Voilà la suite. Amusez-vous bien pendant le confinement ;) Je fais partie des irréductibles qui continuent le travail. Pour info, j'ai rarement autant ri de mes conneries, que lorsque j'ai écrit ce chapitre. J'espère que vous aurez quelques sourires ...
(...)
Fang admira quelques instants l'énorme et calorique lapin en chocolat qui ornait la vitrine d'un pâtissier. Elle en aurait volontiers croqué une oreille ou deux. Se détournant de la tentation sucrée, la brune ajusta sa capuche pour couvrir la totalité de ses cheveux avant de poursuivre son chemin vers le centre commercial de Nautilus.
Une fine pluie mouillait lentement mais surement ses vêtements, lui faisant accélérer le pas. L'anniversaire de Vanille aurait lieu dans quelques jours, et elle était à la recherche du cadeau parfait pour son amie.
Les portes automatiques s'ouvrirent pour la laisser passer, et Fang s'engouffra à l'intérieur du bâtiment, qui abritait des dizaines de magasins de toutes sortes. La galerie marchande avait été décorée de gros œufs colorés, suspendus au plafond, et Fang avisa un groupe de jeunes garçons tenter de sauter suffisamment haut pour en toucher un. Elle les observa un court instant avant de se recentrer sur son objectif.
Vanille était une personne aux goûts de luxe, vouant un véritable culte à la mode et aux chaussures -dont elle possédait suffisamment de paires pour tenir jusqu'à la fin de sa vie-. Lui faire plaisir n'était honnêtement pas difficile, puisqu'un rien semblait l'émerveiller. Mais Fang avait envie de quelque chose de spécial cette année.
La brune ne s'arrêta donc pas devant les boutiques de vêtements classique. Elle ne daigna pas non plus entrer dans l'un des magasins de cométique, estimant que son amie avait également de quoi faire à ce niveau-là.
Elle poursuivit son chemin, passant devant des stands de nourriture et de bijoux devant lesquels se pressaient de nombreuses personnes.
Arrivée presque au fond du centre commercial, elle finit par jeter son dévolu sur un magasin à la devanture soigneusement décorée et qui transpirait l'argent. Satisfaite, elle entra.
Du coin de l'œil, elle vit le vendeur l'observer brièvement par-dessus la caisse.
Elle jeta regarda rapidement les nombreuses tenues suspendues à des cintres en bois, mais sans s'y attarder. Elle toucha du bout des doigts l'étoffe douce d'une écharpe, puis parcouru des yeux l'étalage de sacs.
Il n'y avait pas suffisamment de gens dans la boutique pour occuper le propriétaire, dont le regard soupçonneux revenait régulièrement sur Fang. Apparemment, voir une adolescente aussi proche de ces pièces onéreuses ne lui plaisait pas. Quoi, il avait peur qu'elle les abîme ou quoi ?
Agacée par ce surplus d'attention, elle lui tourna résolument le dos, se dirigeant du côté des parfums, qu'elle étudia attentivement.
Un parfum. Oui c'était une bonne idée, réfléchit-elle.
Les bouteilles étaient soigneusement alignées, et finement sculptées. Fang tendit la main pour en saisir une au hasard, qu'elle vaporisa sur une petite bandelette à cet effet. Une odeur florale entêtante lui parvint et elle grimaça. Hors de question que Vanille porte ça. Non, elle cherchait quelque chose de plus raffiné, et de plus discret, qui lui permettrait en tout cas de dormir chez son amie sans avoir l'impression d'être allongée dans un champ de fleurs. Elle reposa le flacon, et s'empara du suivant.
Elle testa ainsi une dizaine de parfums, notant mentalement ceux qui lui plaisaient et embaumant la boutique d'un mélange d'odeurs désagréable. Après quelques minutes, ses narines demandèrent grâce, et elle eut l'impression de ne plus rien pouvoir sentir.
Fang soupira, et se frotta le nez pour tenter d'en chasser les senteurs. Elle commençait à en avoir marre. Elle retourna en arrière, vers les parfums qu'elle avait sélectionnés, et hésita un instant. Son nez n'étant plus d'aucune utilité pour l'aider à choisir, elle compara les flacons, se demandant celui qui plairait le plus à la rouquine.
