NOTES AUX LECTEURS:

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Voici la seconde partie du neuvième chapitre de Suivre son chemin.

J'espère que vous aurez autant de plaisir à la lire que j'en ai eu à l'écrire.

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Réponses aux reviews anonymes:

Didi : merci pour ton commentaire très encourageant. J'espère que ce nouveau chapitre te plaira et c'est avec plaisir que je lirai tes impressions sur ce dernier.

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Bonne lecture à tous.

Dame Iris


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Chapitre 9: "Il y aura du poison et vous craindrez le trépas."

Seconde partie

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Les cloches sonnaient la sixième heure après midi, quand Tyrion pénétra dans la chambre de son frère. En l'observant, il constata l'état stationnaire décrit par le mestre dans le message qu'il lui avait fait porter quelques heures avant. L'absence de changement n'était pas réjouissance, mais signifiait tout de même que l'espoir de sa survie demeurait. Lassé de la morosité qui l'accompagnait depuis la veille, le nain prit la résolution de s'en défaire pour un court moment en s'accordant un peu de détente. D'un pas pressé, il quitta la chambre et revint une poignée de minutes plus tard, tenant une carafe de vin et un verre vide dans ses mains. Il s'approcha à nouveau du lit, déposa avec précaution son fardeau sur un meuble bas, alla refermer la porte puis rapprocha une chaise du lit. Une fois son verre plein à ras bord, il s'adressa à son ainé, comme s'il pouvait être entendu.

- Tu ne m'en veux pas de ne pas t'en proposer.

Il but une gorgée et le léger sourire qui se dessina sur ses lèvres ne laissait aucun doute sur la qualité gustative qu'il attribuait au breuvage pourpre.

- Je peux t'assurer que c'est bien dommage pour toi. Un jour prochain, il faudra que tu y goûtes.

Après avoir siroté son verre, il le reposa sur le coffre. Les traits de son visage se tendirent alors, sa figure devint grave et cette fois, parla à son frère d'un ton sérieux.

- A partir de maintenant, écoute attentivement ce que j'ai à te dire, Jaime. Tu me connais, tu sais que les responsabilités de chef de famille ne m'ont jamais attiré. M'occuper de moi-même me suffit amplement, sans compter tout ce que l'on m'a collé chaque jour sur le dos depuis que j'ai été contraint d'accepter cette satanée breloque.

Il désigna du doigt la broche de Main du roi épinglée sur sa veste.

- C'est pourquoi tu es prié de sortir de ce lit au plus vite. Laisse-moi être encore plus clair, je refuse l'idée de me sentir responsable jusqu'à ma mort de deux gamins et d'une femme que tu m'auras laissés sur les bras. Tu vas me faire le plaisir d'élever tes gamins toi-même et ce, jusqu'à ce qu'ils soient en âge de se marier. Pendant ce temps-là, moi, j'aurai le rôle de l'oncle gentil, toujours marrant, jamais barbant, auprès duquel ces deux ingrats adoreront venir se plaindre de toi. Cette répartition des rôles sera parfaite pour tout le monde, à commencer par moi.

Aucun murmure, aucun signe ne vint en réponse à son monologue, donnant à Tyrion la sensation qu'il avait jeté depuis une rive une corde à son frère pris dans des flots, sans que ce dernier ne réussisse à s'en saisir. Celui qui depuis leur plus tendre enfance lui avait offert sa protection, était désormais celui qui devait être protégé. C'était une réalité bien cruelle à laquelle le nain devait faire face et il ne s'était jamais autant senti empli par la tristesse, l'injustice, la frustration, l'angoisse qu'au moment présent.

Et pourtant, j'ai déjà vu et vécu assez de malheurs, de douleurs, d'horreurs pour remplir l'existence de nombreux hommes, songeait-il avec la distance de celui que la vie a entraîné maintes fois dans les pires tourments.

L'adversité dans laquelle il avait évolué toute son existence, l'avait obligé à se doter d'une arme redoutable pour survivre: la combativité. Ni renoncement ni abattement, pas de retraite sur le champ de bataille à moins qu'elle ne fût stratégique. Aussi difficile fussent les circonstances, il n'acceptait que de s'attendre à la victoire, jamais à la défaite. D'un bond, il se remit sur ses pieds et pressa la main humide et brûlante de son ainé en lui murmurant avec conviction.

- Dès demain, nous reprendrons cette conversation, Jaime et cette fois tu pourras me contredire à l'envie.

Peu après, la Main du roi s'engouffrait dans le chariot posté devant l'entrée de la demeure où il venait de passer près d'une heure. Des traînées rosées, orangées et dorées commençaient à colorer le ciel, indiquant la tombée prochaine de la nuit.

...

Seule la lumière pâle de la lune pénétrant par la fenêtre atténuait la pénombre de la chambre de Jaime quand Brienne y pénétra un sac de voyage à la main. Le seul serviteur présent cette nuit-là dans la maison avait été prévenu des visites nocturnes auprès du chevalier et n'avait donc pas montré le moindre signe d'étonnement lorsqu'il lui avait ouvert la porte. Tyrion s'était montré très rassurant, cet homme, employé de longue date de Lord Crowly, était d'une discrétion absolue et jamais ne se confierait à autrui sur la présence de la Lord Commandant dans la chambre du régicide du crépuscule à l'aurore.

