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A Ossus, l'aube venait de poindre à l'horizon. Les rayons orangés et pourpres du soleil commencèrent rapidement à caresser les murs extérieurs à l'est du temple. Par les fenêtres, la douce chaleur et la lueur du soleil débutèrent même de baigner certaines pièces et couloirs. C'était d'autant plus beau que les murs d'Ossus étaient tous fait de pierres jaunes et épousaient donc les couleurs du soleil.

Ce n'était cependant pas le cas de la pièce où se trouvait Rey. La crypte était en effet dans les sous-sols du temple, et n'avait comme ouverture vers l'extérieur qu'un petit trou large d'une cinquantaine de centimètres mais haut d'à peine vingt, situait sur le mur de droite, presque à l'angle avec celui du fond. L'ouverture donnant cependant sur la partie ouest du terrain entourant le temple, la lumière qui en émergeait était tout juste suffisante pour faire comprendre à Rey que le matin était venu. La seule vraie source de lumière pour la jeune femme restait uniquement les quelques cierges allumés un peu partout dans la crypte. Celles-ci étaient évidemment davantage concentré autour du cercueil refermé de Lor San Tekka.

La pièce s'ouvrait par une double porte duquel découlait un chemin d'une trentaine de mètres, entourés de deux colonnes de rangés de bancs en bois simples, jusqu'à ce que l'on arrive à un espace légèrement surélevé dont on accédait par une place unique. C'est ici que ce trouvait le cercueil, et juste derrière lui un petit autel.

Rey, elle, était assise à genoux juste devant la marche, au pied de la dépouille de son maître. Depuis plus d'une heure qu'elle était là, la jeune femme se contentait de rester assise, la tête basse. Elle priait dans la Force, essayait parfois mais en vain de contacter l'énergie de son défunt maître, mais surtout elle se laissait aller dans sa peine et son chagrin. C'était sans un bruit, mais de temps en temps des larmes s'écoulaient silencieusement de ses yeux à ses joues.

La jeune femme aimait Lor San Tekka comme on pouvait aimer un oncle ou un grand-père. Depuis le premier jour ils s'étaient compris. Lor avait le caractère sévère et sec d'un ancien soldat qui avait vu beaucoup des gens auxquels il tenait mourir, mais aussi la patience, la capacité d'écoute et la compassion d'un vrai Jedi. La jeune femme qui avait grandi toute sa vie à Jakku où chaque journée était une punition pouvait parfaitement tolérer cela.

Le fait qu'il est voulu l'évincer de l'Ordre en apprenant qui était son vrai père avait était une terrible épreuve pour Rey mais une fois qu'elle avait à son tour eut connaissance de la vérité elle avait totalement approuvé sa décision. Car si San Tekka avait cultivé toute sa vie une haine pour les partisans du côté obscur, Rey les imaginait avec terreur et se les figurait tels des démons ou des croque-mitaines. Découvrir que sa mère avait été violé par Palpatine et qu'elle en était le résultat était une vérité toujours difficile à digérer pour la jeune femme. C'était peut-être même impossible : comment accepter une telle chose ? Comment pourrait-elle un jour se regarder dans un miroir à nouveau après une telle découverte ? La seule chose qui pouvait rassurer la jeune femme était les paroles de Maître Skywalker.

« Tu n'as rien fait de mal, jamais. »

C'était vrai, même si cela ne la faisait pas se sentir beaucoup mieux, au moins la culpabilité ne venait pas s'ajouter à son dégôut.

Mais alors, que pouvait-elle dire de son fiancé ?

Ben venait de tuer un homme, rien de moins. A Jakku, en arriver à là pouvait s'avérer inéluctable. Si un voleur attentait à vos pièces, il fallait être prêt à défendre son gagne-pain coûte que coûte. Mais ni elle ni Ben (en tout cas à sa connaissance) n'y avait été jamais contraint. Et en arrivant à Ossus, Rey avait pourtant cru que cette époque de danger et de menaces était terminé. Il ne pouvait en être autrement : le temple était un lieu de paix où l'on apprenait à méditer, à être patient, à découvrir des liens entres tous les êtres vivants.

Ben n'avait même pas eut besoin de le leur dire : presque toutes les personnes du temple avaient senti un souffle de vie s'en aller lorsque Lor San Tekka avait été vaincu. La sensation que cela avait procuré était désagréable, et en même temps créait une impression de vide, comme lorsqu'on avait tellement froid que l'on ne sentait plus certains de ses membres.

Tuer était quelque chose d'immonde à imaginer. Cela aurait pu être une nécessité sur Jakku, mais partout ailleurs c'était un crime. Et que Ben ne soit jamais poursuivi par la justice car il aura commis cela lors d'un duel ne changeait rien aux yeux de la jeune femme : son fiancé avait commis un meurtre. Pire que cela, il avait tué son maître ! Qu'une personne que l'on aime soit tué par une autre personne que l'on aime, il y avait de quoi se déchirer le cœur.

Rey, peu après le duel, avait demandé au Conseil que Ben soit sévèrement puni. Mais les autres maîtres n'ont rien voulu entendre : le duel était une conséquence logique d'un acte de violence et de colère de San Tekka, sa mort une conséquence malheureusement d'un combat à armes blanches, il n'y avait rien à faire d'autres que pleurer. Mais pour la jeune femme, c'était inconcevable. Rien qu'imaginer le meurtre de son maître rester impuni créait dans son cœur une ombre aussi noire que son chagrin.

Et alors que ses pensées avaient complètement déviés du meurtre de San Tekka, la double-porte s'ouvrit dans un long grincement. Le son ne put cependant se faire entendre jusqu'à son terme, puisque au même moment les clochettes du temple retentirent. Cela dura quelques secondes, mais au moment où cela fut fini la porte avait cessé d'être poussée.

