Bonjour !
Déjà 19 chapitres sur cette histoire... Le temps passe vite ! J'espère que vous n'êtes pas découragés par la longueur. Je ne fais pas traîner pour le plaisir, c'est simplement que j'essaie de garder de la cohérence et du réalisme dans l'histoire, le développement des personnages et les relations entre eux. A la base, je voulais faire de cette histoire une petite romance entre une héritière de sang-pur et un fils Weasley, et au final j'adore décrire l'émancipation de Nerys, et les doutes/peurs/envies de tout son entourage.
Avec ce chapitre, la taille de cette fanfiction doit dépasser les 140 000 mots, c'est la taille d'un roman ! C'est marrant car on ne s'en rend pas forcément compte sur fanfiction . net, mais en réalité on lit des histoires très longues. Ca me motive pour mon projet personnel, je vois cette plateforme comme un entraînement :) - même si c'est aussi une distraction qui me prend de mon temps d'écriture ahaha.
audelie merci beaucoup pour ta review :) ça m'a fait très plaisir de cliquer sur cette notification ! Pour Fred effectivement, enfin il sait ! J'avais hâte d'écrire ce moment où Nerys peut enfin parler à coeur ouvert et tout expliquer. La position de Fred n'est pas facile : même si il commence à la comprendre, il sait aussi qu'elle sort avec un autre type. C'est loin d'être idéal comme situation ahaha ! Pour moi, je l'imagine donc s'effacer et la laisser cogiter dans son coin, comme un gentleman :) J'espère que l'évolution de Nerys continuera de te plaire, à bientôt :)
Le chapitre 20 est quasiment prêt, mais j'attends un petit peu avant de vous le poster ;) Ce chapitre-ci est plus un chapitre "de transition" mais promis, il se passe plein de trucs dans le suivant !
J'ai également posté une nouvelle fanfiction Quidditch's Lover : ça parle de Dubois, de Quidditch et de la petite soeur de Marcus Flint ;) C'est court, c'est léger, je vous invite à regarder si vous aimez cette histoire !
Bonne lecture à vous, et à bientôt :) !
CHAPITRE 19 : JANVIER (3)
Ce lundi-matin là semblait encore plus morne que les autres. Nerys avait littéralement passé le week-end enfermée dans sa chambre (Evey lui ramenant quelques victuailles à grignoter des repas) à ruminer sur son sort entre deux devoirs et deux lectures. Briséis ne lui adressait toujours pas la parole, Fred et elle avaient décidé de s'ignorer pour toujours, et, pour couronner le tout, Amadeus lui avait adressé une lettre la veille. Il lui affirmait une nouvelle fois la vigueur de ses sentiments et lui indiquait que son père avait émis une opinion favorable à leur union. La lettre était loin d'être anodine : les fiançailles commençaient à se préparer et bientôt les faire-parts seraient envoyés. Nerys n'avait aucun pouvoir là dessus; désormais tout dépendait de son père et d'Amadeus.
En descendant du dortoir, elle dû faire face au regard interrogateur de Gale.
- Bonjour, Nerys. Tout va bien ?
Elle se força à sourire.
- Oui Gale, je te remercie.
Ils employaient une politesse froide, peu habituelle entre eux, bien que parfaitement conforme à leur monde. Est-ce que les choses seraient comme ça désormais ? Est-ce qu'ils seraient obligés d'instaurer tellement de distance qu'ils deviendraient des étrangers et se parleraient uniquement avec ce ton-là ? Nerys connaissait la réponse et la redoutait. Elle n'était ni rêveuse ni optimiste; son genre à elle était plutôt le réalisme froid. Ce qui l'attendait c'était une vie qui l'enfermerait dans un grand manoir vide. Son seul espoir serait de le remplir de bambins qui, en grandissant, l'abandonneraient eux aussi. Dans leur monde, les enfants gardaient peu de relations chaleureuses avec leurs parents une fois devenus adultes.
Ces jours-ci elle ne savait plus qui elle était. En revanche, elle savait ce qu'elle deviendrait. Dans quelques mois elle deviendrait une femme au foyer, une maîtresse de maison, qui verrait ses ambitions et ses envies éteintes par une réalité sans lumière. Elle perdrait sa vigueur et tout enthousiasme à faire les choses puisque cette vie-là ne l'intéressait pas. Elle deviendrait comme toutes ces femmes qu'elle voyait : froide, éteinte, souriante mais morne. Elle serait éloignée de ses amis et passerait sous la tutelle d'un mari dominant.
