Disclaimer : Les personnages appartiennent encore et toujours à Masami Kurumada, sauf pour ceux que j'ai créés.

Rappel du rating : M

Note : Bonjour ou bonsoir, à vous qui poursuivez la lecture de cette histoire. Et comme à chaque fois, je vous remercie, très sincèrement, du temps que vous voulez bien y accorder, en espérant ne pas trop vous décevoir avec la suite que je propose... (oui, désolée, je suis envahie par le doute ces derniers jours...). Je remercie aussi, encore, toujours, ceux qui m'écrivent des commentaires pour me donner leurs impressions sur ce que j'écris. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point cela me touche... Et c'est aussi ce qui me donne envie de poursuivre cette aventure (malgré les cernes que j'ai sous les yeux...). Alors merci, merci, merci !

ShaSei: Merci pour ta review sur le dernier chapitre, qui comme d'habitude, m'a fait un plaisir immense ! J'ai été très heureuse de voir que tu avais apprécié cette "fameuse" scène, malgré l'aspect "cornélien" de la situation (c'est tout à fait ça...). Oui, Seiya s'est effectivement comporté en une sorte de "pervers narcissique ", mais était-ce vraiment de son seul fait ? Pas sûr... Mais je ne t'en dis pas plus, et te laisse en apprendre davantage avec ce nouveau chapitre, qui, je l'espère, ne te décevra pas... Bises.

Voici donc la suite de cette histoire, avec un chapitre renfermant certaines révélations... (enfin c'est un bien grand mot... disons plutôt que vous apprendrez certaines petites choses...)

/ ! \ Passage "explicite" assez "osé" à la fin (lemon). Je dois d'ailleurs avouer que j'ai pas mal hésité à le publier... Et puis je me suis dit que par les temps qui courent (foutu COVID-19...), cela ne ferait peut-être pas de mal... hein ?... Quoi qu'il en soit, pour les plus sensibles d'entre vous qui souhaiteraient en éviter la lecture, j'ai une nouvelle fois indiqué le début et la fin de ce passage par l'utilisation de caractères gras. Sauter ces quelques lignes ne gênera pas de manière importante la compréhension de l'histoire.

Enfin, dernière remarque : j'ai vu que j'avais fait une légère erreur de localisation géographique pour l'une des scènes du précédent chapitre, que j'ai donc corrigée depuis. Mea culpa… (mais en vérité, cela n'a probablement pas une très grande importance...).

Sur ce, et après tout ce blabla, voici le chapitre 20.

Je vous souhaite une bonne lecture... en espérant que vous apprécierez... au moins un peu...


Chapitre 20

24 octobre 2001

Yomotsu Hirasaka

Seiya ne sait pas où il va. Il se contente de la suivre. Elle marche lentement devant lui, et il la regarde fixement, sans détourner les yeux. Il sait qu'elle est la seule à pouvoir le guider en dehors de cette plaine désertique. Cette plaine grise et froide comme la mort, qu'il ne connaît pas, mais dans laquelle il a l'impression d'errer depuis des heures. Depuis des jours.

Soudain, elle s'arrête et se tourne vers lui. Elle lui crie quelque chose qu'il n'entend pas, qu'il ne comprend pas, et elle lui sourit. Et que ce sourire est magnifique ! Son sourire... qu'il aimerait être réservé à lui seul. Mais il sait que ce n'est pas le cas... Que ce n'est plus le cas. Pourtant, elle lui sourit encore. Comme elle le faisait avant. Comme lorsqu'il le méritait.

Puis, Shaina disparaît.

Et la voix d'Hadès résonne à nouveau dans sa tête. Toujours le même murmure, toujours les mêmes mots, qu'il ne supporte plus.

« Elle non plus ne pourra rien pour toi... Elle aussi t'abandonnera, et elle aussi te haïra, comme tous les autres te haïront. Et tu la haïras, comme tu haïras tous les autres ! ».

Seiya n'en peut plus de cette voix. Il ferait tout pour qu'elle se taise. Alors, il déploie son cosmos, qu'il laisse se muer en une vague d'énergie sombre et dévastatrice. Une force qui semble vouloir tout détruire autour de lui. Un vide absorbant le vide. La mort générant la mort.

« C'est bien... C'est très bien... Tu vois que tu m'appartiens déjà ! Abandonne-toi à ta colère et à ta rage. Abandonne-toi à moi… Tout sera tellement plus facile ensuite, je te le promets... »

« Non Seiya ! Ne l'écoute pas... et écoute-moi ! »

Ah... Enfin cette autre voix, si semblable, mais tellement différente...Celle qui l'apaise et lui rappelle qui il est. Il se concentre sur cette voix, il sait qu'il le doit. Il voudrait ne plus entendre qu'elle. La voix de son ami. La voix de Shun... Mais déjà, il sent qu'elle s'éloigne, qu'elle disparaît peu à peu, qu'elle s'éteint.

Seiya tombe à genoux et se met à pleurer.

« Je ne peux plus endurer ça. Je ne m'en sens plus capable...»

Et le Sagittaire frôle sa poitrine avec sa main, il la caresse doucement, avant de plonger ses doigts à l'intérieur de lui pour s'arracher le cœur.


Sanctuaire, Grèce, au milieu de la nuit

Shun se réveille, terrifié, avec un sentiment d'horreur dans le cœur, et un goût de sang dans la bouche. Il se lève et se dirige vers la salle de bain. Il allume la lumière et fait couler l'eau du robinet. Il se penche pour en boire une gorgée, et un filet rouge se forme dans le bassin du lavabo. Il regarde un instant ce courant carmin disparaître sous ses yeux, et relève la tête. Il s'essuie le visage avec la serviette qu'il laisse toujours là, et se retourne pour s'appuyer contre la céramique blanche et froide. Il ferme les yeux et se met à pleurer.

Encore un rêve dans lequel il n'a pas réussi à sauver son ami. Nuit après nuit, toujours le même sentiment d'échec, et la même impuissance. Insoutenable. Inacceptable.

Pourtant, cette fois-ci, il est certain que quelque chose était différent. Il a senti une présence, quelqu'un dans qui Seiya acceptait de placer sa confiance. Quelqu'un qui semblait le rassurer et vouloir l'aider. Avant de disparaître, et de l'abandonner à son tour.

Shun lâche la serviette sur le sol et retourne dans la chambre. Il s'assied sur le bord du lit et pose les mains à plat de chaque côté de ses hanches. Il inspire une grande bouffée d'air et cligne lentement des paupières. Il sent une dernière larme couler sur sa joue, et celle-ci termine sa course sur la commissure de ses lèvres.

C'est aujourd'hui qu'il se rendra à Yomotsu avec Jie-Hu. Kiki et lui ont tout organisé, presque le plus simplement du monde, en envoyant Shiryu et Dimitri à Kaboul. Le jeune apprenti de Glace avait besoin de voir son maître, et le chevalier de la Balance avait besoin de s'éloigner du Sanctuaire. Donc tout a semblé logique et naturel, sans étonner personne. Mais Shun ne peut s'empêcher de s'en vouloir de tromper ainsi son ami, même s'il sait qu'il n'a malheureusement pas le choix…

Et pour couronner le tout, Marine et Acrisios sont eux aussi partis en Afghanistan pour rejoindre Seiya, Hikari et Shaina, avant de rendre visite à Ikki et Jabu. Ils sont donc quasiment seuls. Personne ne les dérangera, personne ne leur posera de questions. Il ne leur reste plus qu'à accomplir la mission qu'ils se sont fixée, en priant Athéna pour que tout se passe comme il l'a imaginé...


Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan, au même moment

Shaina ne dort pas. Elle regarde les étoiles au-dessus d'elle, et caresse les cheveux de celui qu'elle serre dans ses bras.

Seiya s'est endormi contre elle et il semble enfin calme. Il est venu la chercher peu après minuit, pour lui demander de le rejoindre dehors. Car Marine et Acrisios étant arrivés depuis la veille, le Sagittaire a dû laisser sa place dans le refuge pour aller passer la nuit à la belle étoile. Mais voilà… il ne parvient plus à dormir lorsqu'elle n'est pas auprès de lui…

Ils viennent de faire l'amour, encore… Comme presque toutes les nuits depuis la première nuit. Et il n'y a qu'après ça qu'il arrive à trouver le sommeil. Elle a l'impression qu'elle parvient à le calmer, qu'avec elle il est à nouveau lui-même, comme celui qu'il a toujours été.

Elle a essayé de le faire parler, de lui demander de décrire ce qui le trouble, mais il reste silencieux, encore et toujours. Pourtant, elle sent qu'elle commence à comprendre... Car le sommeil agité du Sagittaire présente l'avantage d'ouvrir une fenêtre, étroite mais bien réelle, sur son mal-être. Une piste qu'elle s'est empressée d'exploiter...

Seiya fait des cauchemars, toutes les nuits, plusieurs fois par nuit. Et à chaque fois, il se touche la poitrine, au niveau de ce petit lambeau de chair abîmée qui recouvre son cœur. La cicatrice de son combat contre Hadès. Il lui semble donc évident, ou au moins envisageable, qu'une partie de son trouble puisse provenir de ce souvenir qu'elle sent insupportable à ses yeux.

