Les sceaux s'enchaînaient sur les mains de Natsuhi, ses doigts s'entrelaçant les uns dans les autres avec cette assurance née de l'habitude. Elle malaxa le chakra qui remontait de son ventre, et se dispersait dans ses bras comme le flot d'une rivière, le sentant s'accumuler et s'accumuler encore dans chacune des fibres de son corps. Sa transformation mi-humaine mi-oiseau s'acheva, mais pas son incantation. Quand enfin, le chakra prit la forme qu'elle souhaitait lui donner, elle le déchira, s'en enveloppa toute entière. Le dernier mudra, point d'orgue de son enchaînement, crépita d'énergie lorsque ses mains se rejoignirent.

-Raiton : Technique de l'oiseau-tonnerre !

Un flash éclatant naquit d'entre ses doigts pour transformer les ténèbres en un brouillard blanc. Des étincelles dansèrent devant les yeux de Gaara quand, disparaissant aussi soudainement qu'il était apparu, le flash le laissa presque aveugle.

Seule brillait une flamme bleue, à l'endroit où se trouvait auparavant Natsuhi, nimbant l'autel sacrificiel d'une aura fantasmagorique. Et si on regardait bien, tout au centre, là où tout devenait blanc, une ombre humaine se découpait, comme à contre-jour.

Et puis elle se mit à danser. Et devint un oiseau, d'un bleu électrique, virevoltant de droite et de gauche, en haut et en bas. Sa technique ultime, qu'elle n'avait pu utiliser contre le ver des sables, la fit s'envoler vers Mayuri dans un crépitement flamboyant d'étincelles.

Elle ne le toucha pas. Elle n'en avait pas besoin. Au moment où elle fut à moins d'un mètre du déserteur, alors qu'il amorçait déjà un mouvement d'esquive, un arc bleu argenté crépita le long de son bras tendu, suivit Mayuri comme muni d'une tête chercheuse, malgré son inutile tentative pour le laisser glisser sur sa droite, et le frappa en plein torse avec un atroce sifflement.

Le choc projeta le ninja en arrière sur plusieurs mètres de distance, dégageant un fin nuage de fumée et une odeur de chair brûlée. Toriyama s'écarta et se mit à courir, se cachant dans un coin. Natsuhi fonça, comblant en quelques pas la distance qui la séparait de Mayuri et lui assena immédiatement un second coup. Gaara entendit clairement, à travers le cri de l'éclair qui résonna en ricochant contre les parois, celui de leur adversaire, rauque, surpris, juste avant le choc que produisit son corps en s'éclatant contre le mur du fond.

Puis, au lieu de le poursuivre encore, Natsuhi fit volte-face, et, avec une curieuse expression sur le visage, lança son pied avec rage vers le piédestal qui surplombait l'autel.

La bouilloire de Shukaku vola, loin, vers le fond de la pièce, hors de vue de Gaara, derrière une des colonnes qui soutenait ce qui restait du plafond. Les formes humaines qui dansaient sous ses yeux se firent plus floues, les voix se brouillèrent. Le sable qui le recouvrait à moitié et menaçait de l'engloutir définitivement sous l'apparence du démon se mit à glisser le long de son corps, petit à petit. Il sentit dans sa bouche les dents reprendre leur forme et leur place habituelle. Il plaqua ses mains –dont les griffes se rétractaient- sur le dallage, luttant pour reprendre son souffle, luttant contre le soulagement qui envahissait chacune des fibres de son être.

Et, durant quelques secondes, encore hébété, il la regarda se battre, virevoltant à droite et à gauche, avec une grâce aérienne, et ses mouvements coulés et incisifs la rapprochaient chaque fois de son adversaire au moment où il s'y attendait le moins. Tout son visage exprimait cette concentration intense, cette détermination sans failles, qui faisait d'elle une lame d'acier durant le combat. Et les éclairs crépitaient autour d'eux, dressant ses cheveux noirs sur sa tête, ébouriffant les plumes de ses ailes. Beaucoup ne l'auraient pas trouvé à son avantage, avec son corps difforme, mi-humain, mi-animal, les serres qui patinaient sur les dalles lisses quand elles touchaient le sol, et son visage échevelé, couvert de sueur et de saleté. Mais, pour la première fois, Gaara la trouva belle. Oui, elle l'était.

