Point positif de ce confinement, comme je suis coincée chez moi, j'ai beaucoup plus de temps à consacrer à l'écriture de cette fic. Du coup, voici de quoi vous occuper durant la quarantaine. Bon courage à tous.

Et un grand merci à Moongrim pour ses corrections.

PinkCheek3 : Rey a un autre point de vue que Kylo sur la situation. Elle a pas conscience tous les risques. Et elle souffre de la peur de l'abandon, donc...


La Curée

A la tombée de la nuit, la forteresse des Tulak était entièrement aux mains de l'armée Royale. Les bannières familiales avaient été jetées au sol et les soldats dépouillés de leurs armes et armures. Ceux qui n'avaient pas été tués durant l'assaut avaient été rassemblés dans la cour, ainsi que tous les domestiques et les membres de la famille Tulak. Une partie des gens d'armes de la Maison Ren les encerclaient, tandis que le reste était occupé à déblayer la cour des débris de la muraille effondrée quelques heures plus tôt.

Lord Tulak était lui-même maintenu agenouillé, les mains liées dans le dos, devant un Kylo Ren victorieux dans son armure noire. La lame de son épée tirée au clair scintillait sous la lumière du jour crépusculaire.

- Lord Tulak, vous et vos proches vous êtes rendus coupables de complot et de trahison envers la couronne.

Pour tout commentaire, le vieux seigneur Sith se contenta de dresser crânement le menton. Il jaugeait Kylo Ren avec un souverain mépris. Derrière lui, les serviteurs et intendants de sa maison gardaient les yeux rivés au sol, inquiets de croiser un regard – celui du Roi ou de l'un de ses chevaliers – et d'attiser davantage le courroux de la maison royale sur eux.

- Votre fille, lança Kylo Ren, a déjà reçu le châtiment mérité pour avoir brandi l'épée contre son Roi. Comme vous et vos gens, vous êtes entêtés dans votre perfidie, je n'ai d'autre choix que de vous condamner à la peine maximale.

Ren se redressa et parla d'une voix forte et claire, afin que nul n'en perde une miette.

- Je raye le nom Tulak des lignées du Clan. A partir de maintenant, vous et vos descendants êtes étrangers au Clan. Vos biens seront confisqués. Les remparts de cette forteresse seront détruits, pierre après pierre… Vos terres…

- Jeune présomptueux…

Lord Tulak, dont les épaules tressautaient depuis plus d'une minute, se mit à rire franchement. Au grand désarroi des personnes présentes.

- Mes ancêtres ont conquis ces terres et asservi leur population tandis que les tiennes grattaient le sol pour trouver des racines. Qui crois-tu être pour spolier mes enfants de leur héritage ? Tu as tué ma fille héritière. Soit. J'en ai d'autres. Elles armeront leurs vassaux pour me venger.

Un silence mortel, tétanisant, s'abattît sur la cour. Les chevaliers de Ren avaient les yeux fixés sur leur maître, dont le visage demeurait impassible.

- Tu n'es rien, cracha encore Tulak. Un bâtard. Ton père était un voleur et un vaurien. Ta mère, une chienne en chaleur prête à s'offrir au premier venu. Et ton grand-père n'était qu'un…

Il n'acheva jamais sa phrase. Sa tête roula sur le sol rougi de son sang, après que Ren l'ait tranchée de sa lame. Deux gardes traînèrent le cadavre hors de la cour, tandis que le Roi essuyait son épée avec un pan de son manteau avant de la ranger dans son fourreau.

- Phasma ! appela-t-il.

La grande chevalière se détacha des rangs et vint s'incliner devant lui.

- Amène-moi ceux qui ont entassé les porcs dans le tunnel.

On traîna alors devant lui Finn, tout penaud, ainsi que les quelques muletiers qui avaient pris part à l'opération. Kylo Ren prit un moment pour toiser le jeune soldat à la peau noire.

Décidément, ce garçon avait le chic pour toujours se trouver sur son chemin. Cela en devenait presque suspect.

- Tu as rendu un fier service à notre armée, lança-t-il comme préambule.

- Je… je n'ai fait qu'obéir aux ordres, répondit modestement l'interpelé.

- C'est aussi lui qui s'est porté volontaire pour arrêter les conjurés après l'attentat, ajouta Phasma.

Finn baissa les yeux au sol, visiblement gêné que sa capitaine mette cela sur le tapis. Pourtant, il aurait dû être le premier à s'en vanter et à tenter de gratter une promotion pour un tel sens de la loyauté. Etrange.

- Il semblerait que tu sois un soldat consciencieux, commenta Kylo. Que dirais-tu d'avoir plus de responsabilités ?

- Majesté ?...

Ren jeta un regard à la ronde.

- Et si je te nommais nouvel intendant de cette forteresse…

Finn ouvrit de grands yeux et si sa mâchoire n'était pas solidement accrochée, elle se serait surement détachée pour rouler à côté de la tête de Lord Tulak.

- Que les choses soient claires, poursuivit Ren, ce n'est pas une sinécure que je t'offre. En tant que nouveau maître de ce château, ton devoir principal sera de conserver cette place forte et de la protéger d'une éventuelle reprise et des envahisseurs. Et ce, alors que les remparts seront démolis et les pierres acheminées pour permettre la rénovation de Mustafar. Penses-tu être apte à accomplir une telle tâche ?

- Sire… Ma… Majesté…

Finn semblait avoir perdu l'usage de sa langue.