Car elle sait que Seiya s'en veut terriblement de ce qu'il a toujours considéré comme un échec, une marque de faiblesse et d'impuissance. Il n'a jamais accepté d'être tombé ce jour-là, et d'avoir laissé leur Déesse terminer seule le combat. Sans lui.

Et il semblerait que ces sentiments soient toujours aussi forts, et qu'ils contribuent à nourrir sa souffrance et sa colère. Sa colère contre son impuissance, d'hier et d'aujourd'hui.

Ikki avait raison. Ils doivent lui venir en aide, sinon ils le perdront... Et cela, elle ne peut pas l'accepter.

Ikki… Malgré tout ce qu'elle vit depuis ces derniers jours, elle pense tout le temps à lui. Il lui manque terriblement. Elle l'aime tellement, et elle est persuadée de l'aimer de plus en plus. Elle a conscience de devenir folle, qu'elle ne peut pas continuer comme ça. Elle ne dort presque plus, elle ne se supporte plus, et elle se déteste chaque jour davantage. Mais elle sait qu'elle n'est plus capable de faire un choix. Elle les aime tous les deux. Elle les a toujours aimés tous les deux, et elle ne pourra jamais choisir. Ou si... mais dans ce cas, elle sait que c'est la mort qu'elle choisira…

Et à cet instant, elle se surprend à caresser la cicatrice de Seiya, tandis que celui-ci se met à pleurer doucement dans son sommeil.

...^...

Vallée du Pandjchir, quelques heures plus tard

Marine sourit en caressant les cheveux de son fils. Le jour s'est levé depuis près d'une heure, et elle profite des premiers rayons du soleil pour prendre le temps de le regarder. Elle ne s'en lasse pas, et elle sait qu'elle ne s'en lassera jamais. Elle a trop de temps à rattraper, trop de nuits d'absence à oublier, trop de cauchemars qu'elle n'a pas pu consoler...

Hikari a grandi tellement vite. Beaucoup trop vite. Et elle sait qu'elle ne pourra jamais revivre les années qu'ils ont perdues. Mais cela n'a finalement aucune importance. En tout cas, c'est ce dont elle essaie de se convaincre...

Il va bientôt avoir quatorze ans, dans quelques semaines, et il lui ressemble chaque jour davantage. D'ailleurs, c'est amusant comme tous au Sanctuaire ne cessent de le lui faire remarquer. Alors qu'avant, il y a seulement quelques mois de cela, personne ne semblait y prêter attention. Mais elle, a toujours su, et elle a toujours vu le visage d'Aiolia dans celui de son fils. Dans ses yeux, dans son sourire, dans son rire. Et dans son cosmos.

Marine dépose un baiser sur le front du jeune Pégase et se lève. Elle a remarqué que Shaina avait quitté le refuge avant son réveil, et elle se doute que celle-ci doit déjà être en train de préparer le petit-déjeuner. Elle va donc pouvoir profiter de la tranquillité que le sommeil de son fils et celui d'Acrisios leur offrent, pour discuter un peu avec sa meilleure amie. Elle sort de la cabane, et place la main au-dessus de ses yeux pour se protéger de la luminosité matinale.

« Bonjour Marine ! As-tu bien dormi ?

- Oui, merci, très bien, et toi ?

- Disons que ça peut aller…

- Et Seiya ?

- Il dort toujours… juste là, précise-t-elle, en indiquant l'arbre sous lequel ils viennent de passer la nuit. Tous les deux.

- Mais dis-moi, tu t'es levée à l'aube aujourd'hui. Qu'avais-tu donc de si urgent à faire pour sortir aussi tôt ?

- Rien de particulier, Marine. C'est juste que je me suis habituée à me lever aux aurores depuis que je suis ici. Tu sais, j'ai toujours eu du mal à dormir, depuis que je suis gamine, et j'ai toujours eu tendance à ouvrir grand les yeux dès que les premiers rayons du jour traversaient ma fenêtre… Alors tu peux imaginer ce que ça donne dans cette petite baraque sans volet…

- Oui, je vois tout à fait… Il faudrait que tu demandes à Seiya de t'en installer !

- Quoi donc ?

- Eh bien, des volets !

- Ah… Oui, ce serait une idée…

- Et au fait, comment va-t-il ? demande Marine, en hochant le menton dans la direction du Sagittaire qui semble toujours endormi.

- Difficile à dire… soupire l'Ophiuchus. Mais, j'ai tout de même l'impression qu'il va un peu mieux, même si ça dépend des jours… En tout cas, je suis certaine d'une chose, c'est que la présence d'Hikari lui fait du bien. Seiya n'est plus tout à fait le même depuis que ton fils est avec nous.

- Oui… Il faut croire que Shun avait raison en le renvoyant en mission ici… Mais…

- Oui, Marine ?

- Je ne suis personnellement toujours pas convaincue qu'il soit prêt…

- Je pense que tu le sous-estimes. Hikari a retrouvé toutes ses capacités physiques, je peux te l'assurer. Il s'entraîne dur tous les jours avec Seiya, qui ne le ménage pas le moins du monde, et il progresse toujours davantage, dans la force de ses attaques, et dans la puissance de son cosmos. Tu n'as donc absolument aucun souci à te faire.

- Si tu le dis…

- Oui, tu peux me faire confiance, Marine ! Et puis aussi, il s'est fait un nouvel ami, à qui il apprécie beaucoup de rendre visite…

- De qui parles-tu ?

- Du petit Attiq. Le petit garçon qu'il a sauvé le jour de l'attentat contre Massoud.

- Ah, le petit pour qui il a risqué sa vie…

- Oui, exactement. Il aime beaucoup aller le voir dans son village, et je dois avouer que Seiya et moi aimons aussi l'accompagner là-bas… Car sa mère fait divinement bien la cuisine, et elle s'est mis en tête de remplumer ton fils !

- Eh bien, ça ne lui ferait pas de mal, en effet ! » concède le chevalier de l'Aigle, en souriant.

Shaina place une casserole d'eau sur le feu qu'elle vient d'allumer, et s'assied sur le sol, une main posée sur son genou droit qu'elle garde plié devant elle. Marine prend place à ses côtés, et jette un œil admiratif au paysage qui les entoure.

« Finalement, vous avez presque de la chance d'être ici. Ces montagnes sont vraiment magnifiques…

- Oui, elles le sont. Mais elles sont aussi usées par la guerre et par les combats. Depuis un trop grand nombre d'années… Et tu sais, les gens qui vivent ici sont fatigués. Ils ne se plaignent pas, et ils ne se plaindront jamais, à personne. Mais ils le sont, et ils mériteraient qu'on les laisse enfin tranquilles… ».

Marine est surprise de la profonde mélancolie qui se dégage de la voix de son amie. Celle-ci semble sincèrement affectée par la situation des habitants de ce pays qu'elle commence à bien connaître. Mais à cet instant, elle sent qu'il y a autre chose. Oui, Shaina ne se comporte pas comme d'habitude. Quelque chose la trouble, c'est une évidence. Quelque chose qui semble avoir placé un voile un peu plus sombre devant ses si jolis yeux. Ces yeux qui n'ont pas quitté l'arbre situé à leur droite depuis qu'elles discutent toutes les deux.

L'arbre sous lequel dort le Sagittaire.


Kaboul

Hyoga ouvre la paume de sa main et souffle sur les flocons de neige qu'il vient de faire apparaître. Dimitri l'observe avec admiration, toujours impressionné par les talents artistiques de son Maître de l'Eau et de la Glace.

« C'est tellement beau, Maître !

- Merci Dimitri. A ton tour. Montre-moi que tu n'as pas oublié… »

Le petit Russe tend ses deux bras devant lui et serre les poings en fermant les yeux. Il déploie son cosmos, qui l'entoure d'un halo bleuté rappelant le ciel de Sibérie. Il écarte ensuite ses doigts, et de la neige se met à voler tout autour de lui. Il ouvre les yeux, et sourit, presque surpris devant le si joli spectacle qu'il vient de créer.

« Bravo ! C'est magnifique, Dimitri ! C'est toi le Magicien des Glaces maintenant… » le félicite le Verseau.

Le jeune apprenti sourit à nouveau, et s'amuse à toucher les flocons du bout des doigts, pour les faire disparaître un par un.

« Bon, mettons-nous au travail. Assieds-toi, s'il te plaît ».

Dimitri obéit et s'installe en tailleur sur le sol.

« Et maintenant, concentre-toi sur le trou au pied du rocher que tu vois là-bas. Tu le vois ?

- Oui Maître. Et que souhaitez-vous que je fasse ?

- Je voudrais que tu le remplisses de glace.

- Mais il est énorme ce trou ! Je n'y arriverai jamais !

- Bien sûr que si. Je sais que tu y parviendras. Il faut que tu aies confiance en toi, c'est tout. En tout cas, moi j'ai confiance en toi ! »

Dimitri ferme les yeux, pose ses mains sur ses genoux, et s'applique à réaliser ce que son maître vient de lui ordonner de faire. Et il ne lui faut que quelques minutes pour recouvrir de glace le trou que le Verseau lui avait indiqué, mais aussi le rocher au-dessus, et ceux tout autour…

...^...

