Bonjour à tous !
Ce chapitre-ci m'a donné beaucoup de fil à retordre pour plein de raisons; j'espère que la version finale ne vous décevra pas ! Il y a une scène que j'ai ADORÉ écrire ! Il y a plein de choses qui prennent (enfin) un vrai tournant, même si le chemin est encore très très long ahaha ! Bref, j'espère que la lecture de ce chapitre vous plaira :)
Encore une fois, je vous remercie pour vos mots doux. A chaque fois que j'ai un mail de notification pour une review, je suis toute excitée (et j'appréhende un peu aussi parfois ahah) et ça me fait trop plaisir (des fois ça me permet de finir une journée pourrie de super bonne humeur). J'avoue que parfois je suis découragée d'écrire/relire/corriger (je passe des heures sur chaque chapitre !) et sans ça, je crois que j'aurais perdu la motivation depuis bien longtemps !
Concernant la suite de cette histoire, j'hésite actuellement entre la finir comme je l'avais envisagé (en traitant les histoires secondaires comme l'armée de Dumbledore, les Mangemorts, etc) ou bien la raccourcir un petit peu (en me concentrant surtout sur l'intrigue romantique). Du coup si vous avez un avis sur la question, n'hésitez pas à me l'indiquer en review !
audelie ahaha effectivement, ce moment est loin d'être arrivé :p ! Nerys est beaucoup trop calme, réfléchie et bien-élevée pour agir de la sorte. Mais elle évolue à son rythme, doucement mais sûrement :) J'essaie de garder une évolution réaliste, et surtout pragmatique : ça me parait invraisemblable de tout quitter sur un coup de tête ^^
Lilemesis ce que tu décris, c'est effectivement tout à fait comme ça que je vois les choses ! Et ça me fait plaisir que tu le remarques et que ça te plaise :) Effectivement, j'essaie de construire l'histoire comme une lutte contre le sexisme (du moins, en partie) : Nerys a très peur de cette aspect où elle doit devenir "maîtresse de maison" alors que ce n'est pas ce qu'elle veut. C'est aussi pour ça qu'elle ne saute pas directement dans les bras de Fred : si Nerys veut changer de vie, ce sera son choix personnel, et pas l'influence d'un homme ! Je suis contente que les personnages semblent naturels car c'est quelque chose qui me tient à coeur : je ne veux pas faire des personnages parfaits ou détestables, mon rêve c'est de réussir à décrire des humains qui pourraient exister en vrai, qu'on croise chaque jour :) Merci vraiment pour ton avis, ça me fait très plaisir de lire des reviews telles que la tienne ! Ca me motive à continuer :D
A. Binders merci beaucoup pour ton message, effectivement j'essaie de les faire grandir, tout en douceur et en subtilité, et j'espère que ça reste cohérent :) Briséis est mon petit bébé même si c'est une peste ahaha
Rubywert je suis contente de lire ta review et je te remercie pour ces beaux compliments :) Concernant les bonnes fanfictions en français, je t'invite à regarder ma liste de fanfictions préférées, il y a quelques pépites :D
Je vous souhaite une bonne lecture à tous ! A bientôt pour la suite :)
Vous pouvez toujours retrouver l'évolution de mes chapitres sur mon profil, c'est actualisé dès que ça avance !
CHAPITRE 18 : JANVIER (2)
Nerys évitait autant que possible de se retrouver seule parce qu'elle redoutait d'être confrontée à ses émotions. Elle avait craqué auprès de Gale et, depuis, elle redoutait le moment où la tristesse ferait de nouveau irruption dans sa vie. Elle la repoussait avec une occupation éternelle. Heureusement les journées de cours bien remplies lui offraient une parfaite distraction, et les temps morts étaient rares.
Parce qu'elle les avait sélectionné, Nerys aimait presque tous ses cours. Il n'y avait que le Cours de Défense Contre les Forces du Mal qu'elle redoutait et c'était en grande partie à cause du professeur qui le dispensait : Ombrage était détestable pour plusieurs raisons évidentes. Mais les choses avaient changé et désormais ce n'était plus la raison principale pour laquelle Nerys allait à ce cours à reculons. La présence de Fred Weasley était un élément qu'elle ne pouvait pas rater et, même si ils partageaient d'autres cours, c'était le seul où elle avait tout le loisir de penser à lui et de lui jeter des coups d'oeil discrets et réguliers. Les autres cours avaient le mérite de garder son esprit occupé.
Comme à son habitude, Ombrage leur avait demandé de lire un chapitre de leur ouvrage. Elle ne prenait plus la peine de surveiller ce qu'ils faisaient, tant qu'ils gardaient le silence. Certains en profitaient donc pour rédiger leur devoir d'une autre matière ou avancer une lecture personnelle. D'autres, plus dissipés, s'échangeaient des mots ou jouaient aux énigmes animées.
Nerys, elle, se concentrait de toutes ses forces pour ne pas regarder en direction de Fred. Gale, à sa droite, était dans son champ de vision direct et elle risquait trop de se faire remarquer. La tentation était immense mais elle était trop habituée à contrôler ses émotions pour céder si facilement. Elle tentait donc de focaliser tout son esprit sur la rédaction de son devoir de botanique.
- A la semaine prochaine ! Lança Ombrage de sa petite voix enjouée.
Elle s'animait toujours à la fin du cours comme si rien ne s'était passé. Ombrage avait bien des défauts, mais on ne pouvait pas lui nier son talent d'actrice et sa facilité à faire éternellement l'enjouée.
Les élèves se levèrent tous en même temps, pressés de quitter cette salle pleine d'ennui.
Nerys vit Fred Weasley passer devant elle. La tentation était grande de l'interpeller pour lui parler. Elle voulait comprendre, elle voulait savoir pourquoi il avait demandé à former le groupe de cours de soins avec elle. Olivia n'avait pas la réponse mais semblait estimer que c'était un sujet qui ne la regardait pas. Nerys était persuadée que la petite Poufsouffle ne savait plus quoi penser depuis qu'elle lui avait révélé sortir avec Amadeus Fawley. Olivia Jones était sans doute assez futée pour comprendre qu'il y avait plus dans cette histoire que ce qu'avait raconté Nerys, mais était trop intelligente pour poser des questions gênantes.
Fred passa sans même la regarder. C'était à la fois désespérant, et un vrai soulagement.
- Miss Avery, un moment s'il vous plait.
Alors que Nerys s'apprêtait à sortir comme ses camarades, Ombrage l'arrêta avec un visage sévère. Gale lui jeta un regard curieux mais poursuivit sa route. La classe se vida jusqu'à ce que Nerys reste seule avec son professeur.
Elle ne savait pas ce qu'il l'attendait. Ombrage l'avait ignoré ces dernières semaines et elle avait secrètement espéré que cela continuerait. Ses entrevues avec Ombrage n'avaient jamais été très agréables; elles étaient même risquées.
- Vous m'avez donné des informations à propos d'un certain fugitif, qui se sont révélées inexactes.
Ombrage faisait référence à Sirius Black bien sûr. Cela faisait des semaines que Nerys avait répété le mensonge élaboré par Fred Weasley; elle avait presque oublié cette entrevue. Mais le mensonge avait fini par la rattraper et elle ignorait comment elle allait se sortir de ce mauvais pas. Peut-être pouvait-elle avancer l'idée que Fred Weasley, conscient qu'elle se jouait de lui, avait inventé un mensonge...
Mais au lieu d'insister ou de poser des questions gênantes, Ombrage changea immédiatement de sujet.