- Une garnison restera sur place, évidemment, et sera placée directement sous tes ordres. En mon absence, ou celle de mes chevaliers, tu seras donc le seul maître entre ses murs. Si tu te montres à la hauteur, je pourrais envisager de faire de toi le nouveau seigneur de ce domaine. Si tu échoues…

Ren n'eut pas besoin de terminer sa phrase. On venait tout juste de ramasser la tête de Lord Tulak.

Finn tomba à genoux et colla son nez dans la poussière de la cour.

- Sire ! s'exclama-t-il. Je m'efforcerais de ne pas vous décevoir.

Ren hocha la tête, visiblement satisfait et tourna les talons. Chacun reparti à ses taches. Sauf Finn qui demeura encore un certain temps agenouillé au milieu de la cour, tout hébété de sa nouvelle promotion.


- Vous envisagez sérieusement de faire de ce soldat un gardien du quoi ? demanda Sen-Adge Milleniale, l'air scandalisé.

- Et pourquoi pas ? répliqua laconiquement Kylo.

Les deux hommes arpentaient la salle d'armes, où les fanions, les banderoles et les boucliers – tout objet arborant les armoiries des Tulak – avaient été minutieusement entassés. Des scribes étaient en train d'en dresser l'inventaire. Les stocks d'acier et de flèches, pourvoiraient à remplacer les pertes durant la bataille. Dans les cuisines, on s'activait à vider les réserves : viandes, poissons, céréales, fruits, légumes… Une faible portion serait laissée sur place pour permettre à l'armée de réserve de se nourrir, le reste rejoindrait les vivres des troupes en campagne.

Ren comptait bien désosser le patrimoine de la demeure seigneuriale, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien.

- Et bien… il n'a pas la Force pour commencer, se renfrogna Sen-Adge. Ce n'est qu'un individu tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

- Beaucoup de familles parmi les nobles n'ont plus le moindre pouvoir dans la Force. ça ne ferait pas une grosse différence.

- Il n'est même pas un natif du Clan…

- Mon grand-père ne l'était pas non plus, ça ne l'a pas empêché de devenir Roi.

- Mais il avait été adopté par Dark Sidious !

- Si ça ne tient qu'à cela, je trouverais bien quelque seigneur Sith désargenté prêt à l'adopter pour s'attirer mes bonnes grâces.

- Permettez-moi d'en douter…

Kylo sentait bien que son chevalier n'était pas du tout enchanté par la promotion d'un vulgaire soldat au rang de seigneur d'un domaine. Son orgueil d'héritier de la Maison Milleniale en prenait un sacré coup. Bien sûr, il n'était pas le seul.

Naïs aussi avait montré son désaccord, mais Naïs estimait que toute récompense qui ne lui était pas attribuée lui était volée. Enor, le frère de Sen-Adge, y voyait un ultime camouflet à l'héritage des Tulak. En cela, il n'avait pas tort.

- Une fois que nous aurons maté cette rébellion, argua Kylo, il y aura beaucoup de places vacantes au sein de la noblesse. Et ceux qui voudront les garder seront prêts à tout pour ne pas être éliminés à leur tour.

- Si vous me permettez d'être franc, vous sous-estimez l'orgueil des seigneurs Sith. En voyant que vous êtes prêt à élever au même rang qu'eux un vulgaire troufion, beaucoup vont le prendre comme une offense personnelle. Ils auront bien plus de mal à vous suivre…

- Tu paries sur l'orgueil des Sith. Moi, je parie sur leur pragmatisme. Si je veux m'assurer la loyauté de mes sujets, je dois leur montrer qu'ils ont tout à gagner à m'être fidèles. Et tout à perdre à me défier…

- Vous ne pensez pas qu'aux nobles en disant cela…

Kylo esquissa ce qui aurait pu ressembler à l'ombre d'un sourire.

- Le Clan ne se compose pas uniquement de seigneurs orgueilleux, le cul vissé sur leur héritage et leurs domaines. Il y a les fermiers, les commerçants, les artisans, mais aussi les voleurs, les assassins professionnels, les proxénètes et j'en passe… Toute cette valetaille que les puissants seigneurs ont toujours méprisée et qui pourtant les nourris et les entretient, année après année. A ton avis, pourquoi Snoke avait tant de mal à mater la Rébellion des Ilotes ? Pourquoi ces derniers continuent à se soustraire à l'autorité et continue de nous narguer sur notre propre territoire ?...

- Parce qu'ils ont le soutien du peuple…

- Parce qu'ils sont le peuple. Ou du moins, sa face obscure. Cette fièvre de colère et de haine qui couve en eux à chaque fois qu'un noble leur manque de respect ou les maltraite. Toi et ton frère avez passé cinq ans au Temple Jedi. N'as-tu rien appris durant tout ce temps ? La Force n'est pas seulement dans le sang, le nom ou l'héritage. Elle est dans tout ce qui se meut, tout ce qui vibre…

Sen-Adge écoutait son maître avec perplexité. Parfois ce dernier parlait plus comme un Jedi que comme un Sith. Ou plutôt comme l'un de ces hérétiques qui n'adoraient ni le Côté Clair, ni le Côté Obscur de la Force. Le chevalier n'aimait pas le suivre sur ce terrain. Même si Sen-Adge et son frère avaient rejoint l'Ordre Jedi, c'était contraints et forcés. Si Enor avait depuis longtemps abandonné l'idée de cultiver sa dévotion spirituelle – pour un côté ou un autre – Sen-Adge était toujours resté, en son for intérieur, fidèle à la foi de ses ancêtres. Sa réclusion dans le Temple n'était qu'un accident de parcours. Sa fuite avec Kylo Ren et les autres apprentis était le chemin de croix qui devait le ramener dans le giron de ses semblables. Dans son cœur, le jeune seigneur Milleniale n'avait qu'un désir : reprendre l'héritage qui lui avait été volé et retrouver le rang qui aurait dû être le sien.

