Félix tressaillit en entendant la question alors qu'une vague d'adrénaline se déversait dans tout son corps. Il ne s'attendait pas à une telle question et il ne s'y était pas du tout préparé.
Que faire ? Que dire ? Il savait qu'il devait répondre rapidement mais quel mensonge inventer pour ne pas paraître suspect ?!
Il dévisagea Andréa avec effarement, ses yeux gris croisant ceux émeraudes de la jeune fille.
-« Je… me suis caché dans une salle de cours. » répondit Félix d'une voix blanche, tentant de garder son calme.
-« Tu es resté dans les bâtiments ? s'étonna Andréa sans relever le ton tendu du garçon. Moi qui croyais que tu étais parti par l'autre côté, histoire de rejoindre les ruelles. C'était dangereux de rester ici pourtant. »
-« Je… Je sais, se reprit Félix en se raclant la gorge. Mais quand j'ai vu ce géant s'éloigner, je me suis dit que j'avais tout à gagner à rester ici, qu'il ne reviendrait pas sur ses pas. »
-« Tu es sûr qu'il n'y a pas une autre raison ? » demanda la jeune fille en haussant un sourcil, un petit sourire sur le visage.
Félix pâlit en entendant ces mots.
Non, c'était impossible qu'elle ait deviné… N'est-ce pas ? Il avait été discret, personne ne l'avait vu revenir, de ça il était sûr.
Le jeune homme n'avait fait aucun bruit, personne n'avait remarqué son retour par les toits, personne ne pouvait avoir vu Plagg.
C'était tout bonnement inconcevable.
La gorge coupée, le jeune homme ne pouvait que regarder sa camarade avec effarement, la bouche semi ouverte.
Un lourd silence se fit entre les deux jeunes gens avant qu'Andréa n'éclate de rire devant la mine perdue de Félix.
Le garçon, perplexe, la regarda en fronçant les sourcils.
-« Ahaha, tu devrais voir ta tête, articula Andréa en secouant la tête. Je plaisante, ne t'inquiètes pas. Je ne dirai à personne que tu avais peur de sortir dans la rue et que c'est pour ça que tu es resté ici. » acheva-t-elle avec un clin d'œil.
Félix écarquilla les yeux alors qu'il sentait une forte pression lui être retirée des épaules. Pendant quelques secondes, il avait eu l'impression de sentir son cœur d'arrêter.
Mais maintenant, il était plutôt confus devant la tournure des événements.
Était-ce là l'image qu'il renvoyait ? Celle d'un garçon trop craintif pour ne serait-ce que prendre la fuite ?
Félix haussa discrètement les épaules et leva les yeux au ciel à cette pensée.
À la rigueur, si cela évitait aux autres de se poser des questions, ce n'était pas plus mal. Et aussi humiliant que cela pouvait être, s'il pouvait protéger sa double identité de cette manière, il était prêt à endosser ce rôle.
-« Oh… murmura-t-il en dans son jeu. Alors tu as deviné… C'est très humiliant, j'espère que je peux te faire confiance. »
-« Ne t'inquiètes pas, assura Andréa avec un petit sourire. Ton secret est bien gardé avec moi, tu n'as rien à craindre. »
Le jeune homme se mit à rire intérieurement devant l'absurdité de la situation. Félix était loin de se soucier de ce dont on pouvait penser de lui.
Mais protéger son véritable secret devait entraîner quelques sacrifices. Et de toute façon, Andréa était loin d'approcher ses véritables faiblesses, ce qui le rassurait.
Tant qu'il tenait ce rôle, il ne risquait rien. Et si jouer l'enfant apeuré pouvait lui permettre de se soustraire à la vue des autres pour pouvoir partir plus facilement en mission sans craindre des questions trop intrusives, le jeu en valait la chandelle.
Des pas résonnant plus fort que les autres dans le couloir firent se retourner les deux amis. Dans l'encadrement de la porte venait d'apparaître Jehan, essoufflé et échevelé.
-« Jehan ! s'exclama Andréa en se levant. Est-ce que ça va ? »
-« Je vais bien ! Et vous ? Vous n'êtes pas blessés ? » demanda le jeune homme en posant son regard sur Andréa qui venait vers lui et Félix qui se relevait à son tour.
-« Non, tout va bien, ne t'inquiètes pas. Et toi ? »
-« Je n'ai rien, assura le grand métis avec un sourire. Où est Bridgette ? » demanda-t-il aussitôt en scrutant l'intérieur de la salle.
-« Elle n'est pas avec toi ? On ne l'a pas vu et elle ne répond pas à son téléphone. » expliqua Andréa tandis que Félix croisait ses bras.
Jehan perdit aussitôt son sourire en regardant ses deux camarades avec effarement.
-« E-Elle n'était pas avec moi non plus, murmura-t-il en secouant négativement la tête. Je pensais qu'elle était restée avec toi ! » s'exclama le jeune homme en regardant Félix.
-« Avec moi ? s'étonna ce dernier en haussant les sourcils. Elle n'a jamais été avec moi, je suis resté seul tout le long de l'attaque. »
Jehan fronça les sourcils avant de baisser les épaules en soupirant.
Comprenant l'inquiétude de son ami, Andréa posa sa main sur son épaule.
-« Je suis sûre qu'elle n'a rien. On va bien finir par la retrouver, ne t'inquiètes pas. »
-« Je vais la chercher. » somma Jehan en s'avançant vers la table où il avait abandonné son sac pendant l'attaque.
Le jeune homme rassembla hâtivement ses affaires, faisant disparaître papiers, livres et crayons dans le sac qu'il passa aussitôt sur son dos.
Il fit de même pour les affaires de Bridgette, récupérant le sac rose pâle de son amie. Il passa ensuite les anses de son sac sur ses épaules et attrapa celles du sac de son amie pour l'emporter avec lui. Andréa le regarda faire avant d'imiter son geste, rassemblant elle aussi ses affaires.
Félix les observa un instant sans broncher avant de s'exécuter à son tour, attrapant sa sacoche pour faire passer l'anse de celle-ci au-dessus de sa tête.
D'un côté, grâce au Miraculous Ladybug de sa coéquipière, il était persuadé que Bridgette n'avait rien et qu'il était donc inutile de se faire du souci pour elle.
Mais de l'autre, Félix comprenait l'inquiétude de ses camarades d'une certaine façon. Si les amis étaient faits pour veiller les uns sur les autres, alors il était normal de s'en faire pour l'un des leurs dans un moment pareil.
Le jeune homme regarda Jehan et Andréa quitter la pièce en haussant légèrement les épaules. D'une certaine façon, il était concerné lui aussi.
Enfin, en quelques sortes.
