Chapitre 22.

Le continent de Pénian était vaste, il était donc tout à fait normal que la capitale soit une grande ville à l'architecture magnifique et au palais surplombant l'entièreté de la ville. À travers la fenêtre de sa chambre, dans l'une des nombreuses ailes du palais de Sélior, le prince Carlisle observait la ville en contre-bas. Il ne pouvait pas voir l'agitation qui l'aminé, mais le jeune homme imaginait sans mal les nombreuses étales de nourritures, les vendeurs de vêtements et tant d'autres.

Il aurait aimé participer à cette agitation, parcourir les rues de la capitale, échanger avec son peuple : cela lui manquait terriblement.

Mais depuis la tentative d'assassinat à laquelle il avait miraculeusement survécu, ses sorties en dehors des limites du palais étaient dès plus limités. Il avait seulement pu se rendre à Fendrel pour acheter un nouveau cheval. Le roi avait décrit ça comme un caprice, Carlisle lui avait rétorqué que c'était une nécessité.

Néanmoins, après cela, il n'avait plus eu le droit de mettre un pied dehors.

« - Votre Altesse ? fit la voix d'Ydrel depuis la porte ouverte. »

Le jeune homme se retourna vers son garde personnel. Il s'estimait chanceux qu'Ydrel n'ait pas été en fonction la nuit où il avait failli mourir. Au moins, son ami d'enfance n'avait pas perdu la vie, contrairement aux autres gardes qui avaient essayés de le protéger.

« - Que se passe-t-il ? s'enquit Carlisle en s'éloignant de la fenêtre.

- Je venais voir si vous alliez bien, et vous proposer de sortir dans les jardins, répondit le garde.

- Les jardins... soupira le prince. Je les connais par cœur. Cela n'a aucune utilité. »

Il s'installa dans un fauteuil, prenant au hasard l'un des livres posés sur la table à côté de sa bibliothèque personnelle. Carlisle l'ouvrit à une page, essaya de lire quelques lignes, mais il n'arriva pas à en comprendre le moindre mot. Son esprit était trop préoccupé par d'autres détails.

Ses pensées s'envolèrent d'abord vers la jeune vendeuse de chevaux qui devait avoir son âge. Il se rappela de sa méfiance envers Ydrel et lui, même après qu'ils se soient présentés et notamment du naturel avec lequel elle leur avait présenté les différents chevaux qu'elle possédait. Ainsi que de son bandeau autour des cheveux, qui ne semblait servir à rien, car elle ne les attachait pas.

Puis, il repensa à la fille sur le bord du chemin et de la couleur rose de ses cheveux. Carlisle hésitait encore quant à la nature de cette personne. Simple illusion de son esprit, ou bien personne belle et bien réelle capable d'utiliser la magie ?

La dernière option était fortement probable, après tout, Carlisle avait déjà vu des personnes capable d'utiliser la magie comme les elfes le faisaient autrefois. Des « mutants » comme les humains les appelaient.

Ils terrifiaient une bonne partie de la population, car ils étaient dotés de capacités que les hommes normaux ne possédaient pas.

Carlisle n'était pas vraiment de cet avis... Mais que pouvait faire la parole d'un prince, pas réellement de sang royal, contre les pensées de tous... ?


Sélior était sa maison, il avait grandi et était né être les murs de cette magnifique capitale. Le roi Ulfric n'était pas son véritable père, certes, mais Carlisle le considérait comme tel. Le roi avait épousé sa mère alors qu'il était âgé que d'un an et l'avait reconnu comme son héritier, car il était incapable d'avoir sa propre descendance.

Comme chaque jour, le jeune prince descendit aux écuries du palais. De nombreux chevaux occupaient les box, mais un seul intéressait Carlisle.

Il avait encore du mal à se remettre du décès de Courage, son tout premier cheval, mais il devait reconnaître qu'Onyx était une tout aussi bonne monture.

En le voyant approcher, l'étalon à la robe ébène passa la tête par-dessus la porte de son box et Carlisle en profita pour lui offrir un morceau de pomme. L'idée de ne pas pouvoir le faire sortir autre part que dans le paddock à l'arrière de l'écurie l'agaçait.