Mais à quoi cela rimait, si Kylo Ren se mettait à distribuer des titres et des châteaux à tous les troupiers qui entassaient des cadavres de cochons dans les égouts ?

- Imagine ce qu'on pourrait faire, poursuivit Kylo, si on parvenait à canaliser les forces de la résistance et à l'intégrer à nos rangs. Nous disposerions d'un contre-pouvoir efficace à celui des Sith au sein du Clan : des lignées de vassaux qui me devraient leurs rangs et leurs fortunes…

Voyant que Sen-Adge faisait toujours la moue, l'air peu convaincu, Kylo lui posa une main amicale, mais ferme sur l'épaule.

- Tu t'accroches encore au passé, dit-il avec indulgence. Il serait temps d'en finir avec toutes ses vieilles choses, tu ne crois pas ? Pourquoi nous contenter des décombres laissés par les générations précédentes, quand nous pourrions construire quelque chose de totalement nouveau ?

Le chevalier pesa ses mots avec intérêt, mais toujours une pointe de réserve.

- Vouloir tenter quelque chose de différent, pourquoi pas ? Mais pour qui ? Qui seront les nouveaux maîtres dans ce nouvel ordre que vous proposez ?

Kylo Ren ne répondit pas. La question demeura en suspend entre les deux hommes alors qu'un intendant s'approchait pour demander ce qu'il fallait faire des emblèmes de la Maison Tulak.


Dans la blanchisserie du château, Rey aidait à faire le tri dans les draps et le linge. La garde-robe de Lord Tulak et de sa fille avait été entièrement vidée. En plus des lourdes robes noires de cérémonie, s'étalaient des soieries multicolores – probablement de Naboo - et des chemises de lin d'Alderaan, si fines que l'on pouvait voir à travers. La défunte Lady Tulak, avait visiblement un goût prononcé pour les belles étoffes. Ses coffres et ses armoires renfermaient plus de robes et de manteaux que Rey n'en possèderait jamais dans toute son existence.

Tout en pliant les chemises et les couvertures de lit. Elle repensa au cadavre de la noble dame qui pendait aux remparts d'Aleema, sur lequel les badauds s'amusaient à lancer des pierres. Les restes avaient été jetés dans la fosse commune, juste avant que l'armée royale ne quitte la cité. Cela fit drôle à Rey de se dire qu'elle touchait des objets qui avaient autrefois enveloppé le corps chaud et intact de Lady Tulak.

Elle ressentit un fourmillement désagréable au bout des doigts et s'interrompit dans sa tâche.

Prise d'une nausée soudaine, la jeune femme eut le besoin de marcher à l'air libre. Elle remonta l'escalier qui menait aux remparts et commença à arpenter le chemin de ronde. Jusqu'à ce qu'elle soit obligée de s'arrêter devant l'énorme brèche provoquée par l'explosion. A ses pieds, le mur n'était plus qu'une plaie béante de laquelle s'échappait un flot de gravâts. En bas, elle voyait des ouvriers s'activer à déblayer la caillasse. On aurait dit des fourmis autour d'une miche de pain dur.

Soudain, une main s'abattit sur son épaule. Ce qui la fit sursauter.

- Pardon ! s'exclama Finn, empressé. Je ne voulais pas t'effrayer. Tu avais l'air perdue dans tes pensées.

Rey dévisagea le jeune homme d'un air incrédule, comme si elle était même surprise qu'il fût encore de ce monde. Puis, spontanément, elle se jeta à son cou. Finn demeura un instant coi, avant de lui rendre son étreinte.

- Je n'étais pas certaine que tu aies survécu à l'assaut, expliqua Rey dans un souffle. Tout est allé tellement vite…

- Ca va, la rassura Finn. Comme tu dis : tout est allé très vite. Je n'ai même pas eu le temps de mettre un pied sur une échelle qu'ils avaient fait sauter le rempart. Qui eut cru qu'un tas de cochons morts pouvait faire autant de dégâts ?

Il regarda d'un air pensif le gouffre à leurs pieds.

Dire que c'était lui qui était à l'origine de ça…

Soudain, un bruit d'éboulis attira leur attention plus en bas. Les ouvriers avaient dégagé une part importante de décombres, déstabilisant la partie supérieure et entrainant un ruissellement de gravats. Les vibrations provoquées par l'éboulement dérangèrent les pierres branlantes encore encastrées dans le mur, qui menaçaient maintenant de s'écrouler sur eux.

L'une d'elle, faisant la taille d'un grand coffre, se détacha brusquement du reste de l'appareil et tomba droit sur un groupe de malheureux, qui n'avaient pas eu le temps de s'écarter. Mais avant que l'un d'eux n'ait pu crier, la pierre demeura en l'air flottant au-dessus d'eux comme un nuage.

Les ouvriers restèrent interloqués devant le phénomène. Tout comme Finn, avant qu'il ne se rende compte que Rey avait tendu son bras, les doigts crispés et l'arcade sourcilière froncée comme si elle tenait la pierre à bout de bras. Comprenant ce qui se passait, Finn hurla aux ouvriers :

- Ecartez-vous !

