Are you death or paradise?
Now you'll never see me cry
There's just no time to die
billie eilish, no time to die
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Vendredi, 3 août 2005
Hermione jeta un énième coup d'œil à la grande horloge. Les aiguilles pointaient sévèrement des chiffres romains et indiquaient qu'il ne restait plus que cinq minutes à cet enfer. Elle avait l'impression que les murs jaunes banane du bureau de la psychomage étaient en train de se refermer sur elle.
Un peu comme la scène du compacteur dans Star Wars. Elle avait vu son père regarder des millions de fois cette série de films sans y prêter attention. Tout d'un coup, ça lui revenait en tête comme un boomerang.
La jeune femme soupira. Pour la trente-sixième fois – sans exagération. Ses ongles pianotaient d'impatience contre le bras de la chaise sur laquelle elle était inconfortablement assise. Pour la dixième fois, Hermione croisa, de nouveau ses jambes, et se gratta nerveusement le coin de l'œil, avant de se rappeler qu'elle avait appliqué du mascara, le matin-même. La brune se mordilla la lèvre, se demandant distraitement si son geste avait laissé une trace noire sur sa peau, puis abandonna son questionnement et tourna la tête vers la grande fenêtre qui surplombait le bureau. Pour la cinquième fois, la médicomage s'engagea dans l'exercice mathématique de compte le nombre de fenêtres du gratte-ciel, un hôtel, probablement, qui bloquait la vue du reste du paysage urbain moldu de Londres.
Elle savait très bien que d'où elle se situait, elle pouvait compter exactement vingt-deux centimètres que selon ses hypothèses, elle était à peu près certaine qu'il devait y avoir, au moins, deux cent fenêtres qui ornaient l'hôtel. En revanche, il était bien plus aisé de tenir ce silence obstiné dans lequel elle s'était cloîtrée depuis le début de la séance que de seulement attendre que le temps file. Depuis les habituelles salutations et les banalités échangées du type avez-vous eu de la difficulté à trouver mon bureau?, Hermione n'avait rien dit.
La jeune femme osait à peine regarder la psychomage devant elle, sachant très bien que cette dernière devait être assise sur sa propre chaise, les jambes croisées, un cahier de notes posé sur ses cuisses et la scrutait avec ce sourire chaleureux et compatissant qui insupportait, déjà, Hermione. Cette femme, qui devait avoir le même qu'elle, devait être en train d'essayer de deviner ce qui se tramait dans les pensées de sa patiente. Et, la brune se sentait comme un rat de laboratoire où chacun des gestes qu'elle pouvait posé serait entièrement analysé pour, ensuite, être recracher dans un diagnostic qui la ferait, à coups sûrs, soupirer.
Ou, peut-être, que le dossier ouvert sur le bureau de la psychomage en disait, déjà, assez long sur elle pour que la professionnelle ne se sente pas obliger de se conformer à un tel exercice.
La jeune femme eu un petit hoquet et ramena ses mains contre ses cuisses. Elle refusait de donner des réponses sur l'ouragan – jusqu'à présent contrôlé – d'émotions qui faisait rage dans sa tête à cette inconnue.
La médicomage Schmidt, qui avait été en charge de son dossier, lui avait mentionné, lors de sa dernière consultation, qu'elle ne lui donnerait pas une autorisation pour un retour éventuel au travail sans qu'Hermione ne consulte un psychomage. Elle avait martelé que même si la jeune femme ne gardait aucune séquelle physique, il était très probable que des séquelles psychologiques subsistent. Et, bien que la Gryffondor ne soit pas emballée par l'idée de se confier à un inconnu, elle avait acceptée.
Elle n'avait pas le choix, de toute façon.
Hermione avait clairement mentionné sa seule et unique condition : que ce ne soit pas quelqu'un qui travaille à Ste-Mangouste. La jeune femme refusait toujours de mettre un pied dans le centre hospitalier magique depuis deux semaines. Tous les spécialistes qu'elle devait rencontrer s'était déplacé pour ses consultations. En plus de ne pas sentir la force d'affronter l'hôpital depuis ce qui s'était passé, elle tenait, également, à sa confidentialité. La jeune femme n'avait aucune envie de se sentir regardée comme une bête de foire par un collègue. C'était compréhensible, après tout.
« Bon. » commença la psychomage, interrompant le silence dans lequel elles étaient plongées. « Ça conclu notre première séance. »
La tête d'Hermione se tourna vers elle pour l'observer franchement pour la première fois depuis qu'elle s'était enfoncée dans ce mutisme.
Priyanka Ehrensvärd. Pendant une partie des minutes qui s'étaient égrenées, la jeune femme s'était questionnée sur les origines de la psychomage. Au vu de son nom de famille, elle aurait parié sur les pays de l'Europe de l'Est. Par contre, son prénom ainsi que la couleur de la peau – davantage foncée –, ses cheveux sombres et ses yeux, couleur hazel, donnait l'impression d'une ascendance indienne.
« Quand seriez-vous disponible pour que l'on se rencontre une deuxième fois, Miss Granger? »
Que-quoi?
Répété cette catastrophe? Hermione préférait que ça soit sans elle. Elle toussota afin d'endiguer l'air étonné qui se peignait sur son visage.
« Je ne crois pas qu'une prochaine fois soit nécessaire. » contra finalement la médicomage. « Je n'ai rien dis et, puis... Je n'ai rien à dire. »
Mademoiselle Ehrensvärd eut un sourire en coin, tout en se levant pour se diriger vers l'arrière de son bureau en bois massif. Elle consulta son agenda devant elle, en tournant les pages.
Hermione Granger n'était pas la première personne qui passait dans son bureau et qui s'enfermait dans un silence complet. Les premières séances étaient confrontantes et beaucoup de ses patients se taisaient, croyant qu'ils n'avaient aucun problème. Particulièrement, ceux qui n'avaient pas vraiment le choix d'être là.
Comme Hermione Granger.
