Coucou Tout le monde^^

Merci pour vos review, c'est un régale^^ Voilà la suite ! Bonne lecture ;)


PARTIE II

Chapitre 6 : Premier entraînement

Assis dans le fauteuil, les coudes sur les genoux pour poser son menton sur ses mains jointes, Sasuke était plongé dans ses réflexions, calculant à peine l'Uzumaki qui faisait les cent pas dans la chambre louée à l'auberge. Il n'avait pas fait attention lors de la réunion des clans ─ sa première rencontre avec Gaara No Sabaku ─, mais après lecture du rapport de Naori, le lien fraternel du jeune Chef avec Yôko lui semblait évident. Il avait même accueilli les soupçons de l'aînée de Koyâ ─ transmis par Shimura dans la matinée ─ sans réelle surprise. Leur ressemblance était tellement frappante, comparé aux aînés No Sabaku, qu'ils devaient avoir partagé le même utérus. Et cette hypothèse apportait son lot de complication concernant la mission.

En plus de l'infiltration en cours, ils allaient devoir enquêter sur la famille héritière, et plus précisément, sur l'enfant confié au Kage de Suna. La piste que Yokô soit née hors mariage restait plausible, leur âge et leurs similitudes ne suffisaient pas à avérer leur jumelage. Et si ce lien présumé était attesté, alors ils s'orienteraient sur ce qui expliquerait l'éloignement de Yokô. Mais tout cela ne harcelait pas l'esprit de Sasuke, qui était concentré sur un détail lui paraissant important : le Chef n'avait pas demandé à le rencontrer. Il ne pouvait déterminer si c'était dû au fait que Gaara ignorait qu'il était un client ─ profitable de surcroît ─, ou si c'était calculé.

D'après l'héritière déchue, le No Sabaku n'avait pas connaissance des secrets gardés à Suna. Cependant, un doute persistait en lui. Il ne cessait de supposer que son invitation à la table des Chefs lui avait permis une certaine transparence sur les actions de son paternel. Et en tenant compte du profil ayant été dressé par la coalition, il jugeait Gaara assez fourbe pour prétendre ignorer la transaction qu'il avait passée avec Baki.

─ Naori a envoyé l'échantillon de sang, clama joyeusement Naruto.

─ Hm.

─ J'préviens l'Patron.

─ Hm.

─ Faut trois heures pour rejoindre Konoha et huit heures pour des analyses, donc on aura les résultats demain matin, s'enthousiasma-t-il, fixant l'Assassin.

─ Hm.

Naruto fronça un sourcil sur deux en grimaçant une réprimande qu'il s'efforça de retenir. Il ne pouvait encadrer son actuel binôme, le trouvant hautain, trop personnel, autoritaire et dénué de la moindre définition du mot « équipe ». Et ses réponses monosyllabiques devenaient imbuvables. Savait-il exprimer autre chose que des ordres ou des « hm » ? En prime, son air pensif prédisait qu'il élaborait un nouveau plan en solo, ce qui épuisa sa faible réserve de patience.

─ Tu peux m'mettre au parfum cette fois ? réclama-t-il tel un ordre, ses bras se croisant sur son torse.

Il obtint le regard fraîchement habité de l'Uchiha.

─ Je vais demander audience à Gaara No Sabaku.

Naruto écarquilla les yeux avant de lâché un rire nerveux, retenant son envie de meurtre.

─ Le savon de Madara-sama ne t'a pas suffi, tu veux réitérer ta connerie ! se moqua-t-il, recevant de l'indifférence. T'es pas croyable… Le grand Sasuke Uchiha est au-dessus de t-

─ Ferme-la et écoute, stoppa le visé d'un calme fébrile. C'est en tant que Sasuke Uchiha que je suis venu voir Baki, si je m'annonce à la cible, je renforce ma crédibilité.

Une veine palpita sur la tempe du faux brun, qui rêvait d'enserrer la gorge de ce foutu Uchiha. Le silence d'abdication laissa Sasuke exposer son idée. Encore une fois, la direction qu'il choisissait était une pente glissante qui pourrait coûter cher à de nombreuses personnes. Cependant, Naruto devait admettre que ce plan le tentait. Il le sentait et était persuadé que si son mentor Kakashi était présent, il aurait eu la même intuition : suivre l'initiative.

