Bubble, encore merci pour ton message ! Un début de réponse sur la cohabitation en fin de chapitre ;)
(…)
Yuj se frotta les mains d'anticipation. 1er avril, meilleur jour de l'année. Le seul où ses blagues à deux balles et ses jeux de mots pourris avaient une chance d'être appréciés. Il était loin le temps où il collait des poissons dans le dos de ses camarades. Cette année, il avait élaboré de véritables guet-apens pour ses proches afin de fêter convenablement cette journée.
Se levant une heure avant son réveil habituel, il avait rempli une cinquantaine de gobelets en plastique d'eau, qu'il avait patiemment disposé au pied du lit de son frère. Le sommeil lourd de son aîné lui avait facilité la vie lorsqu'à quatre patte sur le parquet, faiblement éclairé par le flash de son téléphone, il préparait le piège.
Il était ensuite allé chercher du cellophane, qu'il avait silencieusement déroulé puis installé sur l'encadrement de la porte de ses parents. Enfin, afin que personne ne soit lésé, et sachant que sa sœur était adepte du brushing tous les matins, il était allé verser de la farine dans le sèche-cheveux.
Comme il lui restait du temps, il avait également frotté les brosses à dents de chacun avec du roquefort, et versé du sucre dans la salière.
Le jeune homme s'était ensuite patiemment assis sur une chaise dans la salle à manger, attendant que sa famille se lève.
Le réveil de son frère avait retenti en premier, et sa virulente sonnerie avait sonné comme une douce mélodie aux oreilles du Yuj. Quelques secondes plus tard, il avait entendu le hurlement tant attendu.
-C'EST QUOI CE BORDEL, avait crié son frère, réveillant toute la maisonnée.
Paniquée, sa mère s'était levée précipitamment pour aller voir ce qu'il se passait, et était entrée de plein fouet dans le cellophane qui entourait sa porte. Dans un timing idéal, son aîné était apparu sur le palier de sa porte, les pieds et le bas du pyjama trempé.
Yuj était écroulé.
-Poisson d'avril, avait-il commenté en riant.
Cinq minutes plus tard, il se prenait la pantoufle de son frère dans la figure, et sa mère lui filait une tape sur l'arrière du crâne.
Pour se faire pardonner, le lycéen avait préparé le petit déjeuner pour tout le monde. Mais vu la méfiance avec laquelle sa famille avait mangé, il doutait qu'ils en aient vraiment profité. La petite sœur de Yuj, qui était encore au collège, s'était levée plus tard, et s'était enfermée presque immédiatement dans la salle de bain. Elle qui n'était pas vraiment du matin risquait de ne pas très bien prendre la blague …
Le lycéen était allé enfiler ses chaussures, et s'était tenu près de l'entrée, prêt à partir. De longues minutes avaient passées, sans qu'il ne bouge, frémissant d'anticipation. Finalement, il avait entendu le bruit caractéristique d'un sèche-cheveux qui s'allume, immédiatement suivi d'un cri de surprise et d'une quinte de toux.
-JE VAIS LE TUER ! avait ensuite hurlé sa sœur.
Yuj avait juste eu le temps de la voir ouvrir la porte de la salle de bain, la gueule enfarinée et les cheveux poudrés, puis avait quitté la maison en courant et en riant.
Oui, Yuj avait passé une excellente matinée. Mais la suite s'annonçait grandiose.
Il avait longuement préparé son plan pour que celui-ci soit parfait. Comme pour l'encourager, le 1er avril tombait un mardi. Hors le mardi, il savait que tout le lycée terminait à 16h30, sauf les secondes, qui jouaient les prolongations jusqu'à 17h30. Ainsi, personne ne le soupçonnerait, puisqu'il était censé avoir quitté l'école depuis une heure !
Il n'avait prévenu personne de son plan, pour éviter les fuites. Mais il était impatient de pouvoir tout raconter à ses amis.