Reprenant leurs esprits, les hommes s'écartèrent au moment où le bloc s'abattit lourdement sur le tas de ruines, provoquant un autre éboulement.

Finn et Rey coururent en bas pour voir s'il n'y avait aucun blessé. Par chance, tous avaient pu s'écarter à temps. Le jeune homme reprit alors les choses en main et donna des indications pour dégager la brèche sans provoquer d'autres catastrophes. Rey fut interloquée de voir les autres soldats, ingénieurs et ouvriers lui obéir aussi diligemment. Quand elle lui en fit la remarque, Finn sourit en haussant les épaules :

- Quoi tu n'es pas au courant ?

Rey fronça les sourcils et fit « non » de la tête.

- Kylo Ren vient de me nommer Intendant de la forteresse. En son absence, c'est moi le maître ici à présent.

- Quoi ? Tu te moques de moi !

- Je t'assure que c'est la vérité. Demande autour de toi. Il l'a fait juste après… après avoir destitué Lord Tulak.

Finn se racla la gorge, un peu gêné.

Rey peinait à y croire. Elle savait que Ben ne portait pas Finn dans son cœur. Et elle aurait cru que le Roi privilégierait plutôt une personne de confiance – comme l'un de ses chevaliers, par exemple. Cette nouvelle ne manqua de la surprendre et de l'intriguer.

Finn remarqua son trouble et se pencha vers elle.

- Rey, je vais être franc avec toi. Au début, je n'y croyais pas… au fait qu'il voudrait changer les choses. Je pensais qu'il serait comme Vador, comme Snoke et comme tous ceux qui les ont précédés : qu'il écraserait tout le monde sous sa botte et qu'il ne se soucierait pas des petites gens. Mais aujourd'hui, je me dis qu'il y a peut-être un espoir…

- Parce qu'il t'offre une promotion, tu es prêt à le porter aux nues ?...

La jeune femme aurait voulu que le ton employé par sa voix soit moins acerbe. Elle vit dans le regard de Finn qu'elle l'avait blessé.

- Parce qu'il n'y a que toi, qui mérite de recevoir les attentions du Roi, lâcha-t-il amer.

- Non, tu ne m'as pas comprise ! s'empressa de corriger Rey. Je suis heureuse de ce qui t'arrive. Mais je connais assez Ren pour savoir qu'il n'accorde pas sa confiance facilement. Il te considérait à peine, il y a quelques jours et il t'offre aujourd'hui un poste aussi important… J'ai peur que cela ne cache quelque chose de pas net… Et si…

Elle jeta un regard à la dérobée, autour d'elle. D'un coup, les gardes et les travailleurs qui vaquaient à leur tâche ne lui parurent plus si inoffensifs.

- Et s'il te mettait à l'épreuve ?... Concernant… la Rébellion

Elle avait articulé ce dernier mot tellement bas, que Finn dut se pencher jusqu'à avoir son oreille au niveau de sa bouche pour l'entendre. Il hocha la tête.

- Peut-être, dit-il. Mais il risque d'être fort déçu, s'il pense me piéger aussi aisément.

- Tu es bien sûr de toi.

Finn n'osa pas lui dire que sa dernière interaction avec la Rébellion ne s'était pas très bien passée. Et qu'il n'avait plus eu de contact avec eux. Le souvenir de Rose lui fit un pincement au cœur. Il priait chaque nuit pour que la jeune femme soit rentrée saine et sauve auprès des siens et qu'elle n'ait fait aucune mauvaise rencontre en chemin.

D'ailleurs quelle serait la réaction de Poe et des autres lorsqu'ils apprendraient qui avait remplacé Lord Tulak au commandement de la forteresse. C'était pour lui l'opportunité de faire quelque chose de réellement utile pour eux et de faire avancer leur cause.

- Finn… ? demanda Rey de plus en plus hésitante. Jure-moi que la Rébellion n'a rien à voir avec la conjuration des Sith et ce qui s'est passé au Temple.

Il fallut un certain temps au jeune homme pour comprendre où voulait en venir son interlocutrice. Ainsi, Rey croyait que les rebelles auraient pu s'entendre avec les seigneurs renégats pour renverser Kylo Ren. L'idée était tellement incongrue qu'elle le fit ricaner.

Rey sentit ses joues prendre feu.

- Je ne vois pas ce qui te fait rire.

- C'est que tu aies pu imaginer… que des seigneurs Sith… voudraient… s'allier… avec des Ilotes… !

Il s'esclaffa si fort, que Rey le traina à l'écart, de peur qu'il n'attire trop l'attention sur eux.

- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? Je sais que Lord Frak l'avait envisagé pour renverser Snoke…

- Lord Frak, c'est différent. Je le porte pas dans mon cœur, mais il a une manière de penser différente de la plus part des Sith. Azrakel en revanche… C'est le cousin de Hux. Les deux ensembles sont pires que la peste et le choléra. S'il fallait choisir entre s'acoquiner avec eux ou sauter du haut d'une falaise, Poe tenterait encore sa chance pour voir s'il ne lui pousserait pas des ailes.

Rey prit compte de ces informations. Cela libéra sa conscience d'un poids.

- Je n'arrête pas de me dire, poursuivit Finn, que si tu parvenais à convaincre Kylo Ren d'écouter les revendications de la Rébellion, ça pourrait changer beaucoup de choses ici.

