte, sur le lit. Ses membres étaient mous, ses sens émoussés. Au point qu'elle avait l'impression d'être une caille entièrement désossée.

Ben relâcha enfin ses jambes et se dégagea d'entre ses cuisses, tout en s'essuyant la bouche. Il rangea discrètement son membre ramolli dans ses chausses, avant de venir s'étendre contre elle. Le cadre du lit n'était pas très large – à peine de quoi faire tenir son corps immense. Rey vint se pelotonner contre lui, la tête posée sur son torse large, gainé dans sa tunique en cuir bouilli. Elle aurait voulu pouvoir caresser sa peau nue et écouter les battements de son cœur. Mais après ce qu'il venait de lui faire – elle sentait encore les courants d'air de la tente lécher ses fesses nues – elle n'allait pas être trop exigeante.

Le matin les trouva enlacés l'un contre l'autre. Le soleil pointait timidement à l'horizon, alors que les lieutenants et les sonneurs de clairon faisaient le tour du campement pour tirer les derniers dormeurs de leur sommeil. Le brouhaha au dehors réveilla Kylo Ren dans un premier temps. Ce dernier battit des paupières, sentant un poids sur sa poitrine, il baissa les yeux pour voir le visage de Rey, dont un filet de bave glissait de la commissure de ses lèvres jusqu'à sa tunique. Ni ses mouvements, ni le bruit au dehors ne l'avait éveillée. La jeune femme avait le sommeil lourd.

Doucement, Kylo se dégagea de ses bras et de ses jambes, pour descendre du lit. Il rabattit une couverture sur elle et dégagea les mèches tombées sur son visage, avant de passer de l'autre côté de la tenture. Naïs se trouvait déjà à l'entrée de la tente. Le Zabrak ne fit aucun commentaire sur l'état de son maître et ne lui demanda pas comment avait été sa nuit. Sans un mot, il l'aida à enfiler son plastron, à fixer ses épaulières, ajuster ses jambières et ses gantelets.

Il fronça tout de même les sourcils lorsque du bruit leur parvint de l'autre côté de la tente. Kylo Ren se racla la gorge et congédia Naïs, disant qu'il pouvait se débrouiller pour le reste. Le Zabrak acquiesça et quitta la tente à reculons, juste au moment où Rey émergeait de derrière la tenture. La jeune femme avait remis ses braies et refait ses petits chignons. Machinalement, elle alla vers lui et commença à inspecter le travail de Naïs, s'assurant qu'il n'avait pas oublié une attache ou mal réparti le poids de l'armure sur les épaules et le dos de son maître.

Lorsqu'elle parut satisfaite, Kylo l'attira contre lui pour lui prendre un baiser.

- Reste bien à l'arrière pendant l'assaut, lui ordonna-t-il. Surtout, quoiqu'il arrive, ne t'approche pas des murailles. Tu m'as bien compris ?

Rey hocha la tête.

- Toi non plus, dit-elle, ne fait rien d'imprudent.

- Tu n'as pas à t'inquiéter. Si tout se passe comme prévu, ce soir je te lutinerai dans les appartements de Lord Tulak.


Un foulard étroitement serré sur le nez et la bouche, Finn surveillait les allées et venues de la valetaille qui entrait et sortait de l'entrée du tunnel avec les cadavres de porcs. Il s'agissait des restes de bétails que les paysans n'avaient pas pu emporter avant de quitter leurs villages. Les bannerets des Tulak les avaient fait empoisonner afin qu'ils n'aillent pas grossir les provisions de l'armée royale. Qu'à cela ne tienne ! Kylo Ren avait tout de même exigé qu'on les ramasse et qu'on les entasse sur des chariots.

Les bestiaux, dans un état de putréfaction avancée, dégageaient une odeur épouvantable. Au point qu'on ne pouvait pas se tenir à moins de dix mètres des tas sans avoir la nausée. Finn avait cru dans un premier temps que Ren voulait les faire jeter par-dessus les murailles de la forteresse à la catapulte. Un bon moyen de saper le moral de l'ennemi.

Au lieu de cela, une fois le campement installé, le Roi avait demandé à ce que des éclaireurs fassent discrètement le tour du château et tiennent l'inventaire de tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une ouverture, aussi étroite soit-elle : fissure, canalisation, embouchure de fosse à déchets…

Un groupe avait finalement localisé ce qui semblait être le conduit d'évacuation des ordures du château. Le passage n'était pas bien large : un homme pouvait à peine y tenir debout. Et à plus de cinq mètres sous la muraille, il était fermé par une grille. En plus, ça puait.