La reine du lycée finit par jeter son dévolu sur le « FF n°13 ». Elle s'empara d'un petit coffret sur l'étalage qui contenait le précieux flacon et admira la boîte bleue aux reflets d'argent.
Plutôt heureuse de sa trouvaille, elle allait se diriger vers la caisse et l'énervant vendeur, lorsqu'elle aperçut à quelques mètres d'elle, deux personnes parfaitement reconnaissables.
Zack et Yuffie étaient tous les deux penchés en avant vers quelque chose, et discutaient à voix basse. Intriguée, elle s'approcha discrètement d'eux, et finit par se pencher à son tour vers l'objet du complot.
-Qu'est ce qui se passe ? demanda-t-elle.
Yuffie sursauta violemment, tentant de cacher la paire de gants qu'elle tenait dans son dos.
-R-Rien ! rougit-elle.
Elle leva les yeux vers sa nouvelle interlocutrice et reconnut Fang. Un sourire soulagé s'étala sur son visage.
-Ah c'est toi ! Tu m'as fait peur ! soupira-t-elle.
Fang haussa les sourcils, et jeta un œil dans le dos de Yuffie, où les gants se trouvaient toujours.
-On peut savoir ce que tu fabriques ? demanda-t-elle.
La jeune femme jeta un œil autour d'elle pour s'assurer qu'il n'y avait personne, et Fang remarqua qu'ils étaient plus ou moins caché par un rayonnage, ce qui empêchait le propriétaire de les regarder. Enfin, du moins elles, car Zack dépassait d'une tête l'étalage en question.
Yuffie présenta la paire de gants à son amie. C'était des mitaines tout à fait banales. Sérieusement, qui portait des mitaines ? La reine du lycée croisa les bras. Elle ne voyait toujours pas de quoi il s'agissait.
-Mais encore ? interrogea-t-elle donc.
-C'est les gants les plus doux et les plus moelleux que j'ai vu de ma vie, s'extasia Yuffie. Mais, ils coutent un bras ! déplora-t-elle.
-Ce qui est con, plaisanta Fang, amusée.
Yuffie approuva d'un signe de tête, sans sembler comprendre la blague. Elle pointa ensuite du doigt l'antivol qui liait la paire.
-Du coup on regardait comment faire pour enlever ça, chuchota la lycéenne.
La mâchoire de Fang manqua de se décrocher. Yuffie ? Voler ? Alors ça c'était inattendu.
-T'es sérieuse ? murmura-t-elle. Tu vas vraiment tenter de voler … Une paire de gants ?
Zack, qui était jusque-là resté silencieux, préférant surveiller les alentours, glissa un bras autour des épaules de ses deux amies, et lança un regard joueur à la reine du lycée.
-Aller, ne me fait pas croire que tu as jamais piqué des bonbons dans un magasin …
Fang lui jeta un regard surpris.
-Tu rigoles ou quoi ? Si ma mère me chopait à faire un truc du genre, j'aurais droit à un aller simple pour le couvent, souffla la brune.
Elle désigna ensuite l'étiquette qui dépassait de l'antivol.
-Et on ne parle pas de bonbons là, continua-t-elle, ce truc vaut une fortune.
Yuffie lui lança un clin d'œil.
-Je croyais que tu avais le goût du risque ? la défia-t-elle.
La brune agita sa main libre devant elle.
-Mais pas le goût de la mort ! marmonna-t-elle. Sans rire, si je me fais choper pour ça, elle m'assassine de ses propres mains.
La remarque fit rire ses deux camarades. Ca n'avait cependant rien d'amusant, c'était la pure vérité ! Si son avocate de mère apprenait qu'elle, sa fille, à qui l'argent de poche mensuel permettait très largement de couvrir toutes ses dépenses superflues, avait volé dans un magasin … Elle ne donnait pas cher de sa peau.
Fang considéra l'information un instant. Oui, jamais rien de ce qu'elle avait pu faire jusqu'à maintenant ne déclencherait une colère comme celle à laquelle elle risquait de s'exposer. Mais n'était-ce pas là une manière parfaite de la provoquer ?
La brune baissa les yeux sur le coffret de parfum qu'elle tenait entre ses mains. Entre son éthique personnelle et l'envie de défier sa génitrice, le choix était assez vite fait.
Inconscients de son débat intérieur, Yuffie et Zack tentaient toujours d'enlever l'antivol sur la paire de gants. La chance sembla leur sourire en partie, car l'objet finit par se détacher, laissant cependant un beau trou sur le tissu.