Shiryu interrompt sa méditation pour ouvrir un œil, et jeter un regard étonné à cent mètres sur sa gauche. Mais le frisson qu'il sent parcourir son dos lui fait comprendre ce qui vient de perturber sa réflexion, avant même que ses yeux n'en trouvent la raison. Seul un Saint de Glace peut être responsable d'une chute aussi soudaine de la température…

Le disciple de Hyoga a fait énormément de progrès, et il sent un profond sentiment de fierté émaner du cosmos de son ami. Le Verseau semble visiblement heureux d'avoir retrouvé son élève, et de pouvoir partager ces quelques heures avec lui. Et si l'ancien Dragon partage la satisfaction de son camarade, il ne peut s'empêcher de sentir son cœur se serrer en pensant à son propre apprenti. A son fils.

Les choses sont devenues tellement compliquées avec lui… Ils ne sont retournés qu'une seule fois à Yomotsu depuis l'accident de la dernière fois. Et se rendre là-bas a été pour lui un supplice. Car il ne peut plus effacer de sa mémoire la vision d'horreur de son petit garçon encerclé par tous ces cadavres qui voulaient le toucher de leurs doigts abominables et décharnés. Et surtout, il n'arrive pas à oublier le sourire qui avait illuminé le visage de Jie-Hu à ce moment-là.

Ce sourire qui lui a fait comprendre une chose qu'il ne voulait pas admettre. Son fils est différent. Différent de lui, différent de tous ceux qu'il connaît, et de tous ceux qu'il a connu, à l'exception d'une personne. Un chevalier à qui il ressemble chaque jour davantage. Un combattant qu'il a haï du plus profond de son cœur, et qu'il hait encore aujourd'hui, malgré la mort, malgré son sacrifice devant le Mur des Lamentations, malgré les années. Masque de Mort, le chevalier d'Or du Cancer…

Plongé dans ses pensées, Shiryu n'entend pas arriver les deux chevaliers derrière lui, et il sursaute comme un gamin quand Aleix pose une main sur son épaule.

« Salut Shiryu ! Oh là, je suis désolé de t'avoir effrayé… Mais d'habitude, tu ne te laisses jamais surprendre…

- Salut Aleix ! Oui, pardon… Je m'étais égaré dans mes réflexions matinales, comme tu peux le voir. »

Le chevalier de la Balance se met debout, et secoue la tête pour replacer ses longs cheveux dans son dos.

« Alors, avez-vous remarqué quelque chose d'inhabituel lors de votre patrouille dans Kaboul ?

- Non, rien de spécial, rétorque le Phoenix. Juste des enfants affamés et des parents terrifiés. La routine des horreurs de la guerre…

- Oui… Je suis désolé que vous soyez confrontés à cela… Que tu sois encore confronté à cela…

- Tu n'as pas à être désolé, c'est notre devoir de chevalier. Celui que nous avons accepté. Et la guerre, je dois malheureusement reconnaître qu'elle fait partie de moi… »

Le Capricorne regarde son ami avec tristesse et tendresse. Il sait que, même s'il n'en dit rien, et qu'il ne l'admettra jamais, Vjeko souffre de ce qu'il voit dans Kaboul. Et à cet instant, il aimerait pouvoir le serrer dans ses bras, pour lui faire oublier sa souffrance… Mais il ne le peut pas. Alors à la place, il effleure son bras du bout des doigts. Et Vjeko répond à sa caresse avec un sourire imperceptible, qu'il sait destiné à lui seul.

Shiryu sent un nouveau courant d'air froid lui glacer le dos, et jette un coup d'œil presque réprobateur aux deux Saints de Glace qui s'entraînent encore juste à côté.

« Mais dis-donc, on se les gèle ici ! s'exclame le Phoenix.

- Oui… C'est Hyoga et Dimitri qui fêtent leurs retrouvailles… Il faut croire qu'ils sont heureux de se revoir ces deux-là… précise le Capricorne.

- Eh, Hyoga ! Vous voulez pas faire une pause ?! crie le jeune Croate. On a ce qu'il faut en glaçons, c'est bon, vous pouvez arrêter ! »

Le Verseau lance un regard étonné dans leur direction et marche vers eux, après avoir indiqué à Dimitri de cesser son exercice.

« Ah, mais vous êtes revenus! Alors, avez-vous remarqué quelque chose de particulier ce matin dans Kaboul ?

- Non, rien du tout. Ni plus ni moins que ce que nous avions vu hier. Toujours la même merde, quoi…

- Vjeko, s'il te plaît ! Surveille ton langage !

- Oh, ça va, Shiryu… On n'est pas au Sanctuaire ici…

- Ce n'est pas une raison !... Mais pour changer de sujet, Hyoga, je vois que vous semblez ravis de vous être retrouvés Dimitri et toi…

- Oui. Je crois que le petit avait très envie de reprendre l'entraînement… Merci Shiryu de l'avoir accompagné jusqu'ici. Je sais que cela n'a pas dû être facile pour toi de laisser Jie-Hu au Sanctuaire.

- Oh, mais de rien Hyoga. Et mon fils est entre de bonnes mains. Kiki m'a promis qu'il veillerait sur lui, et je lui fais suffisamment confiance pour ne pas ressentir la moindre inquiétude. Par contre, maintenant que j'ai accompli la petite mission que Shun m'avait confiée en conduisant ton disciple jusqu'à toi, je compte vous abandonner un peu pour me rendre vers le Nord.

- Ah oui ? Tu veux rendre visite à Seiya et aux autres ?

- Exactement.

- Et, iras-tu voir la petite ? interroge aussitôt le Capricorne.

- Oui, j'irai la voir, bien entendu, et je ne manquerai pas de la saluer pour toi. Et oui… je te dirai comment elle va dès mon retour.

- Merci Shiryu.

- Et puis, tu en profiteras pour la voir elle aussi… ajoute le Verseau, avec un sourire espiègle sur les lèvres.

- De qui parles-tu ? s'étonne le gardien du septième temple en fronçant les sourcils.

- Eh bien, de la femme à qui vous avez confié la petite… La mère du garçon qu'Hikari a sauvé !

- Oh, mais c'est pas vrai ! Tu vas me laisser tranquille avec ça, s'il te plaît !

- Ah, ah ! Shiryu s'énerve ! Donc si tu t'énerves, c'est que j'ai vu juste, depuis le début ! Tu l'aimes bien cette personne-là !

- Et ça changerait quoi, si c'était le cas, Hyoga ? Hein ?

- Euh… rien du tout… sauf que… tu aurais peut-être un moins sale caractère…

- Alors là, tu exagères ! »

Vjeko et Aleix observent leurs ainés avec amusement.

« Finalement, ils n'ont pas l'air si ennuyeux que ça, les vieux

- Vjeko ! Un peu de respect, s'il te plaît !

- Allez Aleix, sois sincère deux minutes, et avoue qu'ils sont chiants à crever la plupart du temps…

- Non, ce n'est pas vrai… en tout cas, pas tout le temps… » répond le Capricorne, en riant.


Sanctuaire, dans le temple du Cancer

Shun attend, debout dans l'un des couloirs de cette sinistre maison. Athéna soit louée que les visages terrifiés qui ornaient jadis les murs autour de lui aient finalement disparu… Il ferme les yeux, et déroule une nouvelle fois dans sa tête le fil précis de ce qu'il a prévu de faire ce matin. Il ne doit laisser aucune place au hasard, et s'assurer que tout se passera exactement comme il le souhaite.

Des bruits de pas qui résonnent à l'entrée du quatrième temple l'obligent néanmoins à s'extirper de sa réflexion. Et l'instant d'après, Kiki et Jie-Hu arrivent devant lui.

« Bonjour Shun ! » le salue le Bélier, en posant la caisse de l'armure du Cancer sur le sol.

Le petit Chinois se tient juste derrière lui, et ne semble pas vouloir lâcher la tunique du Tibétain.

« Bonjour Kiki ! » répond Shun, en s'approchant du jeune apprenti. Il s'accroupit devant lui, et commence à lui parler d'une voix chaleureuse et douce.

« Bonjour Jie-Hu ! Tu n'as pas à avoir peur. Je suis très heureux de te voir, tu sais.

- Bonjour Maître, murmure-t-il sans lever les yeux.

- Appelle-moi Shun. Je ne suis pas si vieux…

- Si, vous avez le même âge que mon père !

- Jie-Hu ! s'offusque le Bélier, en ébouriffant les cheveux du petit garçon.

- Non, ce n'est pas vrai ! Je suis plus jeune que lui d'une année ! précise le chevalier de la Vierge en souriant. Et de ce fait, tu as le droit de me tutoyer… »

Jie-Hu esquisse un sourire timide en relevant les yeux vers son aîné.

« Est-ce que Kiki t'a expliqué pourquoi il t'a amené ici aujourd'hui ?

- Oui… Vous … Tu veux que je t'aide à aller à Yomotsu.

- C'est bien cela. Est-ce que tu te sens prêt ?

- Oui, bien entendu ! répond le jeune garçon, sûr de lui.

- Alors, on y va ? »

Shun saisit la main de Jie-Hu, jette un dernier regard dans la direction de Kiki, et ferme les yeux.

Et ils disparaissent tous les trois.


Yomotsu Hirasaka

Le Vide. La Mort. Le Froid. Shun n'avait pas imaginé que cette plaine ressemblerait à ça. Qu'elle serait si semblable à la terre qu'il avait foulée de ses pieds il y a quatorze ans. Cette terre sur laquelle il avait été confronté à lui. Cette terre où il l'avait laissé prendre possession de lui… Son Royaume. Le Royaume des Ténèbres. Les Enfers.

