Chapitre 25.

Le nombre de personne qui voulait simplement lui parler quelques secondes était impressionnant, et malgré sa réserve naturelle en présence d'autant de monde, Elenor parla avec tous ceux qui le voulait, souriant sincèrement à toutes ces personnes dont elle ne se souvenait plus. À ses côtés se tenait Moira qui parlait avec un mage de la cour.

Tout d'abord réticente à être près de son amie en tant que simple humaine, Elenor l'avait finalement convaincue. Humaine ou pas, la rose était sa meilleure amie et la noiraude refusait de ne plus être aussi proche d'elle.

« - Vous êtes devenue encore plus belle que lorsque vous étiez enfant, Princesse Elenor, fit une elfe aux cheveux roux.

- Merci, mais vous êtes tout aussi belle, madame, répondit Elenor, légèrement gênée.

- Si cela n'est pas indiscret, compter vous faire la Cérémonie de la Grande Prêtresse ?

- La Cérémonie... ? répéta la noiraude.

- Oui, celle à la source ! »

Elenor ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, mais elle fut immédiatement alpaguée par son père, qui la sauve in-extrémiste d'une discussion dans laquelle la jeune femme avait peu envie de s'engager. À vrai dire, elle ne se souvenait plus vraiment de ce qu'était la Cérémonie de la Grande Prêtresse. Car la seule Grande Prêtresse qu'elle connaissait était sa grand-mère... Ce qui n'était pas très étonnant lorsque l'on savait que sa grand-mère, Yrneha Merialeth Valnyar avait été reine des elfes, et qu'elle avait eu bien d'autres responsabilités que seulement celle de reine, si ses souvenirs étaient bons...

« - Je ne pensais pas que cela arriverait à tes oreilles aussi rapidement...

- De quoi ? La Cérémonie de la Grande Prêtresse ?

- Oui, dit Lysanthir avec un soupir las. Tu es encore jeune ma fille, et je n'ai pas envie qu'une aussi grande responsabilité pèse sur tes épaules...

- Comment veux-tu que cela pèse sur mes épaules alors que je ne sais même pas en quoi cela consiste ? Rétorqua ironiquement Elenor.

- Écoute, parlons-en demain, après cette fête, comme ça, je t'expliquerais tout comme il se doit. »

Bien que plusieurs questions lui brûler les lèvres, Elenor les ravala. Elle pouvait bien taire sa curiosité jusqu'à demain. Son père avait raison, il aurait alors le temps de lui expliquer et puis, il fallait profiter de la fête qui avait été organisée pour son retour. Une douce mélodie s'éleva alors dans la salle et sans hésitation, Elenor pu dire que celle-ci venait de nulle part et de partout à la fois, une prouesse magique sans doute réalisée par le mage personnel de son père.

Ce dernier se tourna vers elle, un grand sourire étirant ses lèvres alors qu'il lui tendait la main. Depuis combien de temps n'avait-elle donc pas dansé ? Cinq ans, peut-être plus. Malgré cette longue période, la noiraude plaça tout de même sa main dans celle de son père, prête à effectuer la première danse de l'après-midi.


Adossé contre l'une des colonnes de la salle, un verre de vie dans la main, Moira regardait avec un léger sourire sa meilleure amie tournoyer dans les bras de son père sur la piste de danse. Elle n'avait jamais vu Elenor danser, et elle trouva qu'elle se débrouiller plutôt bien, les pans de sa robe immaculée ondulant le long de ses jambes, presque comme si l'elfe aux cheveux noirs était en train de voler.

Buvant une gorgée de sa boisson légèrement alcoolisée, la rose rapporta son attention sur les autres convives, admirant leur beauté, mais aussi les nombreux utilisateurs de magies. Moira n'en avait jamais vu autant et pour une fois, elle se sentait enfin à sa place, comme si la Vallée des Fleurs aurait dû être son lieu de naissance et de vie depuis le début. Là, la magie était prolifique. On ne voyait pas les elfes en faire usage, mais la jeune femme pouvait sentir sur sa langue la magie qui crépitait dans l'air.

Elle ferma brièvement les yeux, savourant ce goût particulier qui la ramena brusquement à son enfance, lorsqu'elle n'était alors encore qu'une enfant et entourée de sa famille, celle qui lui avait appris à se servir de sa propre magie.

« - Fait attention de ne pas t'endormir sur place, humaine. »

Rouvrant les yeux, Moira posa son regard sur la personne qui venait de l'appeler « humaine ». Presque immédiatement, et la jeune femme fronça le nez, prise d'un sentiment de dégoût profond à la vue de l'elfe aux cheveux noirs qui n'était personne d'autre que le cousin d'Elenor.

Elle fut fortement tentée de l'ignorer, pour ne pas s'énerver inutilement, mais elle se contenta de soupirer en secouant négligemment la tête, plus exaspérée qu'autre chose.

« - Si vous êtes venu là pour simplement me rabaisser, vous pouvez passer votre chemin. La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe comme dit le dicton, rétorqua la rose en rapportant son attention sur la piste de danse.

- Tu as une bien piètre opinion de moi, humaine, après tout, tu as l'air d'avoir une grande place auprès d'Elenor. »

Moira haussa un sourcil sceptique, perplexe à l'entente de ces quelques mots sortis absolument de nulle part. Depuis son arrivée ici, Taeral était le seul qui l'a méprisé à cause de sa nature humaine. Jamais il n'avait eu un comportement ne serait-ce qu'amical envers elle.

Taeral s'adossa à côté de la jeune femme à la couleur de cheveux particulière. Il conserva les yeux rivés sur la piste de danse également, là où désormais, plusieurs couples étaient en train de danser, échangeant parfois leur partenaire. Ce fut d'ailleurs ce qui arriva à Elenor.

Celle-ci était en train d'effectuer un tour sur elle-même, l'élan lui ayant été donné par son cavalier. Des mèches de cheveux lui cachaient le visage, ne lui permettant pas de voir dans les bras de qui elle allait atterrir. En voyant vers qui sa cousine se dirigeait sans le vouloir, un sourire amusé étira les lèvres de Taeral.

« - Je pense que cette fête va enfin prendre une tournure amusante...

- Et pour quelle raison ?

- Regarde et savoure l'incapacité de deux elfes à s'avouer leurs sentiments, rigola le noiraud. »