─ Okay, j'adhère, accepta-t-il, de nouveau sérieux. Essaie de faire languir votre tête à tête, j'en profiterai pour bichonner Sari.

─ « Bichonner » ? arqua-t-il un sourcil.

L'Uzumaki émit un léger rire avant de l'informer de la signification réclamée. Sasuke opina brièvement du chef, puis se leva du fauteuil placé dans un coin de la chambre. Tout en se rendant à la porte, dont il saisit la poignée, il proclama :

─ Je devrais pouvoir te donner une heure, ne la gaspille pas.

─ Eh ! s'injuria-t-il.

Mais il refermait déjà le battant derrière lui. Jurant entre ses dents, Naruto marmonna qu'il n'était pas un débutant, n'ayant donc pas besoin d'ordres venant d'un Assassin prétentieux.

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Assise en tailleur sur les tatamis, Tenten attendait son nouvel élève. Les bras ballants et les poignets posés négligemment sur ses genoux, elle gardait les paupières closes, tentant de vider son esprit comme son maître le lui avait enseigné. Elle avait ainsi médité chaque jour depuis l'annonce de Gaï, espérant mettre un peu d'ordre dans ses pensées. Sa mise à pied et ses récents déboires avec l'héritier Hyûga lui avaient fait comprendre qu'elle devait tempérer sa rancune agressive.

Elle ne pouvait réfuter que les nombreuses discussions qu'elle avait partagé avec Aiko ces temps-ci l'avait aussi amenée à cette conclusion ─ surtout que sa dernière entrevue avec l'Hyûga lui avait prouvé que lorsqu'elle se montrait calme, il était capable de l'écouter. Si à cause d'elle, son amie avait longtemps évité d'aborder sa relation amoureuse, dorénavant l'inverse se produisait. Comme disait Gaï : « Connaître son ennemi est déjà une victoire ». Et bien qu'ayant été dupée, Aiko était une source d'informations non négligeable.

Elle s'était évertuée à démêler le vrai du faux dans tout ce que lui racontait l'ancienne espionne, cherchant les moments paraissant sincères à travers ceux joués. Se fiant à son instinct, elle jugeait la tendresse qu'il avait témoignée comme de la manipulation, autant que les paroles réconfortantes et les promesses. Elle trouvait une raison possiblement profitable aux rendez-vous qu'il avait fixés, ne pouvant cependant s'empêcher de douter de certains. Et elle accueillait chaque fois les qualités dont l'affublait Aiko d'une grimace. Rien de ce qu'elle entendait de lui ne trouvait grâce à ses yeux.

Pourtant, qu'il soit venu vers elle de son plein gré l'encombrait d'hésitation. Elle cherchait constamment une raison malveillante à ces cours qu'il avait exigés d'elle autant que de Gaï. Puis elle se mettait à espérer l'avoir fait entamer une remise en question, avant de rire avec moquerie de cette possibilité : par quel miracle aurait-elle réussi cet exploit ? Et cela se répétait en boucle dans son esprit, ne la laissant en paix que lorsqu'elle méditait. Cela l'avait suscitée à vouloir tirer profit de ce professorat imposé. Elle allait lui laisser une chance de prouver qu'il n'était pas aussi pourri jusqu'à la moelle qu'elle le croyait.

Le cliquetis distinctif de l'ouverture des doubles portes en bois ciselé lui fit ouvrir les yeux, dévoilant des pupilles noisette qu'elle riva sur l'arrivant. Un coin de ses lèvres se courba discrètement en constatant la tenue de l'héritier, celle des sous-fifres du Chef que le clan nommait Soldat du Soleil ─ et qu'elle surnommait mesquinement « Éclipse ». La longue tunique blanche à manches évasées tombait négligemment sur le pantalon en toile noire resserré aux chevilles, et des cordelettes tressées ceinturaient la taille. Un habit qui était à l'évidence conçu pour la liberté de mouvement, mais certainement pas pour passer inaperçu comme celui des Assassins, sans même parler de l'emblème brodé à l'épaule gauche.

