Hey !
Et un nouveau chapitre ! Il arrive avec un peu de retard, parce que j'étais pas mal occupé au début de la semaine, mais le voilà. J'espère qu'il vous plaira !
Merci à Yu pour la correction, et à Ima pour la review sous le chapitre précédent.
Bonne lecture !
« - Rends-les moi. »
Furieux, Vanitas fixe froidement son mec, les poings serrés, le regard acéré. D'un calme irritant, Axel se laisse une poignée de secondes pour terminer la page de l'ouvrage qui attire son attention, avant de le poser délicatement sur la table. Il accorde un regard étonné au corbeau, la tête jetée sur le côté.
« - T'as perdu quelque chose ?
- Fais pas genre.
- Je suis tout ce qu'il y a de plus sincère.
- J'sais qu'c'est toi qu'a pris mes clefs.
- Ah, ça. »
Axel hausse les épaules, croise les jambes sans vraiment s'inquiéter de la colère du noiraud. Il pose calmement ses mains sur ses cuisses. Et, quand il ouvre la bouche, il prend son temps pour parler, inconscient de la menace qui plane sur lui.
« - Elles sont où ?
- Quelque part.
- Nan, jure ?
- Promis.
- Arrête de t'foutre de moi, qu'est-ce t'en as fait ?
- Je les ai récupérées. »
Vanitas inspire longuement.
« - C'est mes clefs. » il crache presque. « Tu récupères que dalle, j'les veux tout de suite.
- Quand tu me parleras sur un autre ton, peut-être. »
Il est calme, beaucoup trop calme. Un requin qui glisse sous l'eau. La teigne déteste ça.
« - J'te parlerai autrement quand tu m'auras rendu mes affaires.
- Tes affaires ? » l'allumé hausse un sourcil. « Rappelle-moi, quand-est ce que tu m'as versé ta part du loyer pour la dernière fois ? »
Oh. C'est bas, ça. Non seulement Axel sait qu'il cherche activement du travail pour rattraper les sommes qu'il lui doit, mais c'est lui, le premier, qui lui a dit de ne pas s'inquiéter à ce sujet. Il n'a cessé de lui assurer qu'il pouvait s'occuper de l'appart et de la bouffe chaque fois qu'il ouvrait la bouche pour aborder le sujet ! " Te presse pas avec ça, je gagne assez pour deux ". Van peste. " Tu pourrais même vivre sans travailler " il avait ajouté en riant, il se souvient. Et non, le corbeau ne compte pas se passer de revenus pour survivre, mais merde ! Il le lui a rabâché inlassablement quand ils ont emménagé, et qu'il s'est mis à chercher du boulot malgré ses maigres études ! " T'inquiètes, je sais que c'est galère quand on a pas de diplômes. Te mets pas la pression avec ça Van. Je peux gérer, ok ? "
« - J'ai pas d'travail, j'te signale !
- J'avais remarqué, vu le temps que tu passes ici. »
Ça pique. Il n'a pas le droit de lui dire ça.
« - C'est toi qu'a proposé de m'aider, hein.
- Oui. C'est ce que je fais, aux dernières nouvelles. »
Jusqu'alors d'une humeur paisible, Axel se fait soudain plus dur. Van frissonne. Il croise son regard, son regard qui fait mal. Surtout, et bien qu'il refuse de l'avouer, son regard qui fait peur. L'autre est léger, d'habitude. Volubile, théâtrale. Pas sérieux. Jamais sérieux. Ni sec, ni mordant. Ces expressions nouvelles qu'il découvre chez lui déboussolent le noiraud.
« - Sauf qu'en attendant, c'est moi qui paie le loyer, la bouffe et tout ce que tu utilises ici. Alors j'aimerais que tu fasses au moins l'effort de respecter les règles de cet appartement.
- Pardon ? »
Van voit rouge. Qu'est-ce qu'il a encore fait pour lui déplaire, cette fois ?
« - A quelle heure tu étais censé rentrer, hier ?
- L'heure que j'veux, j'ai pas d'ordre à recevoir de toi.
- C'est pas un ordre, Van. C'est une règle. Et ça fait trois fois que tu l'outrepasses.
- Je sors où j'veux quand j'veux, t'as pas à m'imposer quoi qu'ce soit là-dessus.
- Si, justement. »
Il se lève. Instinctivement, Van recule. Il se fixe hargneusement, comme un chien prêt à mordre son maître.
« - Tu paie rien, tu fous rien, alors la moindre des choses c'est de rentrer quand je te le demande ! »
Il hausse le ton, et la colère de Vanitas se fissure. Il sent la longue fente qui s'élargit doucement, laisse la peur se faufiler. Il serre les poings plus fort pour se donner du courage. S'accroche à la douleur que ses ongles plantent au creux de sa paume.
« - C'est bon, j'suis rentré à une heure, c'est pas la mort.
