Chapitre 11. Les marques

Il faisait noir depuis longtemps lorsqu'Hermione revint enfin chez elle, le corps lourd de fatigue, après de longues heures de temps supplémentaire qui n'étaient pas réellement nécessaires. Elle avait seulement ressenti le besoin de s'abrutir de travail pour endiguer le flot de ses pensées.

Il y avait des journées comme celle-là, plus difficiles que les autres.

Hermione contempla la pile de vaisselle sale qui ornait le comptoir de sa cuisine. Elle ouvrit le réfrigérateur et fixa d'un œil absent les étagères quasi vides. Elle aurait dû sortir se chercher un sandwich ou une pizza, au petit resto au coin de la rue, mais le cœur n'y était pas. Il tombait des cordes et elle n'avait pas vraiment faim, de toute façon.

Elle se rendit dans sa chambre et entreprit de se déshabiller.

Son reflet dans le miroir attira son attention. Elle s'approcha et observa ses traits tirés, ses yeux cernés, ses jambes nues. Ses genoux lui parurent noueux. La médicomage avait raison, Hermione avait perdu du poids.

Finalement, elle retira aussi son chandail.

De longues marques apparurent, gravées sur sa peau, formant un mot juste en-dessous de ses seins. Les cicatrices étaient plus rouges que de coutume, signe que le maléfice qui lui pourrissait la vie avait atteint son apogée quelques heures plus tôt, pendant qu'elle parlait à Irini Popescu. Elle avait trouvé encore une fois le courage de se réfugier aux toilettes comme si de rien n'était.

Dans le miroir, le mot apparaissait à l'envers, mais il n'était pas difficile de déchiffrer la signification de ces sept lettres.

Traînée.

Elle fixa l'insulte, longuement.

C'était peut-être ça qu'elle était devenue, au fond. Une traînée.

Elle avait donné raison à ses agresseurs.

Elle enfila un t-shirt trop grand (le seul vestige de sa relation avec Adam) et se roula en boule dans son lit. Elle aurait voulu s'endormir aussitôt, mais les minutes s'écoulèrent lentement pendant qu'elle fixait la noirceur, les yeux grands ouverts.

Elle pensa à Severus Rogue, sans vraiment le vouloir. À son corps grand et lourd et fort, à son sexe d'homme au creux d'elle, à ses yeux d'onyx quand il la regardait.

Elle se demanda si un jour elle rencontrerait quelqu'un qui aurait envie de la toucher malgré l'obscénité imprimée sur sa peau.