- Tu me prêtes un pouvoir que je n'ai pas.

- Je crois que tu sous-estimes celui que tu as déjà.

Le jeune homme lui jeta un regard équivoque et Rey crut qu'elle allait se liquéfier.

- Rey !

Les jeunes gens sursautèrent. Daeron venait d'apparaitre à l'autre bout de la cour. Rey s'écarta vivement de Finn et vint à la rencontre de son professeur.

- Kylo Ren te réclame, déclara le chevalier. Il t'attend dans ses appartements. Je te conseille de ne pas le faire attendre.

Si on avait cassé un œuf sur les joues de la jeune écuyère en cet instant, il aurait été cuit en une minute. Rey ne se retourna pas pour saluer Finn. Elle évita soigneusement le regard de Daeron et fonça vers l'aile est en gardant les yeux rivés au sol tout le long du trajet.


Ben faisait les cents pas dans la chambre – la plus grande du château – lorsqu'elle pénétra dans ce qui avait autrefois été les appartements du maître des lieux. La pièce avait été vidée d'une bonne partie de son mobilier pour ne laisser que le strict nécessaire : une table en bois sombre, un tabouret pliable et le grand lit-cage tendu de voilures transparentes. Le peu d'éléments restants témoignait des goûts raffinés de son ancien occupant.

Au moment où Rey franchit le seuil, le Roi interrompit ses allées et venues. Il fondit sur elle, repoussant la porte derrière eux et l'attira contre lui dans une étreinte désespérée. Sa victoire complète sur l'ennemi avait galvanisé son adrénaline. Il lui fallait impérativement un exutoire, et quoi de mieux que Rey, toute entière offerte à lui.

Sous ses grandes mains et son souffle brûlant contre sa nuque, la jeune femme oublia ses craintes et la honte qui s'était emparée d'elle lorsque Daeron était venu la mander comme une vulgaire courtisane. En cet instant précis, Ben pouvait faire d'elle ce qu'il voulait. Même la prendre sur ce grand lit en bois sombre, dans ces mêmes draps où Lord Tulak avait passé sa dernière nuit. Qui remontait à pas la veille.

Elle se rappela les paroles de Ben juste avant la bataille. Si tout se passe comme prévu, ce soir je te lutinerai dans les appartements de Lord Tulak.

Dans le fond, Ben ne faisait que tenir sa promesse.

- On m'a dit que tu aidais au tri, à la lingerie…

Il ponctua chaque mot d'un baiser, sur son cou, sa mâchoire, ses clavicules…

- Ou… oui. J'es…essaie de… me rendre utile…

- C'est bien. Tu as vu quelque chose qui te plaisait ?

Rey ne voyait pas où il voulait en venir. C'était difficile de suivre le fil de la conversation, alors que ses mains défaisaient ses braies et que le parfum de sa peau – fort, musqué – lui envahissait les narines.

- Une robe ? précisa Ben. Une tunique ? Un manteau peut-être ? Tu n'as qu'un mot à dire et c'est à toi…

Le nœud que Rey était parvenu à ignorer jusqu'à maintenant, au fond de son estomac, se rappela à son bon souvenir.

- N… non.

- N'hésite pas, insista Ben, prenant son refus pour de la timidité. Tu peux prendre tout ce que tu veux. Tout est à toi.

Il l'amena sur le lit et l'invita à s'étendre sur les draps de lin blanc immaculé. Rey s'efforça de ne pas penser à son dernier occupant. Elle se faisait l'effet d'un charognard volant des œufs dans un nid abandonné.

- Je… je n'en veux pas.

- Ah bon… ?

Ben était en train de lui retirer ses bottines.

- Tu es plutôt difficile pour une ancienne voleuse.

Rey aurait pu être vexée par la remarque, si elle n'était pas forcée d'admettre qu'il y avait une part de vérité. Durant neuf ans, elle avait vécu en volant ce qui n'était pas à elle, et dépouillant des chars dans le désert, des caravanes laissées à l'abandon par des voyageurs malchanceux… Oui, mais elle n'était jamais directement impliquée dans leur infortune.

- C'est juste… ça me gêne.

- Quoi donc ?

- De porter les habits d'une morte.

De quelqu'un dont j'ai vu le cadavre pendu au bout d'une corde, en train de se décomposer.

Ben ne sembla pas remarquer son trouble. Il avait enlevé sa tunique et sa chemise. Et s'appliquait maintenant à lui enlever ses braies. A vrai dire, il paraissait à peine s'intéresser à la conversation.

- Soit, dit-il en lui écartant doucement les jambes et en calant ses cuisses sur ses épaules. Si tu veux attendre, je demanderai à ce qu'on te fasse un trousseau sur mesure…

Avant que Rey ait pu préciser le fond de sa pensée, il avait déjà enfoui sa tête entre ses cuisses. En deux lapements de sa langue experte, Rey avait oublié jusqu'au sujet de leur conversation.

C'était aussi bon que la première fois. Non, c'était encore mieux. Cette fois-ci, elle reposait sur un matelas de plumes, dans des draps soyeux. C'était comme avoir la tête enfoncée dans un cocon de soie. Sans parler de celle de la langue de Ben, qui continuait de lécher sa plaie comme une friandise.