- La Prefète-en-Chef, Miss Watson, a formulé des doutes sur votre comportement et votre implication dans votre rôle de préfète. Je tiens à vous informer que j'ai pris votre défense et que vous ne serez plus embêtée à ce sujet.
Elle termina son explication avec un grand sourire, bien loin du visage sévère qu'elle avait quelques instants plus tôt.
Nerys resta figée devant son habilité à tourner la conversation à son avantage. En quelques mots elle venait de souligner que Nerys avait échoué, alors qu'elle même avait fait preuve d'une grande sympathie à son égard. C'était le discours parfaitement maîtrisé de quelqu'un habitué à jouer avec les mots. Quelqu'un de son monde - ou quelqu'un habitué au monde politique. Nerys avait sous-estimé Ombrage et elle se rendait compte de son erreur. Son apparence ridicule avec ses vêtements roses ne devait pas faire oublier qu'elle était une femme politique avant tout, et une femme très douée pour s'être hissée aussi haut auprès du Ministre de la Magie lui-même.
Devant le silence de Nerys, Ombrage ajouta :
- Je m'attends à ce que la loyauté soit réciproque. C'est tout.
Elle lui fit un nouveau sourire qui n'avait rien de sincère.
C'était tout ? Non, bien sûr que non. Ombrage venait de s'assurer qu'elle avait Nerys dans la poche et, à ne pas en douter, d'autres demandes viendraient ultérieurement en compensation de ce coup de pouce. Nerys se rendait compte de la manipulation dont elle faisait l'objet, mais elle était prise au piège et ne pouvait pas s'en défaire.
Dolores Ombrage avait gagné.
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En se levant ce mardi-matin là, Nerys sentit que quelque chose n'allait pas. Elle n'était pas du genre sensible ou fragile, et elle était plus robuste aux maladies que la plupart de ses camarades mais elle n'y était pas totalement imperméable. Pour la première fois depuis longtemps, Nerys Avery se sentait malade. La pensée lui était insupportable et elle décida de prendre sur elle. Ce n'était pas cette impression de corps faible qui allait l'emporter ! Elle se leva, bien décidée à ne pas laisser la maladie la foudroyer.
S'habiller ne lui avait jamais paru aussi difficile. Son dortoir était vide, aussi personne ne remarqua ses difficultés, c'était déjà ça !
La sortie du dortoir et la descente des escaliers n'était pas des plus faciles non plus, mais comme elle était presque en retard, personne ne venait la bousculer au passage. Elle reprit son souffle en arrivant en bas des marches, posant la main sur son ventre dans l'espoir de calmer ses nausées.
Briséis n'était pas là; mais Gale l'attendait.
Son expression était neutre mais lorsque leurs regards se croisèrent, il sembla réaliser que quelque chose n'allait pas et se précipita vers elle.
- Gale, je ne me sens vraiment pas...
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase : ses entrailles remontèrent et un jet violent sortit de sa bouche pour atterrir sur le sol.
Elle venait de vomir.
Sur les pieds de Gale.
- Oh, Nerys ! S'exclama t-il.
Et il se pencha vers elle pour attraper ses épaules et éviter qu'elle ne s'effondre.
Le reste fut un peu flou pour Nerys. Tout son esprit et tout son corps était occupé par un seul but : ne pas vomir de nouveau.
Gale s'occupa d'elle et l'emmena jusqu'à l'infirmerie. Le chemin fut compliqué car Nerys réclamait de s'arrêter tous les dix pas pour souffler et éviter d'avoir une nouvelle remontée gastrique. Quand, enfin !, ils arrivèrent à l'infirmerie, Nerys avait l'impression d'avoir parcouru des kilomètres. Elle se sentait fiévreuse et dans les vapes. Si Gale ne l'avait pas soutenu aussi fermement, elle se serait sans doute effondrée.
- Oh non, que se passe t-il ?
L'infirmière venait d'arriver. Pomfresh était un petit bout de femme à l'âge indéterminé. Elle n'était jamais inquiète - ou du moins, elle ne le montrait pas - mais était toujours très attentive au bien-être de tous les élèves. Avec quelques gestes experts, elle fit glisser Nerys jusqu'à un lit, lui donna une gamelle pour qu'elle laisse (enfin) sortir un nouveau flot de vomi, et congédia Gale pour qu'il se rende en cours.
- Je ne me sens pas bien, murmura Nerys.
C'était idiot à dire, son état se lisait sur son visage, mais le formuler à voix haute rendait ça plus supportable.
- Allongez-vous Miss Avery.
On ne disait pas non à un ordre direct de Pomfresh. L'infirmière se lança dans un petit bilan en examinant sa patiente sous toutes les coutures.
- Vous avez de la fièvre, et les yeux orangés. Je crains que vous n'ayez attrapé la fièvre du feu.
Nerys grimaça. Elle avait assez potassé de livres de médicomagie pour savoir ce qu'était cette maladie. La fièvre du feu n'avait rien de dramatique mais était assez désagréable pour la personne atteinte en raison des symptômes : fatigue, fièvre, sensation de brûlures internes. Heureusement, la fièvre passait assez vite en général.
- Rassurez-vous, ce n'est pas aussi effrayant que ça en a l'air. J'ai une potion qui devrait faire cesser les vomissements. Pour le reste, du repos vous fera le plus grand bien !
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Le potion de Pomfresh faisait bien son effet : Nerys ne se sentait plus nauséeuse et n'avait plus mal au ventre. Seules persistaient la fatigue et la fièvre. Pomfresh était aux petits soins avec elle car elle était la seule patiente de l'infirmerie. A croire que personne d'autre n'avait été contaminé par la fièvre, ce qui était assez rare à Poudlard pour être souligné... La journée était passée vite : Nerys avait dormi quasiment tout le long grâce à une potion de repos. Lorsque le soleil commençait à décliner, Pomfresh lui indiqua qu'elle autorisait les visites sous réserve d'éviter tout contact physique (pour éviter toute contagion, la fièvre n'étant contagieuse que les premières heures). Nerys s'attendait donc à voir débarquer Gale, Briséis et Adrian d'un moment à l'autre, mais ils ne furent pas les premiers à se présenter à son chevet.
Les premières personnes à venir dans l'infirmerie - et pendant un instant Nerys se demanda si ils venaient la visiter ou si ils étaient malades aussi - furent Olivia et Finn. Les deux amis semblaient se chamailler en entrant, ce qui n'avait rien d'étonnant : ils étaient comme un vieux couple. Nerys les avait assez observé pour savoir comment fonctionnait leur amitié. Ils étaient rarement doux et plein de compliments l'un envers l'autre. Ils fonctionnaient plutôt à base de taquineries et de blagues, même si ils savaient être compatissants lorsque la situation l'exigeait.
- Hé, salut la malade ! Lança Finn en s'approchant de son lit.
Cette fois, pas de doute : ils venaient pour elle.
Finn s'installa sur la chaise à côté du lit, alors que Olivia pris place à ses pieds, directement sur le lit.
Nerys fit l'effort de se relever un peu, pour être à moitié assise.
La Poufsouffle et le Serdigle étaient tout sourires et Nerys se força à leur répondre.
- Merci de venir me voir.
