De retour à la maison, Félix accéléra le pas jusqu'à sa chambre et s'autorisa à pousser un nouveau soupir une fois la porte refermée.

Laissant Plagg sortir de sa cachette en écartant le pan de sa veste, le garçon s'avança dans la pièce afin de poser son sac au pied de son bureau. Le kwami, qui virevoltait près de lui, croisa les bras en le regardant intensément.

-« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Félix en croisant le regard courroucé du kwami.

-« Tu ne comptes pas aller lui parler ? » déclara Plagg en se rapprochant de son porteur.

-« De quoi parles-tu ? » poursuivit le jeune homme en haussant les épaules.

-« De la soirée prévue demain, dit son petit compagnon en soupirant dramatiquement. Va demander à ton père ! »

-« Ça ne servirai à rien, il ne voudra jamais. »

-« Qu'est-ce que tu en sais ? »

-« Je le sais parce que ça fait 17 ans que je suis son fils et que je sais comment il fonctionne ! protesta le jeune homme en abattant son poing sur la surface de son bureau. Je sais ce qu'il va me dire et je n'ai pas envie de l'entendre, c'est tout. »

Félix soutint le regard de Plagg quelques instants avant de se laisser tomber sur sa chaise de bureau en soupirant. Posant ses coudes sur la surface du meuble, le jeune homme cacha son visage dans ses paumes quelques instants avant de reprendre la parole.

-« Il a toujours été comme ça, d'aussi loin que je m'en souvienne, expliqua-t-il en croisant ses doigts entre eux. Même quand ma mère était là, il refusait que je sorte de la maison sans personne pour me surveiller. »

Balayant son regard sur le bureau, le jeune homme attrapa un cadre dans lequel était exposé une photo de sa mère et de lui plus jeune. Le garçon détestait se voir en photo et pourtant, il n'avait jamais pu se séparer de celle-ci et elle avait toujours eu sa place à cet endroit.

-« C'était plus facile quand elle était là, soupira Félix en passant ses doigts fins sur le contour du visage de sa mère. Elle savait convaincre mon père de me laisser sortir, de partir avec elle quand elle partait. Je n'en ai pas beaucoup de souvenir mais je sais qu'elle se démenait beaucoup pour que mon père soit plus souple avec moi. »

Félix reposa le cadre à sa place, l'orientant vers lui alors qu'il s'enfonçait dans son siège en fermant les yeux.

-« Je n'ai juste pas la force de faire ce qu'elle faisait pour nous. » conclu le garçon en tournant son regard vers sa grande fenêtre.

Un long silence s'installa. Plagg dévisagea son porteur un moment avant de venir se poser sur son épaule. Félix le regarda faire sans rien dire avant de fermer de nouveau les yeux.

-« Je ne peux pas te dire ce que tu dois faire, finit par déclarer Plagg en brisant le silence de la pièce. Tu as raison, c'est toi qui connais le mieux ton père. Mais tu sais, jamais rien ne changera si tu ne fais rien. »

-« Je le sais, soupira le garçon en se pinçant l'arête du nez. Mais je ne sais pas quoi faire pour le convaincre de me faire un peu plus confiance. Je ne veux pas entrer en conflit avec lui mais je suis fatigué d'être surveillé en permanence, de ne jamais rien pouvoir faire sans devoir lui rendre des comptes. »

Un nouveau silence se posa dans la pièce avant que Plagg ne vienne virevolter devant les yeux de Félix.

-« Bon, tu veux y aller à cette soirée avec les autres ? » demanda-t-il en croisant les pattes.

-« Je viens de te dire qu- » commença le jeune homme en fronçant les sourcils.

-« Réponds à ma question. Tu veux y aller, oui ou non ? »

-« J-Je… bredouilla Félix, pris de court. Je… Oui. Je pense que oui… Je… Je crois que je les envie. J'envie ce qu'ils vivent tous ensemble. C'est très étrange pour moi de dire ça mais c'est ce que je ressens, je ne sais pas comment le dire autrement. »

-« Alors lève-toi et va parler à ton père, insista Plagg avec un petit sourire. Dis-lui ce que tu viens de me dire. Ça le fera peut-être changer d'avis. »

-« Peu de chance… » soupira Félix en secouant la tête.

