Chapitre 21 – Rencontre funeste
En nous approchant du camp, nous sûmes immédiatement que quelque chose n'allait pas. Les colonnes de fumées étaient bien trop grandes pour des feux de camps, et aucun bruit n'était audible. Et plus nous avancions, plus nous pouvions sentir cette sinistre odeur, celle de la mort.
- Cela ne me dit rien qui vaille. Médolie, tu pourrais surveiller les environs depuis les airs ? Mieux vaut prévoir à toute éventualité.
- Aucun soucis. Je vous avertirai en cas de danger.
Couverts par Médolie, nous arrivâmes à l'entrée du camp, avant de nous figer de terreur. Devant nous s'étendait des dizaines de cadavres, éparpillés au milieu des restes calcinées des nombreuses tentes qui jonchaient le sol.
- Par les déesses… murmura Impa. Qu'a-t-il bien pu se passer ici ?
Je ne l'avais jamais aussi vu préoccupée. Elle avait déjà mis pied à terre et examinait les environs, mais je voyais qu'elle était très inquiète. Pire, elle semblait terrorisée. Et si quelque chose pouvait effrayer Impa, alors c'est que la situation était vraiment critique. Descendant également de cheval, je me dirigeais tant bien que mal vers une des malheureuses victimes. Au passage, je vis que Zelda avait pensée à couvrir les yeux d'Amipha. Tant mieux il y a certaines choses que les enfants ne méritaient pas de voir. Retenant mon écœurement à ce que j'allais faire, je commençais à examiner le cadavre. En apercevant l'énorme impact au niveau du flanc, je compris que le malheureux avait eu tous les os du bassin brisés. Mais aucune arme à ma connaissance ne pouvait faire autant de dégâts en un seul coup. En étudiant un autre cadavre, je fis le même constat cette fois, c'était le crâne qui avait été complètement fendu. Qui qu'avait pu être leur adversaire, il devait avoir une force prodigieuse. Alors que je me relevais pour me diriger vers Impa, je vis, chose surprenante, qu'il y avait aussi bien des bokoblins et des lézalfos que des maraudeurs. Et apparemment, ils avaient tous subis le même sort. Ce constat me laissa sans voix. Pourquoi des mercenaires et des monstres s'associeraient-ils entre eux ? Et surtout, qu'est-ce qui pouvait avoir autant de force pour anéantir une telle armée ?
Arrivé vers Impa, je m'aperçus qu'elle tenait entre ses mains un document récupéré sur un ce qui semblait être le chef de cette troupe, au vu de son armure et de sa magnifique épée, qui malgré la boue et le sang ressemblait fortement à…
- Une épée royale… C'est impossible…. Les seuls à pouvoir la porter sont….
En découvrant ma présence, Impa sursauta et rangea précipitamment le parchemin dans sa tenue.
- Impa qu'est-ce qui t'arrive ? Qu'est-ce qu'il y avait dans cette lettre ?
- Rien de bien important ne t'en fais pas.
Elle tentait de me le cacher, mais je percevais sa gêne d'avoir été surprise en pleine lecture mais pourquoi ? Et surtout, qu'est-ce qu'il y avait dans cette lettre pour pouvoir autant la troubler ? Mais quel que soit son contenu, il devait-être de la plus haute importance jamais le roi d'Hyrule n'aurait envoyé sinon un membre de sa garde personnelle.
Alors que je tentais de comprendre le comportement inhabituel d'Impa et la présence de ce garde royal au beau milieu du camp, Médolie se posa en catastrophe devant nous, avant de se relever les yeux pleins de terreur.
- De l'autre côté du camp… un monstre… un monstre gigantesque… il s'approche de nous… je crois… je crois qu'il nous a vu…
Et au moment où elle disait ces mots, un immense rugissement se répercuta dans tout le canyon, en même temps que je vis apparaître… Non, cela ne se pouvait ils avaient tous été tués depuis le Grand Chaos. Grand-père lui-même s'était occupé du dernier… Je me souvenais encore des soirs où il me racontait ses nombreux combats. Alors que j'adorais les écouter, j'avais fait des cauchemars avec celui-ci. Et avec raison. Craint des soldats, terreur des villages, même les monstres le fuyait, car son nom était synonyme de mort et désolation…
- Un lynel…. Saintes Déesses, un lynel d'argent !