Le silence régnait dans la pièce, signe que Tristan et Rose dormaient paisiblement dans la chambre voisine. En s'asseyant sur le bord du lit, Brienne fut surprise par l'absence d'humidité sur le drap. La peau de Jaime semblait exempte de sueurs, cependant en posant sa main sur son front, elle constata qu'il était encore très chaud. La fièvre semblait toujours présente, aussi la seule explication était que le mestre venait tout juste de lui rendre visite. On l'avait rafraîchi avec des linges humides et essuyé avant de remplacer les draps. Son souffle lent indiquait un sommeil très profond provoqué par l'absorption toute récente d'une forte dose de lait de pavot. Assommé par cette drogue, il était inutile d'espérer que le blessé émerge de son état léthargique avant l'aube. Elle aurait tant aimé qu'il en soit autrement, mais elle ne pouvait rien faire de plus pour son amant et commença se défaire de ses vêtements civils. Une fois habillée d'une tenue de nuit légère, elle se glissa sous les draps à ses côtés. Tournée sur le flanc, la tête posée sur un oreiller, elle resta longuement à fixer les mouvements réguliers de la poitrine de celui qu'elle veillait avec angoisse. Tant que cette dernière se soulèverait puis s'abaisserait, tant qu'un souffle discret sortirait de ses narines, tant que sa peau émergeant du drap frissonnerait légèrement, la vie serait en lui. Ces signes étaient porteurs d'espoir et seuls à même de la rassurer. Elle avait à l'esprit la promesse faite à Tyrion, une promesse pleine de bon sens, mais luttait avec elle-même pour la tenir. Se résoudre à fermer les yeux étaient très difficiles, aussi pendant plus d'une heure, elle resta à veiller, tel le nain l'avait craint, tel un chien de garde devant la porte de son maître. La fatigue finit néanmoins par l'emporter et elle sombra dans le sommeil, une main arrimée à celle de Jaime, comme pour le retenir, le garder avec elle, avec les vivants.

Plusieurs fois au cours de la nuit, elle ouvrit les yeux, tantôt pour s'assurer que Jaime était encore en vie, tantôt parce que son enfant la réveillait. Les moments de calme nocturne devenaient souvent pour lui l'occasion de s'agiter, et si sa mère s'y était désormais habituée, ils la maintenaient toujours réveillée. Ces brefs moments où il manifestait sa présence s'étaient multipliés ces dernières semaines et à travers eux Brienne avait noué un lien avec lui qui se renforçait chaque jour un peu plus. Cet attachement, rien ni personne ne pouvait le réprimer ou le contrôler, et la guerrière qui ne faisait pas exception, s'était laissé submergée, si bien que depuis quelques jours l'idée qu'ils fussent séparés après sa venue au monde, ne lui était plus supportable. Elle, qui s'était préparée depuis des semaines à souffrir en le laissant derrière elle, n'avait jamais cru en devenir incapable, et bien qu'elle fût effrayée par les complications immenses qui allaient naître de son choix de satisfaire ce besoin irrépressible, elle était résolue à leur faire face.

La justesse des propos de Tyrion le matin-même, l'avait bouleversé en ce qu'il avait non seulement saisi ce qu'elle ressentait, mais aussi deviner ses intentions. Si elle avait désormais décidé de confier toute la vérité à Jaime, elle ne se sentait pas pour autant proche de se sentir libérée. Elle était au contraire partagée comme jamais entre espoir et crainte. Espoir qu'il n'ait aucune rancœur, la soutienne, la rassure et crainte qu'il se sente déçu voir trahi par ses intentions premières et de son long silence. Il restait aussi la possibilité peu engageante qu'il lui pardonne tout en ressentant et pour longtemps de l'amertume à son égard. Probablement ses certitudes l'auraient-elles conduite à attendre encore un peu avant d'entrer en contact avec Jaime, ne faisant que compliquer une situation qui ne pouvait plus rester inchangée, aussi elle n'éprouvait pas le moindre ressentiment envers Tyrion qui avait pris l'initiative de convoquer Jaime à son insu. Pour avoir provoqué le destin, elle lui était même reconnaissante.

Dès l'aurore, elle reprit le chemin du Donjon rouge où une journée qui lui paraitrait aussi routinière que longue l'attendait. D'avance, elle savait que son esprit serait souvent tourné vers Jaime qu'elle désirait plus que tout retrouver en état de converser à nouveau avec elle.

Lorsque la neuvième heure sonna, un serviteur se présenta à la porte de la salle des gardes et l'informa que la Main du roi souhaitait la recevoir. Cette convocation parfaitement inattendue l'intrigua, aussi dès le messager se retira, entreprit-elle de ranger les parchemins disséminés sur la table blanche avant de prendre le chemin des appartements de Tyrion.