-Mince, grommela Yuffie.
Elle contempla son futur larcin un instant, et haussa les épaules, jugeant probablement que ce n'était pas si grave. La lycéenne glissa ensuite la paire de gants dans la poche de son blouson, et adressa un sourire complice à ses camarades.
Fang l'observa faire, puis son regard se fixa une seconde fois sur le coffret qu'elle avait dans les mains. Ça ne rentrerait jamais dans sa poche …
-Dit, demanda-t-elle à Yuffie, il y a un antivol là-dessus ?
Zack lui tapota l'épaule d'un air satisfait, tandis que la petite brune observait la boite.
-Non, affirma-t-elle.
Fang fronça les sourcils et jeta un œil autour d'elle. Avisant le sac à dos de Zack posé à ses pieds, elle s'en empara. Elle fit glisser la fermeture éclair sur le côté, et inséra son cadeau à l'intérieur. Elle mit ensuite le sac sur ses épaules et en resserra les bretelles.
-Et maintenant ? murmura-t-elle.
Visiblement habitués à ce genre de manœuvres, ses amis se penchèrent à nouveau en avant.
-Maintenant, Zack va aller distraire le vendeur. Exposa Yuffie. Pendant ce temps, toi et moi, on sort discrètement et naturellement du magasin, et on taille la route jusqu'à la sortie.
Fang se sentait comme Pablo Escobar. Elle serra les doigts autour des bretelles de son sac à dos d'emprunt, hésitant encore une seconde. Mais il était trop tard pour reculer désormais. Mieux valait ne pas trop réfléchir aux conséquences.
-Prêtes ? leur demanda Zack.
-Oui ! répondit Yuffie, alors que Fang se contentait d'hocher la tête.
Le jeune homme leur ébouriffa gentiment les cheveux, comme pour leur donner du courage, et les laissa pour se diriger vers la caisse. Les deux jeunes femmes patientèrent encore quelques secondes derrière le rayonnage. La voix de Zack demandant des conseils au vendeur résonna finalement, leur donnant le signal du départ.
Elles se dirigèrent calmement et innocemment vers la sortie, pendant que Yuffie continuait :
-S'il y a un problème, ne t'inquiète pas, je te préviendrais en disant « porc-épic ». Ce sera notre safe-word.
Fang se passa une main sur le visage pour masquer son rire. Elle ne savait pas ce qui l'amusait le plus : que le terme « safe-word » soit associé au masochisme, ou que leur safe-word soit « porc-épic » ?
En arrivant à la sortie du magasin, la brune sentit son cœur battre violemment dans sa poitrine. Même si elle ne l'avouerait jamais, elle était extrêmement stressée. Elle se retint de regarder en direction du propriétaire, jugeant que cela paraitrait suspect. Sentant la moiteur de ses mains, elle décida de serrer les poings.
Yuffie passa la première, sans encombres, ce qui soulagea légèrement la reine du lycée qui se décida à lui emboîter le pas.
A peine avait-elle posé un pied à l'extérieur de la boutique, que la sirène hurlante du magasin retentissait, provoquant une brusque montée d'adrénaline chez la jeune femme. A quelques mètres d'elle, Yuffie sursauta violemment, avant de se mettre à beugler :
-PORC-EPIC ! PORC-EPIC !
La brune jeta un œil par-dessus son épaule, et vit que tous les regards dans le magasin étaient tournés vers elles. Un début de panique la traversa.
-On fait quoi maintenant ?! cria-t-elle à son amie.
Yuffie jeta des regards aux alentours, et avisa sur sa droite un vigil du centre commercial dont la scène avait attiré l'attention. Derrières elles, le vendeur les hélait :
-Mesdemoiselles s'il vous plait ! disait-il en se dirigeant vers elles.
-COURS ! brailla Yuffie.
Sans réfléchir, Fang s'élança derrière la brune qui était partie comme une flèche dans la direction opposée au vigil.
-C'EST CA TON PLAN, T'ES SERIEUSE ?! Meugla Fang.
Elles évitèrent de justesse un gang de poussettes qui était plantée en plein milieu de leur chemin, et poursuivirent leur course effrénée.
-T'as une autre idée ? haleta Yuffie, dont le sport n'était visiblement pas le point fort.
