Chapitre 18

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Les dessins de Floireans changèrent une fois de plus. Son esprit avait gardé aussi clair que ce jour là, l'image de deux formes de vies qui se complétaient et s'harmonisaient. Ses dessins, ses créatures évoluèrent peu à peu en hybride. Floireans connectait les contes très différents que lui racontaient son père et sa mère entre eux. Elle unissait ses deux êtres très différents pour en faire une harmonie parfaite. Certes Floireans restait une enfant et ses dessins restaient maladroits, mais son imagination débordait, et ça personne ne pouvait le nier.

Le mois d'octobre laissa place au mois de novembre puis de décembre. Tout comme l'année d'avant, Noël fut catastrophique. Floireans le fêta seule dans sa chambre en confectionnant un habit pour son misérable doudou fait main. Puis Janvier arriva et avec lui un temps particulièrement glaciale.

Pendant les fêtes de fin d'année, le désir de Lohan Lebesque ne faisait que croître. Il ne parvenait plus à le contenir. Ainsi un jour, Lohan Lebesque va une fois de plus obliger Floireans à rester pour nettoyer la salle de classe.

Elle était là. Juste devant lui. Elle astiquait une tâche particulièrement tenace sur une table. Elle semblait si misérable et pourtant si attirante.

-Floireans, Floireans, dit Lohan Lebesque avec une voix profonde de désir. Tu es assurément la fille du diable en personne.

Il avait posé sa grande main sur le dos de l'enfant qui se figea de terreur.

-Tu portes un bien joli pull aujourd'hui, continua l'homme. Je suis sûr que c'est ta mère qui te l'a mis.

Le pull que portait Foireans était rose pâle. Des petits rubans laçaient les manches et un derrière au niveau de la nuque formait un élégant nœud. Lohan Lebesque monta sa main tout en caressant le dos de la pauvre fille.

Ses longs doigts attrapèrent le ruban et tira dessus. Le nœud au niveau de la nuque se défit. Floireans ne pu retenir l'horrible frisson lui parcourir l'échine. Le sourire sadique de cet homme honteux s'agrandit devenant de plus en plus malveillant et remplis de désir. Ses yeux devinrent fiévreux et Floireans le ressentit alors que ses caresses s'accentuaient. Elle avait peur. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait.

Pourquoi ? Que lui voulait cet homme sensé protéger ses élèves ? Pourquoi est-ce qu'elle était la seule qu'il martyrisait à ce point ?

Floireans ferma les yeux et serra les lèvres en essayant de retenir ses larmes, alors que Lohan Lebesque l'attrape par les épaules et la force à se retourner. Floireans sentit le souffle rauque de ce monstre s'abattre sur son visage aux joues rebondies.

-tu ne peux pas savoir combien de temps j'ai attendu ce moment, murmura Lohan Lebesque en souriant.

Il émit un rire effroyable. Un rire qui faisait bien plus peur que tous les monstres dont Judwal contait les aventures pour dissuader Floireans de faire des bêtises.

Floireans se figea à nouveau. Son cou dénudé venait de sentir une chose molle et visqueuse. Floireans ouvrit des yeux apeurés en remarquant que le monstre venait de lui lécher le cou et qu'il s'apprêtait à recommencer.

Il y eut comme un déclic dans le cerveau de la petite fille. Elle se mit à se débattre.

-Ne bouge pas. Ne t'inquiète pas, ce n'est l'affaire que de quelques minutes. Après je te laisserais partir pour ce soir.

Lohan Lebesque la tenait serrer dans ses bras et se mit à embrasser ses cheveux tout en caressant son corps. Floireans pleurait et essayait de partir. De quitter ses bras. De quitter ses enfers. Soudain elle sentit une main bouillante sous son pull, directement sur son ventre. Elle montait et descendait. La respiration de cet homme se faisait de plus en plus saccadé par le plaisir. Il descendit sa main. Floireans s'agita de plus en plus. Quand elle sentit la main sur le bouton de son pantalon elle se mit à hurler de terreur.

