Et c'est la fin ! *enfin !* Désolé pour le temps qu'il m'a fallu pour l'écrire. J'espère au moins qu'elle vous plaira.
Bonne lecture ! ^^
Ils se tenaient là, dans un parc, un de ceux qui font la part belle aux jeux d'enfants. Balançoires, toboggans, manèges, parcours, tout était réuni pour satisfaire leur curiosité et leur soif d'aventure. La journée était belle – à peine quelques nuages cotonneux dans un océan de ciel bleu –, peut-être un peu fraîche encore, mais qu'importait. L'essentiel était là : deux magnifiques fillettes aux yeux pétillants et leurs rires si clairs qu'on eût dit une mélodie, une femme merveilleuse, amoureuse, aimante, au sourire si radieux qu'il suffisait à illuminer ses journées. Et lui dans tout ça, qu'était-il ? Un homme ? Un ange ? Un gardien ? Cela n'avait plus d'importance désormais, puisqu'ils étaient ensemble. Et, plus important encore, ils étaient ensemble et en sécurité. Et ce, même si cela signifiait s'éloigner de sa propre famille, s'éloigner de ce qu'il avait appris à chérir. Un voile de tristesse vint assombrir son visage, mais il disparut bien vite devant les voix emplies d'émerveillement des jumelles. Elles venaient de découvrir leurs premiers papillons. L'un d'eux, plus téméraire que ses compagnons, vint se poser sur le nez d'une des fillettes, la forçant à loucher et à rester immobile. Mais c'était sans compter l'effet de ses petites pattes délicates. Elle retroussa son nez. Une fois. Deux fois. Trois fois. N'en pouvant plus, elle se mit à glousser avant d'éclater de rire, provoquant l'envol de son nouvel ami. Elle laissa échapper un soupir déçu qui se mua en un sourire quand elle le vit se poser sur une fleur entre sa sœur et elle.
Une voix le fit sursauter.
"Et dire qu'il n'y a pas si longtemps, nous nous trouvions à leur place, à nous extasier devant chacune des créations de Père. Je suis heureux de constater que rien n'a changé pour la jeune génération. Même si pour ma part j'ai plus d'affinités avec les abeilles."
Sam ne put s'en empêcher d'éclater de rire.
"Je me rappelle combien tu étais toujours curieux de tout. Tu ne jugeais jamais. C'est pour ça que tu étais et que tu resteras toujours un de mes préférés, Castiel."
"J'ai changé sur bien des points, n'est-ce pas ?" (honteux)
"Je ne t'en veux pas, tu sais. A dire vrai, je ne peux pas me résoudre à t'en vouloir. Tu n'étais encore qu'un jeune séraphin à l'époque, et j'étais aveuglé par le chagrin. Mais si c'était à refaire, je pense que je suivrais le même chemin. Je ne t'entraînerais pas dans ma chute. Quand bien même tu aurais l'impression de le faire de ta propre volonté, tu le ferais en mon nom. Et je suis un grand frère, je ne peux te laisser faire ça. Je dois montrer l'exemple – de ce côté-là, je n'ai pas vraiment été à la hauteur –, mais je dois également te protéger. Même si c'est de moi dont je dois te protéger."
Castiel lui lança un regard étonné et sa tête bascula légèrement sur le côté, confus.
"Tu n'es pas…"
"Quoi, dangereux ? Soyons honnêtes, je suis (ou tout du moins j'étais) un gardien, mais je suis loin d'être un ange. Au fond de toi, tu sais que j'ai raison. Cette Terre que tu aimes tant a déjà disparu une fois par ma faute, et a bien failli disparaître une seconde. Je ne suis pas parfait."
"Moi non plus je ne suis pas parfait. Même si parfois j'ai cru l'être… C'était plus facile de me voiler la face plutôt que de m'avouer le plus mauvais frère des deux."