Elle était sincère car elle ne s'attendait pas à recevoir une telle visite. Pour elle la journée était passée vite, mais elle savait très bien que son absence avait dû susciter quelques curiosités. Finn et Olivia avaient dû apprendre qu'elle était à l'infirmerie - peut-être par le biais de Briséis - et avaient décidé de venir la voir. Elle était touchée de cette attention car elle ne s'attendait pas à recevoir une visite autre que celle de ses amis proches : Gale, Adrian, Briséis et peut-être même Dylan ou Evey. Ses autres camarades de maison, même ceux qu'elle connaissait depuis l'enfance, n'auraient pas fait le déplacement : elle n'était pas assez malade pour ça et ils avaient mieux à faire. Quand quelqu'un se sentait mal dans son monde d'élégance et de perfection, il était conseillé de le laisser seul le temps d'aller mieux. Sous couvert d'éviter une contamination collective, il s'agissait en réalité de conserver une apparence digne.
- C'est normal, c'est à ça que servent les amis, répondit Finn en haussant les épaules.
Nerys se sentit rougir et baissa le tête pour cacher son émotion. Elle s'en doutait bien sûr, car c'est ainsi qu'elle les considérait elle-même, mais que Finn pose un mot aussi simple que "amis" sur leur relation sans s'en soucier lui réchauffait le coeur. Tout était si simple avec eux.
- Alors les cours ? Demanda t-elle après un court instant.
Finn se lança dans le récit de sa journée, que Olivia ponctua de quelques remarques à propos de ses propres cours. Nerys réalisa que Finn et Olivia, aussi gentils et doux qu'ils pouvaient l'être, avaient quelques ennemis communs. Olivia semblait avoir une querelle éternelle avec les cousins Rowle (Nerys réalisa qu'elle n'avait jamais entendu parler de ça) alors que Finn passait son temps à se moquer de Elena Watson. A les écouter parler, Nerys réalisa qu'il y avait énormément de choses qu'elle ignorait sur eux, et qu'elle était curieuse d'en connaître davantage.
Son coeur se serra cependant lorsque Olivia fit une allusion déguisée à Cédric Diggory. De nouveau, Nerys se sentit à l'écart. Elle connaissait la vérité mais ne pouvait pas la dévoiler. C'était une vérité que personne ne voulait entendre (il suffisait de voir comment personne ne prenait au sérieux le petit Potter). Finn et Olivia étaient mieux dans l'ignorance.
- Et le cours de Soins ? Demanda subitement Nerys pour changer de sujet.
Olivia et Finn échangèrent un regard et un sourire. A n'en pas douter ils s'étaient fait quelques confidences et Nerys pouvait aisément deviner à quel sujet.
- Hagrid était absent, répondit finalement Olivia en haussant les épaules.
Les absences chez les professeurs étaient rares, mais déjà plus fréquentes à cette période de l'année. Malgré leur âge et leur expérience, ils étaient aussi sensibles aux virus et aux maladies que leurs plus jeunes élèves. Nerys soupira : elle n'en saurait pas plus au sujet de Fred et du partenariat de cours qu'il avait demandé à faire avec elle.
Ils bavardèrent encore quelques instants, avant que l'heure n'avance et que Finn et Olivia décident d'aller à la bibliothèque pour faire leurs devoirs.
- A demain Nerys !, lancèrent-ils en se levant.
Les deux compères n'auraient pas pu choisir meilleur moment pour s'éclipser : Gale, Adrian et Briséis firent irruption dans l'infirmerie au même moment. Si Briséis et Adrian semblaient trop occupés à discuter pour remarquer la présence des deux autres, Gale jeta un regard lourd de sens dans leur direction. Il ne laissa transparaître ni mépris ni animosité mais Nerys le connaissait assez pour deviner ses pensées en cet instant.
Finn, inconscient du malaise à venir, les salua avec un sourire :
- Oh, salut vous tous !
Adrian et Briséis répondirent avec politesse à Finn; ils s'entendaient bien avec. Gale resta muet face à cette familiarité déplacée et laissa transparaître une partie du mépris qu'il ressentait.
Finn et Olivia s'éclipsèrent assez vite et le malaise ne dura pas plus d'une seconde, mais Nerys le savait : Gale n'était pas content, ce qui signifiait des ennuis en perspective.
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Pomfresh s'était éclipsée depuis un moment déjà, lorsque Nerys renonça à trouver le sommeil. En période de crise ou de grande inquiétude, l'infirmière préférait dormir dans un petit local avec accès direct sur l'infirmerie mais dans les cas comme ceux de Nerys - ne nécessitant aucune surveillance ou assistance d'urgence - elle rentrait dans ses appartements. Elle laissait à disposition de ses patients une sphère d'urgence : si Nerys ne se sentait pas bien, elle n'avait qu'à l'attraper pour que l'infirmière soit prévenue.
Nerys réalisa que se retrouver seule à l'infirmerie de nuit était assez angoissant. Malgré ses efforts, elle n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle imaginait ses camarades dans la salle commune, rassemblés autour du feu à échanger quelques anecdotes sur leur journée. Même si elle n'appréciait pas toujours leur présence (seuls Gale et Briséis étaient réellement ses amis), elle devait reconnaître qu'elle aurait largement préféré être auprès d'eux que dans cette grande salle froide. Les rideaux étaient tirés autour de son lit - une faible illusion pour qu'elle se sente dans un endroit plus confiné - et Briséis lui avait apporté son pyjama et un livre, mais c'était loin du confort de son dortoir.
Au bout d'un moment, elle se décida à allumer la petite lanterne située à coté de son lit. Elle s'assit et attrapa l'ouvrage que Briséis lui avait laissé. C'était Le Quidditch à travers les âges. Nerys soupira. Même après des années à se côtoyer, Briséis ne connaissait toujours pas ses goûts en matière de lecture. Le Quidditch n'était sûrement pas un de ses loisirs. Elle préféra donc reposer le livre et attraper l'exemplaire du Sorcière Hebdo que Olivia lui avait laissé. Ce n'était pas son genre de lecture habituelle : la couverture toute en couleurs et en gros titres tapageurs n'était pas assez distinguée pour elle. Connaître les secrets de Tristan Guezel, le star musicale française ne l'intéressait pas, de même que l'article consacré à Quidditch et amour : rivalité sur le terrain, passion dans l'intimité. Elle feuilleta le magazine jusqu'à tomber sur la double page d'un questionnaire ridicule : Est-ce un amour passager ou une passion éternelle ? Le vrai test pour faire le point sur vos sentiments.
En temps normal, Nerys n'aurait même pas pris la peine de lire la première question. Mais l'ennui et le besoin de distraction furent plus forts ce soir-là : elle attrapa son sac de cours pour en tirer une plume et se lança bêtement dans le test. Au bout d'un moment elle réalisa que ses réponses étaient influencées par la pensée d'un seul être : Fred Weasley. Elle était presque arrivée à la fin lorsque son idiotie la fit rougir : pourquoi n'avait-elle même pas songé une seule seconde à Amadeus ? L'héritier Fawley était son avenir. Fred Weasley, par principe, ne resterait qu'une attirance passagère.
La curiosité la poussa toutefois à finir le test, à comptabiliser les points et à se rendre à la fin pour lire son résultat :
Entre 30 et 35 points, bravo, vous êtes amoureuse ! Vos sentiments ne font aucun doute et il serait temps d'en informer votre moitié si ce n'est pas déjà fait. Pour vous pas de doute : c'est une passion éternelle qui anime votre coeur. On vous souhaite beaucoup de bonheur.
Elle grogna de déplaisir. Quel article ridicule ! Comme si un vulgaire magazine pouvait savoir mieux qu'elle ce qu'elle ressentait. Fred Wealsey n'était qu'une attirance, ou peut-être un peu plus, mais ce n'était certainement pas la passion éternelle. Elle était tentée de refaire le test en gardant Amadeus en tête lorsqu'un bruit la fit sursauter.