« J'ai vu ce matin, dans la Gazette, que c'est les funérailles de Molly Weasley et de Lavande Brown, aujourd'hui. » releva la psychomage. Puis, elle releva la tête vers la Gryffondor. « Ce n'était peut-être pas la bonne journée pour un premier rendez-vous. Je vous propose un deuxième, et nous verrons. D'accord? »
Ce n'était pas un secret pour la communauté magique britannique qu'Hermione Granger était proche des Weasley. Et, à la simple mention de ces deux noms, la jeune femme resserra la prise de sa main sur son poignet, ses ongles s'imprimant dans sa peau. Elle roula légèrement des yeux et acquiesça, signant sa défaite.
« Pourquoi pas dans une semaine, jour pour jour, à la même heure? » demanda Priyanka, toujours avec ce sourire chaleureux.
« Oui. Oui. D'accord. »
La brune se releva, s'étira légèrement.
« Parfait. Vous recevrez un hibou pour confirmer le rendez-vous, jeudi prochain. » informa la psychomage, en finissant d'inscrire le rendez-vous dans son agenda. « Oh, et Miss Granger. » Elle releva la tête et l'observa, ses sourcils parfaitement épilés et dessinés se fronçant, son sourire avait disparu. « Je voulais vous donner mes condoléances. J'aurais probablement dû commencer par cela, d'ailleurs. »
Pour la première fois depuis cinquante minutes, Hermione constata qu'hors de son rôle de psychomage, cette femme semblait être sensible et humaine, sans ce faux-air compatissant imprimé sur son visage.
« Merci. » répondit simplement la médicomage, la gorge légèrement serrée.
Puis, sans attendre, elle passa la porte et transplana immédiatement.
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La jeune femme réapparut quelques pâtés de maison non loin du quartier de la maison de Ron, dans une ruelle, à l'abri des regards moldus.
Elle s'appuya sur la paroi du mur de briques, quelques secondes et ferma les yeux. Hermione avait besoin d'une pause. Elle se sentait capitulée, prisonnière dans cette réalité distorsionée depuis deux semaines, depuis les attaques de Ste-Mangouste et du Chemin de Traverse. Sa vie partait dans les sens, sans que la jeune femme soit capable de reprendre le contrôle.
La médicomage avait emménagée temporairement – enfin, sans poser officiellement de délai – dans la maison de son meilleur ami afin de veiller sur lui et sa fille. De toute évidence, comme lui avait fait remarquer la médicomage chargée de son dossier, il était plus sécuritaire qu'elle habite avec quelqu'un durant la stabilisation de son état de santé. Depuis une semaine, ses soins avaient pu, enfin, cessés et elle avait retrouvé l'usage complet de tout son corps, malgré qu'un suivi serré en gynécologie s'impose.
Deux jours après l'emménagement d'Hermione, Harry et Teddy avaient rappliqués, sans préavis, avec un sac sur l'épaule contenant plusieurs vêtements et effets personnels. Le Survivant n'avait pas voulu en parler de long en large, mais il avait seulement mentionné une violente dispute avec Drago qui s'étaient terminée sur une – énième – dispute. Si celles-ci rythmaient leur relation de couple, le sous-chef des aurors avaient été incapable de décolorer et se confinait dans un mutisme sur les raisons qui expliquaient cette nouvelle rupture.
La cohabitation des trois amis et des deux enfants n'était pas tellement difficile.
Ron restait, la plupart du temps, cloîtré dans sa chambre ou errait dans la maison en pyjama. Il ne dormait pas beaucoup au vu des grandes cernes violettes qui ornaient son visage, ne s'alimentaient que lorsqu'Hermione l'y obligeait et buvait beaucoup d'alcool. Bref, le rouquin était une loque humaine. Harry, quant à lui, faisait comme si tout allait bien et, le soir, il explosait souvent de colère ou de peine, incapable d'accumuler quoi que ce soit d'autre. Et, Hermione... Hermione, elle, elle était le garde-fou de ses deux amis, cumulaient les tâches ménagères de la maison afin que celle-ci ne se transforme pas en dépotoir et s'occupait des enfants.
Elle ne s'en plaignait pas : ça l'aidait à tenir à distance les cauchemars qu'elle faisait la nuit et l'ouragan, en elle, qui menaçait d'imploser à chaque moment. Et, malgré les protestations de ses parents, qui l'avaient enjoint à ce qu'elle revienne chez eux, Hermione n'avait pas changé d'idée. Et, il n'était pas question qu'elle retourne dans son appartement. Trop vide. Trop surchargé en matière de souvenirs. Par chance, Harry l'avait accompagné, à chaque fois, quand elle avait dû aller chercher des vêtements.
La jeune femme poussa un autre soupir, tentant de trouver le courage d'affronter cette journée qui s'annonçait terriblement ardue. Elle aurait préféré affrontez cent fois un basilic, des détraqueurs ou, même une horde de mangemorts, plutôt que de se tenir assise sur une chaise et assister aux funérailles de celle qu'elle avait considéré comme sa deuxième mère et la femme de son meilleur ami qui était morte sous ses yeux.
Hermione se mit en marche, resserrant ses bras contre sa poitrine. Il ne faisait pas particulièrement chaud pour une journée du début de mois d'août. Le temps semblait se couvrir : un peu comme son humeur. Comme s'il était impossible que le soleil rayonne dans une journée qui s'annonçait aussi triste.
Ses sandales claquaient contre le trottoir. Elle ne tentait même pas de se fabriquer un sourire pour servir à tous les passants qu'elle rencontrait, contrairement à l'habitude. Hermione allait devoir le faire tout l'après-midi : autant conserver des forces. La jeune femme prenait de grandes respirations afin de tenter de profiter de ce moment de solitude avant que le bousculement de la journée mette fin à la maigre sensation de contrôle qu'elle avait, en ce moment. Au bout d'une quinzaine de minutes, la brune était arrivée devant la maison.
