Disclaimer : Les personnages appartiennent encore et toujours à Masami Kurumada, sauf pour ceux que j'ai créés.
Rappel du rating : M
Note : Bonjour ou bonsoir, à vous qui passez par ici, en ces jours pourtant si particuliers… (et tellement difficiles pour certains d'entre nous…). Et, comme à chaque fois, merci, merci infiniment, d'accorder un peu de votre temps à la lecture de cette histoire. Merci aussi, encore, toujours, à ceux qui ont la gentillesse de m'écrire des reviews. Je sais que je me répète, mais c'est vraiment très important pour moi… Vos commentaires m'encouragent et me réconfortent, alors merci, sincèrement !
ShaSei: Oh là là… Merci ! Tu ne peux pas savoir à quel point ton commentaire m'a fait plaisir ! Même si je ne suis pas sûre de tout réellement mériter… Heureuse que tu aies apprécié ma scène lemonée un peu "olé olé"… Et promis, j'irai lire ton histoire, avec le plus grand plaisir (en fait, j'ai déjà commencé les premiers chapitres… c'est très très bien d'ailleurs !… mais je te laisserai davantage de commentaires quand j'aurai terminé la lecture ^_^) ! En tout cas, j'espère que tu aimeras ce nouveau chapitre d'Ad vitam… Take care ! Bises.
Voici donc la suite de mon histoire… avec un peu de réconfort pour certains, et, comment dire…, tout autre chose pour d'autres…
/ ! \ Quelques passages assez violents vers la fin, qui pourront peut-être heurter les plus sensibles…
Et je termine cette introduction avec les paroles d'une chanson qui ne cesse de me trotter dans la tête ces derniers temps… et que je trouve, ma foi, assez "appropriée" à cette histoire … Vous reconnaîtrez probablement Bad Romance de Lady Gaga…
...
I want your love, and I want your revenge,
You and me could write a bad romance…
I want your love, and all your lover's revenge,
You and me could write a bad romance…
Caught in a bad romance…
– Stefani Germanotta –
...
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture… en espérant que vous apprécierez… au moins un peu…
Chapitre 21
25 octobre 2001
Au Sud-Ouest de Jalalabad, Afghanistan, dans la nuit
Shaina ferme les yeux, et se laisse bercer par les battements du cœur de celui contre lequel elle est appuyée. Elle le serre au plus près d'elle, de toutes ses forces, pour être certaine qu'il ne partira pas. Qu'il ne la laissera pas. Malgré tout ce qu'elle a fait, et tout ce qu'elle peut avoir dans la tête…
Mais à cet instant, elle ne veut penser qu'à lui. Qu'à Ikki. Qu'à l'amour qu'elle ressent pour lui, et celui qu'il ressent pour elle. Elle sent la chaleur bienveillante de son cosmos se répandre en elle, et cette sensation exquise la réconforte et la soulage. Car elle sait qu'il est son seul rempart, son seul bouclier contre ses peurs et ses angoisses, et qu'il la protégera, tant qu'elle le méritera.
Et, pour la première fois depuis des jours, elle s'endort, sans difficultés, libérée pour quelques heures de sa culpabilité. Pour quelques heures seulement.
…
Ikki caresse les cheveux de Shaina, qui dort dans le creux de son épaule. Elle s'est endormie dès qu'elle a posé la tête contre lui, et même s'il en a ressenti une certaine frustration – parce qu'il aurait bien évidemment souhaité s'adonner à une tout autre activité – il est profondément heureux de la sentir près de lui.
Pourtant, il a tout de suite compris que quelque chose perturbait la jeune femme. Quelque chose d'insidieux mais de perceptible, et dont il ne parvient pas à saisir l'origine. Il essaiera de lui parler demain. Il essaiera d'en trouver le temps, entre deux entraînements avec son disciple.
Car Acrisios n'est pas venu jusqu'ici pour rien… Il compte bien lui faire rattraper le retard qu'ils ont pris, et le programme qu'il a prévu pour lui n'a rien à envier à leurs séances de travail habituelles.
Mais pour l'instant, il a besoin de dormir, et il veut profiter de chaque minute auprès de la femme qu'il aime.
...^...
« Il faudrait peut-être dormir…
- Pourquoi, tu t'ennuies avec moi ?
- Ne dis pas n'importe quoi ! Sinon, pourquoi serais-je venue jusqu'à toi ?
- Alors, je t'en prie, empêche-moi de dormir. Car moi, je n'ai pas envie de trouver le sommeil… »
Marine se redresse sur les bras, et s'étend de tout son long au-dessus du Scorpion. Ses cheveux roux tombent de chaque côté de son visage, et Jabu en saisit une mèche pour la placer derrière son oreille.
« Tu es magnifique.
- Merci. Tu n'es pas mal non plus ».
Elle lui caresse les cheveux, et dépose un baiser sur ses lèvres. Elle sent sa langue venir effleurer la sienne, et elle ferme les yeux. Elle avance son bassin, pour le caler contre le sien, et elle peut sentir une grimace apparaître sur la bouche de son amant.
« Pardon, je t'ai fait mal ?
- Non, ce n'est pas toi, mais cette fichue pierre qui vient de se coincer dans le bas de mon dos, dit-il, en jetant l'opportune sur le côté.
- Je suis désolée…
- Tu n'as pas à l'être. C'est bien fait pour moi, ça m'apprendra à être trop gentil, et à laisser la meilleure place aux autres…
- Mais c'est pour ça que je t'aime.
- Pour quoi ? Pour me laisser marcher sur les pieds ?
- Non, idiot… Pour ta gentillesse !
- Eh bien, cette nuit, nous aurions pu profiter d'une couche plus confortable sans ma maudite gentillesse.
- Ne sois pas si dur avec toi-même… Et puis, Shaina et Ikki n'ont pas vraiment la meilleure place, puisqu'ils doivent partager votre refuge avec Acrisios. Alors que nous, nous sommes bien tranquilles dehors tous les deux.
- Là, tu n'as pas tort… » approuve-t-il, en relevant la tête pour l'embrasser.
« Et je compte bien profiter de notre tranquillité… »
Jabu soulève Marine légèrement pour s'installer en position assise – ce sera tout de même plus confortable – et cale ses mains derrière ses fesses. Celle-ci écarte ses jambes pour les placer de part et d'autre des hanches de son amant, et plaque ses paumes de chaque côté de son visage.
« Fais-moi l'amour, s'il te plaît.
- Puisque c'est si gentiment demandé … Vos désirs sont des ordres, Madame la chevalier… »
Et le Scorpion commence à parcourir le corps de sa proie, qui pour une fois, semble tout à fait consentante…
Kaboul, Afghanistan
Vjeko ouvre les yeux, et sourit. Le soleil se lève à peine, et tout le monde dort encore autour de lui. En particulier les deux glaçons…
Il bascule sur le côté, place son avant-bras sous sa tête, et profite de ces quelques secondes de relative solitude pour le regarder.
Aleix dort lui aussi à poings fermés, étendu sur le dos juste à côté de lui, et par tous les Dieux, qu'est-ce qu'il est beau quand il dort !
Il discerne facilement le moindre de ses traits, malgré l'obscurité et la fatigue qui alourdit encore ses yeux. Il peut même voir sa poitrine se soulever, au rythme lent de sa respiration, et presque deviner les battements de son cœur à la surface de sa peau. Car il a la chance de bénéficier d'une vue tout à fait acceptable sur son torse, le Capricorne ayant eu la bonne idée de repousser la couverture sur le bas de ses abdominaux. Il s'attarde ensuite sur sa bouche et sur ses lèvres, légèrement entrouvertes, qu'il voudrait tellement effleurer…
Le Phoenix prend une profonde inspiration, et ferme les yeux. Il doit se calmer… Il doit maîtriser la sensation, pourtant exquise, qui commence à lui brûler les reins, et reprendre le dessus avant qu'il ne soit trop tard.
A cet instant, un mouvement délicat, pas vraiment un sursaut, et le Capricorne, toujours endormi, se tourne sur le côté. Son visage se trouve maintenant à quelques centimètres du sien, et il peut sentir la chaleur de son souffle sur sa peau. Et pour couronner le tout, il a basculé son bras, et ses doigts caressent à présent l'élastique de son caleçon.
Et ce contact involontaire vient à bout de la patience du jeune Croate. Il se lève d'un seul coup, attrape son pantalon et son T-shirt, et sort de cette cabane étriquée. Il a besoin de prendre l'air, et tant pis pour ses dernières minutes de sommeil…
La fraîcheur de l'aurore lui fait tout de suite un bien fou, et il décide de partir courir un peu. Ça le défoulera, et lui permettra d'oublier sa fichue érection.
...^...