Pas vraiment en fait.
Sa présence n'était en aucun cas décisive pour la suite des événements et au fond de lui, le jeune homme ne demandait qu'à rentrer chez lui pour décompresser de cette longue journée.
Et accessoirement pour se débarrasser de ce goût désagréable qui s'attardait sur son palet après sa chute dans la Seine.
Mais son sens des responsabilités jouait contre lui et Félix suivit ses deux camarades en refermant la porte de la salle d'étude. Sons rôle de héros lui demandait de s'assurer de la sécurité de tous, avec ou sans le masque. Et bien que cela puisse jouer contre lui, il ne pouvait pas faillir à cette tâche même si c'était encore un sentiment étrange.
Au bas des escaliers qui menaient dans la cour, Félix regarda autour de lui. Les lieux étaient déserts mais les voix des passants s'élevaient toujours depuis l'extérieur des murs.
Tous les élèves qui étaient restés dans les locaux avaient dû être évacués pendant l'attaque. Tout était calme, ce qui tranchait nettement avec l'atmosphère chaotique qui régnait encore quelques minutes auparavant dans les rues de Paris.
Quand le trio fut les marches du parvis du lycée, Jehan se retournait vers ses camarades.
-« Je pense qu'il faut mieux nous séparer, expliqua le jeune homme. On aura sûrement plus de chance de la retrouver en allant chacun dans une direction. »
-« Mais par où veux-tu aller ? demanda Andréa. Il y a du monde partout et on ne sait pas où elle est partie ! »
-« Je… » commença le grand métis.
-« Elle a raison, insista Félix en secouant négativement la tête. Aucune chance de la retrouver dans cette foule sans nous perdre nous-même. »
-« Je refuse de perdre mon temps à rester ici sans rien faire, protesta Jehan en fronçant les sourcils. Imaginez qu'elle ait besoin de nous ! Je- »
-« Je suis là ! » hurla soudain une voix qui s'élevait plus fortement que le brouhaha de la cohue.
Les trois amis, surpris, se retournèrent vers le bout du parvis.
Et un grand sourire se dessina sur les lèvres de Jehan et Andréa quand ils reconnurent la personne qui venait de crier. Au bas des marches, Bridgette jouait des coudes pour tenter de se frayer un chemin dans la foule.
Quand elle parvint enfin à se dégager et rejoindre ses amis, un sourire fendit également ses traits.
-« Hey… fit-elle, hors d'haleine. Désolée de vous avoir fait peur. »
-« Mais où étais-tu ?! cria presque Jehan en posant ses mains sur les épaules de son amie. On était morts d'inquiétude ! »
Bridgette déglutit péniblement en entendant la question de son ami.
Avec fracas, elle venait de se rendre compte qu'elle n'avait même trouver 1 minute pour se trouver une excuse. Le fait qu'elle ait disparue aussi loin du lycée allait forcément interpeller ses camarades. Comment n'avait-elle pas pu y penser avant ?!
Mais l'heure n'était pas aux regrets. Il fallait trouver quelque chose à dire, maintenant !
-« Oh… En fait… bredouilla la jeune fille en cherchant ses mots. En fait, je voulais prendre des photos de Ladybug et Chat Noir ! » s'exclama-t-elle sans vraiment prendre le temps de réfléchir à ses mots.
-« Quoi… ? murmura Jehan tandis qu'Andréa et Félix écarquillaient les yeux. Tu as quitté le lycée… »
-« En plein milieu d'un combat qui aurait pu te mettre mortellement en danger… » poursuivi Andréa sur le même ton détaché choqué.
-« Tout ça pour prendre des photos ?! » acheva Félix en s'étranglant presque.
-« Eh bien… Oui. » admit Bridgette en baissant les yeux devant la désapprobation de ses amis.
-« Mais tu es complètement folle ou quoi ?! hurla Jehan en secouant son amie. Tu aurais pu te faire tuer ! Mais qu'est-ce qui t'as pris ?! »
-« D-Désolée ! gémit Bridgette devant l'air assassin de son grand camarade. J-Je voulais juste les voir en action ! Je les admire beaucoup, je voulais simplement prendre une photo… »
La jeune fille baissa les yeux, afin de rendre encore plus crédible son jeu. Elle savait qu'elle ne devait laisser passer aucun indice.
Et elle préférait se faire sermonner par Jehan plutôt que le voir deviner son rôle d'héroïne.
Un long silence s'en suivit, le regard de Bridgette se posant alternativement sur le sol et sur les visages aux regards sévères de ses amis.
-« Bon… finit par soupirer Andréa. Le principal c'est qu'on t'ait retrouvé j'imagine. Tu n'as rien ? »
-« Non non, je vais bien ne vous inquiétez pas. » confirma la jeune fille avec un léger sourire gêné.
-« Tu as réussi à prendre des photos au moins ? » demanda Jehan en croisant ses bras.
-« … Non, pas une seule. » admit Bridgette avec un petit rire.
Nouveau silence, Bridgette surprenant le regard encore plus noir de Jehan.
Elle se contenta de baisser le regard en tortillant ses doigts entre eux.
-« I-Ils étaient loin, et p-puis ils allaient vite, bégaya la jeune fille, rougissant à vue d'œil. J'ai des petites jambes moi, je n'ai pas réussi à les rattraper. »
Jehan soupira tandis que Félix se contenta de se pincer l'arête du nez.
Comment pouvait-on risquer sa vie pour une simple photo ? Tout cela le dépassait.
Il regarda Bridgette du coin de l'œil, détaillant la jeune fille. La jeune fille n'était pas stupide, mais elle était beaucoup trop impulsive, et cela pourrait un jour lui porter préjudice.
Félix haussa les épaules en attrapant son téléphone dans sa poche. Après tout, cela ne le regardait pas.
-« Bon, je ne sais pas vous mais je n'ai plus vraiment la tête à travailler moi, reprit Jehan en posant ses mains sur ses hanches. Ça vous dit d'aller manger un morceau quelque part ? »
-« Hey ! Ça c'est une bonne idée, renchérit Andréa. C'est l'heure du goûter en plus. »
-« Tu viens avec nous Félix ? » demanda Bridgette en regardant le jeune homme.
Le garçon se stoppa net. Il était en train d'envoyer un message à son chauffeur pour lui dire qu'il était de retour au lycée et qu'il pouvait passer le prendre.
Il dévisagea le trio avec les yeux légèrement écarquillés, surpris de cette proposition.
-« Je… ne suis pas sûr que mon père accepterait de me laisser aller comme ça » expliqua-t-il en baissant le regard.