« - Ydrel, as-tu pu le faire galoper ?

- Oui, votre Altesse, il est jeune et plein de fougue, répondit Ydrel dans son dos. »

Perdu dans ses pensées, le jeune prince se contenta de hocher la tête tout en caressant le chanfrein de l'équidé. Il ne pouvait pas douter des dires de son garde personnel. Sur le chemin de retour, il avait pu monter Onyx et constater son énergie débordante digne d'un cheval de trois ou quatre ans.

Alors qu'ils allaient sortir des écuries, Carlisle s'arrêta à l'entrée du bâtiment en voyant plusieurs gardes converger vers le pont-levis descendu. Généralement, des gardes surveillaient depuis les murs le chemin montant jusqu'au palais, et il était donc rare d'en voir autant regroupé au même endroit dans la cours du palais.

Le jeune homme tourna la tête vers Ydrel pour savoir s'il avait des informations sur ce qui était en train de se passer, mais son garde secoua la tête.


Carlisle n'avait pas pu voir ce qui mettait autant d'agitation dans la cours. Un garde de son père était venu le chercher pour le conduire à la salle du trône. Lorsqu'il y arriva, le roi était déjà assis dans son trône et il fit signe à Carlisle de venir prendre place à sa gauche, sur un siège plus petit et modeste que le trône.

Le jeune homme s'y installa, essayant de ne pas faire attention aux différents coups d'œil que les conseillers de sang noble de son père lui lancer. Il n'avait pas de doute quant à la nature des pensées de ces hommes. La plus part avaient des filles en âge de se marier. Cette simple pensée lui attira un frisson désagréable.

Néanmoins, il n'eut pas l'angoissant loisir d'y penser plus, les grandes portes de la salle du trône s'ouvrant dans un grincement dès plus sinistre . Les peu de murmures qu'il y avait jusqu'à maintenant se turent, laissant s'installer un immense silence pesant. L'attention de tous fut alors braquée sur la personne qui se tenait sur le seuil et qui s'avançait lentement avec raideur.

Carlisle sentit ses entrailles se tordre en reconnaissant la personne qui se dirigeait vers eux. Winfrey Hédrol était dans un sale état. Ses vêtements étaient en lambeaux, du sang les maculer et on pouvait voir, malgré le sang, de profondes morsures.

Le jeune homme se figea sur son siège, se souvenant avec exactitude de la raison pour laquelle son père l'avait encore une fois engagé. Pour retrouver le loup géant qui lui avait sauvé la vie.

« - Votre Majesté... fit le chasseur. »

Il ne s'agenouilla pas, ne présenta aucun respect à son roi. Winfrey se contenta de laisser tomber une poignée de poil d'un noir de jais qui atterrirent sur le sol alors que la plus part des personnes présentes dans la salle du trône retenaient leur souffle, Carlisle compris.

« Votre loup existe, prince Carlisle et laissez-moi avoir l'honneur de vous annoncer que c'est une louve... Et pas seulement...

- Arrêter donc tout ce suspense, Hédrol ! Qu'en est-il ?! tonna le roi, souriant néanmoins.

- Comme vous le voudrez, mon roi. La bête qui a sauvé le prince est une elfe capable de prendre l'apparence d'une louve géante au pelage noir et aux yeux bleus ! »

Carlisle eu brusquement l'impression que le sol était en train de se dérober sous sa chaise. Une elfe. Un pelage noir. Des yeux bleus. En remplaçant le pelage par des cheveux...

« - Une elfe ?! s'emporta Ulfric en tapant du poing sur l'accoudoir de son trône. C'est impossible ! Ils ont disparu ! Ils n'ont pas pu survivre !

- Elenor Valnyar est la preuve que ce n'est pas le cas, rétorqua Winfrey avec un sourire mauvais. J'en suis la preuve, regarder mon état, votre Altesse. Mais il y a au moins un point positif à tout ça...

- Et laquelle ?

- Je pense savoir où elle et son amie, une mutante aux cheveux roses, se cachent. »