Il pinça tendrement ses grandes lèvres, écarta les petites avec ses pouces, l'ouvrant toute grande, tout en massant délicatement ses chairs sensibles. Qui eut cru que d'aussi grandes mains pouvaient être aussi tendres et aussi sensibles dans leur manipulation ? Et lorsqu'il glissa sa langue en elle – si profondément que Rey eu l'impression qu'il la remplissait tout à fait – la frontière entre sa bouche et ses lèvres sembla se dissoudre dans un abyme de moiteur et de salive.

- J'ai besoin que tu me guides, Rey. J'ai besoin que tu me dises ce qui te fait du bien.

Tandis que la chaleur montait au fond de son ventre comme du lait oublié sur le feu, Rey ressentait de plus en plus le besoin d'être emplie. Besoin accentué par les contractions de sa matrice, qui cherchait à capturer un membre fantôme, mais se refermait inexorablement sur le vide.

Cependant, avant qu'elle n'ait formulé la moindre demande, elle sentit quelque chose s'enfoncer entre ses lèvres humides. C'était trop dur pour être sa langue et trop fin pour un pénis. Elle exhala un grognement bestial, lorsque Ben crocheta brusquement son doigt à l'intérieur de son ventre. Son cul décolla du lit, comme piqué par une aiguille. Et ses hanches se cambrèrent.

- Chhh… souffla Ben contre sa chair trempée, avant de faire rouler la pointe de sa langue sur la minuscule lentille qui surplombait sa fente.

Rey se cabra comme un jeune poulain agacé par des mouches. C'était comme si une colonie de fourmis galopait sur son corps, piétinait ses nerfs et incendiait ses sens.

La jeune femme était à peu près certaine que ce qu'il lui faisait était interdit dans plusieurs contrées. La tête entre ses cuisses, deux doigts enfoncés jusqu'à la troisième phalange dans sa chatte et sa bouche torturant son bouton de nerfs… La loi interdisait forcément une telle débauche de plaisir. Elle en aurait oublié jusqu'à son prénom !

Kylo n'avait pas senti le goût d'une femme sur sa langue depuis des lustres, et celui de Rey était particulièrement savoureux.

- Si serrée… murmura-t-il dans un souffle, alors qu'il la pénétrait d'un troisième doigt. Tu es tellement étroite. J'ai l'impression que… même si j'arrivais à m'insérer en toi… Je resterai pris au piège, comme un lapin dans un collet…

Rey poussa un couinement.

- Tu aimerais ça, rétorqua Ben avec un feulement provocateur. M'avoir en toi pour toujours. Me garder piégé à l'intérieur de ton étroite petite chatte…

Plus il était grossier et plus elle était excitée.

- Nous serions inséparables, poursuivait-il, comme des jumeaux siamois. En permanence emboité l'un dans l'autre. Tu m'imagines donner audience à mes vassaux, avec toi sur mes genoux et ma bite dans ton con ?...

Elle ne put s'empêcher de rire en imaginant la scène.

- Tu serais ma prison. Mon purgatoire. Ma… délivrance.

Ce fut comme une explosion. Peut-être pas comparable à celle qui avait détruit le mur. Mais suffisante pour que Rey se crut sur le point de rompre le dernier fil de sa raison, avant de s'effondrer sur le lit.

Elle reposait entre les draps qu'elle avait réduits à de simples chiffons, à force de s'y agripper. Sa conscience embrumée prenant à peine en compte la présence de Ben, alors que ce dernier avait relâché son emprise. Il se redressa entre ses jambes. Puis il s'écarta du lit pour aller prendre une éponge et la plonger dans une bassine d'eau froide, pour s'essuyer le visage.

Comme il lui tournait le dos, Rey put contempler les quelques cicatrices qui constellaient sa peau. Elle se demanda combien de blessures Ben avait reçu au cours de sa vie et s'il était possible d'en faire l'inventaire…

Lorsqu'il se retourna vers elle, Rey détourna machinalement le regard. Elle l'entendit se rapprocher. Du coin de l'œil, elle le vit ramasser sa chemise au sol et la remettre sur ses épaules. Elle en fut déçue. Elle-même se réinstalla dans le lit pour être plus à l'aise. Ben vint la rejoindre en silence, pour s'étendre à côté d'elle. Il passa un bras autour de sa taille et l'attira contre lui. Comme le soir précédent. Sauf que cette fois-ci, Ben n'avait pas pris le temps de se décharger. Rey le comprit immédiatement à la sensation de sa trique pressée contre sa cuisse.

Sans se poser de question, elle glissa sa main entre eux et commença à défaire le laçage de son pantalon.

- Laisse ça… grogna Ben contre ses cheveux.

Rey avait déjà passé sa main sous le tissu épais. Elle pouvait sentir une tache humide et collante sur la doublure et, entre la laine rêche et la douceur de la peau du ventre, la dureté de son membre.

Elle réalisa qu'il ne se vantait pas lorsqu'il disait qu'il pourrait rester coincé en elle. Sa verge était si épaisse que Rey pouvait à peine joindre ses doigts autour. Force, il pourrait l'éventrer avec une chose pareille !...

- Rey… gronda encore Ben dans un soupir.

Mais difficile de dire si c'était d'agacement ou de désir.

Comme il n'esquissa aucun geste pour la repousser, la jeune femme prit parti pour la deuxième option. Elle resserra doucement ses doigts autour de la colonne, caressant de haut en bas et de bas en haut.