-« Allez, viens ! insista Jehan en s'approchant de lui. Tu seras de retour avant que qui ce soit n'ait eut le temps de se rendre compte que tu étais parti. »
D'un air machinal, le grand métis passa son bras autour des épaules de Félix pour appuyer ses mots.
Ce dernier le dévisagea un instant avant de poser son regard sur Andréa et Félix qui le regardaient elles aussi avec insistance.
Le jeune homme sentit tout à coup un picotement dans ses doigts, un sentiment qui faisait trembler ses membres. Même s'il redoutait toujours la présence de son père qui ne rôdait jamais loin de lui, Félix avait aujourd'hui envie de moins s'en soucier.
Le sentiment de plénitude qu'il ressentait en étant Chat Noir, il voulait le retrouver dans sa forme civile. Et même s'il devait être moins puissant, c'était déjà un bon début.
Le jeune homme baissa les yeux vers son téléphone qu'il tenait toujours dans ses mains, hésita un instant, puis effaça le message qu'il avait commencé à taper.
-« Bon d'accord, finit par murmurer Félix en glissant son portable dans sa poche. Mais… »
-« Pas longtemps, on a compris, le coupa Jehan avec un grand sourire. Allez viens. »
Attrapant Bridgette par le bras tandis que celle-ci passait son sac de cours sur le dos, le jeune homme entraîna le petit groupe au bas des escaliers du parvis vers une avenue proche qui abritait un petit café que lui et son amie connaissaient et fréquentaient souvent.
Remontant sa sacoche sur son épaule, Félix priait intérieurement à ne pas avoir à regretter plus tard ce qu'il était en train de faire.
Progressant sur le trottoir, le quatuor discutait tranquillement, Jehan et Bridgette en tête, guidant Andréa et Félix vers le petit commerce.
Mais alors qu'ils étaient tout proches de leur destination, Bridgette tourna les yeux vers l'autre côté de la rue et reconnu Maxence qui marchait d'un pas lent, les yeux baissés, comme une âme en peine, tenant toujours son grand livre contre sa poitrine.
La jeune fille sentit son cœur se serrer en le voyant ainsi. Elle n'avait pas oublié qu'il était l'akumatisé du jour et que son rôle de Ladybug était également de veiller sur tous.
De plus, l'adolescente se demandait bien ce qui avait pu attiser la colère de son ami de la sorte, lui si calme et posé d'habitude.
-« Regardez, c'est Maxence là-bas. » souffla-t-elle à ses amis, les faisant s'arrêter dans leur progression.
-« Tu as raison, affirma Andréa avec un hochement de tête. Qu'est-ce qu'il fait ici ? Je croyais qu'il était à la bibliothèque pour son atelier. »
-« Il n'a pas l'air bien du tout, remarqua Jehan en croisant les bras. Je me demande ce qu'il a. »
-« C'était lui la victime du Papillon, avoua Bridgette en se tournant vers son ami. C'est lui l'akumatisé d'aujourd'hui. Je l'ai vu, quand le pont s'est écroulé tout à l'heure, il venait de se détransformer. »
Ce n'était presque pas un mensonge pour le coup. Toutes les personnes qui se trouvaient autour du Pont des Arts à la fin du combat avaient pu voir le visage de Maxence et avaient donc pu identifier le vilain du jour, même si pour sa part, elle avait reconnu son camarade de classe bien plus tôt dans le combat.
En tant que Ladybug.
Mais ça bien sûr elle ne pouvait pas le dire.
-« Quoi ?! s'écria Jehan. Mais comment est-ce possible ?! Maxence est tellement sympa, tellement posé comme gars ! Je le vois mal s'énerver au point de se faire akumatiser ! »
-« Pourtant c'est vrai, je t'assure que c'était lui. » insista Bridgette en soupirant.
La jeune fille reporta son attention sur Maxence qui continuait de progresser sur le trottoir d'en face. Elle serra les poings en fronçant les sourcils, bien décidée à faire quelque chose pour son ami.
-« Il faut lui remonter le moral. Proposons-lui de se joindre à nous, d'accord ? » proposa Bridgette en se tournant vers les autres.
Le trio hocha la tête tandis que la jeune fille traversait un passage piéton en aval de la rue afin d'intercepter Maxence.
-« Hey ! cria Bridgette en arrivant face à lui. Maxence ! Est-ce que ça va ? »
-« Oh, Bridgette… murmura l'intéressé, surpris de la voir ici. Je… Je vais bien. E-Et toi ? bredouilla-t-il, les larmes aux yeux. Tu n'es pas blessé, ça va… ? »
-« Non non, je n'ai rien, tout va bien. Tout le monde va bien, rassure-toi. Écoute… reprit-elle après un petit silence, je sais que tu étais la victime du Papillon d'aujourd'hui. »
Maxence écarquilla les yeux, affolé et peiné de comprendre que toute la ville était sûrement déjà au courant.
-« J-Je suis désolé, bégaya le garçon en baissant de nouveau les yeux. Je… Je ne voulais faire de mal à personne, mais c'est… Enfin je veux dire… Elle… »
Le jeune homme s'interrompit de nouveau, la voix enrouée par l'émotion. Bridgette avait le cœur gros de le voir ainsi.
Il était l'ombre lui-même, tellement loin de l'image calme et sereine qui se dessinait toujours sur les traits de son visage.
-« Hey, rassura Bridgette en posant sa main sur l'épaule de son ami. Tout va bien, rien n'est de ta faute. Tu veux nous parler de ce qui est arrivé ? »
Maxence tourna les yeux vers Andréa, Jehan et Félix qui étaient encore de l'autre côté de la route. Quand le trio aperçu le regard peiné du garçon, Andréa et Jehan s'empressèrent de lui faire de grands signes tandis que Félix se contentait d'un hochement de tête, lui faisant comprendre sans un mot qu'il était le bienvenu à leur table.
Maxence se tourna de nouveau vers Bridgette tout en serrant son livre contre sa poitrine.
-« Je… Je ne sais pas si… Je ne veux pas vous embêter avec mes histoires. » murmura le garçon en essuyant ses yeux sous ses lunettes.
-« Tu es notre ami. Si tu as besoin d'aide, on sera toujours là pour toi, insista la jeune fille avec un sourire confiant. Viens. » dit-elle en passant son bras sous celui de Maxence pour l'entraîner à sa suite, retraversant le passage piéton dans l'autre sens.
Le petit groupe ainsi reformé, les jeunes gens entrèrent dans le petit restaurant puis s'installèrent à une table dans un coin de la salle.
Après avoir passé commande, Bridgette encouragea Maxence à raconter ce qui lui était arrivé pour déclencher une telle colère en lui.
Peiné, le garçon raconta sa mésaventure de l'après-midi les larmes yeux, honteux de s'être laissé prendre au jeu du Papillon sans chercher à résister.
