Moi, je suis un amalgame
Éternellement malade
Comme si je n'avais plus d'âme

Les Respectables, Amalgame

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Mardi, 24 juillet 2005

Les minutes s'égrenaient. Lentement. Sans aucune pitié.

Le temps pouvait être extrêmement subjectif.

Par exemple, les deux heures qu'ils avaient passés, ensemble, ce matin sans qu'aucun membre de la famille Weasley ou qu'un proche d'Hermione assaille sa chambre lui eût donné l'impression d'avoir duré cinq minutes. Alors que le court moment que Charlie avait dû prendre pour tenter de diminuer l'intensité de la crise de panique qui avait secoué la brune – dans un moment aussi critique – lui avait paru durer une éternité.

Peut-être, même deux.

La respiration de la jeune femme avait repris un rythme plus normal – autrement dit, qui ne frôlait pas une crise d'hyperventilation. Et, même les larmes qui avaient déchiré ses joues commençaient à sécher. C'était bon signe. Seuls les tremblements qui secouaient la poitrine et les épaules d'Hermione laissaient présager qu'une crise pouvait resurgir à n'importe quel instant. Elle affichait un air si vulnérable qui provoqua un pincement à l'estomac du dragonnier : il détestait la voir dans un état pareil.

Le jeune homme plia les cuisses afin que son visage soit à la même hauteur que le sien et ses mains vinrent caresser doucement l'épiderme de son visage.

« Je suis tellement désolée... » murmura la jeune femme en fermant les yeux.

« Tu es désolée de quoi? » Il replaça une boucle brune derrière son oreille.

« Pour tout ça... » Elle renifla. « Pour Lavande, pour... »

L'une de ses mains vint relever son visage qu'elle avait baissé, par honte.

« Ce que tu dis est ridicule. Ce n'est pas de ta faute si Lavande est morte. La seule personne qui est à blâmer, c'est celle qui a envoyé ce sort. Personne d'autre. » Ses mains encadraient son visage. « Ok? »

Elle ouvrit les yeux et ceux-ci se logèrent dans les siens. La jeune femme se mordilla la lèvre inférieure et, elle hocha de la tête. Charlie caressa de nouveau son visage, de la même façon que s'il avait tenté de mémoriser chacun de ses traits, alors qu'il devait, déjà, les connaître par cœur.

Il avait tellement eu peur. Quand il avait vu le sorcier la pointer en prononçant le sortilège impardonnable, le rouquin avait soudainement eu l'impression qu'on venait de jeter son cœur comme festin à des dragons. C'était la colère qui avait noyé chaque goutte de sang qui traversait ses veines qui lui avaient donné le réflexe de jeter ce sortilège pour la défendre. Et, par chance.

Dans un monde parallèle, il aurait pu la perdre. Définitivement.

Le jeune homme s'autorisa, enfin, à poser son front contre le sien, enfonçant un peu plus douloureusement ses doigts dans son épiderme comme s'il avait peur qu'elle s'enfuit. Hermione ne se plaignit pas de la douleur qu'il lui faisait subir. Bien au contraire. Il y avait quelque chose de rassurant dans cette étreinte déchirante. Et, à la fois, cette petite souffrance était une délivrance. Comme si elle la méritait.

« J'aurais dû... » Charlie poussa un soupir, embrassant presque délicatement le début de son nez, qu'il atteignait de la manière qu'il était positionné. « J'ai tellement eu peur de te perdre... Une seconde fois... »

« Moi aussi. » Ses mains glissèrent dans les cheveux du dragonnier. « Moi aussi, Charlie. » Ses yeux se refermèrent, ravalant douloureusement des larmes. « Il faut qu'on sorte d'ici. »

« Oui. »

« Merci, Charlie. » murmura la Gryffondor. « Merci, pour... Tout. »

Les mercis d'Hermione avaient toujours une teneur particulière. Comme si elle ne le remerciait pas seulement pour les gestes qu'il pouvait faire, mais également pour sa seule existence.

Les mercis d'Hermione avaient un arrière-goût d'infiniment plus.

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Après une poignée de minutes, Charlie s'était redressé. Il avait balayé la chambre du regard et il avait décidé, par respect pour sa belle-sœur, de prendre son corps dans ses bras pour la déposer avec douceur sur l'unique lit de la pièce. Le jeune homme recouvra Lavande de l'édredon blanc posé sur le lit, ce qui rendait la tâche de distinguer les traits de la blonde plus difficile : cela allait faciliter la sortie de Céleste du placard.

Le dragonnier n'avait pas pu se résoudre à déposer son corps hors de la pièce, à côté de ceux immobilisés des sorciers qui les avaient attaqués. La femme de Ron valait mille fois mieux que cela.

Charlie s'approcha du placard dans lequel sa nièce était enfermée. Il poussa un soupir, alors que son regard se riva à celui de la Gryffondor qui s'était postée près du cadre de la porte, surveillant les alentours dans le cas qu'un autre sorcier surgisse dans le département. Le jeune homme rechercha sur ses traits son accord à ce qu'il allait entreprendre : mentir à sa nièce. Hermione qui avait saisi l'interrogation silencieuse du jeune homme acquiesça doucement de la tête.

C'était la chose à faire. Céleste méritait qu'on lui apprenne la mort de Lavande, mais pas dans de telles conditions. Ils la feraient sortir de cet hôpital, et ensuite, ils aviseraient.

« Céleste, ma princesse. » Le jeune homme s'appuya sur la porte, qui grinça un peu sous son poids. « Est-ce que tu m'entends? »

« Oncle Chalie ? » demanda la voix étouffée de la petite fille, si reconnaissable avec sa difficulté à prononcer la lettre R correctement.

« Ma princesse, est-ce que tu vas bien? »

« Oui-oui. Est-ce que le chag'in de maman va mieux, lui? »

Et, voilà. Le moment fatidique arrivait. Charlie ouvrit la bouche, mais rien ne sortait. Il ne trouvait aucunement le courage de le faire. Hermione délaissa sa surveillance et s'approcha du dragonnier.

« Oui, Céleste, le chagrin de maman va mieux. »

« Fiou! » s'exclama la fillette.

Ils imaginaient sans difficulté Céleste faire une mimique de soulagement. Dans un autre contexte, ils auraient pu rire de la spontanéité de l'enfant.

