Hey !
Et voilà, fini la partie deux ! C'est une de celle que j'ai le plus aimé écrire, même si je me suis aussi pas mal éclaté sur la trois, qui arrive bientôt. C'est agréable de créer une nouvel environnement à Vanitas, de lui faire découvrir des personnes qui l'aident d'une manière ou d'une autre, sans s'en rendre compte. Et il y a encore tellement à écrire sur ces relations. Bref. Je vais m'y remettre en Avril, quand j'aurai terminé toutes mes corrections !
Merci à Ima pour sa review, et à Yu pour sa correction !
Bonne lecture !
C'est le soir, s'il en croit son téléphone en rad de batterie, qui indique à peine dix-huit heure. Pourtant, le soleil a déjà disparu derrière les montagnes dentelées qu'on aperçoit entre deux immeubles impeccablement dressés. Il fait nuit en plein jour, Van se dit, et l'idée lui semble assez cocasse. Mais ça lui plait. Nuit en plein jour, c'est beau. Et en même temps, ça ne veut rien dire. Soit c'est la nuit soit c'est le jour, mais pas les deux. Et si c'est la nuit, alors c'est bien que le jour est fini. La faute à l'été.
Pressé, le noiraud appuie sur l'interphone à peine arrivé au pied de l'appartement, son sac de course bien rempli en main. Il attend patiemment qu'Axel débloque la porte, pestant un moment contre cette interdiction stupide qu'il lui a collé concernant ses clefs, puis il se glisse dans le couloir et il file rejoindre l'ascenseur. Parce qu'il ne va pas non plus porter tout ça dans les escaliers, même pour deux étages. Faut pas déconner.
« - J'suis d'retour ! » qu'il gueule sur le palier une fois rentré, posant son fardeau près du paillasson.
Il vire ses chaussures puis ses chaussettes, content de retrouver le contact du parquet frais. C'est un des trucs qu'il aime dans cet appart, le parquet. La couleur du bois clair sur le sol et son contact lisse, quand sa peau se presse contre. Ça le change du carrelage de son ancien chez lui, froid et fêlé, moche au possible. Ou de la moquette chez ses parents. Il n'existe rien de plus atroce sur cette planète que cette matière irritante qui décorait le parterre de sa chambre.
« - T'as trouvé tout ce qu'il fallait ?
- Nan, ils avaient plus d'sacs poubelles comme on prend d'habitude donc j'ai choisi autre chose.
- D'acc.
- Pour le reste c'est bon. J'ai juste pris du gel douche en plus, celui qu'on a est quasiment vide.
- Il nous reste les savons que mes parents ont ramenés du Portugal.
- Ça agresse la peau ces trucs.
- Mais ça fait moins d'emballages, et ça coute rien de les utiliser. »
Vanitas entre au salon, fouillant dans sa poche avant de rendre sa carte bleue à Axel. Son compte en banque étant quasiment vide – et le travail toujours aussi dur à trouver – c'est systématiquement le rouquin qui paie les courses. Ça lui fait bien un peu honte, au noiraud. Mais il n'a pas le choix. Au moins, il bouffe à sa faim.
« - J'vais ranger les courses.
- Préviens-moi quand c'est bon, que je prépare le repas.
- Ok. »
Sur ces mots, la teigne file dans la cuisine, son sac au poing. Il fourre les pâtes dans le placard adéquat, à côté des conserves de chili con carne, puis il commence à remplir le frigo avec les aliments frais. Les légumes dans le bac, la viande en bas, le lait dans la porte à côté du jus d'orange. Il hésite devant la conserve de foie de morue – sérieux, pourquoi Axel achète ce truc, c'est dégueu à souhait – puis vérifie les indications inscrites sur le côté avant de poser la petite boite métallique près de ses consœurs. Il range les fruits dans le panier prévu à cet effet, cale la poche désormais vide dans un coin et laisse la note sur la table, vérifiant au passage que tous les aliments inscrits ont étés rangés.