Après avoir commandés leurs boissons et s'êtres installés autour d'une table, les jeunes gens se tournèrent vers leur ami, débriefant par la même occasion de l'attaque de la journée et à quel point ils avaient tous été impressionnés par cette attaque plus que violente.
Et plus les jeunes gens poursuivaient dans leur témoignage, plus Maxence se confondait en excuse d'avoir causé autant de dégâts en ville.
Pour sa part, il expliqua ne se souvenir de rien du tout, si ce n'est d'avoir repris conscience sur le pont avec Chat Noir et Ladybug. Il mima avec quelle spontanéité les deux héros l'avaient forcé à sauter un fossé de plusieurs mètres, ce qui amusa intérieurement Félix et Bridgette en entendant leur ami parler ainsi de leurs alter-égos.
Mais quand le jeune homme évoqua enfin la raison de sa colère, le ton se fit soudain plus grave.
Assis entre ses camarades, Maxence expliqua les événements qui s'étaient produits à la bibliothèque, sa dispute avec l'adjointe et comment il s'était fait renvoyer de son poste, tout cela avec le plus détails possibles.
Et plus il avançait dans son récit, plus les visages de ses amis se décomposaient. Ils ne pouvaient pas croire ce qu'ils entendaient, cela semblait trop irréaliste, et surtout tellement injuste.
Quand il arriva au bout de son histoire, à savoir jusqu'au moment où la seule chose dont il se souvenait, s'est de s'être laissé envahir par la colère et envoûté par la voix du Papillon, Bridgette ne trouva pas d'autres manières d'exprimer sa frustration qu'en tapant des poings sur la table.
-« Je n'arrive pas à y croire ! s'exclama-t-elle. Pour qui est-ce qu'elle se prend ?! Et personne n'a réagi ?! » s'énerva la jeune fille en dévisageant Maxence.
-« Que pouvait-il faire de toute façon ? soupira le garçon en haussant les épaules. Son motif n'est pas légitime mais elle a tout à fait le droit de renvoyer un employé après tout. »
-« Mais tu n'as rien fait de mal ! s'indigna Andréa en secouant la tête. Je peux croire que ce soit vraiment arrivé. » protesta-t-elle en se pinçant l'arête du nez.
-« Je ne sais pas quoi dire, souffla Félix, les bras croisés. Je n'ai pas les mots pour exprimer mon aversion envers ce genre de personnes. »
Et pour une fois, Félix pensait ce qu'il disait. Il était tout à fait sincère.
L'irrespect, de toute les formes qu'il soit n'était tout simplement pas tolérable. Et si le jeune homme avait ses propres opinions et qu'il pouvait comprendre qu'elles ne soient pas toutes partagées, les discriminations et les injustices n'avaient pas leurs places dans une société dite évoluée et elles devaient toutes être annihilées sans distinction, et il défiait qui que ce soit de lui dire le contraire.
Quelques minutes passèrent encore, animées par les débats entre les cinq jeunes gens, cherchant activement une solution au problème qui se posait à eux.
-« On doit faire quelque chose, conclu Andréa. On ne peut pas laisser cette femme s'en tirer sans rien faire. Allons voir la responsable, expliquons-lui la situation. »
-« Mais qu'est-ce que ça changera de toute façon ? demanda Maxence en soupirant. J'ai perdu mon emploi, ça ne sera plus à rien. »
-« Détrompes-toi, contra Félix. Ne rien faire, c'est le pire des choix que tu puisses faire. Et si cette Mme Cristiani, la responsable, est aussi compréhensive que tu le dis, il y a toutes les chances pour qu'elle te restitue ta place. »
-« Avec un bon coup de pieds aux fesse de cette Mme Hédelin en prime ! » rit Bridgette.
-« Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. » soupira Maxence en remontant ses lunettes sur son nez.
-« Non, tu as raison, affirma Jehan en se relevant. C'est une excellente idée et on va la mettre en pratique maintenant. On va à la bibliothèque. »
-« Tout de suite ? » s'étonna le jeune homme en regardant son ami.
-« Tout de suite, confirma Jehan avec un hochement de tête. Et on vient avec toi, histoire que personne n'essaye de t'entourlouper. »
Le jeune homme tenta de protester une nouvelle fois mais Andréa se leva d'un bond, le forçant à se lever à son tour.
Bridgette imita son geste, affichant un grand sourire déterminé sur son visage. Félix, passant de nouveau sa sacoche autour de son cou, mit ses mains dans ses poches tout en sortant de l'établissement, juste à temps pour sentir son téléphone portable se mettre à vibrer.
Il regarda rapidement l'interface de l'écran. C'était un message de Nathalie qui lui indiquait que son père souhaitait le voir rentrer à la demeure familiale le plus vite possible, sûrement à cause des événements de l'après-midi.
Félix fit une grimace de contrariété. Cette petite escapade clandestine le satisfaisait plutôt bien et la perspective de rentrer chez lui ne lui faisait, pour une fois, pas vraiment plaisir. Avec un soupir, il rangea son téléphone tout en rattrapant ses camarades qui commençaient à le distancer.
-« Je- commença-t-il avant de stopper net en voyant ses quatre camarades se tourner vers lui en même temps, surpris. Je… En fait, je dois rentrer chez moi, soupira-t-il en détournant le regard. Mon père veut que je rentre immédiatement et si je ne suis pas au lycée avant que mon chauffeur n'arrive, je risque d'avoir des ennuis. » expliqua-t-il à voix basse.
-« Oh oui, j'avais totalement oublié, s'exclama Jehan en plaquant le plat de sa main sur son front. Dur ton paternel. Pas de problème, vas-y. » affirma-t-il avec un sourire.
-« Merci d'être venu avec nous. » poursuivit Andréa avec un hochement de tête.
-« Je viens avec toi, déclara Bridgette en regardant Félix. Si jamais on n'arrive pas à temps, je te servirai d'excuse. »
-« Je- » commença-t-il, en vue de protester.
-« Tu ne m'en veux pas si je ne viens pas avec vous ? » demanda la jeune fille en se tournant vers Maxence.
-« Non, bien sûr que non, répondit aussitôt le jeune homme en remontant ses lunettes sur son nez. Tu m'as déjà beaucoup aidé, merci beaucoup. »
-« Bon alors c'est décidé, reprit Bridgette avec un nouveau sourire. Allez, nous on file. Bonne chance, et tenez-moi au courant surtout ! » acheva-t-elle avec un regard appuyé à Jehan, lui faisant comprendre sans un mot qu'elle attendait son rapport dans la soirée.