Aleix sent les premiers rayons du soleil réchauffer sa peau, et ouvre lentement les yeux. Il cligne des paupières et constate, avec déception, que Vjeko n'est plus à ses côtés. Il s'assied sur sa natte, frotte ses cheveux pour se réveiller un peu, et se lève. Il saisit ses vêtements sans faire le moindre bruit, Hyoga et Dimitri semblant toujours endormis, et il sort. Une fois devant leur refuge, il prend le temps de s'étirer, et regarde autour de lui. Pas la moindre trace de son ami. Tant pis.
Il attrape la casserole qui traîne à côté du feu encore fumant de la veille, et va la remplir d'eau. Une tâche grandement simplifiée depuis que Hyoga partage leur quotidien, puisque grâce à lui, ils disposent désormais d'une réserve d'eau inépuisable. L'avantage non négligeable de faire équipe avec le Saint du Verseau…
Il s'assied à genoux devant les braises, qu'il prend le temps de raviver, et place la casserole sur les flammes. Il a besoin d'un thé bien chaud pour finir de se réveiller.
Il pose les mains à plat sur ses cuisses, et se concentre sur les couleurs du feu qui reprend vie devant lui. De l'orange, du jaune, du rouge. Il aime tellement le rouge… La couleur des cheveux de Vjeko…. Il ferme les yeux, et respire. Ce matin, comme après chaque nuit passée auprès de son meilleur ami, il se sent bien.
Soudain, une branche qui craque dans son dos, et des lèvres fraîches qui se posent sur les siennes, pour les délaisser aussitôt. Il ouvre les yeux, et voit deux orbes bleus, sombres comme le fond de l'océan, au-dessus de son nez. Vjeko se tient juste derrière lui, penché en avant, le visage au-dessus du sien.
« Tu as bien dormi ? demande le Phoenix, en s'asseyant finalement à ses côtés.
- Très bien, et toi ?
- Oui. J'ai eu un réveil un peu, comment dire…, douloureux, mais sinon, oui, j'ai bien dormi.
- Douloureux ? C'est ta natte qui ne te convient pas ?
- Non, je parle d'un autre genre de douleur, Aleix… Le genre de douleur qui me brûle les reins le matin, quand je ne peux pas profiter de toi pour moi tout seul…
- Ah, ce genre de douleur… Et tu as trouvé un moyen pour te la soulager, cette douleur ?
- Oui. J'ai couru une bonne demi-heure !... Ils sont pas réveillés les deux glaçons ?
- Non, ils dorment encore. Et arrête de les appeler comme ça… Ils ont des prénoms…
- Ben quoi ? Ce sont des Saints de Glace, oui ou non ? Saints de Glace, glaçons… c'est du pareil au même…
- Tu es incorrigible…
- J'ai eu un excellent maître… Aussi fort pour trouver des surnoms à tout le monde, que pour mettre en pièces les ennemis de notre Déesse.
- Oui, je dois effectivement reconnaître que tu as été à bonne école de ce point de vue là… D'ailleurs, aurai-je moi aussi un jour l'honneur de m'en voir affubler un ?
- Quoi donc ? Un surnom ?
- Oui.
- A vrai dire, je n'y ai jamais vraiment réfléchi… Alors, voyons voir… Ma petite chèvre, cela ne te conviendrait pas ?
- Non, pas vraiment…
- Alors, mon petit cabri ?
- Encore pire…
- Mon petit bouc ?
- Non, mais ça va pas ! Tu vas pas me proposer tous les noms de caprins qui te viennent à l'esprit ?!...
- Non, là, je dois avouer… pour une fois, je suis mauvais. Et pour toi, je me contenterai donc d'Aleix.
- Tu m'en vois ravi ! »
Le Capricorne sourit, et Vjeko se jette sur ses lèvres pour les embrasser.
« Quelle fougue ce matin !
- Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. C'est toi qui m'as mis dans un tel état !
- Moi ?! Mais je n'ai rien fait du tout… Je n'étais même pas réveillé !
- Bonjour Aleix ! Bonjour Vjeko ! »
Vjeko ferme les yeux, et le mouvement de ses lèvres ne laisse aucun doute sur les mots qu'il se retient de prononcer à voix haute. **Putain de merde !**
Aleix se retourne doucement, et offre son plus beau sourire à celui qui vient de les rejoindre.
« Bonjour Dimitri ! Tu as passé une bonne nuit ?
- Oui, merci. Et toi, Aleix ?
- Très bonne.
- Bonjour les gars !
- Ah, bonjour Hyoga ! Vous tombez à pic tous les deux, l'eau a justement fini de bouillir, précise le Catalan, en pointant du doigt la casserole.
- Parfait, alors petit déjeuner ! s'exclame le Verseau, sur un ton enjoué. Je sens que nous allons passer une très bonne journée ! »
« C'est plutôt mal barré… » murmure le Phoenix à l'oreille du Capricorne, avant de se lever, pour saluer à son tour ses deux camarades.
Au Sud-Ouest de Jalalabad
Ikki ne peut s'empêcher de crier. Il n'avait pas vu son disciple depuis un nombre conséquent de jours, et il a la nette impression que ce dernier s'est un peu trop reposé sur ses lauriers pendant son absence…
« Alors, Acri ! Tu vas te réveiller oui ou non ? Lance donc une attaque digne de ce nom, et fais un peu trembler ces satanés cailloux ! »
L'adolescent ne répond pas, et se contente d'obéir. Il serre les poings, ferme les yeux, et amplifie son cosmos. Il le brûle, il l'enflamme. L'air autour de lui commence à se réchauffer, comme à l'approche d'un immense brasier, et une aura multicolore apparaît tout autour de lui. Il écarte les bras, et rouvre les yeux.
« Explosion … Galactique ! »
Un souffle d'une violence inouïe se dégage de ses mains lorsqu'il les referme l'une contre l'autre devant lui. Le sol tremble, le ciel s'obscurcit, les secondes se figent.
Le chevalier du Lion a juste le temps de se protéger avec ses bras, avant de disparaître sous un épais nuage de terre et de poussière. La plupart des rochers qui les entourent explosent sous le choc, les buissons sont en feu, et l'arbre sur leur gauche… Eh bien, il n'y en a plus...
Puis le silence. Un silence absolu.
Le nuage se dissipe peu à peu, et Ikki réapparaît au milieu, un genou à terre, et une main posée à plat sur le sol. Il se redresse aussitôt, et se frotte les bras pour éliminer toute trace de poussière. Il retient presque avec difficulté l'arrivée d'une toux incontrôlée, et observe l'ampleur des dégâts autour de lui.
« Eh bien voilà ! Il suffisait de demander… Beau travail Acri ! »
L'intéressé ne répond pas, encore à bout de souffle.
A cet instant, Shaina et Marine arrivent vers eux en courant.
« Non, mais ça va pas ! Qu'est-ce que vous avez fabriqué ?! » s'écrie l'Ophiuchus, en constatant la dévastation du lieu où une dizaine de rochers et de buissons se trouvaient encore il y a tout juste quelques minutes. Sans parler de cet arbre, dont il ne reste… pas grand-chose…
« Rien de particulier. Simple entraînement. La routine habituelle…
- La routine habituelle ? Tu te moques de nous ?! Non mais enfin, Ikki, vous auriez pu vous faire tuer avec une explosion pareille !
- Tu t'inquiètes pour rien, Shaina ! Acri savait exactement ce qu'il faisait ! N'est-ce pas, Acri ? »
Pas de réponse. Le jeune apprenti regarde devant lui, sans prononcer un mot, puis sur les côtés, et en arrière, comme s'il était à la recherche de quelqu'un.
« Eh oh ! Acri ! Arrête de faire l'idiot, et réponds à Shaina pour la rassurer. »
Le futur Gémeaux semble enfin reprendre ses esprits, et s'adresse à la femme chevalier sur un ton sûr de lui.
« Oui, Shaina, il n'y a aucun problème. Tout est sous contrôle.
- Vraiment, tu trouves ?
- Oui, absolument.
- Tu vois. Tout est sous contrôle, comme vient de le souligner mon cher disciple... D'ailleurs, je crois que nous avons mérité une pause. N'est-ce pas Acri ?
- Oui, certainement.
- Alors, va donc nous chercher un peu d'eau, s'il te plaît.
- Oui, tout de suite. »
L'Ophiuchus s'approche de son amant, et pose une main sur son bras.
« Vraiment Ikki, tu crois sérieusement que tout était sous son contrôle ?
- Bon, pas tout à fait… Je te l'accorde… Mais il n'en était pas loin ! Et bientôt, il sera capable de maîtriser toute sa puissance.
- Si tu le dis… »
« Par Athéna ! Mais que s'est-il passé ici ?!
- Ah ! L'arachnide… Déjà revenu de ta patrouille ? s'étonne l'ancien Phoenix.
- Disons que je l'ai un peu écourtée lorsque j'ai senti cette explosion de cosmos. Qu'est-ce que vous avez fichu ?!
