Disclaimer : Les personnages appartiennent bien évidemment à Masami Kurumada, sauf pour ceux qui sont à moi (et que je garde jalousement…)

Rappel du rating : M

Note : Bonsoir à toutes et à tous. Et avant d'introduire ce nouveau chapitre, je voudrais, comme toujours, prendre le temps de vous remercier, vous qui lisez mon histoire, et avez la patience d'attendre que j'en écrive la suite. Et puis aussi, bien entendu, merci à ceux d'entre vous qui me laissent leurs commentaires. Lire ce que vous pensez de mon histoire me fait un plaisir immense, me rassure et m'encourage à continuer. Alors merci du fond du cœur !

ShaSei: Je te remercie pour ta nouvelle review ! Cela me fait tellement plaisir de lire tes commentaires après chacun de mes chapitres ! Nous avons donc toutes les deux le même chouchou ^_^, et j'espère que tu ne m'en voudras pas trop de lui faire subir tout ça… En ce qui concerne Saori, j'essaie de croire que si elle est comme ça, c'est parce qu'elle est une Déesse. Mais c'est certain que ce n'est pas le personnage avec le plus de personnalité… Je suis contente de savoir que tu as apprécié la tranquillité du dernier chapitre, y compris le petit passage citronné. Tu as bien fait d'en profiter, car la suite risque d'être un peu plus mouvementée… Merci encore en tout cas, et j'espère que tu apprécieras ce que tu pourras lire dans ce nouvel épisode.

De passage : Merci beaucoup pour ton commentaire. Je suis très heureuse de savoir que tu apprécies mes personnages, et les relations que je tisse entre eux. Je suis en particulier ravie d'apprendre que tu aimes aussi la relation que j'ai créée entre Aleix et Vjeko. Car comme je l'ai dit à la fin du dernier chapitre, ces deux-là sont un peu devenus « mes chouchous » dans cette histoire… J'espère que tu apprécieras la suite que je propose (je ne parle pas de Sorrento ni de June dans ce chapitre, mais je me rattraperai la prochaine fois...).

Voici donc un nouveau chapitre. Retour en Afghanistan pour certains, et reprise des entraînements au Sanctuaire pour d'autres. Les choses commencent à se compliquer un peu… enfin, surtout pour quelques-uns… Attention, passage un peu "explicite", restant malgré tout assez "classique", à la fin.

Je vous souhaite une bonne lecture… en espérant que vous apprécierez… au moins un peu…


Chapitre 19

17 octobre 2001

Sanctuaire, Grèce, au lever du jour

Shun est heureux. Il est heureux pour son ami, pour la décision qu'il vient de prendre, et pour ce sourire magnifique qu'il voit apparaître sur son visage. Il sait que Seiya a fait le bon choix, et que son disciple fera un grand chevalier. Il n'en a aucun doute. Et dans quelques minutes, il remettra l'armure de Pégase à son nouveau porteur.

Puis, tout devient noir.

Il cligne des yeux, et quand il les ouvre à nouveau, il marche sur un sentier qu'il ne connaît pas. Il regarde autour de lui, et il ne voit rien. Ils ont tous disparu. Sa Déesse, ses amis, Seiya, Hikari. Il ne reste plus personne, et tout est gris, à perte de vue. Gris, désertique, et froid. Il continue d'avancer, sans savoir où il va, guidé par un sentiment profond dont il ne comprend pas la nature.

Il aperçoit enfin une silhouette, à une centaine de mètres devant lui. Il plisse les yeux tandis qu'il accélère l'allure de ses pas, et une fois suffisamment près, il reconnaît son ami. Il l'appelle pour lui indiquer sa présence, mais il ne l'entend pas. Il s'approche un peu plus, et constate alors qu'il semble parler à quelqu'un.

Il se tient maintenant juste à côté de lui, mais Seiya ne le voit toujours pas. Et il ne parvient pas à distinguer la personne à laquelle il s'adresse.

« Je ne ferai pas ce que tu me demandes. Je ne le permettrai pas. »

« … »

« Et alors ? Je t'ai déjà dit que je ne craignais pas la souffrance. »

« … »

« Non, tu ne peux pas faire une telle chose ! Je t'en prie, ne t'en prends pas à lui, et contente-toi de moi !»

Seiya tombe à genoux, et plaque ses mains contre le sol. Ses cheveux masquent son visage, mais Shun peut voir des larmes recouvrir la poussière qu'il serre entre ses doigts.

Il s'apprête à tendre le bras pour lui caresser l'épaule, pour le réconforter, lorsqu'une voix retentit soudain dans sa tête.

« Tu ne peux plus rien pour lui ! Il faut que tu comprennes que tu l'as déjà perdu, et qu'il est en train de se livrer à moi. Et bientôt, vous le haïrez autant qu'il vous haïra ! ».

Cette voix, Shun sait à qui elle appartient. Il ne peut pas avoir de doute. Il l'a tellement entendue, hanter son esprit, sa conscience et ses rêves. Cette voix qu'il était parvenu à chasser il y a quatorze ans, et qui semble aujourd'hui à nouveau vouloir pénétrer son âme.

« Je ne te laisserai pas faire ! Je ne l'abandonnerai pas. Jamais ! Tu m'entends ! ».

Mais la voix ne lui répond pas. Et à la place, un rire glacial résonne dans la plaine désertique et vide de Yomotsu.

…^…

Shun se réveille en hurlant. Il se lève aussitôt et se dirige dans la salle de bain. Il appuie ses mains contre le bord du lavabo, et observe son reflet dans le miroir. Il regarde ses yeux fixement, et s'exclame alors d'une voix déterminée et froide :

« Non, je ne te laisserai pas faire ! Je le détournerai de toi, et te chasserai de son esprit comme je t'ai chassé du mien. »

Et il voit son visage se couper en deux, tandis que les bris du miroir s'effritent lentement devant lui.


Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan

Hikari ouvre les yeux, étire longuement ses jambes et ses bras, et se lève. Il constate que plus personne ne se trouve auprès de lui, et il quitte donc aussitôt le refuge dans lequel ils viennent de passer la nuit. Il plisse les yeux, ébloui par les premiers rayons du soleil qui apparaissent derrière les montagnes, et part à la recherche de ses camarades. Il les repère rapidement, guidé par le bruit des coups qu'ils sont déjà en train d'échanger.

« Eh bien, vous êtes tombés du lit ce matin ! s'exclame le jeune chevalier en bayant bruyamment.

- Salut Hikari ! Ça y est, t'as fini de te prendre pour la belle au bois dormant ? Viens donc t'entraîner avec nous, ça te réveillera ! rétorque Seiya, en poursuivant son combat.

- Oh là ! Pas la peine de s'énerver… Accorde-moi quelques minutes, s'il te plaît. Et après, je serai tout à toi ! ».

Hikari s'assied sur un rocher et regarde ses aînés s'affronter. Shaina se démène sans relâche pour éviter les coups de son adversaire, et à en juger par les marques de griffures qui recouvrent les bras du Sagittaire, il a la nette impression que la jeune femme est en train de prendre l'avantage.

« Alors Seiya ! Secoue-toi un peu, si tu ne veux pas avoir à panser tes blessures tout le reste de la journée ! » souffle l'Ophiuchus en bondissant sur le côté.

« Ne t'inquiète pas, je ne compte pas te laisser ce plaisir, ma belle ! »

Le jeune Pégase sourit à la répartie cinglante de son maître, et se réjouit de constater que celui-ci semble avoir enfin mis de côté son humeur désastreuse des derniers jours, au moins pour l'instant.

Après de longues minutes à contempler les qualités techniques de ses coéquipiers, Hikari finit par se lever, et sautille sur ses jambes avant de s'adresser à eux sur un ton énergique et déterminé.

« Bon, allez, à mon tour ! J'ai besoin de me dégourdir les muscles ! Shaina, tu veux bien me laisser ta place, s'il te plaît ?

- Pas de problème. De toute façon, je commençais à m'ennuyer…

- Oh, mais tu abandonnes déjà, Shaina ?! Cela ne te ressemble pas, et je dois reconnaître que tu me déçois.

- Tu devrais plutôt me remercier de ne pas t'avoir mis en pièces ! A plus tard, je vous laisse vous défouler tous les deux. »

Seiya se met en garde pour poursuivre le combat avec son nouvel adversaire, mais ne peut s'empêcher de regarder la femme chevalier s'éloigner, un sourire réjoui au coin des lèvres.

