Disclaimer : Les personnages appartiennent toujours et encore à Masami Kurumada, sauf pour ceux qui sont à moi.

Rappel du rating : M

Note : Salut à vous qui prenez le temps de vous arrêter ici. J'espère que vous vous portez bien en ces temps difficiles, et que vous ne souffrez pas trop de tout cela. D'ailleurs merci à vous, encore une fois, de poursuivre la lecture de cette histoire, et un merci particulier à mes quelques revieweurs réguliers, dont les commentaires me font à chaque fois un plaisir immense.

ShaSei : Merci, ma chère, pour ta dernière review qui m'a profondément touchée, comme toujours. Et tu sais maintenant ce que je pense de ton histoire... D'ailleurs, amis lecteurs/lectrices, je vous la conseille... C'est une petite perle... ('Vacances D'Enfer' sur Wattpad ^_^). J'espère que tu aimeras ce que je propose aujourd'hui. Bises, et surtout, prends soin de toi !

Voici donc un nouveau chapitre, assez calme, et qui donne pas mal de place aux sentiments des uns et des autres, à leurs états d'âme, et à leurs désirs... Et où on comprend que... Eh bien, je n'en dis pas plus, vous verrez bien... ^_^

Je vous souhaite une bonne lecture... en espérant que vous apprécierez, au moins un peu...


Chapitre 22

...-...

Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l'avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l'emplit d'un désir éternel et coupable.

Charles Baudelaire, La destruction (Les fleurs du mal)

...-...

13 novembre 2001

Kaboul, Afghanistan, dans la matinée

Vjeko observe les combattants qui marchent dans Kaboul. Ils ne sont pas nombreux, ils n'ont pas eu besoin de l'être. Les derniers Talibans ont fui la ville au début de la nuit, et l'Alliance du Nord n'a donc pas eu à livrer de combat pour la prendre.

Et eux, Aleix, Hyoga et lui, n'ont eu qu'une seule chose à faire : veiller à ce que les habitants souffrent le moins possible de ces quelques mouvements de troupes.

Le Capricorne finit par le rejoindre, et le Phoenix décroise les bras lorsque son ami s'adresse à lui.

« Tu as entendu ?

- Quoi donc ?

- La musique ! Vjeko, on peut à nouveau entendre de la musique résonner dans la ville ! » s'exclame le Catalan, avec un sourire radieux sur le visage.

Vjeko sourit à son tour, attendri par la réaction de son compagnon, qui ne le surprend pas du tout.

« Et quel genre de musique ?

- Je ne sais pas… Un peu de tout… Et quelle importance ?

- Oui, tu as raison… cela n'a absolument aucune importance. »

Aleix s'approche de lui et s'adosse contre le mur juste à ses côtés. Il lève la tête vers le ciel, reste ainsi quelques secondes, avant de tourner le visage dans sa direction.

« Vjeko, qu'allons-nous faire maintenant ?

- Je ne sais pas… Prendre quelques jours de vacances ?

- Oui, pourquoi pas… Mais je ne crois pas que nous aurons cette chance… La guerre n'est pas finie, et les habitants de ce pays devront encore en subir les conséquences, ici comme ailleurs.

- La guerre n'est de toute façon jamais finie, Aleix… en tout cas pas tout à fait. Car elle subsiste toujours dans la mémoire de ceux qui l'ont vécue. Crois-en mon expérience. »

Le Capricorne comprend ce à quoi son camarade fait allusion, et il sait combien cette vérité lui est difficile à accepter. Il tend sa main vers son épaule et l'effleure du bout des doigts. Il voudrait en faire plus, mais il ne le peut pas. Pas maintenant. Pas ici.

« Mais, allons rejoindre Hyoga, finit-il par ajouter. Il saura certainement ce que nous sommes censés faire.

- Oui, sans le moindre doute… »

Vjeko jette un dernier coup d'œil aux rues qu'il a parcourues de si nombreuses fois au cours des derniers mois. Il ne sait pas s'il reviendra ici un jour. Mais si tel devait être le cas, il espère que la peur, la colère, la faim et la haine auront enfin quitté Kaboul et le cœur de tous ses habitants.


Sanctuaire, Grèce, le lendemain

Shaina marche lentement, sans vraiment prêter attention à ce qui l'entoure. Elle croise quelques gardes, qu'elle salue par réflexe, aperçoit certains amis, à qui elle sourit par politesse, et remarque à peine l'avancée des travaux effectués de-ci, de-là. Un nouveau baraquement en train de sortir de terre, une colonne écroulée en passe d'être reconstruite, un nouveau sentier entre deux sites d'entraînement.

Elle ne pensait pas que revenir ici lui serait aussi difficile… Mais elle l'a compris dès qu'elle a posé un pied sur le sol du Domaine Sacré, et qu'elle a suivi Seiya le long de l'interminable escalier.

Ils sont tous arrivés la veille au soir. D'abord le groupe de Kaboul, puis leur groupe à eux, et enfin, Ikki et Jabu, la prise de la capitale Afghane par l'Alliance du Nord ayant donné l'occasion à Shun de leur offrir quarante-huit heures de repos.

L'idée de retrouver Ikki l'a immédiatement réjouie, car dix-neuf jours sans le voir, elle commençait à trouver le temps long… Mais quand ils se sont tous retrouvés dans la salle du Chrusos Sunagein, et qu'elle les a vus tous les deux, l'un à côté de l'autre, elle a tout de suite su qu'elle ne pourrait pas être assez forte.

Seiya ne l'a pas regardée, pas une seule fois, et elle lui a été extrêmement reconnaissante pour cela. Mais Ikki, lui, n'a pas arrêté de la dévisager, de lui sourire, de l'effleurer de la chaleur de son cosmos, et du désir qu'il y avait glissé. Et lorsque Shun les a enfin libérés, après leur avoir décrit les nouvelles missions qu'il comptait leur assigner, toujours là-bas, en Afghanistan, le Lion s'est tout de suite approché d'elle, pour la serrer dans ses bras. Malgré la présence de leur Déesse, malgré la présence des autres, et malgré sa présence à lui.

Elle n'a pas pu voir sa réaction à cet instant, mais elle a pu la deviner, la percevoir, à travers le sursaut, imperceptible pour les autres mais évident pour elle, qu'elle a pu détecter dans son cosmos. Semblable à un hoquet de dégoût, un réflexe de déni, une volonté de ne pas voir. De ne pas les voir tous les deux.

Car elle n'avait bien sûr pas été capable de le rejeter à son retour de l'Est, après son escapade avec Marine et Acrisios. Malgré ce qu'elle n'avait cessé de se répéter pendant sa traversée des montagnes de l'Hindou Kouch. Malgré ce qu'elle s'était jurée de faire en laissant Ikki ce soir-là, le cerveau émietté par la douleur de ne lui avoir rien dit. Rien dit de ce qu'elle partageait avec Seiya, rien dit de ce qu'elle avait compris quand ils avaient pu percevoir ce cosmos noir et froid, qu'elle avait pourtant aussitôt reconnu.

Oui, elle n'avait pas pu respecter la décision qu'elle avait prise, pas pu écouter la voix de sa raison, qui voulait seulement la protéger. Parce que dès qu'elle l'avait vu, dès qu'elle avait senti son regard se poser sur elle, toute sa volonté s'était évaporée, tel un bloc de glace plongé dans l'eau bouillante.

Seiya avait été si heureux de la revoir ce soir-là, et surtout, elle l'avait immédiatement compris, tellement soulagé, tellement rassuré. Elle n'avait pu faire autrement que de répondre à ses caresses, que de répondre à ses baisers.

Et la nuit qui avait suivi, ils avaient fait l'amour, plusieurs fois, et elle n'avait plus pensé à rien. A rien d'autre qu'à lui, son Sagittaire, qu'elle aimait depuis toujours, et qui, dans la douceur de cette nuit-là justement, lui avait enfin murmuré les mots qu'elle avait toujours rêvé d'entendre. Oui, cette nuit-là, lorsqu'ils s'étaient regardés pendant de si longues minutes, les yeux voilés par le plaisir, lorsqu'il avait pris son visage entre ses mains après lui avoir fait crier son nom une dernière fois, lorsqu'il avait ouvert ses lèvres, le souffle encore haletant et hésitant… il lui avait dit qu'il l'aimait. Et qu'il ne pourrait jamais plus se passer d'elle. De sa présence à ses côtés, qui, il en avait la certitude, était désormais son seul rempart, sa dernière barrière, contre sa rage et sa fureur.

Et Shaina l'avait cru, de tels aveux lui semblant même, finalement, presque évidents. Car à cet instant, alors qu'il était encore en elle et qu'il effleurait son cou de ses lèvres, il ne pouvait pas mentir. Et l'amour qui imprégnait chaque onde de son cosmos en était une autre preuve irréfutable.