"Je t'interdis de dire ça ! La famille n'a rien d'un jeu. Il n'y a ni gagnant ni perdant. Juste des individus avec leur caractère et leurs opinions. Il y aura toujours des affinités comme des divergences, c'est ce qui fait le sel de toute relation. Et jamais, quoi qu'il advienne, il ne te faudra regretter petit frère."
"Mais… je n'ai jamais voulu t'oublier et…"
Sam eut un petit sourire attendri.
"Je le sais, mon petit séraphin, je le sais…"
Un voile de tristesse vint assombrir son visage, sous le regard inquiet de son cadet.
"Qu…?"
"Tu dois repartir, n'est-ce pas ?"
Castiel baissa la tête, tout penaud.
"Les Winchester… Je…"
"Je ne te juge pas, tu sais. Moi aussi je me suis construit une nouvelle famille."
"Non ! Non, c'est pas ça. Je ne voudrais pas… Mais ces humains ont cette fâcheuse tendance à s'attirer des ennuis."
"Tu n'as pas à te justifier."
"Avec leur chance, ils seraient même capables de mourir en mon absence. A les entendre, ce serait même leur lot quotidien."
"Tu t'inquiètes pour eux."
"Non. Je sais qu'ils sont capables de se défendre. C'est leur vie. La chasse. J'veux dire… C'est une question de survie. Mais depuis que Dean a découvert qu'il était le vaisseau de Michel, il est devenu plus imprudent, plus impulsif, plus inconscient… Toujours prêt au sacrifice ultime. Pour son frère. Pour des inconnus. Comme si rien de tout ça n'avait d'importance. Comme si sa vie n'avait pas d'importance. Et je vois bien que Sam… son Sam…"
"Méfie-toi, mon petit séraphin, je crois bien que tu commences sérieusement à t'attacher à ces humains, l'Homme Vertueux comme…"
Mortifié, Castiel bafouilla quelques excuses sous le regard de son grand frère.
"Hé, tu sais que c'est pas une maladie, hein ? C'est la base de toute relation humaine."
"Justement ! Je suis un ange de notre Seigneur !"
"ça je le sais, idiot ! C'est juste une expression… qui te laisse perplexe à ce que je vois. Mais je t'assure qu'il n'y a rien de mal à vouloir protéger quelqu'un, même si c'est de lui-même, même s'il n'est pas de la même espèce…"
"Mais ce n'est pas la tâche que m'a confié Père !" Nous y voilà !
"C'est faire ce qui est juste."
"Alors pourquoi j'ai l'impression de m'être égaré ? Pourquoi je suis certain d'avoir pris les bonnes décisions alors même que j'ai enfreint toutes nos lois ? Pourquoi ça fait si mal de s'imaginer les perdre ?"
"Tu doutes…"
"Et pourquoi je doute ? Les anges sont faits pour combattre, pas pour se poser des questions aussi… Et si…? Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Je deviens moi-même une abomination, n'est-ce pas ? J'en connais un qui doit bien se marrer dans sa cage."
"Tu n'es pas Lucifer, tu m'entends !?"
"ça ne fait pas de moi un bon fils."
"Castiel…"
Ses ailes se manifestèrent soudain et vinrent tout naturellement étreindre son petit frère.
"Ssssh… "
Sam sentit son frère se crisper et plusieurs minutes s'écoulèrent avant qu'il ne se laisse pleinement aller. A quel moment ses frères célestes avaient-ils perdu de vue l'essentiel ? Comment avaient-ils pu tourner le dos au réconfort, à cette aura protectrice qui caractérisait tant leur espèce ? Quand avaient-ils cessé d'être frères, tout simplement ? Un gémissement plaintif le ramena douloureusement à la réalité et il en resserra d'autant plus son étreinte.
"Castiel ? Mon petit séraphin ?!"
"Mmmhh ?"
"Tu ne peux pas rester…"
Le principal intéressé lui lança un regard déchirant, si déchirant que Sam crut, l'espace d'un instant, abandonner toutes ses bonnes résolutions. Et il n'était pas encore au bout de ses surprises.
"Toi aussi tu as honte de moi ?!"
"Quoi ? Jamais ! Regarde-moi !"
