Lyra avait l'impression de marcher depuis des heures dans ces couloirs sombres. Elle n'avait croisé que quelques adultes qui ne lui avaient même pas prêté attention, comme s'il était parfaitement normal qu'une jeune fille de seize ans se promène dans les couloirs des quartiers habités en pleine Initiation. Bien évidemment, personne à part ceux qui la connaissaient ne savaient qu'elle n'avait que seize ans et qu'elle devrait se trouver au rez-de-chaussée, avec les autres Novices...

Sous les yeux de Lyra, les panneaux défilaient. O, O, O, elle ne voyait que des O partout, mais pas de 4, ni de 12. Au bout de vingt minutes, elle décida de demander son chemin et arrêta une femme avec un bébé dans les bras.

— Excusez-moi, je cherche l'appartement O-4-12... dit-elle.

— Ah, quand vont-ils changer ce système tordu ? soupira la femme en changeant le bébé de bras. Tu n'es pas au bon endroit, ma belle.

— Ah bon ? Pourtant, il y a des O partout ici... s'étonna Lyra.

La femme lui sourit d'un air indulgent et montra un panneau indicateur.

— O veut dire ouest, expliqua-t-elle. Le premier chiffre indique l'étage. Les deux derniers, l'appartement en lui-même. Ce système est décidément trop compliqué et archaïque, j'espère qu'ils vont bientôt le changer !

Lyra hocha la tête, remercia la femme et s'éloigna vers un croisement. À l'école, on ne leur racontait pas qui avait créé les Factions, du moins, leur agencement, et Lyra avait presque envie de remonter le temps pour dire à celui qui avait décidé que les Audacieux devaient vivre sous terre, de revoir sa décision... et de se casser une jambe ce jour-là, le cas échéant.

Avec un soupir, la jeune fille reprit le cours de ses recherches et observa un panneau devant elle. Il indiquait un grand « O » gravé dans le métal. Elle était donc dans la bonne aile, ce qui était un bon début. Maintenant, le premier chiffre... La femme avait dit que c'était le numéro de l'étage. Quatre. Lyra pensa immédiatement à l'Instructeur des Transferts, secoua la tête et se concentra. Il fallait qu'elle trouve un monte-charge ou un escalier. Cela se révéla plutôt simple puisqu'il y en avait partout et, après sa folle journée, Lyra préféra le monte-charge et se laissa porter jusqu'à quatrième étage du siège des Audacieux, le dernier des étages au-dessus du sol si on ne comptait pas la tour de verre où se trouvaient tous les bureaux.

En sortant du monte-charge, Lyra décida de faire une pause un moment pour rassembler ses pensées et se donner un peu de courage pour affronter Eric. Elle ne savait pourquoi elle était là, mais elle décida de donner comme excuse sa simulation foirée. Elle reprit ensuite sa recherche et tomba rapidement sur l'appartement numéro douze, situé à un angle de couloir. La porte avait été placée dans l'angle, le coupant, et Lyra trouva l'agencement plutôt étrange, mais avec les Audacieux, elle ne s'étonnait plus.

Brusquement, elle réalisa qu'elle avait tort d'être ici. Non seulement parce qu'il était quasiment vingt heures et qu'elle devrait se trouver aux alentours du dortoir, mais en plus, elle se trouvait dans un endroit qui lui était totalement interdit, même en temps normal ! Et pour faire quoi ? Rendre visite à son Instructeur en convalescence pour discuter avec lui de sa première simulation ratée...

Cependant, il était désormais trop tard pour faire demi-tour et, avec un profond soupir censé lui donner du courage, Lyra leva le poing et cogna deux fois contre le panneau de métal gravé du numéro de l'appartement.

Le silence était pesant dans ce couloir où les appartements devaient sans doute être occupés par des célibataires ou des couples sans enfants. Soudain, le verrou de la porte se fit entendre et Lyra recula d'un pas quand le panneau pivota.

Quand il reconnut son visiteur, Eric fronça aussitôt les sourcils et Lyra se mordit la joue.

— Tu n'as pas le droit d'être ici, lâcha-t-il. Retourne au dortoir.

Lyra serra les mâchoires. Un couple se présenta alors au bout du couloir et les regarda étrangement. Eric soupira avant de s'écarter de la porte. Discuter au milieu du couloir allait attirer des curieux et le jeune Instructeur n'aimait pas étaler sa vie en public.

