Chapitre 24.
Quand Carlisle retourna dans ses appartements, il avait le souffle court et son cerveau tournait à cent à l'heure. Il ne parvenait pas à croire ce que Winfrey Hédrol avait révélé dans la salle du trône. Elenor, l'éleveuse de chevaux de Fendrel, une elfe et une louve géante ? C'était totalement impensable !
Il était assez bien renseigné pour savoir que les elfes avaient disparus depuis longtemps malgré le fait que son père soit persuadé qu'ils étaient toujours en vie. Mais l'état dans lequel le célèbre chasseur se trouvait... Aucun animal n'aurait pu faire cela, en dehors d'un ours, et encore, pour Winfrey, s'opposer à un ours était comme prendre le thé. Sans pouvoir s'en empêcher, Carlisle se passa les doigts dans les cheveux, un tic qu'il avait lorsqu'il se retrouvait rongé par l'inquiétude.
Pourtant, ce n'était pas pour lui qu'il était inquiet, au contraire. Il était inquiet pour cette jeune femme dont il ne connaissait rien, mais qui lui avait paru si méfiante et passionnée par son métier. Se figeant au beau milieu de sa chambre, le jeune prince réalisa quelque chose. Si Elenor avait semblé tant sur ses gardes lors de leur rencontre, c'était à cause de ce qu'elle cachait, sa nature de louve et d'elfe. Mais dans tous les cas, la noiraude n'était pas dangereuse. Tout du moins, lors de leur rencontre, elle ne l'avait pas paru.
Elle ne pouvait pas l'être. Elle lui avait sauvé la vie.
« - Prince, votre père vous fait demander dans son bureau, fit un garde de l'autre côté de la porte de la chambre.
- J'arrive... »
Lorsqu'il sortit, le jeune homme salua poliment le garde avant de se rendre au bureau de son père. Ce dernier était proche des appartements du roi et Carlisle n'eut pas beaucoup de chemin à faire pour si rendre. En à peine quelques minutes, le châtain se retrouva devant la porte de la pièce dans laquelle le roi rédigeait des lettres officielles. Prenant une petite inspiration, il toqua à la porte.
Le roi Ulfric Médian était de haute stature et doré d'un physique qui aurait pu être celui d'un bûcheron du grand nord de Jahiel. Ses cheveux aussi auburn et sa mâchoire carrée aurait presque pu le faire ressembler au jeune prince. Mais leur ressemblance s'arrêter là
« - Vous m'avez fait demander, père, fit Carlisle en s'arrêtant devant le bureau.
- Oui, prends place, je dois m'entretenir avec toi à propos de ton interdiction de quitter le palais. »
Le jeune homme acquiesça, s'installant sur le petit fauteuil qui se trouvait près du bureau. Le protocole interdisant que quelqu'un soit assis en même temps que le roi, en dehors des membres de la famille royale, faisait que dans le bureau ou la salle du trône, il y avait peu de siège et Carlisle se retrouva donc assis sur un fauteuil peu confortable.
« - Avec les nouvelles que nous a rapporter ce bon vieux Winfrey, ta sécurité est enfin assurée et tu pourras à nouveau te déplacer comme bon te semble, à condition d'être sous escorte, bien entendu.
C'est une bonne nouvelle et j'en suis heureux, père, n'en douter point. Cependant, la louve géante m'a sauvé la vie, pourquoi la prendre en chasse ? s'enquit Carlisle, dans l'espoir de recevoir une réponse.
Car c'est une créature contre nature. Un être capable de prendre l'apparence d'une bête ne devrait pas exister en ce monde. Et c'est une elfe, ce peuple a toujours été un véritable danger à cause de leur utilisation de la magie.
Mais, Elenor Valnyar m'a sauvé...
Carlisle ! tonna le roi avec agacement. Ce sujet est clos. Elenor Valnyar sera retrouvée et emprisonnée pour être jugée et pendue ! Tu peux retourner à tes occupations. »
Se relevant, le jeune homme aux cheveux auburn s'inclina respectueusement devant son père avant de sortir de la pièce.
Dans le couloir, il serra les poings et pinça les lèvres, dégoûté d'apprendre le sort réservé à l'éleveuse de chevaux.
Pour se détendre et se changer les idées, Carlisle entrepris de se rendre aux terrains d'entraînement du palais, là, il prit l'une des nombreuses épées mises à disposition pour les séances d'entraînements.
Depuis qu'il était enfant, le jeune homme avait toujours bénéficié de cours d'escrimes pour apprendre le maniement des armes. Bon combattant, il s'exerçait régulièrement toutes les semaines pour ne pas perdre la main. Et il le faisait d'autant plus depuis qu'on avait essayé d'attenter à sa vie.
Soupesant plusieurs épées, Carlisle porta finalement son choix sur deux longues épées. Il allait se mettre en garde devant un mannequin de paille lorsque du coin de l'œil, il vit arriver un groupe de gardes dans lequel se trouver Ydrel. En apercevant son garde et ami, Carlisle eu un grand sourire et lui fit signe de le rejoindre.
« - Je vois que vous êtes en forme, votre Altesse, dit l'homme en prenant lui aussi une épée.
Que dirais-tu d'un petit duel ? Cela fait un moment...
En effet et il serait bien mal venu de refuser cet honneur. »
Les deux hommes s'échangèrent un sourire complice avant de se mettre tout deux en gardes. Les gardes qui étaient arrivés en même temps qu'Ydrel se disposèrent autour des limites du terrain, curieux, comme à chaque fois que cela arrivé, de voir un combat amical entre leur prince et l'un des meilleurs guerriers de Sélior.
Ce fut d'ailleurs Ydrel qui engagea le combat en premier, portant un coup sur la jambe droite du prince qui esquiva en faisant un pas en arrière pour ensuite revenir à la charge, cherchant à toucher son ami à l'épaule. Les deux adversaires commencèrent à s'échanger des coups de plus en plus rapides et de plus en plus puissants.
Bientôt, les spectateurs eurent du mal à suivre des yeux le combat, le prince et Ydrel dansant presque sur la terre battue qui constituait le sol du terrain d'entraînement.
Soudainement, Carlisle para l'épée de son garde et tenta de lui asséner de son autre lame un coup dans le flan, mais voyant le coup venir, Ydrel stoppa la main du prince en lui attrapant le poignet. D'une habile torsion de la main, le garde obligea Carlisle à lâcher son arme, qui tomba à terre dans un bruit sourd.
« - Bien joué, ce n'est pas pour rien que tu es mon garde, complimenta le jeune homme, essoufflé.
Et je compte continuer à vous servir pendant de nombreuses années, répondit Ydrel. »
Relâchant le poignet du jeune homme, le garde ramassa l'épée tombée au sol pour la redonner au prince qui le remercia d'un signe de la tête. Ydrel se tourna vers les gardes qui continuaient de les observer et roulant des yeux, il leur fit signe de reprendre leurs activités.
« - Ydrel... Pourras-tu m'accompagner en balade demain ?
Le roi a enfin levé l'interdiction ? s'enquit Ydrel.
Oui, alors ?
Je serais là, votre Altesse. »