Elle connaissait son futur depuis toujours. Contrairement aux petites filles dont le rêve d'avenir n'a de limite que leur imagination, Nerys savait depuis toujours quelle serait sa vie. Elle n'avait pas eu le loisir de rêver à autre chose, ou du moins pas longtemps, puisqu'elle savait qu'aucun rêve ne deviendrait réalité. On ne pouvait pas faire aimer ce style de vie à des fillettes, c'était impossible ! Alors plutôt que de tenter d'en vendre les bons côtés, on leur avait sans cesse répéter que c'était la seule voie possible. Et la réalité donnait raison à cette règle : quiconque s'écartait des règles (en particulier les femmes) devenait un inconnu. Le monde des sang-pur était fermé et ne pardonnait jamais.
- Hé, salut Evey !
L'instant était assez rare pour sortir Nerys de ses pensées : Gale n'avait pas réussit à cacher sa surprise. Ses yeux s'écarquillèrent et ses sourcils se haussèrent. Lui qui était si maître dans l'art de cacher ses émotions avait parfois quelques points faibles.
Nerys suivit son regard et comprit la raison de son étonnement : Evey venait de descendre du dortoir, bien différente de ce à quoi elle ressemblait ces derniers temps. La fille déprimée, peu bavarde, qui se laissait aller (aussi bien physiquement que dans tous les domaines) semblait d'être reprise en main. Mais au lieu de reprendre sa tenue habituelle (un chignon serré, très peu maquillée) elle semblait s'être métamorphosée. Ses cheveux blonds, qu'elle attachait presque tous les jours de l'année, étaient laissés lâches : ils tombaient en cascade sur ses épaules et dans son dos, avec des ondulations naturelles capables de rendre jalouse n'importe quelle fille du château. Elle s'était maquillée, de manière bien plus marquée que ce qu'elle avait toujours fait.
Quelque chose était nettement différent dans sa tenue et dans toute son attitude; mais Nerys ne savait pas trop si c'était positif.
- Bonjour Gale, Nerys ! Salua Evey avec un sourire que personne n'avait vu depuis longtemps.
Et elle s'éloigna pour aller prendre son petit-déjeuner, suivant la petite troupe d'élèves qui sortait de l'antre des vipères. Nerys croisa le regard de Dylan un peu plus loin, qui semblait plus ravi que surpris.
Dans la foule de Serpentards qui se pressait pour prendre le petit-déjeuner, il y avait Briséis. A sa droite, Zelina Zabini semblait essayer de faire la conversation sans succès : elle agitait les mains devant son visage mais Briséis ne lui jetait pas le moindre regard. Sa colère ne semblait pas être retombée et la situation commençait à peser à Nerys. Bien qu'elles n'avaient jamais été des confidentes tout à fait honnêtes (il y avait trop de règles sociales entre elles), Nerys aurait aimé pouvoir discuter avec elle. Ces derniers mois, elle avait été trop concentrée sur ses problèmes pour regarder ce qui se passait autour d'elle, mais à l'évidence Briséis avait aussi fait son chemin en silence.
Briséis ne l'avait pas dit clairement, mais désormais Nerys avait compris : Briséis n'allait pas suivre le chemin de vie qu'on lui avait choisi; elle était trop indépendante et libre pour ça.
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Encore une fois, le cours de Défense contre les forces du mal fut le théâtre d'un remue-ménage incroyable pour la disposition des places. Judith Green et Fiona Reed ne voulaient plus se parler (pour l'instant) et avaient décidé de s'asseoir près de quelqu'un d'autre. Toutes les places avaient été bousculées et seuls quelques chanceux avaient réussi à avoir une place qui leur convenait (Gale était installé à côté de Dylan par exemple).
Nerys s'était installée à l'une des table du fond et la chaise à côté était restée libre. Heureux hasard !, Briséis s'avançait dans l'allée pour s'installer, talonnée de près par Angelina Johnson qui était la dernière à entrer dans la salle.