-« Essaye tout de même. Tu regretteras si tu ne le fais pas maintenant. »

Félix fixa un instant Plagg du regard avant de poser ses yeux sur la grande porte de sa chambre. Il savait que son kwami n'avait pas totalement tort. S'il voulait pouvoir être un peu plus indépendant, il allait falloir qu'il aille parler à son père, tôt ou tard.

Et même si le jeune homme appréhendait quelque peu, il savait que c'était une étape indispensable pour lui et son père. Ça n'allait être simple pour personne mais Plagg avait raison, il n'avait pas d'autre choix que de le faire.

Après un ultime regard à son kwami, l'adolescent se releva de sa chaise, traversa la chambre dans l'autre sens et posa sa main sur la poignée de la grande porte.

-« Je vais faire de mon mieux. » murmura-t-il, autant pour lui-même que pour Plagg qui hocha aussitôt la tête.

Le jeune homme prit une profonde inspiration avant de tourner la poignée et sortir dans le couloir. Il resta un moment sans bouger, le dos contre la porte. Il ne savait pas comment procéder. Devait-il aller trouver Nathalie ou devait-il aller directement parler à son père ? Qu'allait-il dire ? Comment le convaincre ?

Félix serra les poings avant de se tourner vers la tête vers le bout du grand couloir, là où se trouvait le bureau de son père. Qu'avait-il à craindre après tout ? Le jeune homme n'avait pas d'autres choix que d'aller lui parler, peu importe le moyen.

D'un pas lent, il s'avança vers la grande porte. En général, s'aventurer vers cette pièce n'augurait jamais rien de bon. Félix n'y allait d'ailleurs jamais de son plein gré, seulement quand son père le demandait. C'était donc une des premières fois de sa vie que le jeune homme demandait à voir son père, de sa propre volonté.

Félix s'arrêta un instant dans sa progression alors qu'il se rendait compte à quel point aller au lycée était en train de révolutionner son quotidien, jusqu'à chez lui. Quelques mois auparavant, jamais le garçon ne se serait vu dans une telle situation. Jamais il n'aurait cru aller demander une faveur à son père, et surtout pas celle qu'il s'apprêtait à faire auprès de lui.

Une fois devant l'entrée du bureau, Félix déglutit péniblement. Il hésita un instant à faire demi-tour. Pourquoi s'acharnait-il autant ? Il s'avait d'avance qu'elle allait être la réponse de son père. Et pourtant, il y allait comme guidé par l'espoir qu'aujourd'hui, tout cela allait se passer différemment.

Depuis quand avait-il pris l'habitude d'espérer ?

Après un instant de réflexion, le jeune homme se décida à frapper quelques coups à la porte. Un long silence s'en suivit sans que personne ne daigne répondre. Félix se sentait incroyablement fébrile. Le garçon avait l'habitude de ressentir une certaine forme de stress dès qu'il approchait son père mais aujourd'hui, il ressentait cette tension qui lui tordait l'estomac bien plus puissamment que les autres jours.

Mais malgré cela, le jeune homme se refusait à bouger. Il avait commencé, hors de question de faire demi-tour. Il resterait là le temps qu'il faudrait pour avoir le droit de voir Gabriel Agreste. Et bien qu'avoir la sensation d'être relégué au rang de simple employé vis-à-vis de son père avait le don de l'énerver, Félix prendrait son mal en patience.

Le jeune patienta quelques longues secondes sans rien dire avant de lever de nouveau son bras pour frapper quelques autres coups sur la grande surface immaculée de la porte. Un nouveau silence se fit mais enfin, le pan s'ouvrit pour laisser apparaître Nathalie dans l'embrasure de la porte.

-« Félix ? s'étonna l'assistante en fronçant les sourcils. Qu'est-ce que vous faites ici ? »

-« Je voudrais m'entretenir avec mon père un instant, ça ne sera pas long. » répondit le jeune homme en plongeant son regard bleu dans celui foncé de l'adjointe de son père.