Andréa, Jehan et Maxence hochèrent la tête avant de traverser la rue, tournant leurs pas vers la bibliothèque après un dernier signe de main.
Félix se contenta de saluer rapidement, abasourdi de la scène qui venait de se dérouler sous ses yeux. Même si cela faisait maintenant quelques semaines qu'il côtoyait ces jeunes gens, il était toujours surpris de voir à quel point la communication était simple avec eux.
Tout semble facile, ils se comprenaient par de simples sourires ou regards, tout allait si vite.
Peut-être un peu trop vite pour lui.
Il n'avait rien eu le temps de dire que les autres étaient déjà partis, et il se retrouvait seul avec Bridgette qui s'était naturellement proposée de lui servir de bouclier contre l'autorité de son père alors qu'il n'avait jamais rien fait pour mériter une telle protection.
-« Félix ! appela Bridgette qui avait déjà commencé à avancer. Tu viens ? »
Rappelé à l'ordre, le garçon accéléra le pas jusqu'à arriver au côté de la jeune fille. Ils progressaient sur le trottoir sans rien dire ni même se regarder.
Après quelques minutes de silence, Félix tourna discrètement les yeux vers Bridgette. Elle avançait près de lui, un sourire sur le visage, le regard posé loin devant elle. Elle semblait sereine et confiante, ce qui le rassurait.
Malgré leur différence évidente de taille, Bridgette lui arrivant à peine au menton, la jeune fille dégageait quelque chose de fort, de grand et de noble dans sa façon de se déplacer. Sans s'en rendre vraiment compte, Félix fixait avec insistance sa camarade, ce qui n'échappa malheureusement pas à l'intéressée qui laissa échapper un rire avant de se tourner vers lui.
-« J'ai quelque chose sur le visage ? » demanda-t-elle avec un sourire narquois en coin.
Félix s'empourpra aussitôt, comprenant qu'elle l'avait vu faire. Il détourna immédiatement le regard, à l'opposé de la jeune fille, se maudissant intérieurement d'être aussi stupide, fermant les yeux en souhaitant de tout son cœur disparaître sans laisser de trace.
Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes de fixer les autres de la sorte. Il fuyait tout le monde, en permanence. Mais Bridgette, et même tous ses camarades, le fascinaient. Lui-même ne comprenait pas d'où provenait ce sentiment d'admiration qu'il ressentait pour eux dès qu'il les voyait agir les uns avec les autres.
Peut-être ses années de solitudes avaient affecté sa capacité à s'intégrer bien plus durement qu'il ne l'avait imaginé.
-« Est-ce que ça va ? » demanda Bridgette en regardant le jeune homme qui avait toujours le regard posé ailleurs.
-« O-Oui, excuse-moi. Je suis un peu fatigué je crois. » prétexta-t-il en haussant les épaules.
-« C'est vrai que c'était un peu éprouvant aujourd'hui. » soupira la jeune fille sans réfléchir.
Mais voyant Félix froncer les sourcils en la regardant, Bridgette se rendit compte de la dangerosité des mots qu'elle venait de prononcer.
En soit, la journée de cours n'avait pas été si longue mais la fatigue qu'elle ressentait, liée au combat qu'elle avait dû mener cet après-midi, n'était pas explicable, et surtout pas à Félix.
-« Enfin je veux dire, se reprit-elle immédiatement, c'était éprouvant sentimentalement parlant. J'ai eu peur que le lycée nous tombe sur la tête quand ce géant est apparu pour tout t'avouer. » continua-t-elle avec un petit rire.
-« Ça ne t'as pourtant pas empêché de lui courir après pour prendre des photos. » souligna Félix en mettant ses mains dans ses poches et en haussant les sourcils.
-« Aha, c'est vrai, reprit la jeune fille en étouffant un rire. Mais c'était Ladybug et Chat Noir que je voulais prendre en photo. »
Bridgette était dans un état de totale improvisation. Elle jouait sur un terrain dangereux et elle devait absolument surveiller ses paroles pour ne pas attirer l'attention.
Elle savait que Félix n'était pas stupide et qu'il devinerait tout de suite si elle faisait un pas de travers.
-« Tu es… une fan ? » demanda-t-il avec un regard insistant.
-« U-Une fan ? répéta la jeune fille avec des yeux ronds. Euh… On peut dire ça comme ça, oui. J-Je suis reconnaissante de ce qu'ils font pour nous. »
Félix fut tellement surpris par ces mots qu'il avait l'impression qu'on lui avait donné un coup de poing dans l'estomac.
-« Reconnaissante ? » murmura Félix en dévisageant Bridgette.
-« Eh bien oui, affirma-t-elle avec un sourire. J'ai bien conscience que ce n'est pas un travail facile et je trouve qu'ils s'en sortent bien. »
Bridgette rit intérieurement en se rendant compte de l'apparence mégalomane de cette phrase, mais c'est ce qu'elle pensait vraiment.
Elle et Chat Noir formaient du duo efficace et ils arrivaient à s'entendre malgré le fait qu'ils ne se connaissaient pas depuis longtemps.
Ils se vouaient l'un à l'autre une confiance littéralement aveugle et elle estimait qu'ils pouvaient se congratuler pour cela.
-« En plus je les trouve cools, poursuivit Bridgette pour entretenir son rôle de « fan ». Ils ont vraiment la classe, à courir comme ça sur les toits ! Je pourrais même dire qu'ils ont de la chance de pouvoir le faire. »
-« Ils sont responsables de la sécurité de 2 millions de gens tout de même, soupira Félix en détournant les yeux. Ce n'est pas rien. »
-« C'est vrai, mais je suis sûre qu'ils font de leur mieux. » affirma la jeune fille avec un léger hochement de tête.
Félix tourna les yeux vers Bridgette un instant avant de replacer son regard droit devant lui. Il était en quelque sorte rassuré d'inspirer la confiance aux autres.
Même si lui-même n'était pas encore vraiment sûr de ses capacités, il était soulagé de voir que son alter égo faisait suffisamment bien son travail pour donner l'envie aux parisiens de croire en lui.
Arrivés au dernier passage piéton, le parvis du lycée étant maintenant bien en vue, les deux jeunes gens s'arrêtèrent.
Félix se pencha discrètement pour observer l'avenue, de gauche à droite. Ses yeux parcoururent rapidement l'étendue de la rue avant qu'il s'autorise un petit soupir de soulagement.
Son chauffeur n'était pas encore là. Avec un petit hochement de tête à Bridgette, les deux camarades traversèrent la rue et stoppèrent leurs pas juste devant les escaliers de l'entrée de l'établissement.
Un petit silence s'installa entre eux, ce qui stressait le jeune homme. Bien qu'il appréciait le silence, se retrouver seul à seul avec une personne sans rien avoir à lui dire était une situation peu confortable pour lui.