J'étais terrorisé à l'idée de devoir en affronter un. Grand-père lui-même avait eu beaucoup de mal à en vaincre un autrefois, et pourtant il était beaucoup plus fort que je ne le serai sans doute jamais.
Un second rugissement me fit comprendre qu'il nous avait repéré. Attrapant Impa par la manche, nous nous mîmes à courir comme des fous vers nos montures. Mais en me retournant, je vis avec horreur que Médolie n'avait pas bougé.
- Impa ! Retourne avec Zelda et Amipha et fuyez le plus loin possible !
- Hors de question que je vous laisse toi et Médolie avec cette abomination !
- Impa ! Tu m'as dit plus tôt que j'étais le chef du groupe, alors fait ce que je demande !
- Link…
Jamais je n'aurais envisagé parler de cette façon à Impa, mais au vu des circonstances, je n'avais pas le choix.
- Impa c'est un ordre ! Pars ou je jure sur les déesses que je t'attache sur ce cheval avant de le lancer au galop !
Et sans lui laisser le temps de répondre à nouveau, je me dirigeais aussi vite que possible vers Médolie.
- Médolie ! Qu'est-ce que tu fais ! Sauve-toi !
Rien à faire. Elle était complètement figée, tétanisée par la peur. Et juste en face d'elle, je vis le Lynel. Jamais je n'avais vu un tel cauchemar. Mi-homme mi-cheval avec une tête de lion, il avait en plus deux énormes cornes au milieu d'une immense crinière de feu. Tout son corps était blanc, zébré de bandes violettes par endroits. D'après grand-père, de toutes les espèces de lynels ayant existée, c'était de loin la plus agressive et la plus résistante corrompu par le chaos, il devenait une machine de mort. Quand il se mit à me regarder, je vis une fureur et une envie de sang telle que je dû rassembler toute ma volonté pour ne pas fuir face à ce monstre.
Brusquement, il se tourna et se mit à foncer vers Médolie, une gigantesque massue à la main encore rouge de son dernier carnage. Avant même de me mettre à courir vers elle, je su que je n'arriverai jamais à l'atteindre en premier. Sans prendre le temps de réfléchir, et sachant d'avance que cela ne servirait qu'à l'énerver d'avantage, je bandais mon arc et visais soigneusement. Malheureusement, ma flèche passa loin derrière lui. Pestant intérieurement, j'en ressorti une autre en espérant faire mieux cette fois. Mais comme la précédente, elle passa trop loin de lui. Il n'était désormais plus qu'à une quinzaine de mètres de Médolie. Tentant de contenir la peur et la tension qui m'envahissait, j'encochais une ultime flèche. Je n'avais plus le droit à l'erreur, ou Médolie la payerait de sa vie. Concentrant toutes mes forces dans mes bras, je décochais en priant d'avoir bien ajusté mon tir. Ne perdant pas la flèche du regard, je la vis s'élever dans les airs, avant de commencer à retomber vers le sol. « Trop tôt » désespérais-je. Mais au moment où le lynel leva son imposante massue au-dessus de Médolie, mon projectile frappa pile dans son œil droit. Un hurlement de douleur résonna dans tout le canyon, tandis qu'il galopait dans tous les sens en tentant de retirer mon trait. Profitant du fait qu'il soit désorienté et à moitié aveugle, je me précipitais vers Médolie, et sans ménagement la tira brusquement vers moi.
- Médolie ! Cesse de rester plantée là et décolle ! Retrouve les autres et fuyez ! Tu m'as entendu ?!
Finissant enfin par retrouver ses esprits, elle acquiesça mollement avant de s'élancer maladroitement dans les airs, toujours paniquée. Mais au moins était-elle hors de danger.
Il ne restait plus que moi tous les autres s'étant, je l'espérais, échappés. Maintenant, je devais leur faire gagner le plus de temps possible. Sortant mon épée et ramassant un des boucliers au sol, je me mis en garde.
- Eh l'affreux ! C'est moi que tu cherches ? Je suis là ! Viens que je m'occupe de ton deuxième oeil !