Nathalie écarquilla légèrement les yeux avant de se retourner vers l'intérieur de la pièce, sûrement pour échanger un regard avec son père.

Le garçon en profita pour serrer les poings. Tout cela était tellement ridicule pour lui. Combien d'enfant sur cette terre devaient-ils prendre rendez-vous pour voir leurs parents ? Le jeune homme inspira profondément afin de tenter de garder son calme. Il devait garder son sang-froid pour avoir une chance, une petite chance, d'obtenir ce qu'il souhaitait. Mais comme l'assistante ne bougeait pas de l'embrasure de la porte, Félix reprit la parole.

-« S'il vous plait, insista-t-il auprès de Nathalie qui tourna de nouveau les yeux vers lui. C'est important, j'ai besoin de lui parler. »

L'assistante semblait troublée de le voir si implorant, ce qui n'était pas du tout dans son habitude. Nathalie jeta un nouveau regard vers Gabriel puis après un instant de latence, elle s'écarta de l'embrasure de la porte, se plaçant aux côtés de Félix. Avec un mouvement de menton, elle lui fit signe d'entrer.

Après un petit hochement de tête, Félix pénétra dans le bureau en refermant la porte derrière lui. Gabriel était debout au centre de la pièce, devant son grand bureau. Il semblait plongé dans un dossier, il n'avait même pas levé les yeux pour regarder son fils qui avançait vers lui.

-« Dépêche-toi, tonna Gabriel en tournant la page de son dossier. Je suis très occupé. »

Félix inspira pour tenter de garder un ton calme. Il savait qu'interrompre son père dans son travail n'était pas la meilleure des solutions pour obtenir ce qu'il voulait mais y en avait-il une autre ?

-« Père, commença le jeune homme en serrant les poings. Demain soir au lycée il y a une… Une réception où tous les élèves sont conviés à venir. J'aimerai y participer, s'il vous plait. »

Gabriel se figea net, puis leva un regard dur vers son fils. Félix dégluti péniblement mais ne bougea pas, soutenant le regard de son père. Hors de question de fléchir, il devait montrer sa détermination.

Mais le silence commençait à peser lourd sur les épaules du jeune homme. Comme son père ne disait rien, se contentant de le détailler en silence, le jeune homme décida de continuer.

-« Je sais que vous n'appréciez pas le fait que je sois loin de la maison mais cela se passe dans l'enceinte du lycée, insista le garçon en avançant encore d'un pas. Je n'y serai pas plus en danger qu'en journée, je vous assure. »

Dans un mouvement fluide, Gabriel reposa le dossier qu'il avait dans les mains, contourna le bureau et s'avança vers Félix sans le quitter des yeux. Le jeune homme soutenait également le regard froid de son père sans pour autant le regarder durement. Il le regardait, c'est tout.

Gabriel s'arrêta juste à côté de lui, le détailla un instant puis passa derrière lui, les mains dans le dos. Félix l'entendait tourner autour de lui sans bouger. Il ne savait pas vraiment ce que voulait dire cette mise en scène, si cela était plutôt négatif ou positif. Le jeune homme se sentait quelque peu perdu, ne sachant plus quoi dire. Il avait soumis sa requête, c'était déjà une bonne chose de faite. Mais que faire maintenant ?

Attendre, tout simplement. Attendre que Gabriel veuille bien ouvrir la bouche pour exprimer son point de vue, favorable ou non.

Après un silence qui sembla une éternité à Félix, Gabriel, qui revenait vers son fils, prit la parole.

-« Tu me demandes de te laisser aller faire des imbécillités avec les autres jeunes gens puérils que tu fréquentes à l'école, c'est bien ça ? » tonna-t-il en se plantant devant son fils.

-« Je vous demande de me faire confiance père. » répliqua Félix sur un ton calme.

L'adolescent bataillait intérieurement pour tenter de garder un ton détaché. Il faisait son maximum pour faire abstraction de la remarque acerbe que venait de lui faire son père. Le jeune homme prenait sur lui pour paraître le plus serein possible.

À l'image de son père, il devait rester impassible.