Briséis avaient le choix entre s'asseoir près de Nerys ou de Lee Jordan (installé à la table juste devant) : le choix qu'elle ferait semblait évident, et Angelina Johnson et Lee Jordan s'échangeaient déjà des regards ravis, alors que Nerys tentait tant bien que mal d'établir un contact visuel avec son amie (sans succès).
Et, à la surprise générale, Briséis Fawley tira la chaise située à côté de Lee Jordan pour s'y installer.
Une seconde de gêne et de silence passa, personne ne comprenant vraiment ce qu'il venait de se passer. Nerys regarda Briséis, puis Lee, puis Angelina, puis la chaise à côté d'elle, puis de nouveau Angelina. La Gryffondor était restée bêtement debout à côté de Briséis, avec un air perdu : elle ne s'attendait pas à ça.
Ce fut Lee qui désamorça la situation.
- Quel honneur ! fit-il en se posant une main sur le coeur.
Il plaisantait bien sûr, mais il avait en partie raison. Briséis n'était pas du genre sociable ni ouverte d'esprit avec les autres élèves. Elle ne parlait qu'à son cercle d'amis et limitait au maximum le contact avec ses autres camarades. Qu'elle décide de s'asseoir auprès d'un élève qui n'était ni un ami, ni un partenaire imposé de devoir, était unique et, à ce titre, presque un honneur.
Mais si Briséis avait décidé de s'asseoir là, ce n'était sûrement pas pour apprendre à connaître davantage Lee Jordan. Nerys était certaine qu'elle refusait tout simplement de s'asseoir près d'elle.
Dans la foulée, ce fut donc Angelina Jonhson qui s'installa à côté d'une Nerys boudeuse.
Elle savait que Briséis était toujours renfermée sur elle-même et qu'elle n'adressait la parole à personne chez les Serpentards (sauf cas d'absolue nécessite) mais elle avait espéré obtenir un traitement de faveur en raison de leur amitié particulière. En observant les boucles brunes de Briséis qui dansaient sur ses épaules à mesure qu'elle sortait les affaires de son sac, Nerys se surpris à penser que l'amitié qu'elle portait à Briséis s'était largement renforcée ces derniers mois. Elles avaient toujours été proches mais pendant des années Nerys avait pensé que c'était une amitié obligée : quelque chose de si vieux, si ancien, si naturel compte-tenu des points communs, qu'elle ne pouvait pas s'en défiler. Mais les récents événements lui faisaient réaliser que l'affection qu'elle portait à Briséis était plus forte que ce qu'elle pensait. Peu importait si Briséis avait un comportement fier et dur; elle avait des qualités qui la rendait extraordinaire.
Une fois tout le monde installé (Angelina étant la dernière), Ombrage leur demanda de se lancer dans la lecture du chapitre dix-sept, et le silence se fit dans la classe.
Nerys observa Lee Jordan déchirer un morceau de parchemin, y griffonner un dessin (ans doute pour lancer un jeu d'énigmes animées), et le glisser à Briséis.
Elle était sûre que son amie allait refuser de se lancer dans ce jeu : les énigmes animées n'étaient pas son truc, et elle préférait passer son cours de Défense contre les Forces du Mal à travailler sur ses devoirs d'étude des runes. Elle n'allait pas perdre son temps avec une telle futilité, et surtout pas en compagnie de Lee Jordan.
Mais Briséis était pleine de surprises aujourd'hui.
Elle attrapa le parchemin laissé par Lee, et y griffonna quelque chose à son tour.
Le regard de Nerys glissa finalement jusqu'à la chaise où était installé Fred Weasley, un peu loin dans la salle. Les jumeaux Weasley s'étaient débrouillés pour être côte à côte malgré le remue-ménage de la salle de classe. A son grand étonnement, ils étaient plongés dans une rédaction qui semblait accaparer toute leur attention. Ils n'étaient pourtant pas connus pour s'appliquer dans leurs devoirs et leurs études de manière plus générale.
La différence entre Fred et George Weasley était subtile, elle ne tenait en fait qu'à une ligne de tâches de rousseur sur la mâchoire. D'aussi loin, il était impossible de les distinguer. Et pourtant, Nerys semblait être maintenant dotée d'un sixième sens les concernant. En un coup d'oeil elle pouvait les différencier : Fred avait une expression plus nonchalante et les cheveux plus ébouriffés que son jumeau. Lorsqu'il écrivait, il avait tendance à tremper sans cesse sa plume dans son encrier alors que George allait toujours au bout de son encre. Il était également plus droit sur sa chaise, là où George avait tendance à se pencher le plus possible e en avant vers son parchemin.