…^…

Shaina jette un dernier coup d'œil aux Moudjahidines qu'elle est venue observer, et reprend la direction du refuge. Elle marche lentement, en fixant le sentier devant elle.

Cela fait maintenant presque une semaine qu'ils sont revenus s'installer ici, pour poursuivre leur mission auprès des combattants de l'Alliance du Nord. Ceux-ci sont activement impliqués dans les offensives visant à affaiblir les Talibans, contre lesquels ils luttent sans relâche depuis très longtemps. Bien avant que les Américains ne daignent enfin leur venir en aide…

Mais au-delà de la tension grandissante liée à la guerre qui s'est finalement emparée de ce pays déjà ravagé, ce qui la préoccupe le plus se situe ailleurs. Du côté de son Sagittaire. Toujours lui.

Concrètement et en apparence, leur collaboration se passe plutôt bien, et la présence de son disciple semble effectivement l'avoir apaisé, au moins en partie, comme Shun l'avait pressenti. Mais elle peut toujours percevoir l'ampleur de sa rage et de son mal-être, à chaque fois que leurs regards se croisent, à chaque fois qu'elle sent ses yeux se poser sur elle. Ce qui arrive assez souvent ces derniers jours…

Oui, elle a conscience qu'ils se regardent de plus en plus, et elle ne parvient pas à comprendre ce que son ami a dans la tête. Et si son attitude la trouble infiniment et la met réellement mal à l'aise, elle ne peut s'empêcher d'en éprouver une joie certaine. Evidemment.

Et puis, elle a promis à Ikki qu'elle veillerait sur lui. Il lui a exposé ses inquiétudes, qu'elle partage assurément, et lui a clairement fait comprendre l'importance qu'il accordait à ce qu'il lui demandait de faire. Et même si elle n'avait pas besoin d'entendre ses mots pour s'appliquer à cette tâche un peu particulière, elle se sent investie d'une mission pour laquelle elle ne doit pas échouer.

Elle est convaincue qu'elle parviendra à lui parler, bientôt, aujourd'hui ou dans quelques jours. Elle sent qu'une partie de lui en a besoin, malgré le voile d'indifférence derrière lequel il tente de se dissimuler. Elle attend juste le moment où il acceptera de l'écouter. Mais elle doit reconnaître que, même si elle se prépare à cette éventualité en imaginant chaque mot qu'elle pourra lui dire, elle ne se sent pas prête. Comment pourrait-elle l'être ?

Mais elle l'a promis à celui qu'elle aime. A Ikki. Et rien d'autre n'est plus important à ses yeux. Alors elle sait qu'elle y parviendra, quoi que cela puisse lui coûter.


Yomotsu hirasaka

Shiryu marche sur le sol stérile et gris, recouvert de poussière que seuls les morts foulent de leurs pieds. Son fils le suit sans dire un mot, attentif à chacun de ses pas, à chacun de ses gestes.

L'ancien Dragon finit par s'arrêter, et s'assied en tailleur en posant les mains sur ses genoux. Il invite Jie-Hu à l'imiter, et lui sourit avant de s'adresser à lui presque en chuchotant.

« Je suis heureux d'être de retour auprès de toi, mon fils.

- Moi aussi je le suis, père.

- Je suis désolé de m'être absenté de si nombreuses fois ces dernières semaines. Mais je vais me rattraper, je te le promets.

- Je n'en doute pas.

- Alors, mettons-nous au travail, veux-tu ?

- Entendu. Qu'attends-tu de moi ?

- Ferme les yeux, s'il te plaît, et concentre-toi sur ce que tu perçois autour de toi. »

Le petit garçon obéit, baisse ses paupières, et commence à écouter le silence de ce lieu qu'il chérit tant. Il devine les pas étouffés des morts qui marchent par centaines autour d'eux. Il ressent l'absence de vie. Il entend la mort.

« Peux-tu me décrire ce que tu vois ?

- Je ne vois rien, père, puisque je ferme les yeux comme tu me l'as demandé.

- Alors penche-toi sur ce que tu ressens au fond de ton cœur, et utilise ton cosmos pour apercevoir ce qui se cache à ton regard. »

Le chevalier de la Balance observe son fils qui semble l'écouter à la lettre. Les plissements de ses yeux témoignent de l'intensité qu'il place dans l'exercice auquel il vient de le soumettre. Et pourtant, son visage reflète un réel apaisement et une profonde sérénité. Shiryu ferme les yeux à son tour, pour accompagner son élève dans sa méditation. Et après de longues minutes sans prononcer un mot, le maître finit par rompre la quiétude de ce lieu qu'il maudit infiniment.

« Et maintenant, peux-tu me dire ce que tu vois ?

- Je vois la paix, le soulagement, la certitude. Tous ces sentiments qui animent les êtres qui traversent cette plaine, en cherchant à frôler de leurs espoirs insensés mon cosmos.

- Et que ressens-tu ?

- De la compassion, et de l'envie. J'aimerais avoir les mêmes certitudes qu'eux, pour ne plus avoir peur. »

Le maître fronce ses sourcils. Le père sent son cœur se serrer.

« Que veux-tu dire par là ? »

Pas de réponse.

Shiryu ouvre les yeux et ce qu'il voit le terrifie. Une multitude de corps, informes et déchiquetés, se tiennent tout autour de son fils. Ils tendent leurs mains décharnées et grises vers lui, pour essayer de le toucher. Pour essayer de s'emparer de lui.

« Jie-Hu, ouvre les yeux ! »

Toujours le silence. Pas la moindre réaction.

« JIE-HU, ouvre les yeux, je t'en prie ! »

Le père affolé se dirige à genoux vers son fils, et lui caresse l'épaule, doucement, malgré l'angoisse qui lui déchire le cœur.

L'élève ouvre les yeux, et sourit à son maître. D'un sourire éclatant, et satisfait. Et les ombres, qui l'encerclaient encore juste à l'instant, commencent à s'écarter de lui. Comme si elles avaient obtenu ce qu'elles étaient venues chercher.

« Tu peux me dire ce que c'était que ça ?

- Je n'ai fait que mettre en application ce que tu m'avais prié de faire.

- Vraiment ? Crois-tu que j'attendais de toi une telle chose ?

- Je ne comprends pas. Qu'y-a-t-il, père ? Ai-je fait quelque chose de mal ?

- Jie-Hu, tu n'as pas senti les morts ? Tous ces morts autour de toi ?

- Si, et alors ?

- Mais, sais-tu ce qu'ils voulaient obtenir de toi ?

- Je crois que oui.

- Et…

- Je ne pense pas que tu pourrais comprendre.

- Essaie quand même, je ferai un effort.

- Ils voulaient que je leur rende ce que je leur avais pris.

- C'est-à-dire ?

- Les fragments de leurs âmes que je leur avais dérobés.

- Mais enfin, de quoi parles-tu ? Quand leur aurais-tu pris leurs âmes et pourquoi ?

- Pour nourrir mon cosmos de leur énergie.

- Mais quand aurais-tu fait une telle chose ? »

A nouveau le silence.

« Jie-Hu réponds-moi, quand ?!

- Lors de mes dernières visites à Yomotsu, avoue le jeune apprenti en baissant les yeux.

- De quelles visites parles-tu ? Nous ne sommes que rarement venus ici ces dernières semaines.

- C'est-à-dire que…

- Jie-Hu, regarde-moi », murmure le Saint de la Balance, avec de l'angoisse dans la voix.

Le petit garçon relève la tête, et sent le regard accusateur de son père se porter sur lui.

« Je suis désolé…

- De quoi es-tu désolé ?

- Je suis venu ici en ton absence. Je suis venu ici sans toi.

- Comment ?! Mais je te l'avais pourtant interdit !

- Je sais.

- Et combien de fois es-tu descendu seul à Yomotsu ? »

A nouveau le silence.

« Combien de fois, Jie-Hu !? s'écrit Shiryu, sur un ton presque affolé.

- Je ne sais pas. Tous les jours. Et la nuit aussi, parfois.

- Mais enfin, c'est de la folie ! Tu ne devais pas venir ici tout seul ! Jamais !

- Je te demande pardon.

- Je ne veux pas que cela se reproduise ! Tu m'entends ?! Je te l'interdis !