Gabriel écarquilla les yeux, manifestement surpris par la réponse de son fils. À l'évidence, il ne s'attendait pas à cela. Il le toisa un instant avant de tourner les talons pour revenir vers son bureau. Il tira la grande chaise noire en cuir pour se repencher sur son dossier une fois assit.

Félix le regarda faire sans rien dire. Mais intérieurement, il bouillonnait. Comment pouvait-il avoir aussi peu de considération pour lui ? Pourquoi refusait-il de voir qu'il avait changé ? De quel droit l'enfermait-il ici sans lui laisser la possibilité de sortir sans devoir tout justifier ?

Félix inspira de nouveau pour empêcher sa rage de le consumer entièrement. Toujours debout au centre de la pièce, le jeune homme ne bougeait pas. Il voulait une réponse, un mot, n'importe quoi.

-« Je vais y réfléchir, déclara soudain Gabriel comme s'il avait lu dans les pensées de son fils. Tu auras ta réponse demain. »

La mâchoire de Félix failli se décrocher tant la surprise fut grande. Jamais il n'aurait pensé recevoir une telle réponse de son père.

Il allait… « y réfléchir » ? Ce n'était ni une réponse positive, ni une négative alors ? Il avait donc encore une chance ?

Le jeune homme resta un instant interdit avant de reprendre ses esprits. Secouant légèrement la tête, Félix amorça un pas en arrière tout en détaillant son père qui avait de nouveau baissé le regard vers ses papiers.

-« Merci père. » murmura-t-il avant de se retourner vers la sortie.

N'attendant pas de réponse de la part de Gabriel, Félix retraversa le bureau dans l'autre sens, ouvrit la porte et se retrouva de nouveau dans le couloir face à Nathalie. L'assistante le toisa un instant mais le garçon se contenta d'un petit hochement de tête, faisant office de remerciement silencieux avant de prendre la direction de sa chambre.

Sans se retourner, il entendit Nathalie rentrer dans le bureau de son père en claquant la porte derrière elle. Félix ignorait si son père allait faire part de son entrevue avec lui à son assistante mais pour l'instant, le jeune homme se sentait fier de lui. Avec un petit sourire, il accéléra le pas jusqu'à sa chambre et une fois la porte passée et refermée, il se permit de soupirer de contentement.

Plagg, qui s'était caché dans la grande bibliothèque en attendant le retour de son porteur, quitta son perchoir pour venir à sa rencontre, virevoltant devant le visage de Félix.

-« Alors ? demanda le kwami en croisant les bras. Qu'est-ce qu'il a dit ? »

-« Rien pour l'instant, répondit Félix en haussant les épaules. Il a dit qu'il allait « y réfléchir ». »

-« Donc ce n'est ni perdu ni gagné, c'est ça ? » répliqua Plagg en se posant sur l'épaule droite de Félix.

-« C'est ça, affirma-t-il en avançant vers le centre de sa chambre. Je préfère rester prudent pour l'instant, ne nous emballons pas. »

-« N'empêche que tu reconnaîtras que j'avais raison ! railla Plagg avec un rire. Encore une fois ! »

-« Hey pas si vite, répondit Félix, poussant légèrement du doigt le kwami qui roula de son épaule. Rien n'est joué encore, on ne sera fixé que demain matin. »

-« C'est ça, répondit le petit compagnon avec un reniflement outré. N'empêche que tu ne serais jamais allé lui parler sans que je te le dise de le faire. »

Félix le fixa un instant avec un petit sourire avant de mettre ses mains dans les poches de son pantalon.

-« Bon d'accord, je t'accorde ce point. » murmura le jeune homme avec un hochement de tête.

Plagg fit une mimique de fierté avant de revenir se poser sur l'épaule du garçon. Le jeune homme le suivit des yeux avant de s'avancer vers son bureau et ouvrir son sac pour étaler ses affaires de cours.

En attendant la réponse de son père, Jehan avait raison : il ne devait pas faire l'impasse sur les devoirs du lendemain sinon il pouvait abandonner l'idée de demander quoi que ce soit à son père pour les prochaines fois s'il revenait avec un avertissement d'un professeur.