« - Pas la mort ? T'avais une heure de retard Van ! Et tu répondais pas à mes appels ! T'as pas pensé deux secondes que je pouvais m'inquiéter ?
- J'suis juste allé au ciné ! J'allais pas sortir en plein milieu de la séance pour rentrer merde !
- Et ça t'aurait tué de me prévenir ?
- J'y suis allé sur un coup de tête !
- J'ai passé une heure à me faire un sang d'encre pour toi !
- Mais merde Axel, j'te demande pas c'que tu fous quand tu sors ! Fous moi la paix !
- C'est pas la question ! J'ai foutu des règles en place pour éviter ce genre d'emmerdes ! Tu sors, tu me dis où tu vas et avec qui que je sache c'que tu fais et que je puisse contacter quelqu'un si j'ai pas de tes nouvelles ! »
Le ton monte. Van sent sa respiration qui s'emballe. Sa voix qui s'éraille quand il veut aussi crier. Mais crier, pour répondre quoi ? Tout est tellement logique dans les propos du rouquin, qu'est-ce qu'il peut répondre à ça ? Qu'est-ce qu'il peut bien reprocher au type qui le loge, qui le nourrit, qui prend soin de lui, qui s'inquiète pour sa pauvre personne ? Qu'est-ce qu'il peut ajouter, alors qu'il le regarde de si haut, écrasant, son visage impitoyable surmontant sa trogne de loup enragé ?
« -J'ai pas besoin qu'on me surveille, merde !
- C'est pas une question de surveillance ! Y a des règles à respecter ici, pour éviter ce genre de situation, point !
- Je suis juste sorti !
- Ça fait trois fois que tu dépasses l'horaire sans donner de nouvelles ! J'ai fermé les yeux, et tu en as juste profité pour recommencer ! »
Parce qu'il n'a pas le droit. Il n'a pas le droit de lui mettre des limites comme ça. Van déteste l'autorité, mais qu'est-ce qu'il peut bien lui reprocher à l'autorité, alors qu'elle lui donne tout ce dont il a besoin aujourd'hui ?
« - Puis que tu n'es capable ni de payer ta propre part du loyer, ni de respecter le peu de choses que je t'ai demandé, tu feras sans clefs.
- Tu peux pas me garder enfermé !
- Je te garde pas enfermé. T'auras juste à me demander quand tu voudras sortir.
- J'suis pas ton gosse putain, j'ai pas à te demander de permission !
- On en serait pas là si tu t'étais comporté autrement. »
Vanitas va imploser. Et pourtant, son ton est désespéré. La hargne de son regard laisse place à l'incompréhension, il lève les mains en signe d'égarement, paumé dans un débat dont il n'est pas bien sûr de comprendre la finalité.
« - On reparlera de tout ça quand je pourrai à nouveau te faire confiance. »
Axel lâche ça, sèchement, et Van voudrait le mordre plus fort, cracher son venin jusqu'à lui faire plier genoux. Mais le problème, c'est bien que l'autre ne les pliera pas, les genoux, et il le sait. Il ne pourra pas le faire changer d'avis. C'est comme de frapper un mur de brique. Il peut bien taper tant qu'il veut, il n'en tirera qu'une atroce douleur. Merde.
Il détourne le regard.
« - Tu fais chier.
- A qui la faute ? »
Allez, il n'a même plus envie de se défendre.
xoxoxox
J 114
Encore des tracts. Décidément, il est condamné à passer sa vie à distribuer des papiers.
Ienzo - 14h 12 :
On peut se retrouver chez Bong après ? Si tu n'es pas trop fatigué.
Tendant la main, il glisse habilement deux feuillets dans la paluche de celui qui accepte de récupérer sa publicité pourrie. Il le regarde lire vaguement le papier avant de le jeter plus loin, dans une poubelle déjà bien remplie. Le soleil tape sur sa combinaison bleue marine, ce qui n'est pas pour arranger la transpiration qui lui coule déjà partout sur le visage. Qu'elle idée d'être brun en été.
Allez, il ne lui reste qu'une dizaine de prospectus. Il va bien trouver dix couillons à la sortie du métro qui l'attraperont sans penser à réfléchir. Normalement, le règlement du lieu interdit de se poser juste à la sortie du bâtiment. Mais s'il y reste seulement quelques minutes, il a peu de chances de se faire chopper par un des employés. Les gens qu'il emmerde ne sont pas au courant, de toute façon.
Et puis le type en face distribue bien son journal ici. Au pire, ils seront deux à se faire engueuler. Ils pourront toujours dire que l'agence ne les a pas prévenus des règles à respecter ici. Ce qui est techniquement vrai, puisque le noiraud a tout appris sur le tas, à force de se faire recadrer par la sécurité.
Une fois son paquet de tracts épuisé, Vanitas s'éloigne à l'ombre avant de sortir ses clopes, satisfait. Il doit sentir la transpiration à des kilomètres, c'est atroce, mais il s'en fout un peu. Il a fini sa mission du jour, c'est le plus important. Avec ça, il sera tranquille pour bouffer pendant un moment.