Même la devanture de celle-ci paraissait morte depuis le décès de Lavande. Les plantes qu'elle prenait tant soin flétrissaient, les lutins de jardins qui décoraient les plates-bandes avaient été renversés – probablement qu'ils avaient reçus un coup de pied de la part de Ron, lorsqu'il était saoul –, les mauvaises herbes menaçaient d'envahir l'allée principale, les rideaux étaient sans cesse tirés et le courrier s'empilait dans la petite boîte postale.
C'était un décor plutôt triste. Pourtant, la jeune femme ne fit aucun geste pour remettre debout un lutin ou s'emparer d'une enveloppe : c'était au-dessus de ses forces. Elle ne comprenait décidément pas comment Ron pouvait habité cette demeure sans sa femme.
C'était un mystère.
Elle s'attarda peu sur son observation de l'ensemble et marcha d'un pas précipité vers la porte qu'elle ouvrit. Sans grande surprise, seul le bruit de la télévision résonnait dans la maison. La médicomage déposa son sac à main sur l'une des marches de l'escalier et jeta un coup d'œil à la cuisine. Les bouteilles vides s'accumulaient sur l'îlot de cuisine, et une odeur ambiante de renfermé et d'alcool régnaient dans la pièce. Sans hésiter, elle alla ouvrir les rideaux de la fenêtre, qui était au-dessus de l'évier de cuisine, et l'ouvrit afin de laisser filtrer l'air. Elle s'empara d'une boîte en carton vide, qu'elle avait gardé et y déposa toutes les bouteilles et épongea les derniers résidus qui traînaient sur le comptoir. Un peu plus satisfaite, Hermione passa au salon. Ted était appuyé sur un coussin du sofa, alors que Céleste était assise sur le sol et faisait des dessins sur une feuille. La jeune femme s'approcha et planta un baiser sur le sommet de la tête de chacun en leur disant un bon matin.
« Vous n'êtes pas prêts? » leur demanda-t-elle, en arquant un sourcil, tâchant d'avoir un air sérieux.
« Suis pas capable de mett' ma 'obe, toute seule. » dit Céleste en reposant ses feutres et l'observant comme si c'était l'évidence, même. « Mais j'ai fait un dessin pour g'and-papa. Comment tu le t'ouves? »
La petite fille de quatre ans lui tendit un dessin où toutes les couleurs se mêlaient. On pouvait toutefois percevoir trois personnes ainsi que ce qui semblait être un soleil et un... Champs? Peut-être.
« C'est moi, g'and-papa et g'and-maman, en a'è're de la maison. »
Ça prenait tout son sens. Hermione s'assit par terre, observant les deux enfants avec indulgence, et immédiatement, sa filleule vint s'asseoir sur ses cuisses.
« C'est très beau, ma puce. Je suis sûre qu'il va adorer. »
Teddy se releva, légèrement pour mieux observer l'œuvre d'art de sa cousine adoptive.
« J't'ai dit de dessiner un arbre! » commenta Teddy, plus virulent.
« J'en ai fait un! » s'opposa la fille de Ron, en désignant une tâche brune sur son dessin.
Les cheveux du garçon changèrent, aussitôt, pour du rose tout comme ses joues devant sa prise en faute, ainsi que le regard en coin sévère d'Hermione.
« On a pas mangés, aussi! » informa Teddy, en rampant sur le divan pour être plus près de la jeune femme et s'accrocher à son cou. « T'étais pas là, alors... »
Il était dix heures et demie, par Merlin!
La jeune femme n'arrivait même pas à être surprise. Et, c'était ça, qui était sans doute le plus décourageant dans la situation. Il n'y avait rien de surprenant à ce que les enfants la collent à ce point-là : c'était grâce à elle, s'ils avaient, encore, un semblant de routine. Ses lèvres se resserrèrent, alors qu'elle eut l'impression qu'un tsunami de colère et de tristesse faisait rage dans son ventre et ses poumons.
« On va manger des céréales, mes amours? » demanda-t-elle, en se raclant la gorge afin d'essayer de se donner une contenance pour ne pas se mettre à pleurer. « Vous allez même pouvoir manger celles au chocolat! »
Leurs exclamations lui donnèrent l'impression qu'elle venait de leur décrocher la lune.
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La jeune femme avait, patiemment, fait manger Céleste et Teddy. Elle avait, ensuite, ranger d'un coup de baguette la cuisine et elle était montée à l'étage afin qu'ils s'habillent. Hermione était passée en coup de vent dans la chambre de Ron qu'il occupait – il avait refusé de dormir dans le lit qu'il partageait avec Lavande. Il régnait l'odeur d'un cadavre dans la pièce et elle n'avait obtenu de lui qu'un grognement. Elle espérait qu'il se réveille et qu'il décuve de l'alcool qu'il avait ingurgité la veille et cette nuit avant que sa fille le voit dans cet état.
Hermione était retournée dans la chambre de Céleste qu'elle partageait, temporairement, avec Ted. Elle les avait aidés à s'habiller, sans rechigner. Sa filleule avait enfilée une petite robe noire ainsi que des souliers ballerines également noires. Pendant que Teddy tentait de boutonner sa chemise blanche, la médicomage avait coiffée, sobrement, les longs cheveux roux de la fillette. Hermione avait tenté de mettre de l'ordre dans les cheveux changeants du garçon de sept ans, mais il avait esquivé à plusieurs reprises les mains de la brune. Elle avait réussi à l'attraper seulement lorsqu'elle lui avait mentionné qu'elle ne voulait que l'aider à mettre le nœud papillon noir qu'il insistait de mettre. Une fois qu'elle avait l'avait attaché au collet de sa chemise, Hermione avait tenté un geste pour coiffer les cheveux devenus verts de Teddy, qui s'était laissé faire en grimaçant. Ceux-ci étaient restés en ordre un peu moins de cinq minutes. Elle les avait, ensuite, laissé au salon devant un dessin animé et les avait fait promettre de ne rien faire de salissant et avait pris les crayons feutres avec elle. Au cas où.
Quand la jeune femme remonta les escaliers, Hermione entra brusquement dans la chambre de Ron et alla tirer les rideaux d'un coup sec. Son meilleur ami enfouit, immédiatement, sa tête dans l'oreiller grommelant quelque chose à propos qu'elle était folle.
