─ Monsieur …
─ Vous ne m'aviez pas dit que vous étiez le frère d'Arthur.
Charles haussa des épaules. Il redressa son visage mutin. Avec les tâches de rousseurs sur son visage et son nez en trompette, Appolon se demanda comment il n'avait pas pu faire le lien. Charles observa le bureau du concierge. Il l'aimait toujours autant : il était plein de voyages, d'objets farfelus et de livres fabuleux. Appolon avait accumulé bien trop de breloques qui prenaient la poussières et de souvenir dans ce petit espace où Charles le soupçonnait de dormir.
─ Vous devriez parler à votre famille Weasley n°2.
─ Ah, non-merci, ça ira ! soupira-t-il.
─ Est-ce qu'ils ont mal accepté que vous soyez un poufsouffle ?
─ Vous vous intéressez à moi maintenant que vous savez que je ne suis pas qu'un cousin éloigné ?
─ Ne soyez pas ainsi, monsieur Weasley.
─ Tout ce qui touche de près ou de loin les Black vous préoccupe, n'est-ce pas ?
─ Les Weasley ont toujours été à gryffondor. S'ils se sont montrés blessant envers vous, vous devriez en parler à Dumbledore. D'autant plus si ce rejet vous conduit à agir stupidement.
─ C'est la première fois depuis la création d'Hogward qu'un Weasley n'est pas à gryffondor, mais non ! Mes parents étaient fiers de moi « On a un enfant différent ! », rajoute-t-a-il faisant des guillemets avec ses index et majeurs des chaque main. Vous savez quel scandale ils ont fait d'être dans le registre de sang-pur disant qu'on aurait des moldus dans nos origines.
─ Pourquoi ne parlent-ils jamais de vous dans ce cas ?
─ Je leurs ai dit que je disparaitrai pour toujours si on apprenait que j'étais leur enfant, répondit le garçon regrettant la cruauté de ses mots sans oser faire demi-tour aujourd'hui et affronter ses parents.
─ Charlie, l'engagement dans l'ordre vous en tiendra peut-être éloigné pendant des années. Peut-être même pour toujours. Songez qu'on peut toujours récupérer ce qu'on perd.
─ Et ce qu'on détruit ? Je sais, Monsieur. Vous pensez toujours que je m'engage à la légère n'est-ce pas ? Et pourtant, vous n'êtes même pas capable de voir deux frères juste devant vos yeux, par deux fois par ailleurs, deux frères vous auront trompé. Ca devient une habitude.
─ Trois fois …., comptabilisa Appolon en réalisant qu'effectivement, il était assez mauvais dans ce registre.
Le garçon posa le bout de ses fesses sur bureau du concierge, une main s'y agrippant, visiblement très à l'aise. Il rit tendrement devant le oui affirmatif qu'il lisait chez son ainé. Appolon lui jeta un coup d'œil agacé. L'année dernière, le garçon était d'une adorable timidité. Ces monstres grandissaient trop vite !
Appolon Picott semblait jeune. Il sentait souvent une odeur sucrée d'alcool et souvent la cigarette aussi. Il sentait souvent le parfum d'autres. Il avait un air condescendent bien qu'il souriait le plus souvent. Il était d'une certaine nonchalance et ne faisait aucun bruit lorsqu'il marchait. Il sentait la magie, aussi, ça transpirait de ses pores. C'était aphrodisiaque comme tous les élémentaristes. Les premières années ne le réalisaient pas le croyant juste « intéressant », les dernières en parlaient ardemment avec les hormones qui se développaient. Certaines personnes avaient même créé des histoires érotiques avec lui. Autant dire que personne ne voulait voir monsieur Picott tomber un jour dessus. Les seules personnes dont semblaient proches le concierge étaient ceux de l'Ordre et Minerva McGonagall.
─ Monsieur Picott, vous êtes bien trop grave et sérieux quand nous parlons ensemble. Vous vous inquiétez trop pour moi.
─ J'ai de quoi l'être, puis-je vous rappeler notre rencontre ?
─ C'est Dumbledore qui m'a proposé d'intégrer l'ordre et je suis heureux d'avoir ma première mission.
─ Ce vieux fou a vécu trop longtemps. Il ne fait plus la différence entre un adulte et un enfant.
─ Je ne suis pas un enfant, grogna Charles Weasley.
Il se redressa pour attraper la cravate du concierge, tirant cette dernière vers lui. Il venait de comprendre l'utilité que l'équivalent d'un domestique en porte une. Car Appolon n'était que ça. Le chien de Dumbledore répondant à tous ses ordres. C'était agaçant.
─ Si vous le vouliez, je pourrais vous le prouver.
