Thème 22 : Larmes
Canon.
Henriette était morte. Certes Philippe n'avait jamais été amoureux d'elle, mais il la connaissait depuis toujours. Ils avaient grandi ensemble, elle avait toujours fait partie de sa vie. Elle lui avait donné des enfants car ils avaient fait leurs devoirs d'époux. Alors même si Philippe n'avait jamais eu de sentiments romantiques envers elle, il avait toujours eu une certaine affection pour elle. Il était navré qu'une jeune femme aussi gentille et douce qu'elle avait été lâchement empoisonnée. Elle avait perdu un enfant à cause de ce poison, personne n'aurait su dire si elle portait l'enfant de Louis ou de Philippe mais le principe restait triste. Elle était si jeune, elle ne méritait pas de mourir ainsi. De plus ils avaient pu voir la douleur sur son visage, la peur et la tristesse. Elle les avait suppliés pour leur sauver la vie. Philippe avait eu si mal de la voir ainsi, elle n'avait vraiment pas mérité de finir ainsi. Le brun était fou de rage, il commença à faire des reproches à son frère, rejetant la faute sur lui. Après ça il retourna dans sa chambre, les yeux brouillés par des larmes de colère. Philippe cria à sa domestique d'empaqueter ses affaires, il quittait Versailles, que son frère le veuille ou non. Le chevalier arriva et le regarda :
-Je suis désolé, j'imagine à quel point ça doit être dur. Vous vous connaissiez depuis si longtemps. Elle n'était pas une mauvaise fille, elle n'a rien fait justifiant cela.
Le blond s'approcha de son amant et le prit dans ses bras. Celui-ci serra les dents mais enfouit son visage dans le cou de son amant :
-Je veux que la personne qui lui a fait ça paye ! Henriette n'avait qu'un tort dans la vie : être folle amoureuse de Louis et espérer en vain qu'il laisserait ses autres maîtresses pour elle. L'espoir lui faisait du mal car elle savait pertinemment que c'était en vain, mais elle était vraiment une bonne personne.
-Je sais oui, sache que cette situation m'attriste aussi. Nous n'étions pas en accord, mais je n'aurais jamais souhaité qu'il lui arrive du mal.
-Je sais.
Philippe continuait de pleurer de rage, mais il savait aussi qu'il y avait un fond de tristesse. Il releva la tête et plongea son regard dans celui du chevalier. Celui-ci caressa la joue de son amant :
-Tu as raison, laisse couler tes larmes. Elles sont justifiées, cette pauvre jeune femme mérite ton chagrin. Elle mérite le chagrin de tout le monde car comme toi elle n'a pas pu choisir sa vie. Elle a dû tout supporter en sachant qu'elle ne pourrait rien changer. C'était une brave jeune femme.
Ils restèrent l'un contre l'autre, Philippe continuant de pleurer. Au bout d'un moment il finit par s'endormir, épuisé par toutes les larmes qu'il avait versé. Le chevalier le borda amoureusement et resta assis à ses côtés, veillant à ce que son sommeil se passe paisiblement. Le chevalier avait lui aussi versé bien des larmes au long de sa vie, il savait à quel point cela pouvait soulager. Garder la tristesse en soi était aussi mauvais qu'ingurgiter un poison. Il soupira et constata que lui aussi avait quelques larmes qui coulaient de ses yeux. Jamais il n'avait souhaité le pire à Henriette, il admirait la ténacité et le courage dont elle avait fait preuve. Elle avait aimé le roi et s'était donnée à lui, elle avait sacrifié sa vie, se pliant à ses moindres caprices car elle voulait le rendre heureux. La blonde était restée fidèle et serviable envers Louis même lorsqu'elle avait été mise de côté car la Montespan était devenue la favorite. Le chevalier essuya ses quelques larmes d'un revers de main et fit une prière silencieuse. Un tel gâchis lui soulevait le cœur, et la personne qui avait osé empoisonner une personne aussi pure qu'Henriette méritait de brûler en enfer et de souffrir mille morts. Le blond tourna la tête vers son amant et constata que même pendant son sommeil, Philippe pleurait. Le chevalier soupira, il fallait que le deuil se fasse, il serait patient et soutiendrait son amant du mieux qu'il le pourrait.
Fin.