- Mais père… Il n'y a qu'à Yomotsu que je me sens bien. Tu ne peux pas m'interdire de venir ici.

- Oh, bien sûr que je le peux ! Et ce n'est pas ton père, mais ton maître qui te l'ordonne !

- Tu ne comprends pas ! répond le petit garçon en criant. Je savais que tu ne comprendrais pas ! Je te l'avais dit ! Tu es incapable de comprendre ! Tu ne peux pas me comprendre ! Tu ne me connais pas ! Tu n'as jamais voulu me connaître, et tu ne le voudras jamais ! »

Jie-Hu se lève et s'enfuit en courant. Son père part à sa poursuite, mais avant qu'il ne puisse le rattraper, son fils disparaît.

Et lui, se retrouve seul à Yomotsu. Dans cette plaine qu'il exècre.

Il ne peut pas croire ce qu'il vient d'entendre. Les mots de son petit garçon résonnent dans sa tête. Encore et encore. Et la colère qui s'est emparée de son cosmos lorsqu'il les a prononcés le hante et le glace.

Oui, il ne le comprend pas. Mais il sait qu'il mettra tout en œuvre pour le comprendre. Avant qu'il ne soit trop tard…


Sanctuaire

Shun descend les marches du monumental escalier. Son inquiétude guide ses pas, et il regarde fixement les pierres abimées qu'il sent s'effriter sous ses pieds.

Il arrive enfin devant l'entrée de la première maison, et indique sa présence par une flambée de cosmos.

Il entend alors la voix de Kiki résonner dans sa tête, et celui-ci l'invite à entrer.

« Bonjour Shun ! Qu'y-a-t-il, tu sembles bien troublé ? s'enquiert aussitôt le jeune Bélier.

- Bonjour Kiki ! Oui, j'ai besoin de te parler.

- Alors, vas-y, je t'en prie.

- Seiya est en danger !

- Que veux-tu dire ?

- Oh, j'avais pris pleinement conscience de son mal-être il y a longtemps déjà… Mais aujourd'hui, j'ai peur de comprendre ce qui l'affecte, et j'ai l'affreuse certitude qu'il est peut-être déjà trop tard.

- Mais enfin, Shun, de quoi parles-tu ?!

- D'Hadès ! Kiki, Hadès est en train de s'emparer de lui !

- Quoi ?! Mais c'est impossible !

- Je crains que si, malheureusement.

- Mais comment ?

- Je ne sais pas. Mais j'ai pu le voir dans mes rêves, et dans ses rêves à lui.

- Dans ses rêves ? s'étonne le Tibétain.

- Oui, depuis quelques jours, mes rêves se mêlent à ceux de Seiya, et c'est ainsi que j'ai pu comprendre. Kiki, Hadès est assoiffé de vengeance, et il veut exercer sa fureur contre notre ami.

- En as-tu parlé à d'autres que moi ?

- Mon frère est en partie au courant, et je sais qu'il partage mon inquiétude. Mais il ne sait pas qu'Hadès est probablement à l'origine de tout cela. Je ne lui ai rien dit, car je n'étais pas sûr de moi la dernière fois que je l'ai vu. Mais maintenant je le suis, et je viens solliciter ton aide.

- En quoi aurais-tu besoin de moi ?

- Je pense que je dois me rendre à Yomotsu.

- Pourquoi voudrais-tu aller dans ce lieu maudit ?

- Parce que j'ai perçu cette nuit qu'il pourrait être la clef de quelque chose.

- Laquelle ?

- Je ne sais pas. Je n'en suis pas certain. Mais j'ai le sentiment qu'Hadès s'adresse à Seiya par le biais de cet endroit. Yomotsu renferme un passage pour le Royaume des Ténèbres, il ne serait donc pas étonnant qu'il l'utilise pour entrer en contact avec celui dont il veut se venger.

- Je comprends ton raisonnement, et celui-ci me semble juste. Mais en quoi pourrais-je t'être utile pour te rendre là-bas ?

- Je ne peux pas y aller seul. La rupture de ma connexion avec le Souverain des Enfers, il y a quatorze ans, m'en interdit l'accès.

- Comment peux-tu savoir une telle chose ?

- Parce que j'ai essayé de m'y rendre à plusieurs reprises, sans succès.

- Mais pourquoi ?

- Ceci est un autre sujet, dont nous n'avons pas le temps de parler aujourd'hui. Et cela n'a de toute façon aucune importance. Mais ce que je veux te dire, c'est que j'ai besoin que quelqu'un me conduise à Yomotsu. Et je pense malheureusement que cela ne peut être personne d'autre que Jie-Hu…

- Mais enfin, ne pourrais-tu pas demander à Shiryu de te guider là-bas ? Il en serait tout à fait capable.

- Non.

- Mais pourquoi ?

- Parce que Shiryu ne pourra pas me permettre de traverser la barrière qu'Hadès a dressée entre moi et Yomotsu. Sa connexion avec ce lieu n'est pas assez forte, pas assez profonde. Et seul Jie-Hu partage les liens qui m'en ouvriront l'accès.

- Mais dans ce cas, en quoi aurais-tu besoin de mon aide ?

- Je voudrais que tu nous y accompagnes. Car tes aptitudes télékinésiques nous permettront de mieux masquer ma présence, et tu pourras veiller sur le petit quand j'essaierai de lui parler.

- A qui voudras-tu parler ?

- A Hadès. Je ne vois pas d'autre solution. Je dois essayer de le convaincre qu'il n'a pas intérêt à exercer sa vengeance, et que cela n'est pas digne d'un Dieu de son rang.

- Mais comment comptes-tu t'y prendre ?

- J'essaierai d'entrer en contact avec lui par le Puits des Morts. Je suis persuadé qu'il existe une brèche qui me le permettra. Et une fois que je l'aurai ouverte, Hadès ne pourra plus m'en chasser. Mais pendant que j'essaierai de mettre tout cela en œuvre, il faudra que tu veilles sur Jie-Hu, et que tu le gardes le plus éloigné possible de moi. »

Kiki fronce ses points de vie, et Shun se rend compte qu'il ne saisit pas toute la nature de ce qu'il vient de lui exposer. Il poursuit donc son explication, d'un ton convaincu et sûr de lui.

« Oui, car nous ne devons absolument pas laisser Jie-Hu s'approcher d'Hadès. Pas en connaissant les craintes que tu m'as décrites à son sujet. Cela pourrait l'affecter à un point que nous ne pouvons pas imaginer, et cette incertitude doit nous inciter à la prudence.

- Je comprends, et je suis entièrement d'accord avec toi. Mais tu oublies une chose importante malgré tout.

- Laquelle ?

- Shiryu n'acceptera jamais que nous mêlions son fils à cette histoire.

- Alors je crains que nous ne devions garder le silence sur ce que nous projetons de faire.

- Tu n'y penses pas !

- J'ai peur qu'il n'y ait pas d'autres alternatives... La vie de Seiya en dépend. J'en ai l'absolue certitude. Et je ne me pardonnerai jamais de ne rien tenter pour le secourir, et l'écarter de la menace qu'Hadès fait planer sur lui.

- Si tu penses effectivement que nous n'avons pas d'autres choix, alors je ferai comme il te plaira.

- Oh mais rien de tout cela ne me plaît, Kiki. Je te l'assure.

- Oui, bien entendu. Ce n'est pas ce que je voulais dire… Quoi qu'il en soit, je t'accompagnerai dans ta quête, sans dire un mot à Shiryu. Et je te promets de tout mettre en œuvre pour protéger Jie-Hu, car je ne supporterai pas qu'il lui arrive quelque chose.

- Merci Kiki. Merci infiniment ! Et crois bien que je suis profondément désolé de t'entraîner là-dedans avec moi. Sincèrement. Mais je n'ai malheureusement pas le choix. »

Shun salue le chevalier du Bélier, puis quitte l'enceinte de la première maison.

Kiki reste un long moment sans bouger, avant de se diriger vers son atelier. Il pousse la porte derrière laquelle se trouve la pièce où il range les armures sur lesquelles il travaille, et s'approche de celle qu'il recherche. Une fois à ses côtés, il s'adresse à elle en chuchotant.

« Je crois que je vais avoir besoin de toi, ma belle. Tu vas devoir protéger le petit garçon qui t'est destiné. Le protéger contre les ténèbres, et peut-être, aussi, contre lui-même ».

