Chapitre 21.

C'est avec un trac sans nom qu'Elenor ouvrit la porte de sa chambre.

Elle se souvenait de Vesryn et elle, jouant dans les jardins de Thserion avant qu'elle ne parte de la cité pour ne plus y revenir avant aujourd'hui. Ils n'étaient que des enfants à l'époque, mais leur amitié en avait fait jaser plus d'un dans la Vallée.

Une princesse et le fils d'un fleuriste qui aspirait à devenir chevalier.

Mais dès lors, cela avait affirmé le caractère indépendant et libre d'Elenor qui détestait être arrêté par les statuts sociaux. Elle ne se considérait pas comme une princesse, elle savait se débrouiller toute seule et n'avait pas besoin d'être servi pour pouvoir vivre...

Lorsque la porte de la chambre fut ouverte, la jeune femme aux cheveux noirs tomba nez à nez avec un elfe recouvert d'une fine armure. Il ne portait pas de casque, laissant tout le loisir à Elenor d'admirer ses traits. Il avait un visage fin et sa peau était très pâle, ses cheveux blancs lui arrivaient en dessous des épaules tandis que ses yeux vert clair donnaient une touche de couleur.

Quand il les baissa vers elle, la noiraude se sentit clouée sur place. Mais alors qu'elle pensait qu'il allait lui adresser un sourire, Vesryn ne fit rien. L'elfe resta de marbre, la saluant seulement avec respect avant de s'écarter du passage. La jeune femme eu l'impression qu'un poignard se plantait dans son cœur. Même mourir lentement dans le froid était plus doux que l'ignorance dont faisait preuve Vesryn à cet instant. Elenor vacilla légèrement et le blanc amorça un réflexe pour la retenir, mais Moira fut beaucoup plus vive, retenant la noiraude par les épaules.

« - Elenor ! J'en étais sûre, tu n'es pas encore assez reposée pour sortir, fit la rose avec inquiétude.

- Ça va... Ça va, répéta Elenor en se redressant convenablement. »

Moira voulu l'en dissuader, mais la jeune femme aux tatouages de lotus se mit à avancer, passant devant le garde en faisant comme si ce dernier n'existait pas. La jeune mutante la suivit de près, surveillant la moindre baisse de tension de son amie pour pouvoir la rattraper avant qu'elle ne chute sur le sol.


Loin d'avoir conscience de l'inquiétude de Moira pour elle, Elenor pensait à tout autre chose. Voir l'indifférence de Vesryn lui brisait le cœur, bien plus qu'elle ne l'aurait voulu, mais la noiraude devait se rendre à l'évidence. C'était, dans un sens, normal que le blanc ai ce genre de comportement avec elle.

Elle était partie de Thserion depuis très longtemps et n'avait plus vraiment eu l'occasion de parler à Vesryn, et même de le voir sous forme humaine, d'ailleurs. L'elfe avait sans doute oublié l'amitié, et même plus, qui les lier auparavant. Non, elle ne pouvait pas lui en vouloir de se comporter ainsi. Son père lui avait dit que c'était Vesryn qui l'avait veillée dans la neige le temps qu'ils arrivent. Mais à ce moment-là, le blanc ne faisait sans doute que son devoir.

Avec l'armure qu'il portait, ainsi que l'épée à sa ceinture, Elenor devina qu'il avait finalement réalisé son rêve. Devenir chevalier dans l'armée de Thserion, même si l'armée ne servait plus à rien depuis un certain temps.

La jeune femme aux cheveux noirs ferma quelques secondes les paupières, chassant les larmes qui lui piquer les yeux, avant de les rouvrir.

Les couloirs de Thserion étaient larges et décorés de nombreuses tentures tissés avec une technique extraordinaire. Cela faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pas pu les admirer, tout comme les hautes et grandes fenêtres qui leur donnait à chaque fois tout le loisir de pouvoir observer la Vallée et les jardins.

À cette période de l'année, les repas ne se déroulaient pas sur l'une des terrasses extérieures, et Elenor trouvait ça bien dommage. Mais bon, elle allait de nouveau partager un repas avec son père, le fait que le repas se passe à l'intérieur ne la gênait donc pas.

« - Je suis impressionnée... Ces tapisseries sont absolument magnifiques ! Que représentent-elles, Elenor ? »

Ce tournant vers sa meilleure amie, Elenor ne pu s'empêcher de sourire en voyant les étoiles dans les yeux de la rose. Elle commença à ralentir son allure, aussi bien pour ménager ses côtes que pour se calquer sur le rythme de la jeune mutante.

« - Elle raconte l'histoire des elfes, enfin tout du moins, une petite partie, si tu veux un jour, je te ferais un cours... dit-elle dans un clin d'œil.

