Chapitre 23.
Quelques jours passèrent et durant ce temps, Elenor pu se remettre de ses blessures, les onguents et les potions que la guérisseuse du palais lui administrer la faisant guérir bien plus rapidement que la normale. En à peine quelques jours, la jeune femme ne ressentait presque plus aucune douleur, ses plaies s'étaient refermées. Il ne restait plus que ses côtes, encore fragiles et un peu douloureuses. Mais néanmoins, Elenor n'avait plus besoin d'aide pour s'habiller, se coiffer et prendre son bain.
Effaçant un pli qui avait prit place sur sa robe, la jeune femme se regarda dans le miroir. Elle n'avait plus été aussi bien habillée depuis longtemps. On lui avait préparé une robe blanche aux manches fendues sur toute la longueur, lui donnant des airs de fée. Le tissu de la robe était comme de l'eau sur son corps et un peu plus, Elenor aurait pu se croire complètement nue. Prenant une broche sur la coiffeuse, la noiraude ramena en arrière deux mèches de ses cheveux pour dégager son visage puis elle fit courir ses doigts sur la surface d'un coffre en bois.
Avec le trac et une boule à l'estomac, Elenor l'ouvrit. Posé sur un coussin en velours d'un rouge écarlate, un fin diadème en argent et sertie de petits diamants en forme d'étoile n'attendait que le moment où elle allait le mettre sur son front, comme son arrière-grand-mère et sa grand-mère avant elle. Le porter à son tour lui donner l'impression de ne pas le mériter. Elle n'avait pas l'allure d'une princesse, ni d'une future dirigeante...
Trois coups contre la porte de sa chambre la firent sursauter.
« - Elenor ? Tu es encore là ?
- Oui, tu peux entrer Taeral. »
Son cousin ouvrit la porte avant de la refermer dans son dos. Lui aussi était bien vêtu, d'une tenue d'un gris sombre avec des broderies dorées sur les manches et le col de sa tunique. Pour l'annonce du retour de la princesse, ils se devaient tous d'être bien habillé. Même si Elenor aurait bien voulu être en pantalon, elle aussi.
« - Vous êtes bien belle, princesse, fit le plus grand avec un sourire narquois.
- Oh, je t'en pris, ne m'appelle pas comme ça, pas toi.
- Tu n'as toujours pas mis le diadème ? s'enquit Taeral en posant ses yeux sur le bijou. »
Prenant la boîte dans ses mains, Elenor ne répondit pas. Il n'y avait aucune raison pour qu'elle ait peur ainsi. Ce n'était qu'un bijou. Bon, certes, il montrait clairement qu'elle était la princesse de Thserion. Désormais destinée à régner sur la cité et les elfes de Jahiel, alors qu'elle avait été élevée comme une éleveuse de chevaux. Sans s'en rendre compte, tellement elle était perdue dans ses pensées, la noiraude crispa les doigts autour de la boîte jusqu'à s'en faire blanchir les jointures.
Les mains de Taeral qui se posèrent sur les siennes firent sursauter la jeune femme qui releva les yeux vers son cousin. Ce dernier avait perdu son éternel sourire narquois qui le rendait parfois détestable et il la regardait avec sérieux. Il lui prit la boîte contenant le diadème et le posa sur la coiffeuse avant de rapporter son attention sur elle.
« - Elenor, veux-tu bien arrêter de douter ?
- Comment veux-tu que j'arrête ? rétorqua la concernée en se détournant, croisant les bras sur sa poitrine. Ce n'est pas moi qui devrais être héritière du trône ! Je ne suis pas préparée à ça !
- Mais c'est ton devoir désormais. Les elfes de Thserion t'aiment déjà alors qu'ils ne t'ont pas vu depuis plus de dix-neufs ans ! Alors que tu es à moitié humaine ! s'exclama Taeral.
- Et ce n'est pas normal ! C'est toi qu'ils devraient aimer ! Tu as toujours vécu ici, tu connais tout le monde ! C'est à cause de moi si nous nous sommes quitté en aussi mauvais termes quand mes parents et moi sommes définitivement partis...
- Rien n'est de ta faute, Elenor... soupira le plus vieux en la forçant à le regarder à nouveau. J'avais sept ans et je croyais dur comme fer que mon père détenait toutes les vérités du monde ! Nous nous sommes disputés, car je pensais que le fait de signer un contrat de mariage entre nous deux était normal ! Tu as refusé du haut de tes cinq ans, tout comme tes parents l'ont fait, car vous étiez plus sensé que mon père et moi ! »
L'évocation de ce souvenir fit frissonner Elenor qui n'avait rien oublié de cela. Son oncle, qui à l'époque était roi de Thserion, avait voulu forcer son père et sa mère à signer un contrat de mariage qui l'aurait unis à son cousin. Pour purifier le sang de leur famille, avait dit son oncle. Âgé de sept ans à ce moment-là, Taeral avait été d'accord avec son père et ils s'étaient disputés alors qu'ils s'entendaient si bien.