Quelqu'un venait d'ouvrir la porte.
Elle savait qu'elle ne risquait pas grand chose dans ce grand château défendu par Albus Dumbledore en personne, mais elle était si peu habituée à la solitude de ces lieux qu'elle se paralysa d'effroi. Qui pouvait venir la visiter en pleine nuit à part quelqu'un décidé à lui nuire ? Un instant elle songea à une attaque de la part de Watson, ou à une entrevue désagréable avec Ombrage, même si les deux options semblaient improbables.
Elle tendit l'oreille : des pas approchaient.
Elle se demanda où diable était sa baguette, lorsque quelqu'un tira le rideau pour se glisser près de son lit.
C'était Fred.
Fred et ses habituels cheveux roux décoiffés, ses tâches de rousseur qui ressortaient davantage dans l'obscurité et son air mi-moqueur mi-provocateur. Une nouvelle fois, elle fut frappée par son charme débordant, et se demanda comment elle avait pu l'ignorer si longtemps. Les traits de son visage n'étaient pas parfaits, mais elle le trouvait si beau qu'elle ne comprenait pas ne s'être jamais fait la réflexion au cours de sa scolarité.
Son coeur fit un bond dans sa poitrine.
La peur laissa place à la surprise. Que faisait-il ici ?
Ils n'étaient pas en bons termes et il ne semblait pas intéressé par le fait d'avoir une discussion avec elle. Alors, il y avait bien cette histoire de groupe en cours de Soins mais (elle avait eu la journée pour réfléchir) elle avait finit par penser que c'était une façon de l'agacer davantage, peut-être une forme de vengeance. Il voulait certainement la titiller et la faire cogiter en réponse à son comportement déplacé. Il n'avait pas accepté qu'elle sorte avec quelqu'un mais c'était compréhensible. Elle n'avait pas été assez honnête et claire sur ses envies et cela se retournait contre elle. Elle ne pouvait pas le blâmer, mais elle était déçue.
Pourtant, sa présence ici rendait sa théorie invalide. Fred Weasley n'avait certainement pas traversé le château en pleine nuit juste pour se prendre la tête avec elle.
- Je t'ai fait peur ? Demanda t-il.
Sans lui laisser le temps de répondre, il s'installa au pied de son lit, s'asseyant au bord comme si ils étaient amis intimes et qu'il pouvait se permettre ce genre de geste.
Un instant elle réalisa qu'elle n'était pas présentable : assise en tailleur dans son lit, les couvertures écartées découvrant son pyjama (un bas en soie rose et un haut à manche longues crème - il fallait être élégante en toutes circonstances !). Mais elle songea aussitôt qu'elle n'avait pas à faire d'efforts de tenue devant Fred : il n'était pas de son monde et ne s'en formaliserait pas.
- Un peu, admit-elle. Qu'est-ce que tu fais là ?
Sa voix était basse, hésitante. Elle ne savait pas trop pourquoi il était là et, pour la première fois depuis longtemps, elle était mal à l'aise en sa compagnie.
- Tu voulais me parler, dit-il.
La voix de Fred était différente. Son ton était calme, presque désintéressé : elle ne l'avait jamais entendu parler de cette façon. C'était comme si ils s'étaient croisés par hasard dans un couloir alors qu'il avait fait exprès le déplacement jusqu'à l'infirmerie. Ce ton l'agaça.
- Qui t'as dit ça ? Demanda t-elle sur la défensive.
Bien sûr qu'elle voulait lui parler et qu'elle désirait en savoir plus, mais elle n'avait trouvé aucune occasion pour attirer son attention et avoir une discussion avec lui. Alors qui était l'entremetteur ? Il n'y avait qu'une réponse à cette question.
- Jones, en cours ce matin.
Le cours de Soins n'était pas le seul que Olivia et Fred avaient en commun, et ils avaient certainement eu l'occasion de parler. Cette perspective ne la réjouissait pas, d'autant plus que Olivia n'avait pas mentionné cette conversation mais, maintenant qu'il était là, elle pouvait avoir une réponse à ses questions.
- Oui, je voulais te parler. Mais pas à l'infirmerie, au milieu de la nuit, alors que je suis malade.
Bon, elle allait beaucoup mieux, mais Pomfresh préférait s'assurer de son état de santé (et de contamination) par une nuit supplémentaire à l'infirmerie. Il se doutait bien qu'elle n'était pas là par plaisir.
Il la dévisagea; elle se sentit rougir.
- Je te trouve très bien.
Elle resta fixe. Lui faisait-il un compliment, ou insinuait-il qu'elle n'était pas vraiment malade ? A défaut d'avoir la réponse, elle insista :
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Moi ? Rien. Je me demandais ce que tu avais à me dire.
Il observa un instant ce qui se trouvait autour d'eux : la table de chevet avec le livre prêté par Briséis, son verre et sa carafe d'eau, ainsi qu'une petite lanterne (seule source de lumière), les rideaux qui entouraient le lit, et son regard glissa finalement sur le magazine situé sur ses genoux. Elle rougit et le referma d'un coup sec avant qu'il puisse lire ce qu'il contenait (la page était restée ouverte sur le test).
- Olivia m'a dit qu'on faisait équipe pour le cours de soins, toi et moi.
C'était inutile de tourner autour du pot, mais Fred ne semblait pas de cet avis.
- Et ?
Nerys fit les gros yeux et écarta les mains en signe d'incompréhension. Il faisait exprès de ne pas comprendre !
- Pourquoi ?
- C'était un partenariat si efficace avec Cadmus ! Ca serait honteux de séparer une telle équipe.
Son habituel sourire décomplexé refit surface, ce sourire "spécial Fred" qui la faisait craquer. Mais elle n'était pas d'humeur à rire et à faire semblant, et la remarque la laissa de marbre.
- Ca n'a pas eu l'air de te gêner pourtant.
Son allusion était évidente. Fred l'avait repoussé en faisant le mort et en l'évitant, et il ne pouvait pas ignorer à quoi elle faisait référence. Il ne lui devait rien, ils n'étaient rien l'un pour l'autre, mais elle n'aurait pas été contre un peu plus de respect et d'égard.
Le sourire de Fred se fana; il ne comptait pas esquiver la question.
- Tu sors avec quelqu'un d'autre.
Un silence s'installa. C'était le moment idéal pour s'expliquer, ce qu'elle attendait depuis des semaines. Ils n'avaient pas été seuls tous les deux depuis très longtemps, et leur dernière conversation s'était simplement arrêtée sur un aveu difficile. Depuis Nerys avait tenté de lui expliquer certaines choses mais il s'était défilé. Maintenant qu'elle en avait l'occasion, elle ne savait plus que dire, et si c'était encore utile. Pourquoi se donner du mal pour quelqu'un qui se fichait de ses explications ? Ca ne changeait rien au problème.
Mais Fred insista, trop désireux de connaître la vérité.
- Amadeus Fawley, il parait.
Leurs regards s'accrochèrent. Les yeux de Fred étaient clairs, rieurs, très expressifs; mais là où se trouvait normalement le rire et la joie il y avait une pointe d'émotion qu'elle n'arrivait pas à identifier. Ce n'était qu'un regard, mais il chavira son cœur. Tout son corps, nourrit d'une flamme dont elle ignorait l'existence, semblait attiré par Fred. Elle avait envie d'être avec lui, c'était une évidence qu'elle ne pouvait plus nier. Elle avait envie d'être avec lui car elle avait des sentiments pour lui. Ce n'était pas une simple attirance et elle aurait été aveugle ou idiote de ne pas accepter l'idée qu'elle ressentait quelque chose de plus fort.