« Ma princesse » reprit le dragonnier. « Est-ce que tu me promets de jouer, encore, à la cachette pendant quelques minutes? Je vais venir te chercher, quand le jeu sera terminé, d'accord? Et j'ajoute une règle spéciale. Il faut que tu me demandes quel est mon dragon préféré avant que tu sortes du placard, ok? »

« Oui, oncle Chalie. »

« Tu sais c'est lequel, ma princesse? » Sa nièce ne répondit pas après trente secondes. Charlie fronça des sourcils. « Céleste, tu dois me répondre à voix haute. Si tu fais oui de la tête, je ne te vois pas, en ce moment. »

« Oh » s'étonna la petite fille. « Euh... Euh...Ton dag'on pé'fé'é, c'est Plum. »

« C'est ça. » confirma le dragonnier.

Dans un autre contexte, ce spectacle combiné à l'aveu de Charlie aurait pu faire fondre le cœur de la médicomage : elle savait très bien pourquoi Plum était le dragon préféré du jeune homme, et il fallait avouer que le voir agir avec les enfants de ses frères était attendrissant. Malgré tout, un sourire tendre s'esquissa sur le visage de la jeune femme.

Elle releva la tête, croisant de nouveau le regard céruléen de Charlie. Il afficha une petite grimace, tout en roulant des yeux. Un peu, comme s'il voulait enlever instinctivement l'aveu qu'il venait de faire. Dans un autre contexte, Hermione aurait rigolé, lui aurait attrapé son visage et l'aurait embrassé autant de fois qu'il avait de taches de rousseurs sur le nez. Cependant, dans le monde réel, il n'y avait rien de vraiment drôle et son rire resta bloqué dans sa gorge.

La jeune femme ouvrit la bouche, mais Charlie lui fit un signe de se taire et ils s'éloignèrent de la porte du placard, ses doigts enracinés entre les siens.

« Qu'est-ce qu'on fait? » demanda-t-elle, finalement, une poignée de secondes plus tard.

Chacun de leur côté promit silencieusement que Ron n'allait pas subir une autre perte.

« Il faut trouver une façon de sortir qui soit assez sûre pour que Céleste et toi soyez correctes... »

« Pourquoi m'inclus-tu là-dedans? »

La fierté d'Hermione venait de prendre un coup et ses sourcils s'arquèrent un peu. Elle n'était pas une petite chose fragile, bon sang. Dans quelle langue, allait-elle devoir le lui expliquer?

« Hermione, tu étais dans un lit d'hôpital, il y a même pas une heure. »

Elle se mordit l'intérieur de sa joue, ravalant tous les commentaires qui pointaient leur bout du nez. Il n'avait pas totalement tort. Mais elle aurait préféré mourir plutôt que de l'avouer.

Le bruit de la porte du département qui venait de s'ouvrir avec fracas coupa court à leur dialogue. Le son semblait résonner comme une onde de choc. Les deux sorciers échangèrent un regard, chacun brandissant de nouveau leur baguette. Charlie tira sur la main de la Gryffondor pour l'amener vers le mur afin d'éviter qu'ils soient directement dans la ligne de mire de ce potentiel ennemi. Le rouquin se plaça de manière à ce qu'elle soit derrière lui.

C'était plus fort que lui. Il devait la protéger. Le jeune homme n'avait rien d'un héros. Vraiment. Mais pour ne pas la perdre, il était prêt à déplacer des montagnes, s'il le fallait.

Les pas se rapprochèrent, s'interrompant quelques secondes pour reprendre leur chemin. Le dragonnier supposa que la personne venait de faire un arrêt devant les quatre corps immobiles des sorciers masqués.

L'appréhension.

La respiration de Charlie et d'Hermione se fit plus rapide, encore une fois, alors qu'un fourmillement s'installa dans le bout de leur doigt.

Ainsi, quand Théodore Nott entra dans la chambre, il passa près de se récolter un bombarda en plein ventre, de la part de Charlie. Le sort créa une large fissure dans le mur, à l'endroit même où tenait, quelques secondes plus tôt, le Serpentard.

C'était bien la première fois que le dragonnier vivait un sentiment s'approchant du positif à la vue du Serpentard. Il lui aurait presque servi un sourire. Presque. Il ne fallait pas exagérer, tout de même.

« Si j'avais su que c'était toi, j'aurais utilisé un stupéfix. Ou quelque chose comme ça. »

« Pff. » Théodore fit glisser sa baguette entre ses doigts et joua avec cette dernière. « Il faudrait déjà que tu commences par savoir viser, Weasley. »

Deux coqs dans une basse-cour.

« Théo. » souffla Hermione.

Elle lâcha la main du dragonnier, qui grommela quelque chose d'incompréhensible, quand la jeune femme s'approcha du nouveau venu – malgré les échanges acides qui venaient de se dérouler.

« Tu n'as rien? Tu as croisé quelqu'un? »

Il n'y avait rien de plaisant dans la situation. Voir Hermione se ruer vers son ex-petit-ami pour vérifier s'il allait bien de ses propres yeux lui donnait seulement envie de soupirer à l'infini. Vraiment. Le contexte ne réussissait même pas à atténuer la note désagréable qui venait de surgir dans le ventre de Charlie. Et, évidemment, cet abruti de Nott devait en ajouter en affichant un sourire goguenard.

« Je vais bien, Granger. » Il cacha instinctivement son avant-bras gauche sur lequel il avait récolté une blessure. « J'ai croisé un sorcier, mais ça va. Mis à part, Cornwell, qui a failli défigurer Pans, rien de notoire. »

« Pansy est ici? »

Le Serpentard baissa son regard vers la brune et il attrapa ses poignets pour la repousser gentiment, alors qu'elle avait insisté pour tirer sur son bras blessé pour inspecter d'elle-même cette blessure qu'il tentait de lui cacher.

« Puisque je te dis que ça va Granger! » Il râlait, mais Théo ne pouvait pas contenir une certaine satisfaction de la voir insister.

Il plissa le nez en voyant les traces de larmes séchées et les joues rouges d'Hermione. Après quelques secondes – trop au goût de Charlie –, il lâcha ses poignets.

