Après plus de trois ans d'absence, je vous offre la suite de Ombre et Lumière. Je m'en suis toujours voulue de ne pas l'avoir terminée. Durant cette période affreuse de covid-19, il nous faut penser à autre chose et se divertir du mieux que nous e pouvons. J'ai beaucoup de temps libre et cette fiction sera bientôt finie, c'est une promesse.

PS: je ne me suis pas relue, je l'avoue donc je m'excuse d'avance pour les fautes d'orthographes que vous verrez.

Ombre et Lumière

Chapitre Onze

Il allait sans dire que Stiles était quelqu'un de très buté. Lorsqu'il avait une idée en tête, il n'y avait rien qui puisse le faire changer d'avis. Bien sûr, il mourrait d'envie de poser toutes les questions qui lui mangeaient le cerveau depuis plusieurs semaines à Derek, mais Stiles était un adolescent fier. Derek l'avait blessé plus d'une fois et ce n'était pas parce que Monsieur Grincheux proposait soudainement de répondre aux questions de Stiles que Stiles allait sauter sur l'occasion. Peut-être était-ce même un autre stratagème bien calculé de la part de Derek, comment pouvait-il savoir ?

Quand bien même il aurait voulu aller voir Derek de ce pas pour enfin obtenir les réponses qu'il méritait, Stiles était bel et bien privé de sortie. Depuis trois semaines que Stiles était réapparu de sa fugue, le Shérif restait fermement campé sur ses positions. Chaque jour après le lycée, Stiles se rendait automatiquement chez lui. Sa vie sociale en avait prit un sacré coup –bien que s'il était tout à fait honnête, il n'en avait jamais vraiment eue– et Stiles était pratiquement certain que Hank avait refilé son boulot à quelqu'un d'autre.

Rester enfermé dans sa chambre à jouer aux jeux vidéo et à faire ses devoirs était pénible. Stiles ne tenait plus. Il voulait sortir dehors et aller courir. Stiles détestait la course à pieds, pourtant il aurait donné sa collection de figurines Batman au premier venu si cela voulait dire qu'il pouvait enfin s'échapper de sa prison. Son trouble de l'attention devenait impossible à maîtriser, d'autant plus qu'il faisait tous les jours la même chose. Stiles en était certain : il allait devenir fou. Un dingue absolu tout droit sorti d'un asile de fous s'il ne faisait pas quelque chose et rapidement.

Ce samedi soir là, Stiles tenta une nouvelle fois d'approcher son père avec l'intention évidente de lever sa punition injuste et non mérité. Bon d'accord. C'était sa mauvaise foi qui parlait mais tout de même ! Stiles était un adolescent après tout, et les adolescents faisaient des choses stupides tout le temps. C'était dans le contrat invisible que chaque parent signait lorsqu'il avait un enfant. Certes, Stiles était peut-être un petit peu trop insouciant et irréfléchi de temps à autres, mais au moins il n'avait jamais été arrêté par la police. Du moins, cela était sans compter la discrète aide de la secrétaire de son père lorsque tous deux habitaient encore San Francisco. Berta avait fermé les yeux sur beaucoup de choses. Stiles l'en avait remercié des centaines de fois. Son père aurait eu une crise cardiaque avant l'heure s'il savait dans quels pétrins son fils s'était mit au cours des années précédentes.

–Mon cher papa que j'aime plus que quiconque au monde.

Stiles sourit malicieusement et s'approcha de la figure détendue assise dans le canapé. A la télévision, un coach braillait des ordres à son équipe de football européen qui se trémoussait sur le terrain vert. Stiles posa les mains sur les épaules de son père et commença à les masser doucement.

Un soupir clair et précis lui répondit. Stiles n'en démordit pas.

–Que dirais-tu de commander une pizza ce soir ? On est samedi et c'est bien la première fois depuis longtemps que tu passes le weekend à la maison et non au poste de police. Il faut célébrer.

Stiles aimait manipuler (ou tenter de manipuler serait plus correct) le Shérif. Si son père tombait dans son piège pieds et mains joints, les remords ne perdraient pas une seule seconde pour venir l'envahir. Stiles comptait sur cela et sur sa chance insolente.

Toutefois, le Shérif ne semblait pas être dupe, ce soir-là.

–Fils, je sais ce que tu essaies de faire et ça ne marchera pas, le prévint-il gentiment.