Déposant Plagg sur une pile de livre, Félix ouvrit celui de physique pour se plonger dans les exercices demandés par Mme Mendeleïev.

Et même si le garçon faisait de son mieux pour se concentrer, son esprit vagabondait loin de là, oscillant entre prudence et espoir pour la réponse de son père qui l'attendait le lendemain.


Déposant son stylo sur son cahier, Bridgette s'écarta de son bureau en donnant un petit coup de pied au sol, faisant reculer la chaise sur laquelle elle était assise tout en s'étirant.

La voyant faire, Tikki releva les yeux du livre dans lequel elle était plongée pour venir rejoindre sa porteuse.

-« Enfin terminé ! clama la jeune fille avec un grand sourire. Pas trop tôt ! Je m'améliore je crois, c'est plus clair dans ma tête. »

-« Tant mieux ! répondit sa compagne avec un sourire. Ça veut dire que l'aide de Félix n'a pas été inutile ! »

-« C'est vrai, il nous a bien aidé, acquiesça l'adolescente en prenant la kwami dans ses paumes. Je savais qu'il n'était pas aussi méchant qu'il en avait l'air. »

-« Il faisait les gros durs mais finalement il est sympathique. »

Les deux amies échangèrent un sourire avant que Bridgette ne se lève de sa chaise pour se diriger vers sa grande armoire.

En chantonnant, la jeune fille fouilla dans ses affaires tout en faisant défiler les cintres sous ses doigts. Tikki la regardait faire, intriguée. Un petit silence seulement rythmé par le chant discret de Bridgette s'installa dans la pièce jusqu'à ce que la jeune fille mît enfin la main sur ce qu'elle cherchait.

Bridgette sorti du grand meuble une robe noire et violette aux manches courtes bouffantes.

Tikki s'approcha de sa porteuse en se posant sur son épaule, détaillant le vêtement avec des yeux ronds.

-« Qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda la kwami en avançant sur l'avant-bras de Bridgette pour admirer l'étoffe de plus près.

-« C'est ma tenue de demain, ça te plait ? demanda l'adolescente avec un grand sourire. Une vraie robe de sorcière ! »

-« Alors tu vas aller avec cette robe demain au lycée ? interrogea Tikki en relevant les yeux vers sa porteuse. C'est très joli ! »

-« Et tu n'as encore rien vu ! » rit Bridgette en se retournant vers le fond de sa chambre.

Déposant Tikki ainsi que la robe sur la méridienne au centre de la pièce, Bridgette s'agenouilla devant un grand coffre qui se tenait juste à côté de sa coiffeuse, dans un coin de la pièce.

La malle était grande et assez profonde, obligeant la jeune fille à se pencher complètement dedans pour pouvoir fouiller correctement. Bridgette retourna plusieurs vêtements, des écharpes et des affaires d'hiver essentiellement, que l'adolescente faisait disparaître ici le temps de la saison chaude.

Elle fouilla encore quelques instants jusqu'à enfin attraper ce qu'elle cherchait, à savoir un grand chapeau noir replié sur lui-même et une paire de gants foncés qui s'étaient déposés au fond du coffre.

Refermant le grand rabat, la jeune fille se redressa pour montrer fièrement ses trouvailles à sa compagne.

Cette dernière pencha la tête devant l'apparence du chapeau qui ne semblait pas très vaillante. Comprenant les pensées de Tikki, Bridgette tira sur la pointe du chapeau pour lui redonner une forme correcte avant de le poser sur sa tête avec un nouveau sourire. Dans un même élan, la jeune fille passa les gants qu'elle avait récupéré.

-« Alors ? » demanda la jeune fille en posant ses mains sur ses hanches.

-« Pas mal je dirai ! répondit Tikki en imitant le geste de sa porteuse avec un grand sourire. Ça te va très bien ! »

-« Merci, je dois avoir des collants qui pourront aller avec aussi, quelque part… » poursuivit Bridgette en pinçant son menton de ses doigts d'un air penseur.

Quand toutes les affaires constituant le costume furent rassemblées quelques minutes plus tard, la jeune fille s'autorisa à soupirer de contentement.