Mais au royaume de Nerys Avery, les sentiments n'étaient pas rois.
- Oui, avec Amadeus.
Elle ne lui devait rien; il était même plus simple de garder la vérité pour elle, de masquer tous ses désirs interdits derrière un tissu de mensonges pour tenter de les oublier, mais c'était injuste pour lui. Alors elle décida de s'expliquer, enfin.
- Je suis obligée de rester avec lui. On va se fiancer.
Fred sembla surpris. Ce qu'elle avouait ne devait pas lui plaire.
- Je suis censé te féliciter ?
- Je préférerai que tu ne le fasses pas.
- Est-ce que tu te moques de moi, Nerys ?
- Absolument pas, Fred.
Ce n'était pas suffisant, elle le savait. Ce n'était pas des explications; au mieux des éléments de réponse dont il ne pourrait rien faire. Il ne pouvait pas comprendre, il ne venait pas de son monde. Alors elle se décida à faire le clair dans son esprit pour lui apporter les réponses qu'il méritait.
- Weasley et Avery ne font pas bon ménage. Je serai déshéritée pour avoir osé t'approcher. Je suis censée me marier avec Amadeus.
- Tu n'exagères pas un peu ?
- Non. Je sais qu'on a l'air d'enfants gâtés qui ont des milliers de possibilités, mais ce n'est pas le cas. On a des règles et des limites, et si quelqu'un fait un pas de travers on doit le considérer comme mort.
Elle se lança dans une explication plus détaillée. Elle raconta à Fred combien il était difficile d'évoluer dans un monde si oppressant malgré le luxe dont ils pouvaient jouir. Elle lui expliqua quelle pression pesait sur ses épaules et sur celles de tous les gens qu'elle côtoyait. Elle parla peu d'Amadeus car le sujet était douloureux, mais lui expliqua qu'il était impossible de revenir sur une union déjà décidée et connue. Se fréquenter hors mariage était interdit, même si tous bravaient cet interdit dans le plus grand secret. Elle n'était pas officiellement fiancée mais les doutes qui pesaient sur sa relation avec Amadeus la rendait plus officielle que n'importe quelle annonce.
Ses explications furent longues et détaillées. Nerys n'avait jamais réalisé qu'elle avait tant à dire sur son monde et qu'il y avait tant de critiques à faire. Elle savait que son univers n'était pas parfait, mais son monologue lui faisait penser qu'il y avait plus de mauvais côtés que de bons.
Fred était bon public; il ne broncha pas et l'écouta en silence, ne ponctuant la conversation que de quelques questions.
Il semblait intéressé par comprendre ce monde qu'il ne connaissait pas et dont, dans le fond, il ne soupçonnait pas l'existence. Ce qu'il prenait toujours pour de la prétention et de l'arrogance cachait en réalité des règles implicites et une pression sociale forte.
- Je ne pensais pas que c'était si difficile, dit-il finalement lorsqu'elle arriva au bout de ses explications.
Nerys haussa les épaules, un peu désabusée et loin de sa réalité. Pour elle ces choses-là n'étaient pas complexes; elle les connaissait depuis toujours.
- Ce n'est pas difficile, on est habitués. Il faut juste faire attention à ne pas se laisser distraire.
Elle baissa la tête pour ne pas croiser son regard. Fred Weasley était une belle distraction qui lui donnait envie de dévier du droit chemin; une si belle distraction qu'elle savait qu'il était dangereux de rester près de lui. Pour suivre le chemin qui avait été tracé pour elle, Nerys savait qu'elle ne devait plus du tout côtoyer Fred Weasley. Et il sembla le comprendre aussi.
- Je vais demander à Jones de changer de groupe avec moi, pour le cours de soins.
Il avait une expression un peu fermée, et il lui fit un sourire triste en se levant.
La conversation venait enfin de trouver sa conclusion. C'était une fin amère et triste, une fin qui n'aurait pas existé dans un monde idéal, mais une fin qui était nécessaire pour que Nerys puisse faire les bons choix dans sa vie.
Fred avait raison et elle ne pouvait pas le contredire. Alors, d'un ton qui signifiait plus un adieu qu'un aurevoir, elle lança :
- Bonne nuit Fred.
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Nerys était sortie de l'infirmerie le matin-même, mais Pomfresh l'avait dispensée de cours pour la matinée. Elle n'était plus malade ni fatiguée mais elle avait apprécié ces quelques heures de repos supplémentaires. Son lit avait été d'un parfait réconfort en première partie de matinée, avant qu'elle se décide à jeter un coup d'oeil à ses devoirs en attente. Olivia, Briséis et Finn lui avait partagé leurs notes de cours et elle s'y retrouva assez vite.
Briséis était passée la chercher après ses cours pour qu'elles aillent déjeuner ensemble, et alors que Nerys se coiffait avant de sortir, elle fut prise d'une interrogation soudaine.
Briséis était sans doute ce qui se rapprochait le plus pour Nerys d'une confidente. Bien sûr, elle ne pouvait pas tout lui dire et, parfois, elle lui mentait pour préserver sa réputation, mais c'était sa plus vieille amie et la plus proche. Et Briséis avait bien des défauts, mais son intelligence et sa capacité de réflexion n'étaient plus à prouver. Si quelqu'un pouvait lui donner un conseil avisé, c'était bien elle. Il fallait juste avoir le courage de poser les bonnes questions.
- Briséis ?
Son amie se tourna vers elle, les sourcils levés d'un air interrogateur, se sortant de la lecture de son devoir.
- Oui ? Demanda t-elle en secouant ses boucles brunes.
Nerys inspira un bon coup avant de se lancer. Le sujet n'était pas juste délicat à aborder; il était interdit.
- J'aimerais ton avis sur quelque chose... Sur Fred. Weasley, précisa t-elle même si ce n'était sans doute pas utile.
L'héritière Fawley sembla surprise mais l'invita à poursuivre :
- Je t'écoute.
Son ton indiquait un peu de méfiance. Elle n'était sûrement pas à l'aise à l'idée de parler de Fred Weasley. Si le sujet n'avait jamais été abordé entre elles, ce n'était pas seulement car Nerys préférait garder son petit jardin secret, c'était aussi que Briséis ne souhaitait pas donner son avis sur le sujet. Que Nerys lui demande aussi clairement son avis sur la question la mettait mal à l'aise.
- Est-ce que tu crois que j'ai raison d'arrêter de le fréquenter ? Que c'est trop risqué de mettre ma vie en danger pour ça ?
Ses propos pouvaient sembler exagérés mais c'était pourtant bien le reflet de la réalité. Si Nerys choisissait Fred, si elle admettait publiquement le fréquenter, alors ça en était fini de sa vie telle qu'elle la connaissait. Ses amis la rejetteraient (son père aussi, sans doute) et elle devrait commencer une vie d'indépendance alors qu'elle n'y connaissait rien. Elle se sentait idiote de simplement souffler cette idée, tant la réponse semblait évidente. Mais peut-être avait-elle besoin que quelqu'un d'autre la rassure...
Briséis resta silencieuse une seconde, le temps de la réflexion. Mais lorsqu'elle parla, son ton n'appelait à aucune contestation.
- Tu veux mon avis Nerys ? On ne fait pas sa vie en fonction d'un homme.