John secoua la tête, un sourire aux lèvres. Il n'allait pas empêcher son fils d'essayer de le faire changer d'avis. Il trouvait cela plutôt amusant.

–Je ne vois pas ce qu'il y a de mal à vouloir partager une pizza aux chorizos, double viande et sauce barbecue devant un bon match de football.

Stiles haussa les épaules de façon nonchalante même si son père ne pouvait pas le voir. Stiles resserra sa prise sur les épaules du Shérif et entreprit de faire entrer ses pouces dans le jeu. Il les remua de haut en bas entre les omoplates décontractées de son père. John soupira de bien aise et Stiles en aurait serré le poing de manière victorieuse s'il n'était pas aussi concentré sur sa tâche.

–Mmm, t'en dis quoi ? Une soirée rien que tous les deux, une ou deux bières pour toi et la signifiante compagnie de ton adorable fils préféré. Cela fait très longtemps que l'on n'a pas passé du temps ensemble, toi et moi.

Le ton de Stiles était devenu légèrement nostalgique. Il ne mentait pas. Cela lui manquait les soirées passées avec son père devant la télévision dans leur maison de San Francisco.

John reconnut sans peine la tristesse de son fils. Il tourna la tête dans sa direction, mettant de côté son mal de cou dû à la vieillesse. Il tapota la place disponible à ses côtés et attendit que Stiles le rejoigne.

–Stiles, tu sais très bien que je suis toujours là pour toi, quoi qu'il arrive.

Ce fut au tour de l'adolescent de soupirer.

–Depuis que nous sommes arrivés à Beacon Hills, rien n'est pareil qu'avant. La simplicité de notre vie me manque.

Stiles n'avait pas voulu se mettre à parler à cœur ouvert avec son paternel mais il n'avait jamais pu lui mentir auparavant et il doutait fort pouvoir y arriver maintenant. Leur relation était bien trop importante pour être ternie par de néfastes mensonges.

John ne quitta pas son fils des yeux pendant plusieurs secondes. Il l'étudiait et Stiles fit semblant de rien remarquer.

–Que dirais-tu d'aller camper samedi prochain ? On célébrera la fin de ta punition en même temps que de passer du temps père/fils.

A cela, Stiles remua dans le canapé, toute sa gaieté retrouvée.

–Et on mangera des guimauves grillées ?

–Oui, on mangera des guimauves grillées.

–Je suis partant, s'écria Stiles.

Il se leva prestement du canapé mais les jambes allongées de son père le firent trébucher alors que Stiles allait se ruer sur lui pour une embrassade. Stiles grogna de douleur lorsque son menton percuta de plein fouet la tête de son père. Il venait de se mordre la langue à cause de son inaptitude à avoir des mouvements coordonnés. Quelle plaie il pouvait être lorsqu'il le voulait. Ce n'était pas surprenant qu'il soit toujours célibataire. L'image fulgurante de Derek s'interposa dans son esprit mais Stiles la chassa aussitôt qu'elle survînt. Ne pas penser à Derek, ne pas penser à Derek, s'ordonna-t-il silencieusement.

–Aïe Stiles, fais un peu attention, le rabroua John.

Stiles se massa le menton et fusilla son père du regard.

–Pas ma faute, bougonna-t-il de mauvaise foi. Ce soir c'est brocolis et petits pois pour toi, ajouta-t-il.

Stiles sourit alors que le Shérif grognait dans sa barbe. Stiles n'avait pas réussi à lever sa punition mais il avait la promesse d'un weekend rien qu'entre lui et son paternel. Cela suffisait pour le moment à lui faire oublier un certain loup grincheux.

Le lundi qui suivit, Stiles se rendit au lycée au volant de la Jeep, musique à vous vriller les tympans. Depuis sa fugue, Stiles évitait Isaac et le reste de la bande comme la peste. Il faut dire qu'Isaac et les autres ne semblaient pas faire beaucoup d'efforts pour lui parler non plus. Non pas que Stiles se souciait de leur amitié perdue. Au contraire, il était cent fois mieux sans eux. C'était quoi déjà le dicton ? « Mieux vaut être seul que mal accompagné » ? Et bien, Stiles était entièrement d'accord.

Bon, Stiles mentait un petit peu. Scott et Lydia avaient cherché à lui parler seulement quelques jours après que Stiles soit revenu mais Stiles les avait envoyé paître dans le pré d'à côté. Il était hors de question qu'il se laisse à nouveau balader par Derek. Car il était sûr que Derek était derrière cette nouvelle machination.