« Non. Elle est partie au Ministère pour alerter les aurors. »

La jeune femme hocha la tête, alors que son regard se voila de peur, à la simple idée que Ron débarque dans la chambre et constate la mort de sa femme. De nouveau, elle se mordit la lèvre, la peur se faisant de nouveau un chemin dans les pensées d'Hermione. Le dragonnier se rapprocha des deux sorciers, devinant sans difficulté ce que cette petite phrase avait pu déclencher comme scénario dans la – ravissante – tête de la médicomage.

Et, d'une certaine manière, son orgueil détestait d'être mis en marge. Il glissa sa main dans celle d'Hermione, sous le regard attentif de Théodore. Ce dernier vrilla ses yeux onyx dans ceux du dragonnier, avec une pointe de défi.

« Weasley, je peux savoir qu'est-ce que t'as fait pour la faire, encore, pleurer? »

Il valait mieux ne pas répondre à la question.

Dans la situation actuelle, il était plus plausible qu'ils finissent par se fracasser des coups de poing en pleine gueule qu'ils tentent de se défendre contre des psychopathes, si aucun d'eux ne faisait d'effort pour bien s'entendre.

Charlie supposait que c'était probablement son rôle d'agir comme le plus responsable afin d'éviter qu'ils aient à programmer leurs propres funérailles dans les prochains jours à venir.

Il affichait, tout de même, un air venimeux : ce n'était certainement pas parce qu'il levait le drapeau blanc pour faire une trêve qu'il le portait désormais dans son cœur. Au contraire, le dragonnier détestait son comportement puéril – bien que lui-même embarquait dans le jeu et qu'il n'avait qu'une seule et unique envie, soit de fracasser le crâne du Serpentard dans un mur. Éternelle jalousie.

Le rouquin fit un geste vers l'unique lit de la pièce, où l'on pouvait percevoir un corps immobile sous les couvertures. Théodore suivit du regard le geste et esquissa une petite grimace. Visiblement, le médicomage n'avait pas encore remarqué la présence du corps inerte.

« Lavande. » prononça simplement le dragonnier, en guise d'explications.

« Oh. » grimaça Théodore, incapable de n'articuler rien d'autre.

La main libre d'Hermione vint agripper l'avant-bras de Charlie, alors qu'elle observa le visage de celui-ci avec insistance.

« Il ne faut pas que Ron entre ici. »

La poigne des doigts du dragonnier sur ceux de la brune se referma instantanément, alors qu'il jeta un coup d'œil à Théodore, comme pour lui signifier tu vois?.

« On va tout faire pour qu'il n'entre pas ici, ma belle, je te le promets. »

Charlie faisait beaucoup trop de promesses, dont il n'avait aucune idée s'il allait être en mesure de les tenir. Mais face à ces yeux chocolat, le jeune homme était prêt à tout pour les remplir.

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La situation était surréaliste. Burlesque, même.

Si l'on avait annoncé à Charlie Weasley, quelques années plus tôt, qu'il allait devoir coopérer et collaborer dans un travail d'équipe quelconque avec Théodore Nott, il aurait éclaté de rire. Le dragonnier aurait même pris le temps, peut-être, d'expliquer à quel point cette réflexion était ridicule et aberrante.

Et, évidemment, que la situation concerne Hermione Granger – sujet qui alimentait que discorde entre les deux sorciers – ne soulignait que davantage l'ironie de la situation.

Non, définitivement, il y avait peu de chance que les deux jeunes hommes trouvent un quelconque terrain d'entente.

Et pourtant. Pourtant. Apparemment, en moment de crise, on pouvait s'attendre à n'importe quel miracle. Le jeune homme avait même lu quelque part – sûrement dans son cours d'Histoire de la magie – que pendant la Première Guerre mondiale, à Noël, les Français, les Anglais et les Allemands avaient fraternisé. Ce n'était, peut-être, pas digne d'un conflit mondial, cependant les chances que les deux hommes fraternisent d'une quelconque manière étaient aussi faibles que celles de cet événement.

Étonnamment, ça n'avait pris que quelques minutes pour que les deux rivaux et la jeune femme conviennent d'un plan. La nécessité que la Gryffondor et Céleste sortent de l'hôpital n'était pas à débattre : elle était même évidente, sauf peut-être, pour Hermione. Même si l'anxiété se modulait légèrement pour se stabiliser, aucun des deux ne voulait tester ce que la jeune femme serait capable de supporter avant de faire une autre crise de panique. Théodore avait pris le temps de survoler le dossier médical d'Hermione afin de s'assurer que ses conditions physiques lui permettraient de faire l'effort physique de traverser l'hôpital et si elle requérait une potion essentielle. Charlie, quant à lui, avait hérité de la tâche de la convaincre du bien-fondé de la sortir d'ici, elle et sa nièce.

Sans aucune surprise, la médicomage avait continué à nommer son désaccord. Elle avait argumenté en nommant que les autres patients et l'équipe médicale du département auraient besoin d'aide. Et, ensuite, tous ses autres arguments avaient débuté par Et si.

Et si, les sorciers se réveillaient? Et si, le département se faisait de nouveau attaquer? Et si, quelque chose arrivait? Et si, les aurors n'arriveraient jamais?

Le dragonnier avait patiemment répondu en défaisant chacune des inquiétudes de la jeune femme en exposant les faits logiques : les autres patients du département n'étaient pas dans un état physique qui leur permettait de traverser l'hôpital et les médicomages qui étaient présents, ainsi que leurs proches, allaient pouvoir les protéger ou leur porter secours si quelque chose devait se produire.

Le soupir qu'elle avait poussé signait sa victoire et Charlie n'avait pas pu s'empêcher de l'embrasser brièvement sous le regard – mauvais – de Théodore.

Le coup d'œil goguenard du rouquin ne laissa planer aucun doute, lorsqu'il se tourna vers le jeune homme, sur l'échange de tendresse : même s'il était sincère, il avait été aussi calculé.

Comportement puéril.

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Charlie et Théodore se tenaient chacun d'un côté de la porte d'entrée du département. Les trois sorciers avaient convenu que les deux jeunes hommes vérifiaient si la voie était libre, alors qu'Hermione se chargerait de Céleste ainsi que désillusionner le corps de Lavande afin de ne pas l'affoler. Le Serpentard avertirait la jeune femme, si la voie était libre, grâce à un patronus – Charlie étant incapable d'en produire un, qui ait une forme corporelle.