A défaut d'être intelligente, la remarque eut l'effet escompté. Le lynel s'arrêta et se retourna en fulminant vers moi, son unique œil injecté de sang. Désormais, j'avais capté toute son attention. Voyant qu'il sortait un immense arc, je me mis à courir entre les restes des tentes, afin de l'empêcher de viser correctement. Je vis sa flèche passer juste derrière moi, mais au moment où elle toucha le sol, une énorme explosion me projeta à terre. Sonné, je tentais de me relever tant bien que mal, mais le lynel semblait bien décidé à ne pas m'en laisser le temps. Réencochant une autre flèche explosive, il tira cette fois juste à côté de moi. Cette nouvelle détonation me propulsa dans ce qui restait d'une des tentes cinq mètres plus loin. Le message était passé il comptait se venger avant de m'achever. Retenant avec peine la nausée qui s'installait, je voulu reprendre mon arme, avant de m'apercevoir avec terreur que je l'avais lâchée lors de l'explosion. Quant à mon arc, il ne lui restait plus que deux flèches, les autres ayant été détruites lors de l'impact. J'étais complètement désarmé. Le lynel du arriver à la même conclusion car il prenait tout son temps pour arriver, un sourire carnassier sur son visage.
Ainsi, c'était comme ça que j'allais finir écrasé par un monstre qui était censé avoir disparu depuis des années. Triste ironie, c'était grand-père qui avait vaincu ce qu'on croyait-être le dernier lynel, et aujourd'hui c'était son ultime représentant qui allait mettre un terme à notre famille. J'avais une fois de plus échoué. Le Prince, Impa, Médolie… ils avaient tous placés leurs espoirs en moi, et je n'avais pas su me montrer à la hauteur. Je n'avais rien d'un héros. Qui voudrait d'ailleurs de quelqu'un incapable de réussir quoi que ce soit en héros ? La seule chose que j'espérais était que Zelda, Impa, Médolie et Amipha aient pu suffisamment s'éloigner pour être en sécurité, surtout Amipha. Ce n'était encore qu'une enfant, mais elle avait bien plus de cran que nous tous. Au lieu d'être un problème supplémentaire, elle était devenue bien plus qu'un membre à part entière de notre groupe, surtout pour moi. Elle était celle qui avait su me redonner espoir, une raison de vivre. Et pour elle, j'étais devenu plus qu'un ami. Je la revois encore la veille venir vers moi, l'inquiétude visible dans ses yeux.
- Link, sais-tu ce qui nous attend demain ?
Le camp était bien visible désormais. Il ne faisait plus de doute que nous l'atteindrions demain. Je n'avais aucune idée de ce qui allait se passer bien sûr, mais je tenais malgré tout à la rassurer.
- Ne t'en fais pas, tout va bien se passer. On est un groupe, on s'aide les-uns les-autres. Et puis on sera là pour te protéger si besoin.
Cela semblait la rassurer un peu, mais je sentais que quelque chose la tourmentait.
- Qu'est-ce que tu as ? Quelque chose t'inquiète ?
- Tu vas certainement devoir te battre n'est-ce pas ?
Décidément, elle lisait en moi comme dans un livre ouvert. Je souhaitais que tout irait bien demain, mais je ne me faisais guère d'illusions.
- Probablement, mais on ne sait jamais. Qui sait, ce ne sont peut-être que des marchands.
Comme mensonge, j'avais déjà fait mieux. Et Amipha n'y cru pas plus que moi, car elle se jeta dans mes bras en pleurs.
- Link, je veux que tu me fasses une promesse. Si jamais tu devais te battre, promet-moi que tu reviendras en vie. Jure-le-moi s'il te plaît.
Comment ne pas dire oui à un enfant. C'était tout simplement impossible. De la même manière que j'étais devenu pour elle son grand-frère, elle était pour moi comme une petite-sœur. La serrant tendrement dans mes bras, je lui offris la réponse qu'elle attendait tant :
- Je te le promets. Quoi qu'il arrive, je reviendrai toujours pour toi.
- …Et ce n'est pas aujourd'hui que je romprai cette promesse. Pas question.
