L'homme de l'Impasse du Tisseur
« Bon ! » fit Drago au bout d'une nouvelle semaine sans piste à exploiter. « Vu qu'on est quand même coincés ici à rien faire, ce serait peut-être l'occasion de voir qui est l'ami de ta mère. »
Harry qui était assis en tailleur sur le sol pour méditer sursauta et leva les yeux vers son ami.
« Quoi ? » demanda-t-il, surpris.
« On irait pas faire un tour à l'Impasse du Tisseur ? » demanda Drago.
« Ce serait pas prudent ... Et si l'homme était de son coté ? »
« Ce n'est pas en restant ici qu'on va le savoir, Harry. On ne peut pas aller à Square Grimmaurd parce qu'il y a un risque que tes amis nous y attendent. Nous n'avons aucun indice pour trouver un nouvel horcruxe. Nous ne pouvons pas nous balader comme nous voulons sans risquer de nous faire attraper. On ne va pas rester planquer toute notre vie non plus. Je déteste être tapis et planqué comme un rat ! »
« J'aurais jamais cru entendre cela de la part d'un Serpentard ..., » fit le Gryffondor, étonné, alors qu'il se relevait. « Très bien. On va aller faire un tour. Mais où est-ce qu'on va s'il s'avère que c'est un piège aussi ? »
En compagnie de Drago, Harry avait développé assez rapidement son coté Serpentard et il réfléchissait un peu plus qu'avant. Il semblerait que l'inverse arrivait pour le brun. Il devenait un peu plus Gryffondor. Ce n'était pas une si mauvaise chose. C'était juste un peu surprenant.
Sa remarque eut l'effet escompté. Son ami s'assit et réfléchit à son tour. Harry aimait observé l'orage dans ses yeux quand il était perdu dans ses pensées. C'était fascinant. Il leur fallait un endroit où s'échapper au cas où. Et pas Square Grimmaurd. Hélas, à part des lieux sorciers, Drago ne connaissait pas beaucoup d'endroits...
« Tu ne connaîtrais pas un lieu où on pourrait se cacher ? » demanda-t-il alors.
« Aucun qui pourrait te convenir ? »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« On serait en pleine nature Drago... Ou dans des lieux bien moins confortables qu'ici. »
Le brun soupira lourdement et passa une main sur son visage. Il ne put s'empêcher de grimacer.
« Soit, » dit-il finalement, résigné à devoir potentiellement s'endormir prochainement dans la nature. « Va pour la nature. Mais on ne va pas dormir sans avoir un abri quand même. Hein ? »
« Non, » sourit le Gryffondor. « On va aller en ville pour s'acheter une tente. »
« Hmm... » Le regard d'acier s'illumina légèrement. « Pourquoi pas une tente sorcière ? »
« Tu sais où en acheter ? »
« Oui. »
« Ce sera toujours mieux que les tentes moldues, bien qu'on peut en avoir de très confortables. »
Deux jours plus tard, ils avaient toutes leurs affaires rassemblées dans leur sac, dont leurs nouvelles tentes. Ils en avaient acheté deux dans le cas où ils seraient séparés. Toutes leurs potions, ingrédients, tout était divisé en deux pour parer à cette éventualité. Chacun devait pouvoir survivre sans l'autre. Mais ils devaient se l'avouer. Aucun ne voulait être séparé de l'autre. Ils marchèrent tous deux vers l'Impasse du Tisseur.
Harry inspira profondément alors qu'ils s'approchaient d'une maison ouvrière. Il frappa un peu gauchement à la porte. Un homme d'une cinquantaine ou une soixantaine d'années vint leur ouvrir. Il avait des yeux bruns perçant et le visage anguleux. Il était grand et ses cheveux grisonnant avaient encore quelques nuances de bruns de ci de là.
« C'est pour quoi ? » demanda-t-il, suspicieux.
« Bonjour, monsieur, » fit un peu gauchement le Gryffondor. « Hmm ... »
« Si c'est pour me vendre quelque chose, je ne suis pas intéressé ! »
« Non, on ne veut rien vous vendre, monsieur, » répondit précipitamment Harry avant que l'homme ne ferme la porte.