Mais Bridgette ne semblait s'en formaliser. Elle se tenait droite, les mains entrecroisées, le regard posé loin devant elle, un léger sourire sur les lèvres. Le jeune homme pensa à lui proposer de rentrer chez elle mais il se voyait mal la remercier comme ça, d'un seul coup, après ce qu'elle avait fait pour lui.
Ou du moins ce qu'elle avait eu l'intention de faire pour lui. Mais Félix n'eut pas le temps de se poser plus de question que la berline noire de son chauffeur fit son apparition au coin de la rue avant de venir s'arrêter juste devant les jeunes gens.
Le garçon remerciait intérieurement le ciel de ne pas avoir prolongé cette scène très embarrassante. Félix s'approcha de l'arrière de la voiture avant de se tourner vers Bridgette qui avait élargi de plus belle son sourire.
-« O-On peut te déposer quelque part ? » demanda-t-il en ouvrant la portière.
-« Non, c'est gentil mais j'habite juste là, répondit Bridgette en indiquant sa droite d'un geste de menton. Ne vous dérangez pas pour moi. »
-« Comme tu voudras. » murmura Félix avec léger hochement de tête.
Un nouveau silence s'installa. Le jeune homme ne savait que faire. Simplement monter dans la voiture sans demander son reste ? Il en avait une furieuse envie mais cela ne lui semblait pas très correct.
Que pouvait-il faire de plus dans ce cas ? Que devait-il faire ? Que devait-il dire ? Qu-
-« Merci pour ton aide, dit soudain Bridgette, arrachant le jeune homme à ses pensées. C'est gentil de bien avoir voulu nous aider pour la physique. »
-« C'était rien, protesta Félix en haussant les épaules. Nous n'avons même pas eu le temps de voir un chapitre entier. »
-« Ce n'est pas grave ça sera pour une autre fois. » déclara Bridgette avec un hochement de tête.
-« Oui, répondit le jeune homme en hochant la tête à son tour. Et… merci à toi. Pour… tu sais. » s'arrêtant là, craignant de ce que son chauffeur pourrait dire à Nathalie ou son père en entendant sa conversation.
-« C'est normal, les amis c'est fait pour ça ! » affirma la jeune fille avec un éclat de rire.
Félix fixa Bridgette un instant avant de sourire faiblement, baissant les yeux.
-« À demain. » conclut-il en entrant dans la voiture.
-« À demain, répondit sa camarade avec un petit salut de main. Oh Félix, attends ! »
Le garçon se figea net, adressa un regard surpris à la jeune fille. Elle décrocha son sac de son dos pour fouiller quelques instants à l'intérieur avant d'en sortir précipitamment un petit carnet noir et un stylo. Elle griffonna quelque chose sur une des pages avant de l'arracher du carnet de faire un pas vers Félix.
-« Tiens, reprit-elle avec un petit sourire. Ça c'est… si jamais tu as besoin de quelque chose ou si tu as simplement envie de discuter. »
Félix récupéra le morceau de papier où étais inscrit le numéro de téléphone de la jeune fille. Il fronça les sourcils avant de relever les yeux vers elle. Bridgette, consciente de ce qui se passait dans la tête de son camarade, leva les mains en signe d'innocence.
-« C'est seulement si tu en as envie, je ne te force pas ! clama-t-elle avec un petit rire gêné. Je ne veux pas que tu t'en sentes obligé surtout. C'est… juste au cas où… »
Le jeune homme regarda de nouveau le morceau de papier avec méfiance. Puis après un instant de flottement, le jeune homme le plia en deux pour le glisser dans la poche gauche de son pantalon.
-« Merci. » souffla-t-il discrètement, se retournant vers la voiture sans rien ajouter de plus.
Aussitôt la portière refermée, la voiture se remit en route. Bridgette suivit le véhicule des yeux un instant avant de prendre la direction de chez elle, le sourire aux lèvres.
Elle était heureuse de cette fin d'après-midi. Au fond d'elle, elle savait que d'avoir fait venir Félix à leur petite sortie improvisée était une bonne idée s'ils voulaient le voir s'ouvrir plus à eux.
Elle était contente d'avoir réussi à le convaincre de se laisser aller un peu, d'oublier son père pour quelques minutes.
Et bien que le combat d'aujourd'hui lui ait valu les applaudissements de tout Paris, elle ressentait à cet instant plus de fierté pour avoir aidé un ami que pour avoir sauvé la capitale.
De retour dans sa chambre, Félix s'était assis sur son canapé. En silence, il se remémorait les événements de la journée.
Voyant son porteur avec les yeux dans le vide, Plagg quitta son perchoir dans la bibliothèque pour venir se poser sur la table basse de la chambre.
-« Tout va bien petit ? » demanda-t-il en croisant ses pattes.
-« Oui, je suis un peu fatigué, c'est tout. » soupira le jeune homme avec un léger hochement de tête.
-« Le combat de cet après-midi était éprouvant, confirma le kwami. Mais vous vous en êtes bien sortis. »
-« Merci. C'est la première fois que j'affrontais ce genre de situation, je ne sais pas trop quoi penser de tout ça. »
-« Tu parles du combat ou de ce qui s'est passé ensuite ? » railla Plagg avec un petit sourire.
Félix dévisagea la petite créature avec un léger sourire sur les lèvres. Il n'avait pas tout à fait tort, la sortie improvisée était une expérience nouvelle aussi.
-« J'ai fait tellement de choses dont je ne pensais pas capable aujourd'hui, murmura le garçon. C'est vraiment une drôle de sensation. »
-« Et c'est plutôt une bonne ou mauvaise chose à ton avis ? » demanda le kwami en venant se poser sur le genou de son porteur.
-« … Je ne sais pas, répondit Félix après un instant de réflexion. J'imagine que le résultat reste bon, mais il faut que je reste prudent, en Chat Noir comme en apparence civile. Ladybug compte sur moi et je ne peux pas me permettre de faire trop de choses dans le dos de mon père sans craindre les conséquences. »
-« Tu sembles tout de même plus détendu que lors de tes premières missions, remarqua Plagg en croisant ses pattes. Et ça, c'est plutôt positif. »
-« C'est vrai, je prends mes marques. Tout devient de plus en plus facile en vérité. Et même si je dois me battre contre des monstres et sauver des parisiens sans défense, je… »
Le jeune homme se stoppa un instant, ne croyant pas lui-même à ce qu'il s'apprêtait à dire. Lui qui rechignait tant au début, il n'arrivait pas à imaginer qu'il ait pu changer si vite d'avis.