Il caresse alors du bout des doigts l'armure d'Or du Cancer, qui lui répond par un sifflement bienveillant. Un murmure par lequel il comprend qu'elle accepte sa requête. Bien évidemment.


Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan

Hikari termine sa patrouille, et rejoint le refuge où il sait que ses ainés doivent attendre son retour, peut-être avec inquiétude. Il a bien compris que son maître ne pourrait s'empêcher de veiller sur lui, et qu'il n'accepterait pas qu'il lui arrive quoi que ce soit. Et si ce comportement un peu paternaliste l'agace en partie, il en ressent aussi une certaine satisfaction. Ou plutôt, une réelle gratitude.

En même temps, après plusieurs jours passés ici, il a malheureusement pris conscience de la profondeur du mal-être qui affecte le Sagittaire, sans toutefois pouvoir mettre un nom sur l'origine de sa douleur. Mais il compte bien essayer de comprendre. Il sait qu'il le lui doit.

Le jeune Pégase arrive devant la cabane qu'ils occupent, et aperçoit Shaina au bord du surplomb rocheux qui jouxte le chemin conduisant de l'autre côté de la montagne. Elle regarde fixement devant elle, et il peut percevoir un sentiment d'angoisse véritable émaner de son cosmos.

« Salut Shaina ! Tu as vu quelque chose d'intéressant dans le bas de la vallée ?

- Non, répond sèchement la jeune femme.

- Alors que cherches-tu à voir ?

- Ta ronde d'observation s'est bien passée ? poursuit-elle, sans répondre à la question de son jeune camarade.

- Oui parfaitement. Et je n'ai rien noté d'anormal. Enfin, par comparaison à ce que j'ai pu observer tous ces derniers jours.

- Tant mieux. Alors tu peux aller te reposer, je vais prendre ta place.

- Merci. Mais j'aimerais plutôt utiliser les quelques heures que j'ai devant moi pour faire une chose qui me tient à cœur, si tu me le permets.

- Peux-tu me dire de quoi il s'agit, s'il te plaît ?

- Oui bien entendu, je n'ai rien à cacher. Je voudrais simplement rendre visite au petit garçon qui se trouvait avec moi lors de l'attentat contre le Commandant Massoud.

- Je vois. Le petit que tu as sauvé.

- Oui… c'est bien ça.

- Alors, je te le permets. Evidemment.

- Merci », répond Hikari simplement.

Il commence à emprunter le sentier qui descend vers le village où il sait trouver celui qu'il recherche, lorsqu'il se retourne vers sa camarade Argentée.

« Mais au fait, où est Seiya ?

- Je ne sais pas.

- Ne devrait-il pas être revenu de son propre tour de garde ?

- Si, il le devrait.

- Alors, qu'est-ce qu'il fabrique ?

- Je n'en sais rien Hikari. Et je n'aime pas cela.

- Oh, mais il ne faut pas t'inquiéter. Il a probablement trouvé quelque chose d'intéressant à observer. Quelque chose qui aura retenu son attention, et dont il nous parlera dès son retour.

- Peut-être que tu as raison... Allez, pars rendre visite à ton petit protégé. Je suis certaine qu'il sera très heureux de te voir.

- Oui. A tout à l'heure ! » s'exclame le jeune chevalier de Bronze, en partant en courant.

Shaina se concentre à nouveau sur les montagnes devant elle. Elle déploie son cosmos, aussi loin qu'elle le peut, pour tenter de le localiser. Son Sagittaire. Car elle sent que quelque chose n'est pas normal. Il devrait être là, et il ne l'est pas. Et elle ne parvient même pas à ressentir la chaleur de son cosmos.

Elle ne peut donc s'empêcher d'avoir peur.

Peur qu'il soit en train de faire une erreur, guidé par sa colère et sa douleur.

Peur qu'il ne revienne pas.

Qu'il ne revienne pas auprès d'elle.


Sanctuaire

Jie-Hu pousse la porte de sa chambre avec rage, et se rue dans la salle de bain, sans jeter le moindre regard au jeune garçon étendu sur le lit à sa droite.

Dimitri est revenu au Sanctuaire depuis une semaine, Hyoga ayant fait un détour par la Sibérie avant de rentrer en Grèce. Et il profite de la nouvelle absence de son maître, qui est déjà reparti pour Kaboul, pour se reposer un peu, et laisser cicatriser ses engelures, que le froid d'automne a commencé à déposer sur sa peau.

Il sursaute à l'entrée fracassante de son camarade, et se lève aussitôt pour aller le rejoindre. Il tente d'ouvrir la porte que celui-ci vient de claquer violemment, mais quelque chose la bloque. Jie-Hu s'est enfermé à l'intérieur, et il peut entendre ses sanglots et ses larmes au travers de la fine couche de bois qui le sépare de lui.

« Jie-Hu, qu'y-a-t-il ? Que s'est-il passé ?

- Fiche-moi la paix, je ne veux voir personne !

- Enfin, ouvre-moi, et explique-moi ce qu'il t'arrive.

- Non !

- Mais alors, pourquoi es-tu revenu ici ? Tu savais que je m'y trouverais. Donc ne me dis pas que tu refuses de me parler, je ne te croirai pas. »

Pas de réponse.

« Jie-Hu… tu m'entends ? »

Le verrou claque, mais la porte reste close.

Le jeune Russe l'ouvre doucement, presque timidement. Il passe sa tête dans l'embrasure, et interpelle celui dont il perçoit aussitôt la détresse et la peine :

« Jie-Hu ? Je peux entrer ? »

Toujours le silence. Seulement des sanglots.

Le petit Chinois s'est recroquevillé dans l'espace étriqué entre le lavabo et la douche. Il serre ses genoux entre ses bras, et son visage est enfoui contre ses cuisses.

Dimitri s'approche de lui et s'accroupit à ses pieds.

« Jie-Hu, parle-moi. Dis-moi ce que tu as », murmure-t-il en frôlant son épaule de la main.

L'apprenti du Cancer relève la tête, et plonge ses yeux rougis par les larmes dans ceux de son ami.

« Il ne comprend pas.

- Qui ça ? Ton père ?

- Oui ! Il n'a jamais rien compris, et il ne le pourra jamais. Il en est incapable. Il ne me connaît pas, et il ne sait pas qui je suis au fond de moi.

- Mais pourquoi dis-tu cela ? Que s'est-il passé ?

- J'ai voulu lui expliquer ce que Yomotsu représentait pour moi. Combien je m'y sentais bien. Parmi les ombres. Avec les morts. Mais, c'était une erreur ! Evidemment. Et maintenant, il ne veut plus que j'y aille.

- Mais comment feras-tu pour poursuivre ton entraînement ?

- Oh, je pense qu'il me permettra de m'y rendre avec lui. Il n'aura de toute façon pas d'autre choix, même si cela le dégoûte… Mais il ne veut pas que je retourne là-bas tout seul. Et moi, je ne le supporterai pas. J'ai besoin de cet endroit ! J'ai besoin de la force et de l'énergie qu'il me donne. Que les âmes me donnent !

- Mais enfin, de quoi parles-tu ?

- Toi non plus tu ne peux pas comprendre, Dimitri. Tu es mon meilleur ami, mon seul ami, mais tu ne peux pas comprendre. Personne ne le peut.

- Je pourrai essayer… Jie-Hu, je suis prêt à t'écouter.

- Je ne crois pas.

- Je te dis que si !

- D'accord ! Alors écoute-moi bien, poursuit-il en rivant ses yeux noirs dans les grands yeux gris qui l'observent fixement. J'aime me rendre à Yomotsu pour me nourrir des âmes qui s'y trouvent. De leur énergie, de leurs peurs, de leurs certitudes et de leur désespoir.

- Mais pourquoi ?

- Parce que j'en ai besoin, pour accroître ma force et amplifier mon cosmos, et pour devenir ce à quoi je suis destiné. C'est elle qui me l'a dit.

- Qui ça ?

- Mon armure. Ma future armure. Elle l'a susurré dans ma tête dès mes premiers jours à Yomotsu. Et je sais que je dois lui obéir, que je peux lui faire confiance. Car elle ne me veut aucun mal, et elle ne me juge pas, elle.

- Mais moi non plus je ne te juge pas.