Après les cours, il alla donc s'enfermer dans les toilettes, patientant silencieusemeny. Lorsqu'il fut 17h et qu'il fut certain que personne ne trainait dans les couloirs, il se décida à sortir. Il fit quelques pas hésitants, puis, une fois sur qu'il n'était pas observé, il se dirigea vers les escaliers. Là, sur le mur, se trouvait un bouton pour déclencher l'alarme incendie. Le lycéen prit quelques minutes, pour réfléchir à la suite de l'opération et être sûr qu'il avait tout prévu.
D'abord déclencher l'incendie, puis se cacher dans le placard du 2ème étage dont il avait subtilisé la clé à un professeur lors de son année de seconde, puis resté planqué pendant quelques heures avant de s'enfuir par la sortie de secours et s'échapper par le portail en profitant de l'obscurité naissante pour ne pas se faire voir.
Le cœur battant à tout rompre, Yuj prit plusieurs inspirations puis releva la vitre du bouton avant d'appuyer dessus. Rien ne se produisit.
Le jeune homme fronça les sourcils, puis appuya à nouveau. Une fois, deux fois. A la troisième l'alarme se déclencha enfin. Un immense sourire aux lèvres, Yuj se précipita dans les escaliers, grimpant les marche jusqu'au deuxième étage, sans risquer de croiser qui que ce soit.
C'était décidément la meilleure de ses blagues.
(…)
L'alarme retentit, brisant le silence respectueux de la classe. Hope leva la tête vers le plafond, comme le reste de ses camarades, surpris. Lorsqu'il réalisa que c'était l'alarme incendie, une pointe d'inquiétude se ficha dans sa poitrine. A cette heure-ci, il était peu probable qu'il s'agisse d'un exercice. Y avait-il le feu dans le lycée ?
Des murmures s'élevèrent dans la salle, et Hope jeta un œil au professeur Rosh. Celui-ci fronçait les sourcils. Apparemment si c'était un exercice, il n'avait pas été prévenu. Leur professeur d'économie se leva, et imposa le silence d'un geste.
-Aller, tout le monde debout, intima-t-il. On sort.
Le sang-froid de monsieur Rosh rassura Hope. Il se leva, imitant les autres, et s'engagea dans le couloir à la suite de son professeur. A l'extérieur de la salle, ils rencontrèrent la classe de seconde 2, où se trouvait Yeul, qui se dirigeait également vers la sortie.
Le jeune homme aperçut rapidement la chevelure de sa petite-amie. Rosh et Disley, allèrent se placer à l'avant du cortège. Ils échangèrent quelques mots, puis Disley prit la tête et conduisit les élèves vers l'escalier qui les mènerait dehors, respectant sans doute un plan d'évacuation. Rosh alla quant à lui fermer la marche.
Sagement, les lycéens quittèrent l'enceinte du bâtiment, et allèrent se réfugier sous le préau. Suivant la procédure, les professeurs séparèrent les classes, et firent l'appel pour vérifier que personne n'était resté en arrière. L'alarme continuait de retentir. Indécis, tout le monde jetait des coups d'œil un peu partout, cherchant à apercevoir une fumée, ou un quelconque signe d'incendie.
Au bout de 5 longues minutes, l'alarme s'arrêta.
Les lycéens se regardèrent, de plus en plus confus. Une fausse alerte ? L'agitation menaçant de se propager, les professeurs les firent assoir au sol, le temps de décider ce qu'il convenait de faire. Hope en profita pour s'installer près de Yeul, qui lui sourit chaleureusement et lui prit la main.
Plusieurs minutes s'écoulèrent encore, dans un silence relatif, puis le claquement de talons sur le béton se fit entendre. Hope tourna la tête dans la direction du bruit, et vit Madame Kramer, la directrice du lycée arriver dans leur direction.
Le jeune homme sera doucement la main de Yeul. La directrice l'avait toujours terrifié. Avec sa peau si pâle qu'elle semblait presque translucide, en permanence vêtue de noir, Madame Kramer avait des airs de Voldemort.