-ARRETEZ-VOUS ! criait une voix derrière elles.
-ARRETEZ-LES ! renchérissait la voix du propriétaire.
Loin d'obéir, les deux lycéennes accélérèrent encore l'allure
-Je croyais qu'il n'y avait pas d'antivol ! s'égosilla Fang.
Yuffie failli rentrer dans un enfant, et parvint miraculeusement à ne pas lui shooter dedans.
-J'ai dû me tromper ! tenta-t-elle de se justifier.
-SANS BLAGUE !
A court de souffle les deux jeunes femmes se turent, et Yuffie bifurqua brusquement vers la gauche. Fang la suivit, et en profita pour jeter un œil par-dessus son épaule. Son sang se glaça lorsqu'elle vit qu'elles n'étaient plus poursuivies par un, mais deux vigils. Rattrapant Yuffie, elle tenta de réfléchir à une meilleure solution que courir dans tous le sens. Surtout que …
-MAIS C'EST PAS DU TOUT PAR LA, LA SORTIE ! hurla-t-elle à son amie.
Yuffie jeta un rapide regard alentour, et ralentit légèrement.
-Vraiment ? J'ai un très mauvais sens de l'orientation ! Pourquoi c'est moi devant ?!
Les yeux écarquillés, Fang lui jeta un regard choqué.
-Je te déteste. Affirma-t-elle.
-ELLES SONT LA ! aboya l'un de leurs poursuivants.
Voyant que Yuffie ne gérait pas du tout la situation et qu'elle semblait proche de l'asphyxie, Fang décida de prendre les choses en main. De toute façon ça pouvait difficilement être pire.
-On se sépare ! décida-t-elle.
Sans attendre de voir si Yuffie avait entendu ou compris, elle s'engagea dans un couloir entre deux magasins et se remit à courir. Il fallait juste qu'elle arrive à la sortie.
(…)
Claire sirota tranquillement son smoothie pomme-framboise en observant les décorations installées pour Pâques dans les différentes vitrines. Elle venait de quitter Hope avec qui elle avait passé l'après-midi, et était désormais en chemin pour rentrer chez elle. Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle aurait choisi un autre endroit que le centre commercial bondé de Nautilus pour se retrouver. Mais son ami s'était montré très insistant, la suppliant d'aller goûter les nouvelles recettes de son glacier favori.
Claire avait cédé, et elle devait bien avouer que les glaces étaient effectivement très bonnes. Sans parler de ce smoothie qui était une véritable tuerie.
La jeune femme en était là dans ses pensées lorsque des cris sur sa droite attirèrent son attention.
Elle n'eut même pas le temps de se tourner dans la direction du bruit qu'on lui rentrait dedans avec une violence aussi inattendue que douloureuse.
Sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait, Lightning se retrouva au sol avec son agresseur. Son smoothie encore à moitié plein, vola dans les airs et s'écrasa sur une devanture, éclaboussant au passage une dame qui se trouvait devant.
Voyant la fin de son goûter gâché, Lightning adressa un regard furieux à la personne qui lui était tombée dessus, avant de reconnaitre Fang.
-Yun ?! S'exclama-t-elle.
La reine du lycée, que l'apparition divine de Claire n'aidait pas du tout, se releva d'un bond.
-COURS ! Lui gueula-t-elle en reprenant sa course.
Abasourdie, Lightning la vit sauter par-dessus un banc et s'enfuir.
-Attends ! Lui cria-t-elle.
Elle se leva précipitamment et partit à sa poursuite. Si Fang pensait s'en sortit comme ça ! Elle lui devait un smoothie !
Claire ne mit pas bien longtemps à rattraper la jeune femme. Celle-ci semblait à bout de souffle et de toute façon elle avait toujours été bien meilleure qu'elle en sport.
-On peut savoir pourquoi tu cours comme ça ? lui demanda-t-elle en voyant que la brune ne ralentissait pas du tout.
-Quoi ? s'essouffla Fang, tu n'as pas remarqué qu'on était poursuivies ?
Lightning, qui avait été focalisée sur la reine du lycée, remarqua enfin que les « Arrêtez-vous ! » qu'elle entendant était adressées à elles. Ou plutôt à Fang. Et ça venait des vigils du centre commercial.
-C'est pas vrai, mais qu'est-ce que tu as fait encore ? se lamenta-t-elle.