C'était le milieu du printemps et depuis quelques jours, l'air de la capitale était si doux que l'on avait ouvert de nombreuses fenêtres du palais. Pour profiter de cette douceur ambiante ainsi que de la lumière chaude offerte par le soleil, Tyrion avait pris place sur son balcon. Lui que sa charge contraignait, parfois des jours entiers, à rester enfermer à l'intérieur savourait l'air frais et légèrement parfumé par la senteur des glycines en fleurs dans les jardins en contrebas. C'est en ce lieu qu'il accueillit Brienne avec un sourire qui se mua très rapidement en une figure soucieuse.

- Comment va-t-il ?

Le soupir que poussa la guerrière avant de lui répondre n'annonçait aucun heureux changement.

- Il me semble que son état est stable ; lorsque je l'ai quitté, il était toujours aussi fiévreux.

- Mestre Althor m'a envoyé un message tard hier soir, il est venu juste avant vous. La plaie n'est plus infectée, cependant, le reste de son corps est encore malade et pour l'heure, on ne peut rien affirmer. Il était moins agité lorsque les effets du lait de pavot s'étaient en partie dissipés, probablement parce que sa blessure était moins douloureuse.

Brienne l'avait écouté avec grande attention et apprendre la menue amélioration, lui procura une légère sensation de soulagement. Aussi petite pouvait-elle être, toute avancée devait être vue comme un signe d'espoir.

- Nous devons nous en réjouir alors et rester optimiste

- Vous avez raison, c'est que nous devons faire, répondit le nain, pensif, le regard tourné vers le ciel bleu azur. Puis, il regarda à nouveau la femme à ses côtés dans les yeux.

- Si je vous ai demandé de venir, Brienne, ce n'est pas seulement pour parler de Jaime, mais aussi pour évoquer un projet auquel je réfléchis depuis près de deux semaines. Le temps passe très vite, je ne vous apprends rien. Dans la situation dans laquelle vous vous trouvez, je pense que vous conviendrez que c'est encore plus vrai.

Brienne ne pouvait qu'acquiescer d'un signe de tête.

- Quelle que soit la manière dont l'Après sera géré, il nous faut sans attendre organiser l'Avant. Vous allez devoir quitter le palais sous peu, c'est inévitable et nous voulons tout deux que votre absence n'affecte en rien ou du moins aussi peu que possible la garde. Dès lors, il me semble nécessaire de nommer un Capitaine, auquel vous pourrez déléguer une partie de vos tâches et qui permettra de maintenir une autorité hiérarchique en votre absence. Personne ne pouvant agir en qualité de Lord Commandant ad interim, cette solution permettra d'éviter une vacance de pouvoir dommageable pour l'efficacité de la sécurité autour du roi.

Brienne écarquilla les yeux de surprise avant de s'opposer vivement à cette idée, qui lui paraissait être une hérésie.

- Mais c'est impossible ! Il n'y a jamais eu de Capitaine, ce grade n'aura aucune légitimité ! La composition de la Garde est restée inchangée depuis qu'elle a été créée il y a trois siècles, personne ne comprendra ni n'acceptera un changement de cet ordre.

Tyrion, d'une voix posée et assurée, lui répondit.

- Mais c'est pourtant ce qui va se passer. Il n'y a jamais eu de Capitaine, je vous l'accorde, mais il n'y a jamais eu non plus de Lord Commandant enceinte, nous devons donc résoudre un problème inédit et même en principe impossible. Alors ce changement qui s'impose, ma foi, chacun va devoir l'accepter bon gré ou mal gré. Tout comme la nomination d'une femme à la tête de la garde sur décret royal n'avait pas suscité l'adhésion de tout le monde, il en sera de même ici. Qu'importe les états d'âme, tant que l'efficacité et la réputation de l'institution restent intactes.

Respectueuse des traditions et tout particulièrement de celles entourant l'ordre de chevalerie le plus prestigieux du royaume, Brienne avait du mal à accepter cette idée, mais n'était pas réellement en position de s'opposer à Tyrion, d'autant que le raisonnement de celui-ci se tenait. Et puis, il y avait au fond d'elle un sentiment de culpabilité, celui de savoir que c'étaient ses choix qui avaient conduit les évènements à ce point précis, il était mal donc malvenu de sa part de se plaindre. Elle consentit donc sans enthousiasme à l'idée de la Main du roi.

- Je vous laisse déterminer celui qui est le plus apte pour cette charge parmi vos hommes, vous les connaissez mieux que quiconque, nul doute que vous ferez le bon choix.

- Quand la nomination aura-t-elle lieu ?

- Aussi vite que possible, plus il aura de temps pour apprendre à maîtriser les tâches qui lui seront confiées, plus il se montrera efficace, répondit le nain avant d'évoquer une question plus sensible. Au sujet de votre retrait effectif de la garde, il faudrait que vous commenciez à y songer, Brienne. Cette histoire de fracture a pu leurrer votre entourage jusqu'à présent, néanmoins nous savons tout deux qu'elle est sur le point d'arriver à ses limites.