Durant des années, je n'avais cessé de fuir. Mais désormais, il n'était plus question de fuite ou d'abandon, et cela commencerait dès aujourd'hui. Me relevant tant bien que mal, je fis de nouveau face au lynel. Si je me rappelais bien le trajet, le garde royal devait se trouver… Bingo, je vis son armure dorée à environ une dizaine de mètres sur ma droite. Le problème, c'est qu'entre lui et moi, il y avait le lynel. Et au moindre pas, il me chargerait sans hésitation. Charger ? Mais bien sûr ! Une idée venait de se matérialiser dans mon esprit. C'était fou, mais elle pouvait m'offrir le temps nécessaire pour parcourir la distance. Il était temps de rappeler à ce monstre que le combat n'était pas terminé.
-Eh l'affreux ! Je commence à m'ennuyer moi ! Tu comptes m'achever ou attendre trois siècles ?
En réponse, il poussa un énorme rugissement et chargea. Tout se déroulait comme prévu. Maintenant, c'était quitte ou double le timing devait être parfait pour que le plan fonctionne. J'entendais mon corps hurler de m'enfuir face à ce monstre qui m'arrivait dessus à toute allure, mais je tins bon. Et juste avant d'être écrasé par sa masse, je bondis sur ma droite. Au même moment, j'entendis un violent choc, tandis que je sentais ses sabots marteler le sol juste à côté de moi. J'avais réussi. Sans hésiter, je me mis à sprinter vers le garde royal, espérant trouver… Elles étaient bien là à ses pieds reposait un impressionnant bouclier hylien, tandis que sa main tenait encore une splendide épée filetée d'or. Excellent. Non seulement les armes royales étaient magnifiques, mais en plus elles étaient d'une solidité et d'une efficacité à toute épreuve. Les ramassant rapidement, je me retournais au moment où le lynel achevait enfin sa course folle. En voyant que j'étais toujours en un seul morceau, il fut décontenancé, mais se ressaisit bien vite et fonça à nouveau vers moi. Sauf que maintenant, je connaissais sa faiblesse. Ce petit manège se poursuivit durant plusieurs longues minutes lui essayant de m'écraser dans ses charges, moi profitant de ma plus grande agilité pour les esquiver. Il enchaînait charge sur charge et semblait infatigable, ce qui n'étais malheureusement pas mon cas. En me jetant de côté pour esquiver un énième assaut, je sentis un de ses sabots frapper violemment ma cheville gauche. Lâchant un cri de douleur, je vis avec angoisse une énorme ecchymose apparaître. La situation devenait critique. Avec une entorse, impossible de continuer à esquiver ses attaques. Tentant de mettre tout mon poids sur mon pied encore valide, je me remis péniblement debout malgré la douleur intense. Le lynel avait dû sentir qu'il me heurtait, car il se préparait à lancer l'attaque finale, son immense arme tournoyant au-dessus de lui.
Brusquement, je vis une flèche sortir de nulle part se ficher dans son flanc. Et alors que le lynel hurlait de rage et de douleur, une voix que je connaissais trop bien criait :
- Link replie-toi vers ton cheval, je me charge de lui !
Il fallait croire que si donner des ordres était naturel, en recevoir l'était beaucoup moins pour Impa.
Tandis qu'elle continuait à harceler le lynel, j'avançais péniblement à l'aide de l'épée vers ma monture. Mais au moment où je parvins enfin à m'installer sur ma monture, je vis le gourdin du lynel propulser Impa et son cheval dans les airs, avant de retomber lourdement au sol.
- Impa !
En la voyant inerte sur le sol, je sentis une intense colère monter en moi. Une colère enfouie depuis trop longtemps au fond le moi et que j'empêchais durant tout de temps de ressortir. Mais aujourd'hui, elle venait d'être enfin libérée. Fou de rage, je me retournais vers le lynel.
- Toi, l'émissaire de Ganon, je te jure que tu vas retourner dans le néant que tu n'aurais dû jamais quitter.