-« Bon je crois que j'ai tout ! affirma Bridgette en tournant les yeux vers Tikki. Je suis pressée pour demain ! J'adore cette fête ! »

-« Je vois ça, rit la kwami en se posant sur le bureau. Ça a l'air vraiment amusant. »

-« Ça l'est ! confirma Bridgette en caressant doucement la tête de sa compagne. Tu verras demain, je suis sûre que ça va te plaire. »

Tikki hocha la tête. Les deux amies échangèrent un regard avant que la jeune fille ne tourne la tête. Regardant vers son costume, l'image du visage triste de Félix revint en tête de Bridgette qui perdit aussitôt son air joyeux.

La voyant faire, Tikki s'approcha d'elle et virevolta devant ses yeux.

-« Bridgette ? demanda-t-elle pour attirer l'attention de la jeune fille. Qu'est-ce qui se passe ? »

-« J'étais en train de penser à Félix. Je n'imagine pas à quel point ça doit être dur pour lui d'avoir tout le temps son père sur le dos. De ne jamais rien pouvoir faire de sa propre initiative, soupira la jeune fille en baissant les yeux. Quand je pense que c'est sa première année à l'école, je n'arrive pas à croire que ses parents aient pu le priver du monde extérieur aussi longtemps. »

-« Les parents font toujours ce qu'ils pensent être le mieux pour leurs enfants, tu sais, tenta la kwami en passant devant les yeux de sa porteuse. Et puis il n'a pas l'air malheureux, non ? Je suis sûre qu'il ne manque de rien chez lui. »

-« De rien sauf de liberté, rétorqua Bridgette en haussant les épaules. J'espère vraiment qu'il pourra venir demain, ça lui ferait du bien. Il est gentil mais j'ai l'impression qu'il aurait besoin de faire un peu plus confiance aux autres. »

-« En plus ça te donnerai une super occasion de faire un peu plus connaissance avec lui ! » affirma Tikki avec un grand sourire.

Bridgette hocha la tête en répondant au sourire de sa kwami. Elle se posa lourdement sur sa chaise de bureau en passant ses mains derrière sa tête. La jeune fille prenait soudain conscience de la chance qu'elle avait de pouvoir aller et venir comme elle le voulait, dans comme en dehors de la maison.

Comment aurait-elle pu survivre ici, seule, dans une si petite pièce ? Et surtout, comment pouvait-on infliger cela à son enfant ? La jeune fille comprenait que les parents aient besoin de s'assurer de la sécurité des plus jeunes mais tout cela était peut-être poussé à l'extrême dans le cas de Félix.

Poussant un nouveau soupir, Bridgette finit par hausser les épaules. Rien ne servait de retourner le sujet dans tous les sens de toute façon. Si ce n'est l'encourager, elle ne pouvait rien faire de plus pour Félix, même si cela la chagrinait.

Elle ne pouvait rien faire si ce n'est attendre le lendemain pour être fixée. Et si la pensée de la journée du lendemain l'égayait au plus haut point, l'espoir de voir demain Félix se joindre à eux ne faisait qu'accroître son excitation.


Le lendemain matin, vêtue de sa robe noire et violette, ses jambes couvertes de collants rayés des mêmes couleurs et sa tête de son grand chapeau noir, Bridgette retrouva sa mère dans la cuisine, en train de préparer le petit déjeuner.

-« Oooh ! fit Sabine en posant les yeux sur sa fille. J'avais oublié à quel point cette robe t'allais bien. Tu es très jolie. »

-« Merci maman ! rit Bridgette en posant un baiser sonore sur la joue de sa mère. Je suis la plus terribles des sorcières aux alentours, alors prends garde ! »

-« Je pense surtout qu'il n'y a pas plus mignonne sorcière que toi ! railla Sabine en redressant le chapeau sur la tête de sa fille. Et qu'est-ce que ma sorcière bien-aimée voudrait manger ce matin ? »

Mère et fille s'installèrent ensemble à la petite table de la cuisine, débattant tranquillement du programme de la journée tout en dégustant le pain chaud de la boulangerie. La porte du fond s'ouvrit, faisant apparaître Tom qui tenait entre ses mains une grande boite en carton rose.