« Ron Weasley, tu vas te lever. » lâcha Hermione en ouvrant les fenêtres afin de faire partir l'odeur ambiante qui allait lui enlever le sens de l'odorat. Enfin, presque. « Tout. De. Suite. »
Son ton autoritaire n'eut aucun effet. La jeune femme tira sur les couvertures mouillées de sueur du jeune homme.
« Fiche-moi la paix! » grommela le rouquin, en tentant vainement de retrouver un peu de confort.
Ses efforts furent vains puisque quelques secondes plus tard, Hermione lui lança un aguamenti qu'il reçut au visage. Le jeune homme toussa, ayant manqué d'air en respirant de l'eau, tout en tentant d'essuyer son visage de cette douche improvisée.
« Est-ce que t'es folle? Est-ce que t'es tombée sur la tête? » s'écria Ron, en colère, après une dizaine de secondes.
« Absolument pas. Mais tu vas te lever et tu vas boire cette potion. » Hermione lui tendit une fiole de potion qu'il prit, un peu au ralentit par ce qu'elle lui disait d'un ton calme. « Et tu vas aller prendre une douche. Tu ne vas certainement pas te présenter, encore, saoul à l'enterrement de ta mère et de ta femme. Lavande ne mérite pas du tout, que tu lui rendes hommage en buvant une bouteille de whisky et que tu traites ta famille, ta fille, tes amis comme si personne ne comprendrait ce que tu vis! Elle mérite mieux! Elle mérite mon meilleur ami, qui est en-dessous de tout... Ça. » Elle fit un geste pour le désigner et toute la chambre. « Tu vas sortir de ton affreux pyjama, tu peux même le brûler si tu veux, d'ailleurs. Tu vas t'habiller et on va partir pour le Terrier. Tu vas tenir la main de Céleste et lui montrer que malgré toute la peine qu'elle a, malgré toute la peine que tu as, elle a encore un père. »
Ron l'observa, assis les jambes croisés sur son lit, les cheveux en épis et les yeux hagards, alors qu'il tenait le flacon de la potion dans ses mains. Bouche bée, par l'autorité et le calme olympien que sa meilleure amie faisait preuve.
Elle n'avait rien dit dans les neuf derniers jours. Elle l'avait laissé vivre ses émotions. Elle avait accepté qu'il traite toutes les personnes autour de lui d'une manière misérable. Mais, là, aujourd'hui, il n'avait plus ce droit. Non.
« Est-ce que je me fais bien comprendre? » demanda Hermione, les mains sur sa taille.
Il hocha lentement de la tête, puis il but d'une traite la potion.
« Bien. » commenta-t-elle, simplement.
Puis, sans plus attendre, la jeune femme sortie de la pièce afin de se diriger vers celle qui faisait office de sa chambre, qu'elle partageait avec Harry – faute de place dans la maison. Il devait s'agir d'un bureau ou d'une pièce à débarras. Ils avaient dû faire un peu de rangement afin d'être capable de poser deux matelas par terre et être capable de pouvoir mettre leurs effets personnels, sans qu'ils soient en équilibre précaire sur une pile d'objets.
Quand elle entra dans la pièce, le Survivant se réveillait, à peine. Il n'avait jamais été très matinal, tout comme Hermione. Pour cette raison, elle ne fit aucun commentaire sur son manque de collaboration afin de prendre soin des enfants ou des yeux gommés de son ami. Elle se doutait, sans peine, qu'une bouteille vide (ou plusieurs) qu'elle avait trouvée sur le comptoir lui appartenait. Par chance, la fenêtre qu'elle avait ouverte la veille avait aidé à ce que l'odeur de fond de bouteille ne s'imprègne dans la pièce.
La jeune femme ouvrit le placard et prit un cintre sur lequel elle avait déposé une robe noire, très sobre, pour éviter qu'elle se froisse. Son ami s'était assis sur son matelas et s'étira faisant craquer le bas de son dos. Elle grimaça, dégoûtée par le son.
« C'était ton premier rendez-vous chez le psychomage, ce matin, non? » demanda Harry, après quelques minutes.
« Ouais... » soupira la jeune femme, en s'emparant d'une paire d'escarpins qu'elle déposa sur le matelas qu'elle occupait.
« Ça s'est bien passé? »
Elle se mordit la lèvre.
Hermione savait très bien que son ami serait en mesure de comprendre ce qu'elle avait vécu, le matin-même, dans ce bureau. Il avait lui-même décidé de consulter un psychomage après la fin de la guerre, sur ses conseils. Ironique.
« C'était pas terrible. » lâcha la jeune femme, de manière évasive, en jouant avec les bretelles de la robe qu'elle avait dans les mains. « On s'est regardé dans le blanc des yeux pendant quarante-cinq minutes, sans rien dire. » Elle haussa des épaules. « Je savais pas quoi dire. »
« Et t'as pas... » Harry passa une main dans ses cheveux éternellement en désordre. « T'as pas eu envie de parler, je sais pas... » Il prit ses lunettes déposées non loin du matelas. « De Charlie? »
Hermione lâcha la robe sur le matelas et elle eut l'impression que la colère traversait chacune de ses veines. Elle se mordit l'intérieur de sa joue, alors qu'Harry poussa un soupir de résignation devant le regard noir que la jeune femme lui servait.