Mais le lendemain matin, il avait changé. Il n'était déjà plus le même, et son cosmos, lui aussi, était différent. Différent, mais semblable à celui qu'Ikki et elle avaient pu percevoir la veille, quand elle avait senti sa présence et qu'Ikki avait senti la présence d'Hadès. Et la peur qui l'avait envahie à ce moment-là, la peur qu'elle avait voulu oublier pendant quelques heures pour se laisser aimer, l'avait alors ramenée brutalement à la réalité.

Seiya et Hadès. Hadès et Seiya…. Elle ne comprenait pas comment une telle chose pouvait être possible, mais le Souverain des Enfers, qu'ils avaient vaincu, que Seiya avait vaincu, quatorze ans auparavant, était de retour, et il semblait avoir choisi de glisser son âme froide et destructrice au plus près de celle du Sagittaire.

Voilà qui expliquait pourtant un certain nombre de choses… Ses cauchemars constants, incessants, douloureux, pour lui comme pour elle, quand elle devait le serrer dans ses bras pour calmer ses sanglots et apaiser sa terreur. Ses sautes d'humeur permanentes, le conduisant à se comporter tantôt comme le plus tendre des amants, tantôt comme le plus odieux des salauds. Avec elle, comme avec les autres autour d'eux. Et dans ces moments-là, même son disciple adoré semblait perdre grâce à ses yeux.

Alors, elle avait cherché à comprendre, évidemment…

Il y a une semaine de cela, un soir où il semblait être à nouveau lui-même et prêt à l'écouter, elle lui avait demandé ce qu'il était venu faire au Sud-Ouest de Jalalabad, le jour où elle l'avait laissé seul pour aller retrouver Ikki. Et Seiya avait tout nié en bloc. Il lui avait juré, en la regardant droit dans les yeux, qu'il n'était allé nulle part ce jour-là. Et aussi étrange que cela pût paraître, elle était persuadée qu'il lui disait la vérité, comme lui, semblait persuadé de lui dire la vérité.

Une possibilité avait alors effleuré son esprit, peu à peu, mais chaque jour de manière plus évidente. Seiya n'était pas conscient de ce qu'il vivait. En tout cas, une part de lui ne l'était pas. Celle qui lui répétait, presque chaque nuit, avoir besoin d'elle, celle qui lui faisait l'amour et qui lui avait avoué être amoureux. Amoureux d'elle.

Et cette part de lui, elle voulait la protéger, quoi qu'il pût lui en coûter, et quelle que fût l'importance des sacrifices à commettre.

Et c'est justement pour le protéger, qu'elle vient de parler à Shun, comme elle avait de toute façon décidé de le faire depuis longtemps. Pour lui exprimer son inquiétude, et surtout lui signifier ses doutes sur le fait que le mal-être de Seiya pourrait d'une manière ou d'une autre être lié à Hadès. Et elle n'a donc pas été surprise quand Shun lui a fait savoir qu'il partageait son sentiment, et qu'il avait déjà essayé d'agir en conséquence.

Elle l'a alors écouté lui expliquer que Kiki et lui s'étaient rendus à Yomotsu dans le but d'entrer en contact avec le Dieu des Ténèbres. Elle l'a écouté lui décrire tout ce qu'il avait appris ce jour-là, sur sa soif de vengeance, contre Seiya et contre Athéna, et finalement, contre tout le Sanctuaire, sur l'importance de l'armure de Pégase, et sur le rôle qu'il avait joué dans le destin d'Hikari.

Et maintenant, tandis qu'elle marche pour rejoindre le baraquement de son amie Marine, Shaina commence à comprendre. Tout se met en place dans sa tête, et tout lui semble même parfaitement clair. Hadès veut s'emparer de l'âme du Sagittaire pour exercer son courroux à travers lui. Pouvait-il exister une meilleure façon pour ce Dieu maléfique de soumettre le Sanctuaire à sa fureur ? Certainement pas… Et quoi que l'on puisse penser des Dieux, et de leur rôle dans l'avenir de la Terre et de l'Humanité, il faut leur reconnaître une indéniable qualité. Celle de pouvoir faire preuve d'un talent incomparable et d'une imagination inégalable pour mettre en place les plus terribles châtiments…

Mais ni Shun, ni elle ne comptent laisser Hadès mener sa vengeance à son terme. Et bien qu'elle ait caché à son Grand Pope une partie de la vérité sur ce qu'elle sait du supplice que vit leur camarade, celui qu'elle aime autant qu'elle peut aimer son cher frère, elle sait que leur indéfectible volonté est très certainement la meilleure protection dont Seiya puisse bénéficier. Et peut-être, elle a la douleur de l'admettre, l'une des dernières protections qui lui reste.


Shun tapote ses doigts sur le bord de son bureau en regardant par la fenêtre. Shaina vient tout juste de le quitter, et son entrevue avec elle lui laisse une impression particulière, difficile à définir, difficile à interpréter.

Il a eu la surprise d'apprendre que la jeune femme semble avoir tout compris du trouble qui affecte Seiya, et notamment de celui qui en est à l'origine. Cela n'a finalement rien d'étonnant au regard de la mission qu'il sait que son frère lui a confiée, à sa propre demande d'ailleurs, et qu'elle a, de toute évidence, cherché à honorer.

Mais il a également eu le sentiment qu'elle lui cachait quelque chose. Quelque chose sur l'état de leur ami, dont elle semble vraiment se préoccuper, mais aussi sur une tout autre chose, qu'il ne parvient pas à identifier. Mais ce qui le rassure, malgré tout, c'est qu'il est certain qu'elle ne l'abandonnera pas à sa souffrance, et qu'elle mettra probablement tout en œuvre pour lui venir en aide, lorsqu'il en aura besoin. Sans le moindre doute.

D'ailleurs, il a senti une légère amélioration dans l'état d'esprit du Sagittaire, au travers de l'échange qu'ils ont eu tous les deux la veille. Il lui a paru plus apaisé, plus serein, plus léger. Un peu plus semblable à celui qu'il a toujours été. Un peu plus semblable à son meilleur ami.

Alors, il ne sait pas à quoi ou à qui ils doivent ce changement d'attitude. Peut-être à son intervention à Yomotsu, bien qu'il doute malgré tout de l'impact que sa discussion avec Hadès ait pu avoir sur tout cela. Peut-être à la présence de son disciple auprès de lui. Peut-être à la protection de l'Ophiuchus. Peut-être à chacune de ces choses, ou à la somme de toutes ces choses. Mais cela n'a en définitive aucune importance. Seul le résultat compte, et celui-ci semble être assez positif, en tout cas pour l'instant. En tout cas en apparence…

Shun se lève, saisit la carafe posée sur le bureau, et se sert un verre d'eau. Il le porte à ses lèvres, et en avale une gorgée, lentement, en fermant les yeux. Si seulement Seiya pouvait redevenir lui-même. Si seulement toutes ses craintes pouvaient s'effacer. Si seulement il pouvait ne plus avoir peur. Si seulement il avait le droit de s'accorder un peu plus de temps. De leur accorder plus de temps…

Il repose le verre devant lui, et se laisse tomber dans son fauteuil sans rouvrir les yeux. Il bascule la tête en arrière et prend une profonde inspiration. Trois semaines qu'ils se sont aimés pour la première fois. Ici. Juste là. A quelques pas…

Et depuis, il sait qu'il n'est plus tout à fait le même. Il sait que ces quelques heures passées avec elle, avec lui, l'ont changé. En bien ou en mal, ou peut-être, en ni l'un ni l'autre. Il est juste différent, c'est tout. Ni pire, ni meilleur, ni moins sage, ni plus avisé, ni moins préoccupé, ni plus insouciant, ni plus heureux, ni moins malheureux. Quoique, si, c'est indéniable, évident : il est plus heureux. Comme il ne l'a jamais été. Malgré les difficultés, les épreuves, les douleurs qu'il traverse depuis des semaines. Malgré l'angoisse qui lui serre toujours la gorge.

Oui, Shun est heureux. Parce qu'il est amoureux, et que pour la première fois de sa vie, il a pris la décision de laisser ce sentiment avoir une influence sur ce qu'il est, sur ce qu'il veut, sur ce qu'il attend. Au moins un peu. Juste suffisamment pour se sentir vivant. Pour se sentir aimé. Et peut-être, aussi, pour ne plus avoir peur.


Saori regarde son chevalier, sans vraiment pouvoir y croire. Il se tient devant elle, la tête légèrement inclinée vers le sol et un genou à terre. Toujours le même, mais pourtant différent. Il ne semble plus en colère, il semble même parfaitement apaisé, mais elle sent, avec toute la certitude d'une Déesse, que quelque chose en lui a changé. Et elle sent aussi, avec toute l'inquiétude d'une femme amoureuse, qu'elle est incapable de mettre un nom sur l'origine de l'indifférence qu'elle peut lire dans ses yeux.

Seiya relève la tête et la regarde sans la voir. Athéna s'en étonne, Saori en frissonne.

« Tu peux te redresser, Seiya. Nous ne sommes que tous les deux, nul besoin de suivre le protocole.