Refermant la porte dans son dos, Eric observa Lyra s'avancer dans son appartement en regardant autour d'elle.

— Sympa, dit-elle. On vit bien quand on est Instructeur, dis donc ! La vue est classe, pas comme chez moi...

— Qu'est-ce que tu veux ? demanda alors Eric sans plus s'émouvoir.

Lyra frémit et croisa les bras comme il retournait s'asseoir sur un tabouret près d'un comptoir où se trouvaient des livres ouverts et des cahiers.

— Des devoirs ? demanda alors Lyra en s'approchant, presque prudemment.

— Oui, répondit Eric avec une grimace. Je ne vais pas au Lycée pendant la période d'Initiation, mais je dois quand même suivre les cours.

Lyra haussa les sourcils, surprise.

— Au Lycée ? Mais je croyais qu'une fois que...

— Ce n'est pas parce que tu as passé la Cérémonie du Choix que tu es dispensée d'études ! grommela le jeune homme. C'est même encore pire après. Tu verras, dès que les vacances seront terminées, tu retourneras en classe, comme tout le monde.

Lyra hocha lentement la tête et avala sa salive. Plongeant ses mains dans ses poches, elle recula d'un pas et se détourna vers la porte.

— Tu es venue pourquoi, Lyra ? demanda alors Eric.

La jeune femme se figea, la main tendue vers la poignée. Elle baissa le nez puis pivota et fit face à Eric.

— C'était aujourd'hui, le Test d'Affection, dit-elle alors. J'ai échoué.

— Ce n'est pas ce que Quatre m'a dit, répondit Eric, étonné. Sauf si tu parles de la simulation...

Lyra haussa les épaules avant de s'asseoir sur l'accoudoir du canapé de cuir noir tout avachi.

— J'ai fui, dit-elle alors. J'ai vaincu l'aigle, mais quand j'ai vu ces mains arriver sur moi, quand elles se sont enroulées autour de mon cou, je...

La jeune femme ferma les yeux en déglutissant. Elle toucha sa gorge du bout de ses doigts et Eric pencha la tête sur le côté.

— Tu t'en veux pourquoi, exactement ? demanda-t-il. Pour avoir pensé à moi pendant que ces mains t'étranglaient, ou pour avoir abandonné la simulation quand tu m'as vu devant toi ?

Lyra sursauta et regarda Eric avec effarement.

— Comment tu... ?

— Quatre m'a montré les images de ton capteur, répondit Eric. Je suis ton Instructeur, même en convalescence. J'ai visionné toutes les simulations des Natifs.

— Tu... tu n'es pas contrarié ? demanda alors Lyra.

Eric haussa un sourcil.

— Contrarié pourquoi ? Tu as peur de moi, tu me l'as dit, répondit le jeune homme. Et je suis aussi celui qui t'as sauvé la vie quand ce garçon a tenté de t'étrangler. Que j'apparaisse dans une de tes simulations ne m'étonne même pas.

La jeune femme détourna alors la tête, se mit à rire nerveusement, puis ferma les yeux et son rire se mua en sanglots. Surpris, Eric posa son crayon et s'approcha. Il tira un tabouret et s'assit en face d'elle en grimaçant.

— Écoute-moi, dit-il. Tu as vécu quelque chose de traumatisant, deux fois. Je suis responsable du premier, mais je t'ai aidée dans le deuxième, et je vois très bien que tu ne sais plus comment prendre les choses, et j'en suis désolé.

— C'est à moi d'être désolée... répondit Lyra en secouant la tête Je suis désolée de tout ce qui s'est passé ces derniers jours. J'aurais dû partir chez les Altruistes comme le disait mon second choix, j'aurais causé moins de dégâts... Je ne suis pas assez solide pour être une Audacieuse, c'est de plus en plus clair.

Eric souffla par le nez et grimaça en posant une main contre son flanc.

— Tu as mal ? demanda Lyra en posant sa main sur la sienne.

— Quand je reste trop longtemps assis, ça comprime l'hématome et c'est douloureux.

— Va t'allonger, alors...

Lyra retira sa main et Eric baissa les yeux vers elle. Il inspira puis opina et la jeune fille l'aida se relever.

— Un poison sur jambes, dit-il alors.