« Va falloir que t'en parles, un jour. Tu le sais, ça, hein? » demanda le Survivant. « En plus, il va être là, cet après-midi. »
« Et, ça ne veut pas dire que je suis obligée de lui parler. Il a fini, ter-mi-né, de jouer au yoyo avec moi, Harry. Il n'a pas envie d'une relation sérieuse? Bien. Ça ne veut pas dire, pour autant, que je dois constamment lui parler. Ses je t'aime, il peut se les garder pour lui. »
« Tu sais très bien qu'il n'a jamais dit qu'il ne voulait pas d'une relation sérieuse. »
« Non, il n'a rien dit. Et, le fait qu'il reparte en Roumanie sans rien dire, justement, en dit beaucoup. »
Le sort que Charlie avait reçu l'avait suffisamment blessé pour qu'il ne se réveille que le lendemain, sur une civière, et qu'on lui passe une batterie de tests afin de vérifier ses constantes cérébrales. Percy avait été désigné pour annoncer au dragonnier que leur mère était décédée et Hermione avait sérieusement envisagé de l'accompagner. Cependant, tous les Weasley – même Ron – lui avait dit qu'il était préférable qu'elle se repose, étant donné la fatigue et ses blessures.
Percy était rentré de l'hôpital sans son frère – mais plutôt avec une Pansy Parkinson, en colère. Si l'employé du Ministère avait annoncé calmement que son frère avait décidé de partir pour la Roumanie, dès qu'il avait obtenu son congé, la Serpentarde n'avait pas hésité pour pester contre lui et demander aux deux exemplaires Weasley présents si l'idiotie de Charlie était un phénomène congénital dans leur famille ou si c'était simplement un trait de caractère chez lui.
La Serpentarde, après s'être calmée, était restée auprès de son ancienne colocataire. Elle avait attendu une réaction quelconque de la part d'Hermione. Pourtant, la jeune femme n'avait qu'hausser des épaules. Que pouvait-elle bien dire, sinon qu'un vulgaire ok?
Elle s'était doutée dès le lendemain de leur discussion que Charlie l'abandonnerait et repartirait sans dire un mot. Il l'avait déjà fait, pourquoi ne pourrait-il pas le refaire? Et, même si elle avait envie d'hurler ou de pleurer, ça ne le ramènerait pas. La colère et la peine lui faisaient atrocement mal à chaque jour.
Et, malgré son obstination à vouloir le détester – de nouveau – elle ne pouvait pas s'empêcher d'espérer de voir Treyu, une lettre à la patte ou au bec, qui donnerait du sens à cette réaction. Et, à chaque matin, une déception ajoutait de la gravité à ces deux émotions qui lui tordaient le ventre.
Aucune explication. Rien du tout.
La jeune femme secoua la tête et tenta d'orienter ses pensées ailleurs que sur le rouquin.
« Et toi, je peux savoir pourquoi tu as l'air aussi gommé qu'une botte? » demanda, finalement, Hermione en faisant dévié le sujet sur l'alcoolémie de son ami. « Est-ce que tu sais que tu as laissé Teddy mourir de faim, ce matin? »
Son ami grimaça, il se prit la tête entre ses mains.
Par chance, Harry n'avait pas de mal de crâne, il s'était réveillé un peu plus tôt et il avait bu un grand verre d'eau. Ça avait été tout de même efficace.
« J'ai reçu un hibou de Drago, hier. »
« Et? »
« Bah, rien. C'était pas très glorieux vu la bouteille de whisky, que j'ai bu. Il est tellement entêté! »
« Toi aussi, tu l'es. » remarqua la jeune femme en prenant place sur le matelas du jeune homme.
« Ouais, mais moi, je comprendrais s'il allait réconforter son ex, qui serait encore son meilleur ami, admettons, parce que la mère de son ex est morte et qu'elle est, par la même occasion, une figure maternelle pour lui. » lâcha Harry, en expliquant (enfin) la source de leur dispute et de leur rupture. « J'en ai plein le cul de ses crises de jalousie. »
« Vous vous êtes, encore, disputés à cause de Gin? » sourcilla Hermione. « C'est pas la... Combien, déjà? Au moins, la quatrième fois? »
« Probablement... » grogna le Survivant. « Je sais pas. Je suis proche de Gin et ça fait quoi? Il peut pas avaler la pilule, enfin? »
Hermione n'osa pas relevé qu'elle pouvait comprendre la peur du Serpentard.
Ginny Weasley restait son premier amour et celle, avec qui, il avait sérieusement vécu toutes ses premières fois – selon elle, l'expérience désastreuse de son premier baiser avec Cho Chang ne méritait pas d'être soulevée. Le Survivant avait été démoli lorsque la petite sœur de son meilleur ami s'était ruée dans les bras de Neville, à la fin de la guerre. Et, malgré le fait qu'il avait réussi à tourner la page, une amitié solide – et ambigüe, pour être franche – s'était tissée entre les deux.
Quand Harry se disputait avec Drago, c'était toujours vers elle, qu'il se tournait. Ginny restait, encore aujourd'hui, une des seules personnes à être capable de désamorcer la bombe qu'il pouvait être en un tour de main. Et vice-versa.
Ça pouvait être agaçant de cohabiter, sans cesse, avec le fantôme de l'ex-petite-amie.
« Je sais, Harry... » dit-elle, en laissant tomber sa tête sur l'épaule du jeune homme. « Je sais, aussi, que tu es proche de Gin et que tu l'aide beaucoup... C'est pas un moment facile pour elle, pour personne... Mais... »
« Oh, tu vas pas t'y mettre, toi aussi... » lâcha le jeune homme en poussant un soupir et levant les yeux au ciel.
Il se dégagea de l'étreinte d'Hermione et lui jeta un regard noir. Loin, d'être impressionnée, elle pencha la tête et lui prit ses mains dans les siennes.
« Je sais que t'as une humeur de chien parce que tu es fâché que Drago ne te comprenne pas, que tu es furieux de l'injustice qu'Elias n'ait pas une peine de mort et que tu es atrocement triste de la mort de Molly. Je sais. Je sais que tu as de la difficulté à tout gérer cela, en même temps. »
Il acquiesça lentement de la tête, ses épaules s'affaissèrent. Hermione lisait en lui comme dans un livre ouvert.
« Mais, Harry Potter, je vais te poser une simple question. Je sais que tu aimes Drago. Je le sais, parfaitement. Mais... Si Ginny se séparait de Neville, demain, est-ce que tu hésiterais à essayer de la reconquérir? » demanda la jeune femme en fronçant les sourcils. Harry ouvrit la bouche, mais aussitôt elle continua. « Je te demande pas d'y répondre. Fais juste y penser et, ensuite, mets-toi à la place de Drago. »
Le Survivant poussa un soupir, puis haussa des épaules et regarda ailleurs afin d'échapper au regard noisette de sa meilleure amie.