- Comme tu veux, ma Déesse, dit-il en se mettant debout. Pourquoi m'as-tu fait demander ? En quoi puis-je t'être utile ?

- Comment te sens-tu ?

- Tu ne réponds pas à ma question.

- Si, au contraire. Car c'est la raison pour laquelle je t'ai fait venir auprès de moi ce matin. Je veux juste savoir comment tu vas.

- Eh bien, dans ce cas, sache que je vais très bien, et je te remercie de prendre le temps de t'en inquiéter.

- Mais enfin, comment pourrais-je faire autrement ?

- Disons que je ne suis pas le seul chevalier dont tu aies le devoir de te préoccuper…

- Bien sûr que non, en effet. Mais, tu sais bien que pour toi, il n'y a pas que cela… »

Seiya la regarde encore, mais ne semble toujours pas la voir. Et il ne répond à sa Déesse que par le silence. Un silence lourd, insupportable, en tout cas, qu'elle ne peut pas supporter.

« Seiya… Mais que t'arrive-t-il ?

- Rien. Je ne suis ici que pour te servir, comme je l'ai toujours été. »

Saori se lève de son fauteuil, s'écarte du bureau, et s'approche de lui. Elle effleure son épaule de ses doigts, et ce contact lui arrache presque le cœur. Car elle ne sent rien, aucune chaleur, aucun sentiment, juste le devoir et le respect. Elle ramène son bras contre son buste, recule de deux pas, et s'appuie contre le bois de son bureau.

Le sagittaire la regarde, et un éclat froid voile ses yeux.

« Tu n'es plus satisfait de moi ? poursuit-il, sur un ton neutre et distant.

- Si, bien entendu.

- Alors qu'y a-t-il ?

- Tu m'as manqué, c'est tout, et je pensais que je t'aurais manqué moi aussi…

- Le cosmos de ma Déesse ne me quitte jamais, donc une telle chose m'est impossible.

- Seiya, je ne faisais pas référence à ce genre de présence… »

A nouveau le silence. Insoutenable.

« Seiya, regarde-moi !

- Mais, je te regarde.

- Non, tu ne me regardes pas. Pas comme ça...

- Alors comment voudrais-tu que je te regarde ?

- Comme avant… »

Hésitation. Douleur. Athéna s'interroge, Saori sent son cœur se briser.

Et ces yeux froids qui la dévisagent, toujours les mêmes, ceux de l'homme qu'elle aime. Mais des yeux que, aujourd'hui, elle ne reconnaît pas. Puis, des lèvres qui s'écartent, pour prononcer des mots, qu'elle sait déjà ne pas vouloir entendre.

« Je crois simplement que nous étions dans l'erreur… Nous n'aurions jamais dû… »

Hésitation… Douleur…

« Jamais dû quoi ? Enfin, Seiya, va donc au bout de ce que tu cherches à me dire !

- Nous n'aurions jamais dû nous laisser aller à exprimer nos sentiments... Je l'ai compris aujourd'hui, et je pense que tu l'as compris toi aussi. »

Saori cligne lentement des yeux. Elle doit rester impassible, faire bonne figure malgré tout. Malgré le poids de sa divinité, malgré la fragilité de son humanité.

« Oui, c'est ce que nous aurions dû faire, sans le moindre doute, rétorque-t-elle d'une voix parfaitement calme. Mais ce n'est pas le choix que nous avons fait, tous les deux.

- Je le sais, mais je le regrette. Et je sais que tu dois le regretter toi aussi. »

A nouveau le silence. Mais le silence de la Déesse.

« Je suis désolé, Saori, mais je suis aujourd'hui convaincu que nous n'avons pas d'autre choix plus honorable que celui-ci. Celui d'oublier ce que nous avons cru pouvoir faire vivre entre nous. »

Par tous les Dieux de l'Olympe, comment peut-il prononcer son nom avec une telle indifférence ?!

Rester impassible. Se focaliser sur son rôle. Saori se redresse et répond, d'une voix grave, chargée de toute l'ampleur de sa Divinité :

« Oui, tu as raison, et je partage ton opinion, chevalier. Je te remercie pour la sincérité de tes propos, et d'avoir enfin partagé le fond de tes pensées avec moi, alors que tu ne l'avais plus fait depuis longtemps.

- C'est moi qui t'exprime ma profonde gratitude de m'avoir écouté.

- Je te libère. Je suis certaine que tu souhaites profiter de tes quelques heures de repos.

- En effet. Et si tu me le permets, je souhaite aller m'isoler dans mon temple.

- Bien entendu.

- Merci, Déesse. »

Seiya pose à nouveau un genou à terre pour saluer sa Princesse, et quitte le bureau.

La porte se referme, et Saori s'effondre de douleur. Comment endurer une telle souffrance ? A cet instant, elle maudit sa part d'humanité, celle qui l'a laissé croire à l'amour que seuls les humains partagent. Cet amour qu'elle ne savait destiné qu'à eux, et auquel elle savait ne pas avoir droit.

Non, elle n'avait pas droit à cet amour-là, et aujourd'hui, elle n'a pas d'autre choix que de l'accepter. Car elle sait que Seiya a raison, comme elle a toujours su que ce jour finirait par arriver. Ils n'auraient jamais dû s'aimer de cette façon… pas comme ça. Et aujourd'hui, son chevalier Pégase, son chevalier du Sagittaire, le plus fidèle de tous ses protecteurs, vient enfin de tout remettre à sa place. Pour elle, comme pour lui. Et encore une fois, elle sait qu'elle doit lui être reconnaissante pour cela.

Alors, pourquoi la douleur qui s'empare à cet instant de chaque fragment de son âme est-elle aussi grande, inimaginable, au-delà des mots ? Elle sait pourtant qu'elle doit la vaincre et l'étouffer, dès maintenant. Elle doit camoufler ce qu'elle ressent, effacer la trace de ce sentiment qui commence à imprégner son cosmos, afin de le rendre invisible à tous ses chevaliers. Car personne ne doit savoir. Tout le monde doit ignorer.

Comme cela aurait toujours dû être, et comme cela le sera désormais.

...^...

Seiya quitte le Palais d'un pas lent et régulier, sans lever les yeux du sol de marbre devant lui. Et tandis qu'il marche, ici, dans le Palais de sa Déesse, dans le Sanctuaire Sacré d'Athéna, une voix abominable résonne dans sa tête.

« C'est bien Seiya ! C'est très bien… Je t'avais dit que cela te soulagerait… Je t'avais dit que tu te sentirais mieux après… Te voilà enfin libéré de son insoutenable emprise. Te voilà enfin libre ! Libre de faire tout ce que tu désires. Libre de t'abandonner encore un peu plus à moi… ».

Et le rire d'Hadès pénètre le fond de son âme, s'y faufile insidieusement, pour se frayer un chemin toujours plus certain au travers de son esprit en miettes. Et ce rire, que lui seul peut entendre, fait peu à peu apparaître un large sourire sur ses lèvres.


Marine pose deux tasses sur la table devant elle, et y verse le café brûlant qu'elle vient de préparer. Elle remet la cafetière à sa place juste derrière elle, et s'assied en face de son amie.

« Je ne te propose pas de sucre, Shaina, je sais que tu n'en prends pas, sauf si tu as changé tes habitudes.

- Non, en effet, je n'en veux pas, merci.

- Alors, tu es heureuse d'être de retour au Sanctuaire ? »

Oh Marine, tout est tellement compliqué… Si tu savais…

« Oui, bien entendu.

- Et j'imagine que tu as été comblée de le retrouver ? »

Si seulement tu pouvais savoir…

« Oui, infiniment. Probablement autant que tu l'as été de revoir ton arachnide.

- Ah, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ?! Tu sais que Jabu déteste lorsqu'Ikki s'adresse à lui de la sorte.

- Oui, excuse-moi. C'est que j'ai pris l'habitude d'utiliser les surnoms qu'il affectionne. Mais je veillerai à ne plus en abuser, je te le promets.

- Merci, c'est fort aimable de ta part » s'amuse la Japonaise, en portant la tasse à ses lèvres.

« Et d'ailleurs, en parlant de Jabu, je voulais te demander ton avis sur une chose qui m'a traversé l'esprit, il y a quelques jours déjà.

- Je t'écoute, je t'en prie.

- Je pensais que cela aurait pu être une bonne idée d'organiser un dîner d'anniversaire pour lui, ce soir. Afin de détendre un peu l'atmosphère, et de nous réunir tous ensemble avant que vous ne repartiez.

- Mais Marine, son anniversaire était au début du mois, si je ne me trompe pas ?

- Oui, c'était le trois. Mais cela n'a aucune importance. Je veux juste lui faire plaisir, et profiter de cette occasion pour passer un moment agréable tous ensemble. »

L'Italienne ne peut retenir un frisson, à défaut de pouvoir laisser échapper un hurlement de panique.