Et il y avait autre chose : la simple vision de Fred lui donnait des frissons. Son corps entier semblait se réveiller dès qu'elle le voyait, parcouru à la fois d'un sang bouillonnait et d'une émotion de fraîcheur. Son ventre se tordait et elle avait du mal à détacher ses yeux de lui. Dès qu'il apparaissait, c'était presque comme si le monde entier s'effaçait. Et ce n'était pas simplement parce qu'il était le plus bel homme du monde (à ses yeux), c'était aussi parce qu'il lui manquait. Tout ravivait un sentiment de nostalgie et de tristesse immense chez elle : ses sourires parfois narquois, son air désabusé, ses remarques mordantes, et la passion qu'il mettait dans chacun de ses gestes envers elle. Y repenser était aussi douloureux qu'agréable.
Heureusement, Nerys était une fille habituée à contrôler ses émotions depuis toujours; en une seconde elle arrivait à cacher son malaise et masquer ce qu'elle ressentait.
Mais, lorsqu'elle se sentait en sécurité, elle se sentait moins obligée de faire attention et elle se laissait plus aller à l'émotion. Elle était assise au dernier rang et tous ses amis étaient devant; aucun ne pouvait la voir. Elle se laissa donc aller à quelques instants d'observation supplémentaires, oubliant qu'elle avait quelqu'un d'assis à sa droite.
- C'est vrai que tu sors avec Amadeus Fawley ? Lui demanda Angelina Johnson sans prévenir.
La question eut le mérite de sortir Nerys de sa rêverie.
Elle se tourna vers la Gryffondor, les sourcils froncés. Elle n'était pas idiote : la question n'était pas innocente.
- C'est personnel, répondit-elle sèchement.
Le sujet était déjà sensible pour elle, alors le partager avec Angelina Johnson qui était loin d'être une amie, il ne fallait pas y penser ! Ce n'état pas parce qu'elles avaient participé à quelques devoirs ensemble qu'elles étaient copines ou pouvaient se faire des confidences. Nerys sentait bien que Angelina n'était pas sa plus grande fan, et le sentiment était réciproque. Elle savait que Fred et Angelina étaient sortis ensemble, et même si c'était de l'histoire ancienne, les voir aussi proches la rendait jalouse. Elle aurait aimé pouvoir profiter de la présence de Fred avec la même aisance et la même facilité que le faisait Angelina.
- Quand on sort avec quelqu'un, on devrait éviter de fixer une autre personne comme ça.
Le ton d'Angelina était claquant, un peu sec. Nerys n'appréciait pas que la Gryffondor lui parle ainsi (elle avait déjà assez de monde pour lui faire la morale) mais elle savait qu'elle avait raison; aussi elle préféra rester silencieuse. Ses regards à Fred Weasley étaient déplacés et elle le savait. Elle avait être plus attentive et maîtriser mieux ses émotions pour que, un jour, elles disparaissent tout à fait.
Sans autre distraction, Nerys se lança dans la rédaction de son devoir de botanique, alors que Angelina vaqua à ses propres occupations en attrapant un livre de sortilèges.
L'heure se passa sans autre heurt particulier : les élèves étaient tous silencieux, même si aucun ne semblait respecter la consigne du professeur. Au bout d'un moment, même Briséis et Lee arrêtèrent leur petit jeu et se lancèrent dans des activités personnelles.
Quand Ombrage annonça la fin du cours, ce fut la libération (comme à chaque fois) !
Briséis attrapa son sac et sortit : elle était toujours la plus impatiente de quitter cette salle de classe.
- Je crois qu'elle m'adore, ricana Lee Jordan à l'attention de Nerys qui rangeait ses affaires.
Nerys était sûre que non; il n'y avait aucune chance que Briséis Fawley se prenne d'affection pour un type comme Lee Jordan, mais elle n'était pas d'humeur à casser son ravissement.
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- Miss Avery, vous voilà !