-Je … T'expliquerai … Plus tard ! grimaça Fang.
Lightning se rendit soudain compte que courir à côté de quelqu'un qui était poursuivi était sans doute la meilleure façon pour devenir une cible à son tour. Son instinct de survie prenant le dessus sur la raison, elle continua à fuir. Mais jusqu'où ?
Malheureusement pour les deux jeunes femmes, la course poursuite prit fin quelques mètres plus loin. Alors que la sortie était enfin en vue, et qu'elles se précipitaient vers elle, Claire fut stoppée dans son élan par le bras puissant de l'un des surveillants d'une boutique proche, que les cris de ses collègues avaient poussé à la solidarité. Le souffle coupé par l'impact, Lightning poussa un petit gémissement de douleur.
Voyant sa camarade arrêtée, Fang eu une seconde de confusion pendant laquelle elle hésita entre continuer à s'enfuir ou aller aider la blonde. Cette seconde lui fut fatale. Leur poursuivant en profita pour la rattraper et la saisir par le bras.
C'était terminé.
Fang se plia en deux pour reprendre son souffle.
-De toute façon j'en pouvais plus, grogna-t-elle pour elle-même entre deux respirations.
Elle espérait juste que Zack et Yuffie avaient réussi à s'en tirer. Fang releva les yeux vers Claire, que le deuxième vigil secouait sans ménagement par le bras. Une pointe de culpabilité se ficha dans sa poitrine. La blonde avait vraiment la poisse pour se retrouver mêlée à tout ça. Et elle devait bien admettre que c'était potentiellement entièrement sa faute.
(…)
Les vigils les avaient laissées reprendre leur souffle quelques minutes, avant de les ramener devant le magasin depuis lequel Fang avait commencé sa folle course poursuite quelques minutes auparavant. Les protestations de Lightning, qui avait longuement rappelé qu'elle n'avait rien à voir avec cette histoire n'avait pas ému les deux gaillards.
Une fois arrivés devant la boutique, L'un d'entre eux demanda à Fang d'ouvrir son sac. La brune obtempéra avec mauvaise grâce, dévoilant le coffret de parfum qu'elle avait tenté de kidnapper un peu plus tôt. Le vendeur du magasin ne tarda pas à rappliquer, avançant à grands pas furieux. Il toisa les deux jeunes femmes comme s'il avait à faire à une bande organisée de criminels, et arracha le parfum des mains du vigil pour le récupérer.
Il se tourna ensuite vers Fang, le visage déformé par la colère, et la désigna violemment du doigt.
-VOUS ! Mugit-il, JE NE VEUX PLUS JAMAIS VOUS VOIR DANS MON MAGASIN ! VOUS ETES BANIE !
Le vendeur s'adressa ensuite à Claire, en pointant son index rageur dans sa direction.
-Et VOUS !
Il se tut une seconde, observant un instant le visage inconnu de Claire
-JE NE SAIS PAS QUI VOUS ETES.
Et sur ces faits, il fit demi-tour et retourna à l'intérieur de son magasin.
L'un des vigils secoua la tête.
-Bon, asseyez-vous là, dit-il en désignant un banc.
Les deux jeunes femmes obtempérèrent, pendant que leurs gardiens échangeaient à voix basse.
-Tu voles du parfum ? grogna Claire entre ses dents. T'es sérieuse ?
Fang enfonça ses mains dans ses poches avec énervement.
-Ok, ce n'était peut-être pas la meilleure idée du monde, répondit-elle.
Claire se frappa le front du plat de la main.
-T'es vraiment pas fréquentable, maugréa la blonde.
-Oui ben ça va, pas la peine d'en faire tout un flan, grommela Fang.
Lightning enfouit son visage dans ses mains et se frotta les yeux. Elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Objectivement son seul tort avait été de courir après Fang. Elle n'avait rien fait de mal …
-Il va se passer quoi maintenant ? demanda-t-elle.
Fang haussa les épaules, s'enfonçant encore plus dans le banc.
-Aucune idée, avoua-t-elle.
Justement, comme pour répondre à leurs interrogations, les deux vigils se tournèrent à nouveau vers elles.
-Bon, et bien on va devoir appeler vos parents, expliqua l'un d'entre eux.
Le poids de cette révélation sembla s'abattre sur Claire comme une chape de plomb.
-Mais ... commença-t-elle.