La porte qui menait sur le département de traumatologie magique laissait place à une vue complète sur le corridor dans lequel ils allaient devoir s'enfoncer. Théodore avait insisté sur une marche à suivre, qui serait, certes, lente, mais qui serait prudente. Mieux valait cela à l'impulsivité des Gryffondors, avait-il rétorqué. Seule la main d'Hermione sur le bras du rouquin l'avait empêché d'ajouter quelque chose de blessant à l'égard des Serpentards.

Ils se laissaient cinq minutes. Si, après ce temps, aucun mouvement n'avait attiré leur attention, l'un d'eux lancerait un sort dans le couloir afin d'attirer l'attention d'un potentiel ennemi. Si, après cette étape, rien ne se produisait, Théodore avertirait Hermione. Ils agiraient de cette manière pour chaque nouveau couloir qui allait être franchi.

Ce serait long. Pénible. Mais au moins, leur avait fait remarquer le médicomage, les risques de se faire surprendre diminuaient de façon drastique.

Le dragonnier poussa un soupir, après une trentaine de secondes à se tenir immobile contre la porte. Son regard quitta un bref instant le corridor pour observer du coin de l'œil Théodore, qui secouait la tête face au comportement du rouquin.

« Un vrai Gryffondor. » critiqua le médicomage, du bout des lèvres.

« Le choixpeau n'a pas hésité une seconde, en effet. »

Pour une fois, aucune ironie ou moquerie n'était présente dans sa voix. C'était la simple et pure vérité. Lorsque le chapeau rapiécé avait été déposé sur sa tête, il n'avait fallu qu'une poignée de secondes pour qu'il hurle un tonitruant GRYFFONDOR. Et, comme toute sa famille, appartenir aux rouge et or était une véritable fierté : il n'y avait aucun signe d'insulte à ce sujet.

« Elle aurait été heureuse avec moi. » chuchota Théodore, au bout d'une minute de silence.

Charlie retourna la tête vers le médicomage, comme s'il croyait pendant quelques secondes avoir halluciné la voix de ce dernier. Le regard de Théodore était rivé devant lui, ce qui laissait planer le doute. Le Serpentard tourna finalement son regard vers lui.

« Hermione. » reprit-il, ce qui confirma au dragonnier qu'il n'avait pas été victime d'une illusion sonore. « Hermione aurait pu être heureuse avec moi. »

Sa mâchoire se contracta légèrement à l'énoncé du jeune homme aux cheveux sombres. Son regard se détourna, et ce même si Charlie ne réussissait pas à se concentrer sur la simple tâche d'observer quoi que ce soit. Cette discussion inattendue et son désir de prouver que le médicomage avait tout faux prenaient le dessus.

Toutes les phrases les plus machistes et les plus cruelles tournaient dans sa tête. Encore une fois, le dragonnier eut l'impression que le jeune homme devant lui cherchait à le prendre en défaut afin de mettre en évidence ce qu'il disait. Ça le faisait bouillir. Il détestait cette impression de n'avoir aucun contrôle sur quoi que ce soit. Charlie se mordit l'intérieur de la bouche, ses pensées filaient à toute allure vers une réponse acceptable, sans pour autant en trouver une.

« Laisse-moi en douter. » fini-t-il par répondre, après avoir soigneusement choisi ce qu'il allait dire.

« Si tu n'avais pas été là, elle ne m'aurait pas trompé... Qui sait, peut-être, qu'on serait, ensemble? Tu avoueras qu'on fait une meilleure paire que toi et elle. »

« Peut-être. Sur papier, peut-être. » Charlie détestait le concéder, mais c'était vrai. Ils avaient bien plus de points en communs que ce qu'ils pouvaient partager. « Mais la vie c'est pas que de la théorie. »

Jamais, il n'aurait pu penser, un jour, tomber amoureux d'une femme comme Hermione. Et, à la fois, il y avait un côté inévitable : s'attarder à la connaître rimait, selon lui, à l'aimer. C'était un paradigme. Une fatalité. Une épée de Damoclès qui lui pendait au-dessus de la tête, moqueusement.

« Je ne l'ai pas forcé à te tromper. » ajouta le rouquin. « Je ne l'ai jamais forcée à quoi que ce soit. De toute manière, j'en serais bien incapable, elle est aussi têtue qu'une mule. Et je ne veux pas le faire. Elle est assez grande pour faire ses choix toute seule. Si ça n'avait pas été à ce moment-là, ça aurait été à un autre moment. »

Il fit une pause. Pour lui, c'était la logique même. Il ne pouvait pas cohabiter dans le même espace que la brune en étant seulement un ami – ou le frère de son meilleur ami. Il n'acceptait même pas le rôle, de toute façon.

« Je n'en sais rien. » conclu, finalement, Charlie. « Mais c'est comme ça que ça s'est passé. Et, ça ne sert à rien d'essayer de refaire le passé, ça ne changera rien. »

Ça avait, au moins, le mérite d'être philosophique.

Charlie joua avec sa baguette entre ses doigts. Son regard ne cessait d'aller et venir entre le couloir désert ainsi que Théodore. Ce dernier avait serré ses lèvres d'une manière pour qu'elles deviennent qu'une unique ligne, restant dans un mutisme face aux paroles du dragonnier.

« Peut-être. » accorda, enfin, Théodore. « Mais... Tu l'as blessé. Tu lui as fait mal... Tu l'as mérite pas. Selon moi, Hermione est trop bien pour toi. »

« On est d'accord sur ce point-là. » reconnu le dragonnier. « Moi non plus, je n'ai pas l'impression de la mériter. » Il eut un petit sourire en coin, alors que sa tête s'appuya sur le cadre de la porte. « Même si elle dit tout le temps le contraire et qu'elle le pense, probablement, c'est la personne la plus forte que je connaisse. Et, la plus belle. Autant physiquement que psychologiquement. »

Le Serpentard ne put qu'acquiescer face aux propos du jeune homme. Le regard du médicomage se vissa sur le couloir.

« Merlin, que tu me fais chier. » grinça-t-il, en secouant la tête. « Elle te regarde toujours avec... Cet air. Je ne peux même pas t'en vouloir vraiment de ce que tu as fait. J'ai juste à la regarder et je sais bien que c'est juste toi qu'elle veut. »

Reconnaissait-il, enfin, que Charlie avait – un peu, beaucoup – raison?