Elle se dirigea immédiatement vers Rosh et Disley, et s'entretint avec eux à voix basse quelques secondes. Les mains sur les hanches, elle baissa ensuite les yeux sur les élèves assis devant elle.
-Alors ? demanda-t-elle sévèrement.
Seul le silence lui répondit.
-Lequel d'entre vous a cru amusant de déclencher l'alarme incendie ? s'énerva-t-elle.
Elle ne rencontra que des regards d'incompréhension. La colère sembla l'emporter et elle se mit à crier.
-Non mais vous vous rendez-compte ? Vous vous rendez-compte de ce que vous avez fait ? Déclencher l'alarme incendie, provoquer la PANIQUE au sein de cet établissement ? Vous vous croyez où exactement ?
Sa voix résonnait sur les parois du préau. Hope fronça les sourcils. La panique ?
-ça vous amuse ? Si le lycée avait été plein, vous imaginez ce qui aurait pu se produire ? Vos camarades auraient pu être blessés ! Est-ce qu'il vous arrive de réfléchir ?
Elle prit une pause, les mettant visiblement au défi de répondre, avant de poursuivre :
-L'alarme est reliée directement à la caserne de Nautilus ! C'est les pompiers eux-mêmes qui m'ont prévenue que l'alarme avait été déclenchée manuellement ! Non mais pour quoi passe l'école ?
A ses côtés, Disley hochait gravement la tête, pleinement d'accord.
-Maintenant nous allons être très clairs, personne ne bougera d'ici tant que le coupable ne se sera pas dénoncé !
L'annonce fut accueillie par des murmures de protestation, et quelques voix s'élevèrent pour manifester le mécontentement général.
-SILENCE, hurla la directrice. Je ne veux rien entendre à part le nom de celui qui est responsable !
Les lycéens se turent quelques minutes, pendant lesquelles personne n'osa parler. Hope, qui n'avait pas pris sa veste, commençait à frissonner. Il n'avait aucune idée de qui avait déclenché l'alarme, et il ne voyait pas bien comment l'un de ses camarades pouvait être le coupable, dans la mesure où personne n'avait quitté la classe.
Rosh semblait en être venu à la même conclusion, car il s'avança vers la directrice et murmura :
-Madame, excusez-moi, mais mes élèves n'ont pas bougé de la salle de toute l'heure …
La directrice fronçait tellement les sourcils qu'elle était désormais en possession d'une barre horizontale au-dessus des yeux.
-Même si ce n'est pas l'un d'entre vous, vous savez forcément qui l'a fait ! s'emporta-t-elle. L'un de vos camarades a obligatoirement vanté sa blague ! Alors qui ? QUI ?
Sa seule réponse fut l'écho de sa propre voix se propageant sur les murs. Elle croisa les bras.
-Encore une fois nous ne bougerons pas d'ici, ni vous, ni moi, ni qui que ce soit, tant que je n'aurai pas le ou les noms des responsables ! gronda-t-elle.
L'attente débuta donc, rythmée par les éclats réguliers de Disley et de Kramer, qui se relayaient pour leur crier dessus. Même Hope qui n'avait pas particulièrement la fibre rebelle commençait à s'indigner de la situation.
Ils n'avaient rien fait ! C'était pourtant évident ! La sonnerie de fin des cours retentit, sans qu'aucune dénonciation n'ait eu lieu. Certains de ses camarades firent mine de partir, mais furent retenus par madame Kramer qui aboya un agressif :
-ASSIS.
De plus en plus de protestation montèrent de la part des lycéens, écrasés par le regard furieux de la directrice. Hope pour sa part commençait à s'inquiéter pour un autre sujet. Il était attendu à 17h45 chez son ostéopathe, et son père devait passer le chercher à la sortie des cours pour l'y emmener. Il espérait qu'on les libérerait bientôt, car il détestait être en retard, et qu'il ne voulait surtout pas manquer son rendez-vous, le hockey lui provoquant depuis quelques temps une douleur au dos dont il était avide de se débarrasser.