« Alors quoi ? »
Le jeune garçon inspira profondément, sentant la main de son ami se resserrer doucement autour de son bras en soutien.
« Je suis le fils de Lily Evans. »
L'homme se tendit légèrement.
« Oui. Et alors ? »
« J'ai quelques ennuis et ma tante m'a dit que je pouvais trouver un ami de ma mère ici. De toute évidence, elle s'est trompée. Pardon de vous avoir dérangé pour rien. »
Le vieil homme observa les deux jeunes garçons, des sorciers, il le savait, un petit instant avant de soupirer.
« Attendez, » dit-il. « Mon fils était l'ami de Lily Evans. Enfin, je crois bien que c'était elle. Une jeune fille aux cheveux roux, c'est ça ? »
« Oui, monsieur. »
Le garçon aux cheveux roux sortit une photo pliée de sa poche et la tendit au Moldu. Ce dernier l'observa quelques secondes. Il y avait Lily Evans en compagnie d'un garçon aux cheveux et aux yeux noirs.
« C'est bien mon fils. Entrez. Je vais passez un coup de fil. » Il s'écarta de la porte et les deux amis entrèrent. « Ne faites juste pas de votre ... votre chose ... ici, » ajouta l'homme une fois la porte refermée. « Je n'aime pas ça. »
« J'ai été élevé par des Moldus, monsieur, » répondit Harry qui avait compris qu'ils avaient affaire à l'un d'eux. « Je sais parfaitement vivre sans la magie. Et Drago apprend à le faire. »
« A la bonheur. Au moins, les démons peuvent apprendre à vivre comme nous, les êtres normaux... Ne touchez à rien. »
La maison sentait le tabac. Harry et Drago suivirent l'homme dans un petit salon miteux. Ils avaient compris aux propos que l'homme était l'un de ces Moldus qui haissait la magie. pourtant il était calme et enclin à les aider. C'était étrange. De plus, le Serpentard avait l'impression de connaître l'homme. Il y avait en lui quelque chose ... Il n'arrivait pas à voir quoi.
L'homme partit dans la cuisine où il y avait un vieux téléphone accroché à un mur. Harry et Drago patientièrent le temps de l'appel. Le Moldu avait du hausser le ton pour finalement convaincre son fils de venir apparemment. Cela ne devait pas être la joie entre les deux.
« ... Ces deux gosses sont venus te voir toi, Gamin, » disait-il. « Que veux-tu que je fasse avec deux sorciers ? L'un d'eux cherche de l'aide apparemment. Il a des ennuis ... Qu'est-ce que j'en sais moi. J'ai pas demandé ! J'y connais rien à ton monde de tarés ! Viens ici, un point c'est tout ! ... Oui, oui, bien sûr ... Après on ne se verra plus, je sais... En attendant ramène tes fesses ici pour gérer ça ! »
L'homme raccrocha et rejoignit les deux sorciers dans le salon. Il s'installa dans son fauteuil et invita les deux jeunes hommes, presque encore des adolescents à en faire de même dans le canapé. Il sortit une cigarette et l'alluma.
« Mon fils va arriver, » fit-il simplement après avoir pris une bouffée. « Alors t'es le gamin de la petite Evans. »
« Oui, » fit Harry, mal à l'aise.
« Comment va cette sorcière ? »
« Elle ... elle est morte, monsieur. Il y a longtemps. »
« Je ne le savais pas. Désolé de t'avoir fait de la peine. »
« Je ... non, ça va. Je ne l'ai pas connue. Mes parents sont morts quand j'étais bébé. C'est ma tante qui m'a élevé. »
« Rappelle-moi qui est ta tante. »
« Pétunia Dursley. » L'homme fronça les sourcils. « Grande, blonde... »
« Une tête de cheval, » ajouta Drago avant de se prendre un coup de coude dans les cotes. « Eh ! Harry ! C'est vrai excuse-moi ! Elle a une tête d'abraxan ! »
Le Gryffondor sourit doucement. Mais quand même ...