Ivre de haine, je lançais ma monture au triple galop vers lui, tandis que j'attrapais le grappin qui pendait accroché à ma selle. J'avais un plan insensé, complètement suicidaire, mais je n'avais plus qu'une idée en tête, venger Impa et me débarrasser de ce monstre définitivement. Ce dernier se lança à ma rencontre, son gourdin sur sa droite. Alors que nous nous rapprochions dangereusement, je fis tournoyer le grappin. Et juste avant l'impact, j'ordonnais à mon cheval de se déporter vers la gauche et lançais la corde. Le grappin s'enroula sur l'une des cornes du lynel, et je me sentis éjecté du cheval pour finir contre les flancs du monstre. Faisant fi de la douleur qui remontait le long de ma jambe gauche, j'escaladais son dos pour finir à califourchon dessus. Et tandis que le lynel courait dans tous les sens et fouettait l'air de sa masse pour m'éjecter, je sortis mon épée et l'enfonça jusqu'à la garde dans son dos, avant de la retirer et de frapper encore, et encore, et encore. Et plus je le frappais, plus je sentais la fureur retenue se dissiper, et les cris de douleur du lynel faiblir. Et après un ultime coup d'épée, il trébucha et s'écrasa violemment au sol, manquant de peu de m'écraser sous son poids, poussant un ultime hurlement. Je me remis en garde en pensant à une nouvelle ruse, avant de voir ses yeux autrefois noirs désormais vitreux. C'était enfin fini.
Complètement épuisé par le combat, je me rapprochais en boîtant vers l'endroit où était tombée Impa. Toute l'adrénaline accumulée lors du combat avait disparue. A chaque geste, je serrais les dents de douleur, tant cette dernière avait envahi mon corps. Mais à mi-chemin, je m'effondrais au sol, ma jambe ne parvenant plus à me supporter. Je m'apprêtais à continuer à avancer en rampant, lorsque je sentis que l'on me relevait. En me retournant, je vis le visage inquiet de Médolie, tandis que Zelda se penchait sur le corps d'Impa. Dans ma détresse, je ne les avais même pas entendus arriver. Soutenu par Médolie et Amipha, je parvins à rejoindre Zelda. Immédiatement, je voulus vérifier si Impa était en vie, mais elles estimèrent que je ne pourrais rien faire pour elle dans mon état un signe de Zelda me confirma cependant qu'elle respirait encore. Elle était encore en vie, que les Déesses soient louées. Mais le visage que faisait Zelda en l'auscultant me faisait craindre le pire. Elle se releva et se tourna vers moi :
- Elle a de nombreuses fractures au bassin, aux jambes et aux bras. Mais ce n'est pas le plus grave, je crois qu'elle a une hémorragie interne, et ici je n'ai aucun moyen de la stopper. La seule bonne nouvelle, c'est que comme elle est dans le coma, elle ne souffrira pas.
Ce fut comme une douche froide pour moi. Impa ne pouvait pas mourir, c'était impossible ! C'était la meilleure combattante de nous tous, la plus douée, la plus stratège… Rien ne pouvait l'avoir… Je sentais la tristesse m'envahir. Non, il devait y avoir une autre solution…
- Peux-tu ralentir l'hémorragie ?
Etonnement de Zelda
- Je pourrais avec une de nos potions de soins, mais celles que l'on a ne seraient pas assez puissantes pour la guérir. Tout au plus pourrait-elle vivre un, voire deux jours supplémentaires au maximum.
Deux jours, et le village le plus proche était Ecaraille à quatre jours de chevauchée. Elle n'y parviendrait jamais, à moins que….
- Zelda, on a mis quatre jours en chevauchant au pas et avec nos affaires pour arriver là. En combien de temps penses-tu pouvoir faire le chemin inverse jusqu'à Ecaraille ?
Cette fois, c'était le groupe entier qui restait stupéfait devant ma question. Mais qu'importe, il restait un espoir de sauver Impa certes infime, mais un espoir quand même. Et j'étais déterminé à le tenter.
- En galopant jour et nuit, et avec le minimum de charge, je pourrais le faire en deux jours. Mais jamais mon cheval ne tiendrait le coup. Et même si j'y arrivait, il faudrait encore deux jours pour ramener un médecin, et ça serait trop tard.
- Qui te parles de revenir après ?
Elle comprit où je voulais en venir, et sa stupeur fut d'autant plus grande.
- Link, c'est de la folie ! Jamais elle n'y survivra !
- Elle a plus de chances de survie en essayant qu'en restant là à agoniser !
- Mais ? Et vous ?
- Ne t'occupes pas de nous ! Peux-tu le faire oui ou non ?