Brienne posa les yeux sur la large écharpe retenant son bras qui ne pourrait plus couvrir son ventre arrondi d'ici peu. Tyrion disait vrai, le jour qui sonnerait le glas de ce subterfuge était désormais tout proche. Toutefois, vaincre ses réticences à suspendre sa mission auprès du roi, à laisser la garde royale sous l'autorité d'un de ses frères d'armes, à ne plus participer aux décisions prises par le Conseil restreint lui était très difficile. Pour réussir cette étape cruciale, il lui faudrait supporter la culpabilité et l'inquiétude qui l'accompagneraient en franchissant les portes du Donjon rouge et se tiendraient douloureusement à ses côtés jusqu'au moment de son retour.

- Je le sais bien, Tyrion, mais j'ai besoin d'encore un peu de temps pour l'accepter.

- Croyez-bien que le comprend parfaitement, malheureusement vous ne pouvez tarder si vous voulez introduire votre motif de retrait provisoire de manière habile. Sam m'a confié qu'il vous apportera une explication d'ordre médicale, ce qui est de toute évidence la solution le plus simple. Quelle que soit la pathologie qu'il invoquera, il faudra vous préparer, car vous savez aussi bien que moi qu'il est important de ne susciter ni curiosité ni inquiétude excessive.

Les paroles de Tyrion, bien que formulées avec autant de délicatesse que possible, généraient en la guerrière une sensation oppressante, comme si les mots la poussaient pas après pas vers un mur infranchissable.

- Laissez-moi quelques jours, Tyrion, le temps qu'on en sache plus pour Jaime. J'ai besoin de me concentrer sur lui, il est le plus important pour moi.

- Pour moi aussi, Brienne, ajouta le nain avec empathie, avant de soupirer. Je suis désolé de me montrer si calculateur, mais mon rôle est aussi un fardeau qui ne me laisse pas d'autre choix que conserver un visage de marbre et de réfléchir froidement, même lorsque des évènements graves viennent me toucher intimement.

Les cloches sonnèrent la dixième heure, la séance du Conseil restreint allait débuter et tout deux auraient déjà dû être assis autour de la longue table. Tyrion se leva sur le champ et avec un petit sourire accompagné d'un ton plus léger, confia.

- Nous serons en retard ce matin, si mes souvenirs sont bons, c'est bien la première fois pour chacun de nous. Attendons-nous à ce que Bronn nous le fasse remarquer.

Les traits du visage de la guerrière s'adoucirent tandis qu'elle se levait et suivait Tyrion. Elle ressentit un léger regain de vitalité en pensant à la pique que leur réserverait l'ancien mercenaire sitôt qu'ils arriveraient dans la salle.

...

Durant cinq jours et cinq nuits, la survie de Jaime resta incertaine. La cicatrisation de sa plaie se poursuivit de manière satisfaisante, mais la fièvre resta très forte. Mestre Althor était certain que l'infection était toujours présente et empêchait le blessé de recouvrir la santé. Il se montrait cependant plus rassurant, car si la potion qu'il administrait plusieurs fois par jour n'avait eu aucun effet, l'organisme malade n'aurait assurément pas réussi à survivre aussi longtemps. Il fallait persévérer et patienter. Personne ne pouvait converser avec Jaime, car bien que les doses de lait de pavot aient été réduites, la fièvre le maintenait dans la confusion et l'empêchait de reconnaître quiconque. Tyrion dut espacer ses visites, car la tenue imminente du tournoi dans la capitale engendrait une surcharge de travail. Les deux ministres chargés des préparatifs avaient pris certaines décisions contestables et le nain n'avait pas d'autre choix que de procéder à des rectifications. Brienne avait passé chaque nuit aux côtés du chevalier blessé, et ce malgré la fatigue supplémentaire causés par ses allers-retours au crépuscule et aux aurores.

Au début de l'après-midi du sixième jour, la Main du roi, alors assis à la table de son balcon, était en plein entretien avec ses deux ministres chargés du suivi des aménagements en cours du Dragon Pit. Par acquit de conscience, Tyrion avait envoyé l'un de ses secrétaires en mission d'observation de l'avancée du chantier et le rapport qu'il lui avait fait, l'avait fortement contrarié. Tous les éléments pointaient vers un dérapage budgétaire, ce fut donc sur un ton mêlant reproche et agacement que le nain s'adressa aux deux hommes qui lui faisaient face.

- Nous avions convenu que les gradins seraient seulement recouverts de planches de bois, que les places assises resteraient à ciel ouvert et qu'une seule tribune serait édifiée. Comment se fait-il que des tonnelles recouvrent actuellement la moitié des gradins et que deux tribunes supplémentaires soient en cours d'achèvement ?

Le ton qu'employa Ser Bronn était lui bien plus serein.

- On s'est dit que tant qu'à faire, quelques améliorations ne seraient pas de trop en cas de mauvais temps ou s'il fait trop chaud. Et puis, ce n'est pas comme si elles risquaient de ruiner la Couronne, pas la peine d'en faire tout un plat.