- Bien sûr que si ! Toi, comme tous les autres.

- Non, tu te trompes ! J'entends ce que tu me confies, et j'essaie de comprendre. Car je suis ton ami, Jie-Hu. Et je le serai toujours, quoi qu'il arrive.

- C'est ce que tu crois aujourd'hui. Mais tu verras que tu changeras d'avis un jour.

- Je te jure que non. Je t'en fais la promesse. Parce que, contrairement à ce dont tu sembles être convaincu, moi, je sais qui tu es. Et cela ne m'effraie pas, tu m'entends ? Car je sais que tu es quelqu'un de bien, et que tu le resteras, quelle que soit l'armure que tu revêtiras.

- Tu penses vraiment ce que tu dis ?

- Oui, je le pense.

- Merci Dimitri. Merci du plus profond de mon cœur. »

Jie-Hu lui sourit, en séchant ses larmes avec le revers de sa main. Le jeune apprenti de Glace lui sourit à son tour, ravi d'avoir réussi à réconforter son meilleur ami.

Pourtant, il ne peut réfréner le sentiment étrange qu'il sent s'élever en lui. L'impression qu'une force inconnue est en train de changer son camarade. D'insuffler en lui quelque chose de sombre et de terrifiant. Sournoisement. Lentement. Mais, peut-être, il le craint, inexorablement…


Kaboul, Afghanistan

Hyoga marche dans les rues de Kaboul, et constate avec douleur les ravages que la guerre a déjà causés dans les quartiers les plus pauvres. La nourriture commence à manquer, et presque plus aucune goutte d'eau potable ne s'écoule dans les canalisations des maisons.

Il profite d'ailleurs de son passage pour remplir discrètement de glace chacune des fontaines asséchées qu'il croise sur sa route. Les habitants pourront ainsi venir s'y abreuver à nouveau, lorsque la glace aura fondu. C'est tout ce qu'il peut faire pour l'instant.

Il quitte ensuite la ville et prend la direction des montagnes, pour se diriger vers le refuge où Vjeko, Aleix et lui se sont installés. Il marche doucement, toujours discrètement, silencieusement. Une vieille habitude qu'il a prise en Sibérie, lorsqu'Isaak et lui suivaient leur maître dans la plaine recouverte de neige et de glace.

Il aperçoit rapidement ses deux jeunes camarades, qui semblent en grande conversation devant la petite maison de pierres qui leur sert d'abri. Ils n'ont visiblement pas remarqué sa présence, et il s'amuse de ses talents d'espion, qu'il a d'ailleurs su mettre à profit tant de fois au cours de ses missions. Rien de plus naturel pour un chevalier du Verseau...

En s'approchant davantage, il remarque l'attitude particulière des deux jeunes hommes. Vjeko caresse les mains de son vis-à-vis du bout des doigts, et ce dernier lui sourit comme il ne l'a jamais vu sourire à personne. Il se rappelle alors avoir vu son maître partager la même attitude et les mêmes gestes. Il s'en souvient avec précision, même s'il est persuadé que Camus ne s'est jamais douté de l'ampleur de sa perspicacité…

Oui, Hyoga n'était pas aveugle, et il se rappelle combien son maître était différent lorsque Milo venait leur rendre visite à l'isba. Combien il semblait heureux et comblé. Combien il semblait vivant. Et le Scorpion le regardait exactement comme Vjeko regarde Aleix en ce moment. Avec une profondeur singulière, qui faisait briller ses yeux en les vidant de toute leur colère.

Le Verseau sait que le Capricorne et le Phoenix sont les meilleurs amis du monde, et quasiment inséparables depuis leur enfance. Mais il comprend à présent que quelque chose d'autre les unit, et le bonheur qu'il peut percevoir dans leurs deux cosmos ne lui laisse aucun doute quant à la nature de ce lien.

Il pense alors que le moment est venu d'indiquer sa présence, pour ne pas surprendre les deux hommes dans une situation qui pourrait les mettre mal à l'aise. Il déploie donc son cosmos, avant de les interpeller sur un ton parfaitement naturel, comme s'il n'avait rien vu de ce qu'il venait de voir.

« Salut les gars ! »

Vjeko lâche aussitôt les mains de son camarade, et croise les bras sur sa poitrine. Aleix s'écarte de lui sans le regarder, et part immédiatement à la rencontre du nouveau venu.

« Salut Hyoga ! Qu'as-tu appris de ta patrouille dans Kaboul ?

- Peu de choses réjouissantes, malheureusement. Les habitants commencent à manquer de vivres et d'eau potable, et nous ferions bien d'y remédier avant que de nouvelles bombes ne s'abattent sur la ville.

- Je comprends, et je partage entièrement ton point de vue. Nous devrions donc nous mettre au travail, afin d'apporter à la population tout ce dont elle a besoin. Vjeko, tu es d'accord avec nous, n'est-ce pas ? lance-t-il au Phoenix resté en arrière.

- Naturellement ! Et je vous propose de commencer dès maintenant », répond le jeune Croate.

Hyoga approuve la décision de ses coéquipiers, et part avec eux en direction du Nord, pour aller chercher ce qui manque si cruellement aux habitants de Kaboul.


Est de l'Afghanistan, à proximité de la frontière avec le Pakistan

Seiya sent le poids de son armure sur son dos. Celle-ci ne lui a jamais paru aussi lourde, mais il ne veut pas s'en défaire car il sait qu'il en a besoin. Il en a besoin pour évoluer à la vitesse qu'il souhaite à travers ces montagnes qu'il ne connaît pas encore suffisamment, et surtout, pour camoufler sa présence des combattants qu'il espionne, et étouffer la perception de son cosmos par ses amis qu'il sait tout proches.

Il arrive enfin à proximité d'un groupe d'hommes parmi lesquels il reconnaît aussitôt le visage de celui qu'il recherche. Et il doit serrer les dents pour ne pas se jeter sur lui.

Les soldats échangent encore quelques mots avant de se séparer. Celui qui l'intéresse s'éloigne seul en direction de la montagne, sans prêter la moindre attention à ce qui l'entoure. Il emprunte un sentier isolé, probablement pour prendre son tour de garde sur les hauteurs.

« Vraiment trop facile »… murmure le Sagittaire pour lui-même.

Il s'approche alors de lui, et commence à le suivre sans faire un bruit. Il doit attendre encore un peu. Il doit se concentrer davantage. Pour être sûr… Sûr de ne pas être vu, et de ne pas éveiller de soupçons par une flambée de cosmos incontrôlée.

Il sait que Jabu et Ikki patrouillent dans les environs, ici ou un peu plus au Sud. Et il n'a absolument aucune envie de tomber sur eux. Ils ne comprendraient pas, et essaieraient de le convaincre de procéder autrement. C'est une évidence.

Mais, lui, sait qu'il ne le peut pas. Il doit poursuivre l'objectif qu'il s'est fixé. Car il a la conviction qu'il ne pourra pas parvenir à ses fins autrement.

L'homme s'arrête enfin et s'assied sur un rocher. Il écarte sa Kalachnikov sur le côté de son épaule, et sort un sachet de sa poche. Il en extirpe un peu de tabac, qu'il dépose dans une petite feuille de papier. Il roule l'ensemble entre ses doigts, lèche le bord pour sceller le tout, et porte la cigarette à sa bouche. Il l'allume avec un briquet qu'il vient de sortir de son autre poche. Un de ces gros briquets comme ceux que l'on peut voir dans les films américains. Il tire lentement sur sa cigarette, et laisse les vapeurs du tabac pénétrer ses poumons. Il rejette la fumée par les narines, et dégage du bout de son index quelques morceaux de tabac restés collés sur ses lèvres. Il se pince l'arête du nez, et tire une nouvelle fois sur sa cigarette.

C'est le moment que choisit le Sagittaire pour se présenter face à lui. Le soldat sursaute, et laisse échapper un juron incompréhensible.

« Salut ! Tu n'aurais pas une clope pour moi, s'il te plaît ? » lui lance le chevalier.

L'homme le regarde stupéfait, et lui répond dans une langue que Seiya n'est pas capable de comprendre.

« Tu parles anglais ?

- Oui, rétorque le combattant. Mais qu'est-ce que ça peut te foutre ? Et c'est quoi ce costume ridicule ? poursuit-il, en anglais justement.