Plusieurs minutes s'écoulèrent encore, puis un quart d'heure. Le ton montait entre les différentes parties, et de nombreuses menaces d'heures de colle collectives, d'expulsion et de punitions furent proférées.
-ça commence à bien faire ! Vous allez finir par dénoncer votre camarade, oui ? criait la directrice.
-Mais on ne sait pas qui c'est ! lui répondaient les lycéens.
Hope sentit son portable vibrer dans sa poche. Discrètement, il le sortit. C'était son père qui venait de lui envoyer un sms « t où ? ». Le jeune homme tenta d'expliquer en quelques phrases la situation. Il envoya le message puis rangea son téléphone. C'était au tour de Disley de s'amuser.
-J'ai toujours dit que cette année, nous avions une concentration de guignols en classe, s'exclamait-il. Vous croyez que nous n'avons que ça à faire ? Cracher le morceau, que chacun puisse rentrer chez lui !
-Si vous pensez que ça nous amuse ! reprenait Kramer. Vous ne semblez pas bien vous rendre compte de la situation !
Le professeur de mathématiques continua :
-Je vous assure que le responsable aura droit à un aller simple pour l'exclusion !
Hope contint un soupir. S'ils espéraient encourager les élèves à la dénonciation, ce n'était certainement pas avec des menaces qu'ils y parviendraient. Yeul donna un coup de coude à Hope, et celui-ci porta son attention sur elle, ignorant les cris que continuaient de pousser leurs professeurs.
-C'est pas ton père là-bas ? demanda-t-elle en désignant l'homme qui venait de franchir le portail du lycée d'un pas décidé.
Hope plissa les yeux et reconnu effectivement son géniteur. Il serra les dents. Ça n'annonçait rien de bon.
-Il a l'air furax ! s'exclama un de ses camarades qui avait entendu leur conversation.
En effet, la démarche de Monsieur Estheim ne laissait pas de place au doute concernant son état d'esprit. Il traversa la cour en quelques secondes et se retrouva très rapidement à la hauteur des professeurs.
Interrompant une interminable tirade de la directrice, qui ne s'était pas aperçu de la présence d'un nouvel arrivant, il s'exclama sur le même ton énervé qu'elle :
-On peut savoir ce qui se passe ici ?!
La directrice eut un mouvement de recul, puis croisa les bras.
-Qui êtes-vous monsieur ?
-Je suis le père d'un des gamins que vous retenez en otages ! S'emporta le père de Hope. Et vous, vous êtes qui ?
-La directrice de cet établissement. Monsieur, l'un des élèves a déclenché l'alarme incendie, et nous ne bougerons pas d'ici tant que le responsable n'aura pas été dénoncé, affirma-t-elle inébranlable.
Un air choqué se peignit sur le visage du père de Hope.
-Non mais … Mais … Mais espèce de NAZIE ! Lui cria-t-il. Ça va pas bien de pousser les gens à la délation ?! Mais qu'est-ce que vous enseignez aux enfants dans cette école ?!
Il se tourna vers la foule d'élève, repéra son fils, qui tentait de se faire le plus petit possible, et enchaîna :
-HOPE ! DEBOUT ! On s'en va !
Le jeune homme, rouge cramoisi, se leva, espérant devenir invisible, et se cacha derrière le col de sa chemise pour rejoindre son père. Un silence de mort planait désormais sous le préau.
-Je n'aurai pas aimé être votre voisin en 1944 ! Termina Monsieur Estheim en adressant un regard méprisant à la directrice.
Il saisit le bras de son fils, et après un regard plein de compassion aux autres élèves, commença à partir.
Une seconde après, un applaudissement solitaire résonna sous le préau, presque immédiatement par une ovation générale des élèves qui acclamaient le père de Hope.
(…)
-Alors, il parait que ton père est le nouveau héros du lycée ?
Hope se cacha le visage dans ses mains en gémissant.
-Oh non ne me parle pas de ça je t'en prie.