La voix faussement enjouée ne pouvait appartenir qu'à une seule personne dans ce château : Dolores Ombrage. Et Nerys n'était pas du tout d'humeur à parler à la petite femme en rose. Elle errait dans les couloirs comme une âme en peine. Officiellement, elle était en pleine ronde de préfète (elle tentait vaguement de respecter son planning qui lui imposait une ronde le mercredi soir) mais en réalité elle était juste d'humeur un peu rêveuse. Elle n'avait aucune envie de rester dans la salle commune avec les autres, et la présence de Briséis dans le dortoir rendait pesante l'ambiance de ce dernier. Les couloirs vides étaient donc le meilleur refuge qu'elle pouvait avoir pour l'instant.
- Bonsoir professeur, répondit poliment Nerys avec un sourire.
Elle tentait de se montrer sous son meilleur jour car elle ne savait pas ce que lui voulait Ombrage, ni même si elle était encore dans ses petits papiers.
Ombrage s'approcha, avec son habituel sourire aux lèvres. Nerys avait toujours admiré la facilité qu'avait Gale à masquer ses sentiments et ses émotions; elle réalisait que Ombrage maîtrisait la chose autant que son meilleur ami. Mais là où Gale gardait toujours une expression froide, Ombrage préférait aborder une expression souriante. Nerys se demandait quel pouvait être son point faible, quelle émotion pouvait la faire vriller. Dans le cas de Gale, elle le savait, c'était la déception.
Nerys pensait que Ombrage allait l'inviter à se joindre à elle dans son bureau, mais visiblement le couloir vide semblait un endroit propice à la discussion.
- Le décret d'éducation numéro vingt-quatre interdit le rassemblement non-autorisé d'élèves. J'ai pris cette mesure suite à certains soupçons qui pèsent sur un groupe d'élèves... Figurez-vous, Miss Avery, que j'ai ouïe-dire que ces élèves continuent de se réunir malgré l'interdiction.
Un instant Nerys pensa que Ombrage l'accusait peut-être de quelque chose, mais elle se ravisa : si Ombrage la soupçonnait, elle ne s'y serait pas prise de cette façon. Non, elle voulait autre chose, mais Nerys ne savait pas quoi. Les seuls regroupements d'élèves dont elle avait connaissance ne concernaient que des groupes d'amis ou des camarades de maison ou de dortoir. Aucun de ces groupes ne pouvait inquiéter Ombrage.
- En quoi puis-je vous aider ? Demanda la préfète avec son sourire le plus aimable.
Elle ne pouvait pas battre Ombrage sur ce terrain-là, mais elle pouvait essayer de s'en tirer dignement. Elle n'avait aucune envie d'aider la Grande Inquisitrice, ni aucune envie de poursuivre cette conversation, mais elle avait encore moins envie de la vexer et de l'avoir sur son dos. Pour passer une fin de scolarité tranquille, il fallait qu'elle reste bien vue par Ombrage. A tout prix.
- L'un de ces élèves est Fred Weasley, répondit simplement Ombrage.
Un silence s'installa. Encore une fois, Nerys ne parvint pas tout à fait à cacher sa gêne et ses joues la chauffèrent un peu mais elle pouvait compter sur sa peau hâlée pour dissimuler sa rougeur. La simple évocation de Fred Weasley réveillait quelque chose chez elle; mais elle fit taire le sentiment sans mal. Ces derniers jours, elle s'était entraînée à maîtriser assez ses sentiments pour ne pas se laisser submergée.
Après quelques secondes d'hésitation, elle commença la réponse qui lui semblait la plus adaptée :
- Weasley et moi ne faisons plus équipe et...
Mais Ombrage la coupa dans son élan.
- Miss Avery, ne croyez pas que j'ignore l'intérêt qu'il vous porte ! Je sais que vous êtes trop bien élevée pour vous laisser entraîner par cette racaille, mais une fille bien avisée comme vous sait comment tourner à son avantage ce genre de... penchant.
A mesure qu'elle parlait, Nerys s'affolait. Comment Ombrage pouvait savoir qu'il se passait quelque chose entre Fred Weasley et elle ? Ils avaient été discrets, et personne ne savait. Alors, bien sûr, Briséis avait remarqué, mais c'était une fille beaucoup plus intelligente que la moyenne et elles étaient très proches. Ombrage était professeur : elle était loin des commérages des élèves et loin de leur vie quotidienne en dehors des cours.