Ils étaient étroitement enlacés l'un contre l'autre. Rey avait le visage collé contre la poitrine de Ben. Elle ne pouvait pas voir son visage, mais elle pouvait entendre ses soupirs et grognements. Elle sentait son cœur battre contre sa joue et son sang palpiter dans sa main. Tandis qu'il remuait le bassin - doucement au début, puis de plus en plus rapide - pour guider son rythme. Elle ressentait un plaisir sauvage, presque impérieux, à tenir ainsi la vitalité de Kylo Ren, à pouvoir réduire l'impétueux guerrier à une créature gémissante et tremblante, à la seule force de son poignet. Du pouce, elle taquina la fente du gland, étalant le liquide épais qui s'en écoulait par intermittence.

Ben grondait comme un loup affamé. Et par bien des égards, Rey se faisait l'effet d'être un lapin entre ses pattes. Pourtant, nulle peur ne venait troubler son cœur. Peut-être était-ce le fait de le tenir si intimement, d'avoir le parfum opiacé de son sexe et de sa sueur entremêlés qui lui emplissait les narines.

Soudain, le corps entier de Ben se raidit, puis trembla. Rey sentit des jets chauds lui poisser les doigts. Elle le garda en main jusqu'à ce qu'il se radoucisse complètement. Puis elle libéra sa main du pantalon royal et se leva du lit pour aller se rincer à la bassine. Regardant distraitement par la fenêtre, elle vit que le soir tombait. Dans deux jours, l'armée reprendrait sa marche forcée à travers le pays pour prendre d'autres forteresses et soumettre d'autres seigneurs renégats.

Elle aurait voulu que le temps s'arrête, que le soleil demeure ainsi suspendu à l'horizon entre ciel et terre, entre jour et nuit, entre lumière et obscurité. Et que Ben et elle ne quittent jamais cette chambre.

Après avoir retiré sa tunique et défait ses chignons pour la nuit, elle se glissa en chemise dans le lit, près de Ben. Les yeux fermés, la respiration profonde, ce dernier semblait presque endormi. Cependant, il tendit son bras pour que sa compagne puisse à nouveau se blottir contre lui.


Il faisait nuit noire, quand une Gardienne vint la chercher dans sa chambre. D'une voix calme, elle lui dit de se lever et de passer ses souliers. Elle lui jeta une couverture sur les épaules et la prit par la main pour la guider hors de la chambre. C'était une femme très grande. Rey lui arrivait à peine aux genoux et elle devait tendre très haut le bras au-dessus de sa tête pour garder sa main dans la sienne. Elle avait de longs doigts, fins et froids, qui s'enroulaient autour de son poignet comme des cordes.

Elle la fit marcher à travers les couloirs du Temple, jusqu'à ce qu'elles arrivent dans le cloître. Le carré d'herbes fraichement taillé baignait dans la lumière de la pleine lune. On ne la réveillait jamais si tôt d'habitude. Il avait dû se passer quelque chose de très important.

Est-ce que Mère était venue la chercher ? Est-ce qu'elle repartait avec elle pour de bon cette fois ? Aurait-elle le temps de faire ses adieux à oncle Luke ?

Elles interrompirent leur marche sous une alcôve. Debout au milieu du passage, deux hautes silhouettes les attendaient. Deux hommes visiblement. Leurs visages étaient cachés sous de grands capuchons. Mais Rey avait la certitude qu'ils la dévisageaient tous les deux avec intensité.

Elle sentit la peur monter. Luke n'était pas là. Et Mère non plus. Qui était ces hommes ? Que lui voulaient-ils ?

L'un d'eux s'approcha et s'agenouilla devant elle, pour être à sa hauteur. Il abaissa son capuchon pour que Rey puisse le voir.

Au moment où son regard croisa le sien, Rey se sentit étrangement rassurée. Elle n'aurait su l'expliquer. Elle était certaine de voir cet homme pour la première fois. Mais quelque chose chez lui, lui inspira confiance.

Elle crut entendre sa voix, alors que ses lèvres ne remuaient pas. Il lui disait quelque chose. Quelque chose de très important. Mais Rey ne parvenait pas à comprendre. Elle était trop petite. Tout ça. Toutes ses histoires. Ces murmures dans les couloirs, à l'abri des regards et des oreilles, c'était pour les grands. ça ne la concernait pas. C'était ce qu'on lui avait toujours répété.

Mais cette nuit, dans cette alcôve, cet homme lui avait confiée un secret très important. Si important et si secret, qu'il avait utilisé les vibrations de la Force pour le lui transmettre.

Si seulement elle pouvait s'en rappeler. Tout deviendrait plus clair. Enfin.


Rey se réveilla peu avant le chant du coq. Elle s'était roulée en boule au bord du lit, emmitouflée dans les draps comme un bébé dans ses langes. A l'autre bout, Ben dormait toujours profondément. Les ailes de son nez se dilataient lentement et sa poitrine se soulevait et s'affaissait sous sa chemise, au rythme de sa respiration.

Elle se glissa précautionneusement hors de la couche et rassembla ses affaires pour s'habiller. Puis elle quitta la chambre à pas de loup, pour aller au garde-manger qui avait été stocké dans une tour au rez-de-chaussée. Un garde était posté à l'entrée pour veiller à ce que des resquilleurs ne viennent pas impunément piller les réserves de l'armée. Mais dès qu'il reconnut Rey, il la laissa entrer et se servir en pain, en fromage et en fruits sans broncher.

La jeune femme repartit vers l'étage noble, les bras chargés. Alors qu'elle passait devant l'entrée des écuries, il lui sembla entendre des voix familières.

- Qu'est-ce que tu en penses ? Franchement.