La réflexion coulait de sens. Nerys ne pouvait pas tout foutre en l'air sous prétexte d'apprécier quelqu'un qu'elle n'aurait pas dû. Tourner le dos à sa vie entière pour une relation qui n'était pas assurée de durer n'avait aucun sens. Elle le savait, mais l'opinion de Briséis permettait de renforcer cette réflexion et c'était exactement ce dont elle avait besoin.
- Tu as raison, c'est mieux de rester sur la bonne voie.
C'était des mots difficiles à prononcer mais la décision n'était pas compliquée à prendre : elle n'avait pas le choix. Ou tout du moins, le choix était trop douloureux. D'un côté elle avait sa vie douillette entourée des gens qu'elle aimait, même si cela signifiait être enfermée dans une prison dorée. De l'autre, elle avait une vie précaire, sans personne et sans avenir. Elle ne pouvait pas renoncer à tout pour quelques désagréments. Elle devait être plus forte que ça, elle devait accepter que le négatif aurait aussi une part dans sa vie. Personne n'avait une vie parfaite après tout.
- C'est pas ce que j'ai dit, rectifia Briséis d'un ton plus sec.
Nerys releva les yeux vers elle, sans comprendre.
- Comment ça ?
Briséis fit une moue mais son regard reflétait une intensité que Nerys ne lui avait jamais vu. C'était donnant-donnant. Briséis connaissait son petit secret, alors il était peut-être temps d'avouer le sien.
- Le monde est vaste, ça serait dommage de s'enfermer dans un manoir.
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- Je ne comprends pas pourquoi Jones et Podmore sont venus te voir. Ce ne sont pas des fréquentations convenables. Tu dois arrêter de les voir, c'est mieux pour toi.
Impromptue et imprévue, la remarque de Gale laissa un blanc dans la conversation. Nerys ne s'attendait pas à une telle remarque. Bien que Gale ne l'avait jamais directement vue en compagnie de la Poufsouffle et du Serdaigle (si ce n'est à l'infirmerie), elle pensait qu'il n'ignorait pas cette amitié. Nerys ne s'en cachait pas; quelqu'un avait dû les voir ensemble à la bibliothèque depuis tout ce temps. Mais soit personne n'avait informé Gale, soit il n'avait pas mesuré l'importance de ce rapprochement. En tout cas la scène à l'infirmerie l'avait dérangé, et il avait sûrement attendu toute la journée pour pouvoir en parler.
Tu dois arrêter de les voir : l'ordre était clair et sans appel.
Gale regardait Nerys et s'attendait à une réaction de sa part, mais c'est la voix de Briséis qui cassa le silence.
- Mais tu ne peux pas arrêter, Gale ? Pourquoi tu te sens obligé de nous dicter notre conduite ? On sait ce qu'on fait !
Briséis était agacée et ses yeux lançaient des éclairs. Il n'avait fallut qu'une seconde et une remarque pour la faire passer d'un état calme à complètement survolté. C'était si typique de la fille Fawley, et Nerys savait que ces brusques changements d'humeur n'auguraient rien de bon. Ses yeux sombres étaient dilatés par sa colère soudaine et elle secoua sa tête d'un air agacé que Nerys ne connaissait que trop bien.
Nerys espérait que Gale prenne sur lui, mais il y avait trop de temps qui s'était écoulé depuis leur dernière dispute et le naturel prenait le pas sur la raison.
- Calme-toi, Briséis.
Son ton était sec et froid. Nerys grimaça : les ennuis commençaient.
- Non, je ne me calmerai pas. Vous êtes tous des hypocrites et des idiots. Vous devenez exactement ce qu'on critiquait étant enfants.
Briséis était survoltée comme Nerys ne l'avait jamais vue auparavant. Ses boucles brunes dansaient autour de son visage au rythme de sa colère, comme des serpents prêts à attaquer si quelqu'un osait s'approcher trop près et ses pupilles dilatées par l'adrénaline lui donnait le regard le plus sombre qu'elle pouvait avoir. Nerys était figée devant cette vision, incapable de trouver un mot pour calmer son amie - et peut-être consciente qu'il n'en existait aucun.
Adrian fit un pas vers elle, comptant probablement sur l'intimité de leur amitié pour toucher son coeur et apaiser son énervement.
Briséis repoussa violemment la main qu'il avançait vers son épaule.
- Laisse-moi, je ne veux plus vous voir ! Foutez-moi la paix !
Et elle s'éloigna d'un pas furieux.
Les trois amis restèrent muets un moment face à la colère noire de Briséis. Ils étaient habitués à la voir énervée, mais c'était la première fois qu'elle se montrait si familière et emportée dans ses propos. Quelque chose semblait différent et ça n'était pas bon signe.
Ce fut Adrian qui dérida la situation et un instant leur conversation s'orienta sur des banalités, mais Nerys n'arrivait pas à se sortir Briséis de la tête.
Au bout de plusieurs minutes, ils prirent congé les uns des autres, désireux de mettre fin à cette soirée d'émotions. Gale et Nerys prirent ensemble le chemin du retour à la salle commune, en silence, comme seuls deux vieux amis peuvent le faire.
Nerys avait cependant quelque chose à clarifier avant d'aller se coucher. Son amitié avec Olivia et Finn était précieuse, bien que destinée à s'arrêter prochainement. Elle savait qu'il n'y avait pas de place pour eux dans sa vie, et si elle était capable de lutter contre ça à Poudlard, ils devraient disparaître de sa vie une fois les études terminées. Être amie avec eux n'avait pas de sens : elle en souffrirait à un moment ou à un autre. Mais elle tenait à profiter d'eux autant qu'elle le pouvait. Finn et Olivia l'appréciait sans avoir des attentes insensées sur elle; elle pouvait se laisser aller à plus de naturel sans craindre une remarque sur son comportement déplacé. Se priver de ça pour l'instant ? C'était impossible.
Alors Nerys se tourna vers Gale avec une expression déterminée.
- Oh, au fait, je ne compte pas arrêter de fréquenter Olivia et Finn. J'ai bien le droit de profiter de mes derniers mois de liberté.
Et elle monta se coucher. Pour la première fois de sa vie, Nerys Avery désobéissait clairement aux ordres, et elle en appréciait le sentiment.
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La colère de Briséis n'était pas encore retombée : si elle était à la hauteur de son intensité, il faudrait des semaines pour qu'elle retrouve un semblant de tranquillité. Elle s'était tenue à sa parole : elle évitait fermement Gale, Nerys, Adrian, et plus largement tous ses camarades de maison (y compris Zabini). Nerys avait pensé qu'elle retrouverait son calme une fois à la bibliothèque et qu'elles pourraient reprendre leurs habitudes de travail, mais Briséis n'était pas décidé à enterrer la hache de guerre et elle avait décidé de s'installer à une autre table.
Nerys l'observa sortir ses affaires, le nez si concentré dans son sac qu'il était évident qu'elle l'avait vue mais voulait l'ignorer.
La scène n'échappa pas à Olivia et Finn.
- Qu'est-ce qu'elle a ? Pourquoi elle ne vient pas ? Demanda la petite Poufsouffle.
Olivia et Briséis étaient comme le jour et la nuit, tellement différentes, et rien ne semblait pouvoir diminuer l'écart qui existaient entre elles. Elle supportait la présence l'une de l'autre, étaient polies et s'échangeaient parfois quelques mots mais il était évident qu'elles n'étaient rapprochées que par amitié pour les autres. Nerys se demandait même si Briséis appréciait réellement Finn et Olivia, ou si elle ne préférait pas suivre Nerys par facilité et supporter la présence imposée des deux autres. C'était difficile à dire, et Briséis n'était pas du genre sentimentale et à exprimer ce qu'elle pensait.