Finn pria de toutes ses forces pour qu'on n'envisage pas de faire une percée par cet endroit.

Mais ça ne semblait être dans les plans du Roi. A la nuit tombée, Phasma vint trouver Finn et lui ordonna d'encadrer une équipe de sous-fifres et de leur faire entasser les cadavres de porcs à l'intérieur du tunnel. Le jeune homme avait cru dans un premier temps que sa supérieure lui jouait une mauvaise blague – il ne lui avait pas semblé que Phasma avait le sens de l'humour, mais savait-on jamais. Mais la chevalière était très sérieuse et lui affirma que cette mission était déterminante. Pour l'encourager, elle lui affirma que si Finn et ses comparses menaient leur tâche à bien, ils seraient grassement récompensés. Mais que si d'aventure ils foiraient leur mission, elle veillerait personnellement à ce que le cuir leur en brûle jusqu'à la fin de leur jour.

Alors que le soleil se levait, Finn n'était toujours pas certain que Phasma ne se soit pas moqué de lui. Mais ce n'était pas comme s'il pouvait y faire grand-chose. Le dernier porc amassé dans le tunnel, ses compagnons et lui s'étaient empressés de déguerpir avant que la lumière du jour ne révèle leur présence aux sentinelles. L'avantage était que la puanteur des égouts masquait efficacement celle des porcs.

Alors qu'ils rejoignaient le camp, tout le monde terminait de s'équiper. Finn aurait voulu avoir le temps de se laver. La pestilence qui l'avait tenu éveillé toute la nuit lui collait à la peau à présent. Mais s'il n'était pas équipé et près à monter à l'assaut au moment où le sonneur de cor signalerait le début de la bataille, il serait mis aux fers et fouetté pour l'exemple. On ne plaisantait pas avec la discipline dans l'armée royale.

Tandis qu'il s'habillait à toute vitesse avant de rejoindre ses camarades, le jeune homme se mit à songer à Rose et à Poe. Il espérait de tout son cœur que ses amis avaient pu trouver un abri sûr. Nul doute qu'avec le nouveau conflit qui déchirait le Clan, les seigneurs Sith avaient d'autres priorités que de faire la chasse aux renégats.

Au cours des derniers jours, Finn avait eu l'occasion de se demander s'il avait fait le bon choix en refusant de déserter de la Rébellion, comme Rose le lui avait demandé. Sur le moment, il lui avait paru lâche et déshonorant d'abandonner le reste de ses compagnons d'armes dans la tourmente. Maintenant, il se demandait si ne pas l'avoir fait ne relevait pas de la stupidité. Voire de la folie pure.

Il ne devait rien à Kylo Ren, ni à Phasma. Et s'il avait pu éclater la tête de l'autre connard de Zabrak qui, à chaque fois qu'il le croisait, le toisait comme un insecte qu'il rêvait d'écraser sous sa botte…Non, il n'avait aucune envie de mourir pour eux, ni de perdre un œil, un bras ou de se retrouver affublé d'une infirmité quelconque pour avoir bêtement suivi leurs ordres.

Et pourtant, comme un con, il se retrouva au milieu des autres soldats, arborant les bannières de la maison Ren et chargeant les murailles de la forteresse.


Monté sur son étalon noir, Kylo faisait des allées et venues sur les rangs arrière afin des d'observer l'évolution des combats. De grandes échelles avaient été dressées contre les hauts murs, un immense bélier, soutenu par vingt hommes, tambourinait contre la grande porte en bois, renforcée de fer. Une pluie de flèches s'abattait sur les assaillants. De loin, on aurait dit une colonie de fourmis, escaladant un moellon de pierres.

- Les défenses sont solides, commenta Daeron.

Le chevalier au crâne rasé chevauchait près de son Roi. Une longue vue à la main, il observait les mouvements des soldats.

- Dirais-tu qu'ils ont concentré toutes leurs forces au même endroit ?

Daeron haussa les épaules.

- C'est encore trop tôt. Il vaut mieux les fatiguer encore un peu.

Kylo commençait à trépigner sur sa monture.