Bien, le travail est fait.
« - J'ai fini, tu peux y aller. »
Axel acquiesce vaguement alors que Van rejoint sa chambre, grimpant sur la couverture avant de tendre le bras vers le livre qui repose sur la table de chevet. Il irait bien continuer sa série au salon, mais l'autre va encore lui dire qu'il passe ses journées affalé sur le canapé.
Certes, il n'a pas tort. Mais quand même.
Il a le temps de lire une dizaine de pages avant que le rouquin n'entre soudain, les sourcils froncé. Le corbeau ne relève pas les yeux de son livre.
« - Van ?
- Non, Oscar.
- Hein ? »
Ax doit comprendre qu'il se moque de lui. Il secoue la tête et reprend.
« - Pourquoi t'as pris ces sacs poubelles ?
- Bah parce qu'y avait pas les autres, je t'ai dit ?
- Y avait pas moins cher ? »
Ah. Il n'a pas vérifié. Il a juste choisi la marque qui ressemblait le plus à celle qu'ils prennent habituellement, avec les poignets. C'est plus pratique que le pauvre petit fil rouge qui pendouille lamentablement le long de ma poche pleine de détritus.
« - J'sais pas. J'en ai pris des comme on a d'habitude. Ça coute pas non plus une blinde.
- Facile à dire quand c'est pas toi qui paie. »
Van serre les dents. Le rouquin soupire.
« - Fait gaffe la prochaine fois. Y a des économies faciles à faire.
- Bien.
- Et on rachète plus de gel douche tant qu'on a pas utilisé tous les savons. C'est pas la peine de mettre de l'argent là-dedans alors qu'on a déjà de quoi faire.
- J't'ai dis, ça m'assèche la peau.
- Bah tu feras avec. »
La teigne se crispe. Il n'aime pas ce ton que l'autre prend. Intérieurement, il prie pour que l'allumé termine vite son discours et s'en aille.
« - Pareille pour les pâtes, y en a des moins chères.
- J'ai pris celles qu'on prend d'habitude.
- Et ben regarde les prix et pas la marque, la prochaine fois. On a qu'un salaire pour toute la nourriture, je te rappelle.
- J'avais compris les quinze mille autres fois où tu l'as dit Ax, c'est bon.
- Alors pourquoi tu fais pas gaffe si t'as capté ?
- J'ai juste pensé que tu voudrais prendre les mêmes trucs que d'habitude, c'est tout. »
Encore un soupir. Vanitas n'apprécie vraiment pas cette conversation.
« - On roule pas sur l'or. Tu peux pas juste faire les courses au pif sans lire la note Van, y a encore l'électricité et l'eau à payer derrière.
- Je t'ai dit, j'ai juste pris ce qu'on prend à chaque fois ! J'ferai attention la prochaine fois. Si tu m'préviens pas, aussi …
- Quoi ? »
Axel hausse le ton. Les doigts du noiraud se crispent sur son livre. L'objet n'est maintenant qu'une façade, il n'arrive plus à déchiffrer les mots.
Que ça finisse vite, et que l'autre s'en aille.
« - Tu m'as pas donné d'indication. J'ai fait comme j'ai pu. »
Il sent qu'il glisse sur un terrain qu'il a tout intérêt à éviter. Le stress engourdit doucement ses sens.
« - Ah, pardon, je pensais que je vivais avec mon mec, pas avec un gamin de quatre ans. »
Il déglutit. La remarque est fourbe et la blessure à l'égo pique sévèrement. Cette fois, il choisit précautionneusement les mots qu'il va prononcer.
« - C'est pas parce que je suis ton mec que je sais automatiquement ce que tu veux.
- T'as plus dix ans Van, faut apprendre à réfléchir tout seul.
- J'réfléchis tout seul. J'ai juste pas pensé qu'on était à sec, puisque tu m'l'as pas dit.