Non, Marine ! Tu n'y penses pas ! Je serai incapable de les affronter tous les deux, de supporter leurs regards pendant toute une soirée…

« Je ne sais pas si c'est une très bonne idée… Tu sais, nous sommes tous extrêmement fatigués, et beaucoup d'entre nous n'aspirent qu'à un peu de paix et de tranquillité.

- Oui, Shaina, je peux l'imaginer, et je le comprends tout à fait. Mais ne t'inquiète pas, tu l'auras ton tête à tête avec ton homme, juste après. Et vous aurez toute la nuit pour profiter l'un de l'autre, ajoute-t-elle avec un sourire espiègle sur les lèvres.

- Oh, mais ce n'est pas à ce genre de tranquillité que je faisais référence ! Et niveau paix, ce ne serait probablement pas tout à fait ça non plus…

- Alors, tu vois que tu as déjà tiré un trait sur ces heures de repos que tu semblais appeler de tes vœux. Et avoue que mon idée n'est finalement pas si mauvaise… »

Shaina sent le regard affectueux de sa meilleure amie implorer son soutien. Celle-ci semble visiblement accorder de l'importance à ce dîner, et surtout, elle semble en avoir besoin.

« Écoute, tu n'as peut-être pas tort finalement… Ce dîner pourrait faire du bien à la plupart d'entre nous…

- Alors, tu es d'accord ? Tu m'aideras à tout préparer ?

- Oui, bien entendu. Tu sais que je ne peux rien te refuser !

- Merci Shaina ! Je vais en parler à Jabu de ce pas, et s'il est d'accord lui aussi, j'espère que cela sera le cas – car c'est dans son temple que je compte tous vous inviter – j'en parlerai aux autres.

- Eh bien, tu prends des risques, Marine ! Il pourrait faire une syncope en voyant son chez-soi envahi par une horde de chevaliers tous plus bordéliques les uns que les autres…

- Oui, mais ça, j'en fais mon affaire ! Jabu est tout à fait capable d'oublier sa fichue maniaquerie lorsqu'il peut concentrer son attention sur une tout autre chose, si tu vois ce que je veux dire…

- Je crois que je vois assez bien, en effet… » conclut finalement l'Ophiuchus, en buvant la dernière goutte du café servi par sa meilleure amie.


Seïka referme la porte de l'appartement de la onzième maison, et observe son frère se diriger vers le centre du salon. Elle sait que c'est bien lui qui se tient devant elle, mais elle sent que quelque chose est différent. Quelque chose de très léger, presque imperceptible, mais elle le connaît suffisamment pour noter la différence.

« Bonjour Seïka ! Je suis si heureux de te voir ! »

Pourtant, toujours le même sourire enjoué, les mêmes yeux énergiques, la même douceur dans la voix.

« Bonjour Seiya ! Quel bonheur de te revoir enfin ! Comment vas-tu ? Comment te sens-tu ?

- On ne peut mieux ! Surtout depuis que je suis au Sanctuaire. Ça fait du bien de rentrer chez soi ! »

Tu m'en diras tant…

« Et où est ma nièce ? Ou est Camille ? J'aimerais tellement la voir !

- Elle est aux arènes. Elle profite de la matinée pour s'entraîner avec Jabu. Elle est très contente de le retrouver, tu sais ! »

Fichu arachnide…

« Cela ne m'étonne pas. Notre cher Scorpion a toujours été très apprécié des jeunes apprentis. Marine dit même qu'il possède un talent tout à fait particulier pour former les futurs chevaliers. Bien que je ne pense pas qu'elle soit très objective lorsqu'elle parle de lui…

- Ça, tu n'as pas tort… Mais ils font un travail merveilleux tous les deux avec notre petite Camille, et ils ont même réussi à effacer mes craintes concernant son avenir de Chevalier d'Or. Enfin, en partie seulement… Car je crois que je ne pourrai jamais vraiment accepter cette idée…

- Tu t'es toujours fait beaucoup trop de souci pour tout le monde, Seïka…

- Oui, et à qui la faute, je te le demande ?! Si je n'avais pas eu un petit frère aussi impulsif, je n'aurais peut-être pas pris cette sale habitude…

- Là aussi, je ne peux pas te contredire, ma chère sœur… Je n'ai certainement pas été le meilleur des frangins, et je m'en excuse encore une fois.

- Tu n'as pas à t'excuser. Et tu n'as de toute façon pas été responsable de la plupart des situations qui m'ont causé le plus de tracas. »

C'est le moins que l'on puisse dire…

« Mais, je n'ai pas envie de me remémorer cela aujourd'hui. Parle-moi des paysages que tu as vus là-bas, en Afghanistan. Marine m'a dit que les montagnes étaient magnifiques.

- Oui, elles le sont, même si la guerre les a marquées de trop nombreux stigmates. Cela dit, tu aimerais sûrement, car elles sont effectivement majestueuses et uniques. »

Et remplies de centaines de lâches, à débusquer et exterminer…

Seïka voit le sourcil de son frère se lever, et elle sent à son attitude que la référence au pays dans lequel il est en mission depuis plus de deux mois semble le mettre mal à l'aise. Ou plutôt, que cela semble le mettre… en colère… C'est le moment de changer l'objet de leur discussion…

« As-tu vu Saori ? »

Pourquoi dois-tu me parler d'elle ?

« Oui, je l'ai vue en effet. Et pour tout te dire, je sors à l'instant de son bureau.

- Elle a dû être heureuse de te voir.

- Oui, je le crois, comme moi je l'étais de retrouver ma Déesse. »

Pas un mot de plus. Pas une question de plus. S'il te plaît…

Seïka hésite à poursuivre sur le sujet, mais elle s'est promis qu'elle le ferait. Alors elle reprend, d'une voix toujours aussi douce.

« Tu sais qu'elle se fait beaucoup de souci pour toi, et qu'elle tient beaucoup à toi…

- Évidemment que je le sais. De la même manière qu'elle se préoccupe de tous ses chevaliers.

- Non, pas tout à fait… Seiya, je suis au courant. Cela fait longtemps que j'ai compris… »

Par tous les Dieux, mais pourquoi insistes-tu ?!

« Que tu as compris quoi, exactement ?

- Pour vous deux…

- Ah ça… Alors je te laisserai en parler avec elle, si tu le veux bien. Car moi, je n'ai rien à dire…

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Je n'ai rien à dire, c'est tout ! Et je te ferai remarquer que je ne me suis jamais mêlé de vos affaires à Hyoga et toi, pourtant Athéna sait que j'en crevais d'envie… Alors, s'il te plaît, respecte mon choix de garder le silence. »

Oui, s'il te plaît, et pour ton propre bien, n'ajoute rien… cela n'est aucunement nécessaire…

Seïka ne comprend pas l'attitude de son frère. Comment peut-il s'adresser à elle sur ce ton ? Elle doit vraiment avoir dépassé les bornes en abordant le sujet de sa relation avec Saori, et elle comprend immédiatement qu'elle a fait une erreur. Mais, ce ton, cette froideur… Elle n'arrive pas à croire qu'elle provienne de son frère… Que lui arrive-t-il ? Ses remords et sa colère semblent toujours nourrir sa souffrance, même s'il paraît malgré tout beaucoup plus apaisé.

Il a encore besoin de temps, pense-t-elle alors. Besoin de temps pour laisser les blessures des dernières semaines cicatriser.

Alors, elle va lui en accorder. Du temps. Et de la tranquillité. Elle verra cela une autre fois…

« Écoute, oublie ce que je viens de dire. Cela n'a pas de réelle importance pour l'instant ».

A la bonne heure…

« Et Hyoga, d'ailleurs… Où est-il ? s'enquiert le Sagittaire, pour s'assurer de porter leur discussion sur un tout autre aspect.

- Avec Dimitri. Ils avaient à faire tous les deux ce matin. Mais il a promis que cet après-midi, il serait tout à moi.

- Parfait, alors je vais te laisser. Il ne devrait probablement plus tarder.

- Non, il ne sera pas là avant une heure ou deux. Tu peux rester encore un peu…

- Merci Seïka, je serais très heureux de profiter davantage de ta compagnie, mais j'ai besoin d'aller me reposer dans mon temple, au moins quelques heures. Et ensuite, je voudrais rendre visite à ceux que je n'ai pas eu le plaisir de côtoyer ces dernières semaines, comme Shiryu et Jie-Hu. Je n'ai pas vu le petit depuis longtemps, je parie qu'il a dû prendre quelques centimètres…

- Oui, en effet… Il a grandi, tu verras. Donc vas-y, je t'en prie. J'ai assez profité de toi. »

Elle dépose un baiser sur la joue de son petit-frère, et celui-ci la serre dans ses bras. Avant de s'écarter d'elle, il l'embrasse sur le front, et lui promet de repasser la voir avant son départ.

La jeune femme est finalement en partie rassurée. La colère de son frère semble toujours là, mais il est assurément plus apaisé que lors de sa dernière visite. Et même si elle regrette de ne pas avoir pu approfondir le sujet de sa relation avec Saori, elle sait qu'elle pourra le faire une autre fois. La prochaine fois. Elle se le promet.