Un bref coup d'œil à la pendule accrochée au pilier central de la salle du Dôjô la fit noter qu'il était à l'heure. Elle ne quitta pas sa position, le laissant venir à elle d'un pas assuré. Elle leva la tête à mesure qu'il s'approcha, l'observant en ayant figé le rictus moqueur qu'elle lui réservait. « Qu'est-ce qui t'a fait revenir exactement ? » se questionna-t-elle intérieurement, « Qu'est-ce qui a éveillé ta conscience ? ».

─ Ponctuel, Trou-du-cul ! le salua-t-elle en mimant une félicitation lorsqu'il se stabilisa devant elle.

Debout, les jambes écartés et les bras dans le dos, Neji fut impassible. Désapprouver d'une quelconque façon le surnom qu'elle s'entêtait à lui octroyer ne lui donnerait que plus de raisons de l'utiliser, il préférait donc s'y montrer indifférent. Il se garda de lui rendre ce qui lui traversa l'esprit : « Bonsoir, Insolente ! », adoptant le mutisme.

─ Assis, commanda-t-elle en tapotant le tatami.

Il arqua un sourcil, verbalisant muettement qu'elle était folle de croire qu'il obéirait à ses ordres. Ils se lancèrent alors dans un défi visuel dont il crut être victorieux, car après une petite minute, Tenten soupira de reproche en se levant. Il ne cacha pas être satisfait de la voir céder, mais perdit cette mine supérieure lorsqu'elle répliqua fermement :

─ Tu as exigé que je sois ta prof, mais retiens une chose : j'ai accepté de t'enseigner. Quand tu passes ces portes, tu n'es rien de plus que mon élève. Si ça ne te convient pas, tu peux quitter le Dôjô.

Il inspira en serrant les poings. Il était déjà à regretter d'avoir eu cette idée loufoque. Il tint l'agression visuelle gorgée de colère. Elle l'énervait pourtant, il devait en apprendre plus sur les Ryû, l'entendre raconter son histoire. Et puis, il ressentait le besoin de lui faire face. Il devait lui prouver qu'il n'était pas celui qu'elle se figurait. Alors il abdiqua. D'un mouvement fluide, il s'installa en tailleur sur le tatami, et avec droiture, attendit qu'elle reprenne sa position.

Tenten fut surprise, haussant les sourcils en conséquent et restant stoïque une bonne minute. Voilà qu'il obéissait maintenant ! Était-il lunatique ? Avec lenteur, elle reprit sa place, gardant le mètre de distance qu'il avait instauré. Abandonnant son faciès faussement enjoué, ses sourcils se plissèrent sans craindre d'afficher sa perplexité.

─ Avant toute chose, explique-moi pourquoi tu m'as réclamée ? Et pourquoi veux-tu t'entraîner ici et non avec tes semblables ? questionna-t-elle platement.

─ Cela ne te regarde pas, répliqua-t-il du même ton.

─ Que tu crois ! Tu peux me dire ce qui se passerait si ton papounet venait à apprendre qu'une lambda de son quartier égratigne le trou-du-cul qu'tu es ?

Il inspira profondément, ne pouvant nier que Hiashi y verrait trahison et déshonneur. N'étant pas influençable, aucune explication de la situation ne l'empêcherait de missionner un Soldat du Soleil pour éliminer la gênante et insolente professeure Ryû. Néanmoins, avouer ses raisons n'était pas dans ses objectifs.

─ Tu es un bon adversaire, consentit-il à révéler, inflexible.

─ Tu ne m'auras pas avec des compliments.

─ C'en n'était pas un.

Tenten ne retint pas son sourire moqueur au ton parfaitement neutre qu'il venait d'utiliser. Il pouvait bien le nier, il venait tout de même de lui faire un éloge. Cependant, elle n'insista pas et se releva en lui ordonnant d'en faire autant. Réticent, il soupira discrètement, puis obéit. Elle annonça un combat au corps à corps qu'elle débuta dans la foulée, ne lui donnant pas le temps de se préparer. Il ne protesta pas. D'instinct, il se mit en position défensive et ne rata aucune occasion offensive.