Devinant ce que le jeune homme avait en tête, Plagg insista avec un sourire narquois.
-« Tu… ? »
-« Je me plais dans le rôle de Chat Noir, admit Félix en haussant les épaules en croisant le regard moqueur du kwami. Je dois bien admettre que tu avais raison, cette mission n'a pas que des inconvénients. »
-« Il l'a dit ! railla Plagg avec un rire espiègle. Tu devrais noter la date du jour dans ton agenda : « Le jour où j'ai reconnu que Plagg le magnifique avait raison et que j'avais tort ». »
-« Ne rêve pas trop quand même, contra le jeune homme en poussant légèrement le kwami du bout du doigt. Ce rôle est tout de même contraignant pour moi : les mensonges, les excuses pour disparaître, l'improvisation… »
-« Oui et bah ça fait partie du métier ! répondit Plagg en se posant sur l'épaule de Félix. Tu vas finir par t'y habituer à ça aussi. »
-« Laisse-moi en douter. » murmura le garçon en se relevant pour se diriger vers la grande fenêtre de sa chambre.
-« Mais si, tu verras. Tu n'as pas trop le choix, n'est-ce pas ? »
-« La faute à qui, hmm ? » protesta Félix en regardant Plagg du coin de l'œil.
Le kwami se contenta de lever les yeux au ciel avec un sourire. Félix hocha négativement la tête, lui aussi un léger sourire dessiner sur les lèvres.
Il posa son regard au loin, sur les toits parisiens. Les mots de Bridgette résonnaient dans sa tête sans discontinuer.
« En plus je les trouve cools. Ils ont vraiment la classe, à courir comme ça sur les toits ! Je pourrais même dire qu'ils ont de la chance de pouvoir le faire. »
Il n'était pas entièrement sûr de se définir comme une personne « cool » mais il devait reconnaître qu'avoir entendu lui avait plaisir. Et avec le même étonnement, le jeune homme se rendit compte qu'elle n'avait peut-être pas tout à fait tort.
Qui pouvait se vanter d'avoir une aussi jolie de vue de Paris à n'importe quel moment, quand il le décidait et de n'importe où ?
Mettant les mains dans ses poches, le jeune homme sentit le morceau de papier sur lequel Bridgette avait inscrit à la hâte son numéro de téléphone. Il observa un instant l'écriture avant de se saisir de son propre portable pour y entrer le numéro. Le jeune homme se rendit alors compte qu'à part le numéro de son père, celui de Nathalie, de Camille et de son chauffeur, son répertoire était totalement vide.
En vérité, puisqu'il ne sortait jamais, cela était plutôt normal. Il ne put s'empêcher de sourire en entrant les coordonnées de sa camarade. C'était la première fois qu'il entrait le numéro de complètement extérieur dans SON téléphone, dans son intimité. Quand le numéro fut inscrit dans la mémoire de l'appareil, le jeune homme réfléchit un instant.
Le fait que Bridgette lui ait donné ses coordonnées indiquait qu'elle plaçait en lui sa confiance. Et il aurait été déplacé, surtout vis-à-vis d'elle, de ne pas faire de même, n'est-ce pas ? Le garçon prolongea sa réflexion, puis se décida finalement à taper un message à sa camarade.
Bien que cela était en quelque sorte nouveau pour lui, il espérait intérieurement que la jeune fille n'en profiterait pas pour le harceler toute la journée ou lui poser mille et une questions, car il savait au fond de lui qu'elle en était tout à fait capable.
Bridgette se jeta sur son lit en laissant échapper un soupir de contentement. Elle était ravie de la tournure qu'avait pris cette journée.
Et même si le combat avait été une rude épreuve pour elle et Chat Noir, elle était fière qu'ils aient pu y arriver.
En repensant à son partenaire, la jeune fille se redressa sur ses coudes pour s'adresser à Tikki.
-« Tu crois que tout ira bien pour Chat Noir ? J'espère qu'il ne s'est pas blessé avec sa chute dans la Seine. »
-« Ne t'en fais pas Bridgette, rassura Tikki en se posant sur la surface du lit. Le Miraculous Ladybug a tout réparé, tu n'as pas à t'inquiéter. »
-« Il gardera sûrement un « beau » souvenir de son survol de Paris, plaisanta la jeune fille avec une pointe de gêne. Tout de même, il s'est encore mis en danger par ma faute, j'aurai dû le convaincre de renoncer à cette idée. Il aurait pu être plus gravement blessé encore. »
-« Vous débutez, c'est normal qu'il y ait encore des faux pas. Je te l'ai dit, rien n'est inné dans cette mission qui vous a été confié, vous devez apprendre à vous familiariser à vos pouvoirs, et surtout à vous faire confiance. »
Tout en écoutant la kwami, la jeune fille s'assit au bord de son lit. Tikki avait raison, cela ne servait à rien de se morfondre. Et de toute façon, tout allait devenir plus automatique au fur et à mesure de leur collaboration.
À cette pensée, un grand sourire se dessina sur le visage de la jeune fille.
-« En parlant de ça, je l'ai trouvé beaucoup plus détendu aujourd'hui. Je pense qu'il prend ses marques, tout comme moi. Je suis contente que nous nous entendions bien. »
-« Il devait être très stressé, affirma Tikki avec un hochement de tête. Tu sais, chaque porteur réagit différemment quand il apprend qu'il va devenir un héros, surtout avec le rôle aussi important que celui de Ladybug ou Chat Noir. Certains s'en sortent très bien dès le début et d'autres ont besoin d'un petit temps d'adaptation. »
-« Tous tes porteurs ont donc été différents les uns des autres ? » questionna Bridgette avec un petit sourire.
-« Bien sûr ! Tu peux me croire quand je te dis que ça n'a pas été de tout repos avec tous. Entre ceux qui refusaient d'accomplir leur devoir et ceux dont le pouvoir de création leur ait monté à la tête, ça n'a pas été simple à chaque fois ! »
-« Je n'arrive pas à croire que tu aies vécu si longtemps, murmura la jeune fille avec des étoiles dans les yeux. Accumuler tant de connaissances et d'expériences à travers le temps, c'est une chance incroyable ! »
-« C'est vrai, mais ce n'est pas toujours de tout repos tu sais… » soupira Tikki en relevant les yeux vers sa porteuse.
Un petit sourire se dessina sur les lèvres de Bridgette. Mais alors qu'elle allait poser une nouvelle une question à sa petite compagne, le portable de la jeune fille se mit à sonner.
Elle récupéra rapidement l'appareil. C'était Jehan. Il l'appelait sûrement pour lui raconter comment c'était passé le passage à la bibliothèque avec Maxence.
