Chapitre 21 : première confession
- Ça faisait 2 mois que j'avais viré ma dernière secrétaire. Non seulement elle avait le sens de l'organisation qui frôlait celui d'un ouragan force 10, mais j'avais appris par quelques concurrents heureusement intègres qu'elle essayait de leur vendre des informations sur mon entreprise moyennant de coquettes sommes.
Jusqu'ici j'avais toujours laissé le soin à madame Cope de choisir mes secrétaires personnelles. Mais devant le fiasco incessant, j'ai décidé de choisir ma future secrétaire. Je lui ai donc demandé de m'adresser tous les curriculum vitae et les lettres de motivation du dernier mois. Je pense qu'elle a du mal le prendre car je me suis retrouvé avec des demandes d'emploi de personnes complètement farfelues. Entre celles qui annonçaient de manière plus ou moins voilées qu'elles étaient prêtes à heures supplémentaires horizontales – il se racla la gorge en m'adressant un sourire d'excuse sans doute en rapport avec notre fameux contrat – jusqu'à celles qui après une enquête rapide travaillaient visiblement pour la concurrence, j'étais près à laisser tomber … jusqu'à ce que je tombe sur le tien. Ton CV était pauvre, quasiment vide et pourtant ta lettre de motivation me prouvait que tu avais des capacités de rédaction et d'organisation.
Il eut un rire bref comme s'il venait de découvrir quelque chose.
Je crois que déjà, à ce moment là, j'étais déjà séduit.
J'ai demandé à madame Cope de te donner un rendez-vous et je désirais faire moi-même ton entretien d'embauche.
Mais c'est madame Cope qui m'a reçue !
Parce que je t'ai vue, assise sur ta chaise, recroquevillée sur toi, t'agrippant à ton sac comme une naufragé à sa bouée. Une femme-enfant si fragile...
Il s'arrêta un instant et planta son regard noir dans le mien. Putain qu'il est beau !
Crois-tu au coup de foudre, Bella ?
Oui, couinai-je.
Pas moi, dit-il sèchement. J'ai toujours été quelqu'un de rationnel, un précoce passionné de mathématiques et de ces applications dans le monde de la finance, quelqu'un qui contrôle ses émotions depuis...toujours.
Un connard quoi ! Affirma la petite voix.
Les coups de foudre, c'est pour les faibles...
Non pardon, un gros connard, rectifia-t-elle.
Et là, j'ai ressenti quelque chose que je ne contrôlais pas. Une pulsion...étrange. Et j'avoue que mon premier instinct a été de t'en vouloir.
J'allais m'offusquer mais il leva la main pour me faire taire.
Je sais, je me suis comporté comme un enfoiré. Maintenant je m'en rends compte mais à l'époque,... c'était plus compliqué pour moi. J'ai donc commencé à te parler sèchement, à te tester, à trouver la faille qui me prouvait que tu ne méritais pas que j'éprouve ce que je vivais. Mais tu étais tellement étonnante, avec tes lectures, ta capacité à tout anticipé, ton humeur toujours égale. Au bout de deux nuits, j'ai commencé à faire des rêves... Tu dois me prendre pour un cinglé.
Mes propres songes me reviennent en mémoire et je me rends compte que je ne peux pas lui en vouloir. Je trouve cela même sexy.
Pourquoi s'imagine-t-on toujours que les pensées érotiques sont l'apanage des hommes, murmurai-je, un sourire en coin.
Son regard se trouble un instant, il serre son poing comme à chaque fois que je dis ou fais quelque chose qui le dérange et je comprends que c'est un moyen pour lui de contrôler son émotion à mon égard.
En fait, il n'a pas envie de t'étriper mais de te sauter dessus ! Réfléchit la petite voix.
Bref poursuit-il, j'aurais continuer comme cela encore quelque temps si ce salop de Connely n'avait plus cherché à vous tripoter. Je crois que ce jour là, j'aurai pu commettre un meurtre. Je devais te protéger de ce type. Et quand je t'ai ramené dans l'ascenseur, je crois que mon contrôle a complètement lâché.
J'apprécie quand tu te lâches.
Il eut un sourire crispé mais ne releva pas.
J'ai appris à l'apprécier maintenant mais alors absolument pas. Je devais reprendre le contrôle, trouver un moyen de mettre mes émotions au placard. Il met venu l'idée stupide de ce contrat...
Ah ! Le contrat de baise, soupire la petite voix, toute ma jeunesse.
Et même ce jour là, tu es arrivée encore à me surprendre... - Il soupira et sourit – vierge !
Ce n'est pas une injure, crachais-je.
Non mais on ne présente déjà pas un contrat de baise à quelque de bien-séant, et encore moins à quelqu'un qui n'a pas d'expérience dans ce domaine. Je me suis comporté comme Connely
Non hurlais-je malgré moi, et tout le monde se retourna pour me regarder.