Sous les vêtements de Mayuri, quelque chose brilla, rapidement. Il ne fit pas un geste, ne prononça pas un mot, mais, alors que Natsuhi tentait de lui porter un nouveau coup, la terre se souleva vers lui, l'engloutissant en son sein. L'éclair tenta de le suivre, rencontra une surface lisse et nue, comme si rien ne s'était produit, et se dissipa à son contact.

-C'est tout ce que tu peux faire, petite fille ?

La voix, sépulcrale, semblait provenir de partout à la fois, et aurait glacé des cœurs endurcis. Elle sursauta, puis un mince sourire carnassier éclaira son visage, et elle se ramassa sur elle-même, bandant ses muscles.

-On dirait que ça va devenir enfin intéressant, tout ça…

Comme si elle n'était capable de travailler que la nature du chakra, et seulement à un niveau de débutant… Comme si dépenser automatiquement son chakra chaque fois qu'elle le souhaitait sans plus avoir à faire de sceaux la dispensait d'améliorer la technique…

Il était temps de commencer à faire vraiment mal, de libérer le pouvoir pénétrant du Raiton…

Elle s'envola, restant à une faible distance du sol, puis, en trois mudras à peine, au bout de son bras tendu, une sorte lance électrique d'environ quatre-vingts centimètres prit forme. Elle tendit l'oreille.

Et l'entendit. Un petit crissement, à peine audible, tandis qu'il se déplaçait sous la surface, inaudible pour des oreilles humaines, mais bien perceptible pour son ouïe surdéveloppée. Elle plongea.

La lance ne se dispersa pas dans le sol comme la première : elle le transperça. Creusant un trou profond, le coup d'estoc déchira un vêtement, et fit jaillir quelques gouttes de sang. Moins destructrice qu'un Chidori, la technique aurait néanmoins certainement pu blesser sérieusement le ver des sables en visant correctement.

Un tas de shrapnels et de poussière dissimula un instant les deux adversaires, puis Natsuhi jaillit en arrière, se dégageant de la nasse. Elle grimaça en direction de Gaara, le souffle court, et ce dernier pris conscience alors de la quantité de chakra qu'elle devait griller avec une telle technique.

-Je l'ai raté.

On entendit quelques rocs rouler, puis une sorte d'étrange bourdonnement. Mayuri Kanjirô surgit alors du nuage de fumée, très droit, sa veste de soie jaune déchirée, mais son corps à peine égratigné. Une sorte de bouclier translucide, fissuré, dressé devant lui, attestait de la puissance du coup. Un bouclier de chakra. Il avait dû détourner la lance, et non la stopper, pour qu'il ait résisté à la décharge sans voler en éclats.

Mais le bouclier de chakra n'était pas le plus remarquable sur sa personne. Sur son torse nu, à présent parfaitement visibles, s'étalaient, comme gravés sur la chair, des dizaines de tatouages. Ils s'imbriquaient les uns dans les autres, en un étrange dessin cabalistique, tournaient autour des articulations, parcouraient toute la surface disponible, en-dessous du cou, et sur les bras, jusqu'aux poignets. Ils ne ressemblaient pas à des tatouages ordinaires. En fait, ils ressemblaient à des sceaux ninjas.

Mayuri eut un sourire torve en découvrant le regard halluciné de Natsuhi.

-Ma pauvre petite fille. Tu ne sais pas sur qui tu es tombée, n'est-ce pas ?

Son doigt effleura trois des sceaux. Dans celui du centre s'inscrivit un signe, celui de l'électricité. Puis tout se déchaîna.