Oui, attaquer la forteresse à un seul endroit pour pousser les assiégés à négliger le reste de la muraille était son idée. Ils en avaient débattu des heures durant, sous la tente de commandement, avec les autres chevaliers. Solak brulait de joie à l'idée d'utiliser le stock de poudre noire qu'ils avaient ramené de leurs campagnes sur la Côte Corelienne. Elle adorait les feux d'artifices.

Lui, aurait voulu que cela soit déjà fini. Il ne pouvait pas s'attarder indéfiniment sur ce siège.

- En principe, le siège d'une forteresse se compte en mois, lui rappela Daeron comme s'il lisait dans ses pensées. Prendre le château des Tulak relèvera de l'exploit.

- A condition que le plan marche…

- Il marchera. Si on agit au bon moment.

Le chevalier au crâne rasé, tourna sa longue-vue vers la partie Sud-Ouest du château. Soudain, monté sur un monticule, il aperçut la silhouette d'Alvarr, qui agitait un fanion rouge.

- Il semblerait que tout soit en place de leur côté, avertit-il Kylo Ren.

- Alors, donne le signal !

Daeron sortit alors de sa tunique un autre fanion rouge qu'il agita à son tour en direction d'Alvarr.

De l'autre côté de la plaine, le chevalier reconnut le signal. Il retourna auprès de ses camarades, Enor et Sen-Adge, qui se tenaient postés derrière le monticule où lui-même se tenait. Un détachement de soldats armés était regroupé derrière eux, attendant les ordres. Alvarr leur intima silencieusement de se tenir prêts à agir. Puis il se tourna la muraille de la forteresse, à l'endroit même où Finn et ses camarades avaient entassé les cadavres de porcs durant la nuit.

Naïs et Solak se tenaient en embuscade sous les remparts. Solak tenait à la main une torche encore éteinte. A ses pieds, un petit chemin de poudre noir répandue au sol serpentait jusqu'à l'intérieur du tunnel où les pourceaux étaient amoncelés. A l'instant où Naïs vit Alvarr faire de grands gestes avec son fanion dans leur direction, il grata deux silex au-dessus de la torche de Solak. Celle-ci s'enflamma, puis la guerrière approcha le feu de la poudre qui s'embrasa en une sonate de crépitements remontant le long de la ligne serpentant jusqu'au tunnel.

Alors que les deux chevaliers de Ren détalaient, la flammèche pénétrait dans les égouts. Par chance, le sol était relativement sec. Les gaz s'échappant des cadavres en putréfaction, mêlés à la graisse animale et aux déchets, faisaient un combustible remarquablement efficace. Ajoutéà cela deux trois tonneaux de poudre noire bien calés dans le tas, et tous les ingrédients étaient réunis pour obtenir une superbe explosion2.

De l'autre côté de la forteresse, les soldats royaux encore accrochés aux remparts, ressentirent la secousse qui fit trembler la pierraille jusque dans leurs os. Certains des défenseurs, qui se tenaient au bord du chemin de ronde, furent basculés dans le vide. Ceux qui se trouvaient à l'intérieur de la forteresse, et qui avaient eu le malheur de se tenir près du cœur de l'explosion, furent balayés par son souffle. D'autres furent noyés, écrasés, par l'éboulement des pierres qui leur tombèrent dessus. Les quelques personnes qui s'étaient trouvées à une bonne distance n'eurent pas le temps de se remettre de leur surprise, qu'une vague de combattants aux armes de la maison royale jaillit de la plaie taillée dans le mur.

Depuis le campement, Rey vit l'armée de Kylo Ren s'engouffrer dans la forteresse. En moins d'une heure, les soldats entrés à l'intérieur n'eurent plus qu'à ouvrir grand les portes au reste des troupes pour parachever le pillage.


1 Amanita abrupta, couramment appelé « amanite à bulbe abrupte » ou « démon blanc bulbeux ». Surtout présent en Amérique du Nord orientale et au Japon. Toxique. Il dégage une odeur proche de la terre.

2 Alors, je me suis inspirée d'une anecdote racontée dans cette vidéo : Nota Bene, à l'assaut des châteaux forts (YouTube)

Pour le reste, n'étant ni chimiste, ni experte en explosifs, je ne saurais que trop vous recommander de ne pas tenter l'expérience chez vous. )