Bien évidemment, la Main du roi ne pouvait pas laisser passer ce type d'incident.

- Là est justement le problème, avez-vous seulement fait le calcul global de vos initiatives ?

Il ne s'agissait pas d'une vraie question aussi donna-t-il immédiatement la réponse.

- Moi, je viens de le faire et la note s'élève à près de 3000 dragons d'or, ce qui fait un dépassement d'un tiers du montant prévu.

La somme était en effet conséquence et il aurait fallu être d'une mauvaise foi absolue pour le nier. Ce qui irritait le plus Tyrion était de ne pas s'être rendu compte plus tôt du problème, mais il avait compris comment ce dernier lui avait échappé et avait bien l'intention de ne plus permettre que cela se reproduise.

- Tu es autorisé en qualité de ministre des Finances à décider seul des dépenses inférieures à 1000 dragons d'or, si jamais ce genre de surprise se reproduit, je suspendrais ton autorisation. Je compte sur toi, parce que crois-moi j'ai autre chose à faire que de m'occuper de ce sujet. Quant à vous, je suis déçu que vous n'ayez pas fait montre de plus de bon sens. Maintenant que les travaux sont lancés, nous ne pouvons pas les arrêter, mais je ne veux plus aucune initiative de ce genre à l'avenir.

Bronn était plus vexé que désolé, contrairement à son acolyte qui n'avait ni son aplomb, ni son entêtement.

C'est à ce stade de la conversation qu'un messager se présenta avec une missive au caractère urgent destinée à la Main du roi qui s'en saisit sur le champ. Le sceau lui était familier aussi il en prit en connaissance sans tarder, d'autant que la lettre du mestre lui était remise à une heure inhabituelle. Il la déplia avec fébrilité, ne sachant pas s'il découvrirait une funeste ou excellente nouvelle. Pour les deux hommes assis en face de lui, le franc sourire qui apparut sur son visage, ne laissait aucun doute: l'annonce qui lui était faite, le ravissait. Bronn devina sans peine de quoi il en retournait, son ancien compagnon de voyage s'étant confié à lui deux jours plus tôt sur l'état de son frère. Leur relation de Main du roi à ministre avait beau être régulièrement conflictuelle, bien souvent à cause de l'absence de sens du compromis et de la diplomatie qui caractérisait le chevalier de la Néra, il n'en restait pas moins un attachement mutuel, vestige de leurs aventures dans un passé qui paraissait bien lointain. Le seigneur du Bief était heureux pour son ancien camarade de voyage, mais aussi pour Jaime. Il n'avait plus rencontré le chevalier depuis leur brouille lors de son séjour à Wildfield Manor, et en était quelque peu peiné. Il avait même des remords lorsqu'il repensait à son attitude déloyale et cruelle envers celui dont il avait été le lieutenant lors de nombreuses batailles. Pour un homme qui n'était pas doté d'une grande sensibilité, peine et remords étaient loin d'être anecdotiques et en disaient long sur l'importance qu'il accordait à l'ainé des frères Lannister. Dans un coin de son esprit, il y avait l'idée que peut-être une opportunité de faire amende honorable, se produirait prochainement.

Si les affaires à traiter ne lui permettaient pas de se rendre sur le champ au chevet de son ainé, Tyrion espérait bien que Brienne le pourrait, il se leva donc, se dirigea vers son bureau, griffonna en hâte quelques mots sur la première feuille qu'il trouva puis ordonna à l'un de ses serviteurs de remettre les deux missives au Lord Commandant. Moins d'une heure plus tard, du haut de son balcon, le nain aperçut au loin la guerrière s'engouffrer dans un chariot stationné dans la cour du palais.

...

A peine une demi-heure après son départ du Donjon rouge, Brienne arriva devant la porte close de la chambre de Jaime et après un instant d'hésitation, tourna la poignée. En pénétrant dans la pièce, elle découvrit Jaime allongé, le buste relevé par des oreillers, les yeux mi-clos, caressant les cheveux de Tristan endormi sur sa poitrine. Après l'avoir longuement excité et agité, les retrouvailles avec son père l'avaient finalement épuisé. Le léger grincement de la porte qui se referma derrière la visiteuse, fit ouvrir complétement les yeux au chevalier. S'il montra une brève surprise en la voyant, il fut surtout attiré par son bras en écharpe qu'il fixa tandis qu'elle s'approchait de lui. S'il était très heureux de la revoir, il était aussi intrigué et inquiet comme son visage sans sourire radieux le laissait deviner. Brienne s'assit à ses côtés et lui sourit tout en posant sa main sur son front, comme elle l'avait fait à maintes reprises ces derniers jours. A cet instant, elle avait besoin de sentir elle-même que la fièvre était tombée, qu'elle n'était pas face à une illusion ou un rêve. Voyant son visage plus soucieux que réjoui, Jaime retira sa main de la chevelure de Tristan pour se poser doucement sur la joue de la femme penchée sur lui.