- Oh, tu vas pas t'y mettre toi aussi ! Routine habituelle. Entraînement de Gémeaux. Fin de la discussion.
- OK… Je vois que mon chaton est de bonne humeur aujourd'hui… Ça promet…
- Jabu, appelle-moi encore comme ça une seule fois, et je t'explose ta carapace de Scorpion, ton aiguillon, et tout ce qui va avec !
- Eh, vous n'avez pas un peu fini tous les deux ?! s'impatiente le chevalier de l'Aigle, qui était pourtant restée silencieuse jusque-là.
- Ne t'inquiète pas, Marine… Routine habituelle. Dispute de Lion contre Scorpion. Fin de la discussion. N'est-ce pas Ikki ?
- Tout à fait, Jabu ! Pour une fois, je suis bien d'accord avec toi !... Bon, allons nous rafraîchir au refuge. Mon élève a rendu l'air irrespirable par ici… Acri ! Attends-nous là-bas, on arrive ! ».
Shaina jette un regard mi-affligé, mi-résigné à sa camarade, tandis qu'elles partent à la suite de leurs deux compagnons dorés.
« Tu crois qu'ils sont comme ça tous les jours quand ils sont tous les deux ?
- Oui, je le pense.
- Eh bien, finalement, c'est heureux que personne n'ait à les supporter… Je ne donnerais pas cher de sa peau…
- Effectivement… Se retrouver coincé entre l'Aiguille du Scorpion et les Crocs du Lion n'est certainement une position enviable pour personne… »
Shaina sourit à la répartie de son amie, et poursuit lentement jusqu'au refuge, où elle sait qu'elle va justement pouvoir le retrouver, son Lion préféré. En espérant qu'il ne la morde pas… Pourtant, elle sait qu'elle le mériterait… Assurément, et sans le moindre doute.
...^...
Acrisios écoute les discussions des adultes autour de lui. Il les écoute, mais ne les comprend pas, car il n'y prête aucune attention. Il pense à tout autre chose…
Il pense à lui. Il est certain de l'avoir vu tout à l'heure. Il ne peut avoir aucun doute. Il l'a vu quand il a lancé son attaque. Il l'a vu apparaître devant lui, en reproduisant ses gestes à l'identique, comme s'il était face à un miroir. Mais il sait qu'il n'était pas devant son propre reflet, puisque, lorsqu'il a refermé ses mains pour déclencher son explosion, il l'a vu sourire. D'un sourire magnifique. Un sourire qu'il n'avait plus eu le bonheur de voir depuis plus de six ans. Le sourire de son frère.
Sanctuaire, Grèce
Kiki entend un bruit. Un tout petit bruit. Quelque chose qui tape dans sa tête. Encore et encore.
« Par Athéna ! Tu vas pas arrêter de cogner contre ma vitre ! »
Il s'empare de son oreiller, et le balance contre la fenêtre pour faire fuir l'opportun. Et un cui-cui colérique lui fait comprendre que le petit animal vient enfin d'abandonner la partie.
Le jeune Bélier se tourne sur le ventre, et enfouit son visage contre le matelas. Il a vraiment besoin de dormir ce matin… Son terrible mal de crâne de la veille ne l'a toujours pas quitté, malgré la longue nuit qu'il vient de passer. Mais à vrai dire, son sommeil n'a pas été de tout repos. C'est le moins que l'on puisse dire…
Il a fait cauchemars sur cauchemars. Des rêves étranges et confus –certes, comme la plupart des rêves – mais tout de même différents, inhabituels. Et toujours le même lieu. Le même paysage. La plaine grise et vide de Yomotsu.
Décidément, il détestait déjà la maison du Cancer avant, mais alors maintenant, il n'est pas près d'y remettre les pieds… A moins d'y être contraint et forcé. Non, maintenant qu'il a vu de ses propres yeux, et perçu à travers son propre cosmos, ce qui se trouvait juste en dessous, il ne veut plus en entendre parler. Comment un temple du Zodiaque, dans le Sanctuaire Sacré d'Athéna, peut-il posséder une connexion avec un lieu abject comme celui-ci ? Cette simple pensée lui donne des frissons…
Il revoit les colonnes de cadavres marcher par centaines autour d'eux, sans émettre le moindre son, le moindre bruit. Et ce silence, insupportable… Il ne supporte pas le silence !
Et tout ce gris, à perte de vue. Il a horreur du gris ! C'est une couleur tellement laide.
Et puis ce froid… qu'il peut encore sentir contre sa peau. Le contact de cette poussière sur sa joue. Cette poussière nauséabonde et glaciale…
Sur sa joue ?...
Par tous les Dieux, comment peut-il se souvenir du contact de la poussière du sol de Yomotsu sur sa joue ?
Il se retourne sur le dos, et ouvre grand les yeux. Il se pince l'arête du nez avec les doigts de sa main gauche, et réfléchit. Il doit se concentrer. Se concentrer, pour se souvenir…
Il plisse son nez, fronce ses points de vie, et se remémore un à un chacun des moments qu'il a passés dans cette maudite plaine. Leur arrivée tous les trois. Lui, en train de poser la caisse de l'armure du Cancer sur le sol. Shun qui les salue en partant pour le Puits des Morts. Jie-hu qui s'installe sur la caisse de l'armure. Son armure. Jie-Ju qui lui pose tout un tas de questions. Lui qui s'écarte un peu pour essayer d'apercevoir son ami au loin. Puis… Rien. Le néant. Aucun souvenir. Jusqu'à ce fichu mal de tête, et Jie-Hu pointant Shun du doigt à son retour.
Se concentrer… Pour se souvenir…
Lui qui s'écarte un peu pour essayer d'apercevoir Shun au loin… Et… la chute. Oui. Une chute brutale sur le sol. Cette fois-ci, il le tient, son souvenir ! Une chute, et la poussière de Yomotsu sur sa joue ! Quelqu'un ou quelque chose la fait tomber à ce moment-là. Il en a maintenant l'absolue certitude.
Par contre après ça, rien… Le noir, total. Sans la moindre fenêtre pour laisser échapper une pensée, une sensation, un sentiment. Le vide à l'état pur.
La chose ou l'être qui l'a rendu inconscient s'est arrangé pour effacer la moindre trace de cet état dans son esprit. Un comble pour un chevalier du Bélier... D'habitude, c'est lui qui s'invite dans le cerveau des autres, et pas le contraire !
Mais il sait qu'il tient une piste. Jie-Hu doit forcément avoir vu quelque chose. Il ne lui reste plus qu'à le questionner… Et il devrait donc bientôt connaître l'origine de son satané mal de tête !
Soudain, un sentiment de profonde inquiétude, voire de panique véritable, s'insinue au fond de lui. Combien de temps est-il resté inconscient ? Et surtout… qu'est-ce que son petit protégé a bien pu faire pendant tout ce temps ?
Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan
Shiryu incline la tête en signe de remerciement à l'adresse de celle qui vient de lui servir une nouvelle tasse de thé. Un thé bien chaud, et qui plus est délicieux. Toujours le même depuis sa première visite ici, il y a plus d'un mois. Il est assis en tailleur, comme toujours, sur un grand tapis aux motifs bruns et dorés. Son hôte se tient juste en face de lui, avec devant elle, le plateau sur lequel repose la théière.
Il est venu passer l'après-midi au village avec Hikari. Ce dernier descend ici presque tous les jours, pour rendre visite à son petit protégé. Et aujourd'hui, Shiryu lui a bien entendu demandé de l'accompagner. Car il avait envie de revoir la mère du petit garçon. Celle à qui il avait tendu son corps encore inconscient le jour de l'attentat contre le Commandant Massoud, et dont il n'avait depuis jamais pu oublier les yeux...
Seiya n'a pas voulu les accompagner, et a même semblé absolument ravi de pouvoir aller patrouiller tout seul. Seul avec sa mauvaise humeur, d'une constance absolue depuis son réveil.
Dans un coin de la pièce, le jeune Pégase s'applique à faire rire les enfants autour de lui. Il leur fait des grimaces, imite des bruits d'animaux, et aussi – le chevalier de la Balance n'a aucun mal à le voir – il l'imite lui. Et il semblerait que ce soit justement cette imitation-là qui ait le plus de succès auprès de ses petits spectateurs…
« Mon fils l'aime beaucoup, vous savez.
- Oui, je peux le constater.
- Il me parle de lui tous les jours. Il me dit qu'il veut devenir un chevalier comme lui.
- Oh, je ne pense pas que cela soit un sort très enviable…
- Pas moins enviable que le nôtre, Shiryu. »
L'ancien Dragon ne peut retenir un frisson en écoutant la jeune femme prononcer son nom, avec cette pointe d'accent si particulière. Si charmante… Ils ont dû se reprendre de nombreuses fois, l'un comme l'autre, pour réussir à dire leurs prénoms respectifs à peu près correctement. Mais malgré plusieurs séances d'entraînement, ils n'y parviennent toujours pas vraiment, ni l'un, ni l'autre. La barrière de la langue… que même leur échange en anglais ne permet pas de dépasser entièrement.