Isaac, étonnamment, n'avait pas tenté de s'approcher de lui une seule fois. Certes, Isaac lui lançait des œillades peu discrètes mais jamais il ne venait lui parler. C'était tant mieux. Stiles était déjà mal à l'aise par rapport à au baiser qu'ils avaient échangé le soir de sa fugue. Quand bien même le baiser avait été agréable, Stiles ne voulait pas qu'Isaac ait de faux espoirs.

En ce lundi de fin Mars donc, Stiles avait physique en première heure, comme chaque lundi depuis qu'il était arrivé à Beacon Hills High. Cela ne le dérangeait plus que le prof, Mr. Harris, se sente obligé de lui lancer des remarques blessantes à la figure à chaque cours. Stiles pensait qu'Harris avait un complexe d'infériorité par rapport à lui. Ce n'était pas nouveau : Stiles était très intelligent et il ne le cachait pas. Jamais il n'avait raté un seul contrôle ou une seule expérience. Il avait la moyenne la plus haute de tout le lycée, peut-être même de tout l'Etat, s'il était honnête. Lydia aussi était intelligente, bien plus intelligente qu'elle ne le laissait paraître mais elle n'était pas à la hauteur de Stiles. Stiles était tout simplement un Dieu. Un Dieu tout puissant dans le corps dégingandé d'un adolescent.

Stiles s'installa à sa place habituelle, comme tous les lundis, à côté de Jackson et derrière Lydia. Il tapotait son crayon sur son carnet de manière cadencée alors qu'il attendait que tous les élèves arrivent pour le début du cours, lorsque la sensation d'être observé lui picota la nuque. Il se retourna mais les quelques élèves qui étaient assis dans les derniers rangs étaient trop occupé à se raconter leur weekend et ne prêtait pas la moindre attention à Stiles. Fronçant des sourcils, Stiles observa la salle de classe qui se remplissait petit à petit mais ne remarqua rien qui sorte de l'ordinaire. Du moins, de l'ordinaire considéré « normal » par tous ces adolescents qui ignoraient tout du surnaturel qui empestait Beacon Hills.

Haussant des épaules, Stiles se replongea dans la contemplation du rythme de son crayon sur son carnet de notes. Il sentit vaguement Jackson s'installer à côté de lui mais continua d'ignorer les élèves qui maintenant affluaient en masse. Mr Harris fit irruption dans la salle et sembla se rembrunir lorsqu'il posa des yeux fatigués sur la figure de Stiles. Stiles ricana et secoua la tête. Harris était une personne étrange et drôle.

Le cours commença comme à son habitude et très vite, Harris laissa les élèves se mettre par binôme afin de reproduire une expérience. Malheureusement pour Stiles, le choix des binômes n'était pas le leur. Chaque élève faisait équipe avec la personne assise à côté. Après seulement deux minutes, Stiles avait la forte envie d'étrangler Jackson. Ou peut-être bien de lui faire manger son carnet s'il ne se la fermait pas.

–Franchement, qu'est-ce que t'y connais à la physique quantique hein ? Le seule physique que tu connais c'est quand tu cours après une balle sur le terrain de crosse, s'emporta Stiles, pince sans rire.

Jackson l'irritait de plus en plus.

–La ferme Stilinski, rétorqua Jackson. Je te signal que ma copine est aussi douée que toi en physique.

Stiles haussa un sourcil.

–Et alors ? C'est ta copine, pas toi. Toi t'as un petit pois à la place du cerveau et un iceberg à la place du cœur.

Si un regard pouvait tuer, Stiles serait foudroyé sur place. Mais Stiles avait déjà eu affaire à Derek. Et en comparaison, Jackson le faisait rire plutôt qu'autre chose.

–Stilinski et Whitemore, vous allez arrêter de vous chamailler dans ma salle de classe. Vous dérangez vos camarades qui essayent d'étudier, eux.

–Monsieur, même vous vous êtes obligé d'admettre que Jackson fait parti des plus stupides élèves de ce lycée. C'est un fait.

Certains élèves ricanèrent à la remarque de Stiles. D'autres le regardèrent, choqués, mitigés entre l'amusement et l'incertitude. Stiles vit les tempes de Mr Harris se crisper et sut qu'il avait franchi une limite qui allait lui coûter cher. Harris se pinça l'arrête du nez tout en soufflant dérisoirement.