Rey n'osa même pas se retourner. Elle savait que c'était sans nul doute son fiancé qui venait d'ouvrir. Les clochettes annonçaient la première prière de la journée, donc tous les moines et les apprentis étaient en train de se rendre à la chapelle. Il n'y avait que Ben Solo pour se permettre de faire un détour quitte à arriver en retard.

« Le mariage nous autorise à louper les deuxièmes et troisièmes prières de la journée. Pas la première, Rey. »

La voix basse et profonde de Ben venait de l'autre bout de la pièce, mais elle avait réussi à atteindre l'oreille de la jeune femme avec une clarté. Ben avait ce don de faire porter sa voix sans avoir paraître se forcer ce qui rendait d'autant plus terrifiant les moments où il perdait tant le contrôle de lui qu'il se mettait à crier tout de même.

Rey ne répondit pas, ni ne bougea. Ben se décida alors à avancer. On entendit ses pas résonner sur les dalles en pierre du sol. A mesure qu'il se déplaçait, Rey commença à se sentir de plus en plus mal à l'aise. La douleur dans sa poitrine explosa après un pas de trop.

« Je t'interdis d'avancer plus. »

Les bruits de pas cessèrent tout à coup.

La voix de Rey était l'inverse de celle de Ben : bien que celle-ci retentit comme un murmure dans la salle, on pouvait entendre à quel point son ton avait été impératif.

Le jeune homme était alors environ à mi chemin entre Rey et la double porte. Il laissa passer environ cinq secondes de silence tendues entre eux deux, à réfléchir à ce qu'il pouvait dire qui ne sonne pas faux ou inapproprié, avant de parler.

« Tu as le droit de me détester, mais ça n'empêche pas que tu as toujours des obligations. »

Ces paroles firent mouches. Rey ne put qu'admettre que Ben avait raison : elle avait des obligations non seulement en tant que novice du temple, mais aussi en tant que future épouse. Une question tarauda tout de suite son esprit. Il me dit ça car la prière a déjà commencé, ou parce qu'il veut parler du mariage ? Est-ce qu'il me dit là que je n'ai pas d'autres choix ? Devenir Madame Solo, l'épouse d'un meurtrier. L'idée qu'il l'a forçait avec ses mots devaient paraître évidente pour n'importe qui, mais pas pour Rey. A aucun moment Ben ne lui avait dit qu'il forcerait Rey à l'épouser depuis le meurtre de San Tekka, il ne lui a même pas crié dessus, ni pleurer, ni quoi que ce soit lorsque Rey a demandé au Conseil qu'il soit puni. De toute façon, jamais Ben Solo n'aurait osé s'en prendre à elle ou l'obliger à faire quoi que ce soit. Enfin, si seulement ce Ben était encore son Ben…

Tout à coup, la jeune femme qui était toujours tournée vers le cercueil, les yeux fermés, sentie une pression sur son épaule. Elle sursauta, se retourna, et vit Ben qui venait de poser sa main sur elle. Comment avait-il pu arriver là sans qu'elle ne s'en rende compte, Rey ne le comprenait pas. Etait-elle si bouleversée qu'elle en perdait la précision de ses sens ? Elle ne pu y réfléchir longtemps car tout de suite Ben usa de son autre main pour capturer son bras droit et la tirer. Rey tenta alors de se débattre, de résister. Déjà à moitié debout elle essayait de se défaire de l'étreinte de Ben à l'aide de sa main libre. Mais le jeune homme était beaucoup plus fort, et de la seule force de ses bras il réussi à remettre la jeune femme debout. Dans son élan, il arrivait même à tirer Rey peu à peu vers les rangés de banc, même si sa fiancée luttait encore.

« Lâche-moi ! Lâche-moi, Ben ! Je veux rester avec mon maître ! »

« Il est mort, Rey. Ce n'est qu'un cadavre entouré de planches en bois. »

La cruauté de ses paroles laissa la jeune femme sans voix. Ben continuait à la traîner comme une charge jusqu'à la porte. Et Rey ne riposta pas, car elle savait que son fiancé avait raison. Si elle voulait avoir une chance de parler à San Tekka dorénavant, il vaudrait mieux se rendre dans la chapelle et en appelé de son cœur aux esprits de la Force, plutôt que se rattacher à un cercueil qui ne contenait plus qu'une enveloppe charnelle vide. La jeune femme se contenta alors seulement de reprendre ses appuis au sol et de freiner Ben, jusqu'à ce qu'il daigne poser à nouveau son regard sur elle.

« Laisse-moi marcher, je peux très bien me débrouiller seule. »

Ben lâcha le bras de la jeune femme, puis sans mot dire lui attrapa la main pour mêler ses doigts aux siens. Rey ne réagit pas extérieurement, alors qu'en elle ce soudain geste tendre et romantique la faisait bouillir. Alors qu'ils étaient en train de quitter la crypte, Rey ne pu se retenir de jeter un dernier regard vers le cercueil de son maître. Ben remarqua ce geste, même s'il ne le commenta pas. Mais de façon machiavélique, Rey pouvait rire intérieurement, car ses pensées lors de ce dernier coup d'œil n'allaient pas forcément à son maître. Lorsque Ben sera mort, est-ce que l'on osera lui offrir de belles funérailles à cet endroit ? Car le plan de Rey était très clair : au moment où ils prononceront leur vœu, où Ben ne sera qu'à quelque centimètres et vulnérable, la jeune femme lui fera payer son meurtre. Ses sa mort qui vengera celle de son maître.