— Je sais. C'est lassant, à la fin, tu sais ?

Eric sourit et Lyra lui prit le bras. Il le passa sur ses épaules et elle l'accompagna jusqu'à sa chambre. Il s'étendit sur son lit en soupirant de soulagement et Lyra l'observa un moment avant de regarder le réveil qui indiquait vingt-heures trente.

— Si tu retournes au dortoir, tu vas te faire griller, dit alors Eric. Tu n'y seras jamais avant vingt-et-une heure et tout le monde se demandera où tu as passé la soirée.

Assise au bord du lit, Lyra pinça la bouche.

— Je n'ai pas envie qu'on te tape à nouveau dessus, répondit-elle.

— Ah... Non merci, j'ai donné !

Lyra rigola et Eric s'étouffa alors.

— Tu as des médicaments à prendre ? demanda-t-elle en se relevant.

— Sur le comptoir, dans un sac en papier, répondit le jeune homme, le souffle court. C'est tout marqué sur l'ordonnance... Merci.

— Je suis responsable de ton état, alors je peux bien faire ça, répondit la jeune fille en quittant la chambre avec un haussement d'épaules. Et puis ça me fait penser à autre chose...

Eric esquissa un sourire et Lyra soupira en s'approchant du comptoir. Elle trouva rapidement le sac en papier et fouilla dedans pour trouver des comprimés à avaler avec de l'eau. Elle récupéra donc un verre d'eau en passant et retourna dans la chambre.

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Assis sur l'un des tabourets du comptoir qui lui servait de table, Eric observait l'aube se lever sur la ville. Il reporta son attention sur les cahiers et les livres sous ses mains. Histoire, Géographie, Politique... Malgré son rang d'Instructeur, il restait un lycéen, pour quelques mois encore, car la fin de l'année scolaire était proche, basée depuis des années sur les années civiles. Une année scolaire commençait en janvier et se finissait mi-décembre avec un mois de vacances en été et deux semaines entre la fin des classes et le début de la nouvelle année. Pendant le mois d'été se tenait la Cérémonie du Choix et les Initiations et en septembre, les jeunes retournaient à l'école avec leur nouvelle classe.

Entendant du bruit, Eric pivota et esquissa un sourire quand Lyra se redressa du canapé en soupirant. Elle se frotta le visage et tenta de replacer ses cheveux rouges, en vain, avant de s'approcher en remettant de l'ordre dans son t-shirt noir.

— Tu as réussi à dormir ? demanda-t-elle en contournant le comptoir.

Elle s'approcha de l'évier, prit un verre sur l'égouttoir, l'observa un moment, puis se servit de l'eau avant de s'adosser contre la cuisine.

— Cinq heures du matin, grimaça-t-elle en regardant la pendule.

— Tu ne peux pas retourner au dortoir maintenant, tu vas te faire griller par quelqu'un dans le couloir, répondit Eric.

Lyra soupira et croisa les bras.

— Ça ne devait pas se passer comme ça, dit-elle alors.

— Je me doute bien que tu n'avais pas dans l'intention de passer la nuit chez moi, répondit l'Instructeur avec une pointe de sarcasme.

— En vérité, quand je suis rentrée du test, je suis allée prendre une douche, mais j'étais tellement mal après cette simulation que je devais en parler à quelqu'un et tu t'es imposé à mon esprit en tant qu'Instructeur... Je suis allée à l'infirmerie, mais on m'a dit que tu avais été libéré, et j'allais renoncer quand j'ai croisé Inès et Raina... Inès m'a soufflé le numéro de ton appartement en partant...

Eric plissa le nez.

— J'aurais une petite discussion avec elle, dit-il alors.

Lyra haussa les épaules.

— Ce n'est rien, il n'y a pas eu de mal, répondit-elle.

Le regard d'Éric se posa alors sur la jeune femme et il agita le menton dans sa direction. Elle haussa un sourcil en baissant le nez sur sa poitrine.

— J'ai une tache ? demanda-t-elle.

— Non, ton tatouage, répondit Eric avec un sourire amusé. Il est... grand ?

Elle pinça son t-shirt pour tirer le col et sourit. Elle traça alors avec ses index une ligne autour de ses seins et sur ses flancs. Eric esquissa un sourire.

— Tori a mis une semaine à le faire, et ça m'a fait super mal, répondit ensuite Lyra. C'était un pari avec Leona... à une époque où nous étions encore amies.