Il regarde autour de lui et ne voit rien. Absolument rien. Juste des colonnes de cadavres qui marchent tous dans la même direction. Vers le Puits des Morts. Il ne lui reste donc plus qu'à les suivre là-bas…

« Merci Jie-Hu. Merci infiniment de m'avoir permis d'arriver jusqu'ici.

- Rien de plus facile… rétorque le petit Chinois, avec un sourire sincère sur le visage. Et puis, j'adore venir à Yomotsu ! » ajoute-t-il en jetant un regard complice à Kiki qui se tient à ses côtés.

Ce dernier s'accroupit justement devant lui et pose ses mains sur ses épaules.

« Maintenant, Jie-Hu, tu vas rester avec moi. Shun a une petite promenade à faire, et nous allons attendre son retour ici tous les deux.

- Quelle promenade ?

- Une promenade, c'est tout. »

Le Bélier se relève, et s'adresse à Shun d'une voix claire et douce.

« Tu peux y aller. Je veillerai sur lui.

- Entendu. A tout à l'heure ».

Et Shun s'éloigne, en suivant la foule informe des âmes déchirées de Yomotsu.

...^...

Jie-Hu observe le chevalier du Bélier, assis sur la caisse de l'armure du Cancer. Il balance ses pieds dans le vide, et tapote ses doigts sur le rebord doré qu'il sent vibrer à son contact.

« Kiki…

- Oui ?

- Il est parti où Shun ?

- Je suis désolé, Jie-Hu, mais je ne peux pas te le dire.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est un secret.

- Et alors ? Moi j'aime bien les secrets…

- Je n'en doute pas… Mais c'est un secret entre lui et moi. Et de toute façon, il ne s'agit de rien d'intéressant, crois-moi.

- Ah bon… »

Le petit Chinois caresse le couvercle de l'armure dorée. Son armure. Il la frôle de son cosmos, et il sent, sans le moindre doute, qu'elle lui répond. Il voudrait tellement l'ouvrir, la regarder, la toucher…

« Kiki…

- Oui ?

- Pourquoi as-tu amené l'armure du Cancer ? Tu as terminé de la réparer ?

- Non, je n'ai pas terminé mon travail avec elle. Mais dis-moi, tu es bien curieux aujourd'hui…

- C'est que je voudrais comprendre…

- Oui, c'est assez naturel... Mais, il y a un âge pour tout, et tout ce qui se passe ici n'est malheureusement pas de ton âge.

- Ah bon… »

Kiki s'écarte sur le côté, pour essayer de voir un peu plus loin, tout au bout de cette plaine froide et grise. Mais il ne voit rien. Absolument rien.

Jie-Hu le regarde en souriant, ravi de constater que son chaperon semble lui accorder quelques secondes de tranquillité.

Il ferme les yeux et amplifie son cosmos. Oui, il voudrait comprendre… Et il est persuadé que son armure le voudrait aussi… Alors, il lève discrètement son index du rebord de la caisse qu'il caresse toujours de la main, et commence à le tourner lentement. Pour dessiner de petits cercles.

« Seki Shiki Meikai Ha » murmure-t-il pour lui-même.

Il se concentre encore, et dirige les petites volutes bleutées qu'il vient de créer dans la direction du chevalier qui attend sans bouger à côté de lui, et sans le regarder.

Celles-ci se rapprochent lentement de lui, et dès qu'elles le touchent, le Bélier s'écroule dans la poussière de Yomotsu.

Jie-Hu saute sur le sol et se penche au-dessus du jeune homme étendu devant lui.

« Désolé, Kiki… Mais je t'avais dit que je voulais comprendre… »

« Fais de beaux rêves… Je te laisse sous la protection de mon armure. Je sais qu'elle veillera sur toi. Elle me l'a promis… »

« A tout à l'heure… »

Et le petit apprenti s'éloigne dans la direction du Puits des Morts.

...^...

Shun se tient debout au bord du Gouffre sans fin dans lequel un flot incessant de corps plongent dans un silence de mort. Les mains jointes et les yeux clos, il déploie son cosmos, il l'amplifie à son paroxysme, pour appeler celui à qui il est venu parler.

Il perçoit alors une énergie qui remonte lentement des profondeurs des Ténèbres. Une énergie vide, froide, agressive, douloureuse. Un cosmos noir et étouffant, qui lui semble immédiatement familier.

Il arrive…

Shun ouvre les yeux.

Une explosion de lumière, d'un bleu éblouissant, jaillit soudain devant lui en plein cœur du Puits, et une voix forte et sombre brise le silence de Yomotsu.

« Tu arrives trop tard, Shun ! »

Le chevalier de la Vierge pose un genou à terre, frappé par l'intensité du cosmos qui tente désormais de s'en prendre à lui. Et cette voix… Entendre cette voix prononcer son prénom… Il ne pensait pas que cela serait aussi difficile…

« Je crains que tu ne puisses plus rien pour lui », poursuit la voix, presque tendrement.

« Il ne t'écoutera plus. Il n'écoutera plus que moi ! », ajoute-t-elle en riant, dans un éclat insupportable, qui semble résonner à l'infini dans le silence qui les entoure.

Shun se remet debout, et prend une profonde inspiration en serrant ses doigts dans la paume de ses mains.

« Pourquoi t'en prends-tu à lui ?

- Pourquoi ?... Comment peux-tu me poser une telle question ?! C'est évident… Je veux qu'il souffre. Qu'il souffre comme il n'a jamais souffert. Je veux qu'il maudisse chaque molécule d'air qui pénétrera ses poumons, je veux qu'il vomisse la moindre nourriture qu'il tentera de mettre dans sa bouche, je veux qu'il rejette chaque témoignage d'amour qu'on lui accordera, je veux qu'il exècre chaque personne qui essaiera de lui venir en aide, je veux qu'il vous haïsse tous. Et surtout, je veux qu'il la haïsse elle.

- Comment as-tu pu en arriver là ? Un Dieu ne devrait-il pas se comporter plus noblement ? Comment peux-tu te rabaisser de la sorte en souhaitant exercer une telle vengeance sur un simple mortel ?

- Tu es malin Shun ! Très malin… Mais ce que tu ne sembles pas comprendre, c'est que Nous, les Dieux, nous faisons absolument ce que bon nous semble. Et la vengeance est quelque chose que nous avons toujours appréciée, infiniment.

- Mais je ne te laisserai pas faire !

- Oh, mais je n'ai cure de tout ce que tu pourras mettre en œuvre ! Cela n'a aucune espèce d'importance. Et je te détruirai lorsque tu ne m'amuseras plus.

- Qui parle de s'amuser ? J'ai pu te faire partir une fois, je le pourrai encore!

- Oui, peut-être que toi, tu le pourrais. Mais lui, ne le pourra pas. Surtout maintenant qu'il n'est plus sous sa protection…

- De quelle protection parles-tu ?

- De celle de l'armure de Pégase, évidemment ! Cet idiot est à ma merci depuis qu'il a cédé son armure à ce pauvre gamin.

- Que veux-tu dire par là ?

- Shun… Tu me déçois… Je t'ai connu plus perspicace… Ne sais-tu donc pas que, depuis les Temps Mythologiques, seul le chevalier de Pégase a pu me toucher, me blesser. Et donc, aujourd'hui que Seiya n'est plus son porteur légitime, il ne peut plus rien contre moi… C'est aussi simple que cela…

- Mais, dans ce cas, nous aiderons Hikari à te combattre !

- Vous pouvez toujours essayer… mais je sais que je n'ai rien à craindre… Cet enfant est certes très puissant, je l'ai compris il y a des années, dès les premiers jours de son entraînement, et je l'ai lu dans son cosmos, bien entendu. Mais je me suis occupé de son destin, et je crois avoir déjà fait le nécessaire…

- De son destin ? Ne me dis pas que…

- Oui, Shun… C'est bien cela… Je vois que tu commences à comprendre… Ce n'est pas par hasard qu'il s'est retrouvé là-bas ce jour-là. Ce n'est pas par hasard que ce petit garçon jouait dans cette cour justement ce jour-là. Ce n'est pas par hasard que Seiya n'était pas auprès de lui à ce moment-là. Et ce n'est pas par hasard que la bombe a explosé devant lui…

- Alors, c'est toi qui es derrière tout cela ? Derrière ces horreurs qui déchirent les hommes de ce pays et d'ailleurs ?

- Non, Shun ! Je ne suis pas responsable… L'Humanité n'a jamais eu besoin de moi pour commettre les crimes les plus abominables de son Histoire… J'ai juste donné un petit encouragement à certains, pour mettre en route les évènements que j'avais décidés pour lui, et pour elle. Car je veux ma vengeance ! Contre ma Nièce et son indéfectible Chevalier !

- Non, Hadès ! La vengeance n'est pas digne d'un Dieu, quoi que tu puisses dire ! Et encore une fois, nous ne te laisserons pas faire… Je ne te laisserai pas faire !

- Je me fiche de ce que tu pourras tenter ! Seiya est déjà perdu ! Il est déjà à moi ! Je le sais. Je le sens. Et tu verras que bientôt, vous l'abandonnerez… »

Et soudain, plus rien. Le silence. Le vide. Le froid.

