LES SECRETS DU DERNIER SOIR
Le rang s'était déjà mis en marche quand une main s'enroula autour du poignet de Daphné pour la tirer en arrière, dans le renfoncement d'un mur.
— Qu'est-ce que tu fous ? murmura-t-elle, désormais collée au torse de Theodore qui étouffa la suite de ses interrogations en emprisonnant ses lèvres des siennes.
Elle le laissa docilement voler son souffle, l'aida même un petit peu. Quand ils se séparèrent, les couloirs des cachots étaient vides et même les personnages des tableaux qui les avaient vus grandir avaient abandonné leur toile.
— Viens, chuchota le jeune homme en l'entraînant jusqu'à leur passage, indifférent aux élèves de Serdaigle qu'ils croisèrent en grimpant dans les étages.
Daphné ne protesta pas, mais ne put s'empêcher de se demander si elle n'aurait pas dû se débattre, ou insister pour rejoindre Pansy, Astoria et tous les autres dans la Grande Salle.
— T'es sûr que c'est une bonne idée de sortir maintenant ? On pourrait...
Il rit.
— On pourrait quoi, Greengrass ? L'Ordre du Phénix ne tuera pas deux adolescents qui cherchent à s'enfuir et on n'a rien à craindre de la part des Mangemorts.
Cela suffit à la faire taire et ils se retrouvèrent dans la minuscule cahute servant de gare à Pré-au-Lard sans qu'elle ait trouvé quelque chose à répondre. Profitant allègrement de son silence, Theodore lâcha sa main et agita la baguette qu'il avait gardée brandie tout au long de la traversée souterraine du Lac Noir.
Des flammes vertes illuminèrent alors la cheminée et firent trembler le regard qu'il posa sur elle tandis qu'il sortait un pot de poudre à cheminette.
— C'est... C'est pour aller où, tout ça ?
— Aux Îles Sorlingues.
Daphné n'eut pas besoin de plus de précisions pour comprendre ce que cela impliquait.
Elle recula d'un pas.
— Le... Le portail intercontinental ? balbutia-t-elle.
Il lui sourit en hochant la tête.
— Mais... Les États-Unis ? Qu'est-ce que tu veux qu'on aille faire là-bas ?
Les sourcils de Nott se froncèrent et son sourire vacilla alors qu'elle s'éloignait encore d'une enjambée.
— Daphné ?! hésita-t-il.
— Je veux pas partir !
— Tu veux pas ou tu peux pas ?
Elle pensa au vert de la potion, crut sentir quelque chose bouger dans son ventre.
— Je... Je... Je ne...
Cette fois, ce fut Théodore qui recula. Ses sourcils donnaient toujours à son visage une allure sévère et elle eut l'impression qu'un océan les séparait déjà.
— Je croyais que tu voulais apprendre à t'en foutre ? Que tu voulais que rien ne t'atteigne ?
Elle ouvrit la bouche. La referma, aussi. Qu'est-ce qu'elle aurait bien pu dire ? Elle n'était pas naïve au point de lui avouer qu'elle ne voulait pas qu'il parte, pas courageuse au point de lui confier que s'ils n'avaient été que deux, elle l'aurait suivi où il voulait. Pour l'instant, c'étaient encore ses deux secrets.
— Tu sais quoi, te fatigue pas, trancha-t-il pour elle. J'aurais dû savoir dès le départ que t'avais rien compris.
Elle serra les dents, attendant que les mots la blessent. Mais ils glissèrent sur sa peau et, quand les flammes s'intensifièrent avant de mourir, emportant Theodore avec elles, elle ne fut même pas éblouie.
— C'est toi qui a rien compris, affirma-t-elle, et elle s'étonna de sonner aussi juste.
Puis elle reprit la route du château.