Bien que ce fut un entraînement et non un règlement de compte, Neji eut une sensation de déjà vu, le ramenant à leur altercation dans l'appartement d'Aiko. Mais elle ne démontrait aucune colère, seulement les talents d'une excellente combattante. Elle mesurait sa force et le dirigeait selon ce qu'elle souhaitait de ce combat factice, soit jauger sa technique, comme il le faisait avec la sienne. Inconsciemment, il la compara à sa benjamine et ne put s'empêcher de penser qu'elle aurait fait un excellent Soldat du Soleil.

Quarante minutes s'écoulèrent au rythme d'une danse de Taïjutsu* que Tenten menait. Elle analysait ses mouvements, faisant connaissance avec son adversaire. Découvrir qu'il était bien meilleur combattant que ce qu'il lui avait montré la première fois la réjouissait tout autant que cela l'intriguait. Pourquoi n'avait-il pas été aussi doué à l'appartement d'Aiko ? Accordant un bref coup d'œil à son faciès, elle constata sa parfaitement concentration, ce qui n'avait pas été le cas la première fois.

Leur respiration se saccadait, la sueur collait leurs vêtements à leur peau, les enchainements vifs et rythmés volaient lentement leur énergie. Lorsque la professeure mit fin à la démonstration de force, Neji peina à garder sa position droite. Son rythme cardiaque battait des records. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas exercé de la sorte. Elle n'eut pas autant de retenue que lui. Dans le même état physique, elle s'autorisa à soupirer fortement, ayant agrippé ses genoux de ses mains sans craindre témoigner sa fatigue.

─ Assis, finit-elle par souffler en se laissant tomber en tailleur sur le tatami.

Cette fois, il obtempéra sans réticence, voire avec satisfaction, et imita sa position en gardant néanmoins le dos droit. Quelques mèches de cheveux avaient échappé à l'élastique qui les maintenait dans son dos, tout comme la queue de cheval de celle qui lui faisait face s'était desserrée. Reprenant calmement leur souffle, le silence les accompagna. Puis Tenten se leva pour aller se saisir de deux petites bouteilles d'eau, se faisant suivre du regard, puis revint en lui en jetant une. Il l'attrapa de justesse et s'en abreuva alors qu'elle se réinstallait.

─ T'as quel grade chez les Éclipses ? l'interrogea-t-elle en portant le goulot à ses lèvres.

─ « Les Éclipses » ?

─ Les sous-fifres de ton cher papa !

Neji retint un rictus déridé. Que ce soit le nom de leur quartier ou celui de leur clan, le soleil était le noyau de l'emblème des Hyûga, la flamme rouge représentant celles qui caressaient l'astre de vie. Alors le surnom qu'elle octroyait à ceux sous les ordres de Hiashi était clairement péjoratif. Pourtant cela l'amusa sous cape, ne montrant rien de plus que l'ébauche d'une risette.

─ Je suis le bras droit du Chef, consentit-il à répondre avec évidence.

─ Ta sœur est réputée pour être la plus douée d'entre vous, et d'après ce qu'on dit, elle sera ton bras droit un jour. Tu te situes où par rapport à elle ?

Il tourna brièvement la tête en s'humectant les lèvres. S'il n'avait jamais eu honte d'affirmer que sa benjamine était nettement plus talentueuse que lui, à l'instant cela le dérangeait. Néanmoins, il ne put que faire preuve de franchise :

─ En-dessous.

─ Donc on peut dire que ta sœur est numéro un des Éclipses et toi numéro deux ?

─ Hm, approuva-t-il à contrecœur.

─ Je suppose qu'être les enfants du Chef vous donne un avantage, se moqua-t-elle mesquinement, lui faisant froncer les sourcils.

─ Nous avons gagné notre grade sans aucun privilège dû à notre naissance, contredit-il sèchement, la fusillant du regard.