- Je me tape pour les frais pour deux personnes, et tu t'es pas dit qu'il fallait faire attention aux dépenses ? »
Vanitas se mord la lèvre. Il ne gagnera pas à ce petit jeu, il le sait. Son cœur cogne plus fort alors que le ton de l'autre monte. Il inspire, expire. Fait glisser ses yeux de long des lignes qu'il ne comprend plus. Les lettres n'ont pas de sens.
C'est juste une conversation. C'est bientôt fini. Ça va aller.
« - Je'ferai attention la prochaine fois.
- Y a intérêt. Tant qu'y en aura qu'un seul pour ramener de l'argent ici, on peut pas cracher du fric pour le premier truc qui passe.
- J'ai juste suivi la liste que tu m'as donnée.
- Y avait marqué gel douche sur ma liste ?
- Presque suivi. »
Van sent cette chose qui compresse son thorax. Une bulle d'angoisse qui lui fait les mains moites alors qu'il tourne machinalement une des pages de son livre, sans plus pouvoir en lire le moindre mot. Il a l'air occupé, Axel va bien finir par le laisser tranquille, hein ? Il a la cuisine à préparer. C'est pas plus important que de venir lui gueuler dessus ?
« - Allez, prends moi pour un con. »
L'ébouriffé retient une réplique qu'il pense bien trouvée, mais qui ne fera qu'envenimer la conversation. Il y a des choses qu'il ne peut pas dire sans prendre de risques, et celle-là en fait partie.
« - J'ai pas dit ça.
- Non, mais tu le fais. De toute façon c'est toujours pareil avec toi, t'es jamais foutu de prendre les gens au sérieux. »
Vanitas sent que la conversation dérape hors de son contrôle. Son cœur s'emballe. Les mots d'Axel lui font mal, mais il refuse de le montrer. Le calme, c'est la seule arme qu'il lui reste pour éviter que le ton ne monte encore dans la chambre. Il inspire.
« - Est-ce que tu peux au moins me regarder quand j'te parle ? C'est trop demander pour toi, de fermer ton bouquin et de lever les yeux ? »
Irrité autant qu'effrayé, le noiraud attrape son marque page et referme le livre qu'il ne lit plus. Il se redresse avant de tourner son regard vers son petit ami. Les deux prunelles nucléaires sont plantées sur lui comme deux lances. Deux harpons. Il se sent comme une baleine traquée, incapable de s'enfuir. Comme un animal blessé.
« - Bah putain, faut la réclamer pour l'avoir, ton attention.
- J'peux écouter et lire en même temps, c'est bon.
- Non c'est pas bon Van. C'est pas une question d'faire les deux en même temps, c'est juste du respect.
- Bah je t'écoute maintenant, c'est bon.
- T'as vu sur quel ton tu parles ? »
Il s'est écouté, lui, avant de dire ça ?
« - Le même que toi.
- Pardon ?
- Je te parle comme tu me parles, c'est tout. »
Dernière option, il sort les crocs. Toutes les voies qu'il tente d'emprunter ne font que l'emmener plus près des problèmes, alors il se défend. Il essaye.
Il peut encore calmer le jeu. C'est une question de mots, de bons mots à choisir. Il va les trouver.
« - Comme je te parle ? Alors toi tu t'es jamais entendu parler.
- C'est toi qui m'gueules dessus pour une histoire de course.
- Mais t'as vu comment tu te comportes? T'es même pas foutu de regarder les gens quand tu leur parles ! J'aurais peut-être pas eu besoin de gueuler si t'avais su relever tes yeux tout seul ?
- Oui ben c'est bon maintenant, j't'écoute !
- Non c'est pas bon Van ! J'ai jamais vu quelqu'un d'aussi irrespectueux, c'est insupportable !
- J'étais juste en train d'lire !