- Un cours de toi ? Je ne dis pas non, j'espère juste ne pas m'endormir à cause de ta voix.

- Ma voix ?! Tu as quelque chose à dire à propos de ma voix ?!

- Mais non, voyons, tout le monde sais qu'elle est enchanteresse, répondit Moira en ricanant, avant de se tourner vers le chevalier toujours dans leur dos pour l'interroger. Je n'ai pas raison ? »

D'elles deux, elle fut la seule à se retourner et cela lui permit de surprendre le sourire de l'elfe et le regard doux qu'il lançait à Elenor. Mais il retrouva bien vite son sérieux, détournant les yeux vers les fenêtres.


Ils arrivèrent finalement dans la salle à manger et Vesryn les laissa, s'inclinant devant Elenor qui fit tout pour ne pas le regarder.

La pièce était vaste, avec en son centre une grande table pouvant accueillir un bon nombre d'invités. Là encore, il y avait des tentures, mais ces dernières étaient accompagnées de tableaux représentant des personnes que Moira ne connaissait pas. Les deux jeunes femmes s'avancèrent dans la salle avant d'apercevoir Lysanthir qui discutait avec un autre homme qui se trouvait de dos.

En apercevant la troisième personne, Moira commença à ralentir, légèrement agacée, mais ce ne fut pas le cas d'Elenor. Après tout, il était monnaie courante que des conseillers, des elfes normaux ou des magiciens mangent avec le roi. Sans donc se soucier de la quatrième personne, la noiraude se dirigea vers son père.

Voir sa fille debout fit grandement sourire Lysanthir, qui interrompit sa discussion pour aller prendre Elenor dans ses bras. Fermant les yeux, cette dernière entoura de ses bras le torse de son père et commença à se blottir contre lui, profitant de son parfum qu'elle n'avait pas pu sentir depuis trop longtemps à son goût.

En dehors de ses yeux bleus, de son visage un peu plus fin, de ses tatouages et de sa taille, Elenor était le portrait craché du roi elfe. À les voir ainsi dans les bras l'un de l'autre, Moira se sentit soulagée d'avoir pu prévenir les elfes à temps. Cependant, son soulagement fut rapidement éclipsé par l'autre elfe se trouvant dans la pièce.

C'était celui qui l'avait menacée avec son épée lorsqu'elle était arrivée devant l'entrée de la montagne. Il avait de long et lisses cheveux noirs, un menton pointu, des pommettes hautes et des yeux d'un vert sombre, comme ceux du roi. Mais contrairement à ceux de Lysanthir, qui étaient doux et plein d'empathie, ceux de cet elfe était froid et calculateur.

« - Je suis soulagée de te voir debout, j'avais peur que cela soit trop tôt... fit Lysanthir en s'éloignant de sa fille, qu'il garda tout de même près de lui.

- Ne t'en fais pas, papa, je suis plus forte que j'en ai l'air et puis, Moira est là pour veiller sur moi, rétorqua Elenor.

- Merci encore, Moira, sans ton arrivée, je n'aurais jamais retrouvé Elenor.

- Je n'ai pas fait grand chose, vous savez, Aube a fait le plus gros du travail pour nous amener jusqu'ici. Et c'est Elenor qui m'a libéré pour que je vienne vous prévenir.

- Ce n'est qu'un cheval, et c'est un miracle qu'avec quelqu'un comme toi, il soit arrivé jusqu'ici. »

Cette voix... Elenor sentit une sueur froide descendre tout le long de sa colonne vertébrale alors que son père se tourner vers l'elfe qui venait de parler. Elle aurait dû se douter que c'était lui. Mais malgré le fait qu'elle était un peu méfiante, à cause d'une vieille rancune datant de leur enfance, la noiraude fut heureuse de le voir.

« - Bonjour, Taeral, ça fais longtemps. Mais je te prierais de ne pas parler comme ça de ma meilleure amie et de mon cheval.

- En effet, cousine, ça fais longtemps, répondit simplement le noiraud. Je vois que tu sais toujours t'entourer des bonnes personnes.

- Oh, tu sais, comme dit le dicton, on choisi ses amis, pas sa famille. »

Alors que la tension était palpable, Moira cru qu'Elenor et Taeral allaient en venir aux mains, mais contre toute attente, l'elfe éclata de rire, venant prendre la jeune femme aux tatouages de lots dans ses bras. Si elle était choquée d'apprendre à l'instant qu'ils étaient cousins et cousines, elle le fut encore plus de les voir s'étreindre amicalement durant quelques secondes.

Pourtant... Elle était sûre que la noiraude lui avait déjà parlé d'un cousin avec qui elle avait un gros différent...