-« Allô ? répondit Bridgette en portant l'appareil à son oreille son en s'asseyant sur la chaise de son bureau. Dis-moi que tu as une bonne nouvelle, je t'en prie. »
-« Une excellente ! répondit Jehan avec un éclat de rire. La patronne, Mme Cristiani, tu sais ? Elle attendait Maxence à la bibliothèque. Elle a appris ce qui s'est passé dans l'après-midi, elle a passé un savon à l'autre bibliothécaire, Mme Hédelin, qui avait envoyé Maxence sur les roses. »
-« C'est vrai ?! s'exclama Bridgette avec un grand sourire vers Tikki qui s'était posée à côté d'elle. Et alors ? Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? »
-« La patronne a tellement virée verte qu'elle a failli renvoyer Mme Hédelin. Elle a pu garder son poste grâce à l'intervention de Maxence. Il a dit que la renvoyer ne changerait rien à ce qu'il s'est passé et que ça ne ferait qu'attiser les tensions. Un vrai prince ce gars. Et tout ça au milieu du hall ! Je t'assure c'était magistral. Andréa a même pris des photos ! » rit de nouveau le jeune homme.
-« Maxence est vraiment gentil. Je ne sais pas si j'aurai fait preuve d'autant de clémence ! »
-« Moi c'est sûr que non ! affirma Jehan. Enfin, le plus important c'est que tout aille bien je suppose. Maxence a retrouvé son poste et ça c'est une excellente nouvelle. Tu aurais vu son regard quand Mme Cristiani lui a rendu son badge, ça faisait vraiment plaisir à voir. »
-« C'est génial, acquiesça Bridgette. Il travaille tellement dur. C'était vraiment injuste de lui avoir retiré ce travail pour une raison aussi mauvaise. »
-« Le bien finit toujours par triompher ! déclara Jehan avec un ton pompeux qui se devinait même à travers le téléphone. Le tout c'est de se battre comme il faut ! »
-« Ahaha, en tout cas c'est vraiment super. Je suis vraiment contente pour Maxence. J'espère simplement qu'il ne gardera pas un trop mauvais souvenir de cette expérience. Il faudra que je discute avec lui. » soupira Bridgette en jetant un regard à Tikki qui hochait la tête.
Les deux jeunes gens discutèrent encore quelques minutes avant que Jehan ne mette fin à la conversation après avoir souhaité une bonne soirée à son amie.
Bridgette reposa son téléphone sur le bureau avant de se lever pour regarder à travers la petite fenêtre de sa chambre. Tikki en profita pour venir se poser sur l'épaule de sa porteuse sans dire un mot.
Détaillant les bâtiments qui se dressaient face à elle, un petit sourire se dessina sur les lèvres de la jeune fille. Si le rôle de Ladybug avait démultiplié ses responsabilités, elle n'en restait pas une lycéenne parmi d'autres, une de celle qui s'était juré de toujours être là pour ses amis.
Elle devait maintenant assurer ces deux rôles. Mais cela ne l'effrayait pas plus que ça. La jeune fille se savait forte et rien ne comptait plus pour elle que le bien-être de ses amis.
Même si elle savait que c'était impossible de veiller sur tout le monde à la fois, Bridgette voulait faire de son mieux pour garder ses amis et ses proches loin de la menace du Papillon.
Se battre contre un akumatisé était déjà compliqué, mais cela l'était encore plus en connaissant la personne sous le masque.
La peur de blesser grièvement la personne tout en ayant le plus profond désir de l'arrêter. La volonté de retenir ses coups malgré le fait que le vilain dévaste la ville. La détermination de sauver tout le monde mais de devoir pour cela se battre contre quelqu'un à qui on tient.
Toutes ces émotions que la jeune fille ressentait quand elle passait son costume et qui étaient encore trop neuves pour être correctement gérées par l'héroïne.
Mais Bridgette ne désespérait pas. Elle savait qu'elle avait en elle l'étoffe d'une vraie héroïne, Tikki ne cessait de lui répéter et la confiance que tous les habitants de Paris plaçaient en elle et Chat Noir pour les sauver ne pouvait que l'encourager à devenir meilleure encore.
Petit à petit, elle allait s'améliorer, elle n'avait pas de doute là-dessus. Et bientôt, elle n'aurait plus de questions à se poser.
Plus aucune.
Alors qu'elle était plongée dans ses réflexions, son téléphone portable vibra de nouveau, signe d'un nouveau message. La jeune fille s'étira avant de rasseoir sur le siège de son bureau et d'attraper l'appareil.
- (Numéro inconnu) : Merci pour ton numéro et pour m'avoir invité à votre escapade de cet après-midi. J'ai passé un bon moment. Bonne soirée à toi. Félix Agreste.
Un large sourire se dessina sur le visage de Bridgette qui se sentait tout excitée. Elle avait le numéro de Félix ! Le garçon le plus distant et inabordable qu'elle connaissait, elle avait maintenant le moyen de le contacter à tout moment ! Mais bien que cela lui faisait très plaisir, la jeune fille coupa court immédiatement à cette envie. Elle savait qu'elle ne ferait que le déranger, et elle n'avait pas fait ce geste pour l'importuner. La jeune fille était simplement heureuse de voir que Félix lui faisait assez confiance pour lui confier à son tour ses coordonnées.
Reprenant son sérieux, Bridgette tapa quelques mots sur son portable afin d'informer son blond camarade de l'évolution de la situation avec Maxence, un sourire aux lèvres.
- (Bridgette Dupain-Cheng) : Je t'en prie, c'était normal. Nous aussi on a apprécié de t'avoir avec nous, il faudra qu'on recommence un de ces jours ! Au fait, tout est réglé pour Maxence, il a retrouvé son travail à la bibliothèque ! Jehan se fera un plaisir de nous raconter ça en détail demain ! Bonne soirée ! »
Reposant son téléphone sur le bureau, la jeune fille soupira de contentement en regardant Tikki qui venait de se poser sur son épaule avec un petit sourire sur le visage.
Oui, tout irait bien dans le meilleur des mondes.
Voilà qui conclu la partie 4, Odyssée ! Pour ceux qui s'intéressent à la construction de mon histoire, Odyssée correspond au Gamer dans la saison 1 de la série, peut-être vous en seriez-vous douté ?
Dans tous les cas, j'espère que ça vous a plu ! Désolée pour ceux qui me suivent, l'attente a été longue pour ce dernier chapitre mais j'ai été confrontée à plusieurs problèmes persos qui m'ont empêché d'être régulière ces dernières semaines.
Mais je vous reviens plus motivée que jamais, et je vais tenter de reprendre le rythme normal de mes post !
A la semaine prochaine pour la suite des aventures de Félix et Bridgette, restez connectés...