Je devins rouge cramoisi et la petite voix s'écroula de rire. Pathétique, je ne changerai jamais.
Non répétai-je plus doucement. Je ne t'ai jamais considéré comme cela.
Je sais. Et puis, il y a eu l'accident. J'ai cru que j'allais te perdre et cela a changé la vision que j'avais de toi. Je voulais te protéger, t'avoir toujours auprès de toi pour m'assurer qu'il ne t'arriverait rien. Je t'ai donc rappelé le lendemain pour t'avoir auprès de moi. Tu es arrivée blanche comme un cachet d'aspirine et visiblement s'en avoir dormi.
J'étais allée à l'hopital.
Et moi, sombre idiot, j'ai cru que tu étais sortie t'amuser. Je t'en ai voulu, tu m'avais menti, J'étais très en colère... et je t'ai fais du mal.
Tu ne savais pas.
Ce n'est pas une excuse. Mon père m'a passé un savon. Mais je l'ai mérité. Il m'a dit que je me comportais avec toi comme un gamin caprice, que tu n'étais pas un objet et que tu méritais mon respect. Enfin bref ! Il m'a fait rendre compte que je devais te connaître pour arriver à comprendre ce que je ressentais pour toi. J'ai alors pris plaisir de nos petites joutes verbales, de la rencontre avec ma famille. J'ai découvert ton intelligence, ta gentillesse, ton empathie démesurée envers les autres.
Il en faut pas exagérer quand même, soufflai-je.
Il pouffa.
Et de ta timidité ! Je crois que je t'ai aimé encore plus.
Ce n'était pas flagrant, avouais-je.
Je sais. Désolé. Et puis cette Heïdi est venue me voir. Au milieu de son charabia, j'ai compris qu'elle t'avait vue donner une lettre personnelle au courrier de l'entreprise. Comme si c'était un crime. Et c'est là que j'ai découvert que tu voulais t'inscrire à l'université.
Tout cela à cause d'Heïdi. Je vais lui arracher les yeux, lui épiler les cheveux un à un, lui arracher ses ongles manucurés, la...
La remercier, surtout s'écria la petite voix. Pas de Heïdi, pas de baise avec ton patron ma belle.
Je veux juste reprendre mes études,...
Je sais. Je sais tout cela. Mais j'allais te perdre. Mes première angoisses ont ressurgi et je me suis à nouveau comporter comme un salop. Je t'étais tellement en colère. J'ai cru que jouer sur ton complexe d'infériorité te ferait abandonner ton projet. Encore une fois, je me suis trompé.
Il resta silencieux quelques secondes.
En fait avec toi, je me suis trompé sur toute la ligne. Je suis un vrai connard depuis le départ. Mon père a raison, je suis un gamin capricieux qui ne sait pas contrôlé ses émotions. Cela fait des mois que je te fais du mal... Et je ne sais pas comment réparer tout cela sans faire à nouveau des bourdes.
Et ben ! Heureusement que c'est moi qui souffre de complexe d'infériorité, soufflai-je.
J'essaye juste de trouver comment m'y prendre avec toi. J'ai l'impression de constamment te faire du mal. C'est extrêmement déstabilisant.
Je soufflais, à la fois soulagée qu'il finisse par se rendre compte qu'il avait une attitude de merde et exaspérée par son attitude de chien battu qui ne lui allait absolument pas.
Écoute, Edward, tentai-je de lui dire le plus calmement possible. Avant de te connaître, une voiture m'a percutée après avoir glisser sur une plaque de verglas, mon corps était tellement abîmé que les médecins ont d'abord commencé par dire à mon père que je n'allais pas survivre pour ensuite m'annoncer que je serai paraplégique. J'ai subi une trentaine d'opérations en trois ans et des heures et des heures de kiné pour en arriver ou je suis maintenant. Alors tu vas arrêter de croire que tu es la pire chose qui me soit arrivée dans ma vie et que je ne suis pas capable d'encaisser. Ok ?
Edward s'était penché en arrière.
Il a peur de toi. T'es trop forte ! S'exclame la petite voix les yeux immenses remplis d'étoiles.
Ok, articula-t-il. Et alors qu'est ce que tu proposes ?
De communiquer. Ca peut paraître étrange mais c'est ce qui se fait d'ordinaire dans un couple.
Il me regarde étrangement et soudain un sourire s'étale sur son visage.
Un couple ? Répéta-t-il.
Je rougis violemment.
Afin tu m'as compris ?
Ah ! Non ! Non ! Communiquons pour mieux se comprendre. Un couple dis-tu ?
C'est un peu tôt, hein, avouai-je.
Absolument pas ! D'ailleurs, il est grand temps de finir ce repas, le couple que nous sommes doit rentrer à l'appartement pour vérifier que nous ne sommes pas trop vieux pour certaines balivernes.