Et puis quelques secondes de réflexion lui apportèrent la solution la plus plausible : Ombrage ne savait rien, elle tentait de deviner, et elle devinait faussement. Elle avait peut-être remarquer quelques regards dans la Grande Salle ou dans sa salle de cours, elle avait peut-être entendu quelques élèves en parler (les rumeurs allaient si vite à Poudlard, mais personne ne les prenait au sérieux) ou bien elle pensait que ses précédentes recommandations avaient été suivies d'effet; et elle en déduisait que Fred Weasley craquait pour Nerys Avery. En revanche, la réciproque lui semblait invraisemblable (comme elle l'aurait été pour tout le monde) et Nerys était sauvée par cette apparence de fille parfaite qui lui pesait tant. C'était son masque face aux problèmes de la vie.
Encore une fois, Nerys était coincée.
- Que voulez-vous que je fasse ?
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Ombrage lui avait demandé de surveiller Fred Weasley, et de l'interroger à l'occasion. Nerys avait promis de se renseigner dès que possible, qu'elle ferait de son mieux, mais la vérité c'est qu'elle ne comptait rien faire du tout. Elle tentait trop fort de rester éloignée de Fred pour laisser tomber ses bonnes résolutions à la moindre excuse. Toute surveillance ou renseignement obtenu aurait été inutile de toutes façons : Nerys ne comptait pas aider Ombrage ni trahir Fred.
Mais quelque chose de plus fort avait fait son apparition dans ses pensées au cours des dernières heures : que soupçonnait Ombrage au juste ? Nerys avait toujours eu l'impression que Fred lui cachait des choses, mais comme elle-même avait dissimulé une partie de la vérité, elle ne s'attendait pas à une transparence totale. Néanmoins l'affaire commençait à attiser sa curiosité.
Elle était cependant trop bien élevée pour mettre son nez dans les affaires d'autrui. Elle avait mieux à faire !
Pour ne pas continuellement penser à Fred (même si, en toute honnêteté, il n'était jamais bien loin de ses pensées), elle s'était complètement plongée dans ses cours et ses devoirs au cours de cette semaine, et n'avait même pas vu le temps passer. Elle avait littéralement passé ses journées entre ses salles de cours, la bibliothèque, la Grande Salle pour les repas, et son dortoir. Les seules personnes qu'elle côtoyait étaient Olivia, Gale et Adrian. Olivia et elle passaient tout leur temps ensemble à la bibliothèque, alors que Finn avait choisi de s'installer avec Briséis (soit disant pour ne pas la laisser seule...). Gale était peu bavard avec elle cette semaine : sans doute qu'il était énervée contre elle du fait de lui avoir tenu tête quelques jours plus tôt au sujet de son amitié avec Finn et Olivia. Adrian était toujours fidèle à lui-même : doux, compatissant; même si Nerys percevait chez lui une certaine tristesse. Ils étaient blessés tous les trois du comportement de Briséis, mais Adrian sûrement un peu plus que les deux autres.
- Ca m'énerve ! Grogna Nerys en raturant son parchemin.
Malgré ses efforts, elle n'arrivait pas à se concentrer sur son devoir.
- Ca va ? Demanda Olivia en relevant la tête.
Nerys haussa les épaules. Si ça allait ? Non, pas vraiment. Briséis ne lui adressait plus la parole, Fred Weasley était de l'histoire ancienne dans sa tête mais pas dans son coeur, et les lettres de Amadeus se faisaient de plus en plus pressantes. Elle en avait reçu une le midi-même : Amadeus lui indiquait qu'une bonne nouvelle était à venir. Nerys se doutait de ce qui se tramait : Crimson et Amadeus avaient dû trouver un accord pour le mariage. Les choses étaient officiellement lancées...
Distraite, Nerys tourna la tête vers la table où étaient situés Briséis et Finn, qui semblaient avoir une conversation passionnante. Loin du masque froid qu'elle portait dans la salle commune et aux repas, Briséis allait même jusqu'à parfois sourire ! Son comportement était ridicule, et dangereux. Pour le moment, Gale n'avait fait aucune remarque sur le comportement de Briséis (sans doute parce qu'il s'en sentait responsable) mais si elle continuait sur cette voie, elle risquait de devenir la risée de tout leur cercle d'amis. Personne n'aimait les rebelles et les solitaires; en tout cas, pas eux.