Il aurait pu lui expliquer que l'entraînement intensif que sa benjamine et lui avaient reçu dès leur sixième année n'était en rien une faveur, mais il n'en fit rien. Il se leva à ces mots et entama de quitter le Dôjô. L'idée qu'elle se faisait de la famille héritière l'énervait au plus haut point. Qu'elle haïsse le clan Hyûga, il pouvait le concevoir. Mais qu'elle s'imagine qu'il ait eu une enfance privilégiée de par sa naissance lui était intolérable. S'il avait bénéficié de six années d'avance sur la formation des Soldats du Soleil, cela lui avait aussi retiré le droit à une enfance normale que tout autre Hyûga avait vécu.

N'ayant pas bougée de sa place, Tenten le suivit de ses yeux écarquillés jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière les portes du Dôjô. Avait-elle blessé son égo en le comparant à sa sœur ou était-ce un de ses sautes d'humeur ? Peut-être un peu des deux, pensa-t-elle en souriant. Elle se laissa ensuite tomber en arrière, adoptant la position de l'étoile dans l'espoir de reposer ses muscles. « Hanabi-sama est la seule femme chez les Soldats du Soleil, Neji en est fier » entendit-elle la voix d'Aiko, se remémorant son sourire. Elle soupira en abaissant ses paupières. Encore une information qu'elle classait dans les mensonges de l'héritier.

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Les mains dans les poches et la tête baissée, Konohamaru errait dans les rues d'Iwa. Il n'avait pas de destination précise, faisant machinalement le même tour de pâté d'immeuble, ressentant juste le besoin de marcher calmement. Il lui restait quelques minutes avant de retrouver Hanabi et le silence qu'elle lui avait de nouveau imposé ces deux derniers jours n'avait eu de cesse de le harceler. Elle s'était endormie contre lui, mais il s'était réveillé seul au sommet de la tour. Elle n'avait pris aucun de ses appels, pas plus qu'elle n'avait renvoyé de messages. Jusqu'à ce début de soirée.

Il était passé par toutes les possibilités pour expliquer ce mutisme : la gêne, la honte, le remord, la peur… Lorsque ces hypothèses le laissaient en paix, c'était le prénommé Fujio et tous les cauchemars d'Hanabi qui l'assaillaient. Il avait bien de la peine à ne pas penser à elle. Alors il s'octroyait une promenade pour tenter de focaliser son esprit sur n'importe quoi d'autre que la benjamine Hyûga. Cependant, c'était guère concluant. Car bien qu'il ne fût pas perturbé par le fiancé indésiré ou ses présomptions concernant le silence imposé, il songeait à la proposition d'alliance qu'il avait partagée à Asuma.

Occultant l'association liant les clans Uchiha, Senju-Uzumaki et Sarutobi avec le Kage, pour ne pas prendre en compte les changements éventuels que la réussite de la coalition engendrerait, il envisageait un accord de Hiashi sur l'union de leurs deux clans autant que son mariage avec Hanabi. Il savait que cela permettrait à l'héritière de vivre à Saru avec lui, dans un environnement où elle jouirait d'une liberté certaine en plus de toute l'affection qu'il souhaitait lui donner. Mais il n'était pas convaincu que cela suffise à la sortir de sa prison dorée.

Elle ne cachait pas l'estime qu'elle portait à sa fratrie et sa mère, parlant souvent d'eux et lui avouant son inquiétude. Elle les aimait profondément, il en était persuadé. Alors elle ne serait jamais réellement heureuse si eux restaient prisonniers des chaînes que leur avait fabriquées le patriarche des clans. Cela lui fit comprendre une des raisons pour lesquelles son oncle n'avait pas adhéré à sa requête. Pourtant, il ne pouvait se résoudre à laisser tomber l'idée. « Et essaie de savoir si tu serais un fiancé désiré ! » entendit-il la voix d'Asuma, visualisant son petit sourire en coin qu'il lui servait lorsqu'ils s'affrontaient au shôgi. Comment était-il censé s'en informer si elle le fuyait ?

Revenu à moins de cent mètres du bar où il avait rendez-vous, il soupira en jetant la tête en arrière. Il était supposé se vider l'esprit, et y était toujours parvenu grâce à la marche. À l'évidence, cela ne fonctionnait pas lorsqu'il s'agissait d'Hanabi. Peu importait qu'elle soit près de lui ou pas, elle était le point central de toutes ses pensées.