« Nooria, quel âge a votre fils déjà ?
- Attiq ? Il a sept ans. Enfin, il les aura début décembre. »
Ah, un petit Sagittaire… Comme Hikari, ne peut-il s'empêcher de remarquer.
« Et vous, quel âge a votre fils ?
- Onze ans. Jie-Hu a onze ans. Il les a eus en juillet.
- Vous devez être très fier de lui, s'il suit les mêmes enseignements que vous. »
Shiryu sent son cœur se serrer. Bien sûr qu'il l'est, quoi que son fils puisse penser...
« Oui, je le suis. Infiniment. »
Il porte sa tasse à ses lèvres, et boit une gorgée de thé.
Des éclats de rire sur sa droite lui font tourner la tête, et il croise le regard d'Hikari qui lui renvoie une mine enjouée.
« Je crois que je vais pouvoir me recycler dans les spectacles pour enfants ! Je ferais un malheur ! Surtout avec mon imitation de toi, Shiryu… Je suis désolé de t'annoncer que c'est cette partie-là qu'ils préfèrent !
- Ecoute, tant mieux. Le moindre petit bonheur est toujours bon à prendre ! Crois-en mon expérience ! »
« Que venez-vous de dire ? interroge la jeune Afghane.
- Pardon, Hikari n'a pas toujours le réflexe de parler en anglais… Je lui disais que le moindre petit bonheur était toujours bon à prendre.
- C'est une sage prescription.
- Je le crois en effet. »
Hikari se lève, et vient à nouveau interrompre leur discussion, en s'exprimant en anglais, cette fois-ci.
« Nooria, me permettez-vous d'aller jouer dehors avec les enfants ? Ils veulent que je leur montre quelques acrobaties…
- Bien entendu. Mais ne vous laissez pas faire. Si vous les écoutez, vous finirez avec le cou brisé…
- Ne vous inquiétez pas, j'en ai vu d'autre… »
La jeune femme sourit en regardant la petite troupe sortir en courant.
« On dirait que la petite Lina(1) s'est bien habituée à vivre à vos côtés ?
- Oui, nous essayons de lui apporter tout ce dont elle a besoin. Mais nous ne pourrons malheureusement jamais remplacer la famille qu'elle a perdue… Et comment va le jeune homme qui l'avait emmenée jusqu'ici avec vous ?
- Aleix ? Il va très bien.
- Vous aviez l'air très proches tous les deux.
- Oui, effectivement. Il a été mon premier élève, et je suis aussi très fier de lui.
- Alors, il semblerait que vous soyez un Grand Maître, Shiryu !
- Un maître, peut-être. Mais un Grand Maître, je ne sais pas… Enfin, tant que vous ne m'appelez pas Vieux Maître, cela me convient assez … » ne peut-il s'empêcher d'ajouter, en riant.
Un instant de silence. Un regard échangé.
« Vous avez un très joli sourire, Shiryu, même si vous ne le montrez pas souvent…
- Merci. »
Il porte une nouvelle fois son thé à sa bouche, et constate qu'il n'en a plus. La jeune femme se penche alors vers lui, pour lui prendre la tasse des mains afin de la remplir à nouveau, et leurs doigts se frôlent. Ils se regardent dans les yeux, et sans savoir lequel de l'un ou de l'autre initie en premier un mouvement, leurs lèvres s'effleurent. Juste quelques secondes. Mais des secondes d'une infinie douceur.
Ils se séparent, et se sourient encore un long moment avant d'échanger un mot.
« Merci, Shiryu. Merci de m'avoir offert votre sourire l'espace d'un instant. »
Et le chevalier de la Balance se plaît à penser que, finalement, il pourrait peut-être envisager l'infime possibilité de pouvoir à nouveau avoir un jour droit à quelques petites minutes de bonheur.
Sanctuaire
June regarde par la fenêtre de son appartement. Il fait assez gris aujourd'hui, et les nuages semblent se bousculer les uns derrière les autres dans une course à l'issue incertaine. Il ne devrait pas tarder à pleuvoir.
Elle pose une main à plat contre la vitre, et sourit au contact de cette surface froide et lisse. Elle sourit, car elle ne peut s'empêcher de penser à ce qu'elle a fait hier, à ce qu'ils ont fait tous les trois. Justement contre une fenêtre tout à fait similaire, dans une pièce située juste un peu plus loin dans le Palais. Elle se tourne, bascule la tête en arrière contre la vitre, et fixe le plafond. Par tous les Dieux, ce qu'elle a pu ressentir à ce moment-là ! Elle a cru mourir. Et elle aurait pu mourir, sans le moindre doute. Elle n'avait jamais joui comme ça. Jamais aussi fort, et jamais autant de fois. Mais au-delà du plaisir, immense, incomparable, et finalement indescriptible, auquel elle a eu la chance de se livrer, c'est un autre sentiment qui la rend profondément heureuse aujourd'hui. Celui d'avoir enfin été aimée par l'homme qu'elle aime plus que tout, depuis toujours. Le chevalier d'Andromède.
Et ce bonheur est encore décuplé par l'amour, différent mais bien réel, qu'elle sait aussi éprouver pour l'autre homme qui fait maintenant partie de sa vie. De leur vie à tous les deux, à Shun et à elle.
Elle est consciente de vivre quelque chose de particulier, d'étrange, et probablement, de moralement discutable. Mais elle s'en moque. Car elle connaît la sincérité des sentiments qu'ils éprouvent les uns pour les autres. Oui, elle sait qu'ils s'aiment, qu'ils s'aiment tous les trois. Et elle a envie de croire que c'est très bien comme ça.
...^...
Sorrento se laisse bercer par l'eau tiède qui coule sur son dos, et par le bruit des gouttes qui tombent à ses pieds. Il aime tellement le contact de l'eau, le bruit de l'eau, la structure de l'eau. Transparente, pure, capable d'adopter la forme et la couleur de ce qui l'entoure, de ce qui lui plaît. Il coupe le robinet, et reste un instant la tête baissée dans la douche. Ses cheveux, desquels s'écoulent de fins filets d'eau, recouvrent une partie de son visage, et il apprécie le voile de douceur que cette sensation lui procure. Il relève la tête, plaque ses cheveux en arrière, et sourit en regardant le plafond.
Par l'Empereur des Mers et des Océans, à quel point il peut être heureux aujourd'hui ! Il n'arrive pas à croire que lui, le Général protecteur du Pilier de l'Atlantique Sud, puisse toucher du doigt un tel bonheur. D'ailleurs, il ne peut pas croire qu'un tel bonheur puisse exister. Surtout pour lui. Il ne pensait ni y avoir droit, ni le mériter.
Et pourtant, il sait ce qu'il a vécu hier, ce qu'ils ont partagé tous les trois. Il se souvient de chaque minute, de chaque caresse, de chaque baiser. De chaque souffle, de chaque murmure, de chaque cri. Il se souvient de ses yeux, de leurs yeux, emplis de désir, pour lui, pour elle, pour eux. Il avait souvent imaginé cet instant, il l'avait rêvé de nombreuses nuits. Mais même dans ses songes les plus fous, il n'était jamais allé jusque-là…
Il sort de la douche, saisit une serviette, et la noue autour de sa taille. Il jette un coup d'œil rapide à son reflet dans le miroir, et se dirige dans la chambre. Il s'allonge sur le lit, encore trempé, et écarte les bras. Il pourrait mourir aujourd'hui. Il pourrait fermer les paupières pour ne jamais plus les ouvrir. Il pourrait jouer son dernier morceau, effleurer sa flûte pour la dernière fois, et écouter les notes de sa vie disparaître dans le silence de la mort. Il pourrait tout cela, car il sait qu'il a obtenu ce qu'il désirait le plus. Et rien d'autre ne semble plus avoir d'importance.
...^...
Shun marche au milieu des roses, en les caressant du bout des doigts. Il zigzague parmi les fleurs, sans vraiment les regarder, et sans cesser de sourire. Il sait qu'il doit se ressaisir, arrêter de rêver, de penser à elle, à lui, à eux. A ce qu'ils ont fait. Au désir qu'il a éprouvé, pour elle, pour lui. Au plaisir qu'il a pris, et au plaisir qu'il a donné. A elle. A lui. Mais il n'y parvient pas. Pas tout de suite…
Car il peut encore sentir leurs doigts caresser sa peau, leurs lèvres effleurer les siennes, leurs jambes s'enrouler autour de ses hanches. Il peut encore entendre le bruit de leurs corps, le son de leurs gestes, la musique de leurs caresses. Il peut encore admirer leurs sourires et se perdre dans leurs yeux. Il peut encore s'abandonner dans leurs bras, et se laisser bercer par leurs murmures. Et surtout, il peut encore sentir leur amour, profond et réel. Son amour pour elle. Son amour pour lui. Leur amour pour lui. Leur amour pour elle.