–Stilinski t'es mort, souffla Jackson.

Jackson serra le poing d'une manière menaçante tandis que ses yeux lançaient des éclairs. Le temps d'une fraction de seconde, Stiles fut certain d'avoir vu un éclat non naturel faire briller les pupilles de son camarade. L'intimidation de Jackson n'eut aucun effet sur Stiles. Son père était le Shérif, et malgré sa maladresse légendaire, Stiles savait se défendre lorsque quelqu'un l'attaquait.

–Stilinski, vous viendrez me voir à la fin du cours, l'informa Harris, le regard sévère.

Stiles haussa des épaules et se concentra de nouveau sur l'exercice présent. Au diable Jackson et son mauvais caractère, Stiles en avait assez de se faire marcher sur les pieds. C'était agaçant.

Quelques minutes plus tard, Stiles sentit pour la seconde fois, un regard l'épié de loin. Et une nouvelle fois, aucun des élèves ni même Harris ne lui prêtait la moindre attention. Alors le regard de Stiles s'égara sur sa gauche, au-delà de la fenêtre à côté de laquelle il était assit. Il avait une vue parfaite sur le terrain de crosse et les bois qui en bordaient les extrémités.

Ce fut là qu'il le vit. La même créature, mi-homme mi-loup qui se tenait accroupie entre deux troncs d'arbres. Stiles se figea sur sa chaise et ne pu détacher le regard. La créature en avait après lui. Il en était certain. Sinon, pourquoi serait-elle sagement assise à patienter de si bon matin alors que le campus regorgeait de sang chaud et d'adolescents stupides ? Tout à coup, la créature se releva d'un bond. Stiles en aurait mis sa main à couper que la créature avait le regard pointé dans sa direction.

Il allait être malade. La fin du cours arriva alors que Stiles, paniqué, était perdu dans la contemplation de la forêt. Cependant, il ne pouvait plus distinguer quoi que ce soit parmi les arbres des bois. La créature s'était volatilisée.

–Stilinski, susurra Mr Harris d'un ton faussement mielleux.

L'attention de Stiles fut attirée vers son professeur. Il se secoua et rangea ses affaires dans son sac à dos avant de se lever et de s'avancer vers le bureau du professeur. Harris était appuyé contre le tableau, les bras croisés. Ce fut seulement maintenant que Stiles remarqua que tous les élèves avaient déjà fichu le camp. Les veinards, pensa Stiles.

–Je ne tolère pas l'insolence dans mon cours, commença Harris.

–Avec tout mon respect, il n'y a pas grand-chose que vous tolérer, grogna Stiles.

Son père allait le tuer. Sauf si Harris se décidait à passer à l'acte en premier. D'ordinaire, Stiles essayait de garder son insolence pour lui, tout du moins de le minimiser.

–Je veux que vous restiez après la fin des cours aujourd'hui. Vous irez en heure de colle pendant deux heures. Ensuite, lorsque vous rentrerez chez vous, je veux que vous commenciez à m'écrire un essai sur la loi de la gravitation de Newton en m'expliquant comment est calculé chaque sa première, deuxième et troisième loi. Je veux dix pages pour la fin de la semaine. Ainsi qu'une présentation visuelle que vous présenterez devant vos camarades.

Harris s'interrompit et jaugea la réaction de son élève. Stiles se fichait de faire des devoirs supplémentaires. Cela ne lui prendrait pas bien longtemps pour les faire et il n'avait pas menti : il était un géni et les lois de Newton ne représentaient pas un challenge pour lui.

–Vous pouvez partir.

Tel un automate, Stiles se dirigea vers la porte.

–Mais je vous préviens, ajouta Harris alors que Stiles allait sortir de la salle de classe. C'est la dernière fois que vous faites preuve d'autant d'insolence, que ce soit à mon égard ou à celle de vos camarades. Il me serait regrettable de devoir appeler votre père.

Stiles ne se retourna pas ni même ne ralentit. Il pouvait bien laisser Harris savourer sa petite victoire. Cela ne changeait rien pour lui. Il avait remit Jackson à sa place et cela lui avait fait un bien fou. Ce connard prétentieux le méritait.

Ces trois dernières semaines, Stiles les avait passées de façon solitaire. Il fut donc surpris lorsqu'Isaac s'assit face à lui à l'heure du déjeuner. Stiles le regarda par-dessus le livre qu'il était en train de lire.