Et Shun se met à hurler, à hurler de toutes ses forces.

« Jamais je ne l'abandonnerai ! Tu m'entends !? Jamais ! »

Mais Hadès ne répond pas.

Et seule la voix de Shun résonne désormais dans la plaine de Yomotsu

...^...

Jie-Hu marche lentement, en fixant le sol devant lui.

Il n'a pas tout compris de ce qui vient de se produire devant le Puits des Morts, mais il n'a aucun doute sur ce qu'il a ressenti…

Cette énergie, cette présence… La même que celle qu'il perçoit depuis son premier jour à Yomotsu. Cette force vers laquelle il se sent irrémédiablement attiré, et de laquelle il se nourrit à chacun de ses passages ici.

Il ne sait pas à qui elle appartient, mais il n'en a rien à faire. Il ne veut pas savoir. Il n'en a pas besoin. Parce qu'il sait que c'est vers elle qu'il doit diriger son cosmos. Il sait que c'est vers elle que son armure lui demande d'aller. Et il sait que c'est vers elle qu'il ira dès qu'il l'aura revêtue. Son armure. L'armure d'Or du Cancer…

...^...

Kiki a subitement mal à la tête. Il ne sait pas pourquoi, et il ne se souvient pas d'avoir eu mal avant d'arriver dans cet endroit maudit. Certainement les mauvaises ondes de cette fichue plaine…

Il se tourne vers Jie-Hu, qui l'observe calmement, toujours assis sur la caisse de l'armure du Cancer.

« Tu as d'autres questions ?

- Non, Kiki. Tu as répondu à toutes mes interrogations. Je te remercie, répond-il en souriant.

- Alors, c'est parfait. Nous n'avons plus qu'à attendre le retour de Shun.

- Je crois que nous n'aurons pas à attendre longtemps » rétorque le petit Chinois, en pointant du doigt une ombre qui apparaît à une centaine de mètres d'eux.

Le Bélier lance un coup d'œil étonné à son jeune vis-à-vis, et se retourne pour regarder dans la direction qu'il vient de lui indiquer. Il fronce ses points de vie et reconnaît effectivement Shun qui avance vers eux.

« Par Athéna, quelle rapidité ! »

Kiki ferme les yeux et se téléporte auprès de son ami.

« Alors ? Ça a marché ? Tu as pu lui parler ?

- Oui, Kiki… J'ai pu lui parler.

- Et ?...

- Je ne sais pas… J'ai appris beaucoup de choses, c'est indéniable. Hadès a été beaucoup plus bavard que je ne l'aurais cru… Mais pour l'instant, je ne sais pas quoi en penser. J'ai besoin d'un peu de temps.

- Et tu crois que nous pourrons l'aider ? Que nous pourrons aider Seiya ?

- Peut-être bien…

- Alors c'est plutôt une bonne nouvelle, non ?!

- Je n'en sais rien, Kiki. Je t'ai dit que j'avais besoin de temps. Et vous ? Tout s'est bien passé avec Jie-Hu ?

- Oui, il a été sage comme une image ! Par contre, j'ai attrapé un satané mal de tête…

- Alors, partons d'ici, si tu le veux bien. Je ne supporte plus cet endroit ».

Les deux chevaliers rejoignent Jie-Hu, qui bondit aussitôt sur le sol. Kiki prend la caisse de l'armure du Cancer sur son dos, et attrape la main du petit garçon. Ce dernier saisit la main de Shun, et il ferme les yeux.

Et ils disparaissent tous les trois de la plaine désertique de Yomotsu.


Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan

Acrisios est agréablement surpris. Son ami semble absolument en pleine forme, et il comprend qu'il n'a probablement plus besoin de se faire de souci pour lui. Il est définitivement redevenu le même qu'avant. Celui qu'il était avant l'attentat. Avant sa blessure.

« Eh bien Hikari ! Je dois avouer que je suis impressionné !

- Par quoi ?! Je ne te savais pas si impressionnable !

- Tu as l'air au meilleur de ta forme !

- Pourquoi ? Tu en doutais ?

- Non… Mais… c'est-à-dire que lorsque tu es parti du Sanctuaire l'autre jour, tu n'étais pas vraiment encore, comment dire…, complètement « toi-même ».

- Si je l'étais ! Mais tu étais trop obnubilé par ton insupportable rôle de protecteur pour le voir… Athéna soit louée que tu sembles enfin avoir oublié cette satanée manie !

- Manie ou pas, je crois plutôt que ce sont tes nombreux entraînements avec ton maître qui t'ont redonné toutes tes capacités.

- A vrai dire, je dois reconnaître que tu n'as probablement pas tort… Mais arrête un peu de bavarder, et essaie plutôt de rester debout après ça ! »

Et l'apprenti des Gémeaux disparaît sous une explosion de cosmos, au milieu de laquelle le jeune Pégase l'attaque avec toute la force de ses poings.

...^...

Seiya écoute d'une oreille distante ses deux camarades, en observant le combat de son disciple contre le futur Gémeaux. Il ne peut s'empêcher de garder un œil inquiet et protecteur sur son ancien élève, même s'il sait pertinemment qu'une telle attitude n'est en rien nécessaire. En tout cas pas maintenant.

« Tu n'es pas d'accord avec moi, Seiya ?

- Quoi ?!...

- Surtout, ne te prive pas de nous dire que notre conversation t'ennuie… s'agace le chevalier de l'Ophiuchus.

- Non, elle ne m'ennuie pas. C'est juste que je ne vous écoutais pas …

- Au moins, ça a le mérite d'être clair ! s'amuse Marine, en adressant un sourire complice à sa coéquipière.

- Oui… Ça, pour être clair… Mais, j'aimerais tout de même connaître ton point de vue, si cela ne te demande pas trop d'effort…

- Mon point de vue à quel sujet, Shaina ?

- Non mais c'est pas vrai ! Tu le fais exprès ou quoi ?

- Non, Shaina… rétorque le Sagittaire en riant. Je suis désolé, je n'étais pas concentré. Je t'en prie, s'il te plaît, répète-moi de quoi vous étiez en train de parler.

- Bon, alors je reprends ! Pour le petit là-bas qui n'écoutait pas !...

- Eh oh, nous ne sommes pas à l'école !

- Ne m'interromps pas, s'il te plaît !

- Entendu, pardon… »

Marine observe ses deux camarades qui se disputent comme… des enfants. Et elle se sent presque soulagée de constater la légèreté du ton employé par son ancien apprenti. Celui-ci semble effectivement aller beaucoup mieux, et elle ne peut que s'en réjouir.

« Alors… reprend l'Italienne, j'expliquais à Marine que les Américains avaient mené deux offensives terrestres dans le Sud-Ouest du Pays il y a quelques jours, et qu'ils avaient récupéré à cette occasion un certain nombre de documents intéressants concernant le régime des Talibans.

- Tu parles ! Il n'y avait personne là-bas… Les Américains n'ont pas eu grand-chose à y faire, ni grand monde à combattre. De la poudre aux yeux tu veux dire !

- Tu exagères…

- Non ! Et je ne comprends pas ce qu'ils attendent pour les exterminer tous ! Les Talibans, Al-Qaïda… »

Finalement, la colère du Sagittaire est toujours là. Et le chevalier de l'Aigle n'en revient pas de la rapidité avec laquelle il a changé d'attitude…

« Et puis tu oublies une chose, Seiya, ajoute la femme aux cheveux verts.

- Oui, laquelle ?

- Il n'est pas improbable que ces attaques n'aient été que de simples diversions.

- Des diversions pour quoi ?

- Pour infiltrer des troupes ailleurs…

- Peu importe, puisque leurs troupes ne servent à rien !

- Non Seiya ! Je pense que Shaina n'a probablement pas tort ! » interrompt une voix familière.

L'Ophiuchus se tourne dans la direction de l'homme qui vient d'arriver auprès d'eux, et le salue aussitôt.

« Bonjour Shiryu ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?

- Bonjour vous trois ! J'ai accompagné Dimitri à Kaboul ‒ il avait besoin de voir son maître ‒ et je me suis dit que j'allais en profiter pour vous rendre une petite visite.

- Tu as eu une très bonne idée !

- Et qu'as-tu fait de Jie-Hu ? interroge Seiya en adressant un regard étonné à son camarade.

- Je l'ai laissé sous la bonne garde de Kiki. Mais je ne serai absent que quelques jours, je compte repartir dès demain.

- Attends ! Ne pourrais-tu pas rester un jour de plus ? le coupe Marine.

- Heu, si, je le pourrais… Mais pour quelle raison, s'il te plaît ?

- Eh bien, Acrisios et moi devons partir dans l'Est tout à l'heure. Il a lui aussi besoin de voir son maître…

- Oui, et toi, tu as besoin de voir le Scorpion !

- Seiya ! proteste Shaina, en lui donnant un léger coup de coude dans les côtes.

- Pardon… Excuse-moi Marine… Continue, je t'en prie.

- Merci. Où en étais-je déjà ?... Ah oui, donc je disais que nous allions partir tout à l'heure, et si toi, Shiryu, tu restes ici, je pensais que Shaina pourrait peut-être nous accompagner. Qu'en penses-tu ? demande-t-elle à l'intéressée.