CLAC !

-Ta gueule ! Hurla Lohan Lebesque en retirant sa main pour la frapper.

Il ne la tenait plus que d'une seule main. Vite ! Floireans en profita pour lui donner un majestueux coup de pied dans les parties intimes. Il y eut l'effet escompté. Lohan Lebesque lâcha immédiatement la prise en insultant Floireans de tous les noms qu'il connaissait. Floireans ne perdit pas de temps.

Depuis longtemps déjà, même si on ne lui donnait aucune compétence sportive, on conférait à Floireans un étonnant sens de l'agilité. Pour Sonia, Floireans avait dû être un chat dans une vie antérieure.

Un peu plus tôt dans la journée, la fenêtre de la classe avait été cassée par une balle perdue par les CM2 en jouant au basket. Floireans sauta sur une des tables de la salle et s'engouffra par la fenêtre brisée. ¨Peu importait que la classe se trouvait au deuxième étage. Sa chute fut amortie par la neige qui n'avait cessée de tomber depuis une semaine.

Échevelée, apeurée, blessée aussi bien physiquement et psychiquement, Floireans se mit à courir à travers tout le village dans l'obscurité de la nuit, dans un froid polaire et au milieu de la neige. Peu lui importait les coupures qui striaient son visage et ses mains, son pull de travers, son pantalon dégrafé. Peu importait qu'elle courrait seule, sans veste, en chaussons. Peu importait qu'elle était trempée jusqu'aux os. Il fallait courir. Courir loin, le plus loin possible pour échapper à son tortionnaire.

Finalement la silhouette familière de l'ancienne ferme se dressa devant elle. Floireans ne parvenait plus à respirer. Elle s'écroula dans la neige à l'entrée à bout de souffle. Sa vue brouillée par les larmes et la terreur fit qu'elle voyait les flocons tomber tel des fantômes tourbillonnants. Peut être qu'en restant ainsi dans la neige immaculée, elle se réveillera dans son lit et découvrira que rien de tout cela ne s'était produit...

Absurde. Elle avait mal, froid et était épuisée. Cela ne pouvait être que la réalité et rien ne pourra laver ce qu'elle était maintenant. Une enfant souillée, humiliée, sale. Aucune douche bien chaude, aucun détergent ne pourraient nettoyer ce qu'elle ressentait. C'était trop tard. Elle avait toujours la sensation écœurante de la main baladeuse de ce monstre sur elle.

Tout lui revenait alors qu'elle se décida qu'il y avait bien un moyen de se laver de tous ses péchés. L'eau, la glace, le froid ne changerait rien. Floireans entra dans la maison. À cette heure-ci Sonia était toujours dans la forêt de Broceliande en train de raconter les merveilleuses légendes qu'elle refermait, insensible au froid hivernal. Judwal, quant à lui, était sûrement sur le chemin du retour depuis Oxford. Il avait très certainement atteint Calais.

Dans un état second, Floireans se dirigea dans la cuisine. Elle n'alluma pas les lumières. Elle connaissait parfaitement l'agencement des différentes pièces de cette ancienne ferme. Comme si elle était guidée par une puissance cosmique, Floireans monta sur une chaise et ouvrit le tiroir qui renfermait les couverts. Elle attrapa la lame salvatrice et descendit de la chaise. Puis toujours déconnectée, Floireans traîna ses pieds aux chaussettes mouillées dans les escaliers.

Elle ouvrit la porte de sa chambre. Comme toujours, son lit était fait, et ses dessins étaient rassembler en un tas sur son bureau. Siwgr reposait sur l'oreiller avec un bonnet de Noël sur la tête. Il avait la tête penchée et semblait savoir ce qui allait suivre.

Floireans referma la porte et s'assit par terre, le dos contre le lit, le lame pointant vers son poignet.