─ Bonsoir, entendit-il une voix familière.

Relevant promptement la tête, il riva son regard à l'objet de ses tourments. Le sourire inconscient qui avait fleuri sur ses lèvres se fana dans la seconde. Les deux pupilles noires qui le fixaient le déstabilisèrent. C'était pourtant bien la benjamine Hyûga qui se tenait devant lui. Elle baissa la tête en se pinçant les lèvres, laissant percevoir sa gêne.

─ Salut, se reprit-il d'un sourire crispé.

Hanabi était mal à l'aise. Elle s'était pourtant préparée et encouragée à l'affronter, à lui fournir une explication. Et maintenant qu'il était près d'elle, elle ne savait plus comment s'exprimer. La déception qu'elle avait pu lire dans ses billes noisette l'apeurait. « M'en veut-il ? » se questionna-t-elle. Elle ne voulait pas perdre le seul ami qu'elle avait. Alors elle s'accrocha à son bras, le surprenant, et lui offrit un sourire hésitant.

─ On peut marcher un peu ? proposa-t-elle timidement.

Konohamaru se laissa embarquer, la dirigeant néanmoins pour atteindre le parc central d'Iwa, jugeant le sommet de la tour inadéquat pour le moment. Le bruit de la ville accompagna leur marche durant un temps, puis Hanabi y ajouta sa voix.

─ Je suis désolée.

Il quitta ses pensées ─ toutes tournées vers les lentilles noires qu'elle portait ─ et lui accorda son attention. Elle balayait des yeux tout ce qui se trouvait devant elle, l'évitant soigneusement.

─ J'ai paniqué, avoua-t-elle avec embarras. Alors, je suis partie. Et… et je ne savais pas quoi te dire. Je me suis sentie…

« Honteuse » termina sa voix interne. Mais ses lèvres se scellèrent et son regard se baissa sur le chemin de terre qui remplaça le goudron des rues. S'être réveillée contre Konohamaru la travaillait. Elle revoyait son visage au teint hâlé être totalement apaisé à seulement quelques centimètre du sien, le regard appuyé qu'elle avait offert à sa bouche légèrement entrouverte et l'envie soudaine d'y sceller la sienne. Elle abaissa brièvement les paupières. Était-elle perturbée par tout ce qu'engageaient ses fiançailles ou désirait-elle vraiment son seul ami ? Elle n'en avait pas la moindre idée.

Elle ignorait tout autant que son soudain mutisme avait laissé Konohamaru pendu à ses lèvres. Il décida de s'arrêter au milieu des arbres après quelques pas, la retenant par la même occasion.

─ Bi ? appela-t-il, accrochant son regard. Pourquoi t'as paniqué ?

Elle se mordilla la lèvre inférieure alors que ses pommettes trahissaient la gêne qui s'emparait d'elle. Pourtant, elle ne baissa pas les yeux, les gardant ancrés à ceux de Konohamaru. Bien qu'elle ignorait ce qu'elle ressentait exactement pour lui, une part d'elle souhaitait qu'il soit celui avec qui elle connaîtrait tout ce qu'engageait une relation amoureuse. Elle se sentait en sécurité près de lui, n'avait pas besoin d'être la parfaite héritière Hyûga, souriait et riait avec sincérité chaque fois…, et ne pouvait empêcher son esprit de l'imaginer l'embrasser.

Néanmoins, malgré le nombre de fois où elle avait scénarisé ses révélations durant les derniers jours, être face à lui remettait sa résolution en question. Elle avait peur. Elle angoissait à la simple idée que ses aveux le fassent fuir, ou qu'il se moque d'elle. Et comment était-elle censée lui dire qu'elle aimerait qu'il lui offre son premier baiser ?

─ Bi ? insista-t-il.

─ J'ai…

Konohamaru remarquait bien qu'elle n'osait pas lui dire ce qui lui traversait l'esprit et cela l'inquiétait d'autant plus. Il espérait fortement ne pas s'être introduit dans les cauchemars qu'elle lui avait confié, ou seulement en jouant le rôle du sauveur et non celui du protagoniste abusif. Si Hanabi était réputée pour sa force, sa bravoure et sa froideur digne d'une Hyûga, il savait que tout cela n'était qu'un masque, que la vraie Hanabi pouvait aussi être fragile, apeurée, tout comme chaleureuse.