Oui, aujourd'hui, Seïka se sent un peu soulagée. Pourtant, elle sent aussi que son frère adoré n'est toujours pas réellement redevenu lui-même…

...^...

Seiya descend l'interminable escalier pour regagner la neuvième maison, en fixant les marches devant lui. Il se rappelle les avoir gravies de très nombreuses fois, il se souvient parfaitement du contact de ces pierres abîmées s'effritant sous ses pieds. Mais il ne se souvient de rien d'autre…

Il doit aller se reposer. Il a besoin de dormir pour calmer cet horrible mal de tête. Et ensuite, il sait qu'il ira voir Jie-Hu. Il le sait, car il le lui a demandé.


Hyoga gravit les dernières marches menant au parvis de la maison du Verseau. Il ferme les yeux et apprécie la douceur de ce moment, lorsqu'il peut sentir la présence de la femme qu'il aime, juste là, de l'autre côté de ce mur millénaire.

Il pénètre à l'intérieur, avance le long du couloir principal, ignore la grande salle sur la droite, celle où il a eu à livrer le pire combat de sa vie, et atteint l'entrée de son appartement, dont il pousse la porte lentement.

Personne. Le calme. Le silence. Il se dirige vers le salon et a le bonheur d'apercevoir des cheveux bouclés dépasser du canapé. Il s'arrête un instant, pour prendre le temps de s'imprégner de cette présence, et pour écouter…

Le bruit d'une page qui se tourne.

Seïka lit, bien sûr. Comme souvent, comme toujours.

Il s'approche un peu plus, se place derrière elle, et se penche pour l'embrasser dans le cou.

« Désolé de déranger ta lecture…

- Tu ne la déranges pas… »

Elle laisse tomber le livre sur ses genoux, et se tourne pour déposer ses lèvres sur les siennes.

Le Verseau saute alors par-dessus le dossier et s'installe à côté d'elle.

« Continue, je t'en prie.

- Cela n'est pas nécessaire.

- S'il te plaît… Tu n'as qu'à lire à voix haute. Je suis certain que cela me plaira.

- C'est de la poésie, Hyoga…

- Absolument parfait. Quel poète ?

- Ça, tu n'auras qu'à deviner… »

Le Saint de Glace s'allonge sur le dos, et laisse reposer sa tête sur les cuisses de sa compagne.

« Tu es à ton aise ?

- Oui, je le suis. »

Seïka commence à réciter les vers d'un premier poème, en alexandrins. Hyoga sourit. Baudelaire, bien sûr… Et ces vers, douce musique qu'il laisse pénétrer son esprit, le charment, le calment, l'apaisent. Il se sent bien, ici, maintenant. Avec elle. Elle qui, tandis qu'elle poursuit sa lecture, caresse ses cheveux, effleure sa joue de ses doigts, et frôle la cicatrice recouvrant son œil gauche.

Le Verseau remonte sa main et la plaque par-dessus la sienne. Il ne s'accorde jamais le temps de la regarder. Il n'a pas besoin de la voir, et de toute façon, elle a presque disparu. A peine une légère apostrophe sur sa peau abimée, qu'il ne sent plus depuis longtemps. Pourtant, il sait qu'elle est . Il ne l'oubliera jamais. La marque éternelle de sa culpabilité. La cicatrice de la blessure qu'il s'est laissé infliger devant le Pilier de l'Océan Arctique, pour demander l'impossible pardon à son meilleur ami. Isaak.

Seïka interrompt sa lecture et baisse les yeux vers lui.

« Ça va ?

- Oui, bien sûr. Tant que je suis avec toi. »

Elle approche son visage du sien et l'embrasse tendrement. Il sent sa langue effleurer ses lèvres, et une vague de douceur se répand le long de sa colonne. Il place une main derrière sa nuque, pour approfondir leur baiser, et le livre glisse sur le sol. Tant pis…

Il se redresse légèrement, se tourne face à elle, et, sans détacher la bouche de la sienne, la couche sur le canapé. Il se place au-dessus d'elle, descend ses doigts sur sa poitrine, qu'il caresse un instant, avant de poursuivre sur son flanc, qu'il effleure lentement. Il abandonne alors ses lèvres, pour laisser échapper un murmure.

« Seïka… Merci… pour ce que tu me donnes, et ce que tu acceptes de moi.

- Chut… Hyoga… Aime-moi… »

Leurs regards se troublent, leurs voix s'étouffent, et ils s'aiment. Il s'aiment tandis qu'une fine couche de brouillard apparaît au cœur du temple du Verseau, autour du Maître des lieux et de celle qui l'aide chaque jour à accepter de rester celui qu'il a le devoir d'être. Malgré les blessures. Malgré les souvenirs. Malgré les pertes, considérables. Et malgré la culpabilité, éternelle.


Jie-Hu est assis sur le premier gradin et observe le combat entre son père et son ancien disciple. Ces deux-là ne s'étaient plus affrontés depuis longtemps, et la force qu'ils placent dans leurs attaques témoigne de la joie qu'ils éprouvent à se retrouver ainsi dans l'arène.

Concentré à l'analyse des mouvements des combattants devant lui, le petit Chinois ne prête pas attention à celui qui arrive sur sa droite.

« Bonjour Jie-Hu !

- Seiya ! Bonjour ! »

Le jeune garçon s'agrippe à son cou, et le Sagittaire manque de tomber en arrière.

« Eh, doucement ! Tu as grandi, tu sais… et pris quelques kilos aussi…

- Pardon… Mais je suis tellement content de te voir !

- Oui, moi aussi, je suis heureux. Comment vas-tu ?

- Aussi bien que possible pour le pauvre apprenti du Cancer que je suis…

- Et justement, comme se passe ton entraînement ?

- Il se passe…

- C'est-à-dire ?

- Je n'ai pas trop envie d'en parler…

- Ah, ça se passe bien à ce point ?...

- Oui, à ce point… »

Jie-Hu passe une main dans ses cheveux et se rassied sur la marche de pierres, en serrant ses genoux contre lui.

« Et toi, comment vas-tu ?

- Ma foi, pas trop mal…

- Et l'Afghanistan, alors ?

- Je n'ai pas grand-chose à en dire… Si ce n'est que les paysages valent le coup d'œil, assurément.

- Je te crois sur parole, car je n'y suis jamais allé… Je ne suis jamais allé nulle part d'ailleurs. Je ne connais que Rozan et la Grèce…

- Ce n'est déjà pas si mal, tu sais…

- Oui, probablement… »

Jie-Hu pose la tête sur ses genoux et croise les mains sur ses chevilles. Ses yeux dérivent à nouveau vers le centre de l'arène, où son père et le Capricorne s'affrontent toujours avec la même ardeur.

« Et Yomotsu alors…

- Quoi Yomotsu ? s'étonne le jeune apprenti.

- Comment te sens-tu là-bas ? »

Pourquoi une telle question ?

« Très bien. Parfaitement bien même…

- Et que ressens-tu précisément ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Jie-Hu… Je sais que tu vis quelque chose de spécial lorsque tu te rends là-bas.

- Comment le sais-tu ?

- Je le sais, c'est tout… Alors je t'en prie, je t'écoute…

- Très bien. Après tout, j'ai toujours eu confiance en toi, et je sais que tu es mon ami. Alors voilà. Si tu veux tout savoir, là-bas, je ressens tout ce que je ne ressens pas ici. La compassion, la compréhension, l'envie, et… je sais que cela peut paraître étrange étant donné la nature de ce lieu, mais… je ressens aussi la vie…

- C'est très bien tout ça. Très très bien. Et as-tu pu percevoir une présence ?

- Quel genre de présence ?

- Une énergie, Jie-Hu, une énergie d'une puissance inouïe, là-bas, juste au bord du Puits.

- Du Puits des Morts ?

- Oui…

- Comment le sais-tu ?

- Je le sais, c'est tout…

- Oui, je l'ai sentie, en effet. Surtout la dernière fois, lorsque j'y suis allé avec …

- Lorsque tu y es allé avec qui ?

- Euh… mon père, comme à chaque fois.

- En es-tu sûr ?

- Oui, bien entendu !

- Alors je te crois. Mais parle-moi donc de cette présence…

- Oh, c'est quelque chose de gigantesque, Seiya ! Tu ne peux pas imaginer… Et je sens qu'elle m'appelle, qu'elle m'attire, qu'elle m'est destinée, à moi, et qu'elle veut me rendre plus fort. Alors je m'en nourris à chacun de mes passages.

- C'est très bien, Jie-Hu. Et tu as raison : cette énergie t'est destinée, à toi, et à toi seul...

- Merci Seiya ! Je crois que tu es le seul à me comprendre. Comme tu l'as toujours été…

- Arrête, tu me flattes !

- Mais c'est vrai !

- Alors tant mieux. C'est un sentiment merveilleux que celui d'être compris.

- Oui, tu n'as pas idée !