- Brienne, je me sens bien, je t'assure. J'ai encore par moment des douleurs dans la jambe, mais à part cela je vais bien, affirma-t-il avant de demander en indiquant le bras bandé. Dis-moi plutôt, tu es blessée, qu'est-il arrivé ?

Il n'obtint pas de réponse, aucun mot ne franchit les lèvres qui vinrent se poser sur les siennes. Les yeux bleus se détournèrent ensuite, vinrent se poser sur le visage endormi de Tristan et la main de la guerrière commença à caresser le dos de l'enfant tandis qu'elle l'embrassait sur la tempe.

- Tu lui as tant manqué, il faisait peine à voir tellement il était malheureux, dit-elle en regardant le petit garçon avec une immense tendresse.

Le regard saphir qui continuait d'échapper au sien conforta Jaime dans l'idée que quelque chose n'allait pas, alors d'une voix douce bien qu'insistante, il tenta à nouveau de faire parler celle qui se tenait assise à ses côtés.

- Tu ne m'as pas répondu, Brienne, j'aimerais que tu me dises ce qu'il s'est passé.

Tu veux savoir, tu es inquiet, et je n'ai pas le droit de te laisser ses réponses, pensait la guerrière, alors qu'elle luttait contre son immense appréhension à révéler la vérité. Une évidence s'imposait pourtant à elle ; l'heure était venue. Sa main libre quitta alors le dos de Tristan, vint libérer de l'écharpe son bras bandé puis elle retira cette dernière. Avec application, elle défit les attaches du bandage factice et dévoila son membre intact. Jaime l'avait observé très attentivement et fixait tellement son bras qu'il ne prêta nulle attention ce que l'ample tunique noire aux broderies dorées ne pouvait plus masquer.

- Tu n'as pas à t'inquiéter, je ne me suis pas blessée, dit-elle en levant enfin le regard. Il y avait de l'incompréhension dans les yeux de son amant, aussi baissa-t-elle les yeux vers son ventre. Son bras vint se poser en travers de celui-ci comme guidée par un instinct de protection. Geste absurde certes, l'homme à côté d'elle n'était en rien une menace, mais qu'elle ne put retenir. Elle leva juste assez les yeux pour voir le visage de Jaime blêmir tandis qu'il fixait son abdomen. Brienne ne lui laissa pas le temps d'exprimer la moindre réaction, ne pouvant contenir sa culpabilité et son inquiétude. D'une voix à peine plus audible qu'un murmure, elle se confondit en excuses.

- Jaime, je suis désolée, j'aurai dû t'en parler plus tôt.

Des sanglots qu'elle ne put réprimer, l'interrompirent. Lorsqu'elle tenta de retrouver le contrôle d'elle-même, elle échoua et ce fut la voix brisée et en larmes qu'elle se livra à une confession pleine de non-dits.

- Il était innocent, je ne pouvais pas... Mais, tu sais bien que je n'ai pas le droit de ... Alors, j'ai pensé que je ne n'avais d'autre choix ... et je ne voulais pas que tu aies à revivre une chose pareille.

Jaime saisit Tristan sous les aisselles, le décolla doucement de sa poitrine et le posa juste à côté de lui. Son fils, profondément endormi, se montra aussi souple qu'une poupée de chiffon. Libéré, le chevalier se redressa et vint encercler avec ses bras le corps de celle qui lui semblait avoir tant besoin de réconfort. Il accomplit ce geste avec tant de douceur, de lenteur, et la guerrière comprit qu'elle devait toute cette retenue, au fait qu'il ne voulait surtout pas la blesser. Elle se sentit alors plus stupide que jamais.

Il veut me rassurer, me montrer qu'il m'aime, comment ai-je pu penser qu'il puisse en être autrement.

Elle se fondit dans l'étreinte offerte, appuyant son menton sur l'épaule de son amant, savourant le contact qu'ils retrouvaient après tellement l'avoir attendu. Jaime était enfin là, il la protégerait, la soutiendrait de toutes ses forces. Il restait au fond d'elle, un besoin impérieux de se délester de tout ce qui lui pesait, d'une voix presque suppliante, elle se libéra de cet ultime fardeau.

- Jaime, je ne veux pas qu'on me l'enlève, je ne pourrais pas le supporter.

Elle le sentit alors desserrer son étreinte, écarter son buste du sien suffisamment pour que leurs regards se trouvent. Sa main de chair vint se poser délicatement sur sa joue et son pouce lui caressa délicatement la pommette.

- Calme-toi, Brienne, écoute-moi, murmura-t-il son regard rivé dans le sien. Je te jure que jamais je ne permettrais que vous soyez séparés.

Malgré toute l'assurance que sa voix et son regard lui transmettaient, Brienne ne réussit à croire cette promesse possible qu'après un long moment. Ce fut seulement lorsqu'elle vint à nouveau se blottir contre lui que Jaime comprit qu'elle avait fait sienne ses paroles. Ils restèrent ainsi enlacés et petit à petit, le chevalier sentit le corps collé au sien se détendre, la respiration ralentir, les pleurs cesser. A son plus grand soulagement, la femme qu'il aimait retrouvait l'apaisement dans ses bras. Après un long moment de silence, il entendit un murmure à son oreille.