Bien qu'il devinait très bien les émotions d'Hermione de la même manière qu'elle parvenait à le faire avec lui, le jeune homme détestait, parfois, sa faculté d'avoir, presque, toujours raison. Il planta tout de même un baiser sur le front de la jeune femme et elle lui fit un sourire en coin avant de se relever pour se changer.
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Les trois amis avaient été prêts, deux heures plus tard.
Pour la première fois depuis neuf jours, Ron avait l'air vivant. Hermione l'avait aidé à attacher sa cravate et son ami l'avait remercié de son intervention, en se grattant nerveusement l'arrière de la tête. Ça avait suffi pour que la jeune femme lui pardonne tout ce qu'il avait bien pu lui dire, dernièrement.
Le rouquin et le Survivant s'étaient habillés de manière presque identique : une chemise blanche, avec une cravate noire nouée et un pantalon noir, sobre.
Harry siffla, de manière appréciative, lorsqu'il vit Hermione fin prête. Sa robe noire lui arrivait un peu plus haut que ses genoux et elle avait un fini en dentelle, elle avait passé un foulard noir vaporeux autour de ses épaules et ses escarpins noirs mettaient en valeur ses jambes plutôt fines. Elle était belle, sans que ce soit trop. La jeune femme avait même laissé ses cheveux détachés et n'avait ajouté qu'une ligne de khôl à son mascara.
« Et bien, si mon frère ne s'excuse pas en rampant, c'est qu'il est aveugle. » commenta le rouquin, en enfouissant ses mains dans ses poches.
« Merci, Ron. » Elle s'approcha de lui pour replier le collet de sa chemise. « Je suis sûre que Lavande doit te trouver à croquer de là-haut. » chuchota-t-elle, avec un sourire triste.
Il baissa la tête et ne répondit rien.
« Bon... On y va? » demanda Harry, en les rejoignant avec Céleste et Teddy – qui par miracle, avait réussi à rester propre.
Les deux hochèrent la tête. Céleste vint prendre la main de Ron et prit celle d'Hermione dans l'autre. Ils disparurent, quelques secondes plus tard.
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La cérémonie des funérailles se déroulait dans la cour arrière du Terrier, à l'instar de tous les mariages que la matriarche des Weasley avait pu organiser pour ses enfants.
Arthur avait fui le Terrier et avait emménagé chez son fils aîné, se sentant incapable d'habiter la grande maison biscornue, seul. Fleur s'était chargée de l'organisation, et elle s'était assurée de rendre hommage à la fois à Molly et à Lavande.
Elle avait reproduit les goûts de Molly, en matière de décoration : les chaises qui étaient installées sous le chapiteau étaient, toutes en bois, et elle avait installé un cadre fait en bois de chêne sur lequel, elle avait disposée des fleurs oranges, mauves, brunâtres et vertes – qui rappelaient les éternels pulls tricotés à la main par la mère de famille. C'était sobre et de bon goût et cela rappelait l'intérieur du Terrier. Des fleurs mauves, des lavandes, avaient été disposées un peu partout. Plusieurs cadres étaient posées sur la table en bois à l'avant du chapiteau : de multiples Molly et Lavande, à des moments différents de leur vie, saluaient la foule, serraient leur amis dans leur bras ou embrassait leur mari ainsi que leurs enfants.
Arthur Weasley avait serré sa bru dans ses bras, ému, en la remerciant de tout ce beau travail. Chacun des fils de Molly avait imité leur père, même Ginny y était passé, alors que l'entente avec Fleur laissait toujours à désirer.
C'était parfait.
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Plusieurs reniflements se faisaient entendre.
La pluie tombait et faisait des plouc, plouc, plouc sonores contre le plastique du chapiteau. Le sorcier, qui présidait la cérémonie, avait fini son long discours et avait invité les personnes à venir dire un dernier mot à propos de Lavande et de Molly.
Les yeux d'Hermione se remplissaient de larmes, au fil que les personnes défilaient au-devant du chapiteau, bien qu'aucune n'était, encore, tombée sur ses joues.
La peau de sa main gauche était devenue blanchâtre à force d'être serrée par Ron, qui était assis à côté d'elle. Dès qu'ils étaient entrés dans le chapiteau, elle avait perçu une terreur chaotique dans les yeux de son meilleur ami et la jeune femme avait eu l'impression que si personne ne le retiendrait, il allait partir à la place d'affronter cette cérémonie. Hermione avait, alors, pris silencieusement sa main et depuis, elle se sentait comme un point d'ancrage.
Il pouvait serrer sa main jusqu'à ce qu'aucun sang ne parvienne à ses doigts, elle s'en foutait.
Si c'était ce que Ron avait besoin, elle s'en foutait.
Harry s'était assis à côté d'eux, de l'autre côté d'Hermione, et elle avait pris naturellement sa main, à lui aussi. Leur trio contre le reste du monde. Ça avait toujours été comme ça. La pression des doigts du Survivant s'étaient resserrés légèrement lorsque Charlie avait passé près d'eux, pour s'installer dans la rangée devant la leur.
Elle avait dû faire des efforts surhumains pour ne pas lui adresser un mot ou tout simplement pour ne pas se lever et aller le serrer dans ses bras. La dernière bonne nuit de sommeil du dragonnier devait, selon la jeune femme, remonté avant l'hospitalisation de cette dernière. Les cernes, qui avaient ornées ses yeux, lorsque la médicomage s'était éveillée du coma, étaient devenues plus grandes et ses joues se creusaient.
La jeune femme avait tenu bon.