-Attendez, l'interrompit Fang. Elle n'y est pour rien ! Elle n'était même pas là. Vous avez bien vu que même le vendeur ne l'a pas reconnue !
Lightning ouvrit des yeux ronds et lança un regard étonné à la reine du lycée. Depuis quand la défendait-elle ?
Le plus grand de leurs interlocuteurs croisa les bras, et observa attentivement la blonde.
-Si c'est vrai, pourquoi tu t'enfuyais ? demanda-t-il.
Lightning se passa une main sur la nuque, sentant que son histoire n'allait pas être crédible.
-Je ne m'enfuyais pas, je lui courrais après, marmonna-t-elle.
Le vigil haussa un sourcil.
-Elle avait renversé mon smoothie, continua la blonde.
Le vigil regarda Claire, puis son collègue, puis Fang, puis à nouveau son collègue.
-Désolé, mais je n'y crois pas. Donnez-nous le numéro de vos parents s'il vous plait.
Fang soupira longuement, mais finit par tendre son téléphone à son geôlier. A ses côtés, Claire fit de même. L'un d'entre eux s'éloigna avec les portables, et ne tarda pas à engager la discussion avec l'un des parents concernés. De longues minutes s'écoulèrent, pendant lesquelles Claire préparait son plaidoyer pour ses parents, et Fang ... et bien semblait se désintéresser complètement de la situation. Le mutisme dans lequel semblait s'être enfermée la brune commençait à l'agacer, mais Lightning mit ça sur le compte de l'inquiétude.
L'homme finit par revenir vers elles, et leur rendit leurs téléphones.
-Bon, commença-t-il. Je n'ai pas réussi à joindre tes parents, indiqua-t-il à Claire.
Celle-ci sentit une vague de soulagement temporaire la traverser.
-En revanche toi, dit-il à Fang, ta mère en en chemin.
Lightning coula un regard navré vers sa camarade s'attendant à la voir paniquer un minimum. Mais le visage de Fang était loin d'exprimer l'inquiétude à laquelle elle s'attendait. Elle crut même percevoir … de la satisfaction ? Claire se passa une main dans les cheveux avec incompréhension.
(…)
Il ne fallut même pas un quart d'heure pour que la mère de Fang ne les rejoigne.
Vêtue d'un tailleur noir qui valait sans doute deux fois le salaire mensuel des deux vigils, elle était chaussée d'escarpins au talon si fin que Claire se demanda comme il était possible de marcher avec ce genre de chaussures sans se péter une cheville.
Les cheveux bruns légèrement ébouriffés par le vent et la pluie, le regard furibond, la ressemblance avec Fang était saisissante.
Sans même adresser un regard aux deux jeunes femmes toujours assise sur leur banc, l'avocate s'entretint quelques instants avec les vigils, impressionnés, avant de se diriger à grand pas vers l'intérieur du magasin dans lequel avait eu lieu le larcin.
-Elle a pas l'air contente … souffla Claire en direction de sa camarade.
-Ouais … chuchota sobrement Fang.
Elles observèrent de loin l'échange entre le vendeur et la mère de Fang, qui s'éternisa de longues minutes. Enfin l'avocate revint vers elles. Fang et Lightning eurent droit à un bref regard furieux.
-Aller levez-vous les filles, ordonna-t-elle.
Obéissantes, les deux lycéennes se mirent debout pendant que la juriste se répandait en excuses et en remerciements auprès des vigils.
Elle leur fit ensuite signe de la suivre et elles lui emboitèrent le pas tant bien que mal vers la sortie. Une fois de plus, Claire admira la capacité de la mère de Fang à marcher aussi vite avec ce type de chaussures.
La traversée du centre commercial fut rapide et silencieuse. Claire se sentait de plus en plus mal à l'aise et commençait même à penser qu'elle aurait préféré que ses parents répondent, finalement.
Une fois arrivées dehors, l'avocate s'arrêta brusquement, si bien que les lycéennes faillirent lui rentrer dedans. Elle se retourna, et croisa les bras, toisant les deux jeunes femmes tour à tour, puis son regard s'arrêta sur sa fille.
-Du vol Fang ? C'est ça maintenant ? interrogea-t-elle avec un calme glaçant qui donna envie à Claire de disparaitre 6 pieds sous terre.