- Allez, je te laisse profiter du spectacle que nous offrent Aleix et ton cher père… Il s'agit là d'un combat fort instructif, sans le moindre doute… A plus tard, Jie-Hu !

- A plus tard, Seiya ! Et encore merci ! »

Le Sagittaire adresse un clin d'œil à son jeune camarade et s'éloigne de l'arène, les mains bien enfoncées dans les poches. Et toujours cette voix, qui, il l'a compris, ne le laissera pas tranquille aujourd'hui…

« Eh bien, me voilà rassuré… Il est parfait ce petit. Absolument parfait… »

Et toujours ce rire… qui torture l'esprit du chevalier dont il veut prendre la place. Le rire d'Hadès.


Jabu sourit, sans toutefois se sentir très à son aise. Il n'a pas l'habitude d'être ainsi le centre d'intérêt, et il se demande bien ce qui lui a pris d'accepter l'idée de Marine… Mais il n'a pas été capable de lui dire non, surtout quand elle l'a regardé avec ses yeux suppliants, emplis de toute la détermination d'une femme décidée, et qui plus est, d'une femme chevalier…

« Merci à tous d'être venus dans mon temple ce soir, pour célébrer… Eh bien, je ne sais pas trop quoi en réalité… »

Hésitation feinte. Grattement de tête.

« Ah si, mon anniversaire !… Quel âge déjà ? Je ne sais plus... Mais Seiya et Shun, vous pouvez probablement m'aider sur ce point ?

- Vingt-huit ! s'exclame Hyoga, sans laisser à d'autres la possibilité de répondre.

- De la part d'un vieillard comme toi, ce regain de mémoire me flatte! Trente ans dans un tout petit peu plus de deux mois, Hyoga, tu vas survivre à une telle épreuve ?

- Ne t'inquiète pas pour moi ! Je m'en débrouillerai… Si Ikki a réussi à franchir le pas, je devrais y parvenir…

- Tu parles ! rétorque l'intéressé. Après ce que vous m'avez fait endurer cette nuit-là, je te promets de te faire passer une salle journée, que tu ne seras pas prêt d'oublier…

- Arrête, tu n'as pas été si malheureux lors de cette soirée, poursuit le Saint de Glace, en adressant un coup d'œil explicite dans la direction de la belle Italienne assise à ses côtés. Enfin, jusqu'à ce que Seiya foute tout par terre …

- Il n'a pas tout foutu par terre, seulement une personne, c'est tout… précise le chevalier de l'Aigle, visiblement encline à défendre son ancien élève.

- Marine, je crois que tu es un peu trop indulgente avec notre Sagittaire, ajoute Jabu.

- Et si vous laissiez l'accusé répondre pour se défendre… le coupe Shiryu, d'une voix forte et calme. Seiya, qu'as-tu à dire pour expliquer ton geste ce soir-là ?

- Merci de me donner la parole, mais je n'ai justement rien à dire.

- Quelle éloquence ! Tu pourrais faire mieux…

- Non Jabu, je ne voudrais pas te voler la vedette…

- Et si nous changions de sujet… finit par suggérer Shun, depuis l'autre bout de la table.

- Très bonne idée ! Notre Grand Pope… toujours la voix de la sagesse !

- Jabu, pas de ça avec moi ce soir, s'il te plaît. Moi aussi j'ai parfois besoin d'un peu de repos

- Vraiment ?! Alors c'est que quelque chose ou quelqu'un a changé mon petit frère !

- Pas du tout !

- Mais Shun, pourquoi est-ce que tu rougis ?!

- Je ne rougis pas Hyoga, j'ai un peu chaud, c'est tout… »

Sorrento ne peut s'empêcher de sourire, en lançant un regard complice et affectueux au Caméléon assise juste en face de lui. Si les autres savaient… ils tomberaient probablement de leurs chaises, tous en même temps ! …

« Qu'est-ce qui te fait rire comme ça, la Sirène ? interroge le jeune Pégase, sur un ton assez énergique.

- Hikari !… ce n'est pas une façon de parler à un invité, le réprimande Acrisios.

- Quoi ? Je n'ai pas été impoli… Et puis, c'est bien le nom de l'Écaille que tu portes, non ?

- Oui, tout à fait, approuve le Marina, d'une voix amusée.

- Alors, tu vois Acri, notre invité, comme tu dis, ne s'est pas senti offusqué par la question que je viens de lui poser… N'est-ce pas, Général ?

- Non, pas le moins du monde. Cela dit, et pour être tout à fait honnête avec toi, j'ai déjà oublié l'objet de ton interpellation.

- Je voulais juste savoir ce qui te faisait rire.

- Oh, rien de particulier… Vos discussions me semblent toujours tellement plaisantes à écouter… Disons que ce genre d'interactions n'étaient pas habituelles dans le Sanctuaire sous-marin, et ne le sont toujours pas aujourd'hui, parmi le peu d'entre nous qui avons survécu…

- Je vois. Alors profite du spectacle…

- Ne t'en fais pas pour moi, j'en profite pleinement… », finit par ajouter l'Autrichien, avec un imperceptible sourire sur les lèvres, destiné à la jeune femme qui ne l'a pas quitté des yeux depuis le début de son échange avec le jeune Pégase.

June se passe nerveusement une main dans les cheveux et tourne la tête sur sa gauche, pour indiquer silencieusement à son amant d'en face la nécessité de terminer cette discussion qui commence à la mettre mal à l'aise.

Message reçu… Sorrento se penche légèrement pour s'adresser au futur Gémeaux.

« Et toi, Acrisios, où en es-tu de l'obtention de ton armure ? J'ai l'impression que tu devrais bientôt achever ta formation…

- Oh là ! Sorrento… Tu ne sais pas que tu t'adresses au plus gros flemmard de tous les apprentis du Sanctuaire ?!

- Hikari ! Je ne suis pas un flemmard ! s'agace le jeune Grec.

- Alors pourquoi tu n'as toujours pas ton armure sur le dos ?

- Pour tout un tas de raisons ! D'abord, une armure d'Or nécessite significativement plus d'effort à obtenir qu'une simple armure de Bronze !

- A d'autres cette excuse…

- Ensuite, je dois tout de même préciser que j'ai eu un maître assez absent ces deniers mois… Même si cela ne justifie pas tout…

- Oui, sur ce point, tu n'as pas tort…

- Et enfin…

- Oui ? Enfin quoi ?...

- Mon armure n'est pas la plus simple de toutes…

- Ça, c'est sûr ! Et j'espère pour toi que tu t'en sortiras mieux que tes deux prédécesseurs !

- De quel droit dis-tu cela, Hikari ?! s'indigne le Marina. Tu ne les as pas connus… Et même si je ne peux nier que Kanon, qui est celui que j'ai le mieux connu, présentait une personnalité, comment dire…, relativement forte et atypique, lui et son frère étaient d'immenses guerriers, qui ont tout sacrifié pour leur Déesse dès qu'ils ont pris conscience de leurs erreurs. Et par ailleurs, Acrisios n'a pas de frère, en tout cas à ma connaissance.

- Là, je suis désolé de t'apprendre que tu te trompes. »

Le voile de tristesse masquant les yeux de son meilleur ami fait immédiatement regretter à Hikari les mots qu'il vient de prononcer.

« Oh, pardon Acri ! Je ne voulais pas dire ça…

- Non, pas de problème, c'est la vérité, et Sorrento ne pouvait pas savoir… »

Le Général lève un sourcil interrogateur, auquel le jeune Grec se sent dans l'obligation de répondre.

« En réalité, j'ai eu un frère autrefois. Un frère jumeau. Il s'appelait Proïtos. Mais il est mort depuis longtemps…

- Je suis désolé de l'apprendre, et je m'excuse alors de ma remarque, pour le coup tout à fait déplacée.

- Tu n'as pas à t'excuser, tu ne pouvais pas savoir… Et cela n'a aucune importance.

- Et ne change rien au fait que tu es un gros flemmard ! le coupe Hikari. Mais un flemmard énervé… qui, si je continue comme ça, je le sens, va bientôt m'envoyer dans une dimension lointaine d'où je pourrai enfin fermer mon satané clapet…

- Je n'aurais pas dit mieux moi-même ! Donc, avec toute la sincérité que je dois à notre indéfectible amitié, merci de le fermer, ton – ma foi fort bien qualifié – satané clapet ! »

Les deux jeunes garçons se mettent à rire en cœur, et Sorrento se voit satisfait d'être ainsi sorti du collimateur du chevalier Pégase…

...^...

Hyoga se lève et se faufile entre les tables pour rejoindre celui à qui il veut taper la causette. Il prend une chaise qu'il retourne, pour s'asseoir en prenant appui sur son dossier.

« Alors Shiryu, quoi de neuf depuis ta dernière visite à Kaboul ?

- Rien de particulier… La routine.

- Et l'entraînement de ton fils ? Comment se passe-t-il ? »

L'ancien Dragon se redresse et se racle la gorge pour préparer sa réponse.