Et il ne regrette rien. Malgré tout ce qu'il croyait savoir, et tout ce qu'il pensait devoir, il n'a aucun regret. Il n'a que des souvenirs, exquis et divins, qu'il ne voudra jamais oublier.
Pourtant, il sait qu'il doit les mettre de côté, au moins pour le moment. Parce que d'autres souvenirs se bousculent dans sa tête, et cherchent à reprendre leur place dans l'ordre de ses priorités.
La plaine de Yomotsu, le rire d'Hadès, la souffrance de Seiya.
C'est à cela qu'il doit penser. A cela et à rien d'autre. En tout cas pour l'instant.
Kaboul
Vjeko attend, assis sur un rocher, les jambes croisées l'une sur l'autre. Il regarde devant lui, et réfléchit. Il fait ça depuis plus d'une heure, et ne prête pas la moindre attention à ce qui se passe autour de lui. Il ne remarque donc pas le chevalier qui arrive doucement dans son dos.
« Alors, comme ça, ça peut t'arriver ? »
Le Phoenix reconnaît cette voix, qu'il adore par-dessus tout, surtout quand il peut l'entendre juste dans le creux de son oreille.
« Quoi donc ?
- De rester calme cinq minutes…
- Oui, en effet. Mais en général, ce n'est pas bon signe…
- Ah… Toi, tu penses encore à ce qui s'est passé ce matin !
- Évidemment ! Aleix, le mini Mister Freeze nous a vus ! C'est certain…
- Et alors ?
- Et alors ? Cela ne te dérange pas ?
- Si, bien sûr. Mais que pouvons-nous y faire ?
- Justement, cela fait plus d'heure que j'y pense, et je suis arrivé à la conclusion que nous devrions parler à Hyoga. Je suis persuadé qu'il pourrait comprendre, et cela nous simplifierait tellement la vie…
- Mais tu n'y penses pas !
- Si, au contraire. Écoute, moi, j'en ai marre de me cacher. On est au vingt-et-unième siècle, oui ou non ?
- Ce n'est pas une question d'époque, Vjeko. C'est une question de principe, de règle et de devoir.
- De quelle règle parles-tu ? Celle selon laquelle deux chevaliers d'Athéna n'auraient pas le droit de s'aimer ? Ah oui, effectivement, on peut dire que c'est une règle que tout le monde respecte encore aujourd'hui… C'est le moins que l'on puisse dire… Non, mais ouvre les yeux, Aleix ! Tu vois bien que tout le monde au Sanctuaire s'en tape de cette règle à la con !
- Oui… Pour ça tu n'as pas tort. Mais, et soit dit en passant, tu pourrais tout de même rester poli…
- Oh, ça va… Monsieur le disciple de Shiryu le moralisateur !
- Merci du compliment… Bon, je continue. Je disais, pour ça tu n'as pas tort, mais pour le reste, je n'en suis pas si sûr…
- De quel reste parles-tu ? Encore ta fichue lubie de croire que notre amour pourrait nous empêcher de nous plier à notre devoir ?
- Il y a de cela, en effet…
- C'est pas vrai ! Aleix, je croyais qu'on avait déjà réglé cette histoire… Putain… pardon, excuse-moi… maudite impolitesse… Purée, je croyais que nous étions d'accord de rester vigilants, et de toujours veiller à ce que nos sentiments n'interfèrent en rien sur notre fonction. Et j'ai personnellement l'impression que cela a plutôt bien fonctionné ces derniers jours.
- Oui, pour cela aussi, tu n'as pas tort. Je dois le reconnaître.
- Alors, dis-moi ce qui pourrait nous empêcher de parler à Hyoga ?
- Je ne sais pas…
- Tu as honte, c'est ça ? Tu as honte d'avouer ce que tu ressens pour moi !
- Ne sois pas ridicule !
- Alors, donne-moi un motif valable, s'il te plaît.
- Eh bien, je n'en vois aucun… Et finalement, tu as peut-être raison. Nous pourrions effectivement envisager la possibilité de parler au Verseau.
- Merci ! Pour une fois que tu te ranges derrière mon opinion !
- Tu exagères…
- Si peu…
- Peut-être… Mais avoue que tu aimes bien ça… » conclut le Catalan, en déposant un baiser sur l'épaule du Croate.
« Arrête un peu, Aleix, s'il te plaît ! Je suis toujours dans le même état que ce matin, et si tu continues comme ça, je ne garantis pas de pouvoir rester maître de moi-même…
- Il va pourtant falloir te contrôler encore un peu, car je sens le cosmos de Hyoga approcher.
- Ah, parfait ! On va donc pouvoir avoir cette fameuse conversation.
- Puisqu'il le faut… ».
...^...
Hyoga marche doucement, comme toujours, son disciple juste derrière lui. Encore quelques mètres et ils auront rejoint le refuge, devant lequel il peut sentir les cosmos de ses deux jeunes coéquipiers.
« Salut les gars !
- Salut Hyoga ! Votre entraînement s'est bien passé ?
- Oui, parfaitement.
- Tant mieux… »
Vjeko hésite encore un peu, puis s'avance dans la direction de son aîné.
« Est-ce qu'on pourrait te parler, s'il te plaît ?
- Bien entendu. Allez-y, je vous écoute.
- C'est-à-dire que nous voudrions échanger avec toi en privé.
- Ah… Entendu. Dimitri : est-ce que tu pourrais aller chercher du bois pour le feu, s'il te plaît ?
- Oui, Maître. »
Les trois chevaliers attendent que le jeune Russe se soit éloigné pour reprendre leur conversation.
« Alors, dites-moi ce qui vous préoccupe.
- Hyoga… Nous voudrions te mettre au courant de quelque chose. Quelque chose d'un peu particulier, je dois dire, mais qui est important pour nous. Pour Aleix, et moi… »
Le Phoenix prend une profonde inspiration, et poursuit d'une seule traite, sans la moindre hésitation.
« Voilà, Aleix et moi, on s'aime.
- Je sais.
- Attends, tu n'as pas l'air de comprendre… Je veux dire qu'on s'aime vraiment. Mentalement et physiquement.
- Oui, je sais.
- Quoi ?! Mais comment ?
- Eh bien, disons que j'ai l'œil pour ces choses-là…
- Et alors, cela ne te dérange pas ?
- Non, pas du tout. On est au vingt-et-unième siècle, je te rappelle.
- Ah, tu vois, Aleix ! C'est pas ce que je t'avais dit ?!
- Si. Absolument. Mais, tu es sûr Hyoga ?... Ce que Vjeko vient de te dire ne te met pas mal à l'aise ?
- Non, pas le moins du monde. Car je comprends ce que vous ressentez l'un pour l'autre. Et, disons que je suis habitué…
- Comment ça ? interroge le Phoenix, en levant un sourcil.
- Je crois qu'il y a une chose que vous devriez savoir, et que vous serez peut-être heureux d'apprendre.
- Laquelle ? questionne le Capricorne, curieux de comprendre où leur ami veut en venir.
- Vous n'êtes pas les premiers chevaliers à partager de tels sentiments.
- Oui, Hyoga, ça, nous sommes au courant… Nous ne sommes pas aveugles ! Ikki et Shaina, Jabu et Marine… Sans parler des autres…
- Non, Vjeko. Je parle de chevaliers au masculin.
- Ah… Mais qui ?
- Vous ne les avez pas connus. Ils sont morts lors de la dernière Guerre Sainte. Je parle de mon Maître, Camus, le chevalier d'Or du Verseau, et de Milo, le chevalier d'Or du Scorpion.
- Mais, comment peux-tu savoir une telle chose ? Ils t'en avaient parlé ?
- Non. Mais, je l'avais deviné… Au travers de regards échangés, de gestes inachevés, de paroles prononcées. Et ce que je peux vous dire, c'est que jamais ils n'ont laissé leurs sentiments interférer avec leurs missions et leur devoir. Tant et si bien que personne au Sanctuaire ne s'est jamais douté de rien. Je pense que je suis le seul à avoir pris conscience de cela, et je n'en avais jamais parlé à personne jusqu'à aujourd'hui.
- Alors, merci Hyoga. Merci d'avoir partagé cela avec nous. Car, et je pense qu'Aleix sera d'accord avec moi, ce que tu viens de nous dire nous réconforte dans le choix que nous avons fait. N'est-ce pas, Aleix ?
- Oui. Vjeko a raison, merci Hyoga. Infiniment. Tu ne peux pas imaginer à quel point je suis heureux de t'avoir entendu.
- Alors, tant mieux. Et, bien évidemment, ne vous inquiétez pas, je garderai tout ça pour moi. Les autres n'ont pas besoin d'être au courant.
- Oui, enfin pour l'instant » conclut le Phoenix, en souriant au Capricorne.