Vous - 16h 05 :
J'passe me doucher et c'est bon. j'y serai pour 17h 00 normalement.
« - Hey ! »
Mm. Cette voix trop enjouée pour ne pas l'irriter, ça doit être Cid.
« - Yo. »
Il tourne la tête, remarque la montagne blond blé sur la tête du vieux et comprend qu'il a vu juste.
Le type bosse dans la même agence que lui, mais il s'occupe de déposer la plv dans les magasins du coin. Il leur arrive de taper la causette, quand ils bossent le même jour au même endroit. C'est sûrement ce qu'on pourrait appeler un collègue, pour Van. Ce qui s'en rapproche plus, avec un boulot comme le sien. Il ne fréquente pas vraiment les gens qui taffent avec lui.
« - J'peux te piquer ton briquet ?
- Tiens. »
Van lui tend l'objet. Au moins, cette fois, l'autre a ses clopes.
« - Fait chaud aujourd'hui, j'sais pas comment tu fais pour bosser au soleil !
- Bah faut bien.
- T'as du courage. »
Non, pas vraiment. Il n'a juste pas le choix.
« - T'as fait l'tour de la rue ? » la teigne demande pour changer de sujet.
« - Pas encore, j'en suis à la moitié, mais j'suis en avance sur mon temps donc je fais une pause.
- D'acc. »
Van tire sur sa clope, savourant son réconfort de fin de boulot.
« - Et toi, t'as tout distribué ?
- Ouais.
- Cool ! T'es tranquille maintenant. »
Le banc plus loin se libère. Ils vont tous les deux s'y poser, plus que chanceux de pouvoir trouver une place à l'ombre. Si la chaleur vicieuse les encercle toujours, ils peuvent profiter du vent frais qui souffle parfois sur leur peau humide.
« - Il est pas trop tard, tu vas pouvoir profiter.
- J'vais surtout rentrer prendre une douche.
- Ah, oui, les joies du boulot en été !
- J'te l'fais pas dire. »
Les joies d'une bonne douche, d'un café et d'une de ces drôles de boisson pleine de perles qu'Ienzo aime bien partager avec lui, surtout. Le bonheur d'une compagnie silencieuse. Il compte bien profiter de sa fin de journée. S'affaler sur le canapé du café et se plaindre pendant deux heures, voilà son plan.
« - Et après, qu'est-ce que tu comptes faire ?
- Glander.
- Alors qu'il fait encore jour ?
- Ouais.
- T'as pas des potes à aller voir ? Il fait pas trop chaud aujourd'hui faut profiter ! »
Non papy, Van pense, même si Cid n'est pas particulièrement âgé. Il ne lui dit pas qu'il a vu juste. Quoique, pote n'est pas le terme le plus approprié, mais Vanitas n'est pas décidé à partager ses préférences avec le type.
Il écrase son mégot d'un coup de talon.
« - Nan. Sont tous en vacances.
- Et une petite copine ? »
Ah. La fameuse petite copine, qu'il évoque avec un clin d'œil de vieux lourd. La petite copine que Vanitas n'aura jamais.
« - Nan plus.
- A ton âge, toujours personne ?
- C'est pas mon truc. »
Forcément, ça ne lui a pas traversé l'esprit une seconde qu'il puisse ne pas préférer les filles. Même sa réponse, qu'il trouvait plutôt claire et subtile, ne semble pas l'aiguiller dans la bonne direction, puisque le vieux hausse les épaules en lui parlant de sa propre femme qu'il a rencontré à vingt ans et épousée à vingt-quatre, l'âge actuel du corbeau. Pour être honnête, Van s'en fout. Ça le gave juste de se retrouver naturellement dans la case hétéro.
Mais bon, ça a toujours été comme ça.
« - Tu verras, tu finiras par trouver quelqu'un ! C'est juste une question d'temps.
- Pour l'instant j'veux juste retrouver ma douche et mon café. »
Cid rit, avant d'éteindre son propre mégot. Le caractère mordant de Van ne semble jamais l'atteindre, il prend toujours tout du bon côté. Il ne remarque pas l'expression brièvement peiné sur le visage du brun, ni la douleur que ces mots enjoués ont réveillée. J'avais trouvé. La douleur brève qui le traverse.
« - Bon, j'y retourne.
- Bon courage.
- Merci ! Profite bien de ta douche ! »
Il va profiter, oui. Il n'a plus que ça à faire, maintenant. La douche, le canapé moelleux et le café climatisé. Il pourra même se payer le luxe de rentrer tard. Si c'est pas beau, ça.
Voilà ! Il reste encore deux chapitres avant la fin de la deuxième partie, et la troisième est déjà quasi intégralement revue. L'histoire est plus que bien avancée, et il vous reste encore un bon morceau de lecture.
A la prochaine !