« Eh bien, disons qu'il est à la hauteur de ce que je peux lui offrir…

- C'est-à-dire ?...

- C'est-à-dire assez éloigné de ce qu'il attend, j'en ai bien peur…

- Pour être totalement honnête avec toi, je dois t'avouer que je suis un peu au courant de vos déboires… Dimitri m'en a touché deux mots.

- Je vois… Et que t'a-t-il dit au juste ?

- Qu'il y avait eu un « incident » à Yomotsu, et que depuis, les choses étaient relativement compliquées entre vous.

- Tu pourras féliciter ton disciple pour sa lucidité et sa capacité de synthèse, car c'est tout à fait ça…

- Mais, pourrais-tu m'en dire un peu plus, si cela ne t'ennuie pas ? Je pourrais peut-être te venir en aide, bien que mon expérience de maître, comme de père d'ailleurs, ne soit pas aussi développée que la tienne…

- Oh, je ne peux pas me vanter de mon expérience, Hyoga, car celle-ci me paraît bien médiocre au regard de la situation dans laquelle je me trouve.

- Ne sois pas si dur avec toi-même, et explique moi quelle est la source du problème entre vous.

- Par où commencer ?… En premier lieu, je pense que nous sommes différents, c'est une évidence. Ensuite, il me reproche de ne pas le comprendre, et je dois reconnaître qu'il a entièrement raison. Je ne le comprends pas, en tout cas pas suffisamment, c'est certain.

- Qu'est-ce que tu ne parviens pas à comprendre chez lui ?

- Déjà, son attachement pour cet endroit maudit…

- Yomotsu ?

- Oui, Yomotsu. Il s'y sent bien, Hyoga… Il semble même que ce soit là-bas qu'il se sente le mieux. Et ce simple constat me met profondément mal à l'aise. Car pour moi, il n'existe pas de lieu plus abject que celui-ci. Après, je sais très bien que ce sentiment est directement lié à l'armure à laquelle Jie-Hu est destiné, mais j'ai du mal à l'accepter.

- Qu'as-tu du mal à accepter exactement ? »

Un soupir et un battement de paupières. Une hésitation inhabituelle. Un voile de tristesse.

« Un peu tout, je crois… L'armure pour laquelle je le forme, son attachement à cette constellation, le talent dont il fait preuve pour s'approprier les arcanes du Cancer, son affection pour les ombres de Yomotsu, son attirance pour l'énergie froide et vide qui y règne, et sa ressemblance avec lui

- Sa ressemblance avec qui ?

- Avec Masque de Mort ! Hyoga, Jie-Hu lui ressemble chaque jour davantage, et je ne le supporte pas…

- Qu'est-ce que tu ne supportes pas, Shiryu ? Qu'il lui ressemble ou qu'il ne te ressemble pas ? »

Le Verseau plonge ses yeux dans ceux de son ami, et la peine qu'il peut y lire lui fait comprendre qu'il a certainement touché du doigt le principal problème.

« Je ne sais pas… Probablement les deux… Hyoga, cela m'est tellement difficile… Je ne sais pas comment je vais pouvoir continuer sa formation sans le mener droit à la catastrophe.

- Enfin Shiryu, tu dois reprendre confiance en toi. Tu es probablement le meilleur professeur de tout le Sanctuaire, et sans le moindre doute le meilleur pour ton fils. Et tu ne dois pas oublier l'atout primordial sur lequel tu peux, et tu dois t'appuyer… L'amour que tu portes à ton fils, et celui que ton fils te porte.

- Oui, je sais tout ça… Mais cela ne m'empêche pas d'avoir peur. Peur pour lui, et pour ce qu'il deviendra, ou ne deviendra pas, à cause de moi.

- Arrête un peu de te torturer comme ça ! Jie-Hu deviendra ce qu'il voudra devenir, et ce que, nous sommes malheureusement bien placés pour le savoir, le Destin voudra faire de lui.

- Oui, et c'est justement ce que je crains de ne pouvoir accepter !... ».

Le chevalier de la Balance saisit la tasse de thé devant lui et la fait nerveusement tourner entre ses mains. Le Verseau l'observe et comprend qu'il est temps de parler d'autre chose. Et il sait exactement ce qui pourrait détendre l'atmosphère de leur échange…

« Mais pour changer de sujet, dis-moi un peu comment s'est passée ta dernière escapade dans la vallée du Pandjchir.

- Eh bien, j'ai été ravi de voir Hikari et Seiya cette fois-là.

- Oui, mais encore …

- Et de pouvoir rendre visite à la petite qu'Aleix et Vjeko avaient secourue près de Kaboul.

- Oui, mais encore…

- Et d'avoir le plaisir de pouvoir profiter de la beauté des montagnes de cette région…

- Arrête de tourner autour du pot ! Et dis-moi si tu as pu la voir, elle ? insiste Hyoga, avec un large sourire sur le visage.

- Je ne sais pas de qui tu parles, s'amuse l'ancien Dragon.

- Par tous les Dieux, Shiryu qui fait de l'humour ! Alors, je crois que c'est plus sérieux que ce que je pensais !

- Arrête un peu de te faire des idées !

- Des idées sur quoi, exactement ?...

- Tu es incorrigible ! Et ta curiosité est sans limite…

- Ce n'est pas de la curiosité, mais de l'intérêt pour le bien-être émotionnel de l'un de mes meilleurs amis ! Alors, vas-tu me dire si tu as pu la voir, oui ou non ?

- Oui, je l'ai vue ! Voilà, tu es content ?!

- Et alors ?…

- Alors, Nooria et moi nous entendons très bien, et partageons beaucoup de choses en commun.

- Nooria… c'est un joli nom ça ! Et tu le prononces déjà avec toute l'affection d'un homme amou…

- Un mot de plus, Hyoga, et tu connaîtras la fureur de mon courroux !

- Oh, tout de suite les grands mots, Maître Shiryu ! C'est bon, j'ai compris, je te laisse tranquille avec ça… Et de toute façon, j'ai appris tout ce que je voulais savoir.

- Merci de ta bienveillance, mon ami. Et je ne saurais que te conseiller de garder le silence sur la nature de ce que tu crois avoir compris.

- Bien entendu… Je ne dirai pas un mot de ton histoire aux autres.

- Mais il n'y a pas d'histoire, Hyoga !

- Ça, c'est ce que tu veux me faire croire ! Mais ce que j'ai pu voir dans tes yeux ce soir ne trompe pas… Allez, je me tais, avant que tu ne me renvoies dans mon temple sur le dos de tes Cent Dragons Suprêmes de Rozan.

- Voilà les mots les plus sensés que tu aies prononcés depuis ces cinq dernières minutes ! » conclut la Balance, en laissant malgré tout apparaître un sourire sincère sur ses lèvres.

...^...

Shaina écoute les discussions de ses amis autour d'elle, sans y prêter la moindre attention. Elle se concentre, simplement, pour ne pas hurler. Hurler sa honte et son malaise. Sa colère contre elle-même et son éternel faiblesse. Son amour pour lui, et son amour pour l'autre.

Elle sent la main d'Ikki remonter le long de sa cuisse gauche, tandis qu'il discute d'elle ne sait trop quoi avec Marine, et elle panique à l'idée que Seiya puisse surprendre ce petit manège.

Mais le Sagittaire ne semble pas se préoccuper d'elle, et à vrai dire, il ne semble se préoccuper de personne… Il regarde dans le vague, droit devant lui, comme si son esprit se trouvait ailleurs, totalement hermétique au monde autour de lui.

Elle saisit la main responsable de l'apparition d'une chaleur croissante sur ses joues, et la renvoie sur les cuisses de son propriétaire. Un imperceptible rire sur sa gauche lui indique que son amant a visiblement compris le message, et elle pousse un soupir de soulagement. Déjà une chose de moins à gérer...

Elle avance ses coudes devant elle et pose son menton dans le creux de ses mains. Pourquoi Seiya se comporte-t-il de cette manière aujourd'hui ? Elle le connaît suffisamment, a appris à déchiffrer le moindre sursaut dans son cosmos, pour savoir, avec la certitude d'une femme convaincue de la force de l'amour qui la consume, que Seiya n'est pas lui-même ce soir. Et elle a d'ailleurs le sentiment, effroyable et glaçant, qu'il ne reste plus grand-chose de lui dans le corps qui se tient juste à quelques mètres de l'autre côté de la table.

Oui, l'homme qui se trouve ici, avec eux, dans le temple du Scorpion, n'est pas celui qu'elle aime depuis plus de quinze ans. Et elle ne comprend pas pourquoi personne d'autre ne semble le remarquer à part elle.

Pourquoi personne ne semble s'en inquiéter ? Pourquoi Shun ne voit-il rien ? Il devrait se rendre compte de quelque chose... Comment peut-il ne rien voir ?

Soudain, un mouvement sur sa gauche, des lèvres qui s'approchent de son oreille, et une voix qu'elle voudrait entendre pour toujours.