Les doigts d'Appolon claquèrent et brulèrent les mains de Charles, l'une s'étant en effet placée sur son jean, les lui faisant retirer de ses effets personnels. Charles sourit tendrement, perdant ses yeux sur cette gorge ronde et ses hanches fermes.
─ Pour la énième fois, je ne suis pas interessé par vos propositions. De plus, il m'a semblé, après vous avoir attrapé avec miss Unhder, miss Crabe et miss Chang rien que ce mois-ci et vous voir très proche de Daisy Hookum au bal d'Halloween ainsi que de Georg….
─ Êtes-vous jaloux pour recenser mes conquêtes ? Vous êtes le seul, monsieur, je puis vous l'assurer.
─ Je ne le suis pas. Je constatais simplement votre effort pour fraterniser avec chaque maison. Weasley n°2, je ne comprends pas votre jeu et j'essaye pourtant d'en saisir le sens.
─ J'aime les femmes, toutes les femmes, je vous assure, elles me plaisent plus que tout. Mais vous me plaisez davantage encore. Vous devriez tester avec moi avant de juger. Je vous assure, Monsieur, que je sais exactement ce que vous aimez.
─ épuisant.
Appolon passa sa main dans la chevelure jaune du garçon. Il s'inquiétait pour lui. Certes, il l'évitait la plupart du temps à Hogward au vu du tempérament impulsif, provocateur et exubérant de l'étudiant. L'été dernier avait été suffisamment un calvaire pour ne pas l'avoir davantage dans les pattes.
─ Si vous tenez tant que ça à risquer votre vie pour l'ordre, vous devriez profiter des deux prochains mois pour aller avec toutes les femmes que vous aimez tant et vous rapprocher de votre frère au lieu de courir après un vieil homme pour vous amuser.
─ Je ne cours pas après !
Charlie avait surgit si brusquement derrière le concierge qu'il manqua de perdre un battement de cœur. Il senti les dents de l'étudiant venir mordre la hauteur de son cou « Je cours plus vite que lui, il ne le sait juste pas encore. Il sait pas qu'il a déjà perdu. »
D'un geste brusque Appolon le plaqua contre la porte. Il tapota sur le badge « sorcières et fières ! » que portait Charles.
─ « Quand une femme dit non, un homme doit comprendre non », jolie citation et si vous la mettiez en application ?
─ Vous n'êtes pas une femme, Monsieur, mais si c'est une invitation pour les positions, je ne l'imaginai pas autrement.
─ Non, Monsieur Weasley.
─ Juste une fois, monsieur, dans votre bureau, la salle d'étude, votre placard à balai préféré, où vous voulez, ailleurs …
─ Très bien, on va effectivement se retrouver en salle d'étude.
─ C'est vrai ?
─ Oui, vous êtes en retenu avec Molly Prewett jusqu'à la fin de l'année. Entre psychopathes, vous devriez vous comprendre. A deux, vous parviendrez peut-être à trouver la formule …
─ La formule ?
─ Pour arrêter vos harcèlements.
Charles Weasley, même si Molly allait être présente, était ravi de ce « rancard. » Il déchanta rapidement quand il tomba nez à nez avec un homme de quarante ans, austère, sévère, à l'air plus âgé que son âge qui semblait porter toute la jalousie du monde.
─ Monsieur Russard, excusez-moi, je suis trompé de …
─ Je remplace Picott.
─ … Mais …
─ Un problème ?
Pas besoin de répondre : c'était visible sur tout le visage de Charles. Le sol venait de s'ouvrir sous les pieds du pauvre adolescent. La fin du monde avait été déclaré en ces trois mots. Il n'avait que des questions tournants dans sa tête : combien de temps ? Est-ce qu'il le verrait avant de partir ? Si non, est-ce que la seule chose dont se souviendrait monsieur Picott de lui, ce serait qu'il l'avait harcelé en vain depuis trois ans et qu'il avait pas écouté le non ? Est-ce qu'il s'était enfuit ? L'avait-il piégé ? Charlie, nombriliste dans l'âme, pensa amèrement qu'Appolon Picott le torturait.
Il n'était en aucun cas la raison du départ précipité du concierge mais il aurait été incapable de le comprendre.
Charles s'installa le cœur brisé à côté d'une Molly au cœur tout aussi brisé. Pas besoin de savoir par qui. Quand deux cœurs tristes se rencontrent, ils se comprennent. Une puissante amitié venait de naître. Elle ne l'avait jamais vraiment porté dans son cœur : il blessait Arthur et leur petit-frère Perceval par sa froideur. Ils l'aimaient beaucoup et avaient souvent cherché à avoir ses bonnes grâces : Charlie était un égoïste qui réfutait les connaître. Il était difficile de comprendre pourquoi il était à poufsouffle, un tel caractère irait à serpentard aux yeux de Molly.