–Jackson est con, on est d'accord, commença Isaac, lentement. Mais, quand tu titilles un peu trop un chien, il finit par mordre.

Stiles haussa les sourcils, peu impressionné. Il n'avait pas peur de Jackson. De la créature qui voulait le tuer, oui, de Derek parfois, et de son père tout le temps, mais pas de Jackson.

–Il aboie plus fort qu'il ne mord, répliqua Stiles.

Il posa son livre sur la table et croisa les mains sur son plateau vide. Avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit d'autre, Isaac s'était levé et s'apprêtait à partir.

–Donc tu m'ignores toujours ?

Cela l'ennuyait qu'Isaac continue de l'éviter comme la peste. Il est vrai que c'était Stiles qui avait évité tout le monde depuis sa fugue, mais Isaac n'avait pas cherché à lui parler non plus. Au contraire de Scott et de Lydia. Isaac parut mal à l'aise et détourna le regard.

–Je ne suis pas censé m'approcher de toi, lui confia-t-il dans un souffle.

–Quoi ?

Isaac se rassit à contrecœur.

–Derek ne veut pas que je te parle, ni que je sois ton ami.

–Pardon ?

Stiles n'était pas certain d'avoir bien entendu. Derek, le même Derek qui l'excluait de sa vie depuis qu'ils se connaissaient ne voulait pas que la seule personne que Stiles puisse considérer comme un ami ne lui parle ?

–Derek, répéta Isaac, il… Depuis ta fugue, il ne veut pas-

–Non mais il est gonflé !

Isaac sursauta à l'exclamation de Stiles.

–Il faut que tu comprennes que-

Mais Stiles secouait la tête.

–Non, il n'y a rien à comprendre.

Stiles se leva. Il fulminait de rage. Derek avait dépassé les bornes, une fois de plus. Stiles n'allait pas le laisser dicter sa vie ni avec qui il pouvait ou ne pouvait pas être ami. C'était complètement ridicule.

–Il va voir ce qui l'attend, ce salaud.

Isaac tenta de le retenir, mais Stiles fila avant qu'il ne puisse tendre la main vers lui. Stiles sortit en trombe de la cafétéria. Il ne prit pas le temps de s'arrêter à son casier pour déposer ses affaires. Non, il fonça droit vers la sortie puis droit vers sa Jeep, garée sur le parking. Peut-être était-il privé de sortie, mais si le Shérif n'en savait rien alors Stiles avait le droit de ne pas s'en priver, n'est-ce pas ?

Claquant la portière derrière lui, Stiles démarra rapidement et se pressa de sortir du parking. Il fila droit vers les bois, empruntant la sinueuse route cabossée et poussiéreuse qui menait au manoir brûlé que Derek appelait maison. Il ne lui fallut pas longtemps pour arriver à destination. Stiles eut à peine le temps de faire trois pas en direction du porche que la porte d'entrée s'ouvrit sur Derek.

Dans sa fureur, Stiles ne prit pas le temps de l'admirer. Au contraire, il se rua sur lui et lui assena un coup de poing sur le torse. Tout du moins, il essaya de le frapper. Mais c'était sans compter sur Derek qui lui empoigna le bras avant que Stiles n'ait pu faire quoi que ce soit. Cela ne fit qu'aggraver la fureur de Stiles.

–Tu es un vrai salaud, tu le sais ça ?

Derek parut surpris mais en une seconde la surprise se métamorphosa en un rictus amusé.

–Oui, je le sais.

Stiles grogna et dégagea son poignet de la prise de Derek. Il le poussa sur le côté et entra à l'intérieur de la maison, faisant claquer son épaule contre celle de Derek dans l'espoir de lui faire mal. Mais Derek avait des muscles durs et Stiles dû retenir un gémissement de douleur. Bordel ce que ce gars était frustrant, pensa-t-il. Il entendit un ricanement alors que la porte d'entrée se referma.

Stiles se dirigea vers le salon qu'il avait entraperçu la dernière fois qu'il était venu rendre visite à Derek. La pièce était nettement plus chaleureuse que l'extérieur de la bâtisse. Il y avait un canapé deux places placé en face d'une table basse en bois ainsi qu'un meuble de salon, acculé contre le mur à la droite du canapé, où reposait une chaîne HIFI. Le parquet en lattes de bois était lisse et propre, non recouvert de cendres. Il n'y avait aucune trace qu'un feu avait ravagé cet autrefois imposant manoir. Même les murs peints en beige avaient été fait récemment tant la peinture était fraîche.