Les larmes montèrent aux yeux d'Elenor et elle se jeta dans les bras de son cousin pour le serrer contre elle. Heureuse qu'il reconnaisse que les idées de son défunt père n'étaient pas saines. Pendant toutes ces années, elle s'en était toujours voulu de s'être énervée ainsi contre son cousin qui était tout aussi jeune qu'elle lorsque cela s'était passé.
Taeral serra la plus petite contre lui en souriant, lui aussi heureux de retrouver sa cousine, espérant retrouver également la complicité qu'ils partageaient lorsqu'ils étaient enfants. Finalement, l'elfe le plus âgé la repoussa doucement avant de prendre le diadème entre ses doigts. Elenor le regarda faire alors qu'il posait avec délicatesse le bijou sur son front, la couleur argent jurant avec ses cheveux ébènes.
« - Voilà, la plus belle elfe que Thserion n'est jamais connu depuis des centaines d'années... commenta Taeral. J'en connais un qui ne pourra pas rester longtemps de marbre face à toi...
- Taeral ! s'écria Elenor en devenant aussi rouge qu'une pivoine. »
La salle de réception de Thserion était absolument fabuleuse et remplie d'elfes habitants la Vallée. Aujourd'hui, tout le monde était rassemblé ici pour fêter le retour d'Elenor. Il n'y avait pas de gardes, les statuts sociaux n'existaient plus pour cette journée.
Quand Elenor arriva dans la salle, aux côtés de son cousin avec qui elle riait en se remémorant des souvenirs d'enfance, un grand silence s'installa. Les joues de la noiraude rosirent, peu habituée à être le centre de toute l'attention et cela fut presque dix fois pire lorsque son père vint à ses côtés. Il l'embrassa sur le front, comme il l'aurait fait lorsqu'elle était enfant, avant de remercier Taeral d'un signe de la tête et de prendre Elenor par le bras.
Lysanthir emmena sa fille près de son trône, permettant à tous de voir clairement la jeune femme qui ne s'était pas montrée en public depuis son réveil. À cet instant, Elenor pu, de son côté, voir l'étendu de la population se trouvant à Thserion. Avec le génocide que les humains avaient tentés de faire, les elfes avaient réellement failli disparaître. Et voir qu'en deux siècles, la Vallée était de nouveau autant habitée fit chaud au cœur de la noiraude qui ne pu restreindre le sourire qui étira ses lèvres.
« - Mère-Nature nous a été clémente ! s'exclama le roi des elfes avec joie. Elle nous a ramené, en vie, ma fille qui a longtemps vécue cachée dans le monde des hommes ! Vous ne l'aviez plus vu depuis son enfance, mais la voilà aujourd'hui, très chers habitants de Thserion, voici Elenor Yrneha Naevys Valnyar !
- Longue vie à notre princesse ! »
D'une même voix, dans un même mouvement synchronisé à la perfection, les habitants de Thserion, de tous les âges, s'agenouillèrent pour présenter leur respect à Elenor qui écarquilla les yeux alors qu'elle voyait également son cousin, Moira et Vesryn s'inclinaient. Le cœur battant à cent à l'heure, la noiraude serra dans ses mains celles de son père, avant de lui adresser un sourire et de s'éloigner pour descendre les marches menant au reste de la salle.
S'approchant de la première personne venue, une elfe visiblement âgée, aux cheveux tirant lentement, mais sûrement vers le gris caractéristique de la vieillesse, même chez eux, Elenor se baissa pour lui prendre les bras et l'aider à se relever. Surprise, cette vieille elfe qu'elle n'avait jamais vu lui offrit un sourire perplexe.
« - Relevez-vous, pendant longtemps, j'ai vécu parmi les hommes et voir une personne s'agenouiller aussi longtemps n'est pas dans mon habitude. Relevez-vous, habitants de Thserion ! »
Surpris, les hommes et les femmes soient disant immortels se relevèrent lentement, observant Elenor comme s'ils la voyaient pour la première fois, comme s'ils ne s'attendaient pas à ce qu'elle possède le même caractère que son père et de sa grand-mère avant elle. D'un seul coup, la salle du trône fut remplie de centaine d'applaudissements tonitruants qui firent siffler les oreilles de la jeune femme aux cheveux noirs.
« - Et maintenant, que les festivités commencent ! annonça Lysanthir en descendant aux côtés de sa fille. »