« Je m'en vais ma belle. Je ne peux pas rester une seconde de plus ici. Je n'en suis pas capable. Pas si je ne peux pas te toucher. Je t'attends... »

« Tu t'en vas déjà, Ikki ?! s'exclame le Scorpion.

- Oui, j'ai assez vu ta sale carapace d'arachnide, et je laisse aux autres le plaisir de pouvoir profiter de ta présence.

- Alors, bonne nuit, mon chaton !

- Va te faire voir ! Mais bonne nuit à toi aussi... » lance le chevalier du Lion, en quittant l'enceinte de la huitième maison, sans jeter le moindre regard à personne.


Marine ramasse les derniers verres qui traînent encore sur la table, et les pose à côté de l'évier. Elle se penche contre l'épaule de Jabu et y dépose un baiser.

« Ça s'est plutôt bien passé. Est-ce que tu es content ?

- Oui, Marine. Tu as eu une très bonne idée, et je crois que tout le monde a passé une excellente soirée.

- On dirait bien. Enfin, tous sauf un... Seiya ne m'a pas donné l'impression d'être avec nous ce soir.

- Oui, je l'ai remarqué moi aussi. Mais tu sais combien il est difficile à comprendre ces derniers temps…

- Je sais... Et je n'ai pas d'idées sur ce que nous devrions faire pour lui venir en aide.

- Je ne pourrai pas t'aider sur ce point... »

Le Scorpion tend la main dans la direction des verres déposés par sa compagne, et celle-ci lui saisit le bras au passage.

« Tu ne veux pas arrêter de faire le ménage, s'il te plaît ?

- Mais, je ne crois pas avoir autre chose de mieux à faire...

- Ah oui, vraiment ?... »

Marine noue ses bras autour de sa taille et le tire vers elle. Elle effleure son cou de ses lèvres, et s'arrête vers son oreille.

« La vaisselle attendra, Jabu. Et prends plutôt le temps de t'occuper de moi... Ici, maintenant. »

Le gardien du huitième temple obéit docilement, en la soulevant par les hanches pour l'asseoir sur le plan de travail de sa cuisine. Sa cuisine habituellement si bien rangée, mais qui, ce soir, restera en désordre jusqu'au lendemain matin, sans qu'il n'en éprouve le moindre remord.


Vjeko et Aleix discutent adossés contre les grandes colonnes de l'entrée de la maison du Scorpion. Tous les autres se sont maintenant éloignés, et plus personne ne se trouve sur les marches du monumental escalier.

« Bon, je crois que nous avons attendu assez longtemps. Allons-nous coucher, s'il te plaît.

- Alors, bonne nuit Vjeko. Je ne te raccompagne pas, tu n'as pas oublié le chemin pour regagner tes quartiers.

- Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?

- Qu'est-ce que tu peux être facile à duper, parfois !

- Aleix !

- Quoi ?... Je n'ai pas pu résister à la tentation de voir cet éclat de colère briller dans tes yeux...

- Ce n'est pas de la colère...

- Alors qu'est-ce que c'est ?

- D'après toi ?... »

Le Phoenix s'approche du Capricorne et plonge ses lèvres dans la base de son cou.

« Tu as compris, maintenant ? Allons dans ton temple, vite... Avant que je ne perde le peu de sang-froid qu'il me reste. »


Leurs pas résonnent dans le long couloir du Palais, parfaitement silencieux et éclairé par la faible lueur des quelques torches qui sont encore allumées. Shun marche devant, et June et Sorrento le suivent en s'effleurant la main du bout des doigts.

Le chevalier de la Vierge s'arrête au bout du corridor, et se tourne vers eux pour les saluer.

« Bonne nuit, vous deux. Je suis épuisé, je vais aller me coucher. »

La Sirène le regarde en souriant, tandis qu'il serre la main de June dans la sienne.

« Si c'est ce que tu souhaites, alors bonne nuit... » murmure-t-il, en s'approchant de lui.

Shun recule contre le mur du couloir, et ferme les yeux lorsque les lèvres du Marina se posent sur les siennes.

« Mais je ne pense pas que tu aies vraiment envie de dormir... »

Il descend sa main le long de son bras et entrelace ses doigts dans les siens.

« Viens avec nous cette nuit, s'il te plaît... »

Et pour toute réponse, Shun plaque sa main libre derrière la nuque du Général pour l'attirer contre lui, tandis que June effleure à son tour sa bouche de ses lèvres.


Ikki retire le soutien-gorge de Shaina et la pousse doucement sur le lit. Il l'admire un instant avant de la rejoindre, en parcourant sa poitrine de ses lèvres et de ses doigts.

« J'ai cru devenir fou tout à l'heure... Tu sais que tu peux te comporter comme un véritable monstre parfois ! Pourquoi vouloir me faire endurer de tels supplices ? »

Oui, comment est-ce que je le peux ?...

« Ikki… »

Il remonte lentement jusqu'à ses épaules, puis effleure la peau si douce de son cou, avant de s'arrêter, enfin, sur sa bouche. Il caresse ses lèvres de sa langue, et les sent s'écarter pour répondre à ce baiser tant attendu. Un baiser d'abord délicat, sensuel, puis passionnel, fusionnel. Un baiser dans lequel ils laissent exploser le désir qu'ils retenaient en eux depuis un trop grand nombre de jours.

« Je t'aime… »

Il la touche, la caresse, la serre contre lui, pour la sentir contre sa peau, savoir qu'elle est là, avec lui. Qu'elle lui appartient, à lui et à lui seul. Il veut s'en assurer, par les gémissements qu'elle laisse échapper, par les ongles qu'elle enfonce dans son dos, par son bassin qu'elle pousse contre le sien.

Shaina enroule ses jambes autour de sa taille, et d'un mouvement précis et efficace, elle le renverse sur le dos pour se placer au-dessus de lui. Elle le regarde dans les yeux, dans ces yeux qu'elle ne voudrait jamais oublier, et pose ses mains à plat de chaque côté de lui. Ses seins frôlent son torse dans une caresse somptueuse, qu'elle sait capable de le rendre fou.

« Je t'aime aussi… »

Elle l'embrasse une nouvelle fois, mordille doucement ses lèvres entre ses dents, et déplace ses mains sur ses épaules, qu'elle effleure du bout des doigts. Elle poursuit ses caresses, arrête une main sur son torse, et laisse l'autre continuer plus bas, entre ses jambes. Elle prend son érection dans le creux de sa paume, et la presse délicatement pour la sentir plus vigoureuse entre ses doigts.

« Putain, Shaina… »

Il la saisit par la nuque et l'embrasse de toutes ses forces. Il la fait basculer sur le côté et se blottit derrière elle. Il prend son sein gauche dans une main, descend son autre main le long de son ventre, puis sur sa hanche et sur sa cuisse, avant de la plaquer sur son sexe. Il le caresse doucement, du bout des doigts, qu'il enfonce ensuite en elle.

Shaina sent son souffle se perdre dans les murmures qui s'échappent de ses lèvres. Elle pose sa main par-dessus la sienne, pour accompagner sa caresse, la rendre plus ferme, la rendre encore plus délicieuse.

Ikki perd peu à peu le contrôle. Il voudrait tout donner à la femme qu'il aime, qu'elle prenne tout de lui, qu'il ne reste rien. Il voudrait qu'elle l'aime pour toujours, lui et lui seul, et qu'elle ne pense plus à lui. Car quoi qu'elle puisse essayer de lui faire croire, et quoi qu'elle puisse vouloir au fond d'elle, il sait qu'elle l'aime toujours. Même maintenant, quand elle gémit sous ses doigts, quand elle lui dit qu'elle l'aime, et qu'il est convaincu qu'elle lui dit la vérité. Oui, il sait qu'elle aime toujours Seiya, qu'elle est incapable de l'oublier, et qu'elle ne le pourra probablement jamais. Il l'a compris depuis longtemps. A vrai dire, il l'a même toujours su. Mais il s'en fout. Car, c'est lui qui est en train de lui faire l'amour. Lui, et lui seul. C'est lui qui va la faire jouir. Ici, et maintenant. Et c'est lui qu'elle serre contre elle, et qu'elle laisse entrer en elle. Lui, et lui seul.

Shaina suffoque, elle gémit, son désir l'étouffe, son plaisir la libère. Elle sent Ikki aller et venir en elle, et elle oublie tout le reste. Pour quelques minutes, elle veut tout oublier. Elle veut oublier Seiya, pour ne penser qu'à Ikki. Qu'à lui, et à lui seul. Si seulement elle en était capable...

Et elle crie. Elle crie de toutes ses forces, tandis qu'elle ne peut retenir ses larmes. Oui, elle ne peut s'empêcher de pleurer alors qu'elle jouit dans les bras d'Ikki, qu'elle aime plus que tout. Mais qu'elle ne peut pas aimer plus que lui. Son Sagittaire. Toujours lui. Même maintenant. Même ici...


A suivre...

Merci de m'avoir lue... J'espère que cela vous a plu...

A bientôt, et surtout, prenez soin de vous !