- Mais j'te parle pas juste de ça ! Tu t'es vu au quotidien ? T'es pas capable de parler normalement aux autres sans leur cracher à la gueule ! »
Le ton monte encore, encore, le timbre d'Axel lui vrille les oreilles. Il le fixe hargneusement, prêt à griffer pour se libérer, mais ses yeux le fusillent dangereusement. Il peine à soutenir ce regard dégouté qui lui transperce le crâne.
« - Bah t'as qu'à pas me parler, si ça te fait chier à ce point.
- Tu recommences.
- Mais c'est toi qui m'gueule dessus là, qu'est-ce tu veux que j'te dise !
- Je sais pas, que tu t'excuses ? C'est c'que font les gens normaux quand ils se comportent comme toi !
- Mais j'ai rien fais !
- T'as rien fait ? » la voix se durcit. « Tu sais pourquoi j'invite plus personne ici depuis qu'on a emménagé ? »
" C'est pas vrai ", Van a envie de dire. Saïx vient parfois. Juste Saïx.
Mais il se tait. Il baisse les yeux.
Il sait que les mots qui vont suivre ne seront pas agréables à entendre. Instinctivement, il se recule comme pour éviter la tempête. Son estomac se noue.
« - Parce que tu me fais honte à chaque fois que je ramène quelqu'un ici ! T'es pas foutu de te comporter correctement, à croire que ça t'arracherait la gueule de juste dire bonjour ! »
Van voudrait parler. Dire quelque chose. Placer une idée qui ne lui vient pas. Il n'a pas le temps.
« - T'es incapable de parler correctement ou d'afficher un semblant de considération ! Tu penses qu'ils disent quoi, mes collègues, quand ils parlent de toi ? Tu sais à quel point j'étais mal, la dernière fois qu'ils sont venus manger ici ? » il lève les bras. « Je savais même plus où me mettre tellement t'étais minable avec eux ! »
Il se souvient, plus ou moins. Des gens qu'ils ne connaissaient pas au salon. Il leur a vaguement parlé, sans plus s'en soucier. Ça n'était pas son problème, après tout. Il n'avait rien en commun avec eux. C'était les amis d'Axel, pas les siens.
Mais la voix du renard lui rentre dans les oreilles, et il ne peut pas y échapper.
Minable.
« - J'les connaissais pas, qu'est-ce tu voulais que je fasse ?
- Que tu leur parles, peut-être ? Au lieu d'aller t'enfermer dans la chambre ?
- J'avais rien à leur dire ! »
Une issue, quelque chose. S'il était au salon, il aurait pu rejoindre la cuisine ou la salle de bain pour lui échapper. S'enfermer dans une pièce où l'autre n'aurait pas pu le suivre. Mais il n'y a une seule sortie dans cette chambre, et Axel se tient juste devant.
« - Je sais pas, bonjour pour commencer, ça t'a pas traversé l'esprit ?
- J'les ai salués !
- Avec ton vocabulaire d'ado attardé ! »
Ça le dérange pas lui, quand il dit Yo avec un vague geste de la main. Pourquoi est ce qu'il faudrait qu'il se comporte différemment avec les autres ? C'est sa manière d'être.
« - Je parle comme je veux. »
L'expression d'Axel se fige avant de se calmer. Vanitas se sent brusquement mal. Il ne trouve plus rien du brasier dans ses yeux, juste des cendres mortes qui menacent de lui brûler la main s'il la tend. Et il n'aime pas ça. Il ne veut pas.
Son coeur s'acharne.
Le monde tangue.
« - T'es vraiment pas capable de faire des efforts. »
Non. La colère, d'accord. Mais pas ça. Pas ce ton-là. Pas ce regard.
Pas ce début de sourire dégouté au coin des lèvres.
« - Au moins, on sait pourquoi t'as pas d'ami. »
Ça, il n'a pas le droit. C'est trop bas.
« - J'en ai.
- On les voit pas souvent, alors.
- Parce qu'ils habitent pas dans l'coin ?