La reine du lycée la défia du regard, mais ne répondit rien. Elles s'entre-regardèrent quelques secondes, pendant lesquelles Lightning eu envie de s'échapper par le côté en pas chassés discrets. Malheureusement, le regard de la mère de Fang se posa sur elle, la clouant sur place.
-Et toi, tu as quelque chose à dire ? siffla-t-elle.
Une fois encore, Claire n'eut pas le temps de plaider sa cause. Déjà Fang prenait la parole.
-Arrête, elle n'a rien à voir là-dedans, affirma-t-elle. Elle était juste au mauvais endroit au mauvais moment.
La mère de Fang fusilla sa fille du regard. Elle désigna ensuite sa voiture, garée en warning sur le trottoir d'en face.
-Va dans la voiture Fang. Et toi … dit-elle en scrutant Claire. Tu règleras ça avec tes parents.
Lightning resta donc plantée sous la pluie, tandis que la famille Yun s'engouffrait dans la jaguar noire. Fang lui adressa un bref regard, que Claire ne parvint pas à déchiffrer, avant de fermer la portière. La blonde frissonna légèrement, et se mit en marche vers un arrêt de bus proche. Pour rien au monde elle n'aurait voulu être à la place de Fang à cet instant.
(…)
Effectivement, Fang était en train de se prendre un savon monumental.
-Alors on en est là Fang ? Tu deviens une délinquante ? Assenait la juriste en mettant son clignotant.
Fang connaissait très bien sa mère. Elle savait que derrière son prétendu calme, elle était dans une colère monstrueuse. Sa génitrice continuait :
-C'est ça que tu veux faire de ta vie ? Tu vas avoir 18 ans Fang ! Tu sais ce que ça veut dire ?
Voyant que sa fille ne daignait pas lui répondre, elle lui jeta un bref coup d'œil avant de reporter son attention sur la route détrempée.
-Tu sais ce que ça veut dire ? Répéta-t-elle avec insistance.
-Oui … marmonna Fang.
-Ça veut dire que je ne pourrais plus te tirer de ce genre de situation ! Poursuivait l'avocate. J'ai dû négocier un certain temps avec ce monsieur pour qu'il ne porte pas plainte contre toi !
Fang soupira et croisa les bras, boudeuse.
-Ça va, ça t'a pris 10 minutes, souffla-t-elle.
La mère de Fang ralentit et s'arrêta à un feu rouge. Elle en profita pour se tourner sur son siège et dévisager sa progéniture rebelle.
-Tu crois que c'est un jeu ?! S'énerva-t-elle enfin.
Fang soutint son regard sans ciller.
-C'est bon c'est juste du parfum !
Les doigts de sa mère tremblaient sur le volant tandis que la lumière passait au vert et que les voitures redémarraient, preuve de son état émotionnel. Entendant des coups de klaxon derrière elle, la juriste passa la première vitesse et se décida à avancer.
-Je ne comprends pas Fang, poursuivit-elle. Tu pouvais très bien te l'acheter ce parfum !
La brune grimaça intérieurement. Oui c'était vrai. Mais elle ne pouvait pas répondre ça. Un silence lourd s'installa dans l'habitacle, uniquement brisé par le passage répétitif des essuies glace sur le parebrise.
-Tu vas vraiment continuer à ne rien dire ? s'agaça à nouveau madame Yun.
-Quoi, je n'ai pas le droit de garder le silence ? répliqua Fang avec mauvaise humeur.
Le moteur protesta quand la juriste accéléra.
-C'est très intelligent comme réponse, ça, gronda sa mère.
-Mais peut être que je ne suis pas intelligente ! contra la reine du lycée.
-Tu te conduis en tout cas comme tel !
Elles s'engagèrent brusquement dans une rue, continuant leur dispute.
-Tu te rends compte de la situation dans laquelle tu me mets ?
-Oh pardon, je croyais qu'on parlait de moi pour une fois ! cria Fang.
Madame Yun fusilla du regard la personne qui tentait de s'engager sur un passage clouté, lui indiquant clairement que ce serait à ses risques et périls. Prudent le piéton préféra ne pas avancer.
-Je t'assure que si j'avais parlé comme ça à mes parents quand j'avais ton âge, mon père m'en aurait déjà collé une ! fulmina-t-elle.
-Ca tombe bien, pas de père à l'horizon ! rétorqua la lycéenne avec un mouvement des bras désignant les alentours.