Une ligne de chakra, bleu scintillant, fusa du premier, puis du second et du troisième, se répandit le long des lignes sombres imprimées dans la peau à grande vitesse, activant d'autres sceaux au passage. En un éclair, le réseau s'étendit jusqu'à trois fois sa taille initiale, et le monde sembla exploser. Une lumière aveuglante, impossible, déchira la rétine de Gaara, lui arrachant un grognement involontaire. Les grésillements électriques emplirent ses oreilles, se répercutèrent contre son tympan, comme autant d'oiseaux en furie. Quand il put enfin rouvrir ses paupières, il ne put que retenir son souffle.

Natsuhi avait tenté de l'attaquer alors qu'il activait son étrange technique. Et chacun des éclairs qu'elle lui lançait à présent heurtait la poitrine de Mayuri, et s'étalait sur son thorax, comme de l'eau repoussée sur une cape imperméable, avant de rencontrer le sol et de s'y perdre.

Elle eut à peine le temps de se pousser. Une lame de vent visant sa tête la rata, découpant au passage une mèche de ses cheveux qui parut à Gaara très noire, et beaucoup trop longue. Le tranchant la manqua, mais le souffle, puissant et glacial, la projeta en arrière, et elle s'écorcha cruellement les mains et les genoux en dérapant à quatre pattes sur le sable. Le souffle court, elle se redressa, ses yeux brillant de hargne.

-La caractéristique principale d'un maître des sceaux ? La connais-tu ?

Il tendit le bras. Une nuée bleu électrique s'y attacha, crépitante, illuminant son visage déformé par la concupiscence. Une expression que Gaara ne connaissait que trop bien : elle avait été sienne. Cet homme prendrait du plaisir à la tuer. Comme il en aurait pris en un autre temps.

Et cette idée, lui donnait envie de vomir.

-Oui, murmura Mayuri. Maintenant, je peux l'utiliser.

La lance que Natsuhi venait de lui lancer quelques instants auparavant fusa dans les airs, mais elle venait de la main de Mayuri. Sonnée par la projection du vent, Natsuhi ne put que rouler sur elle-même. Elle évita de se faire transpercer le crâne, mais pas l'épaule. Des spasmes se mirent à l'agiter, sans qu'elle puisse faire quoi que ce soit.

Gaara tenta de manipuler du sable, mais même malaxer son chakra lui retourna l'estomac. Il tendit la main, tenta de manipuler ne serait-ce qu'un seul grain, mais se remit à vomir presque instantanément. Mayuri le regarda, amusé.

-Intéressant, n'est-ce pas, les effets de ce simple objet sur toi, Jinchuuriki. Une simple bouilloire… Elle n'est même plus devant toi, mais tu es encore impuissant de par ses seuls effets résiduels… Ces hallucinations te sont-elles si insupportables ?

Gaara releva la tête, et ses yeux brillèrent un instant de cette envie de meurtre qu'il tentait tant de repousser au quotidien. Cette fois, il ne pensa même pas à endiguer le flot de haine qu'il ressentait contre cet homme. Il se déversa en lui comme un fluide corrosif, dangereux, mortel.

-Ne me sous-estime pas !

Le cri avait jailli, mais pas de sa gorge.

Elle était à nouveau debout. La lance électrique de Mayuri au centre de sa paume, étincelait, mais ne touchait pas sa peau. Une toile crépitante partait d'un point invisible à quelques centimètres de ses doigts.

Le magnétisme… Elle utilisait de l'électricité pour repousser l'électricité ? Des électrons contre des électrons ?

Comme Mayuri l'avait fait précédemment, réalisa Gaara. Ils utilisaient chacun les armes de l'autre.

Brusquement, elle rompit. La lance de Mayuri, soudainement dégagée du filet invisible qui la maintenait s'étendit et alla exploser contre le mur derrière elle. Mais Natsuhi n'était déjà plus là.