Il avait cette femme dans la peau depuis le moment où elle s'était assise sur la balancelle du Terrier et lui avait demandé de l'amener en Roumanie. Certes, ça ne justifiait en rien ses gestes plus ou moins moraux. Mais... Il avait terriblement du mal à culpabiliser.

« Si ça peut faire quelque chose, je m'excuse. Vraiment. Pour la manière que ça s'est terminé entre vous deux, il y a quatre ans. » prononça, enfin, le Gryffondor.

Théodore eut un petit rire amer.

« Ça ne change rien, tu l'as toi-même dit, mais... Merci. Je suppose. » Le médicomage jeta un coup d'œil vers lui. « Je tiens seulement à te dire, pour être fair-play, que... »

« Que t'as recouché avec elle, dans les deux dernières années? » coupa le dragonnier. Sa question sonnait davantage comme une déclaration.

« Tu le sais? »

« Je m'en doutais. Même si elle n'a rien dit là-dessus. »

Et, même s'il s'en doutait, avoir la confirmation ne creva en rien la jalousie qui venait de lui prendre au ventre. Tu n'es pas blanc comme neige, Charlie. Ce n'est pas comme si tu n'avais rien fait avec personne dans les deux dernières années.

« Alors, tu ne seras pas surpris que la journée où tu fous tout en l'air ne compte pas sur moi pour réparer tes pots cassés. »

« Tu vas attendre longtemps, alors. Et, à ta place, je ne serais pas aussi certain que tu le penses. Tu peux m'expliquer pour quelles raisons elle s'est retrouvée en couple avec ce toqué d'Elias et non, avec toi, déjà? »

Le silence du Serpentard lui suffit comme réponse.

Ce n'était pas une compétition. Ça n'en avait jamais été une, à proprement parler. Pourtant, ce l'était presque. Le premier qui gagne le cœur d'Hermione Granger, gagne. C'était puéril et un peu pathétique. Et, Théodore avait toujours été bon perdant. L'éternel deuxième. Peut-être, même qu'il était plus loin dans le classement. Il n'en avait aucune idée. Alors que pour lui, la née-moldue occupait toujours la première position. Même s'il s'efforçait de tourner la page ou de commencer une relation avec une autre. C'était frustrant.

Pour quelles raisons, sinon, se serait-il précipité sur ce maudit département? Pour elle. Uniquement pour elle. Pitoyable.

« T'envoies un sort, pour voir s'il y a quelqu'un au bout du couloir? » demanda le médicomage, ramenant la conversation sur ce qu'elle devrait être : se concentrer sur leur survie, point.

Charlie réprima tout comportement puéril qui aurait pu lui venir en tête et acquiesça simplement de la tête. Il fit un geste de la main, tout en lançant un sortilège informulé. Une lumière jaune sortit de sa baguette et vint percuter le mur du fond du couloir, sans faire un quelconque effet sur celui-ci.

Une seconde, deux secondes. Vingt secondes.

Rien.

Un corbeau or prit forme au bout de la baguette de Théodore et se dirigea, silencieusement, vers la chambre d'Hermione.

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Un dernier couloir.

Hermione le savait très bien. Elle connaissait Ste-Mangouste comme le creux de sa main. Elle savait qu'ils passeraient devant le service des apothicaires et qu'à quelques centimètres – trente-cinq, pour être exact – le portrait de Fleamont Potter les observerait par-dessus ses lunettes carrées, en sourcillant. Au bout du couloir, ils trouveraient une cage d'escalier qui menait directement sur la salle des urgences, et ils pourraient, alors, accéder à l'entrée des visiteurs. Enfin.

Pourtant, même si tout son rationnel se concentrait sur cette unique pensée, elle réprimait difficilement l'épuisement et la douleur qui se propageaient dans chacun de ses muscles à l'idée même de traverser, à nouveau, un corridor et encore moins des escaliers. Sa respiration était courte et son cœur tambourinait dans ses tempes. Elle était épuisée. Charlie avait raison.

Et, elle détestait l'admettre, mais elle avait eu tort de se croire infaillible.

Évidemment, que Céleste se soit accroché à elle, comme à une bouée de sauvetage, n'avait pas aidé à diminuer son sentiment de fatigue face aux mouvements physiques qu'elle devait effectuer pour réussir à sortir de cet enfer. Charlie avait pris le relais trois couloirs et un escalier, plus tard. Par chance, ils avaient seulement croisé un sorcier masqué. Théodore en était venu à bout et l'avait laissé ligoté et pétrifié dans les escaliers entre le deuxième et le troisième étage.

Un dernier couloir. Soupir. Et, un dernier escalier.

La brune s'appuya sur le mur, alors que les deux hommes vérifiaient s'ils pouvaient s'y engager. Elle tenta d'esquisser un sourire rassurant à sa filleule qui l'observait, coincée dans les bras du dragonnier. Les sourcils de la petite fille se froncèrent et elle la vit se hisser un peu plus haut dans les bras de son oncle pour atteindre son oreille.

Charlie se tourna vers elle, un air soucieux sur le visage. Il l'observa quelques secondes et décida qu'il était inutile de lui demander si elle était capable de fournir, encore, un effort physique. Hermione était beaucoup trop fière. Elle serait, encore, capable de lui dire que tout irait bien, même si ses jambes n'étaient plus capables de la porter.

« Nott. » L'autre sorcier se tourna vers le rouquin, pour faire undeuxième mouvement vers la jeune femme qui était juste derrière eux. « Tu peuxl'aider à traverser le couloir? »

Grillée par une enfant de quatre ans.

Ça ne prenait pas un baccalauréat en synergologie pour savoir que Charlie n'était pas du tout enclin à cette idée, mais qu'il n'avait pas forcément le choix. Céleste ne ferait jamais confiance en Théodore, il le savait très bien. Immédiatement, Hermione chuchota un commentaire comme quoi, elle n'avait pas besoin de quelqu'un pour continuer à avancer. Charlie se pinça l'arête du nez et roula des yeux. Tandis que le Serpentard acquiesça et il se déplaça vers elle.

Hermione lui jeta un air venimeux.

« On sait, Granger, t'a besoin de personne. » Son commentaire eut, au moins, l'effet de la faire taire. « Je vais être là, juste au cas où. Ok? »

« Non. »

Charlie songea qu'Hermione Granger devait être le synonyme d'entêtéedans le dictionnaire.