— J'en ai quelqu'un aussi, des tatouages de paris perdus, répondit l'Instructeur en opinant.

Lyra rigola alors en secouant la tête puis termina son verre d'eau et Eric lui demanda si elle comptait rester là jusqu'à huit heures. Elle haussa les épaules et le jeune homme regarda ses cahiers.

— Je doute que tu le puisses, mais puisque tu es là, viens m'aider avec mes cours, dit-il. Autant que tu serves à quelque chose.

La jeune femme leva les yeux au ciel, récupéra un verre sur l'évier, le rempli d'eau et le posa devant Eric en poussant le sac avec les médicaments. Il le regarda d'un air étonné puis claqua de la langue avant de plonger la main dans le sac.

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À huit heures moins quelques minutes, Lyra quitta l'appartement discrètement et s'accorda pour rejoindre le réfectoire en même temps que le groupe qu'elle découvrit sortant du dortoir. Les Transferts les avaient rejoints dans le dortoir la veille, pour qu'ils puissent finir leur formation tous ensemble et apprendre à mieux se connaître.

— Bah t'étais où ? demanda Sam en se portant à sa hauteur.

— Douche, répondit Lyra avec un sourire. Je n'ai pas dormi de la nuit alors j'en ai profité pour aller prendre une très longue douche !

— J'espère que ça t'a détendue parce qu'il paraît que Quatre est bien remonté ce matin...

— Allons bon, pourquoi ? demanda Lyra, surprise.

Sam haussa les épaules. Lyra resta silencieuse et se mordit les lèvres. Est-ce que Quatre avait appris qu'elle avait passé la nuit chez Eric ? De toute façon, il était là pour témoigner, il ne s'était rien passé, ils avaient simplement discuté puis elle s'était endormie sur le canapé et il avait continué à travailler sur ses cours pendant une grande partie de la nuit.

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Après le départ de Lyra, Eric alla prendre une douche et se changea. Il était en train de refaire son bandage autour de son torse quand on toqua contre sa porte et il cria que c'était ouvert. Max apparut quelques secondes plus tard à l'entrée de la chambre du jeune homme.

— Un coup de main ? demanda le Leader des Audacieux.

— Je veux bien...

Max traversa alors la chambre et aida Eric à nouer son bandage sous son bras gauche puis celui-ci enfila un t-shirt et lui demanda la raison de sa venue aussi matinale.

— Deux hommes ont été arrêtés hier soir, dit-il comme ils retournaient dans l'appartement. Ils m'ont décrit très précisément les personnes qui sont venues les voir pour leur demander un... service.

— Les ?

— Oui. Des adolescents, deux garçons et une fille, répondit Max.

— Leona et...

— Leona et deux de tes Novices, Eric, acheva Max. Trois de tes gamins ont payé deux Gardiens pour qu'ils te fassent passer l'envie de maltraiter tes Novices. Écoute, je sais que c'est compliqué à gérer une bande de jeunes Audacieux, mais...

— Je t'arrête tout de suite, Max, coupa Eric. Je n'ai jamais maltraité un seul de mes Novices !

— Et Lyra ?

— Elle l'avait cherché et elle le reconnait, tu pourras le lui demander, répondit Eric. Bon, d'accord, j'admets, j'y suis peut-être allé un peu fort avec elle, mais je n'admet pas qu'on me ridiculise en public.

— Tu sais que tu seras puni pour cet acte, n'est-ce pas ?

— Deux côtes fêlées ce n'est pas suffisant ? demanda l'Instructeur.

— Je parlais de punition officielle. Parce que ça va se savoir, peu importe l'énergie que vous allez mettre Lyra et toi à le cacher, ça va se savoir, dès l'instant où Leona et ses deux complices seront jetés hors du siège des Audacieux.

— Ils vont être exclus alors ?

— Ils se sont exclus eux-mêmes, répondit Max. Leona a refusé la simulation du Test d'hier, et les deux garçons n'ont pas montré suffisamment d'empathie pour marquer assez de points. Ils sont le bas du tableau et le reste de la semaine n'y changera rien.

— Refuser la simulation ?