Cependant face à un concierge sentant le jus de chaussettes et les faisant laver les sols, ils ne purent que devenir sincèrement amis. Et Molly comprit au fur et à mesure de leurs échanges que Charlie n'avait pas honte de sa famille. Il avait honte de lui-même. Ce n'était pas les Weasley qu'il craignait : il craignait de ne pas les mériter.
─ Qu'est-ce qu'il t'a fait, Arthur ?
─ Rien, il a toujours été parfait.
─ Sérieux, Charlie, est-ce que Arthur t'a fait du mal ?
─ Ma famille t'a déjà raconté, non ? C'est loin de la vérité. J'ai toujours pleuré pour un rien et attendu que Arthur me console. Il a toujours été le parfait grand frère.
─ Alors pourquoi tu es parti ?
─ Je ne sais pas. Peut-être que je suis simplement fou. Les gens ont pas tort.
─ Charlie ?
─ Arthur s'est toujours battu pour moi, tu sais et j'ai pas hésité à le laisser tomber. Juste comme ça.
Charlie claqua des doigts. Il soupira.
─ C'est moins impressionnant quand on ne sait pas contrôler le feu.
Molly rit de bon cœur se remettant à laver les sols.
─ Ah … Ah …
Enfermé seul dans sa chambre, Sirius remonta ses doigts jusqu'à ses lèvres, les descendant à nouveau sur son corps pour se toucher légèrement puis plus rudement. Fermant les yeux, il se crispa, s'arrêtant. Ses yeux s'ouvrirent, cherchant du regard une personne qui ne venait plus depuis plusieurs jours déjà. Sirius tourna le visage sur le coté. Ses doigts se remirent à jouer. Ses dents mordirent l'oreiller pour calmer ses gémissements, son esprit vagabondant entre l'homme et les maraudeurs. Il se perdit dans son esprit. Un instant des yeux verts et une jeune fille rousse apparue, se mélangeant à ses amis se souvenant du lit où ils dormaient tous les quatre.
Sirius ne savait pas quel abime était en train de le submerger. Le rire de ses amis était un étrange aphrodisiaque. Sans doute malsain, mais il était trop innocent pour comprendre la perversion de son acte. Il cherchait juste un peu de plaisir dans cet enfermement. Un peu d'amour. N'importe quoi à quoi se raccrocher.
La semence sur ses doigts, il ne pensa pas à se nettoyer, s'allongeant sur le coté et fermant les yeux sereinement.
Tom Jedusor avait quitté la pièce sans avoir été vu, ni entendu. L'argent et la situation des Black, il en avait besoin pour son projet. Ce gamin était une problématique à gérer. Il avait vu qu'il pourrait être utile. Il lui avait conseillé de parler à Frank Londubat la première année et à James Potter. Ils savaient qu'ils deviendraient amis. Ce dont il ne s'était pas douté, c'est qu'il deviendrait ami avec un lycanthrope et des enfants de moldus. Même en lui faisant comprendre que son ami était un loup-garou, il continuait à l'aimer.
Le voir s'adonner à du plaisir aurait pu être un pas en avant, sauf le gamin ne se concentrait pas sur la luxure, il fantasmait. Son esprit voletait auprès d'autres. Ce gamin refusait d'oublier le sentiment le plus inutile restant de l'époque où ils étaient des animaux : l'amour. L'amour, ce n'est rien d'autres qu'un instinct bestial pour contrainte la conception et la protection des enfants jusqu'à ce qu'ils soient assez grands pour se débrouiller. C'est un piège qui avait finit d'achever Nagini et sa propre mère. L'évolution, c'étaient d'oublier l'acte de saillie vulgaire pour le plaisir de la chair sans intention de se reproduire, l'acte de prendre le meilleur génétiquement plutôt que de confondre conception et amour. Bellatrix et Lestrange, par exemple. Ils ne s'aimaient pas mais ils seront parfait. Andromeda et Lucius, c'était regrettable. Elle ne lui plaisait guère. Trop réfléchie, trop rapide à prendre des décisions. La sage Narcissa aurait été préférable.
Regulus irait parfaitement avec la petite Alice malgré que ça serait difficile de le faire accepter aux Black. Il le fallait, ils étaient trop consanguins avec les autres pro-sangs. Ils devaient comprendre qu'il n'y a qu'un sang-pur et qu'on peut accepter des familles moins extrêmes tant qu'elles savent se soumettre. Il lui fallait Potter. Tous les sangs-purs. Sauf les Weasley. Eux serviraient d'exemple.
Tous, pas au point d'en perdre le jeune Sirius. Il allait devoir lui rappeler que James Potter n'était pas son ami. Personne ne l'était. Pas même son jeune frère qui ne lui adressait plus la parole.