- Hum… Je pourrais y arriver, mais j'aurais besoin de plusieurs montures pour qu'elles puissent se reposer entre-temps.
- Prends toutes nos montures restantes, on t'attendra ici.
C'était décidé, Médolie et Amipha allèrent chercher nos montures, tandis que Zelda et moi restions auprès d'Impa.
- Link, dis-moi. Pourquoi me demandes-tu à moi de faire ce trajet ? Je veux dire, après tout ce que j'ai fait, pourquoi me fais-tu confiance ? Qui te dit que je n'en profiterais pas pour te trahir à nouveau ?
- Je n'ai rien qui peux me le dire…
Et c'était vrai. Elle pouvait très bien abandonner Impa en cours de route et revenir avec toute l'armée d'Hyrule pour s'occuper de nous. Mais j'avais la sensation qu'Impa et Zelda étaient proches, et que cette dernière ferait tout pour qu'elle s'en sorte. Je ne saurais dire pourquoi, mais mon intuition me disait que Zelda ne trahirait jamais Impa.
- …Mais je sais aussi que tu as eu de nombreuses occasions auparavant et que tu n'as rien fait pour nous nuire. De plus, mon instinct me dit que toi et Impa êtes très proches. Et puis… je pense qu'on mérite tous une seconde chance. Et si j'y ai eu droit, je pense que d'une certaine façon, tu en mérites une aussi… Je n'oublie pas ce qui s'est passé, mais ce n'est pas en le ressassant en permanence que l'on avance. Je t'ai choisie car tu es encore en état de galoper, mais aussi parce que tu es la meilleure cavalière du groupe. Alors oui, je veux te faire confiance pour cette mission, car quelque chose me dit que tu n'échoueras pas…
Un long silence s'installa entre nous. Chacun réfléchissait aux paroles de l'autre. On n'avait certes pas dit grand-chose, mais le message caché derrière était clair. Nous voulions tous les deux voir Impa s'en sortir. Et pour cela, chacun devait compter sur l'autre. Pour forger un futur meilleur, nous devions mettre nos rancunes passées de côté.
Ce moment de réflexion fut rompu par l'arrivée d'Amipha et de Médolie, accompagnées des chevaux attachés les-uns derrières les-autres. Aussitôt, elles aidèrent Zelda à monter sur l'un d'entre eux, sa main droite sur les rênes tandis que la seconde retenait Impa. Le voyage risquait d'être très douloureux pour elle, mais au moins serait-elle inconsciente.
- Zelda, c'est à toi de jouer maintenant. Galope comme le vent et n'oublie pas de redonner si besoin de la potion à Impa. Chaque seconde compte. Je te fais confiance, je sais que tu vas y arriver ! On t'attendra ici. Maintenant va !
D'un geste, Zelda s'élança en direction d'Ecaraille, tandis que j'adressais intérieurement une prière à la déesse Hylia. « Déesse, je sais que je n'ai pas souvent été à la hauteur de vos attentes, mais je vous en conjure. Faites que Zelda réussisse. Et surtout, faites qu'Impa reste en vie. »
Comme l'attente allait durer plusieurs jours, Médolie et Amipha rassemblèrent nos affaires assez loin du camp pour ne plus à subir l'odeur et la vue des cadavres, et installèrent le campement en un temps record. Je tenais à les aider, mais les derniers évènements m'avaient vidé. De plus, ma jambe ne me permettrait pas d'aller bien loin.
La nuit était maintenant pratiquement tombée. Allongé dans ma tente, j'entendais Amipha et Médolie discuter dehors de mon combat et de l'état d'Impa. Au vu de mon état, elles avaient préféré me laisser me reposer. Mais alors que tout semblait bien se passer, un immense hurlement résonna dans la nuit. Jamais je n'avais entendu les filles pousser un tel cri de terreur. Malgré la douleur, je tentais de me relever pour aller les aider, mais mon corps était à bout de forces. Je ne fis même pas un pas que ma jambe se déroba sous mon poids, tandis que je m'effondrai sur mon pied gauche. Je sentis aussitôt la douleur se répandre dans chaque parcelle de mon corps, et je sombrai dans l'inconscience, terrassé par la fatigue et mes blessures.