Au Sud-Ouest de Jalalabad
Shaina attend, et elle essaie de ne pas penser, de ne pas réfléchir. Elle doit faire le vide dans sa tête, sinon elle sait qu'elle n'y arrivera pas…
Jabu et Marine ont investi la petite ruine qui sert de refuge aux deux chevaliers d'Or, pour y faire ce qu'ils ont à faire… et Ikki termine sa troisième séance de la journée en tête à tête avec son élève. Il devrait être auprès d'elle d'une minute à l'autre, et elle ne doit penser qu'à lui. Et surtout pas à l'autre. Pourtant, c'est bien ce dernier qui occupe son esprit. Encore et malgré tout.
Car elle ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour Seiya. Même s'il lui a dit juste avant son départ que tout irait bien, qu'il comprenait ce qu'elle ressentait, et qu'il l'acceptait, elle sait qu'une partie de lui en est incapable. Et puis, elle sait aussi, elle l'a compris depuis la première nuit où il lui a demandé de venir dormir à ses côtés, juste après lui avoir fait l'amour pour la première fois, que finalement, c'est peut-être lui qui a le plus besoin d'elle. Pour combattre cette douleur qui le ronge, et repousser la colère qui l'obsède.
Mais en même temps, elle doit reconnaître qu'elle ne le comprend pas. Elle ne comprend pas ses sautes d'humeur permanentes, ses changements d'attitude. Le fait qu'il soit tantôt doux et presque attentionné avec elle, et tantôt distant et froid comme s'il ne se passait rien entre eux. Et elle ne comprend pas l'origine de cet éclat indéfinissable qu'elle peut parfois voir apparaître dans ses yeux. Il est évident que quelque chose de profond l'affecte, et elle ne peut ôter de son esprit l'idée selon laquelle cela a tout à voir avec son combat contre Hadès.
Elle en parlera à Shun dès son retour au Sanctuaire. Elle a pris sa décision. Et si elle en avait le courage, elle en parlerait à Ikki, aujourd'hui. Si elle pouvait trouver un moyen pour tout lui expliquer, sans avoir à trahir son secret...
Pourtant, en y pensant, elle aimerait tout lui dire, tout lui avouer, pour lui demander pardon. Mais elle sait qu'elle ne le peut pas. Elle craint trop sa réaction. Oh, pas tellement pour elle-même, elle se fiche bien du sort qu'il pourrait lui réserver, et de toute façon, elle mériterait tout ce à quoi il pourrait la soumettre. Mais surtout pour lui. Pour Seiya. Car même s'ils sont les meilleurs amis du monde, des frères d'armes, qui ont partagé tant de souffrances et tant de batailles, commis tant de sacrifices, versé tant de sang et de larmes, ensemble, quelle serait sa réaction s'il apprenait la vérité ? S'il savait que Seiya la touche presque toutes les nuits depuis une semaine, qu'il lui donne du plaisir, qu'il lui murmure qu'elle est magnifique, qu'il lui dit qu'il a besoin d'elle, qu'il ne peut plus se passer d'elle… Oui, comment réagirait Ikki s'il savait tout cela ?...
Par tous les Dieux, comment vont-ils pouvoir s'en sortir ?! Elle ne voit aucune issue à la situation inextricable dans laquelle elle s'est laissé entraîner. Mais d'ailleurs, elle n'a pas le droit de dire une telle chose. Car même si Seiya lui a certifié hier qu'elle n'était pas responsable de la trahison qu'ils sont en train de commettre, que tout était de sa faute à lui, elle a bien conscience que ce n'est pas le cas. Elle était là ce soir-là, contre le mur de la maison, et elle l'a laissé faire. Elle l'a laissé l'embrasser, la toucher, la faire crier, lui faire l'amour. Et quoi qu'elle puisse vouloir se forcer à croire, elle sait que ce moment a probablement été l'un des plus merveilleux de sa maudite vie.
Respirer… Essayer de ne pas penser à autre chose. De ne pas réfléchir. C'est la seule chose qu'elle doit faire. Et penser à lui…
A Ikki. Ikki. Ikki.
...^...
« C'est bon Acri, tu peux remballer tes Galaxies Explosées et tes Autres Dimensions, on a assez travaillé pour aujourd'hui ! J'ai eu ma dose, et je crois que toi aussi !
- Entendu, Ikki.
- Ah, ben voilà !... Tu en auras quand même mis du temps à arrêter de me taper sur les nerfs avec tes satanées politesses ! Comme quoi, tout finit par arriver… Et je t'en remercie !
- De rien, Maître !
- Non, mais, tu te fiches de moi ?!
- Pour être honnête ? Oui. Peut-être bien…
- Alors, tu es pardonné. Et fous le camp avant que je ne change d'avis ! Va voir un peu ce que Marine et Jabu fabriquent tous les deux depuis des heures ! Ils seront probablement ravis de te voir… »
Le Lion laisse échapper un sourire, comment dire… malsain, en pensant à la colère dans laquelle son cher arachnide va se mettre en voyant rappliquer son disciple… Bah… il faut bien se trouver des petits bonheurs partout où il peut y en avoir…
En parlant de bonheur, il sait qu'il y a quelqu'un qui l'attend tout près, depuis un certain temps. Et il serait donc temps, justement, qu'il aille la retrouver…
Sanctuaire
Kiki arrive devant les quartiers des apprentis. A cette heure-ci, ils doivent tout juste avoir terminé de déjeuner, il ne devrait donc avoir aucun mal à trouver celui qu'il recherche. Et il n'a qu'à se concentrer quelques secondes pour le localiser, juste à la sortie du réfectoire.
« Bonjour Jie-Hu !
- Ah, bonjour Kiki ! Ça va mieux ton mal de tête ?
- Pas vraiment… Mais merci de t'en inquiéter. Justement, à ce sujet, est-ce que je pourrais te parler quelques minutes, s'il te plaît ?
- Euh, oui… Mais pourquoi ?
- Je voudrais juste te demander quelque chose.
- D'accord, je t'écoute. »
Le jeune Bélier lui demande de le suivre d'un mouvement du bras, et ils s'éloignent tous les deux pour se mettre à l'abri des oreilles indiscrètes en dessous d'un gros chêne.
« Jie-Hu, je crois que tu me caches quelque chose au sujet de ce qui s'est passé hier, lorsque nous étions tous les deux à Yomotsu. »
Le petit Chinois fronce des sourcils, et baisse la tête, sans prononcer un mot.
« Jie-Hu… Tu as entendu ce que je viens de dire ?
- Oui…
- Et alors ?... »
L'apprenti du Cancer sait qu'il doit réfléchir, et il doit réfléchir vite. Il lui semble impossible que le Tibétain ait le moindre souvenir de ce qu'il lui a fait. Il est certain de l'efficacité de ce à quoi il l'a soumis, alors il doit forcément faire référence à autre chose... Quelque chose en rapport avec ce qui le préoccupe depuis hier… Son mal de tête ! A coup sûr ! Il décide donc de suivre cette piste, et il verra bien...
« C'est en rapport avec ton mal de tête ?
- Oui, il y a de ça, en effet. Qu'aurais-tu à me dire à ce sujet ?
- Alors, je n'ai pas voulu t'en parler hier pour ne pas t'inquiéter, car j'ai bien senti que tu n'étais pas tout à fait à ton aise à Yomotsu…
- C'est le moins que l'on puisse dire, en effet… Mais, vas-y, continue, je t'en prie…
- C'est-à-dire que, en fait…
- Oui ?... Jie-Hu, s'il te plaît ! commence à s'impatienter le jeune Bélier.
- Tu t'es évanoui.
- Ça, je l'avais compris. Mais, pourrais-tu préciser ? Que s'est-il passé exactement ?
- Eh bien, tu as commencé à perdre l'équilibre, en tournant un peu sur toi-même, et tu es tombé par terre. Comme ça, tout à coup. Alors, je suis descendu de la caisse de mon armure, enfin je veux dire de l'armure du Cancer, pour vérifier ce que tu avais, et tu t'es relevé avant que je n'aie pu te toucher. Je suis donc remonté m'asseoir à ma place, et c'est alors que tu t'es retourné vers moi, et que tu m'as demandé si j'avais d'autres questions. Je t'ai répondu que non, et après Shun est arrivé. Et c'est tout.
- C'est tout ?
- Oui, c'est tout.
- Jie-Hu, c'est vraiment tout ? insiste le Tibétain en fronçant ses points de vie.
- Oui, Kiki ! Puisque je te le dis !
- Alors, merci Jie-Hu. C'est tout ce que je voulais savoir. Tu peux rejoindre tes camarades. A plus tard.
- Entendu. Et j'espère que ton mal de tête finira par disparaître !
