PROMPT : Ne sois pas si joyeux


Été 1991

Harry Potter était émerveillé. Il n'y avait pas d'autres mots.

Depuis qu'il avait reçu la fameuse lettre l'informant de sa condition de sorcier, son oncle et sa tante l'ignoraient purement et simplement, avec un fond de frayeur au fond des yeux. Il avait donc été particulièrement tranquille, et ce jusqu'à ce qu'un homme étrange - un véritable géant - ne vienne frapper à la porte du 4 Privet Drive.

Le colosse était impressionnant. Suffisamment pour que les Dursley ne battent en retraite et n'essaient pas de l'empêcher de partir. Harry avait bien sûr croisé le regard mauvais de son oncle, mais il n'y prêta pas vraiment attention : ce n'était pas la première fois - ni la dernière - qu'il devrait faire face à un Vernon Dursley furieux. Il aurait peut être une correction à un moment donné ou à un autre, mais il n'irait pas à Saint Brutus. Il aurait son propre collège, où il serait libre de se faire des amis.

Il avait attentivement écouté les explications de Rubeus Hagrid sur le monde magique, et il fut stupéfait d'apprendre qu'il était une sorte de célébrité. Il était adulé pour avoir réduit à néant un mage noir, LE mage noir qui avait tué ses parents. Ainsi, ses parents n'avaient pas été victimes d'un accident de la route, ils n'étaient pas alcooliques et pauvres. Ils avaient été assassinés et ils se battaient contre le mal.

Il découvrit qu'il avait été aimé - contrairement à ce que prétendait sa tante Pétunia - et qu'il ressemblait à son père même s'il avait les yeux de sa mère.

Harry, des étoiles plein les yeux, suivit Hagrid sagement lorsque celui-ci l'informa qu'il devait aller acheter ses fournitures d'école. Il éclata d'un rire joyeux en découvrant le chemin de Traverse, vivant et si coloré, bouche bée devant la magie qui s'offrait à son regard émerveillé…

Il se rembrunit cependant bien vite.

- Euh… Monsieur ? Hagrid ? Je n'ai pas d'argent pour…

Le demi-géant sourit largement, et haussa les épaules.

- Nous allons passer à la banque. Tes parents t'ont largement laissé de quoi faire.

Et effectivement, ses parents avaient laissé de quoi. Harry ne réussit pas à déterminer s'il était le plus choqué par l'or qu'il possédait désormais - montrant clairement que ses parents avaient été fortunés - ou par le fait que sa famille moldu l'ait ignoré, lui reprochant d'être sans-le-sou en permanence… Il décida qu'il ne dirait rien, refusant que son oncle et sa tante ne cherchent à s'emparer de ce qui lui appartenait.

Le jeune garçon suivit ensuite docilement Hagrid pour acheter ce qu'il y avait sur sa liste. Il se trouvait perdu parmi toutes ces fournitures, ne comprenant pas comment il allait pouvoir s'adapter à ce nouveau monde tellement inconnu.

Lorsque Hagrid le laissa chez Madame Guipure pour aller faire une course, il était trop dépassé par tout ce qui l'entourait pour protester. Avant même de comprendre ce qui lui arrivait, il était juché sur un estrade et une femme replète le mesurait, notant au passage des informations dans un petit carnet tandis que son mètre ruban s'agitait tout seul autour de lui.

A ses côtés, sur une estrade identique, se tenait un garçon de son âge. Il avait les cheveux presque blancs et des yeux gris incroyables. Il se perdit un instant dans son regard, convaincu qu'il avait déjà vu cette teinte dans sa vie, avant de revenir au présent brusquement, lorsque le garçon lui adressa la parole d'un ton supérieur.

- Toi aussi première rentrée à Poudlard ?

Harry hocha timidement la tête avec un léger sourire heureux. L'autre garçon eut un rictus moqueur.

- Ne sois pas si joyeux, il paraît que la qualité des cours a énormément diminué… Mes parents ont été à Poudlard. Mon père préférait que j'aille à Durmstrang mais ma mère ne voulait pas que je parte si loin…

Toujours silencieux, Harry se mordit la langue pour ne pas demander ce qu'était Durmstrang. Le blond continua son monologue, visiblement ravi d'avoir un peu de compagnie.

- Je suppose que je serais réparti à Serpentard. Toute ma famille y a été.

L'attention de Harry fut attirée par la silhouette d'Hagrid, devant les vitrines du magasin, qui lui faisait signe. Il sourit, sans bouger puisqu'il était encore entre les mains expertes de Madame Guipure.

A ces côtés, le garçon blond émit un reniflement moqueur.

- Tu connais le singe savant de Dumbledore ? Franchement… Faire travailler un demi-géant à Poudlard… ce vieux fou de Directeur perd la tête !

Harry jeta un regard noir au garçon et secoua la tête.

- Hagrid est quelqu'un de gentil.

Le garçon ricana, mais ne dit pas un mot de plus. Harry, libéré de la couturière, prit le sac contenant ses uniformes et quitta la boutique sans un regard en arrière.

Les réflexions de l'autre enfant envers le seul adulte qui s'était montré gentil envers lui l'avaient agacé. Cependant, il oublia bien vite l'incident en rejoignant Hagrid. Celui-ci lui offrit une chouette qu'il baptisa Hedwige. Une magnifique chouette blanche, une harfang des neiges, qu'il adora immédiatement.

Le demi-géant hésita un instant et jeta un coup d'œil rapide vers la boutique de la couturière.

- Le garçon, à l'intérieur, il t'a dit quelque chose ?

Harry eut un geste vague de la main.

- Rien d'important.

Hagrid hocha la tête, visiblement soulagé.

- Parfait. Méfie-toi de lui, c'est un Malefoy. Sa famille est connue pour… et bien être adepte de la magie noire et tout. Il n'est pas fréquentable.

Harry leva brusquement les yeux vers l'homme qui l'accompagnait sans un mot. Il acquiesça à ses mots, cependant son cerveau tournait à plein régime.

Il n'avait pas aimé les moqueries du garçon au sujet d'Hagrid. Cependant, il n'aimait définitivement pas la mise en garde du demi-géant, comme s'il voulait décider qui il fréquenterait ou non. Les sourcils froncés, Harry décida qu'il se ferait sa propre opinion sans écouter les avis des autres. Après tout, c'est ce qu'il avait toujours fait puisqu'il était livré à lui-même depuis qu'il était chez son oncle et sa tante.

Harry profita du reste de la journée sans arrière pensée, et récupéra avec plaisir les livres qui étaient sur sa liste de cours. Hagrid le conduisit au Chaudron Baveur, où il lui réserva une chambre. Il lui expliqua qu'il devrait se trouver à King's Cross le premier septembre prochain, et qu'ils se verraient à Poudlard. En attendant, Harry passerait le reste de ses vacances au Chaudron Baveur, sous la supervision de Tom l'aubergiste.

Pour la première fois de sa vie, Harry n'avait aucune obligation. Aucune corvée. Il s'ennuya rapidement - les distractions étaient rapidement épuisées dans l'auberge – et il décida de commencer à lire ses livres de cours, empli de curiosité au sujet de la magie et de ce qu'il allait dorénavant apprendre.

Lorsque fut venu le temps de rejoindre la gare pour prendre le Poudlard Express, Harry n'avait jamais été aussi impatient. Il avait hâte de commencer les premiers cours et d'apprendre tout ce qu'il avait eu l'occasion de découvrir dans les livres.

Et le jeune garçon décida qu'il n'avait jamais été aussi heureux de sa courte vie.