- Je ne comprends pas pourquoi elle m'ignore mais accepte de parler à Finn ! Lança Nerys, ne pouvant plus se contenir.
Olivia releva de nouveau les yeux de son livre. Elle observa un instant la scène, les sourcils froncés, puis referma son livre d'un air grave.
- Elle me parle aussi, lâcha finalement la petite Poufsouffle.
Elle se mit à rougir en faisant cette confidence, alors que Nerys se penchait en avant.
- Quoi ? Lança Nerys, plus surprise que vexée.
Elle était restée sur l'idée que Briséis et Olivia n'étaient pas amies et ne se parlaient que lorsqu'elles y étaient contraintes. Elles ne semblaient pas rechercher la compagnie de l'autre, et Nerys se demandait à quelle occasion elles avaient bien pu discuter.
- Ce matin, en sortant du cours d'histoire de la magie, et aussi hier après le déjeuner, expliqua Olivia.
- Mais de quoi vous parlez ?
- Oh, de rien en particulier, c'est juste... faire la conversation.
Visiblement, s'éloigner de ses amis de toujours avait rendu Briséis plus sociable. Nerys n'aurait jamais imaginé ça. Elle se recula pour coller son dos au dossier de sa chaise, complètement perdue dans ses pensées. Briséis n'avait jamais témoigné de la moindre affection envers Olivia Jones; au contraire, elle semblait plus la supporter que l'apprécier. Qu'elle prenne maintenant la peine de lui parler était déroutant; Nerys ne savait pas si c'était une façon de conserver une vie sociale, ou si Briséis ne se servait pas de ça pour l'agacer davantage. Elle savait que l'héritière Fawley pouvait être tordue et manipulatrice à l'occasion.
Olivia remarqua son trouble et décida qu'il était temps de donner quelques conseils pour régler cette histoire :
- Tu devrais lui parler si tu en souffres.
Et puis, songeuse, la Poufsouffle ajouta :
- On devrait toujours être près des gens qu'on aime.
Elle avait raison bien sûr : il était ridicule de faire durer une dispute aussi longtemps. Mais Nerys connaissait assez Briséis pour savoir qu'elle pouvait être butée et qu'elle se calmerait uniquement quand elle l'aurait décidé.
Oui, Nerys aurait aimé l'avoir près d'elle, parce qu'elle l'aimait comme sa plus proche amie. Comme elle aimait aussi Gale, Adrian, son père, et les gens qui comptaient pour elle dans son univers. C'était en partie eux qui influençaient tous ses choix par le simple fait d'exister : elle tentait de ne pas les décevoir, pour qu'ils puissent rester tous unis par l'affection forte qu'ils partageaient. Ils devaient passer avant tout le reste car elle les aimait. Et tant pis pour le reste.
Elle tenta bien fort d'oublier l'image de Fred qui s'imposait à elle.
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C'était la première fois depuis des semaines que le soleil se manifestait à travers les nuages, et le beau temps avait sorti Nerys de sa frénésie de travail. Elle n'avait pas eu le coeur à s'enfermer dans la bibliothèque alors que la météo permettait une balade en extérieur - sous réserve de ne pas oublier une cape épaisse ! Le soleil avait également adouci son humeur, et elle tenta de motiver Gale à sortir du château avec elle.
- Non j'ai pas envie, fut la seule réponse qu'elle obtint de lui.
Elle ne cacha pas sa déception. Malgré le soleil, les Vipères semblaient mieux s'acclimater à leur salle commune sombre. Elle était presque résolue à aller faire une promenade dans le parc seule, lorsque Dylan vola à son secours.
- Je vais rejoindre Adrian, tu te joins à nous ?
Il avait enfilé sa cape et ses gants, et son air ravi laissait penser à Nerys que le soleil l'avait mis d'aussi bonne humeur qu'elle. Tant mieux ! Dylan n'était pas exactement sa personne préférée sur terre mais il pouvait parfois se révéler d'une très bonne compagnie. Elle accepta donc sa proposition avec un grand sourire.
Adrian les attendait dans le hall. il fut surpris mais content de la voir.