- Oui, je l'espère moi aussi… »
Kiki se sent finalement rassuré. A priori, il s'était inquiété pour rien. Il a entièrement confiance en ce que vient de lui raconter le fils de son ami, et celui-ci n'a rien mentionné de préoccupant. Son malaise est certainement à mettre sur le dos de l'atmosphère irrespirable régnant à Yomotsu, et à rien d'autre. Donc, il va pouvoir passer à autre chose. Et la première chose qu'il souhaite faire, c'est éradiquer ce fichu mal de tête !
...^...
Jie-Hu rejoint les arènes en fixant le mouvement régulier de ses pieds. Il sait qu'il vient de dire un énorme mensonge à son ami Kiki, et il s'en veut. Car celui-ci est l'une des rares personnes au Sanctuaire à faire attention à lui, et à se soucier de sa personne. Alors, il s'en veut de lui avoir menti. Mais il ne pouvait malheureusement pas faire autrement.
Impossible de lui dire la vérité. Impossible de lui dire qu'hier, il a suivi Shun jusqu'au Puits des Morts. Impossible de lui dire qu'il l'a vue apparaître devant lui, cette source d'Énergie incommensurable vers laquelle il se sent irrémédiablement attiré, et à laquelle, il en est à présent absolument convaincu, il appartient. Sans le moindre doute.
Au Sud-Ouest de Jalalabad
Ikki bascule sur le côté et se place au-dessus de Shaina, qui ne le quitte pas des yeux.
« Je ne te fais pas mal ?
- Non. Tu sais, j'ai un seuil très élevé de résistance à la douleur…
- Oui, ça, je l'avais remarqué… » précise-t-il, en lui caressant la poitrine.
Un sourire aimant. Un soupir bienveillant.
« Est-ce qu'il t'a fait souffrir ?
- Qui ça ?
- Seiya, quand il t'a transpercée avec sa flèche dans le temple de Poséidon. »
Un sourcil inquiet qui se lève. Un battement de cils.
« Pourquoi me demandes-tu une telle chose aujourd'hui ?
- Parce que j'ai toujours voulu savoir…
- Bien sûr que j'ai eu mal. Je t'ai dit que j'étais résistante à la douleur, pas que j'y étais totalement insensible.
- Et, tu as mis longtemps à cicatriser ?
- Oui, un certain temps, en effet... »
Il l'embrasse sur le bord des lèvres, et effleure sa joue de ses doigts.
« Tu as d'autres questions ?
- Non. Pas pour l'instant. »
Il dégage ses cheveux avec sa main droite, et l'embrasse dans le cou.
« J'ai envie de toi… Shaina… J'ai tellement envie de toi…
- Alors, je suis tout à toi… » murmure-t-elle, en fermant les yeux.
Il descend sa main gauche le long de son buste, et s'arrête sur ses hanches, qu'il caresse délicatement. Il relève ensuite légèrement son bassin pour faufiler ses doigts entre eux, et atteindre la zone sur laquelle il veut s'attarder. Il s'y attarde justement un instant, avant de déboutonner le dernier obstacle qui le sépare de ce qu'il veut, et de ce qu'il sait avoir mérité. Il l'effleure lentement, avec tendresse, puis enfonce doucement ses doigts, en se laissant bercer par les soupirs de la femme qu'il aime.
A quelques kilomètres de là, au même moment
Seiya court sans se poser de questions, guidé par sa rage et sa colère, et par sa voix. Sa voix qu'il n'a pas cessé d'entendre depuis la veille. Depuis qu'elle est partie, et qu'elle l'a laissé seul avec lui. Il n'a pas pris son armure. Il n'en a pas besoin. Pas pour ça. Alors il l'a cachée quelque part, là où il sait qu'il la retrouvera. Après.
Il arrive à proximité des grottes que l'homme de l'autre jour lui a indiquées. Il déploie légèrement son cosmos, et repère facilement la présence d'un groupe de soldats dans l'une des nombreuses cavités. Il s'avance vers eux, en silence, et commence à les observer, et à les écouter. Il ne les comprend pas, mais focalise son attention pour tenter de reconnaître les noms par lesquels ils s'appellent. Il est convaincu que celui qu'il recherche se trouve ici. L'homme qu'il a battu presque jusqu'à la mort l'autre jour le lui a dit. Et la voix lui a dit, elle aussi.
Et en effet, après quelques minutes, il entend son nom. Il est donc bien là. Juste là. A quelques mètres de lui. Il parle avec d'autres combattants. Des hommes certainement tous aussi lâches que lui. Celui qui a organisé l'attentat contre le Commandant Massoud. Celui qui a fourni la bombe qui a failli tuer son disciple. Celui à l'origine de la cicatrice qui barre désormais son visage. Cette cicatrice qui lui rappelle combien il a manqué à son devoir ce jour-là, en laissant Hikari seul à cet endroit maudit. Cette cicatrice qui nourrit chaque jour sa culpabilité, sa rage et sa colère.
Mais, il sait que tous ces sentiments auront bientôt disparu. Dans quelques minutes. Dès qu'il se sera occupé de lui. Il lui faut juste patienter encore un peu. Il a pu attendre jusque-là, il peut donc bien attendre quelques minutes de plus…
Il s'adosse contre la paroi rocheuse, croise les bras sur sa poitrine, et ferme les yeux. Il doit aussi étouffer son cosmos, pour ne pas éveiller de soupçons. Ikki, Jabu, Marine et Shaina ne sont probablement pas loin, peut-être à seulement une dizaine de kilomètres, et il ne voudrait pas qu'ils ressentent sa présence. Il ne pourrait pas leur expliquer, et ils ne pourraient pas comprendre. Même Shaina ne comprendrait pas…
Enfin des bruits de pas, des éclats de voix. Les hommes semblent se séparer, et celui qui l'intéresse quitte la grotte en compagnie de l'un de ses compagnons. Mauvais choix… Il aurait mieux fait de le laisser seul…
Les deux combattants descendent le sentier qui longe la paroi, pour regagner le chemin principal. Celui qui les aurait reconduits chez eux, dans d'autres circonstances… Il les suit, et continue d'attendre le bon moment. Il sait qu'il doit se montrer patient.
Ils arrivent à un lacet, surplombé d'un énorme bloc de pierre, les masquant en partie à la vue du reste de la montagne. C'est un endroit qui conviendra parfaitement pour ce qu'il a à faire.
Il prend appui contre le sol avec sa main, et bondit en avant, pour atterrir devant eux. Les deux hommes lui jettent alors un regard stupéfait, et s'adressent à lui dans leur langue, dont il ne comprend bien évidemment pas le moindre mot.
« C'est pas vrai ! Ça va pas recommencer ?! Combien de fois devrai-je leur dire que je ne comprends rien à ce qu'ils racontent ! » s'exclame le Sagittaire pour lui-même.
« Bonsoir Messieurs ! Vous parlez anglais ? »
Un peu de politesse ne peut pas faire de mal, s'amuse-t-il à penser …
« Oui » répond celui qui l'intéresse. L'autre reste muet, ce qui est aussi bien …
« Parfait, ce sera plus simple. Je me présente, Seiya, Chevalier d'Or du Sagittaire.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Et qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'as rien à faire ici !
- Ne t'inquiète pas, je ne suis pas Américain.
- Ça, j'aurais pu le deviner…
- Quelle perspicacité !…
- Mais comment as-tu trouvé cet endroit ?
- Ah, ça… J'ai des sources que je ne peux pas trahir…
- Peu importe. Nous allons nous débarrasser de toi ! »
L'homme souffle des ordres à son compagnon, et celui-ci repart en courant dans la direction de la grotte. Seiya bondit devant lui, et lui barre le chemin.
« Non, pas si vite ! Je suis désolé pour toi, mon gars… Je n'avais rien contre toi, mais il est hors de question que tu attires qui que ce soit par ici… Car j'ai besoin de quelques minutes de tranquillité avec ton ami… Alors, mes sincères excuses, mais je vais devoir t'assommer. Ne t'inquiète pas, tu ne sentiras rien ».
L'homme ouvre des yeux paniqués, qu'il referme aussitôt, avant de s'écrouler sur le sol.
L'autre homme, resté en arrière, recule encore de quelques pas.
« Bon, à nous deux maintenant…
- Mais, qui es-tu ?… Et que me veux-tu ? parvient-il à articuler, la peur commençant à brouiller le son de sa voix.
- Je te l'ai déjà dit. Seiya du Sagittaire !
- Je ne comprends rien !
- Oh, mais je te rassure, je vais t'expliquer, et je peux te jurer que tu vas tout comprendre … »
Seiya avance vers lui, et le saisit par le col de sa tunique.
« L'attentat contre le Commandant Massoud… c'est bien toi qui en es responsable ?
- Oui, et j'en éprouve une fierté infinie ! Ce chien n'a eu que ce qu'il méritait !
- Et tu t'y connais, en chien… n'est-ce pas ? Mais, je m'égare, et j'aimerais aller droit au but, si tu me le permets… Donc, je suis désolé de t'apprendre que je n'ai personnellement pas du tout apprécié ce qui s'est passé ce jour-là…
- Et alors ? Qu'est-ce que tu veux que cela me foute ?