- Ne t'occupe pas de mon costume, comme tu dis, et contente-toi de répondre à mes questions...

- De quelles putains de questions tu parles ? Et d'abord, t'es qui toi ?

- Ça, ça ne te regarde pas !

- Va te faire foutre, et retourne d'où tu viens, avant que je te fasse exploser la cervelle ! »

L'homme touche alors le plastron de l'armure du Sagittaire avec le canon de son AK-47. Seiya l'attrape de la main droite, le plie en deux d'un simple mouvement du pouce, et jette le fusil sur le côté.

« Pardon, tu disais, mon ami ? Excuse-moi, mais je ne maîtrise pas très bien la langue de Shakespeare…

- Putain, mais t'es qui toi ? Et qu'est-ce que tu me veux ? bégaie le soldat, avec un début de panique dans la voix.

- Ne t'inquiète pas… Je vais t'expliquer… La vallée du Pandjchir, le huit septembre, toi et ta sale gueule essayant de convaincre le Commandant Massoud de recevoir des journalistes belges pour une interview… »

L'homme fronce des sourcils, et l'éclat dans ses pupilles indique au Sagittaire qu'il comprend maintenant très bien de quoi il parle.

« Je veux simplement savoir qui t'a envoyé là-bas ce jour-là. C'est tout, et après, je te laisserai tranquille.

- Je ne sais pas de quoi tu parles ! Je ne connais même pas de Commandant Massoud !

- Arrête de te foutre de ma gueule ! » s'exclame le gardien du neuvième temple, avant de reprendre, très calmement :

« Excuse-moi… Mais tu vois, tu commences à m'agacer, et je n'aime pas être agacé… Alors, je répète ma question : qui t'a envoyé là-bas ce jour-là ? ».

Le soldat ne répond pas, et se lève subitement pour partir en courant. Seiya le rattrape d'un bond, et le plaque violemment contre la roche ocre et chaude. Si violemment qu'il entend son épaule se briser sous ses doigts. L'homme hurle de douleur, et plonge un regard terrorisé dans celui de son agresseur.

« Oh, pardon… Mais je t'avais prévenu qu'il ne fallait pas m'énerver… Bon, écoute-moi : je ne te connais pas, et tu ne me connais pas. Mais ce dont je suis certain, par contre, c'est que tu vas me dire tout ce que tu sais, et que tu vas me le dire maintenant.

- Mais qu'est-ce que cela peut te foutre qui m'a envoyé là-bas ?

- Ne t'occupe pas de ça. Et réponds-moi, c'est tout ce que je te demande ! »

L'homme le fixe alors avec des yeux sombres et déterminés, comme s'il avait finalement compris qu'il ne pourrait pas s'en sortir. Il sourit, ouvre la bouche, et lui crache au visage.

Seiya essuie sa joue d'un revers de main et sourit à son tour.

« Je crois que nous n'allons pas réussir à nous entendre tous les deux, et tu m'en vois sincèrement désolé… ».

Et le combattant se met alors à crier. A crier de toutes ses forces. Et ses cris résonnent dans le crâne du Sagittaire, qui ne parvient pourtant plus à les entendre. Et de toute façon, il vient de comprendre qu'il devait s'habituer à ces cris. Car ceux-ci ne cesseront pas tant que l'homme qu'il serre entre ses mains ne lui aura pas donné les réponses qu'il attend.


Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan

Hikari sourit à la femme qui se tient devant lui, et lui tend son assiette. Et comme elle s'applique à le faire depuis plus d'une heure, elle la lui remplit à ras bord, encore une fois. Le petit garçon assis à ses côtés rit aux éclats, et s'adresse à la femme dans sa langue natale.

« Qu'est-ce qu'il a dit ? demande Hikari, dans un anglais plus qu'approximatif.

- Il a dit que tu avais vraiment un appétit de géant ! Ou alors, que la personne qui te nourrissait habituellement n'était pas un très bon cuisinier, ou pas une très bonne cuisinière…

- Disons que c'est un peu les deux… » répond le jeune chevalier, en délivrant un clin d'œil à son petit voisin.

Hikari est arrivé dans le village il y a quelques heures, et la mère du petit garçon l'a aussitôt reconnu. Car malgré les blessures qui recouvraient son visage lorsqu'elle était venue chercher son fils le jour de l'attentat, elle n'a jamais pu oublier les traits de l'homme qui avait sauvé son enfant. L'homme sans qui elle l'aurait perdu, pour toujours.

Le jeune Pégase a donc été accueilli en héros. Un rôle qu'il ne connaissait pas le moins du monde, mais avec lequel il n'a eu finalement aucun mal à se familiariser… Aidé en particulier par son jeune protégé, qui ne l'a pas lâché d'une semelle depuis qu'il a compris qui il était, en lui jetant des regards à la fois interrogateurs et admiratifs. Et puis la gratitude, immense, qu'il a pu lire dans les yeux de sa mère l'a aidé à comprendre et à accepter une chose. Une chose qu'il ne parvenait pas à envisager. L'idée que ce jour-là, il avait vraiment été utile… Malgré tout ce qu'il avait pu croire jusqu'à présent.

Et maintenant, Hikari a l'immense bonheur de pouvoir profiter des mets délicieux préparés spécialement en son honneur. Il s'en fait littéralement exploser le ventre, et il s'en veut un peu de ne pas en faire bénéficier ses deux camarades. Il se promet alors d'emmener Shaina et Seiya ici dès qu'il en aura l'occasion.

Et enfin, et c'est peut-être pour lui le plus important, il a aussi pu ressentir l'amour immense que cette femme portait à son fils. Et pour la première fois de sa vie, il s'est dit qu'il avait de la chance, une chance infinie, de connaître un amour similaire. L'amour de sa mère. L'amour de Marine.


Est de l'Afghanistan, à une cinquantaine de kilomètres au Sud-Ouest de Jalalabad

Ikki marche lentement, en regardant partout autour de lui. Il suit le cosmos de son camarade qui avance d'un pas déterminé devant lui, sans lever les yeux de ses pieds.

« Eh, l'arachnide ! T'es sûr que tu sais où tu nous emmènes ? Car j'ai l'impression que cela fait des plombes qu'on se promène dans ces montagnes, et je ne vois toujours pas l'ombre d'un moindre petit caillou intéressant…

- Un peu de patience, Ikki ! Et par Athéna, arrête avec ce surnom ridicule, ou je me mets à t'appeler mon chaton !

- Essaie un peu pour voir !

- Oh, mais je ne m'en priverai pas, mon chaton ! » lance le Scorpion en se tournant vers lui, un sourire amusé sur les lèvres.

Mais à la tête que fait le dit chaton, Jabu comprend immédiatement que quelque chose ne va pas.

Ikki fronce les sourcils et ferme les yeux. Encore cette présence, d'une noirceur absolue. La même entité froide que celle qu'il avait ressentie quelques heures avant les premières attaques américaines. Il la sent toute proche, si proche qu'il jurerait pouvoir entrer en contact avec elle, si elle ne mettait pas une barrière quasiment infranchissable entre elle et lui.

Il se concentre encore davantage, et fait exploser son cosmos pour tenter de la localiser, et la forcer à se découvrir. Mais la seule réaction qu'il obtient, c'est une poussée d'énergie négative qu'il sent pouvoir devenir dévastatrice, et une sensation insoutenable de vide.

Ikki rouvre les yeux, qu'il plonge aussitôt dans ceux de son homologue doré, qui le dévisage d'un air stupéfait.

« Tu l'as sentie toi aussi ? interroge le Lion.

- Quoi donc ?

- Cette présence…

- Quelle présence ?

- Il y a quelqu'un ou quelque chose qui rode par ici, et je n'aime pas cela. Mais alors pas du tout.

- Mais enfin Ikki, de quoi parles-tu ?

- Ferme-là deux minutes, et concentre-toi. Elle est toujours là. »

Jabu obéit à son camarade et ferme les yeux à son tour. Et il ne lui faut que quelques secondes pour comprendre à quoi ce dernier fait référence.

« Putain ! C'est quoi ce truc ? » s'exclame le gardien du huitième temple en initiant un mouvement de recul.

Puis, soudain, l'entité disparaît, et les deux chevaliers semblent reprendre leur souffle.

« Par tous les Dieux, Ikki ! Qu'est-ce que c'était que ça ?