Il lui releva délicatement le menton.
"Regarde-moi…"
Ses yeux s'illuminèrent et un halo de lumière apparut autour de ses ailes déployées autour de son frère.
"N'aie pas peur, Castiel. Tu n'es pas Lucifer. Tu n'es pas une abomination. Tu n'es pas une erreur. Tu es un ange de Notre Seigneur. Tu es un séraphin. Tu as plus de courage que toute une garnison. Tu as de la compassion, de l'empathie, du cœur. C'est ce qui te rend unique. C'est ce qui te rend plus fort. C'est ce qui fait de toi l'être que tu es. C'est ce qui fait de toi un frère merveilleux. Je suis si fier de toi, Castiel !"
"Mais…"
"J'aimerais tellement te garder auprès de moi ! Mais ce serait bien trop égoïste de ma part de vouloir brider un esprit tel que le tien. Tu l'as dit toi-même : ils ont besoin de toi. Ta place est auprès d'eux. Ils sont ta nouvelle famille."
"Tu ne viens pas ?"
"C'est un voyage que tu dois faire seul. Cette fois je ne pourrais pas te suivre." (les yeux rivés sur les femmes de sa vie)
"Je ne veux pas t'oublier. Ne me fais pas t'oublier. S'il te plaît…" (l'étreignant à son tour)
Les yeux embués de larmes et le sourire triste, Sam opina de la tête.
Mais je ne peux faire la même promesse à tes amis. L'enjeu est bien trop grand.
Une lumière aveuglante les enveloppa tous deux. Et quand il ouvrit les yeux, Castiel réalisa avec un pincement au cœur qu'il était seul. Enfin, seul…
La voiture fit brusquement une embardée et il se sentit glisser sur le cuir de la banquette arrière.
"Bordel, Cas ! J't'ai déjà dit que…"
Visage impassible.
"Putain, avec tes conneries, on finira un jour dans un fossé. Pardon bébé… J'vais vraiment finir par investir dans une clochette. Si on ne meurt pas dans un accident, ça sera d'une crise cardiaque. On ne vous apprend décidément rien du savoir-vivre, là-haut !"
"Effectivement."
Dean secoua la tête et se passa une main lasse sur le visage. Il ne savait même pas pourquoi il essayait de raisonner avec cet angelot. C'était un combat perdu d'avance.
"Evidemment…"
A ses côtés, Sammy était plus que tendu. Il faut dire que l'ange n'était pas tendre avec son frère. Tant pis pour lui, il faudrait compter avec. Ce n'était pas un emplumé qui allait lui dicter sa conduite. Ok, ils avaient besoin de lui, mais personne n'avait jamais dit que ce serait à lui de s'adapter.
"Tout va bien, Sammy ?"
Le principal intéressé déglutit avec difficulté. Il n'osait croiser le regard de l'ange, visiblement mal à l'aise. Castiel ouvrit la bouche pour faire une remarque, mais Dean le prit de vitesse.
"Allez, laisse-moi deviner, un autre sceau a été brisé et bientôt Lucifer sortira de sa cage."
"Probablement."
"Probablement ?" (incrédule)
"Mais il est toujours temps de sauver ceux qui restent. L'espoir, c'est bien ça qui vous fait vivre, vous autres, humains ? Alors j'ai grand espoir que vous ne mourriez pas prématurément."
"Alors ça y est, tu te décides enfin à nous aider ?"
"Cela m'est interdit…"
"Alors quoi ?"
"J'observe. Je vous surveille." Je veille…
"Génial ! Non mais t'entends ça, Sammy !? Ils nous ont filé une putain de nounou céleste ! J'y crois pas… On est quoi pour vous ? Des gamins ? Non, ne réponds pas à ça. Une nounou… Et ne crois pas que ça te donne le droit de me border ! Espace personnel !"
Castiel s'enfonça dans le siège, confiant, alors que Dean redémarrait. Il était là où il devait être. Sa place était auprès des Winchester. C'était du moins ce que lui dictait son cœur.