— Oui. Elle n'a même pas voulu essayer. Elle a vu le siège devant elle, elle a compris, et elle a annoncé qu'elle ne ferait jamais ce truc sans s'être entrainée avant, répondit Max en haussant les épaules. Riada n'a pas insisté, elle lui a clairement expliqué qu'elle allait perdre des points en refusant d'essayer, et Leona n'a rien répondu.

Eric hocha lentement la tête. La situation allait finalement se régler d'elle-même, sans scandale, mais Max avait raison, l'incident entre Lyra et lui allait finir par se savoir et les gens n'allaient pas apprécier qu'une Novice se soit fait corriger par son Instructeur dès le premier jour de l'Initiation.

— Écoute, Eric, dit alors Max après un moment de silence. Si en Lyra et toi il y a quelque chose, tu dois me le dire.

— Il n'y a rien et il n'y aura jamais rien parce que nous ne sommes pas... compatibles psychologiquement.

— Tu crois ?

Eric préféra ne rien répondre et Max n'insista pas. Il souhaita une bonne journée au jeune homme et s'en alla ensuite, et Eric resta seul avec ses pensées et ses douleurs. Il décida alors d'aller se promener un peu en ville pour se changer les idées.

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Dans la salle d'entraînement, au même moment, tous les Novices étaient assis sur le sol et attendaient que Quatre finisse de leur expliquer la journée. Aujourd'hui, ce serait donc calme, car ils avaient bien cravaché la veille, donc il décida de faire relâche, de les laisser libres de s'entraîner ou non, sachant qu'ils devaient tout de même rester dans la salle et respecter les horaires habituels.

Comme le groupe se dispersait, Quatre fit signe à Lyra d'approcher et la jeune fille tapota l'épaule de Sam en lui montrant les sacs de frappe avant de rejoindre son Instructeur.

— Tu veux me parler ? lui demanda-t-elle.

— Oui, de ta simulation d'hier.

Lyra baissa aussitôt le nez.

— J'ai paniqué, dit-elle. Je n'aurais pas supporté qu'Eric me batte à nouveau.

— Compréhensible, de même qu'il apparaisse dans tes peurs, répondit Quatre. Mais j'ai vu qu'il t'avait également aidé à combattre la strangulation...

— Oui, c'est le seul souvenir que j'ai de ce jour-là, répondit Lyra, les mains dans les poches arrière de son pantalon. J'étais en train d'étouffer quand j'ai entendu rugir puis les mains ont disparu et il t'a hurlé d'emmener mon agresseur, alors...

— C'était moi, répondit Quatre. C'est moi qui ai arraché ce garçon de ton cou, Lyra, Eric s'est approché de toi pour te relever seulement après.

— Ah... Je ne savais pas, personne ne me l'a dit.

Quatre pinça les lèvres.

— Ce n'est pas le plus important, dit-il. Ce qui m'ennuie le plus, c'est que tu sois allé le voir hier soir, chez lui.

Lyra ferma les yeux tandis qu'une brique lui tombait dans l'estomac.

— À quelle heure tu es rentrée au dortoir ? demanda Quatre.

— Dis-moi plutôt ce que tu sais, que je ne risque pas de me planter toute seule, répondit Lyra, blasée.

Quatre serra les mâchoires et s'appuya sur la table derrière lui en soufflant par le nez. Lyra regardait le sol, persuadée de se faire réprimander.

— Je sais que tu as passé la nuit là-haut, dit-il alors.

— Avant que tu dises quoi que ce soit, l'interrompit Lyra. J'ai dormi sur le canapé et je suis partie vers huit heures moins dix pour rejoindre le réfectoire et les autres. J'ai dit à Sam que je n'avais pas dormi de la nuit et que je m'étais levée très tôt pour aller prendre une longue douche et c'est l'unique vérité qui existe.

Quatre haussa un sourcil.

— Tu sais que je n'ai pas à faire ce que tu dis, n'est-ce pas ?

— Oui, je sais, mais tu n'es pas mon Instructeur, Quatre, c'est Eric, et c'est à lui que je devais parler de ma simulation ratée... même si tu m'as grillé la priorité en lui en montrant les images avant.

— Je vois... Retourne t'entraîner, on reprendra tout ça plus tard.

Lyra ne se fit pas prier et rejoignit Sam. Quatre l'observa secouer la tête quand le Transfert lui posa une question, puis il retourna à ses affaires, à savoir visionner les simulations de ses élèves, Eric se chargeant des siens.