L'avocate pila sans douceur devant leur maison. La brune en profita pour se détacher et sortir de la voiture en claquant la portière.
-Où tu vas comme ça ! lui cria sa mère en sortant à son tour.
Fang lui jeta un regard courroucé, et pointa leur maison du doigt :
-Je rentre ? suggéra-t-elle comme si elle parlait à une personne décidément lente d'esprit.
Le ton qu'employait la brune acheva de faire sortir sa mère de ses gonds.
-Non mais tu te fiches de moi ? s'écria-t-elle. J'étais en plein rendez-vous avec un client ! En plein rendez-vous ! Répéta-t-elle.
Fang se détourna et leva les yeux au ciel. Evidemment il fallait toujours que sa mère ramène tout à elle. La reine du lycée grimpa les quelques marches qui menaient à l'entrée et ouvrit la porte tandis que le discours continuait :
-J'ai dû partir précipitamment parce que ma fille, ma fille ! Venait d'être prise en flagrant délit de vol à l'étalage !
-Je suis sincèrement désolée de t'avoir mise dans l'embarras, ironisa Fang. Pardon d'exister !
Sa mère entra à sa suite dans la maison et referma la porte sans douceur.
-Ne mélange pas tout Fang ! C'est grave !
La lycéenne jeta son blouson sur le porte-manteau.
-Mais arrête, j'ai tué personne que je sache ! tenta la brune.
-Du vol Fang ! C'est suffisant pour aller en prison ou pour avoir un casier judiciaire !
-Mais qu'est-ce que ça peut bien te foutre de toute façon ? Ragea la lycéenne en s'éloignant dans le couloir.
La mère de Fang se passa une main sur le visage pour tenter de calmer sa colère.
-Oui c'est bien connu que je n'en ai rien à foutre de toi ! gronda-t-elle.
-Super ! cria la reine du lycée en grimpant les escaliers en direction de sa chambre.
-REVIENS ICI FANG, JE N'AI PAS TERMINÉ !
-Moi j'ai terminé ! Lui hurla sa fille.
Une seconde plus tard, la porte de la chambre de Fang claquait.
Restée en bas des escaliers, l'avocate serra les dents avec colère et mima un instant un étranglement avec ses doigts avant de donner un coup sur le mur avec le plat de la main. Elle n'avait qu'une envie, c'était de grimper là-haut, et coller une baffe monumentale à son ingrate de fille pour lui mettre un peu de plomb dans la cervelle.
Elle ne savait pas qui été l'imbécile qui avait dit qu'il ne fallait jamais frapper ses enfants, mais il n'avait clairement pas Fang pour progéniture !
Bouillante de rage, elle fit quelques pas incertains, dans la maison. Une poignée de secondes plus tard, la musique puissante et désagréable de Fang retentissait depuis sa chambre, lui faisant regretter d'avoir pu lui offrir une chaîne Hi-Fi pour noël.
Parfait ! Puisque sa fille avait décidé de se conduire comme une gamine, elle allait la traiter comme tel !
L'avocate alla se mettre devant le miroir, et remit rapidement en place ses cheveux. Elle lissa son tailleur, et récupéra sa mallette qu'elle avait laissée devant la porte.
Jetant un dernier regard plein de colère en direction de l'étage, elle sortit. Sa journée de travail était loin d'être terminée. De toute façon, elle sentait que confronter sa fille à cet instant n'allait servir à rien à part lui faire prononcer des paroles qu'elle aurait regrettées plus tard.
Fang observa la voiture de sa mère reculer, faire demi-tour et repartir en direction du centre de Nautilus. Elle coupa la musique qui lui brisait les tympans et alla s'allonger dans son lit.
Une colère sourde mêlée à une tristesse qu'elle connaissait bien lui broyait l'estomac. La brune avala sa salive pour faire disparaitre la boule qu'elle avait dans la gorge, se refusant à verser une seule larme. Une pointe de culpabilité fermement fixée dans sa poitrine, Fang se mit à maudire son impulsivité et sa stupidité. A quoi tout cela lui avait servi finalement ? Un profond sentiment de solitude s'empara d'elle.
Elle se tourna sur le côté, se recroquevillant instinctivement, et s'empara de son téléphone pour envoyer un message à Vanille.
(...)
On touche à la fin ... Plus que 2 chapitres