- Quoi, tu parles de tes potes de fac ? Ceux que t'as pas vus depuis plus d'un an ? »
Van détourne le regard. Il baisse la tête. Attendre. Ça va passer. Ça va aller.
« - Tu penses, ils risquent pas de te contacter alors qu'ils sont enfin débarrassés.
- Tu dis d'la merde.
- Ah ? C'est quand, la dernière fois qu'ils t'ont appelé ? »
Il y a longtemps.
« - Alors ?
- J'sais plus.
- Y en a pas un seul qui prend de tes nouvelles.
- Si. »
A l'occasion. Tous les trente-six du mois.
« - T'y crois même pas.
- Lâche-moi. »
Mais non il ne va pas le lâcher. Pas avec ce grand sourire dur comme un bloc de granite qui lui fend la poire alors qu'il s'approche.
« - C'est ce qui se passe quand on se comporte comme tu le fais, Van. Quand on est minable avec les gens, quand on est pas foutu de leur montrer une once de respect, on se retrouve tout seul.
- J'suis pas tout seul.
- Ah ouais ? Et qui vient te rendre visite ici, alors ? »
Personne.
Il n'a qu'Axel, ici.
Et il a envie de vomir.
« - Tu vois où ça mène, ce genre de comportement ? »
Le monde est trouble.
« - Voilà ce que ça t'apporte, de te comporter comme une merde avec les gens. »
Il n'a pas le droit. Il n'a pas le droit de lui dire ça avec ces mots, avec ce ton. Il n'a pas le droit de s'asseoir près de lui, de chercher son regard alors qu'il baisse la tête en priant pour que tout se termine.
« - Ça te revient dans la gueule. »
Qu'il se taise. Qu'il se taise et qu'il s'en aille.
« - C'est à ça que ça sert le respect, Van. A pas finir tout seul dans son coin. Qui a envie d'aimer quelqu'un qui se comporte comme toi ?
- Bah toi, apparemment. »
Il n'aurait pas dû parler, il le sait. Mais il n'a rien trouvé d'autre pour se défendre. Il n'arrive plus à crier. Ni même à relever la tête. Il a tiré la seule carte qu'il lui restait, dans l'espoir illusion d'une parole tendre.
Mais il sait déjà qu'elle est mauvaise.
« - Encore heureux. T'aurais plus personne, sans moi. »
Qu'il se taise.
« - T'as lassé tout les autres. »
Qu'il se taise, qu'il se taise ! Van ne peut plus, ça lui remplit la tête, ça entrave sa gorge et ça lui déchire le cœur chaque fois un peu plus. Et quand il pense que ça ne pourrait pas faire plus mal, Axel enfonce l'aiguille plus loin sous sa peau.
Ca va finir. Forcément, ça va finir. Ça doit. Il y a bien un moment où il va la fermer.
« - Et moi non plus j'ai pas envie d'avoir à supporter un type comme toi. »
Soupirant, Axel le fixe quelques secondes avant de se lever.
« - Alors t'as intérêt à faire des efforts. J'en ai marre de vivre avec un gars pas capable de respecter les gens. »
Vanitas sent son regard sur lui, ses yeux qui le fixent en silence. Il ne le voit pas, la tête toujours baissée, mais il sait que le puits de ses pupilles est en train de l'avaler. Il ne dit rien. Il attend.
« - T'entends ? »
Il serre les draps.
« - Eh, j'te parle là !
- J'sais.
- Alors pourquoi tu réponds pas si tu sais ? Pourquoi tu te bouges pas enfin le cul si tu sais que t'es aussi désagréable ? »
Ça va passer.
« - Tu crois que t'as le droit d'imposer ton caractère de chien aux autres ? T'as pas l'impression qu'on mérite mieux que ça, non ? »
Il ne doit pas craquer.
« - Le respect c'est juste pour toi ? On compte pour quoi nous, pour de la merde peut-être ? On a pas droit à ta merveilleuse considération, t'es au-dessus des autres ? T'en as pas fini avec ta misanthropie à deux balles ? »
Respirer calmement.