« Hermione... »

Il plissa légèrement des yeux devant l'air noir qu'elle lui servait, avant de se retourner, bien que tout son instinct aurait aimé se charger lui-même de la sécurité de la jeune femme. Charlie devait admettre que ça n'aurait rien changer à l'humeur générale de la jeune femme, par contre.

Le rouquin se mordit l'intérieur de la joue. Nott était un médicomage. Il pouvait bien, essayer, de lui faire confiance quant à l'état de la Gryffondor. Même si ce dernier lui avait donné toutes les raisons de s'en méfier, une heure plus tôt.

Sa mâchoire se serra, légèrement, et ils décidèrent après deux autres minutes d'attente d'avancer. Son front se plissa légèrement sous la concentration nécessaire pour rester aux aguets face au moindre son qui pourrait les prévenir que quelqu'un surgirait. Ils marchaient plutôt vite, ce qui arracha des halètements de douleur à Hermione, qui refusait toujours la main que Théodore lui tendait pour l'aider à se supporter. Charlie ralentit la cadence de ses pas, réalisant qu'il était lui-même en train d'achever la résistance de la brune. Quand ils dépassèrent le cadre de Fleamont Potter, la brune poussa un gémissement plus sonore et s'effondra sur le mur opposé.

Sa main se posa sur son ventre, tandis que ses yeux se fermaient cherchant activement à reprendre son souffle. La douleur et l'épuisement l'étourdissaient, elle avait l'impression qu'un éclair blanc était en train de déchirer ses méninges. Hermione ne prit pas le temps d'analyser à qui appartenait le bras qui venait de s'enrouler autour de sa taille afin d'aider à supporter son propre poids, mais la jeune femme s'appuya sur cette aide inattendue. Elle ouvrit les yeux, apercevant le visage de Théodore qui l'observait avec inquiétude et toussota, tout en venant s'accrocher prudemment à son épaule afin de stabiliser sa position debout.

« Tu es capable de marcher? » demanda le jeune homme.

« Idiot! » commenta Fleamont Potter, avant de se racler la gorge. « Cette jeune femme a besoin d'aide, c'est d'une évidence universelle. Auriez-vous de la potion Wiggenweld sur vous, mon cher? Il est à noter que cela pourrait être fort utile dans une pareille situation. »

L'homme du portrait s'était levé pour mieux observer la scène devant eux, réajusta la paire de lunettes sur son nez. Le Serpentard hésita pendant quelques secondes s'il devait répondre de manière cinglante à l'ancien potionniste ou se préoccuper davantage de son ex-petite-amie.

« Vous êtes très charmant, Mr Potter. » Hermione avait choisi la marche à suivre pour lui, apparemment. À ces mots, Fleamont eut un geste pour remettre en position la veste qu'il portait, d'un air fier. « Mais ça ira. Je vous remercie de vous inquiéter pour ma personne. Théo, tu m'aides? »

Le Serpentard hocha la tête. Il fit un geste pour carrément prendre la jeune femme dans ses bras, mais elle s'esquiva avant de se retrouver coincée dans une telle position.

« Je ne suis pas infirme, non plus. » souligna la jeune femme, en fronçant les sourcils, tout en faisant bien attention de ne pas regarder en direction de Charlie.

Elle se doutait très bien que le rouquin ne voyait pas la scène comme une véritable partie de plaisir. Et, quelque part, la brune se sentait très mal.

Ils parcoururent les derniers mètres du corridor, encore plus lentement que les autres. Hermione s'accrochait à Théodore, obstinément, en claudiquant légèrement, alors que Charlie tâchait de ne pas tourner la tête toutes les dix secondes pour s'assurer qu'elle ne risquait pas de tomber pour une seconde fois.

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Ils avaient fini de traverser le couloir après cinq minutes d'efforts qui parurent à la jeune femme un véritable calvaire. Lorsqu'ils avaient atteint les escaliers, Charlie avait dû reposer Céleste par terre et aider, de son côté, Hermione en la tenant de l'autre côté. Il avait vécu une maigre victoire quand il l'avait senti s'appuyer un peu plus contre lui.

La petite fille de quatre ans les suivait en s'agrippant aux barreaux de la rampe pour ne pas tomber. Théodore avait dû lui dire de cesser de faire de la musique en les frappant d'une manière cinglante, ce qui avait instantanément fait rougir la fillette et fait apparaître des larmes de crocodile dans ses yeux.

« Ce que Théodore essaie de dire, c'est que tu joues une très belle musique, ma puce. Mais est-ce que tu pourrais attendre... » Le jeune homme hésita quelques secondes. « Plus tard? Tu vas même pouvoir nous faire un concert. Qu'est-ce que t'en dis? »

Céleste haussa des épaules et essuya un œil.

« Peut-ê'te. »

Le Serpentard et le rouquin s'observèrent par-dessus la tête d'Hermione qui ne cessaient pas de les traiter d'idiots et de crétins.

« Wow, j'ai hâte de te voir à ton accouchement, Weasley. » chuchota Nott, assez fort, pour que les deux autres adultes l'entendent.

« Théo, arrête, tu ressembles de plus en plus à Malefoy et ça ne te vas pas. » remarqua Hermione. « Vous êtes deux crétins. »

Quand ils atteignirent la porte pour atteindre la salle d'attente de Ste-Mangouste, Hermione demanda deux minutes afin de se ressaisir de l'effort physique qu'elle avait fourni. Les deux jeunes hommes, essoufflés, acquiescèrent. Charlie garda son bras autour de sa taille, alors qu'ils s'appuyèrent contre la paroi du mur, et le Serpentard, qui commençait à se sentir de trop durant l'étreinte, se déplaça pour jeter un coup d'oeil par la petite fenêtre de la table. Céleste s'assoya sur l'un des escaliers, les mains sur les genoux.

« Je me demande si Cornwell est toujours dans le coin... » murmura le médicomage plus pour lui-même que pour les trois autres personnes près de lui.

« Quoi? » demanda Hermione.

Théodore haussa des épaules.

« Tes meilleurs amis viennent nous sauver les fesses, comme d'hab, Granger. »

La tête de la jeune femme pivota vers celle du Serpentard. Le stress et la panique pulsait dans ses veines comme un deuxième coeur, à l'idée même que ses deux amis soient prisonniers dans ce maudit hôpital comme elle.