Lightning éclata de rire et tapota l'épaule de son ami. L'histoire de Monsieur Estheim, le sauveur des secondes et défenseur de la liberté, avait fait le tour du lycée. La blonde trouvait ça extrêmement amusant, dans la mesure ou Hope était le garçon le plus timide qu'elle connaissait. Savoir qu'il était devenu le centre d'attention de l'établissement grâce au coup d'éclat de son géniteur était doucement ironique.
Madame Kramer la directrice, n'avait pas cessé sa chasse au sorcière pour autant, mais se faire engueuler comme ça avait été le cas mardi n'avait pas dû lui arriver depuis longtemps car ses interrogations étaient beaucoup moins virulentes. Personne ne se dénonçait, et personne n'avait dénoncé qui que ce soit. Aucun professeur n'avait vu ou entendu de rumeur sur le nom du coupable, et la directrice commençait à se demander si l'auteur de la plaisanterie n'était pas extérieur au lycée.
Claire n'avait aucune idée de qui était à l'origine de la blague, mais elle trouvait que c'était franchement une belle connerie, de simuler un incendie. Elle comprenait un peu le point de vue de Madame Kramer, même si sa solidarité allait complètement vers les élèves.
Avec le mois d'avril, la fin de l'année arrivait à grands pas. Les vacances de Pâques démarraient la semaine prochaine. A la rentrée, les terminales auraient encore trois semaines de cours, puis 15 jours de révision leur étaient accordés juste avant le début des examens.
Claire et Fang avaient fini par rendre leur devoir à temps, et elles devaient d'ailleurs avoir les résultats dans la journée. Lightning n'était pas particulièrement inquiète. Elle pensait que leur projet était abouti et que leur rapport était complet. Elle était même plutôt impatiente de connaître sa note, et espérait qu'elle lui permettrait de gagner quelques points d'avance pour leurs examens finaux.
La blonde salua son ami d'un ultime tapotement, et se dirigea vers sa salle de cours. Elle n'avait pas fait trois pas qu'elle entendait quelqu'un appeler son nom. Se retournant vers la voix, elle vit Cid arriver vers elle. Elle le salua à son tour en souriant.
-Est-ce que je peux te parler une minute ? demanda-t-il lorsqu'il fut arrivé à sa hauteur.
Lightning hocha la tête et le suivit un peu à l'écart. Elle était heureuse que Cid lui adresse enfin la parole, mais elle espérait que ce ne serait pas pour une nouvelle tentative qu'il souhaitait la voir.
Une fois tranquilles, la jeune femme s'appuya contre le mur et attendit qu'il prenne la parole. Ce qu'il ne tarda pas à faire.
-Ecoute je voulais te dire, ça ne me pose pas de problème, tu sais ? dit-il avec beaucoup de douceur.
Lightning cligna des yeux.
-De ?
Le jeune homme s'empourpra un peu, et détourna les yeux.
-Et ben, tu sais … ? Puis ça explique pourquoi tu as dit non. Pour sortir avec moi ... Enfin je comprends mieux, s'embrouilla-t-il.
- … Quoi ? répondit Claire avec incompréhension.
- Oui, enfin j'avais peur d'avoir fait une connerie, ou que tu me n'apprécies pas. Mais en fait ... Ben ce n'est pas moi le problème, continua à expliquer vainement Cid. Enfin si, mais pas moi, moi, enfin c'est que je sois un homme. Du coup c'est rassurant … enfin tu vois ?
Claire ne voyait rien du tout. Elle saisissait vaguement de quoi il était question, mais le long discours flou de Cid n'avait aucun sens à ses yeux. Que sous entendait-il exactement ?
-Hein ? émit-elle.
-Oui enfin tout ça pour dire que c'est cool, et t'inquiètes, je ne dirai rien, acheva le brun dans un sourire rassurant.
Lightning, qui décidément ne comprenait rien, insista :
-Mais dire quoi ?
-Ben … que t'es gay, lâcha-t-il.
Claire faillit tomber dans les pommes.