- Comment allons-nous faire, Jaime ?

- Pour être honnête avec toi, je n'en ai pas la moindre idée, mais, nous trouverons, j'en suis sûr. Rappelle-toi tout ce que nous avons affronté et vaincu ; qu'est-ce qu'un nouveau-né innocent comparé à une armée de Marcheurs blancs ?

Il sembla tellement sûr de lui, tellement confiant en leur capacité à gérer l'avenir. Brienne avait du mal à concevoir tant d'assurance face ce problème qui lui semblait si insoluble, mais elle voulait croire en Jaime. Parce qu'il faudrait aller de l'avant, ne pas se dérober, mais aussi parce qu'il la rassurait. Grâce à lui, elle voulait bien se figurer au moins pour aujourd'hui que la venue au monde de son enfant n'avait pas à lui inspirer autant de crainte. A son grand étonnement, elle entendit le chevalier émettre un petit rire nerveux. C'était si inattendu, presque surréaliste qu'elle se recula légèrement et le regarda dans les yeux, incrédule.

Tu ris, là maintenant alors que nous parlons de tout ce à quoi nous allons devoir nous confronter. Jaime, que t'arrive-t-il, je ne te comprends pas ? allait-elle lui demander, mais avant même qu'elle n'ait pu prononcer un mot, le chevalier lui parla avec un sourire amusé dessiné sur les lèvres.

- Dire que tu as réussi à y croire. Comment est-il possible que tu puisses te connaître aussi mal, Brienne ? Bien sûr que jamais, tu ne l'aurais fait, affirma t-il avant de déposer un baiser sur son front.

Si Brienne de Tarth était la personne qui comprenait et connaissait le mieux Jaime Lannister, lui lisait en elle mieux que quiconque. La guerrière réalisa à cet instant précis pourquoi il ne lui avait fait aucun reproche, ne s'était senti nullement trahi et se montrait désormais presque moqueur. Il n'avait tout simplement pas cru qu'elle ne lui aurait entièrement dissimulé la vérité et aurait abandonné leur enfant. Comme Tyrion le lui avait dit quelques jours auparavant, agir ainsi aurait été contraire à toute la vertu morale, la sensibilité, la capacité à aimer qu'elle avait en elle. Il existait bien un conflit d'honneur et d'allégeance, mais choisir son serment au détriment de son enfant, n'était qu'une manière de sacrifier les deux valeurs qu'elle estimait le plus.

Elle se sentit soudainement mille fois plus légère, car au-delà de l'apaisement et du réconfort, elle ressentait une forme de contentement pour la première fois depuis de longs mois. Elle était heureuse d'avoir un amant qui non seulement l'aimait profondément, mais la comprenait peut-être mieux qu'elle-même et la soutiendrait quoi qu'il puisse arriver. Elle était et resterait jusqu'à son dernier souffle une guerrière redoutable, résistante à toute l'adversité et la violence du monde sombre qui était le sien. Toutefois l'épée et l'armure ne l'empêchaient pas d'être infiniment sensible, ceux qu'elle aimait lui inspirait dévouement et protection, mais la rendait aussi vulnérable. Les blessures d'une lame n'étaient rien comparées à celles de l'âme, et le passé lui avait cruellement appris qu'avoir le coeur brisé générait bien plus de souffrance qu'une plaie sanglante.

En cet instant, elle expérimentait une sensation inédite, celle d'être enveloppée d'une bulle invisible dans laquelle rien ne pouvait l'atteindre. Jaime était également à l'intérieur de cette sphère formée par leur attachement mutuel. N'aspirant qu'à profiter de cette parenthèse, à en savourer chaque seconde, elle posa doucement ses mains sur la poitrine de son amant, ferma les yeux et perdant le sens du temps, elle resta ainsi n'écoutant que sa propre respiration lente et régulière et sentant sous ses paumes les battements de coeur de celui qu'elle aimait, Jaime resta immobile, ne voulant pas la troubler au risque d'interrompre ce moment, qu'il lui procurait un immense plaisir.

Les douleurs de sa plaie n'avaient pas disparu, mais elles étaient heureusement sans comparaison avec celles des jours précédents. D'atroces et continues, nécessitant une telle absorption de lait de pavot telle qu'elle le maintenait inconscient, elles étaient devenues modérées et intermittentes, lui laissant progressivement des périodes de répit plus longues et lui permettant de ne plus prendre que de petites quantités de calmant. Jaime n'était pas réellement préoccupé par les douleurs, ce qui l'inquiétait vraiment était sa capacité à retrouver la marche. A la mi-journée, quand il avait été pour la première fois en état de parler avec le mestre, l'état de sa jambe avait été sa première question. La réponse qu'on lui avait donnée, ne l'avait pas rassuré. Mestre Althor avait refusé de se prononcer, estimant qu'il était impossible de prévoir l'issue avant la fin d'un entraînement de plusieurs semaines. La perte de sa main avait été l'épreuve la plus terrible qu'il eut à affronter au cours de son existence. Il n'avait d'ailleurs jamais vraiment accepté d'avoir été privé de certaines de ses capacités physiques, et imaginer que d'autres lui soient ôtées, lui apparaissait tout à fait insupportable, aussi était-il résolu à tout faire pour l'en empêcher. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Jaime lui suggérer en désignant du regard la place libre à ses côtés.