Dire que Stiles était surpris serait un euphémisme. Il sentit la présence de Derek derrière lui et se retourna. Sa fureur revînt dès que ses yeux se posèrent sur l'air suffisant que Derek arborait. Même en agissant comme un connard égoïste, Derek était toujours d'une beauté sauvage à couper le souffle.

–Tu peux comprendre mon étonnement quand j'apprends qu'Isaac n'a pas le droit de s'approcher de moi, commença-t-il, les yeux plissés par la colère. C'est quoi encore cette histoire ?

Toute hilarité que Derek ressentait reflua au moment où le prénom d'Isaac dépassait des lèvres de Stiles.

–Tu as parlé avec lui ?

–Oui, et alors ? le défia Stiles. J'ai le droit de m'entretenir avec qui je veux ou tu vas m'en empêcher moi aussi ?

Derek resta silencieux. Stiles ne détourna pas le regard afin que Derek comprenne bien que cette histoire lui pompait l'air. Il était un adolescent et il voulait profiter de la vie et non se prendre la tête à cause d'un gars compliqué qui lui soufflait le chaud et le froid.

–Stiles.

Derek s'interrompit. Stiles attendit, bras croisés.

–Il faut que tu comprennes que ce qu'Isaac t'a fait-

Cette fois ce fut Stiles qui l'interrompit.

–Ce qu'il m'a fait ? Oh mais Isaac n'a rien fait de mal du tout. Au contraire, c'est le seul qui ait réellement voulu être mon ami. Tout ce qu'il a fait est me donner mon premier vrai baiser. Je lui suis plutôt reconnaissait, à vrai dire. Alors que toi, en revanche, tu ne fais que me mettre sur le banc de touche à chaque occasion que tu as. Isaac est honnête avec moi alors que tu mens et garde tes secrets.

Derek serra la mâchoire et il sembla à Stiles que l'homme se retenait difficilement de lui sauter à la gorge. Tant mieux, Stiles voulait le blesser autant que Derek l'avait blessé.

–Isaac n'aurait jamais dû poser les mains sur toi, gronda-t-il d'une voix basse et rauque.

Stiles en trembla de la tête au pied mais ce n'était pas de terreur.

–Et qui es-tu pour décider de qui peut me toucher ou non, hein ? Tu n'es pas mon père Derek ni mon ami. Je ne représente rien pour toi alors cesse d'essayer de contrôler ma vie.

–Tu m'appartiens, grogna Derek.

Ses yeux luisirent d'une lueur bleue. Stiles recula d'un pas. Merde alors. Derek était bien un loup-garou. Jusque là, Stiles en avait douté car il n'avait jamais vu de ses yeux Derek trahir ce qu'il était. Pourtant maintenant, il lui semblait que Derek ne se retenait pas, comme s'il voulait tout lui montrer.

–Excuse-moi ? S'indigna Stiles. De quel droit oses-tu ? Je ne suis la propriété de personne ! Je peux embrasser qui je veux et je peux parler à qui je veux. Tu ne peux pas forcer les gens à se plier à tes moindres désirs. Ce n'est pas comme ça que ça marche. Tu veux quelque chose ? Tu demandes et tu vois où ça te mène.

La fureur de Stiles était à son apogée. Tous les sentiments qu'il avait gardés en lui s'étaient accumulés au cours des dernières semaines et enfin le vase débordait.

Derek gronda plus fort encore et fit un pas dans sa direction. Stiles fit automatiquement un pas en arrière. Lorsque Derek ouvrit la bouche pour répliquer, Stiles remarque que ses canines s'étaient allongées. Les yeux de Derek luisirent à nouveau de cet éclat bleuté. S'il n'avait pas été aussi énervé, Stiles se serait intéressé de près à ces changements physiques.

–Tu es à moi. Isaac ne te touchera plus jamais. Il ne te parlera plus jamais. Sinon je le tuerai.

Le sérieux de Derek était si évident que Stiles en eut la chair de poule.

–N'importe quoi. Tu délires, mon pauvre. On ne tue pas les gens pour une connerie de ce genre, s'emporta Stiles. Je veux que tu arrêtes d'interférer dans ma vie, OK ? J'en ai marre des mensonges et des secrets et j'en ai plus que ras le bol de ma solitude au lycée.