-« Ma fille est vraiment superbe ce matin ! clama-t-il en s'approchant des deux femmes tout en posant la boîte sur la table. Tu ne comptes pas me lancer un sort j'espère ? »

-« Non ! rit Bridgette en prenant son père dans ses bras. Enfin, tant que tu ne fais pas trop de bêtises, tu ne risques pas grand-chose de moi. »

-« Ouf ! Sauvé ! Tiens ça c'est pour toi, poursuivit Tom en poussant la boite rose vers sa fille. C'est pour le buffet de la fête de ce soir. »

-« Oh c'est vrai ? glapit sa fille, excitée. Tu as fait ça pour nous ?! »

Bridgette souleva doucement le couvercle. Dans la boite se superposaient de nombreux gâteaux sablés dans les tons orange, vert ou noir, découpés en forme de citrouille, de sorcières ou de chats.

Les yeux de la jeune fille s'illuminèrent alors qu'un grand sourire se dessinait sur son visage.

-« Oh merci ! clama-t-elle en prenant de nouveau son père dans ses bras. Je suis sûre qu'ils vont adorer, merci beaucoup ! »

-« Aha, je t'en prie, répondit Tom en rendant son étreinte à sa fille. Bon allez, il est l'heure. Tu devrais y aller avant d'être en retard. »

-« Tu as raison ! acquiesça la jeune fille en regardant la pendule. Je vais chercher mon sac. »

Sur ces mots, Bridgette se leva de sa chaise et attrapa discrètement deux cookies dans le bocal posé près de la cuisinière avant de prendre la direction des escaliers qui la ramenaient à sa chambre.

Refermant la trappe derrière elle, la jeune fille appela discrètement sa petite compagne.

-« Tikki ! Tikki, viens on s'en va. » murmura-t-elle en passant sa sacoche par-dessus sa tête.

La kwami apparue devant les yeux de sa porteuse, un grand sourire sur les lèvres.

-« Tes parents ont l'air d'être des personnes vraiment bien ! Je vous ai entendu discuter. »

-« Oh, ils le sont, crois-moi, répondit Bridgette en souriant tout en tendant un des cookies à son amie. Ils sont vraiment géniaux. »

Tikki acquiesça en mordant dans le gâteau. Bridgette ouvrit la sacoche qui reposait maintenant sur sa hanche, glissant le deuxième cookie à l'intérieur et invitant silencieusement sa compagne à y entrer elle aussi d'un léger mouvement de menton. Une fois confortablement installée, l'adolescente referma la sacoche et attrapa ensuite son sac de cours pour le passer sur son dos.

Elle redressa son chapeau en se regardant une énième fois dans son grand miroir avant de quitter sa chambre, le sourire aux lèvres.

Passant une nouvelle fois devant ses parents, Bridgette les embrassa avant d'attraper la grande boîte rose contenant les biscuits de son père. Et après un dernier signe de main à Tom et Sabine, la jeune fille quitta l'appartement en pressant le pas pour rejoindre le lycée.


Sortant de sa chambre avec sa sacoche sur l'épaule, Félix inspira longuement en refermant la grande porte.

Il n'avait pas encore eu la réponse de son père et l'attente commençait à peser lourd sur ses épaules. Marchant lentement dans le couloir, ses pas résonnant sur le marbre du sol, le jeune homme avançait doucement vers l'entrée de la grande maison. Plagg, après s'être assuré que le couloir était vide, sorti la tête de la veste de l'adolescent pour capter son attention.

-« Arrêtes de stresser comme ça, je vais devenir sourd avec le boucan que fait ton cœur ! »

-« Excuse-moi, crois-moi que ce n'ai pas quelque chose que je contrôle ! » murmura le garçon en continuant de regarder droit devant lui.

-« Ça va aller, rassura le kwami en se cachant de nouvelle dans la veste. Respire Félix. »

Le garçon se raidit en entendant son prénom puis se résigna à dire quelque chose. Il inspira un coup avant de porter sa main à sa poitrine.

Tout irait bien ? Il était de moins en moins sûr. Comment être sûr que son père ait réfléchi à sa requête ? Avait-il pris en considération ce qu'il lui avait dit ? Impossible de le savoir.