« - Allez c'est bon, c'est pas la peine d'essayer de discuter avec toi, de toute façon. »
Ne pas cligner des yeux, pas tant qu'ils sont aussi humides.
« - On reparlera quand t'auras fini ta crise d'ado. »
Pas alors qu'Axel se lève enfin.
« - T'as qu'à rester tout seul, si ça t'éclate tant. Mais faudra pas t'étonner quand t'auras plus personne pour s'intéresser à toi. »
Jusqu'à ce que l'épouvantail sorte de la chambre, il reste sans bouger. Et quand le rouquin se décide enfin à quitter la pièce, seulement là, il se laisse glisser, s'assoit à même le sol, son dos posé contre le lit. Il sent le monde qui balance, irréel, le sol qui s'effondre. Son corps épuisé, sa tête embrouillée comme un filet de pêche après une tempête. Dans un élan vague, il tend la main pour attraper l'oreiller le plus proche. Il le cale sur ses genoux. Y enfouit sa tête.
Il pleure le plus silencieusement possible, de peur qu'Axel ne revienne et n'en rajoute encore une couche. Sa bouche remplie du tissu pour étouffer les sanglots qui lui déchirent la gorge. Ses muscles tendus comme la corde d'un arc, sans pouvoir couper court aux tremblements de son corps. Ses poings autour de ses bras. Les doigts contre la peau. Les ongles dans la chair.
Quand il entend à nouveau un bruit de pas dans le couloir, il peut dire qu'il a peur. Quand la poignée de la porte s'enfonce encore, il pense qu'il voudrait juste mourir.
xoxoxox
Il a dormi, après qu'Ienzo soit entré chez lui. Et pourtant, il est encore épuisé. Quand il se lève finalement, vers midi, le noiraud gagne la cuisine à pas lents. Il attrape de quoi se faire un café. Des biscuits pour grignoter. Mais, après les avoir fixés un instant, il les remet dans leur boite. Il n'a pas faim. Son ventre vide est bouché.
Le café, ça suffira.
Il se pose sur le canapé. Dehors, l'air est lourd. La pluie qui est tombée cette nuit ne fait pas bon ménage avec la chaleur ambiante de l'été. Un nuage de moiteur pèse sur la ville. Vanitas trouve ça vaguement désagréable.
Il a chaud. Mais le ventilateur est encore dans sa chambre. Il pense à le ramener, mais ne concrétise jamais l'idée, par manque d'énergie. Sa main se perd sur la table pour récupérer son téléphone. Des messages. Un d'Ienzo, bienveillant. D'autres de Demyx, que le gris a dû prévenir. Pas d'appel. Deux notifications Facebook, dont un anniversaire. Une demande en ami. Des mails. Aucun en lien avant ses demandes d'emploi. Il va devoir se coltiner les tracts quelques jours de plus.
Un livre entre ses mains, que le gamin lui a laissé sur demande. Carnage constellation. Dès les premières pages, Vanitas comprend pourquoi le garçon l'aime, même s'il n'est pas irréprochable et qu'il a dû grincer des dents une ou deux fois. Mais malgré toute sa bonne volonté, il n'arrive pas à se concentrer. Il repose l'ouvrage, allume la télé pour le bruit de fond. Une série policière qu'il ne suit pas. Sa tête tourne vite grâce à la caféine, mais ses pensées restent vagues et emmêlées. Là-dedans, il est toujours fatigué. Il manque d'énergie. D'envie.
Il pense à Axel, et son cœur trouve la force de se serrer encore.
Le monde est d'un atroce ennuie. Et il faudra faire avec, maintenant.
Voilà. Encore une fois, c'est pas un passage hyper joyeux. Mais … Mm, promis, ça va se calmer dans le chapitre qui vient ? Pas que j'en ai fini avec les moments qui piquent, il en faudra encore bien d'autres, mais cette vague-là va se calmer.
A bientôt !