- Franchement ? Que ça fait un moment que le chef s'est pas offert de petit plaisir. Et que si cette fille l'aide à se distraire un peu, je vois pas où est le problème…

Instinctivement, Rey tendit l'oreille pour entendre la suite.

- Le problème, c'est qu'il est beaucoup plus souple quand elle est avec lui…

- Et c'est ça qui te gêne ?! Moi ça me donnerait plutôt une raison supplémentaire de vouloir qu'il la garde.

Un grognement dédaigneux suivit cette remarque.

- Si elle se met en tête de nous commander ? Pire, s'il décidait d'en faire sa légitime ?...

- C'est qu'une gamine. Une souris qu'il a ramassée dans un champ. Quand il en aura assez de jouer avec elle, il la renverra d'où elle vient.

Rey sentit une bile amère lui remonter de l'estomac le long de l'œsophage. Ses mains se mirent à trembler et elle manqua de peu lâcher ses victuailles.

- Je sais pas… C'est pas comme d'habitude… Avant, il s'attachait pas… Une fois qu'il avait obtenu ce qu'il voulait, il passait à autre chose… et puis baste…

- Il va bientôt devoir se marier. Il veut peut-être expérimenter la vie en couple avant de se passer la corde au cou. Tu réfléchis trop Naïs. Ren est trop prudent pour se faire avoir par une paire de jolis yeux.

- C'est pas ses yeux qui l'intéressent le plus…

Rey entendit des pas se rapprocher de sa cachette. Par réflexe, elle se plaqua contre le mur, juste au moment où Naïs et Solak sortaient des écuries pour traverser la cour. Par chance, les deux chevaliers ne la repérèrent pas. Tandis qu'ils s'éloignaient, Rey serra si fort ses provisions contre elle, qu'elle se retrouva avec du fromage blanc et de la figue écrasée sur sa tunique. Déjà que ses vêtements ne payaient pas de mine en ce moment…


Kylo se réveilla seul dans la chambre. Rey s'était volatilisée, tout comme ses vêtements. Le Roi supposa que sa compagne était allée s'entraîner dans la cour, ou qu'elle vaquait à une tâche quelconque. Bien qu'il trouvât vexant qu'elle ait pu avoir d'autre priorité que de rester près de lui jusqu'à son réveil. Mais il chassa rapidement cette pensée de son esprit en la trouvant stupide.

Lui-même décida qu'il avait assez paressé pour la journée. Il devait impérativement tenir ses troupes prêtes à quitter le château demain matin et il avait encore des instructions à donner au nouvel Intendant avant son départ.

Après une toilette rapide, il passa rapidement sa tunique et cuirasse, avant de rejoindre la grande salle. A sa surprise, Imaze, Phasma et Daeron s'y trouvaient déjà et l'attendaient visiblement.

- Des messages sont arrivés au pigeonnier(1), déclara Daeron en guise de salutation.

Imaze lui en donna la transcription. Ses messages étaient adressés visiblement à feu Lord Tulak et signé de Lady Penza. Cette dernière faisait état du siège de sa propre forteresse par Lord Frak et ses troupes. Elle demandait des nouvelles de Tulak et combien de temps pensait-il pouvoir tenir face au « Bâtard ».

- Savez-vous si nous avons des pigeons susceptibles d'envoyer une réponse à la forteresse de Penza ? demanda Kylo Ren tout en froissant le morceau de papier entre ses doigts.

- Il faut interroger le responsable du pigeonnier, déclara Phasma. Mais vu que la Dame s'attend visiblement à une réponse, on peut subodorer qu'ils en ont en leur possession.

- Bien. Alors envoyez-lui cette réponse : « Le Bâtard a été mis en déroute et est reparti la queue entre les jambes jusqu'à Korriban. Nous arriverons sous peu avec des secours pour balayer ce traître de Frak et tous ses larbins. »

Phasma acquiesça et quitta la salle.

- Combien avons-nous d'équipement aux emblèmes de la Maison Tulak ? demanda Ren.

- Au dernier comptage : deux cents écus, quatre bannières et quelques pièces d'armureries ici ou là…

- Bien distribuez-les à nos troupes.

Daeron prit acte des instructions de son Roi et quitta à son tour la salle.

Demeuré seul avec Imaze, Kylo Ren passa le reste de la journée à rédiger et transmettre des ordres. Il ne croisa pas Rey. Daeron lui affirma plus tard qu'il l'avait vue s'entrainer près des écuries.

Mais à sa grande déconvenue, lorsque le soir finit par tomber et qu'il l'envoya chercher, Rey lui fit parvenir la réponse que le travail de la journée l'avait épuisée et qu'elle n'était pas en état de le servir.


1. Petit cour rapide sur les pigeons voyageurs : Le routage des pigeons voyageurs n'est pas aussi flexible qu'on pourrait le croire : un pigeon ne sait faire qu'une chose, retourner vers son pigeonnier. On garde donc dans chaque pigeonnier des pigeons appartenant à un autre pigeonnier, pour pouvoir envoyer des réponses éventuelles ou des accusés de réception mais pas trop longtemps non plus, car il ne faut pas que ce pigeon finisse par considérer ce nouveau pigeonnier comme le sien.

En résumé, pour pouvoir correspondre de château en château, chaque seigneur doit avoir dans son pigeonnier des volatiles originaires du pigeonnier de son voisin. En principe, la personne qui gère le pigeonnier doit être capable de dire quel oiseau vient de tel château et lequel peut être utilisé pour envoyer des messages.