Arrivé dans le hall, le jeune homme regarda autour de lui. Personne.

Félix fronça les sourcils avant de regarder sa montre. L'heure de partir était arrivée. Où étaient-ils tous ? Il n'eut pas le temps de se pencher plus longuement sur la question que la porte qui menait vers la grande salle à manger s'ouvrit dans son dos, laissant apparaître Nathalie ainsi que son chauffeur. Nathalie, les mains dans le dos, s'arrêta à quelques pas de lui tandis que son grand garde du corps s'approchait de la grande porte d'entrée.

Le jeune homme le regarda sortir sur le perron et se diriger vers la grande berline noire dans la cour. Il tourna ensuite les yeux vers l'assistante qui prit la parole en remontant ses lunettes sur son nez.

-« Votre père s'oppose à ce que vous alliez à cette fête ce soir. Il souhaite que vous soyez rentré à l'heure habituelle. Votre chauffeur vous attendra, comme d'habitude. »

Félix écarquilla les yeux alors que sa mâchoire se décrochait. Il recula d'un pas, pris d'un vertige en sentant son cœur se serrer douloureusement dans sa cage thoracique. Le garçon garda le silence, fixant le sol, la main sur la poitrine.

Pourquoi était-il si surpris ? Comment avait-il pu imaginer une seule seconde que cela pourrait fonctionner ? Comment avait-il pu être aussi stupide ? Il savait au fond de lui qu'aucun autre scénario n'aurait été possible, jamais son père n'aurait accepté.

Mais alors s'il le savait, pourquoi cette nouvelle lui faisait-elle autant de mal… ?

-« Je… commença-t-il, le souffle court. Je ne comprends pas. Pourquoi a-t-il refusé ? »

-« Il ne m'a fourni aucune justification. Il m'a juste demandé de vous communiquer sa réponse et ses instructions. »

-« Je n'arrive pas à comprendre, je lui ai tout expliqué ! Je serai à la maison ce soir, je voulais simp- ! »

-« Vous allez être en retard, le coupa Nathalie en levant sa main pour lui intimer le silence. Vous attendiez votre réponse, vous l'avez. Maintenant, vous devez vous rendre en cours. »

Félix s'arrêta aussitôt. Serrant tellement ses poings que ses ongles s'en retrouvaient plantés dans la paume de sa main, le garçon tourna les talons sans rien dire. Il bouillonnait de rage. Il n'avait qu'une seule envie, remonter voir son père pour tenter de le raisonner. Au diable la retenue, il aurait pu lui hurler tout ce qu'il avait sur le cœur.

Mais le jeune homme savait que ce n'était objectivement pas une bonne idée et cela n'aurait pour conséquence que de rendre les choses bien pires. Sans rien dire, sans un soupir, les sourcils simplement froncés, Félix entra dans la voiture en claquant violemment la porte.

Ceinture bouclée, il se contenta de croiser les bras et les jambes, tentant de canaliser sa colère en inspirant profondément.

Si le refus de son père n'était pas surprenant bien que décevant, le fait qu'il n'ait pas donné une seule raison à cette décision rendait le jeune homme fou. Il ne comprenait pas ce qui l'avait poussé à répondre négativement à cette requête.

Le jeune homme se doutait que, depuis le nombre d'années où Gabriel vivait cloîtré dans son bureau, il devait avoir oublié ce qu'était vraiment la définition du mot « détente ». Et même au-delà de ce refus, Félix se sentait particulièrement frustré de ne jamais pouvoir faire quelque chose qui lui tenait à cœur sans être confronté à toutes les barrières que son père mettait en travers de son chemin.

Et si dans son esprit, Félix savait qu'il ne risquait absolument rien en se rendant à cette petite fête organisée par ses camarades, Gabriel n'était visiblement pas de cet avis. Le jeune homme se demanda même soudain si son père n'avait pas fait exprès de refuser, rien que pour se montrer désagréable.

Le jeune homme haussa les épaules.

Qui pourrait se montrer aussi déplaisant rien que pour le plaisir ?