Ginny, assise entre Harry et Neville, se leva pour marcher vers l'avant et réciter un discours. Elle parla d'un souvenir d'enfance, afin de parler de sa mère, et aborda tous les bienfaits que Lavande avaient pu avoir dans la vie de son frère, ensuite. La prise de Ron se resserra davantage dans la main d'Hermione et des larmes glissaient sur ses taches de rousseurs. Quand le Survivant se leva afin d'effectuer un dernier hommage, la jeune femme déposa son autre main sur celle du rouquin. Il tourna la tête vers lui et elle n'eut pas besoin qu'il lui dise merci pour savoir qu'en ce moment, elle et Céleste étaient les seules raisons qui faisaient en sorte que le cadet des Weasley ne se transformait pas en épave.
Des amis de Molly ou de Lavande s'avancèrent. Tous les Weasley, ainsi que leur conjointe, avaient adressé un dernier mot.
L'hommage d'Arthur, vibrant d'amour avait fait pleurer les dernières personnes, qui avaient réussi jusque-là, à retenir leurs larmes. Le père des Weasley avait parlé de leurs débuts, de la naissance de leurs enfants, de la première guerre ainsi que de la deuxième. Lorsqu'il s'était senti incapable de continuer, Bill et Charlie s'étaient levés pour venir appuyer leur père, qui avait réussi à reprendre le fil. C'était tendre, émouvant, doux.
Les derniers mots que Charlie avaient adressé à Molly avaient fait pleurer Hermione et avaient presque suffit à se faire pardonner de son départ précipité en Roumanie. Le dragonnier avait parlé de sa relation chaotique avec sa mère et comment il regrettait de s'être seulement rapproché d'elle dans les dernières années.
Je voudrais remercier Hermione, qui a eu la patience de me faire comprendre que je n'ai qu'une seule famille et que je devrais en prendre soin.
Son cœur avait explosé. Littéralement, figurativement. Elle avait eu l'impression de suffoquer pendant quelques minutes de ne pas pouvoir enfouir sa tête dans le creux des bras du jeune homme.
Au bout d'un moment, il ne restait que Ron et Hermione – qui étaient vissés à son siège par la main du premier.
Ron observa ses deux meilleurs amis, leur demandant silencieusement de l'accompagner. Il confia Céleste à sa sœur et les trois se levèrent pour marcher vers l'avant. Hermione et Harry restèrent en retrait, alors que le rouquin s'avança légèrement.
Il observa les photos sur la table et prit un temps pour se racler la gorge. L'auror sorti un papier, qu'il avait plié à plusieurs reprises, d'une poche de ses pantalons et prit une grande respiration pour se donner tout le courage du monde.
Puis, baissa la main pour regarder la horde de personnes devant lui.
« Quand j'étais jeune et que mes frères essayaient de me faire toutes les blagues les plus... Pour reprendre ses mots, dangereuses, particulièrement quand il s'agissait de Fred et de George, ma mère était là pour me défendre. J'étais capable de le faire, seul... Mais ma mère était là pour menacer des coups sur la tête des jumeaux ou de Charlie... »
Il y avait une trop grande différence d'âge entre Bill et Ron pour qu'il lui ait tant que ça fait des blagues atroces du genre essayer de le convaincre de faire un serment inviolable. Et, Percy avait toujours été beaucoup trop concentré dans ses livres pour avoir tenté de faire quoi que ce soit à son endroit.
« Puis, quand je suis rentré à Poudlard, maman m'envoyait toujours une lettre... Ou une beugléante... Pour me dire à quel point, j'avais perdu la tête d'essayer de cacher le dragon qu'Hagrid avait eu, ou d'avoir essayé d'attaquer un troll, alors que je devais savoir... Genre... Trois sorts. Ou encore, d'avoir emprunté la Ford Angelina de papa ou... D'être allé au département des mystères... Ou... » Il arrêta son énumération, alors que des petits rires s'échappaient de quelques bouches, dont les jumeaux, notamment. « Elle m'a toujours dit que j'étais tombé sur la tête, mais elle me disait, toujours, qu'elle était fière de moi. Toujours. Elle était toujours là pour m'écouter, pour dire que ce que je faisais était complètement idiot ou... Juste, pour me dire qu'elle était fière de moi. »
Sa gorge se serra. Il prit quelques secondes de pause.
« Ma mère faisait toujours ces petits gestes pour montrer à quel point elle aimait les gens autour d'elle. Par exemple, quand je suis devenu auror, elle m'a cuisiné mon gâteau préféré. À chaque Noël, nous avions nos pulls et une boîte de bonbons qu'on aimait. Elle se rappelait des trucs comme les dates d'anniversaire de chaque personne autour d'elle, de chaque personne de notre famille et invariablement, on recevait toujours une carte d'anniversaire à notre image. J'ai même vu la carte de Fred et de George faire des feux d'artifices, une année, quand ils l'ont ouvert. C'est dire. » Il serra le bout de papier dans ses mains et baissa la tête. « C'est la première fois que je dois affronter quelque chose, sans elle. Et, paradoxalement, c'est la pire. »
Les larmes glissaient, sans qu'il soit incapable de les faire cesser, sur son visage. Il renifla bruyamment et Hermione, déchirée, s'avança pour le serrer dans ses bras. Harry vint, en arrière, et le referma le plaçant entre eux. Au bout d'une minute, la jeune femme se recula et s'empara du bout du papier que Ron tenait toujours.
Son meilleur ami serait incapable, après tout ça, de dire quoi que ce soit à propos de sa femme. Elle jeta un coup d'œil à Ron et s'avança d'un pas.
« Je vais continuer... Pour Lavande. » expliqua-t-elle, simplement.
Elle déplia le bout de papier et prit une grande respiration, alors qu'elle observa l'écriture brouillonne de son meilleur ami.