- Je ne sais pas… Je n'avais pas envisagé cette possibilité…

- Allez, s'il te plaît… insiste la Japonaise. Cela me ferait plaisir de faire la route avec toi, et de passer un jour de plus en ta compagnie. Nous aurons rejoint Ikki et Jabu pour le dîner, et tu pourras revenir ici dès demain si tu le souhaites.

- A vrai dire, ce n'est pas une mauvaise idée… J'accepte volontiers ! finit par concéder l'Ophiuchus. Enfin, si Shiryu et Seiya sont d'accord pour que je les abandonne quelques heures.

- Je n'y vois aucune objection, rétorque le chevalier de la Balance.

- Et toi Seiya ? Tu es d'accord ?

- Oui » répond-il sans ajouter un mot.

Shaina sent un frisson parcourir son dos. Elle n'a pas besoin d'en entendre davantage pour savoir ce que le Sagittaire en pense… Et si sa réaction ne l'étonne pas vraiment, elle doit reconnaître qu'elle l'inquiète malgré tout.

Elle va devoir lui parler avant de partir. A condition qu'il veuille bien l'écouter…


Sanctuaire

June n'en peut plus de la pile de dossiers qu'ils consultent depuis des heures, des lignes de chiffres qui se confondent devant ses yeux, des questions, des articles, paragraphes et autres alinéas qui se brouillent dans sa tête. Elle se laisse tomber sur le fauteuil de son bureau, en échappant un soupir d'agacement presque rageur.

« J'en ai ras-le-bol de tous ces textes, et de ce charabia incompréhensible ! Pourquoi les scientifiques sont-ils incapables de rendre leurs travaux intelligibles pour le commun des mortels ?

- Ça, c'est à cause de leurs fichus doctorats !… Blague à part, j'ai connu autrefois un biologiste marin qui travaillait sur une espèce assez particulière de phytoplancton, un truc dans le genre bioluminescent ‒ Noctiluca quelque chose si je me rappelle bien ‒ et je dois reconnaître que, malgré ma totale incapacité à comprendre le moindre mot qui sortait de sa bouche, je le trouvais fort intéressant. A vrai dire, je buvais même littéralement ses paroles, surtout quand il apportait des précisions dont je ne saisissais ni l'intérêt, ni la valeur. Et je me rappelle que ses yeux… ses yeux étaient vraiment… comment dire… captivants…

- Oui… Très bien… Et je peux savoir quel est le rapport avec ce que je viens de dire, Sorrento ?

- Pardon, effectivement, je me suis égaré… Ce que je voulais indiquer en faisant référence à cette anecdote, ma foi un peu trop personnelle, je te l'accorde, c'est qu'il semble que la clarté des propos exprimés soit en général inversement proportionnelle au nombre d'années passées sur les bancs de l'université. D'où la référence au doctorat pour expliquer ton souci de compréhension.

- Ah… Eh bien, j'en déduis que tu en possèdes un toi-même !

- Quoi donc ?

- Un doctorat, évidemment ! Car je n'ai rien compris à ce que tu viens de raconter ! conclut le Caméléon, en riant.

- Touché !

- Coulé, tu veux dire ! »

Le Marina décroise ses jolies jambes, se penche sur le devant de sa chaise, et avance son buste au-dessus du bureau. Il approche son visage de celui de June et plonge ses yeux dans les siens.

« Torpillé, je dirais même… »

Il recule à nouveau contre son dossier, et recroise ses jambes l'une sur l'autre.

« Mais, il n'en demeure pas moins que nous devons poursuivre la lecture de ce rapport… Voyons voir… »

L'Autrichien prend le document abandonné par June entre ses mains, et se racle la gorge avant de commencer à lire à voix haute.

« Question 6, point 4. La stabilisation du forçage radiatif exigera des réductions des émissions de gaz à effet de serre et des gaz qui contrôlent leur concentration. Si l'on prend l'exemple du gaz à effet de serre anthropique le plus important, des modèles du cycle du carbone indiquent que… » (1)

« Bon… Effectivement, je crois que tu as raison. Nous avons besoin d'une pause ! Le GIEC attendra, et le changement climatique aussi. De toute façon, au point où nous en sommes…

- Ne sois pas si défaitiste…

- Je ne suis pas défaitiste, seulement réaliste… Je ne crois pas les hommes capables de sacrifier leurs modes de vie pour mettre en place les actions nécessaires permettant de lutter contre la hausse des températures.

- Alors pourquoi t'intéresses-tu à tout cela ?

- Parce que nous n'avons pas le choix…

- Alors, je te souhaite bien du courage…

- Il ne s'agit plus de courage, June, mais plutôt de prières…

- Alors je pense que tu as besoin d'un verre ! Ou, plutôt, vu l'heure, d'une tasse de thé ! Je peux mettre en route la bouilloire, si tu veux.

- Non merci. Ce n'est pas de thé dont j'ai envie… »

Sorrento décroise encore une fois ses jambes ‒ décidément il n'arrête pas avec ça ‒ et se lève. Il contourne le bureau recouvert d'une multitude de papiers éparpillés dans tous les sens, et s'arrête en face de la jeune femme, qui le dévisage avec circonspection. Une circonspection assez relative malgré tout... Il pose ses mains sur ses cuisses, et s'incline vers elle, en arrêtant ses lèvres à quelques centimètres des siennes.

« Et toi, de quoi as-tu envie ?

- D'une tasse de thé, je viens de le dire… parvient-elle à articuler.

- En es-tu bien certaine ? »

La Sirène décale ses lèvres un peu sur la droite, et effleure la peau qu'il sait si sensible, juste en dessous de son oreille. Il la frôle d'une caresse imperceptible, d'un souffle immatériel. June frissonne. Sorrento sourit.

« Eh bien moi, j'ai envie de toi, ma belle… »

Il place alors ses jambes de part et autre de ses cuisses, et s'assied au-dessus d'elle. Il prend son visage entre ses mains et l'embrasse.

« Je t'aime … »

June écarte ses lèvres pour répondre à ce qu'elle a fini par accepter d'entendre. Car elle a compris ce que Sorrento représentait pour elle, et elle sait aussi ce qu'elle représente pour lui. Ils ont besoin l'un de l'autre, comme ils ont tous les deux besoin de lui. Et elle n'a donc plus qu'un seul désir : partager avec la Sirène une partie de l'amour qu'elle lui porte. Puisque Shun, lui, ne peut pas l'accepter.

« Je t'aim… »

Mais les lèvres du Marina se referment sur les siennes, comme pour l'empêcher de prononcer des mots qu'elle pourrait regretter. Alors, elle l'attire vers elle, pour lui faire comprendre ce qu'elle ressent, sans formuler les mots que lui, ne veut pas entendre.

Soudain, la porte s'ouvre. Par tous les Dieux, pourquoi n'a-t-elle pas pensé à fermer à clef ?!

Elle repousse le Général presque par réflexe, et se penche sur le côté pour vérifier l'identité de celui qui vient de les surprendre. Et elle sent aussitôt son cœur se briser, se déchiqueter. S'évaporer.

Shun la regarde sans comprendre. Il la dévisage sans bouger, à travers ses lunettes, qui ne masquent pas la peine qui voile déjà ses yeux. Il lui tourne le dos sans laisser échapper un mot, et part en courant. Le plus vite possible.

Sorrento n'a pas eu besoin de se retourner pour savoir qui se tenait à l'instant derrière lui. La stupeur qu'il a lue dans les yeux de June a été son miroir. Il se lève et prend la main de la jeune femme dans la sienne.

« Viens, nous devons lui parler. »


Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan

Shaina prépare ses affaires, juste le strict nécessaire, et sort de leur refuge. Elle se dirige vers Marine, qui s'applique à attacher une gourde remplie d'eau à sa ceinture.

« Tu sais où est Seiya ?

- Oui, il est parti par-là, juste derrière ces rochers.

- Tu m'accordes quelques minutes ? J'aimerais voir quelque chose avec lui avant de partir.

- Bien entendu. De toute façon, je veux prendre le temps de dire au revoir à Hikari. »

L'Italienne remercie son amie et part rejoindre le Sagittaire. Elle doit lui parler, elle sent qu'il en a besoin. Elle le retrouve facilement, guidée par la tension qu'elle peut lire dans son cosmos. Il ne semble pas vraiment en colère, mais plutôt frustré. Contrarié.

« Seiya, je peux savoir ce que tu as ? »

Pas de réponse. Comme souvent. Il se contente de décroiser les bras, et de s'écarter de la paroi rocheuse contre laquelle il était appuyé. Elle commence à avoir l'habitude de ses silences…

« Ecoute, si tu ne veux pas me parler, tant pis. Mais arrête de faire la gueule comme ça. Les autres vont se poser des questions.

- Des questions à quel sujet ?

- Ne fais pas l'imbécile.

- Sur nous ? Ils n'ont pas à se poser de questions, puisqu'il ne se passe rien.

- C'est ce que tu penses ?

- Non. Mais c'est visiblement ce que toi tu penses.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Tu te fous de moi ? C'est à ton tour de jouer à l'imbécile !

- Seiya… Ne me dis pas que tu es jaloux ?

- Et pourquoi n'aurai-je pas le droit de l'être ?

- Je ne comprends pas. Je croyais que cela n'avait pas d'importance ?