« Ca ne se dit pas, » fit-il entre ses dents. « Tu es le premier à me dire que je n'ai pas de manières. »
« Pff... Rabat-joie. »
« Je déteins sur toi. »
« Quoi ? N'importe quoi ! On réglera ça plus tard, Potter ! »
Harry sourit. Quand le Serpentard revenait sur son nom de famille, c'était qu'il était sur la défensive. C'était toujours amusant. Il reporta son attention sur le Moldu qui les observait.
« Tante Pétunia est mariée à un Moldu, Vernon Dursley. Il travaille dans une banque, je crois. »
« Tu crois ? »
« J'en suis pas sûr. On ne peut pas dire qu'on a beaucoup parlé, ma famille et moi... Je suis même étonné que ma tante m'aie donné cette adresse quand je suis parti. »
« Oh ... En quoi mon fils pourrait t'aider ? Il n'est pas quelqu'un de très aimable ... »
« Ma tante a dit qu'il était le meilleur ami de ma mère. Je ne veux pas le mettre en danger mais ... j'avoue qu'un coup de main ne serait pas de refus. »
« En danger ? »
« C'est la guerre chez les sorciers, monsieur, » répondit Drago. « Nous sommes des fugitifs aux yeux des hommes qui ont pris le contrôle du Ministère. Ils prônent la pureté du sang et sont pour l'esclavage voire l'éradication totale des Moldus. »
« Et vous pas ? »
« Je suis un Sang-Mêlé, » répondit Harry en haussant des épaules. « Et je sais que les Moldus ne sont pas tous des enfoirés. Nous sommes pareils. Que ce soit avec des baguettes ou avec des pistolets. Il y a des bons et des méchants partout. Ce n'est pas la magie qui changera ça. Et je pense que votre fils peut le comprendre également en tant que Né-Moldu. »
« Mon fils est un Sang-Mêlé aussi, » grimaça l'homme. « Mon épouse était une sorcière. Une Sang-Pure de ce que je me souviens. »
« Savez-vous de quelle famille ? » demanda Drago.
« Pourquoi cette question ? » demanda le Moldu.
« Drago est un Sang-Pur aussi, » répondit Harry. « Et quand les Sang-Purs font quelque chose de mal, ou du moins à l'encontre de la décision de leurs parents, ils sont reniés. Je suppose que votre épouse a du l'être puisqu'elle vous a épousé... Les vieilles familles peuvent avoir des réactions extrêmes dans certains cas ... »
« Ouais ..., » confirma le Serpentard, amer. « Etre renié pour refuser de participer à la guerre et tuer des Nés-Moldus et ne pas suivre un taré psychopathe... »
Le Moldu observa un instant le brun tout en fumant pensivement sa cigarette.
« Ma femme appartenait à la famille Prince, » dit-il au bout d'un instant. « Tiens voilà mon fils, » ajouta-t-il alors que des coups étaient donnés à la porte. « Pour une fois qu'il arrive vite. »
« Prince ..., » murmura Drago.
Le temps que le Moldu se lève et disparaisse dans le couloir menant à la porte d'entrée, le Serpentard se leva prestement, la panique dans le regard.
« Harry, il faut qu'on parte ! Maintenant ! »
« Pourquoi ? »
« Le Lord de la famille Prince, c'est mon parrain ! C'est Severus ! »
« Quoi ?! »
Le roux se leva aussi rapidement que son ami, panique et colère mélangées dans son regard émeraude. Les deux sorciers se tendirent et pointèrent à l'unisson leur baguette vers les deux hommes qui revenaient. Le plus jeune grognant sur son aîné.
« J'espère que tu ne m'as pas fait v... Oh ... On se calme, Potter ! »
Severus Snape venait d'apparaître dans l'embrasure de la porte, juste derrière son père. Il avait levé les mains en signe de paix.
« Snape, » siffla Harry. « Alors l'ami de ma mère, c'était Snape ?! J'arrive pas y croire ! »
« Je suis aussi surpris que toi, Harry. »
« Drago ? » fit le Maître des Potions surpris.