- Ah, tu deviens impoli… Toi qui avais l'air si bien élevé… C'est dommage… Bon, reprenons… Oui, je n'ai pas du tout apprécié, car ce jour-là, à cause de toi, mon cher disciple a presque perdu la vie, et a été gravement blessé, et même, j'ai la douleur de le reconnaître, défiguré…
- Ton disciple ? Mais qu'est-ce que tu es, toi ? Une sorte de gourou ?
- Non, pas du tout… Mais peu importe ce que je suis. Ce qui compte, c'est que tu saches qui je suis. Et tu sais pourquoi ?
- Non…
- Parce que je veux que tu saches qui va te prendre la vie… »
Et les yeux de l'homme que Seiya tient entre ses mains se referment, tandis qu'il commence à hurler. Mais bientôt ses cris se taisent, étouffés contre le rocher sur lequel le Sagittaire vient de lui fracasser le crâne.
Au Sud-Ouest de Jalalabad
Ils tentent de reprendre leur souffle. Des gouttes de sueur perlent sur leur dos, des frissons parcourent leur échine, leurs cœurs manquent quelques battements. Ils se regardent, front contre front. Ils se sourient, lèvres contre lèvres.
« Est-ce que tu sais combien je t'aime ?
- Oui.
- En es-tu certaine ?
- Oui, je le suis. »
Ikki l'embrasse encore une fois, et s'allonge à côté d'elle.
« Alors, pourquoi je sens que quelque chose ne va pas ? »
Shaina se tait. Elle se mord les lèvres pour ne pas hurler. Ne penser qu'à lui… et à rien d'autre…
« Et toi, est-ce que tu sais combien je t'aime ?
- Ne change pas de sujet, s'il te plaît… »
Toujours le silence.
« Shaina, dis-moi ce qui ne va pas. »
Elle pourrait tout lui dire. Elle le voudrait… Elle se sentirait tellement mieux après…
« C'est Seiya, c'est ça ? »
Oui ! Comment as-tu deviné ? Il me fait l'amour, tu sais… Il me couvre de baisers, me caresse, et me donne du plaisir, un plaisir infini. Et je l'aime, autant que je t'aime toi. Je l'ai toujours aimé, et… il en sera ainsi pour l'éternité.
« Oui, c'est Seiya.
- Et ?...
- Et… il y a qu'il m'inquiète, bien entendu…
- Alors, il ne va pas mieux ?
- Ça dépend. Parfois il est exactement comme avant, comme celui qu'il a toujours été, et parfois il est différent. Tellement différent… Mais je fais tout pour lui venir en aide, comme tu me l'as demandé… »
Ikki, si tu savais à quel point…
« Alors, pourquoi l'as-tu laissé seul ?
- Comment ça, pourquoi ?
- Eh bien oui, pourquoi es-tu venue ici avec Marine, en le laissant là-bas tout seul ?
- Mais il n'est pas seul ! Shiryu et Hikari sont avec lui ! Et si Shiryu n'avait pas été là, je ne serais jamais venue, crois-moi…
- Ne t'inquiète pas… je te taquine, c'est tout… Je sais que tu fais tout ce que tu peux pour lui. »
Ikki, si tu pouvais savoir…
« Alors, arrête un peu, s'il te plaît ! Je n'aime pas ça…
- Oh, mais tu es bien susceptible aujourd'hui !
- Aujourd'hui seulement ? Alors, c'est que tu ne me connais pas aussi bien que tu sembles croire…
- Si je te connais, mais je ne te comprends pas… Enfin, pas tout à fait, et je n'y parviendrai probablement jamais. Mais c'est certainement l'une des choses que je préfère chez toi…
- Vraiment ?
- Oui, ça, et puis… ça aussi »
Il effleure ses lèvres d'un baiser…
« Et aussi ça… ».
Il l'embrasse dans le cou…
« Et puis ça… ».
Il caresse sa poitrine…
« Ah, et j'oubliais… ça aussi ! »
Il lui pince les fesses.
« Aïe ! Ikki ! »
L'Ophiuchus proteste, le Lion se délecte...
Soudain, un éclat assombrit ses yeux.
« Par Athéna, ça recommence !
- Qu'y a-t-il ? Qu'est-ce qui recommence ?
- Concentre-toi, Shaina ! Tu le sentiras toi aussi !
- Quoi donc ?
- Ce cosmos ! D'une noirceur absolue ! »
La jeune femme ferme les yeux, et comprend aussitôt ce que son amant veut dire. Elle perçoit la présence d'une énergie d'une puissance inouïe, tout près. Un cosmos sombre et froid, et surtout, un cosmos chargé de colère et de douleur. Une colère et une douleur qu'elle reconnaît presque aussitôt. La rage de Seiya. La souffrance du Sagittaire… Par tous les Dieux, Seiya est ici ! C'est de lui qu'elle ressent la présence. Elle ne peut avoir aucun doute…
« Alors, tu le sens ?
- Oui…
- Shaina, je sais de qui il s'agit… »
Ikki… as-tu compris ?
« … Je ne peux avoir aucun doute… »
Ah… toi aussi ?
« … Car j'ai déjà rencontré ce cosmos, j'ai déjà perçu sa puissance, j'ai déjà subi son courroux, et je l'ai déjà combattu…. Aux Enfers ! Shaina, je suis sûr de moi, il s'agit du cosmos d'Hadès ! J'en suis certain. »
Le cosmos de Seiya… Le cosmos d'Hadès…
Shaina sent son cœur se briser, son âme se déchirer, car elle commence à comprendre ce qui, petit à petit, lui semble évident… Et elle a peur, comme elle n'a jamais eu peur auparavant. Jamais …
Sud des montagnes de l'Hindou Kouch, une heure plus tard
Seiya avance lentement à travers ces montagnes qu'il commence à bien connaître. Il ne pense à rien. Ou plutôt, il ne pense qu'à lui. A l'homme qu'il vient de tuer de ses mains.
A ses yeux, terrifiés, qui, l'espace d'un instant, l'ont supplié de l'épargner. A ses cris, qui, pendant quelques secondes, lui ont fait croire qu'il était encore vivant. Au bruit des os de son visage, quand ils se sont brisés sur la roche, en le tuant sur le coup. A la couleur de son sang qui s'est répandu partout, sur ses doigts, sur son front, sur son torse, sur ses bras. Et à son visage, déformé, méconnaissable, quand il l'a balancé sur le sol, et qu'il l'a abandonné là-bas, comme un chien.
Oui, Seiya ne pense à rien d'autre. Et tandis qu'il marche, il regarde ses mains, encore recouvertes de sang.
Il sait très bien ce qu'il vient de faire, et il ne regrette rien. Il sait qu'il le devrait, sans le moindre doute, mais ce n'est pas le cas. Et il sait aussi très bien pourquoi.
Et maintenant, il n'entend plus rien. Plus rien à part ce murmure. Plus rien à part cette voix, toujours la même, qui résonne encore et encore dans sa tête. Et surtout maintenant, à cet instant, tandis qu'il marche sans ressentir la moindre culpabilité pour le crime qu'il vient de commettre. Une sentence qu'il n'a exécutée qu'au nom d'une seule chose : la vengeance.
« Alors, je ne t'avais pas dit que tu te sentirais mieux après ? Et surtout, je ne t'avais pas dit que tu aimerais ça ? Et tu vois ! Tu ne peux pas le nier, Seiya …, tu vois que tu as aimé ça ! Infiniment… Je le sais, et tu le sais également, comme je te l'avais dit ! Alors maintenant, abandonne-toi à moi ! Et tu verras que, comme je te l'ai promis, tout sera beaucoup plus facile après ! Absolument tout ! »
Oui, Seiya n'entend plus rien à part cette voix. La voix d'Hadès.
Et peut-être, aussi, une autre toute petite voix, cachée au fond de son esprit. Une voix magnifique, douce, et apaisante, qui tente de le ramener vers la réalité … Une voix qu'il voudrait pouvoir écouter, mais qui ne parle pas assez fort...
La voix de Shaina.
A suivre…
Merci de m'avoir lue…
Note de fin : J'espère que vous n'avez pas eu trop de mal avec la violence de ce dernier passage. Mais il me semblait important de décrire l'acte commis par Seiya, pour bien retranscrire l'état dans lequel il se trouvait à ce moment-là… Bon je n'en dis pas plus, et j'espère pouvoir vous retrouver bientôt pour la suite de mon histoire...
Et surtout, portez-vous bien ! Nous vivons des moments difficiles, mais ils seront bientôt derrière nous ! Courage à tous…
(1) Pour rappel, il s'agit de la petite fille qu'Aleix et Vjeko ont secourue dans le village près de Kaboul au chapitre 17.