- Quoi donc ? Que tu couches avec Ikki ? Non, cela n'a pas d'importance. Ce qui me gêne, c'est ce que tu ressens pour lui.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Rien. Laisse tomber.

- Non ! Mais, enfin Seiya, qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce que tu attends de moi ?

- Je n'en sais rien. Je crois que j'ai juste besoin de toi… ».

Il s'approche d'elle, pose sa main contre sa joue, et l'embrasse. Shaina recouvre sa main avec la sienne, et lui rend son baiser, avant de s'écarter de lui. Elle recule de plusieurs pas, sans le quitter des yeux, et passe nerveusement les doigts dans ses cheveux.

« Je sais… poursuit-elle. Mais je ne serai partie que quelques heures.

- Mais je ne veux pas rester seul !

- Enfin, tu ne seras pas seul. Tu seras avec Hikari et Shiryu.

- Oui, mais ils ne peuvent rien pour moi… Et surtout… »

Seiya baisse la tête, et enfonce les ongles de ses doigts dans la paume de ses mains.

« Et surtout quoi ?

- Shaina, je ne sais pas si je pourrai garder le contrôle sans toi… Le contrôle sur ma rage et ma colère.

- Bien sûr que tu le pourras ! En tout cas, moi j'ai confiance en toi.

- Ah oui ? Alors, tu es bien la seule...

- Non, nous avons tous confiance en toi. Et tu verras que tout se passera bien. »

Il relève la tête, et Shaina comprend à la peine qu'elle peut lire dans ses yeux qu'il ne semble pas convaincu par ce qu'elle vient de dire.

« S'il te plaît, ne pars pas ! la supplie-t-il, avec un début de sanglot dans la voix.

- Je serai de retour dès demain…

- Mais je ne veux pas… Je ne veux pas que tu le touches… Je ne veux pas qu'il te touche…

- Non ! Tu n'as pas le droit de me demander ça ! Tu savais depuis la première fois que nous avons fait l'amour tous les deux que je ne le pourrai pas. Je l'aime, tu comprends !

- Et alors ? Tu m'aimes aussi, non ? Et depuis plus longtemps…

- Seiya… Je ne sais pas quoi te dire. Et je ne sais plus où j'en suis... Mais ce que je sais, c'est que je ne peux pas tirer un trait sur mon amour pour Ikki. J'en suis incapable ! »

En s'entendant prononcer son nom, Shaina ne peut retenir ses larmes. Et sa rage et son dégoût pour elle-même lui donnent le tournis. La nausée. Comment a-t-elle pu en arriver là ? Comment a-t-elle pu se laisser aller de la sorte ? Elle qui a toujours tout contrôlé dans sa vie…

Seiya la regarde et comprend ce qu'il doit faire. Il ne veut pas la faire souffrir. Il ne le supporterait pas. Car il sait qu'elle est certainement la seule à pouvoir l'écouter et à pouvoir soulager sa douleur.

Il s'approche à nouveau d'elle et prend sa tête entre ses mains. Il colle son front contre le sien, et plonge ses yeux dans ce regard vert qui l'apaise.

« Pardonne-moi » lui dit-il, en essuyant ses larmes avec les pouces.

« Je sais que je n'ai pas le droit de te demander de l'oublier. Et je sais que c'est de ma faute si on se retrouve dans cette situation. Tu n'as pas à t'en vouloir, tu n'es pas responsable. Pars. Vas le rejoindre. Je ne t'en voudrai pas, et tout ira bien. »

Shaina ferme les yeux, et prend le temps d'intégrer les mots qu'elle vient d'entendre. Et si Seiya avait raison ? Si elle n'était effectivement pas responsable ? Et bien qu'elle ne comprenne pas ce subit changement d'attitude, elle n'a aucun doute sur sa sincérité. Car elle ne ressent plus aucune colère, plus aucune tristesse émaner du cosmos de l'homme qu'elle ne peut s'empêcher d'aimer.

« Tu es sûr ? murmure-t-elle, après avoir rouvert les yeux.

- Oui, je le suis. Oublie tout ce que je viens de dire. Et va retrouver Marine. Elle doit t'attendre.

- Entendu. Alors à demain.

- Oui, à demain. »

Le Sagittaire regarde l'Ophiuchus s'éloigner, et à cet instant, il se sent parfaitement bien. Comme il ne s'était plus senti depuis longtemps. Depuis des semaines.

Il sait qu'il a besoin d'elle. Mais il sait aussi qu'il ne peut pas lui demander d'effacer ce qu'elle a mis si longtemps à accepter. Il n'a aucun doute sur l'amour qu'elle porte à Ikki, car il peut lire dans son esprit comme dans un livre ouvert. Mais il n'a aussi aucun doute sur l'amour qu'elle lui porte à lui. Elle les aime tous les deux, et il est prêt à l'accepter. Parce qu'il a compris qu'il ne pourrait plus se passer d'elle. Elle qui est la seule à pouvoir lui faire oublier sa présence, et à pouvoir faire taire la voix, sa voix, qu'il entend dans sa tête.

Il se frotte les cheveux avec la main droite, pour se remettre les idées en place, et décide de rejoindre le refuge. Il voudrait saluer Marine avant son départ.

Soudain, une douleur, presque imperceptible, lui serre la poitrine. Celle-ci se faufile le long de son cou, jusque dans sa tête. Elle s'y installe tranquillement, et tandis qu'il marche, il entend à nouveau le son de sa voix.

« Voilà qui est parfait ! Maintenant que cette idiote t'a enfin laissé tranquille, tu vas pouvoir accomplir ce que je te demande. Ce que tu crèves d'envie de faire depuis des semaines... Exercer ta vengeance ! Et tu verras que tu aimeras ça ! Oh oui, tu aimeras !... »

Et son rire résonne dans sa tête. Le rire d'Hadès. Et tandis qu'il met toujours un pied devant l'autre, pour rejoindre ses camarades, un sourire ravi apparaît sur le visage du Sagittaire...


Sanctuaire

Shun claque la porte de son bureau et fonce vers la grande fenêtre. Il plaque son front contre la vitre et ferme les yeux. Il n'arrive pas à croire ce qu'il vient de voir. Et il n'arrive pas à définir ce qu'il ressent. De la peine ? Certainement. De la colère ? Pas vraiment. Il en est incapable. De la jalousie ? Sans doute. Du désir ? Oui… avec certitude.

Les voir ainsi, tous les deux, l'un contre l'autre, ou plutôt, pour être précis, l'un sur l'autre, lui a renvoyé en plein visage la réalité de leurs sentiments. Ces deux-là s'aiment. C'est une évidence, et il ne s'explique pas comment il n'a pas pu s'en rendre compte avant. Pourtant, il sait aussi qu'ils l'aiment lui. Tous les deux. Alors il ne comprend plus. Tout se brouille dans sa tête.

Il avait juste besoin de lui parler. A elle. Il avait juste besoin de lui dire combien ce qu'il vivait en ce moment, ce qu'il avait vécu ce matin, lui semblait difficile, insurmontable. Sans rien lui expliquer, il ne l'aurait pas pu, mais juste pour s'ouvrir à elle, encore un peu plus. Parce que, pour une fois, il pensait en être capable.

Et à la place de cela, il l'a vue dans ses bras à lui. Et il l'a vu dans ses bras à elle. Et il ne parvient pas à ôter cette image de son esprit. Pourquoi ne parvient-il pas à lâcher prise ? Pourquoi ne pourrait-il pas se laisser aller lui aussi ? Pourquoi ne se permettrait-il pas d'exprimer le désir qu'il sent imprégner chaque parcelle de son âme ?

Parce qu'il n'en a pas le droit. Mais, encore une fois, pourquoi ? Qui lui impose une telle chose ? Personne. Personne à part lui-même. Et aujourd'hui, il sent qu'il n'a plus envie de s'écouter. Qu'il pourrait passer outre toutes les barrières qu'il s'est dressées devant lui.

Il tape son front contre la vitre. Une fois. Deux fois. Il doit chasser ces pensées de son esprit. Tout de suite. Vite. Le plus vite possible…

Soudain, des bruits de pas, et une porte qui s'ouvre. Et déjà, il peut entendre la voix de June derrière lui. Cette voix qu'il aime tellement écouter, mais qui aujourd'hui, lui brise le cœur.

« Shun ! Je te demande pardon ! Je suis tellement désolée ! »

Le chevalier de la Vierge se retourne et s'écarte un peu de la fenêtre.

« Tu n'as pas à t'excuser. Tu es une femme libre.

- Mais, tu n'aurais pas dû nous voir ! Tu n'aurais pas dû savoir !

- Cela n'a aucune importance, je te le jure…

- Si, cela en a ! Cela en a pour moi ! Oh, Shun, tu as le droit de me détester ! S'il te plaît, dis-moi que tu me détestes !

- Non, je ne te déteste pas, comment est-ce que je le pourrai ? »

Sorrento écoute sans dire un mot, adossé contre la porte du bureau qu'il a refermée, à clef, derrière lui.

« Si déteste-moi ! Déteste-moi, puisque tu ne peux pas m'aimer !

- Arrête, tu sais que ce n'est pas vrai…

- Alors, prouve le moi ! » murmure-t-elle en s'approchant de lui.