- Tu devrais t'installer ici, tu seras bien mieux.

Et l'instant d'après, les deux chevaliers étaient assis côte à côte contre la tête de lit et Brienne sentait le bras de Jaime dans son dos. A peine commencèrent-ils à regarder Tristan, que ce dernier entrouvrit les yeux et bailla. Il émergea doucement du sommeil sous des regards attendris. Dès qu'il fut totalement éveillé, il se redressa, vint s'installer contre le buste de son père tout en fixant avec curiosité le ventre de Brienne. Cette dernière ne résista pas à l'envie de lui déposer un baiser sur le front. Bien que cette marque de tendresse lui fût agréable, elle avait beaucoup moins d'intérêt à ses yeux que de satisfaire son désir de découvrir enfin celui qui se cachait sous la peau du ventre de la guerrière. Elle avait dit "bientôt" et dans son esprit enfantin, il avait attendu longtemps, donc maintenant c'était sûr il allait le voir. Il pointa du doigt l'abdomen et regarda Brienne dans les yeux.

- Je veux voir, s'il te plait.

Jaime tourna la tête dans la direction de la guerrière, l'air hagard, pris au dépourvu par la demande de son fils puisqu'il ignorait que celui-ci connaissait déjà l'existence de l'enfant à naître. En lui pressant délicatement la main et en le regardant dans les yeux, Brienne lui expliqua.

- Je lui en ai parlé lorsque tu es arrivé ici. J'ai pensé que c'était mieux qu'il le sache et ainsi ne nous blesse pas par maladresse.

Puis, elle pencha les yeux vers le petit garçon et s'adressa à lui avec tendresse.

- Il est encore trop petit, Tristan, il faut encore attendre qu'il grandisse. Mais bientôt, c'est promis tu le verras.

Sa promesse était insuffisante aussi elle remonta suffisamment le tissu sombre pour dévoiler son ventre arrondi. Comme elle lui avait annoncé, il n'y avait rien d'autre que de la peau à voir. Sans surprise, la curiosité et l'espoir du garçonnet furent remplacés par la déception. Il soupira puis fixa les deux adultes l'un après l'autre.

- Encore bientôt, soupira-t-il.

De son père qui affichait un sourire amusé, il reçut des caresses de réconfort dans le dos et de Brienne, une proposition bien étrange.

- Tu peux le toucher. Si tu veux, je te montre.

Quelle idée bizarre, de toucher quelque chose qu'on ne voyait pas, mais quelle idée intrigante aussi, et il ne résista pas à la tentation. Sitôt qu'il opina du chef, Brienne lui prit doucement la main et vint la poser juste à l'endroit où elle savait les mouvements de son enfant perceptibles. Pendant quelques secondes, ils attendirent puis une brève mais franche pression se fit sentir contre la paume du petit garçon qui surprit, la décolla légèrement.

- Remets-là, il va revenir.

Le premier contact avait été autant surprenant que réjouissant et sans attendre la petite paume revint se coller sur la peau. A chaque nouvelle pression, le sourire de Tristan devenait de plus en plus radieux. C'était un échange avec celui qu'il ne pourrait voir que "bientôt" qui lui plut suffisamment pour lui faire oublier toute frustration. Porté par son enthousiasme, il invita son père à participer à ce drôle de jeu. Jaime se montra hésitant, aussi ce fut la main de Brienne qui vint saisir la sienne et la déposa près de celle de son fils.

A peine un instant plus tard, l'enfant de son sang entrait en contact avec lui pour la première fois et il en fut profondément ému, lui qui vivait une expérience jusqu'alors inédite. Il n'avait été désireux de la connaître à l'époque où Cersei avait porté leurs trois ainés et le destin tragique de celui qui aurait dû être le benjamin de la fratrie avait anéanti tout espoir. Son trouble n'échappa à Brienne qui comprit aisément ce qui l'avait causé et lui fit alors une promesse.

- Il te faut oublier le passé. Jaime, je te jure que quoiqu'il advienne, je ferai tout pour que tu sois autant un père pour lui que tu l'es pour Tristan.

Jaime n'eut pas de mots pour répondre à cette nouvelle preuve de l'amour généreux et respectueux qu'on lui portait, aussi espérait-il que le baiser qu'il déposa sur les lèvres de la femme qu'il aimait, apparaitrait comme un remerciement suffisant. Un discret sourire se dessina sur les lèvres de Brienne quand quelques instants plu tard, elle recouvrit de sa main celles déjà posées sur sa peau. L'avenir serait incertain, aussi allait-elle savourer autant que possible ce moment de tendresse aussi fugace que précieux qui s'offrait à elle.

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..

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A suivre ...