Heureusement que le mur la soutenait parce que la dernière phrase de son ami venait de l'assommer.
-Qu-Que je suis quoi ? bégaya-t-elle.
Le joueur de hockey la fixa étrangement et précisa :
-Tu sais … attirée par les filles ? Dit-il en rejouant la scène qu'il avait vécue avec Fang dans des rôles inversés.
Lightning tenta de reprendre contenance en se passant une main dans les cheveux.
-Pourquoi tu dis ça ? s'entendit-elle répondre.
Cid continuait de la regarder avec un air franchement dubitatif.
-Et bien … c'est Fang qui m'a raconté ce qu'il se passait.
Claire failli tomber dans les pommes une deuxième fois.
Evidemment, Fang ne pouvait-elle pas juste fermer sa grande bouche, au lieu d'aller propager elle ne savait quelles rumeurs ? La gorge soudain sèche, la blonde déglutit difficilement, fuyant le regard du jeune homme.
-Je vois, souffla-t-elle.
Cid se tordit les mains, mal à l'aise, puis reprit :
-Enfin voilà … Maintenant que les choses sont dites … J'espère qu'on pourra continuer d'être amis ?
Sans relever les yeux, perdue sous un tsunami d'émotions, Lightning répondit d'une voix lointaine.
-Oui, bien sûr …
(…)
Lightning passa le reste de la journée dans un brouillard tellement épais qu'elle fut incapable de dire ce qui avait pu se passer en cours. En même temps, ce n'était pas tous les jours que quelqu'un vous annonçait que vous étiez gay !
Alors oui évidemment que Claire s'était beaucoup posé la question et y avait beaucoup réfléchit, mais elle n'avait jamais vraiment trouvé de réponse, estimant qu'elle verrait bien. L'entendre prononcer à voix haute avait été un véritable choc, surtout quand c'était dit avec autant de conviction. Si Cid en était si sûr, peut-être avait-il raison ? Ou peut-être pas ! lui criait l'autre moitié d'elle-même.
Tout était si flou dans son esprit.
Claire se sentait comme une somnambule, elle avait la sensation de ne plus rien contrôler du tout. Lorsque la sonnerie de fin des cours retentit, elle mit cinq bonnes minutes à ranger ses affaires.
Etre ou ne pas être gay ? C'était la question.
La jeune femme fut arrachée à ses questionnements par le passage répétitif d'une feuille devant ses yeux. Elle balaya la salle du regard, s'apercevant qu'elle était encore une fois la dernière à sortir de cours, et chercha l'origine de cette agaçante vision. C'était Fang, qui agitait devant son nez un rouleau de papiers en s'extasiant.
Claire fronça les sourcils, sentant une vive colère balayer son apathie.
- … Génial ! disait Fang, j'ai jamais eu une aussi bonne note avec Naabat, on a assuré de ouf !
Lightning arracha le rapport des mains de la brune et le jeta par-dessus son épaule. Les feuilles allèrent s'éparpiller par terre, quelques mètres derrière elle.
-ON S'EN FOU ! trancha-t-elle.
-Eh ! Qu'est ce qui te prends ? s'exclama Fang avec surprise, en fixant Claire comme si elle était devenue folle.
-Qu'est-ce que tu es allée raconter à Cid ? s'emporta Claire en agitant les mains.
-Mais qu'est-ce que j'ai raconté quoi ? s'étonna la reine du lycée.
Lightning fit quelques pas rageurs vers le fond de la salle, et se tourna à nouveau vers son interlocutrice.
-Tu lui as dit que j'étais gay ! s'indigna-t-elle en la menaçant du doigt.
Fang croisa les bras et haussa un sourcil.
-Eh mais c'est pas ma faute ça ! se défendit-elle.
-C'est faux surtout ! répliqua la blonde.
La reine du lycée haussa son sourcil encore plus haut.
-Ben voyons. Dois-je te rappeler ce qu'il s'est passé dans le couloir d'à côté ?