Elle se met sur la pointe des pieds et dépose un baiser sur ses lèvres.

« Je t'aime Shun. Je t'aime tellement…

- Et lui ? Tu l'aimes aussi ? »

Pas de réponse. La Sirène profite de ce silence attendu pour avancer jusqu'à eux.

« Ce n'est pas facile pour elle, Shun.

- Je le sais, Sorrento.

- A vrai dire, ce n'est pas facile pour aucun de nous … Et je sais que c'est en grande partie de ma faute. Alors je vous demande pardon, à tous les deux, de m'être ainsi imposé dans vos vies. »

Il hésite quelques secondes, avant de poursuivre, plus calmement.

« Je ferais mieux de partir.

- Non ! Reste, je t'en prie ! proteste la jeune femme, en lui prenant la main. Tu sais que j'ai besoin de toi.

- Non, June. C'est de Shun que tu as besoin. Pas de moi.

- Tu te trompes. »

Elle porte la main de la Sirène à sa bouche, et effleure ses doigts avec ses lèvres, doucement, avec tendresse, pour lui faire comprendre à quel point il se trompe. Le Marina ferme les yeux et prend une profonde inspiration. Il sait qu'il devrait partir, il sait qu'il devrait les laisser seuls. Mais il ne le peut pas. Il rouvre les yeux, et au lieu de s'en aller, il place sa main libre derrière la nuque de June, et l'embrasse.

Shun les regarde. Il ne peut pas détacher ses yeux d'eux, de la sensualité qu'ils dégagent, du plaisir qu'ils partagent.

Lâcher prise… S'abandonner à ce qu'il ressent, à ce qu'il désire…

Sorrento interrompt son baiser, pour reprendre son souffle, et se donner le temps de profiter de ce moment qu'il sait particulier. Il sent que Shun les observe, qu'il ne les quitte pas des yeux. Et il devine sans peine ce qu'il veut au fond de lui. Car il peut toujours lire dans son cœur, et il n'a aucun doute sur ce qu'il peut y voir…

Shun recule vers la fenêtre, et pose ses mains à plat contre la vitre, comme pour se convaincre de sa capacité à ignorer la volupté des gestes devant lui, et à faire abstraction de son propre désir.

L'Autrichien délaisse alors June un instant, et avance vers l'homme qu'il ne peut s'empêcher d'aimer depuis plus de quatorze ans. Il approche lentement son visage du sien, pour vérifier qu'il ne le rejette pas, même s'il a maintenant la conviction que ce ne sera pas le cas. Il le regarde dans les yeux, et, avec délicatesse, il lui retire ses lunettes. Il les pose sur le guéridon à côté de la fenêtre, et plaque sa main droite contre sa joue. Shun baisse ses paupières et appuie sa peau contre sa paume. Sorrento approche ses lèvres des siennes, il les frôle doucement, avec hésitation, presque timidement, et dépose enfin le baiser qu'il n'en pouvait plus d'attendre. Shun se laisse faire, s'abandonne à sa caresse. Il ouvre sa bouche, et leurs langues déjà se touchent, s'effleurent.

Le Marina sent un corps se lover contre son dos, et une main parcourir son torse. June le caresse tendrement, du bout des doigts, sans interférer dans leur baiser, et une onde délicieuse parcourt son échine. Il plaque alors Shun plus fermement contre la fenêtre, et se détache de sa bouche pour explorer son cou.

La jeune femme s'écarte un peu de la Sirène, et dépose à son tour ses lèvres sur celles de Shun. Celui-ci place sa main dans le bas de sa nuque et approfondit leur baiser. Il l'embrasse passionnément, comme il rêvait de le faire depuis toujours, et comme il aurait dû le faire depuis longtemps.

Le Général relève la tête et profite du spectacle qui s'offre à lui. Il admire le baiser que les deux êtres qu'il aime de toute son âme sont en train d'échanger. Et cette vision décuple son propre désir. Son désir pour elle, et son désir pour lui. Il se met à genoux, et faufile ses mains sous le T-shirt de Shun. Il approche ses lèvres de son ventre, et commence à le parcourir avec sa bouche. Il fait ensuite glisser ses doigts plus bas, entre ses jambes, et le caresse, d'abord doucement, puis plus fermement. Et il sourit en constatant l'effet produit par ses gestes qu'il veut délicats et efficaces. Il défait la ceinture de son pantalon, et le fait descendre le long de ses jambes. Andromède ne réagit pas, toujours occupé à dévorer les lèvres de la femme qui ondule contre lui. Mais il ne peut retenir un gémissement lorsqu'il sent la bouche de la Sirène se refermer sur son sexe. Le Caméléon lui mord alors doucement les lèvres, comme si elle voulait emprisonner ses cris.

Shun ne résiste pas longtemps à ce supplice, et s'abandonne enfin au plaisir qui le consume. Il bascule la tête contre la vitre, pour chercher à reprendre son souffle. Sorrento se libère alors de lui, et se retourne pour commencer à déshabiller June. Il lui retire son pantalon, la libère de sa culotte, et défait un à un les boutons de son chemisier. Il écarte les pans du tissu, et effleure ses seins du bout des doigts. Il prend le temps de l'admirer, cette femme magnifique, dont il connaît désormais parfaitement le moindre centimètre de peau, le moindre grain de beauté, la moindre cicatrice.

Il recule un instant, pour permettre à Shun de la contempler lui aussi. Celui-ci la regarde, la tête toujours plaquée contre la vitre, et sans la quitter des yeux, il ôte son T-shirt. L'Autrichien s'en saisit, et le jette sur le côté, en poussant aussi du pied le pantalon qui était toujours devant lui. Il se place ensuite derrière June, et lui enlève son chemisier, qu'il laisse délicatement tomber sur le sol.

La femme chevalier se retrouve entièrement nue, entre les deux hommes qu'elle aime, et qu'elle veut satisfaire. Le Marina la pousse contre celui qu'ils désirent tous les deux, jusqu'à ce que leurs deux corps se touchent, et que leurs lèvres se frôlent à nouveau. Il retire à son tour ses vêtements, et vient se nicher contre les reins de la femme qu'ils serrent contre eux.

Il embrasse son épaule et prend ses seins entre ses mains. Il en effleure les contours, puis s'attarde sur leurs pointes, qu'il presse délicatement contre ses paumes. Il la caresse, il ne voudrait jamais s'arrêter de la caresser. Et il la caresse encore pendant que Shun lui fait l'amour. Enfin. Comme il aurait dû le faire depuis longtemps. Comme il aurait dû le faire depuis toujours.


Sud des montagnes de l'Hindou Kouch, Afghanistan

Shaina descend en courant le long du sentier qu'elle avait emprunté avec Seiya l'autre jour. Elle aperçoit la rivière dans laquelle ils s'étaient rafraichis, et repense à ce qu'elle avait ressenti à ce moment-là. Elle n'aurait alors jamais imaginé se retrouver au point où elle en est aujourd'hui…

Mais où en est-elle d'ailleurs ? Elle doit reconnaître qu'elle n'en a pas la moindre idée. Elle ne sait même pas ce qu'elle fait ici, à courir pour aller rejoindre celui qu'elle aime de toute son âme. Celui qu'elle est pourtant en train de trahir, pour lui, son Sagittaire. Malgré ce qu'elle ressent pour lui, pour Ikki, et malgré elle.

Que va-t-elle dire à Ikki quand elle sera auprès de lui ? Comment réagira-t-elle quand elle le regardera dans les yeux, qu'il la prendra dans ses bras, et qu'il lui dira qu'il l'aime ? Car il le fera, elle en a la certitude. Alors, comment pourra-t-elle le laisser faire, l'écouter, et répondre à ses caresses, après ce qu'elle vient de vivre ?

Elle n'en sait rien. Absolument rien. Mais ce qu'elle sait, c'est qu'elle ne veut pas le faire souffrir, et qu'elle ne veut pas le perdre. Elle ne veut perdre aucun d'eux. Ni Ikki, ni Seiya. Alors, c'est elle qu'elle va laisser souffrir. Comme elle l'a toujours fait, et comme elle sait qu'elle continuera à le faire, quoi qu'il arrive. Parce que pour elle, rien d'autre n'est plus important.


A suivre…

Merci de m'avoir lue… j'espère que cela vous a plu…


Note de fin : Voilà… J'espère ne pas être allée trop loin avec la scène dans le bureau, et de ne pas vous avoir "choqués"… Si c'est le cas, alors je m'en excuse. Mais là encore, il s'agissait d'un passage assez important pour moi, que j'avais aussi imaginé depuis longtemps. J'ai bien conscience d'avoir écrit quelque chose d'un peu "osé", mais franchement, je ne voyais pas comment la relation entre ces trois-là aurait pu évoluer autrement… Trop de désir, trop d'amour, trop de frustrations aussi… J'espère que vous aurez malgré tout apprécié la lecture de ce passage un peu "particulier" (pour ceux qui l'auront lu jusqu'au bout), et je vous dis à bientôt pour la suite. Enfin, j'espère…

(1) Ces phrases ne sont bien évidemment pas de moi… mais des experts du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Voici la source originale, pour ceux que cela pourrait intéresser : Changements climatiques 2001 : Rapport de synthèse. Contribution des Groupes de travail I, II, et III au Troisième rapport d'évaluation du GIEC.