« Ne t'inquiète pas Granger, Potter et Weasley sont aussi chanceux que s'ils avaient dans leur cour une licorne qui a du crin en trèfles à quatre feuilles et d'où des farfadets sortent de son derrière. »

« Mon papa est là? » demanda Céleste, en se relevant comme un ressort d'où elle était assise.

Hermione tenta de lui faire un sourire rassurant, mais qui ressemblait davantage à une grimace.

« Oui, Céleste. »

La petite fille s'approcha davantage de sa marraine, s'appuyant sur ses jambes.

« On va le voir? »

« Eum... Oui. » répéta la brune, peu assurée.

« Quand? Vot' jeu de cache-cache est loooong. Quand maman a'ive? »

« Bientôt... »

Apparemment, les réponses vagues de la médicomage suffisaient à sa filleule.

Les trois adultes s'observèrent et prirent la décision silencieuse qu'il était temps de sortir de la cage d'escalier. D'ailleurs, l'écho de pas qui provenaient d'un étage plus haut ne leur valait rien qui vaille. Une trentaine de secondes plus tard, Théo poussa la porte avant de reprendre sa place auprès d'Hermione, comme le faisait Charlie.

Leur quatuor avança prudemment dans la salle d'attente jusqu'à ce que la petite fille de quatre ans aperçut son père et courra jusqu'à lui. Le dragonnier poussa un cri pour que Céleste cesse de courir dans un endroit où il était fortement susceptible qu'elle se fasse attaquer.

« J'ai gagné la patie! Je suis la 'eine du cache-chache! » s'écria Céleste lorsqu'elle atteint les jambes de Ron.

Celui-ci était en train de discuter avec un homme, qui portait l'uniforme des aurors. Les deux furent légèrement bouche bée quand ils virent la petite fille rousse. Immédiatement, le meilleur ami d'Hermione la prit dans ses bras et la sera contre lui jusqu'à l'étouffer, presque.

« Mon bébé... » murmura l'auror en la serrant contre lui.

« Papa, tu m'touff' » se plaignit Céleste, en tentant d'échapper à la prise de Ron.

Il sembla ne pas prendre en compte la lamentation de sa fille et lorsqu'il relâcha sa prise, il inspecta chaque parcelle de peau de son visage ou de ses bras afin de s'assurer que sa fille n'ait rien.

Puis, il leva la tête. Hermione, flanquée de Théodore Nott et de Charlie, qui grimaçait à chaque pas qu'elle faisait, s'était approché. Ils faisaient un drôle de trio.

« 'Mione... » chuchota-t-il se rendant compte de l'état de sa meilleure amie. « Tu as... tu n'as pas... »

« Ça va, Ron. Je suis juste épuisée, je crois... »

Il reposa sa fille par terre et fit un geste afin de prendre la place du médicomage, mais Théo ne fit rien pour se déplacer, et Charlie poussa un soupir devant l'obstination dont le Serpentard pouvait faire preuve.

Il était épuisé d'essayer de collaborer avec lui.

Ron jeta un regard à son frère, interrogateur. Il croisa des bras, renonçant légèrement. Puis, ses sourcils se froncèrent comme s'il était frappé par une évidence.

« Où est Lavande? » demanda-t-il, inquiet, lorsqu'il s'aperçut que sa femme ne les suivait pas.

« Elle est... » commença Charlie.

« Ron... » prononça Hermione, en même temps.

Ils s'observèrent. La jeune femme se mordit la lèvre, nerveusement, tâchant de cacher sa peine et son anxiété.

Hermione n'avait jamais été douée pour mentir.

Dans le même moment, Pansy, qui quelques minutes plus tôt, passait entre les corps qui jonchaient le sol afin de vérifier s'il y avait un survivant, s'était approchée faisant claquer ses talons hauts sur le carrelage. Malgré la distance, elle n'avait rien raté : le malaise présent dans la pièce empestait à des kilomètres. Et, il fallait être sincèrement honnête pour ne pas s'apercevoir qu'Hermione aurait mieux aimé se trouver dans un enclos de bestioles d'Hagrid que de se retrouver ici.

« Bien. Je vais pouvoir décommander le croque-mort que j'avais réservé pour tes funérailles, Granger. » grinça la Serpentarde, en guise de salutation.

Les deux frères l'observèrent, la mine perplexe, alors qu'Hermione ressentit un soulagement face à la diversion que lui amenait son ancienne colocataire. Théodore réprima le sourire face au mouvement d'apaisement quasi imperceptible que son ex-petite-amie avait tenté de contenir. Il avait très bien senti le relâchement de ses doigts agrippés sur ses épaules.

« Sérieux, Parkinson, je comprendrai jamais comment ils peuvent t'avoir engagé pour être médicomage... »

« Tu ne comprends pas grand-chose, Weasley de toute manière. Ça doit être de famille. » Elle n'avait même pas besoin de regarder le dragonnier pour savoir qu'il avait pris un air renfrogné. « Théo, lâche la, tu vas désartibuler de nouveau son bras si tu continues comme ça. »

Hermione lui lança un véritable regard de reconnaissance. Si elle n'avait pas du mal à se déplacer par elle-même, la jeune femme aurait littéralement embrassé son amie.

Théodore grommela quelque chose, Charlie aussi, mais les deux s'éloignèrent de la brune. Le dernier songeant que son tour viendrait, probablement.

« T'as besoin de soin, ma vieille. » lâcha Pansy en reprenant la place de Théodore. Hermione passa un bras autour de ses épaules, afin d'aider à garder son équilibre. « Les aurors travaillent sur le sortilège qui empêche de transplaner, ils ont presque fini à ce que ton crétin de meilleur ami a dit à... » Ses sourcils se plissèrent comme si elle tâchait vraiment de se rappeler à qui, Ron, avait bien pu parler plus tôt. «... Bref, à quelqu'un. Appelons le crétin numéro... 6. Ils sont six aurors à s'être déplacés. Donc. »

L'évidence même.

« Weasley. » interpella-t-elle, en se tournant vers l'auror. « C'est le commandant-en-chef des crétins. »

« T'en fais trop, là, Parkinson. » chuchota Hermione, en se penchant légèrement, afin d'être subtile. « T'as l'air d'une drama queen. »

La jeune femme haussa des épaules, bien décidée à ne pas se préoccuper de ce que pouvait bien penser la Gryffondor. Ron roula des yeux, halluciné par ce qui pouvait sortir de la bouche de la Serpentarde.