- Je n'en ai pas la moindre idée… Mais c'est la deuxième fois en dix jours que je perçois cette présence anormale, et je compte bien comprendre de quoi il s'agit.

- On dirait un cosmos, mais un cosmos différent. Un cosmos incroyablement noir, et semblant se nourrir de … vide.

- Oui… de vide absolu, approuve l'ancien Phoenix. Mais le vide semble pour l'instant avoir déserté les environs, alors continuons, s'il te plaît. J'aimerais arriver au camp dont tu m'as parlé avant la tombée de la nuit. »

Le Lion reprend alors son avancée de la même allure tranquille. Mais il ne peut effacer l'horrible impression que sa brève tentative de contact vient de laisser dans son esprit. Une sensation qui lui semble tout à coup familière. Oui, à bien y repenser, il a la certitude d'avoir déjà ressenti cette présence, de l'avoir déjà côtoyée, et même d'avoir déjà parlé avec elle… Au travers de la bouche de son frère…

Et pour une raison qu'il ne s'explique pas, il se met à penser à Seiya. Il espère que Shaina veillera sur lui, comme il le lui a demandé. Comme lui-même le ferait s'il était auprès d'eux.

Mais à vrai dire, il est persuadé qu'elle le fera. Il en est convaincu, n'en a pas le moindre doute. Parce qu'il sait, comme il l'a toujours su, que l'Ophiuchus tient toujours au Sagittaire. Malgré lui, et malgré elle, et malgré ce qu'ils vivent tous les deux. Mais il a appris à ne plus y accorder d'importance. Parce que la seule chose qui compte aujourd'hui à ses yeux, c'est l'amour qu'il ressent pour elle, et l'amour qu'elle ressent pour lui. Et de cela aussi, il en est absolument convaincu…


Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan, à la tombée de la nuit

Seiya grimpe le long du sentier qui le conduit vers le refuge. Il a remis son armure dans sa caisse, qu'il porte désormais sur son dos. Mais il peut encore sentir sa chaleur se répandre dans son corps et dans sa chair. Et cette chaleur le brûle presque… Il se frictionne les bras pour tenter de la dissiper, et remarque les traces de sang qui recouvrent encore sa peau. Il bifurque alors de son trajet initial, pour se diriger vers la petite rivière qu'il sait descendre le long de ces rochers. Une fois qu'il l'a atteinte, il s'accroupit au bord, et plonge ses mains dans l'eau glacée. Et il commence à nettoyer ses bras, pour effacer toutes traces de ce qu'il vient de faire.

Il a conscience d'avoir perdu le contrôle, de s'être laissé emporter par sa rage et sa fureur. Mais il n'en éprouve absolument aucun remord. Car il a obtenu les informations qu'il cherchait, et c'est tout ce qui compte à ses yeux. Le reste n'a pas d'importance. L'homme qu'il a abandonné à moitié mort dans la montagne n'a aucune importance.

Oui, maintenant, il sait qui a commandité l'attentat contre Massoud. Il sait où il se trouve. Il pourra donc exercer sa vengeance, quand le moment sera venu. Et cette pensée le soulage, le réconforte. Et il n'a plus besoin de la voix pour savoir ce qu'il doit faire…

Il se redresse sur ses jambes, secoue ses bras devant lui, et reprend la direction du chemin qu'il n'aurait pas dû quitter. Il marche encore quelques minutes, avant de percevoir le cosmos de Shaina. Celle-ci semble visiblement attendre son retour, et il comprend assez vite qu'il va devoir s'expliquer sur les raisons de son absence.

Il aperçoit finalement leur refuge, et se dirige directement vers celui-ci, sans se préoccuper du regard noir que lui jette l'Ophiuchus. Il pose la caisse de son armure à l'intérieur de la petite baraque, et ressort aussitôt.

« Hikari n'est pas là ?

- Non, comme tu peux le voir, répond sèchement la jeune femme.

- Et peux-tu me dire où il est parti ?

- Il est allé voir le garçon qu'il a sauvé le jour de l'attentat contre Massoud.

- Ah, je vois… rétorque le Sagittaire, en passant devant elle sans la regarder.

- Et toi, je peux savoir où tu étais ? »

Pas de réponse. Seiya s'adosse contre l'arbre qui jouxte leur abri, et croise les bras sur sa poitrine, toujours sans prononcer un mot.

Shaina sent qu'elle commence à perdre patience… Elle plaque son dos contre le mur de la petite maison de pierres, comme pour se donner de la contenance, et s'adresse à lui d'une voix qu'elle essaie de garder la plus calme possible.

« Seiya, où étais-tu ? As-tu oublié que nous sommes censés faire équipe ? Tu ne peux pas partir comme ça, sans me dire où tu vas.

- Non Shaina, je n'ai pas oublié. Mais ce que j'avais à faire cet après-midi ne te regarde pas.

- Et en quel honneur ?!

- En l'honneur de ce que j'ai décidé. Et je n'ai pas à te rendre de compte. Ni à toi, ni à personne. »

La jeune femme fronce des sourcils, et relève son genou pour poser son pied droit à plat contre le mur.

« Seiya… Par Athéna, que t'arrive-t-il ? »

Aucune réaction. Juste une tête qui se baisse, et des cheveux qui masquent des yeux.

« L'autre jour sur le bateau, tu as dit que tu te sentais capable de me parler. Alors parle-moi. »

Toujours pas le moindre mot.

« Très bien si tu veux rester silencieux… C'est ton droit après tout. Alors, c'est moi qui vais prendre la parole. Seiya, je sais, comme nous le savons tous, que tu ne vas pas bien. Et même si je ne parviens pas à comprendre l'origine de ta douleur, je peux la percevoir au fond de moi. Et je sens qu'elle est immense, et qu'elle grandit chaque jour davantage. Alors, s'il te plaît, tu dois te ressaisir ! Tu dois te faire confiance, te souvenir de qui tu es, et de ce que tu as accompli. Et surtout, tu dois lutter contre ta colère, car c'est elle qui nourrit ta souffrance. C'est ta rage qui abreuve ta douleur, et tant que tu n'auras pas réussi à l'éliminer de ton cœur, tu ne pourras pas l'effacer. »

Toujours le silence. Mais une tête qui se relève, et des yeux qui se plongent dans les siens.

« Seiya, tu m'entends ? Mais dis quelque chose !

- Putain, Shaina, mais qu'est-ce que tu connais à ma douleur ?! Et qu'est-ce que tu comprends à ma souffrance ?! s'écrit-il subitement.

- Pas grand-chose, justement… Mais je voudrais que tu m'expliques… »

Le Japonais la regarde fixement et s'approche d'elle lentement.

« Tu ne pourrais pas comprendre. Personne ne le peut…

- Essaie quand même. Tu pourrais être surpris… »

Seiya fait encore quelques pas vers elle. Elle le sent si proche. Beaucoup trop proche. Et son regard… Son regard la transperce, et elle ne peut plus le supporter.

« Mais pourquoi est-ce que tu me fais chier avec tout ça, Shaina ? Pourquoi te préoccupes-tu de moi ?

- Parce que je tiens à toi… Depuis toujours, et encore aujourd'hui, quoi que tu puisses penser.

- Ah oui ?! Vraiment ?! Pourtant, ça ne t'empêche pas de te faire baiser par Ikki !

- Va te faire foutre Seiya ! », s'écrie-t-elle en lui délivrant une gifle monumentale.

Celui-ci n'a pas le temps de l'éviter, et la prend en plein visage. Il réagit immédiatement en plaquant violemment la jeune femme contre le mur de la maison. Shaina panique une fraction de seconde, et sent son cœur se briser dans sa poitrine quand elle voit l'ampleur de la colère qui noircit les yeux du Sagittaire. Elle ne comprend donc pas quand elle sent sa bouche fondre sur la sienne. Son baiser est d'une telle violence qu'elle ne peut ni l'éviter, ni le refuser. Et de toute façon, elle n'en a pas envie...