« Mon amour. » Hermione toussota, légèrement. « Mon amour, ça me fait mal, ça me détruit d'écrire ces lignes. Le monde est devenu un peu plus laid depuis que tu es partie et le mien est devenu une véritable catastrophe. Chaque jour, depuis que tu es partie, je me réveille en pensant que tu vas surgir dans la cuisine, que tu vas irradier de lumière notre maison, que tu vas chanter des comptines à notre fille pour réussir à lui faire avaler ses quartiers d'orange ou, encore, que tu vas me parler de ton atelier et de vêtements dont je ne connaissais même pas l'existence avant que tu m'expliques ce que c'est. Puis, je réalise, mon amour, que tu n'es plus là. Je suis dans un cauchemar, sans fin, Lavande... Et je sais pas comment me réveiller. C'est toi, habituellement, qui me dis quoi faire dans ces moments-là. C'est toi, habituellement, qui me dis que j'ai exagéré ou que j'ai réagis de la mauvaise manière... Sans toi, je me sens perdu. »
La jeune femme s'interrompit lorsqu'elle vit les prochaines phrases sur le papier, un peu surprise d'y voir son prénom. Elle ne se rendait même pas compte qu'elle pleurait. La médicomage se retourna vers ses deux amis et esquissa un petit sourire. Ron était appuyé sur Harry et l'observait avec gratitude.
« Une chance qu'Hermione et Harry sont là, sinon je crois que je perdrai définitivement pied. Je pense à notre fille qui a vécu trop peu de temps avec toi, je pense à tous nos projets qu'on avait, ensemble, je pense à tout l'amour que j'avais à te donner, encore, et je ne comprends pas. Je ne comprends tout simplement pas. C'est impossible. Mais je regarde le ciel et je te vois... Tu es l'une des étoiles les plus brillantes, à côté de ma mère, probablement. C'est ce que je vais dire, en tout cas, à chaque fois que notre fille me demandera où sa mère est. Je t'aime mon amour. Je t'aimerai toujours. »
Hermione ferma les yeux et baissa la tête. Un silence complet se faisait entendre dans le chapiteau, entrecoupé seulement par les reniflements. Ron s'avança vers elle et reprit sa prise sur sa main et chuchota un simple Merci.
La jeune femme le serra une nouvelle fois dans ses bras, puis se recula après quelques secondes. Et elle se racla la gorge et refit face à toutes les personnes qui s'étaient regroupées, aujourd'hui. Elle déglutit légèrement, mal à l'aise de dire un dernier mot pour ces deux personnes uniques.
« Molly Weasley a toujours été comme une deuxième mère, pour moi. Le Terrier ne sera plus le même sans elle, la vie ne sera plus la même sans elle. Elle laisse un vide incroyable derrière elle... Et, ce ne sera pas facile d'apprendre à vivre avec celui-ci. C'est le cœur de la famille Weasley et je souhaite simplement qu'elle continue à veiller sur chacun de nous de l'au-delà. Merci, Mme Weasley d'avoir été cette femme formidable, merci Mme Weasley d'avoir pris le temps de nous aimer, Harry et moi, comme si nous étions vos propres enfants. C'est un véritable privilège de vous avoir connu. » dit simplement la jeune femme avec un sourire. « Quant à Lavande... Je... Je l'ai vue mourir. Et, je peux dire qu'elle a été la femme extraordinaire que je connais jusqu'à la fin. Et je ne crois pas me tromper que sa famille. » Hermione se tourna vers son meilleur ami. « Que sa famille a été la raison pour laquelle elle s'est battue avec tant de férocité. »
La jeune femme se tourna vers la table et agita sa baguette pour faire apparaître plusieurs orchidées violettes devant chaque photo de Molly et de Lavande.
Puis, elle se retourna pour aller reprendre sa place, ses mains emprisonnées dans celles de ses meilleurs amis. Le sorcier qui présidait la cérémonie s'avança de nouveau et reprit la parole afin de conclure et annonça l'enterrement des corps qui avaient été mis sous un sort de stase afin d'éviter que le travail de décomposition s'amorce avant les funérailles.
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La mise à terre des deux corps avait été pénible.
Les jambes d'Arthur avaient eu de la difficulté à le soutenir et c'était grâce à ses deux fils aînés qu'il avait réussi à surmonter le choc. Percy, qui était devenu aussi blême qu'un fantôme, tenait sa fille, Molly, contre lui comme si sa vie en dépendait. Les jumeaux semblaient être devenus l'ombre d'eux-mêmes et Angelina ainsi que Luna épaulaient chacun d'eux. Ron s'était détourné pour ne pas voir la scène et c'était Hermione qui lui chuchotait ce qui se déroulait. Ginny semblait être sur le point de défaillir à chaque moment et, il était fort probable que si Neville n'avait pas été là pour la soutenir, elle aurait perdu pied. Harry, quant à lui, étreignait sa filleule qui s'était mise à pleurer de manière hystérique lorsqu'elle avait compris l'identité des deux corps. Il répétait inlassablement un ça va aller, alors que Céleste, qui avait été sage toute la cérémonie, semblait devenue inconsolable.
À un moment, Ron s'était dégagé de la prise de sa meilleure amie et avait pris sa fille dans ses bras ce qui avait légèrement calmé ses pleurs.
Ils regardaient, tous, les deux cercueils amorcer leur chute dans les grands espaces creusés à cet effet, non loin du vieux chêne, les yeux brouillés par les larmes et le visage trempé par la pluie. Personne ne parlait, seul le sorcier terminait de réciter des textes sacrés appartenant à la culture magique et moldu afin d'honorer les origines de Lavande.
Une fois les cercueils recouverts de terre, tous les sorciers présents agitèrent leur baguette pour que des fleurs poussent à l'endroit où les deux femmes étaient enterrées, comme le voulait la coutume. Puis, on annonça que la lecture des testaments allait être effectuée sous le chapiteau.
Molly Weasley et Lavande Brown ne quitteraient plus jamais le Terrier.
Tout le monde pleurait. Même le ciel et ses deux nouvelles étoiles.
NDA : La suite viendra bientôt, le prochain chapitre est à moitié écrit! Je suis beaucoup moins productive : j'ai besoin d'une pause, ces temps-ci. Je fais attention à moi et dans ces temps de confinement, j'espère que vous prenez soin de vous et que vous faites des choses qui vous font du bien. Full loveeeee xx