« Chaque minute qui passe me fait regretter d'avoir accepté que tu nous suives. »

« T'avais aucune décision à prendre, caporal. » claqua-t-elle. « T'avais qu'à subir. »

Ron ouvrit la bouche, puis la referma. Poussa un soupir de défaite.

« Peux-tu amener Hermione et Céleste quelque part... Où elles vont être en sécurité? Même si, très honnêtement, je suis certain que tu vas essayer de les disséquer. »

« Bien, mon caporal! » répondit Pansy, en faisant un salut militaire, ne se préoccupant pas, une seconde, du commentaire de Ron quant à la possibilité de disséquer qui que ce soit.

Les deux jeunes femmes avancèrent vers la sortie des visiteurs. Hermione, de sa main valide, prit la main de Céleste qui ne comprenait pas pourquoi elle devait être, encore, séparée de son père.

« Alors, Lavande... » reprit Ron, après quelques secondes.

Hermione s'arrêta de marcher, ce qui ne surprit pas Pansy. La jeune femme se retourna pour croiser le regard de Charlie qui avait légèrement ouvert la bouche, ne sachant pas vraiment quoi dire.

« Ron... » Charlie se gratta l'arrière de la tête. Puis, soupira. « Ron, elle... »

L'auror se passa une main dans les cheveux, comme s'il voulait se les arracher.

« Elle n'est pas... » Le mot bloqua dans la gorge de Ron, qui suppliait presque Charlie.

Le visage de Charlie se ferma un peu plus, alors que celui d'Hermione se décomposait. Céleste tirait sur son bras, sans ménagement, pour obtenir des réponses sur ce qui se passait devant elle, ne saisissant pas la gravité de la situation.

« Non, non. » Ron s'obstinait. « Non, elle n'est pas morte. Elle ne peut pas. » Il s'agitait furieusement. Il rageait. Son cœur se fissurait en un millier de morceaux. « Non, elle ne peut pas être morte. C'est impossible. Impossible. »

Il marcha vers l'escalier pour sortir de la salle d'attente, alors qu'au même moment un sorcier sortit de la cage d'escalier. Celui-ci regarda attentivement la scène devant lui et se mit à ricaner, tout en enlevant son masque.

Elias se tenait devant eux et son visage était déformé par une horrible mimique cruelle.

« Hé bien, hé bien... » commença l'homme. « Il manque que Potter et j'aurai réussi là où le Seigneur des ténèbres a échoué de toute évidence. »

La mâchoire de Théodore se contracta, alors que Charlie tentait de retenir Ron du mieux qu'il pouvait afin qu'il ne se rue pas sur Elias. L'auror oscillait entre la détresse et la rage. Il n'y avait pas de place pour la tristesse ou le vide. Seul un besoin intense de se venger bouillait dans ses tempes.

Parkinson chuchota à Hermione qu'elles devaient partir avec Céleste, mais la jeune femme était stupéfiée par la peur, sa torture se rejouant dans sa tête comme un disque brisé dès qu'Elias avait retiré son masque. Celui-ci riva son regard à celui de la Serpentarde.

« Oh non, Parkinson, ne t'en vas pas! Tu vas manquer le clou du spectacle! » lâcha Elias Lestranges sur un ton cruel décuplé par la vaine tentative de faire de l'humour.

« ESPÈCE DE SALAUD! » rugit Ron, en tentant de se débarrasser de la prise de son frère.

« Je pensais vraiment que ce serait ton idiot de petit-ami, Hermione, qui aurait ce genre de réaction. » commenta de nouveau Lestranges, sans bouger face à la rage de Ron. « Vous êtes pathétiques, les Weasley... » Puis, son visage devint plus cruel – comme si c'était humainement possible. « En plus, j'ai entendu que votre mère avait... »

Il n'eut jamais le loisir de terminer sa phrase, car Charlie lâcha sa prise lorsqu'il se mit à évoquer Molly, trop surpris. Ou choqué. Ron se rua sur lui.

Rapidement, Elias brandit sa baguette et jeta un sortilège informulé sur Ron, mais Charlie, sorti de son état quasi catatonique, poussa son frère et ce fut lui qui reçut le sort, en pleine tête. À l'endroit même de la blessure presque mortelle qui l'avait conduit à l'hôpital, deux ans plus tôt. L'ironie. La vie était insupportablement ironique.

Tout oxygène quitta les poumons d'Hermione quand elle vit le corps de Charlie percuter le sol de la salle d'attente. Elle eut le sentiment de perdre pied et que tous ses organes se liquéfiaient. La jeune femme ne ressentit même pas l'étreinte de Pansy autour de ses épaules pour tenter de la retenir, elle ne ressentit même pas la douleur sur ses genoux quand elle tomba sur le plancher, elle n'entendit même pas le rire d'Elias. La Gryffondor avait l'impression d'être devenue une coquille vide.

Elle ne vit pas les lumières devant elle qui surgissaient de part et d'autre de la pièce. Son regard restait rivé sur Charlie, qui ne se relevait pas.

« Pansy, je t'en supplie... » Sa voix était blanche, sans émotion. « Dis-moi, dis-moi qu'il n'est pas mort. Dis-moi que ce n'était pas une lumière verte. Dis-moi que ce n'était pas un avada kedavra. Dis-moi quelque chose. »


NDA : Oui, je sais. Je suis sadique.

Alors, chapitre plutôt décousu, beaucoup d'actions se passent. J'espère que vous avez tout de même apprécié! J'ai beaucoup exploité les relations entre Théodore / Charlie / Hermione! On en a parlé à plusieurs reprises, sans jamais avoir l'occasion de les voir ensemble. Alors, c'est tout de même assez explosif! Leur passé est certes chaotique, mais selon moi, ça prenait ce genre de discussion pour que la page soit « enfin » tournée.

J'adooooooore Céleste.

J'aime beaucoup, beaucoup, aussi, l'amitié Hermione / Pansy (je suis d'ailleurs une grande fan du Pansmione et bref, je crois que ça paraît pas mal haha!) et la relation Pansy / Ron. En réalité, j'adore Pansy. Point.

Ron qui me brise le cœur, d'ailleurs. BREF.

Ce chapitre fait, au total, 26 pages. OMG. C'est genre le double que ce que j'écris habituellement! BIG LOVE.