- Elle est énervée. Gale et elle se sont pris la tête.
Finn et Olivia échangèrent un regard, puis le Serdaigle lui expliqua :
- Sans offense Nerys, mais on ne comprend pas trop pourquoi vous êtes amies avec Gale Selwyn. Même Adrian est trop chouette pour fréquenter un type pareil.
La remarque pinça Nerys au coeur. Elle aimait Gale; elle lui était loyal. Il n'était pas toujours l'ami idéal à côtoyer car son désir de bien faire rendait sa présence oppressante, mais il était juste et attentif.
- Il a beaucoup de qualités, il faut simplement mieux le connaître...
- Je vais aller la voir, coupa Finn.
Son regard était rivé sur la silhouette de Briséis. Il avait un air si déterminé qu'une fois encore Nerys s'interrogea sur ses réelles intentions. Finn était sans conteste un chouette type mais son attention semblait s'attarder sur Briséis plus que de raison.
- Je ne crois pas que ça soit une bonne...
Nerys n'eut pas le temps de terminer sa phrase que, déjà, Finn s'était levé.
Il avança vers la table de Briséis. Nerys observa la scène d'un œil curieux. Finn sembla se pencher vers Briséis pour lui parler; elle releva la tête avec une expression sévère.
Nerys s'attendait à voir son amie lui jeter un regard noir et lui donner l'ordre de s'en aller, mais le visage de Briséis sembla se détendre à la vision de Finn. Le changement était subtil, sans doute imperceptible pour quelqu'un qui ne la connaissait pas bien, mais Nerys connaissait Briséis depuis toujours. C'était une fille difficile, au caractère invariable et à la colère menaçante. Qu'elle accueille Finn avec aussi peu de mépris était étonnant compte tenu de son état d'esprit.
- Est-ce que Finn craque pour Briséis ? Demanda Nerys en continuant d'observer la scène.
Olivia ricana.
- Que veux-tu, il a mauvais goût. Il est peut-être plus attiré par son côté inaccessible que sa personne.
L'idée n'était pas idiote. Briséis était froide avec Finn et Olivia - voire parfois franchement désagréable. Il aurait été étonnant que Finn soit capable de s'attacher véritablement à quelqu'un qui lui témoignait aussi manifestement son mépris. Ce n'était qu'une passade et un caprice. Nerys espérait que le sentiment lui passerait vite, car il n'y avait aucune chance que Briséis réponde un jour à ses attentes.
- Il n'a aucune chance.
Olivia haussa les épaules et elles changèrent de sujet.
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Nerys était d'une humeur massacrante ce vendredi-soir là. La matinée de cours s'était bien déroulée, mais elle avait encore massacré sa plante en botanique (et s'était attirée les foudres de Chourave) et le cours de Soins l'avait rendue amère. Comme Fred le lui avait dit, il avait finalement fait équipe avec son frère. Et même si la compagnie d'Olivia était toujours agréable, Nerys n'avait pas tout à fait réussit à se dérider. Elle avait passé les deux heures de cours à prendre des notes sur un parchemin, les yeux fixés sur sa plume pour éviter de regarder ailleurs. La tentation était grande de laisser son regard dévier sur la silhouette de Fred, mais elle s'était fait violence pour ne pas céder à ses pulsions. Sa décision était prise; il n'était plus temps de revenir en arrière.
- Je vais faire une ronde, je rentrerai pour dormir.
Elle ne s'adressait à personne en particulier mais Gale et Dylan parurent l'entendre, et elle jugea qu'il était acceptable de s'éclipser. Elle avait passé le dîner en face de Evey qui n'était pas d'humeur causante et ça n'avait pas arrangé le ton de sa journée. Briséis ne lui parlait plus depuis des jours et passait ses repas avec les Serpentards de sixième année. Elle ne leur parlait pas, elle ne faisait aucun effort; elle s'asseyait simplement avec eux pour respecter les convenances. Nerys était déçue de son comportement : elle avait pensé que leur moment de confidences les aurait rapprochées, mais elles étaient désormais plus éloignées que jamais.
Trop perdue dans ses pensées pour regarder avec attention ce qui se passait autour d'elle, elle bouscula quelqu'un en voulant sortir de la Grande Salle.
- Hé, Nerys, attention.
C'était Millie Stuart. Nerys et elle étaient loin d'être amies, mais le fait d'avoir partagé une soirée ensemble (chez Olivia) semblait avoir changé quelque peu leurs rapports. Nerys était "Nerys" et pas "Avery". Elle n'était pas certaine de vouloir profiter de cette familiarité avec une Poufsouffle qu'elle connaissait à peine, mais au moins l'affection qu'elle semblait lui témoigner évitait une prise de bec inutile pour une bousculade accidentelle.
Nerys aurait pu s'excuser et l'histoire en serait restée là, une bousculade sans importance et oubliée dans la seconde. Mais c'était sans compter sur la Préfète-peste-en-Chef de Poudlard.
- Avery, cinq points de moins pour impolitesse manifeste.
La Serpentard tourna la tête vers le visage provocateur d'Elena Watson. La Poufsouffle semblait ravie d'avoir trouvé un nouveau moyen de l'agacer. En temps normal, Nerys aurait simplement haussé les épaules et poursuivi son chemin, juste pour le plaisir de ne pas donner à la Préfète-en-Chef ce qu'elle attendait. Mais sa patience et sa bienséance semblaient plus fragiles ces derniers temps, et Elena Watson savait toujours apparaître aux moments les moins opportuns. Elle n'avait aucune envie de laisser couler. Si Watson voulait des étincelles, elle allait les avoir !
- Impolitesse manifeste ? Je ne t'ai même pas encore insulté, sang-de-bourbe.
A ce mot, les autres élèves qui passaient autour d'elles semblèrent arrêter leurs mouvements. Tout éclat de voix les intéressaient; ils étaient les spectateurs assoiffés du moindre règlement de comptes public. Et ce n'était pas la première fois que Elena Watson et Nerys Avery se disputaient publiquement.
- Fais attention à tes mots, Vipère, ou je te les ferai ravaler.
Le ton de la Poufsouffle était sec mais elle n'arrivait pas tout à fait à contenir son sourire. Il était évident qu'elle cherchait à la provoquer et à la faire fauter. Et même si elle voyait le piège, Nerys fonçait droit dedans.
- Essaie toujours, et tu verras.
Elle s'était rapprochée de Watson, réduisant la distance qui les séparait à quelques centimètres. Il devait y avoir un air de défi intense sur son visage, tant elle rêvait que Watson déclenche un conflit physique pour avoir la chance de se défouler. Retenir trop d'émotions et de pensées négatives toute la journée l'avait mise dans tous ses états et une simple étincelle pouvait mettre le feu à tout l'ouvrage.
Autour des deux préfètes, les autres élèves s'étaient arrêtés. Et le petit cercle qu'ils formaient semblait avoir attiré l'attention d'une grande partie de la Grande Salle. Un professeur allait intervenir d'une seconde à l'autre pour désamorcer ce conflit grandissant.
- Arrêtez, vous vous donnez en spectacle.
Une petite voix s'interposa, une voix qui n'appartenait manifestement pas à un professeur. Curieuse de savoir qui osait les déranger, Nerys tourna le visage vers les autres élèves. Une petite silhouette s'était avancée par rapport aux autres : Hermione Granger. A n'en pas douter, en tant que préfète et miss-parfaite, elle souhaitait que l'ordre règne et ne comptait pas rester une spectatrice invisible.