–Poses tes questions, Stiles.

–Et après quoi ? Tu vas me donner de vraies réponses ? Laisse-moi en douter.

–Poses tes questions, répéta Derek, la voix plus dure. Je t'ai déjà dit que je te dirai tout ce que tu veux savoir. J'étais sincère et je le suis encore aujourd'hui.

Stiles parut sceptique. Il ne savait plus où il en était. Derek lui mettait la tête à l'envers et ce revirement de situation le laissait perplexe. Il ne savait pas s'il pouvait lui faire confiance. Poussant un long soupire, Stiles se passa une main sur le visage.

–Donne-moi encore un peu de temps, finit-il par dire.

Il repoussait le moment fatidique et même lui s'étonnait de son choix. Il aurait dû poser toutes les questions qui le taraudaient depuis des mois mais il n'avait ni la force ni le courage de le faire en cet instant. Il redoutait l'inévitable. Une fois les révélations faites, rien ne serait plus comme avant. Peut-être serait-ce pour le mieux mais Stiles était un lâche. Il avait peur alors il s'enfuyait.

Les canines de Derek se rétractèrent et ses yeux redevinrent normaux. Son expression était fermée, impossible à lire.

–Prends tout le temps qu'il te faut.

Sa voix ne contenait aucune émotion. Stiles le regarda quelques secondes avant d'hocher la tête. Il n'était pas prêt et Derek ne pouvait pas lui en vouloir. C'était, après tout, de sa faute si Stiles réagissait ainsi. C'était Derek qui l'avait repoussé tant de fois pour au final prétendre vouloir le protéger. Durant les trois dernières semaines, Stiles avait tout fait pour occulter Derek de ses pensées et ça avait marché. La plupart du temps.

–Je vais partir, maintenant.

Derek acquiesça en silence. Stiles le regarda une dernière fois puis sorti de la maison. Il s'installa derrière le volant de sa Jeep, lança un dernier regard à la maison carbonisée avant de mettre le moteur en route. Alors que Stiles s'enfonçait dans les bois, il ne put s'empêcher de regarder dans le rétroviseur. Mais il n'y avait personne pour le regarder partir. Alors Stiles accéléra sans un autre regard en arrière.

Bientôt, il arriva de nouveau au lycée. Les élèves se pressaient de sortir du bâtiment afin de mettre les pieds loin du lycée. Stiles les observa, jaloux de leur insouciance. Il soupira puis sortit de sa voiture.

Traînant des pieds, Stiles se dirigea vers la salle de retenue où il allait passer les deux prochaines heures. Quel con ce Harris, pensa-t-il.

Il n'y avait que trois autres élèves en retenue, si bien que la prof en charge de les surveiller les laissa faire ce qu'ils voulaient tant qu'ils étaient silencieux. La prof disparut derrière un magasine à potins et ne réapparut qu'à la fin des deux heures. Stiles aurait pu commencer son essai donné par Harris mais il savait que ça ne lui prendrait pas énormément de temps alors il dessina sur son cahier de notes.

Enfin, il fut libéré. Stiles fut le dernier à sortir du lycée. La nuit commençait à tomber alors qu'il se dirigeait vers le parking. Sur le chemin du retour, Stiles eut de nouveau la sensation d'être épié. Aussi, il accéléra afin de rentrer chez lui le plus rapidement possible. Il courut presque jusqu'à la porte d'entrée et ferma à double tour derrière lui.

–Pa', je suis rentré.

–Salut fiston, répondit son père.

Stiles trouva la Shérif attablé à la table de la cuisine, des papiers éparpillés tout autour de lui. Les trois tasses vides dans l'évier lui apprirent que son père avait une nouvelle fois abusé de la caféine.

–Il y a eu un autre meurtre.

Stiles s'assit face à son père.

–Causé par le loup-garou solitaire ?

–Oui, je le crains. Le corps porte les mêmes marques de morsures et griffes. Même gorge déchiquetée. C'est un vrai massacre.

Un frisson lui parcouru le dos. La créature avait-elle attaqué avant ou après l'avoir épié dans la matinée ? Stiles eut la nausée. Sans savoir pourquoi, Stiles avait l'horrible sensation que le meurtre d'aujourd'hui lui était adressé.

C'était un avertissement.

A suivre...