─ J'ai paniqué parce que…, parce que…, hésita-t-elle en reprenant ses pas. Parce que ce n'est pas correct…

Il la suivi, la zieutant alors qu'elle tentait d'expliquer sa fuite avec les vieux principes que perpétuaient les Hyûga. Il avait préalablement supposé cette possibilité, mais à l'écouter, il peinait à la croire sincère. Bien qu'elle défendait continuellement son clan, les propos authentiques qu'elle avait tenu au salon de thé à Sentâ lui permettaient d'être certain qu'elle éprouvait des difficultés à respecter les mœurs dont elle se servait à l'instant. Elle lui mentait ouvertement. Alors il se figea en continuant de la fixer, accrochant ses yeux déguisés quand elle s'en rendit compte quelques pas plus tard.

─ Il n'y a que toi et moi qui le savons, rappela-t-il, lui faisant baisser la tête.

─ Je sais, murmura-t-elle assez fort pour qu'il l'entende.

─ Alors ne me dit pas que c'est incorrect. Dis-moi pourquoi t'as paniqué.

Il la vit brièvement grimacer, ce qui n'arrangeait pas ses craintes. C'était la première fois qu'elle se montrait si confuse. Il l'appela en laissant paraître son anxiété. Elle leva la tête pour la rabaisser aussitôt avant de franchir lentement la courte distance qui les séparait.

─ Ferme les yeux, s'il te plait, réclama-t-elle doucement une fois devant lui.

Elle fuyait son regard pendant qu'il restait à l'observer, la faisant répéter. Il abaissa alors ses paupières, recevant l'ordre de ne les soulever sous aucun prétexte. Il sourit en le lui promettant, se laissant séduire par la petite voix qui chantait en lui qu'elle allait l'embrasser. Ce ne fut pas ce qu'elle fit. Elle aborda son fiancé et le certificat qu'avait exigé son père, anéantissant l'excitation qui était apparue pour faire revenir l'appréhension. Puis elle hésita un instant, le rendant nerveux, avant d'évoquer le compromis qu'elle avait mentionné trois soirs plus tôt.

Elle lui résuma la conversation qu'elle avait eue avec sa sœur, puis le tête-à-tête en compagnie de Fujio. Laissant planer quelques secondes de silence, elle l'impatienta. Il voulut l'inciter à continuer, mais elle reprit en confiant ses émotions. Muet et parfaitement attentif, il sentit son pouls s'affoler au fur et à mesure de ses aveux. Venait-elle vraiment de dire qu'elle s'était enfuie de la tour parce qu'elle avait eu envie de l'embrasser ? Ses paupières frémirent et elle le remarqua.

─ N'ouvre pas les yeux.

Hanabi s'était statufiée et garda cet air inquiet durant un instant. Elle s'assura qu'il ne romprait pas sa promesse avant de se reprendre, mettant un peu d'ordre dans ses idées. « Est-ce que je l'ai vraiment dit ? » songea-t-elle avant de se racler la gorge.

─ Je ne sais pas si ce que je veux te demander est correct, poursuivit-elle, frileuse. Tu es le seul ami que j'ai et je ne veux pas me retrouver seule. Mais tu es aussi le seul en qui j'ai confiance et…, et je n'ai pas peur avec toi. Hinata dit que je dois désirer mes premières fois alors…, alors je voudrais que tu sois mon premier baiser.

Préméditant la réaction spontanée de son ami, elle ferma les yeux tandis qu'il ouvrait les siens. Elle craignait ce qu'elle pourrait lire dans ses pupilles noisette si expressives. Une vague de questionnement et de honte vint l'assaillir, ignorant que face à elle, Konohamaru arborait un sourire attendri. Il était rassuré parce qu'elle n'avait clairement pas cauchemardé à cause de lui. Touché par ce qu'elle venait de lui avouer et heureux de sa requête. Il ignora les pensées qui tentaient de lui faire garder les pieds sur Terre, ne voulant songer ni au fiancé indésiré ni au fait qu'elle n'attendait rien de plus qu'un baiser sans lendemain, et se rapprocha d'elle.