- Mêle-toi de tes affaires, Granger. On parle entre adultes, rétorqua Watson.
Elena Watson n'était qu'une sang-de-bourbe sans importance, une Poufsouffle que personne n'aurait jamais remarqué si elle n'avait pas été si fière de son insigne de préfète. Et Nerys savait à quel point cet insigne changeait le monde entier pour son ennemie jurée. Elle se sentait princière, avec une foule d'élèves qui devaient lui obéir, et cela la rendait infecte.
- Toi, une adulte ? Tu es une enfant Watson, une enfant capricieuse et jalouse.
Nerys restait maître de ses mots alors qu'elle ne rêvait que d'une chose : étrangler la Poufsouffle qui avait un air si fier sur le visage.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? Miss Avery ? Miss Watson ? Suivez-moi. Les autres, retournez dans vos salles communes.
L'arrivée de Minerva McGonagall mit fin à un spectacle qui promettait d'être intéressant. Les élèves se dispersèrent comme des petites fourmis, désireux de ne pas s'attirer les foudres du professeur de métamorphose.
Nerys n'avait aucune envie de se faire passer un savon par un professeur, elle n'était pas d'humeur. Mais elle jugea qu'elle serait plus vite débarrassée de la corvée en obéissant tranquillement. C'était toute sa vie après tout : obéir sans rien dire. Watson suivit le mouvement également, le visage un peu chiffonné. Les choses ne s'étaient pas passées exactement comme elle le souhaitait.
McGonagall les mena à un petit bureau proche de la Grande Salle : elle n'y avait été qu'une seule fois mais Nerys reconnu sans mal le bureau de Rusard, le concierge. C'était l'endroit idéal pour les sermonner en toute intimité. Rusard était absent mais Miss Teigne roupillait dans un coin; quand elles entrèrent, elle se leva et les observa de ses grands yeux plus intelligents qu'ils n'auraient dû l'être pou un félin.
- Je dois dire que je m'attendais à plus de tenue de votre part, Miss Watson. Et vous, Miss Avery, vous vous tenez normalement si loin des problèmes. Pouvez-vous m'expliquer ce qui mène deux préfètes à se donner en spectacle de la sorte ? Vos différends ne doivent pas être résolus en public.
Le visage de McGonagall était sérieux et sévère : elle détestait quand les élèves avaient un comportement inapproprié. Ce n'était pas la première fois qu'elle était deçue par Nerys et Watson qui se donnaient en spectacle devant une foule d'élèves alors qu'elles auraient dû montrer l'exemple.
Sans le vouloir, de manière imprévisible et complètement hallucinante pour quelqu'un comme elle, Nerys ricana.
- Miss Avery ?
McGonagall sembla interloquée par son comportement.
- Oui ?
Elle n'avait aucune envie de mettre les formes, aucune envie de témoigner du respect à qui que ce soit, même si c'était un professeur. McGonagall était pourtant le genre de personne qui imposait le respect, et Nerys la tenait en grande estime, mais pas en cet instant. Une seconde passa, puis deux. Visiblement McGonagall ne savait plus comment réagir. Mais, enfin, la sentence tomba :
- Miss Watson, laissez-nous.
La Préfète-en-Chef afficha un air ravi, sûrement parce qu'elle sentait que McGonagall allait passer un savon à son ennemie jurée. Elle sortit et Nerys garda les yeux fixés sur ses pieds. Elle n'avait aucune envie d'écouter des remontrances et comptait bien faire semblant jusqu'à ce que l'orage soit passé. Elle espérait se contenir assez jusqu'à la fin de l'entrevue.
- Que se passe t-il Miss Avery ? Tout ceci de vous ressemble pas.
Nerys s'attendait à de la colère, mais c'était de l'inquiétude qui perçait dans la voix de Minerva McGonagall.
Manque de chance, Nerys n'était pas d'humeur à se laisser attendrir.
- Ah, parce que vous savez ce qui me ressemble ?
Son ton était poli mais sa parole était agressive.
- Et bien, vous êtes une élève sérieuse et appliquée. Vous avez toujours eu une conduite irréprochable.
Le professeur semblait vouloir tenir une certaine ligne de conduite et pser ses mots. MCGonagall ne connaissait pas Nerys Avery : la Serpentard faisait partie de ces élèves tranquilles que les professeurs remarquent peu.
- Je sais, je suis parfaite, je sais me tenir et je fais honneur à la famille Avery.
En le disant, l'émotion la gagna quelque peu. Ces quelques mots, c'était l'essence de toute sa vie. Chaque jour de sa vie, elle s'était efforcée de répondre à cet objectif. Tout était calculé pour répondre au cadre de vie qu'on lui avait fixé. Absolument tout... Elle aurait tant aimé avoir un peu plus de liberté.
McGonagall remarqua son trouble.
- Si quelque chose ne va pas, vous pouvez en parler au corps professoral ou bien à...
- Ca va ! Coupa t-elle sèchement, devenant franchement impolie.
Se confier à eux ? A quel sujet ? L'idée était idiote, surtout pour quelqu'un d'aussi intelligent que Minerva McGonagall ! Nerys n'avait pas de temps à perdre à entendre des banalités pareilles.
Une nouvelle seconde passa.
Nerys gardait les yeux fixés sur ses pieds mais elle était certaine que le directrice des Gryffondors était partagée entre l'agacement et l'inquiétude. Les fauteurs de trouble et les irrespectueux étaient toujours les mêmes; quand l'irrespect venait d'un élève éternellement poli, elle perdrait ses repères.
- Dois-je m'inquiéter Miss Avery ?
Nerys releva les yeux.
- Absolument pas, professeur. Puis-je m'en aller ?
McGonagall semblait hésiter. Etait-ce par inquiétude ou parce qu'elle souhaitait la punir ? Watson et elle n'avaient rien fait qui soit contraire au règlement mais Nerys avait dépassé les bornes à lui répondre de manière si déplacée.
- Oui, vous pouvez, répondit le professeur au bout d'un moment.
Et elle se décala pour permettre à Nerys de quitter la pièce, ce qu'elle fit sans tarder.
La conversation n'était pas une remontrance, mais quelque chose d'autre de désagréable se cachait dans les paroles échangées avec McGonagall.
Alors qu'elle sortait du bureau de Rusard, l'émotion la gagna. Alors, bêtement, honteusement, elle sentit les larmes qui commençaient à monter dans ses yeux et à couler le long de ses joues. Elle ne pouvait ni les cacher ni les retenir. Alors à défaut de pouvoir s'en dissimuler, elle suivit du mieux qu'elle pu le chemin de sa salle commune avec sa vue floutée de larmes. Si les autres élèves remarquèrent son chagrin, ils n'en dirent rien. Après tout, Nerys Avery n'avait pas bonne réputation au château et rien ne justifiait un élan de compassion vers elle. Nerys Avery était une Serpentard propre sur elle, qui était polie et froide, qui appartenait à un cercle de gens odieux, et qui se montrait parfois aussi arrogante et insultante que ses amis. C'était ce qu'ils pensaient tous.
C'était ce que Nerys pensait d'elle-même.
Mais trop de choses tournaient dans sa tête, trop de choses qu'elle ne pouvait pas tout à fait ignorer, et il se posa finalement une question à laquelle elle ne parvenait plus à trouver de réponse : qui était-elle ?