- Salut ! Lancèrent-ils tous en choeur.
Puis ils échangèrent quelques banalités sur leurs humeurs respectives et leurs cours de la journée. Adrian semblait aller un peu mieux depuis que Nerys l'avait vu pour la dernière fois. Avait-il finalement accepté l'éloignement de Briséis, ou s'étaient-ils réconciliés ? La question lui brûlait les lèvres, mais Nerys craignait trop de le blesser en ravivant le sujet, alors elle se contint. La curiosité était un vilain défaut.
Ils prirent la direction du parc pour profiter des rayons du soleil. Nerys songea un instant que c'était un trio bien peu banal qu'ils formaient là : elle se retrouvait parfois seule avec Dylan ou avec Adrian, mais très rarement avec les deux en même temps. Même si les deux garçons s'appréciaient beaucoup, Dylan avait parfois quelques remarques délacées sur l'ascendance d'Adrian - pas aussi pure que les autres - ce qui jetait régulièrement un froid dans leurs échanges. En les écoutant parler et échanger entre eux, Nerys avait l'impression de voir leur amitié sous un nouveau jour : Dylan prêtait une oreille très attentive aux propos d'Adrian, comme si il buvait ses paroles. Adrian avait-il effectué auprès de lui son fabuleux rôle de conseiller ? Nerys n'aurait jamais vraiment la réponse; poser des questions aurait été trop indiscret.
- Gale est resté dans la salle commune, et Evey est à la bibliothèque, annonça Dylan.
D'autres élèves avaient eu l'idée de profiter du parc en cette belle journée, aussi ils restèrent un peu en retrait du chemin principal.
- Evey semble aller mieux, glissa Nerys de manière subtile.
Ou du moins, elle pensait le faire de manière subtile. Les deux garçons se tournèrent vers elle avec un visage qui annonçait clairement qu'ils savaient où elle voulait en venir. Elle se sentit rougir de son faux-pas, mais Dylan sembla finalement la juger digne de confiance (après tout, il l'avait sollicité pour qu'elle garde un oeil sur sa cousine).
- Oui... Disons que nous avons trouvé un accord. On doit se marier, pas être amoureux.
L'héritier Rowle semblait avoir le regard un peu perdu dans le vide en donnant cette explication. Nerys savait que les deux cousins s'adoraient; malgré leurs différences, ils se soutenait toujours. Ils ne formeraient jamais un couple passionnel et amoureux; mais à défaut, ça semblait être une paire qui fonctionnait. Elle sentait que Dylan n'expliquait pas tout mais il était plus raisonnable pour les cousins Rowle de garder leur petit jardin secret. Quel que soit l'accord qu'ils avaient trouvé, Evey semblait avoir retrouvé toute sa vigueur d'antan, et plus encore !
- J'aime ton réalisme, je ne te savais pas si vif d'esprit.
Adrian était d'humeur taquine; Dylan aussi.
- Voyons, le Choixpeau voulait m'envoyer à Serdaigle !
- Tu aurais été déshérité, lança Nerys en référence à la tradition Rowle (tous envoyés à Serpentard).
- Peut-être, mais en tant que Serdaigle j'aurais été assez malin pour m'en sortir.
La remarque de Dylan les fit rire tous les trois.
Nerys se sentait détendue dans cette ambiance douce et amicale. Elle réalisait qu'elle avait légèrement délaissé son amitié avec Adrian ces derniers temps, et même celle de Gale, pour préférer la compagnie de Briséis, de Finn et d'Olivia. Mais ses amis aussi avaient des atouts, et elle avait trop tendance à les oublier derrière cette apparence d'enfermement. Malgré les remarques parfois déplacées de Dylan, et le silence pesant d'Adrian, ils l'acceptaient telle qu'elle était. Il ne la voyait pas comme une femme qui servait d'accessoire - ou du moins, pas encore. Elle se sentait bien, elle était intégrée. Mais cet état d'esprit n'avait pas vocation à durer.
L'instant passa et la tristesse l'accabla. Elle avait l'impression que bientôt allait commencer le premier jour du reste de son existence et elle n'avait pas du tout envie de ça.
Nerys rêvait de liberté et d'aventure; pas d'une vie trop rangée et solitaire.
Malheureusement, dans son monde, les rêves n'étaient jamais réalisés.