Au moment où Hanabi sentit les mains chaudes de son ami envelopper ses joues, elle ouvrit les yeux.

─ Tu ne me fuiras pas après ? s'assura-t-elle d'une voix hésitante.

─ Non.

─ Promis ?

Il sourit et se pencha sur elle, lui faisant clore ses paupières. Doucement, il pressa délicatement ses lèvres contre les siennes, souhaitant lui offrir un baiser qu'elle ne pourrait oublier. Son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine lorsqu'elle y répondit, le faisant approfondir cet échange dont il rêvait depuis leur première rencontre. Une petite voix chantait dans son esprit, clamant joyeusement qu'elle le désirait beaucoup plus que le prénommé Fujio. Et bien qu'il aurait voulu faire perdurer l'instant, il y mit fin et s'éloigna légèrement d'elle, la regardant rouvrir les yeux.

─ Merci, chuchota-t-elle, gênée et troublée.

De nouveau, il lui répondit d'un sourire. Et pour ne pas éterniser l'embarras qu'il constatait à ses pommettes colorées ni celui qui l'étreignait, il lui tendit son bras et réamorça leur marche. Refreinant son envie de lui partager ses sentiments, il la questionna sur les lentilles noires dont elle s'était affublée, se montrant le plus naturel possible. Il fallut quelques secondes à Hanabi pour balayer l'émotion étrange qui venait de l'emplir. Puis, avec détachement, elle lui en donna la raison.

Intérieurement, elle se trouvait soudainement bien naïve d'avoir cru que le baiser qu'elle lui avait demandé ne changerait rien à leur amitié. Elle ignorait ce que Konohamaru avait pu ressentir, mais elle était certaine que dorénavant, à chaque fois qu'elle le verrait, elle y penserait. Où se trouvait la limite exacte entre l'amitié et l'amour ? Elle n'en avait aucune idée et regrettait d'être aussi inexpérimentée. Elle songea que même une adolescente de quatorze ans, vivant en dehors du Domaine Hyûga, aurait une vision précise des sentiments qu'elle portait au Sarutobi, alors qu'elle nageait en plein brouillard.

Elle jeta un bref coup d'œil à Konohamaru en terminant ses explications. Elle avait aimé son baiser et aurait même voulu qu'il dure plus longtemps. Est-ce que cela signifiait qu'il était plus qu'un ami pour elle ? Aurait-elle ressentie les mêmes émotions si cela avait été Fujio ? Cette question-ci trouva immédiatement sa réponse : non. Pourtant, depuis que son fiancé lui avait parlé de sa copine, elle le considérait presque comme un ami, ou du moins, souhaitait qu'il le devienne. « Alors…, je suis amoureuse de Kono' ? » se demanda-t-elle lorsqu'il lui rendit son coup d'œil, lui faisant baisser la tête.

─ Je te trouve bien plus jolie avec ta propre couleur d'yeux, avoua-t-il spontanément. Et puis, tu devrais être fière d'avoir des pupilles aussi unique.

─ Je le serais si elles n'indiquaient pas que je suis une Hyûga.

─ Tu peux en vouloir à ceux qui te font ressentir ça, mais est-ce qu'ils représentent vraiment ton nom ? insista-t-il, récoltant son attention. Reste toi-même avec moi, je te préfère comme ça.

Il termina sa phrase de son habituel sourire rayonnant, lui arrachant un rire. Elle resserra son emprise sur son bras et pensa à son retour à Konoha. Hinata aurait forcément une meilleure idée qu'elle sur ce qui lui traversait l'esprit ! Et puis, qu'elle fut amoureuse ou qu'elle ne l'estime que comme un ami, elle ne voulait pour rien au monde perdre Konohamaru.

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*Taijutsu : appellation donnée aux techniques de combat à mains-nues (ouais, je sais que vous le savez, mais je dois le préciser quand même^^).

18/03/2020

Prochain chapitre : « Visite au parloir »

Prenez soin de vous *envoie des bisous*