La danse mortelle reprit, mais plus rapide, plus incisive, plus meurtrière. Mayuri, protégé par son bouclier magnétique, parait la plupart des éclairs, mais ils semblaient plus épais, plus énergétiques, plus nombreux. Il se mit rapidement à grimacer. Sa peau se mit à rougir, à gonfler, à brûler par endroits. Quelquefois, un spasme déformait son visage.

Puis elle fut soudain derrière Mayuri, sans que personne ne sut comment elle était arrivée là. Elle porta un coup, un simple coup du plat de la paume, sans chercher à concentrer le chakra électrique dans un point, mais en en déversant une quantité phénoménale dans le corps de son adversaire. L'odeur de chair grillée envahit à nouveau les narines de Gaara, mais dix fois plus forte qu'auparavant. Mayuri ne poussa pas un cri. Un instant, il resta ainsi, immobile, puis il tomba en avant, raide, la peau noircie, dans un nuage de poussière.

Le souffle court, Natsuhi coula un long regard vers Gaara en souriant, puis, comprenant que tout était fini, se laissa tomber sur son séant, juste en face de lui.

-J'ai réussi…

Elle semblait épuisée, mais heureuse et soulagée. C'était fini. Ils étaient saufs.

Puis Gaara le vit remuer.

-Petite idiote…

Elle se retourna, tentant de se relever brusquement, retombant sur un de ses genoux. Un éclair jaillit de sa main, écarté brutalement. Elle serra les dents. Tenta de retrouver son équilibre. Mais Mayuri se levait déjà, et activa à nouveau ses étranges sceaux de chair.

Quelque chose entoura Natsuhi. Et soudain, l'enfer se déchaîna. Gaara ne vit plus alors celle qui s'était portée à son secours parce que les éclairs, automatiquement générés par quelque chose qui semblait les attirer irrésistiblement, crépitaient autour d'elle en formant une parfaite sphère… Et rebondissaient vers elle, dans un gigantesque retour à l'envoyeur. Elle écarquilla les yeux, cria quand le premier toucha sa peau, et tenta quelque chose que Gaara ne comprit pas. Puis un deuxième éclair la toucha, un troisième, un quatrième, et il comprit ce qui allait se passer : Mayuri venait de générer un champ magnétique autour d'elle : Un double champ. Les éclairs étaient attirés par la couche externe et repoussés par la couche interne quand ils s'en rapprochaient trop près.

Natsuhi allait automatiquement générer les éclairs qui allaient la tuer.

Il puisa dans ses dernières réserves, trouva enfin une connexion avec son Hara, lutta contre la nausée, et parvint enfin à manipuler un peu de sable. Il savait très bien que ça ne suffirait pas à la protéger : La Terre et l'électricité ne faisaient pas bon ménage. Quand la défense n'était pas la bonne stratégie, il restait l'attaque…

Une pointe d'un sable brillant, tranchante, fusa vers Mayuri, détourna son attention de Natsuhi en effleurant son biceps gauche alors qu'il l'évitait de justesse. Le bouclier magnétique se dissipa, et la jeune fille tomba, ses cheveux fumants, et Gaara fit semblant de ne pas voir les plaies suintantes de sang qui couvraient son visage. Il se tourna vers son adversaire, et se laissa envahir par la haine. Oui, lui, il allait le tuer. Pour le moment, cette pensée ne lui procurait aucun plaisir, et il était possible que ce soit le cas durant tout le combat, mais même dans le cas contraire, il le tuerait quand même.

Il se releva, tremblant un peu, et remarqua que Mayuri, comme Natsuhi, était plus ou moins couvert de plaies rouges qui sentaient le brûlé. Son souffle, court, saccadé, trahissait le Nukenin.

Les deux combattants se jaugèrent, se tournant autour, aussi épuisés l'un que l'autre.

Et Gaara se jura de le tuer.