Et avant qu'elle ne puisse réagir, Seiya glisse ses mains entre leurs deux corps déjà collés l'un à l'autre. Il s'empare de ses seins, sans interrompre son baiser, et les serre avec force à travers le tissu. Il effleure ensuite sa lèvre inférieure avec sa langue, dans une caresse plus délicate, et la mord doucement. Sa respiration s'accélère, devient saccadée, et il passe à la dégustation de sa lèvre supérieure, qu'il dévore avec le même appétit. Il sent finalement une langue timide venir à sa rencontre, et la frôle délicatement pour l'accueillir. A ce contact délicieux, Shaina écarte enfin ses lèvres pour lui offrir entièrement sa bouche, et se laisser aller à ce désir qui la brûle. Leurs langues se cherchent, se trouvent, se découvrent, et déjà s'apprivoisent et se plaisent. Comme si elles s'étaient toujours attendues.

Le Sagittaire délaisse alors sa bouche pour la picorer de baisers, depuis le bord de ses lèvres jusqu'à la base de son cou. Il poursuit lentement jusqu'à son oreille, au creux de laquelle il s'attarde un instant.

« Tu es magnifique… », lui murmure-t-il.

« Et j'ai tellement envie de toi… Depuis des jours… Shaina, je t'en prie, laisse-toi faire…

- Non… je ne peux pas…

- Chut… Nous n'en parlerons à personne… Ce sera notre secret… Et ne me dis pas que tu n'en as pas envie… Je sais que ce n'est pas le cas. Je sais que tu me désires. Depuis toujours… »

Shaina ferme les yeux et se mord les lèvres. Elle les mord tellement fort qu'elle sent le goût métallique du sang se répandre dans sa gorge. Et elle maudit déjà sa faiblesse, car elle sait qu'elle est incapable de repousser l'homme qu'elle attire déjà contre elle. Comment le pourrait-elle ?

Sans attendre de réponse, Seiya reprend ses baisers le long de son cou jusqu'à son épaule, et glisse doucement sur son omoplate. Il soulève alors le débardeur qui le gêne, dégage le soutien-gorge qui le freine, et laisse enfin courir ses lèvres sur sa poitrine. Il frôle la surface de ses seins du bout de la langue, en s'attardant sur chaque parcelle de peau qu'il sent frémir à son passage. Il les caresse aussi avec ses mains, pour resserrer son emprise, et s'assurer du désir qu'il veut provoquer chez celle qu'il dévore de sa bouche.

Shaina bascule la tête en arrière. Elle la tape presque avec violence contre le mur, pour essayer de reprendre le contrôle, et de mettre un terme à cette horreur. Mais au lieu de cela, elle appuie encore davantage le visage du Sagittaire contre sa poitrine.

Le chevalier embrasse la base de ses seins, qu'il effleure aussi du bout des doigts, et poursuit ses baisers sur le haut de son ventre. Il descend lentement, un peu plus bas, toujours plus bas, et place ses mains à plat contre ses côtes. Il se met alors à genoux, et descend le collant et la culotte de Shaina sur ses cuisses.

« Non… Seiya, arrête… Je ne peux pas… »

Mais il ne lui répond pas, et ne semble même pas l'avoir entendue. Il reprend ses baisers, juste en-dessous de son nombril, et faufile sa main droite entre ses jambes. Il sourit en constatant le manque d'indifférence de celle qui le giflait encore il y a quelques minutes. Il la caresse, doucement, du bout des doigts, qu'il enfonce délicatement en elle. Puis il approche ses lèvres de l'objet de son désir, qu'il frôle déjà avec la pointe de sa langue.

« Non… Seiya… Ah… Tu ne dois pas… Ah… Je ne dois pas… »

Shaina sent ses jambes se dérober. Son cœur s'accélère, semble prêt à s'arrêter, et son souffle se perd dans les gémissements qu'elle ne peut s'empêcher de laisser échapper. Elle ne contrôle plus rien. Elle oublie tout ce qui était important pour elle encore cinq minutes auparavant. Elle ne pense plus à rien, ni à personne. Et surtout, elle ne pense plus à lui. A Ikki.

Elle serre les cheveux du Sagittaire entre ses doigts, et accompagne ses mouvements avec ses mains pour le sentir plus près d'elle. Et submergée par le plaisir que l'homme qu'elle aime depuis toujours est en train de lui donner, elle se met à crier.

Seiya détache sa bouche, et remonte lentement le long du corps qu'il sent trembler sous ses doigts. Il approche ses lèvres des siennes, et l'embrasse doucement, délicatement. Toute la violence de tout à l'heure a disparu, et à cet instant, il ne reste plus que le désir et la tendresse.

Shaina descend ses mains sur le ventre du Sagittaire, et détache un à un les boutons de son jean. Elle le dégage de ses hanches, et il le fait tomber sur le sol d'un mouvement du bassin. Il fait ensuite courir ses doigts autour de sa taille, et place sa main gauche dans le creux de ses reins. De la main droite, il poursuit ses caresses, et commence à descendre le long de sa jambe. Il s'arrête sur sa cuisse, et la soulève délicatement. Puis, sans attendre davantage, il entre doucement en elle, pour lui faire l'amour. Comme elle l'avait toujours rêvé. Comme elle l'avait toujours espéré, sans jamais pouvoir y croire. Comme elle l'avait toujours voulu, malgré tout, malgré elle, et malgré lui.

Et après de longues minutes à s'abandonner totalement au plaisir qui les consume tous les deux, leurs cris retentissent en même temps, étouffés dans le silence de la nuit afghane.

Le Sagittaire reste encore en elle un long moment, et elle peut sentir son cœur battre contre sa peau. Comme elle l'avait imaginé près de la rivière, juste dix jours plus tôt.

Puis, il se détache d'elle, remet son pantalon, et remonte lentement son collant. Il lui sourit et l'embrasse encore une fois, et son baiser résonne en elle comme une offrande inespérée. Un bonheur qu'elle avait attendu depuis toujours, sans y avoir droit, et qu'elle était certaine de ne jamais connaître.

Et après un dernier regard, d'une douceur dont elle ne l'aurait jamais cru capable, Seiya lui tourne le dos et s'en va. Il la laisse là, seule, adossée au mur contre lequel ils viennent de faire l'amour.

Shaina bascule la tête contre la paroi, et se laisse glisser lentement le long des pierres abîmées. Elle sent qu'elles lui déchirent le dos, qu'elles lui lacèrent la peau, mais c'est une douleur qu'elle sait avoir méritée.

Elle se recroqueville sur elle-même, pour emprisonner ses sentiments, pour les étouffer, les effacer à tout prix. Et ainsi refermée sur sa fragilité, elle se met à pleurer.

Elle pleure des larmes de joie, elle ne peut le nier. C'est une évidence, une indéniable réalité. Mais aussi des larmes de honte, et surtout, de colère, contre elle-même et contre son impardonnable faiblesse. Et les sanglots de sa souffrance, qu'elle sent grandir en elle, lui font déjà perdre le peu de raison qui lui reste.

A cet instant, elle se maudit, elle se dégoûte, elle se vomit. Elle se déteste. Elle se hait, comme elle n'a jamais haï personne.

Et elle sait, avec une certitude qui la brise et la déchire, que cette nuit, elle a probablement tout perdu.

Et surtout, qu'elle l'a probablement perdu lui.

Ikki.


A suivre…


Et voilà ! ça… c'est fait !…

Note de fin : Alors cette dernière scène m'a, comment dire… fait pas mal cogiter… Je l'avais en tête dès les premières lignes de mon histoire, et avais commencé à l'écrire il y a longtemps. Mais je l'ai ré-écrite un bon nombre de fois, pour changer des mots, pour modifier des gestes, ajouter certaines choses, en enlever d'autres… Mais globalement, je suis restée sur ce que j'avais imaginé au départ. Car c'est ce moment-là que je voulais leur donner à tous les deux. Un moment fort et sensuel, presque beau sous certains aspects, mais aussi une épreuve terrible pour Shaina, un supplice auquel elle n'a malheureusement pas su résister… Mais comment aurait-elle pu lui résister ? Ce passage est une étape assez importante dans le déroulé de mon histoire… J'espère donc que j'aurais réussi à faire passer tout ça dans ces quelques lignes…

Voilà… Merci encore de votre lecture, et je vous dis à bientôt pour la suite. D'ailleurs, à ce sujet, je risque de prendre un peu plus de temps pour publier mes prochains chapitres. Car j'ai vraiment trop empiété sur mes heures de sommeil ces dernières semaines... Mais je ferai ce que je peux pour ne pas espacer les publications de plus de deux semaines. Promis… A bientôt.