Lightning se sentit rougir jusqu'aux oreilles. Fang ne lui avait jamais reparlé de leur baiser quelques semaines auparavant, et Claire lui en avait été immensément reconnaissante. Était-il vraiment indispensable de revenir dessus ?
-J'ai jamais rien demandé moi ! s'énerva Claire.
-Ah ouais t'as jamais rien demandé ? gronda Fang. C'est trop facile ça ! C'est toi qui m'a sautée dessus ! On est deux dans cette histoire, Farron ! Essaies d'assumer pour une fois !
-Mais assumer quoi ? s'offusqua Claire. Y a rien à assumer !
-Ah bah si y a rien à assumer, alors tout va bien ! Ironisa Fang.
-Tout va parfaitement bien ! Hurla Claire.
Fang était odieuse, et elle-même était d'une mauvaise foi dont elle ne se serait jamais cru capable. Mais que pouvait-elle faire d'autre ? Assumer quelque chose dont elle n'était même pas sûre de la véracité ? Elle se détourna une deuxième fois et fit de nouveau plusieurs pas énervés. Crier sur Fang ne l'avancerait à rien, elle en avait bien conscience.
Elle se passa nerveusement la main dans les cheveux, faisant danser ses mèches roses, puis finit par revenir s'appuyer sur son bureau. Fang l'observait sans rien dire.
-J'en sais rien, ok ? formula-t-elle enfin.
La brune décroisa les bras et allait s'assoir sur le bureau d'en face, cherchant à croiser le regard de Claire.
-T'en sais rien si t'es gay ? Demanda-t-elle.
Lightning releva les yeux avec un air courroucé.
-Comment je suis sensée savoir ? grogna-t-elle.
Fang se massa la nuque en réfléchissant.
-Ben j'en sais rien, est-ce que les mecs t'attirent ? questionna-t-elle.
La blonde haussa les épaules.
-Bof, avoua-t-elle.
-Et les filles ? proposa la reine du lycée.
Claire fuyait sont regard.
-Je sais pas trop … répondit-elle.
Fang soupira, indécise. Elle n'avait jamais eu à se poser ce genre de question, et aider une autre personne à mettre des mots sur ses sentiments n'étaient décidément pas facile. Il fallait absolument qu'elle pense à remercier Vanille pour ça, et à lui demander des conseils. A cours d'idée, la brune se redressa, et fit un pas en avant. La proximité fit relever les yeux à Claire. La brune se pencha en avant, et vint appuyer ses mains sur le bureau de Lightning, l'emprisonnant entre ses bras. Claire se recula légèrement pour remettre un peu de distance entre elles.
Fang ne lui laissa pas le loisir de s'éloigner d'avantage, elle avança encore, coinçant Claire, et vint effleurer le nez de la blonde du sien.
Elle vit Lightning fermer à demi les yeux, et estimant qu'elle n'allait pas se prendre une claque, vint déposer délicatement ses lèvres sur celles de Claire.
Le baiser resta sobre, et ne dura pas longtemps. La brune se détacha de sa camarade, et vint regagner sa place sur son bureau. Elle garda le silence un moment, laissant à Lightning le temps de reprendre ses esprits, puis demanda :
-Tu as aimé ou pas ?
Claire porta les doigts à sa bouche, et adressa un regard confus à Fang.
-Oui … murmura-t-elle.
La reine du lycée récupéra son sac qu'elle avait posé au sol, et le jeta sur son épaule.
-Bon ben t'es attirée par les filles, conclut-elle.
Sous le regard paumé de Claire, elle alla ramasser leur devoir éparpillé par terre suite à l'éclat de la blonde. Elle le rangea soigneusement, puis fit quelques pas vers la sortie. Voyant que Claire ne la suivait pas, elle jeta un regard par-dessus son épaule.
-Aller, amène-toi, on va louper le bus, reprit-elle.
(…)
Pour l'anecdote, le passage sur l'alarme incendie est adapté à 90% d'une situation réelle et vécue ... Sisi, véridique #PèreD'ArthurForeverMyHero
A bientôt
